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17/08/2012

Shocking ! Les filles Darcy risquent leur vertu à Londres

aston-les-filles-de-mr-darcy.jpgChère Lady Ludlow,

Ma chère amie, je viens de recevoir votre lettre envoyée le mois dernier depuis Cadix. Il faut croire que le courrier s'achemine de plus en plus mal car je suis certaine que lorsque Sir Edward et moi nous sommes rendus en Espagne il n'y a pas plus de cinq ans, je recevais si rapidement vos réponses à mes lettres que je n'avais guère le temps de me languir dans ce pays peu civilisé, sans la moindre modiste digne de ce nom – si bien que comme vous j'avais fini par faire venir ma couturière sur place pour plus de simplicité.
J'espère que vous ne vous ennuyez pas à mourir. Il est vrai que Cadiz est une ville bien plus petite que Madrid où je déplorais déjà le peu d'activités, mais vous appréciez tellement tous ces livres aux titres compliqués que je suis persuadée que vous êtes ravie de ce séjour, et je m'en réjouis. J'ose espérer toutefois que les quelques nouvelles de Londres que j'ai à vous communiquer sauront vous divertir, d'autant plus que vous ne pouvez pas rentrer sans connaître les derniers événements, sans quoi vous passeriez pour une excentrique !

Vous vous souvenez bien sûr du mauvais mariage qu'a fait Fitzwilliam Darcy, de Pemberley, et du scandale qu'a causé cette mésalliance. Alors qu'il aurait pu épouser n'importe quelle jeune femme de haut rang, voilà qu'il avait préféré une fille quelconque sans titre ni fortune, dont les manières laissaient qui plus est à désirer (je tiens cette dernière information d'une amie intime de ma tante, Lady Catherine, qui a eu bien des raisons de regretter cette triste affaire).

Vous savez aussi que les Darcy ont eu cinq filles : vous ne serez pas étonnée de savoir que la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ! L'aînée était fiancée à un jeune homme de bonne famille, bien que sa famille soit assez peu connue dans nos cercles, mais il a disparu au cours d'une bataille. On dit que depuis la jeune femme jouait les veuves éplorées (ce qui a beaucoup fait rire par ici) et pour l'avoir rencontrée j'ai bien constaté que c'était l'héritière la plus assommante qui soit. Eh bien figurez-vous que son cher fiancé est réapparu, qui plus est marié ! Il prétend l'amnésie mais personne ici n'est dupe et, après avoir échangé quelques mots avec elle, tout le monde s'accorde à s'amuser de la présence d'esprit du fiancé et de la façon dont il a su se tirer de ce mauvais pas !

Mais je gardais le meilleur pour la fin : la deuxième fille, qui ressemble paraît-il à sa mère comme deux gouttes d'eau, s'est éprise de Sir Sidney, qui avait fait fuir sa dernière fiancée peu avant de la conduire à l'autel, Sir Sidney dont le statut de célibataire endurci commençait à se confirmer. A peine arrivée à Londres, cette demoiselle Darcy a manifesté son intérêt pour Sir Sidney sans la moindre discrétion, pour le rejeter publiquement après la demande en mariage que personne n'osait imaginer ! Vous vous doutez que ce petit scandale a alimenté toutes les conversations, mais à peine la nouvelle avait-elle fait le tour de Londres que le pot aux roses était découvert : Sir Sidney est (j'ose à peine l'écrire et il n'y a bien qu'avec vous que je peux permettre de divulguer aussi clairement une telle nouvelle sans passer pour une bavarde indiscrète) un sodomite, parti avec son valet favori à l'étranger qui plus est !

Ma chère amie, je tremble à l'idée de vous annoncer de tristes événements dans les missives à venir mais je crains que Fitzwilliam Darcy et son épouse n'aient de bien mauvaises nouvelles en guise d'accueil à leur retour de ce voyage en Perse ou en Turquie (un pays de ce genre). Il est évident que leurs filles ont été confiées à des mains bien peu expérimentées pour les accompagner pendant ce séjour londonien et leur entrée dans le monde. Mais lorsqu'on  laisse ses filles quitter le confort d'une propriété campagnarde pour les bals de Londres sans les surveiller de près, on peut s'estimer heureux s'il ne leur arrive rien de fâcheux !

Donnez-moi des nouvelles de vous ou parlez-moi de vos arides lectures si vous n'avez rien d'autre à me communiquer, j'en déduirai que vous vous ennuyez à mourir et veillerai à vous écrire aussi souvent que possible pour vous tenir informée des incontournables de cette saison ! Certes mes lettres ne valent pas vos lectures favorites, mais j'espère qu'elles auront au moins le mérite de constituer pour vous un agréable divertissement !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice3coeurs.jpg

 

 

475 p

Elizabeth Aston, Les filles de Mr Darcy, 2003

(2012 pour la parution française)

austen.jpg Oui je ne suis pas trop présente sur mon blog en ce moment : mariage, voyages, travail, j'ai un peu de mal à tout suivre mais je continue à lire et prévois des billets pour la rentrée et surtout, pour le challenge Halloween. A très vite !

16/07/2012

Jane Eyre de Cary Fukunaga

film-jane eyre2.jpgIl y a quelques jours j'ai eu la chance de découvrir en avant-première l'adaptation de Jane Eyre par  Cary Fukunaga. Curieusement je n'ai pas vraiment parlé des Brontë ici mais Jane Eyre a été une de mes premières incursions dans la littérature anglaise. Lu à l'adolescence, à une époque où je n'appréciais guère les classiques, Jane Eyre a éte une révélation pour moi. Je me vois encore vibrer au côté de la jeune femme, pleinement absorbée par ma lecture. Il y a deux ans lorsque je me suis rendue dans le Yorkshire, il m'a donc semblé évident de visiter Haworth et la maison des Brontë ; cela a été pour moi un voyage vraiment émouvant et, depuis, je revois régulièrement en pensée le petit village et la lande alentours et les associe toujours en pensée à la famille Brontë, qu'on imagine si facilement vaquer çà et là lorsqu'on découvre ces lieux.

jane_eyre_poster.jpgJ'étais ainsi particulièrement curieuse de découvrir cette nouvelle adaptation., à laquelle j'ai été assez sensible dans l'ensemble.

Fukunaga nous livre tout d'abord un splendide film d'époque : superbes costumes victoriens, décors d'intérieur minutieux, paysages spectaculaires et de magnifiques jeux de lumière restituant l'atmosphère romantique, gothique, souvent orageuse. Ne serait-ce que pour l'esthétisme et l'immersion dans un cadre si victorien, ce film avait déjà de fortes chances de me plaire !

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Le choix des acteurs m'a également plu. Certes, Rochester est plus séduisant que dans le roman, mais Fassbender n'a pas non plus un physique de jeune premier et a suffisamment de relief pour incarner ce fauve tourmenté et passionné sans faire pâle figure. Son jeu est excellent et il parvient à faire passer toute une palette d'émotions dans un regard ou un sourire – un regard en particulier lorsqu'il discute avec Jane au coin du feu m'a fait penser à Darcy regardant Elizabeth au pianoforte dans l'adaptation de la BBC, une de mes scènes préférées (c'est dire !). J'étais au tout début un peu dubitative quant à Jane, mais c'est davantage dû à la scène d'introduction qu'à l'actrice, Mia Wasikowska. En réalité j'ai trouvé que, physiquement, elle correspondait parfaitement au personnage. Son jeu est sans doute un peu plus monotone que celui de son principal partenaire mais elle reste très convaincante malgré tout.

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J'ai quand même quelques réserves. Le scénario est dans l'ensemble réussi et fidèle au roman tel que je m'en souviens (mais ma lecture date maintenant, j'ai d'ailleurs prévu une relecture). Malgré tout, j'ai été moyennement séduite par l'utilisation des flash-backs, surtout dans la scène d'introduction où l'on voit Jane errer dans la lande par temps orageux et pleurer, pleurer, pleurer à n'en plus finir. J'ai aussi trouvé que les scènes amoureuses arrivaient beaucoup trop vite et brutalement, surtout la première, alors que je gardais le souvenir d'une histoire évoluant plus lentement – mais le format film n'aide pas. L'un des personnages secondaires, celui de la petite protégée de Rochester, est joué par une piètre actrice – je sais bien qu'il s'agit d'une enfant mais j'ai vraiment été gênée par son jeu surfait, que l'on peut sans doute en partie imputer à la vision de la langue française qu'a le réalisateur (pour comprendre Jane Eyre lorsqu'elle parle français il faut activer plus d'un neurone...). Enfin, si j'ai d'abord beaucoup apprécié la musique, j'ai fini par me lasser du thème principal qui revient, et revient, et revient encore, si bien qu'à la fin j'en avais par dessus les oreilles !

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Evidemment comme j'ai évoqué les points négatifs à la fin vous devez vous dire que je ne suis pas enthousiaste. Certes, ce n'est pas un coup de coeur absolu mais j'ai trouvé qu'il s'agissait d'un beau film et, lorsque je suis sortie, une part de moi-même était restée perdue dans la lande en compagnie de Jane et de Rochester...

Dans le cadre du challenge Back to the Past organisé par Maggie et moi, ainsi que du Challenge Victorien

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Jane Eyre, un film de  Cary Fukunaga, 2011
Sortie française dans quelques jours, le 25 juillet

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13/07/2012

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley

pd james,la mort s'invite à pemberley,austen,jane austen,angleterre,angleterre xixe,roman anglais,polar anglais,polar historique,darcy,elizabeth bennet,orgueil et préjugés,pride and prejudice,pemberleyCes derniers temps, je suis régulièrement invitée chez les Darcy et, cela ne vous étonnera pas, j'en suis absolument ravie. Si mes errances livresques me conduisent en ce moment à Londres où je fais la connaissance des filles de Mr Darcy, j'ai d'abord mis un point d'honneur à m'arrêter à Pemberley pour résoudre un crime infâme. Ma chère Titine était du voyage et nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer les Miss Marple pour rétablir la vérité.

Mais de quel crime suis-je donc en train de parler ? Amis lecteurs, si vous découvrez en ce moment Pride and Prejudice de Jane Austen, sachez que le capitaine Denny n'est plus. Eh oui, lors d'une promenade ma foi fort agréable sous la pluie et le vent en compagnie du colonel Fitzwilliam, nous avons découvert le fringant militaire à terre, le visage ensanglanté. Denny avait rendu l'âme (ceux qui espéraient le voir déclarer sa flamme à Mary Bennet en seront donc pour leur compte).

Comme Darcy n'a jamais eu de chance à ce sujet, il fallait que le coupable tout désigné fut Wickam, ce beau-frère également persona non grata à Pemberley. Et parce que Darcy est un chic type (un homme grand et très anglais – dixit sa fille dans Les Filles de Mr Darcy, vous l'aurez donc compris c'est quelqu'un de bien), le voilà obligé de contribuer financièrement au bien-être de Wickam en prison, tandis que, fort heureusement pour lui et sa chère Elizabeth, Lydia Wickam est invitée à séjourner chez les Bingley (déjà un problème en moins). C'est aussi une menace qui pèse sur la respectabilité de la famille et, querelles ou pas, il n'est jamais très agréable de savoir son beau-frère en mauvaise posture dans un procès pour meurtre (surtout en Angleterre au début du XIXe).

Heureusement, grâce à nos capacités de déductions hors du commun, Titine et moi avons deviné bien vite que Wickam n'était pour rien dans ce vil assassinat. Que le comportement de Fitzwilliam, soudain pris d'une envie d'aller faire un tour dehors un soir de tempête, n'avait rien de normal. Qu'il se passait quelque chose de fort suspect dans la maison du bois. Et que le fantôme aperçu par deux domestiques dans la forêt cachait lui aussi quelque chose de louche.

Je ne vous dirai point comment nous avons résolu cette palpitante affaire, sachez seulement que, si l'envie vous prenait d'ouvrir La Mort s'invite à Pemberley, vous passeriez un charmant moment en compagnie de gentlemen fort respectables, dont la culpabilité serait écartée de suite par le magistrat en charge de l'affaire. Entre quelques tasses de thé et conversations viriles au coin du feu, vous auriez certes peu l'impression de découvrir un polar classique et plein d'hypothèses, mais le charme de Pemberley et de l'Angleterre de ce début de XIXe risquerait fort de vous séduire une fois de plus. Bien sûr on ne retrouve ni l'humour ni l'ironie de Jane Austen, et l'intrigue policière n'est sans doute pas ce qui intéressait P.D. James mais, sans être éblouissant, ce livre se classe parmi les suites honnêtes de Pride and Prejudice : pour ma part j'ai passé un très agréable moment, une tasse de thé à la main (du moins lorsque je le pouvais). Une lecture qui correspondait tout à fait à mon état d'esprit du moment !

Une balade austenienne pour laquelle je remercie les éditions Fayard... et puisque je ne parvenais plus à quitter les Darcy, j'ai commencé à lire Les Filles de Mr Darcy, dont je vous parlerai donc bientôt.

PS : Et si Mr Darcy avait quelque chose à se reprocher ?

Et sur ce blog, de Jane Austen :

Autour d'Orgueil et Préjugés :

Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009) - une autre suite au roman !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice

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393 p

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley, 2011

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08/07/2012

Irlande, quand tu nous tiens !

trevor_Cet-ete-la_5228.jpegAh que de joie, de bonheur et d'émotions depuis deux semaines, mais votre fidèle et dévouée a bien du mal à atterrir et à écrire une nouvelle chronique, tant elle a la tête dans les nuages ! Mais avant de retrouver P.D. James et Pemberley, je me suis décidée à enfin vous parler d'un très beau roman découvert lors des préparatifs du mariage (d'où la chronique tardive).

Il s'agit de Cet été-là de William Trevor, un auteur dont j'oublie toujours le nom mais dont les écrits m'attirent visiblement beaucoup puisqu'en farfouillant dans ma bibliothèque ces derniers jours j'ai exhumé deux autres de ses titres, que je savais avoir dans ma PAL sans avoir fait le rapprochement avec l'auteur (qui plus est sans m'en rendre compte j'ai acheté le premier lors de mes dernières vacances en m'offrant une petite séance en librairie anglaise et dix jours plus tard, en cherchant un roman sur l'Italie à l'aéroport de Florence, j'ai jeté mon dévolu sur le deuxième... toujours sans remarquer qu'il s'agissait du même auteur). En lisant Tourgueniev me fait aussi envie depuis bien longtemps... j'ai franchi le pas sans le savoir ! (Tout ça pour vous dire à quel point je maîtrise ma PAL)

Bref après avoir réussi à vous raconter ma vie pendant deux paragraphes, je me dis qu'il serait peut-être utile d'aborder le coeur du sujet. Cet été-là met en scène l'Irlande rurale, entre un petit village et les fermes et maisons plus isolées qui l'entourent. Le roman s'ouvre sur l'enterrement de la femme la plus aisée du village, connue de tous. Ses funérailles attirent ainsi beaucoup de monde, dont quelques personnes qui remarquent un photographe inconnu. Ce jeune homme s'apprête à vendre sa maison pour refaire sa vie ailleurs avec l'argent de la vente. Mais, alors que quelques mois seulement le séparent de son départ, il rencontre Ellie, jeune femme mariée à un fermier. L'attirance est immédiate, mais l'enjeu n'est pas le même pour les deux amoureux. D'un côté Florian y voit une jolie amourette, de l'autre Ellie, orpheline, ancienne employée de son mari, veuf à l'époque, risque bien de perdre sa respectabilité et une situation sûre lorsqu'elle tombe amoureuse pour la première fois. Leur relation est observée et commentée par Miss Connulty, la fille de la respectable défunte évoquée au début du roman : interviendra-t-elle pour tenter de mettre un terme à cette relation ?

Merveilleusement écrit, Cet été-là est un roman au rythme lent, qui prend le temps d'instaurer une certaine ambiance, de donner à découvrir ses personnages, pour finalement les abandonner dans une situation ambiguë, en quelque sorte inachevée : un roman que l'on ne lit par pour avoir des certitudes mais pour partager les interrogations troubles de personnages réalistes, peu romanesques ou idéalisés – même si Florian est assez bohème.

Ce livre a été lu dans le cadre du mois irlandais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet à temps !

Merci beaucoup aux Editions Phébus qui m'ont permis de faire cette belle découverte.

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252 p

William Trevor, Cet été-là, 2009

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17/06/2012

Meeting Molly Keane

fragiles-serments.jpgJe raffole de littérature britannique (souvent anglaise) dès qu'il s'agit de petites histoires de famille, de potins de voisinage, lorsque le châtelain du coin s'intéresse plus à ses chevaux qu'à son domaine et que sa digne épouse part en guerre contre sa meilleure ennemie si celle-ci tente de la détrôner lors de la fête caritative organisée par la femme du pasteur. Et c'est un peu cet esprit que j'ai retrouvé chez Molly Keane, irlandaise que je lis pour la première fois.

Fragiles Serments s'ouvre avec l'arrivée d'Eliza chez les Bird, le jour du retour de leur fils aîné, soigné dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Vieille amie de la famille, Eliza vient régulièrement séjourner dans le superbe domaine ; amoureuse de Julian Bird depuis toujours, elle supporte avec bonne grâce Lady Bird, beauté extravertie, pas très fine, un brin tyrannique et bien déterminée à se faire passer pour bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, au risque de paraître ridicule. Durant un séjour mouvementé, Eliza va se faire tour à tour la confidente des uns et des autres : Julian qui aime profiter de sa présence sans trop se soucier du mal qu'il peut lui causer ; Lady Bird ou Olivia, qui pérore à n'en plus finir pour valoriser son jardin, sa jeunesse, la formidable complicité qui l'unit à ses enfants – qui tous la détestent et se moquent d'elle en permanence ; John, l'aîné, déraciné depuis  son retour ; Sheena, folle de son Rupert et bientôt obligée de s'en éloigner pour une sombre histoire d'hérédité ; enfin Markie, enfant magnifique à qui l'on passe tout et dont la cruauté sans bornes ne semble déranger personne. Et puis, en marge de toutes ces tragédies familiales plus ou moins grandes, circule Mrs Parker, la gouvernante barbue et solitaire, condamnée à vivre au sein du foyer sans jamais en faire partie. Alors que les jours passent, la belle façade se fissure et chaque personnage connaît son lot de malheurs (si l'on peut considérer pour Markie que les problèmes de mathématiques sont un drame en soi).

ashford castle.jpgFragiles Serments est au choix une histoire familiale, un divertissement à l'humour British ou une superbe galerie de personnages un brin tordus, d'aristocrates d'un autre monde, un roman où mesquineries, secrets honteux et trahisons se mélangent allègrement. N'attendez rien de ces Bird un brin vampiriques si vous ne voulez pas connaître le sort de cette « chère Eliza », mais n'hésitez pas à faire un petit détour par chez eux pour assister à la petite garden party d'Olivia. Vous pourriez sans doute surprendre quelque personnage en flagrant délit d'exubérance et, rien que pour cela, le voyage est justifié.

Lu dans le cadre de Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions du Quai Voltaire !

C'est aussi ma première participation au Mois irlandais organisé par ma copine Cryssilda !

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285 p

Molly Keane, Fragiles Serments, 1935

(2012 pour la présente édition)

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13/06/2012

Ouvrir une librairie en Angleterre

Fitzgerald_Bookshop.jpgJ'avais plusieurs fois hésité à me procurer les livres de Penelope Fitzgerald, alléchée par leur résumé et la maison d'édition dont j'aime beaucoup les choix éditoriaux (Quai Voltaire), mais c'est surtout The Bookshop qui me faisait furieusement envie depuis que je l'avais repéré dans une librairie barcelonaise... en espagnol. Bref, lorsqu'après avoir savouré une journée ensoleillée à Highgate et Hampstead et après avoir découvert la maison de Keats, j'ai eu la chance de tomber sur une librairie indépendante dont la moitié des livres mis en avant correspondait à mes goûts, je n'ai même pas tenté de résister à The Bookshop lorsque mon oeil s'est arrêté sur sa jolie couverture.

Florence Green, qui vit depuis huit ans sur une petite somme versée suite au décès de son mari, envisage d'accomplir quelque chose de sa vie et décide d'ouvrir une librairie dans The Old House, très vieille bâtisse délabrée et hantée par un esprit-frappeur peu discret. Curieusement, son projet se heurte à la mauvaise volonté, voire à l'hostilité de certains habitants du village. Le notaire fait preuve de mauvaise volonté, le banquier se montre peu encourageant, quant à Mrs Gamart, la dame patronnesse du coin (vous savez, ces horribles femmes qui dans la plupart des romans se déroulant dans la campagne anglaise jouent les bons samaritains en pourrissant la vie de leurs voisins – prenons par exemple La Dernière Conquête du Major Pettigrew), bref, Mrs Gamart choisit ce moment pour vouloir installer un centre artistique dans le bâtiment choisi par Mrs Green pour sa librairie, n'hésitant pas à lui recommander la poissonnerie du coin dont le propriétaire souhaite se défaire. Malgré tout, Florence parvient à ouvrir sa librairie, reçoit quelques témoignages d'amitié et obtient un certain succès... ce qui n'est pas pour plaire à Mrs Gamart, bien décidée à remporter ce duel.

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Si vous voulez ouvrir une librairie, je vous déconseille ce roman qui montre comment vous pouvez être attaquée par à peu près tout (n'oublions pas notre esprit-frappeur), trahie et finalement laissée sans le sou. Ceci dit, The Bookshop est empreint d'un certain charme et ne manque pas d'humour, il séduira les amoureux de littérature anglaise qui n'ont pas encore croisé son chemin. On y parle curieusement assez peu de livres, mais bien plus de relations entre villageois... un texte plein de fraîcheur, parfois doux amer mais dans tous les cas, une immersion follement téméraire en zone à risque.

Un très bon article sur Open Letters Monthly vous donnera très envie de le découvrir, et j'ai découvert depuis ce billet également chez I prefer reading (ces deux articles sont en anglais).

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156 p

Penelope Fitzgerald, The Bookshop, 1978 (shortlisted for the Booker Prize)

03/06/2012

En découvrant Philip Roth

roth indignation.jpegChers amis lecteurs,

ce blog est en semi-pause depuis quelques semaines pour bien des raisons (thé à Windsor, défilé du jubilé en tutu rose, explorations du Highgate cemetery à la nuit tombée, manifestations pour la réhabilitation de Mr Collins et de Lady Catherine de Bourgh) et depuis juin, la désertion de ce boudoir so bookish ne fait que s'accentuer, car à la liste de mes engagements divers et variés hautement time costly vient s'ajouter un petit événement de rien du tout, car amis lecteurs, votre fidèle et dévouée is getting married ! Tout ceci pour expliquer l'alllure fantomatique de mon blog, le peu de chroniques et mon absence de la toile, mais je serai bientôt de nouveau présente. En attendant, je lis toujours et compte bien vaincre les éléments déchaînés pour rédiger ici quelques billets en juin malgré le peu de temps.

Commençons par Indignation de Philip Roth, un auteur que je voulais découvrir depuis un certain temps sans jamais me jeter à l'eau – difficile de prioriser lorsqu'on a une PAL longue comme le bras (doux euphémisme).

Racontée à la première personne, Indignation est l'histoire de Marcus Messner, jeune juif athée, brillant étudiant, jeune homme ambitieux dont les motivations universitaires sont liées à la guerre de Corée. Influencé par un père surprotecteur, Marcus cherche à éviter de partir se battre et tente d'obtenir un grade universitaire suffisant pour s'éloigner des premières lignes du front. Mais le destin en a décidé autrement et très rapidement, le narrateur nous fait comprendre que ce récit sera celui de sa chute, celui de la série de micro-événements qui, mis bout à bout, le conduiront à la tombe.

Texte assez court mais dense, resserré, Indignation est de ces livres qui tiennent leurs lecteurs en haleine de bout en bout et qui marquent une fois la dernière page tournée. Outre le style impeccable et le récit maîtrisé, j'ai été particulièrement convaincue par les portraits que dresse Roth. Une famille de bouchers kasher respectables qui peu à peu se défait, une jeune femme suicidaire, un milieu universitaire hypocrite stigmatisant les minorités religieuses ou raciales. Et d'une certaine manière, ce roman est aussi le portrait d'une Amérique en partie disparue, pétrie d'un système de valeurs omniprésent qui, lui, me semble-t-il, a en partie survécu. Roth, un auteur à lire de toute urgence !

Merci à Lise et aux éditions Folio.

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238 p

Philip Roth, Indignation, 2008

18/05/2012

L'Observatoire, ex domaine de Tearsham

carey_observatoire.jpgIl suffisait d'un auteur anglais inconnu et d'une allusion à Mervyn Peake pour que je me retrouve embarquée dans une visite pour le moins ubuesque, celle de L'Observatoire d'Edward Carey. 429 pages lues avec avidité, un roman que j'ai trouvé tout à la fois passionnant, intelligent, drôle, cruel, et qui occupera désormais une place de choix dans ma bibliothèque. Pas la peine de lire la suite, n'attendez plus, tentez vous aussi l'aventure !

Le narrateur, Francis Orme, est issu d'une longue lignée de Francis Orme, propriétaires du domaine de Tearsham, peu à peu rattrapé par la modernité et une mauvaise gestion qui lui a valu d'être grignoté par une ville tentaculaire, bien déterminée à ne faire qu'une bouchée de ce bastion d'un autre temps qui lui résiste encore. Le domaine s'appelle désormais l'Observatoire : un manoir amputé de ses dépendances, encerclé d'un ridicule mur d'enceinte, sans jardin, un manoir découpé en appartements.

victor newman.jpgA remonter le fil du temps aux côtés de Francis Orme, on comprend que la transformation du manoir en résidence a été souhaitée par sa mère et incarnait pour elle une nouvelle vie et la modernité. Pourtant, lorsque le récit débute, les appartements ont perdu la fraîcheur des premiers jours ; la plupart des habitants sont morts ou ont quitté les lieux, l'endroit est sale, le rez-de-chaussée envahi par les déchets urbains. Quant aux habitants restants, avec lequel tenterez-vous une collocation ? Claire Higgs, vieille femme scotchée devant sa télé toute la journée, idolâtrant un personnage qui de par sa description, me fait fortement penser à Victor Newman des Feux de l'Amour (remarquez l'étendue surprenante de mes connaissances, je peux ainsi saisir la subtilité de telles influences) ? Peter Bugg, ancien précepteur adepte des coups de règle, suant, transpirant pour expier on ne sait quelle faute ? Numéro 20, la Femme-chien ? Le Portier, qui chuinte au lieu de parler ? Ou bien les Orme ? Le père et la mère, enfermés dans leur silence depuis des années ; le fils, cleptomane, incapable de vivre sans gants blancs et maniaque à leur égard, auteur d'une étonnante et sordide collection (dont vous ne connaîtrez l'Objet, le clou de la collection, qu'à la fin du récit) et vivant de son métier de statue humaine ? Comme tous ceux-là sont assez dérangés, il serait préférable de renoncer à tout emménagement intempestif. Mais voilà qu'une certaine Anna Tapp décide de s'installer dans l'appartement 18. Elle n'est certainement pas la bienvenue, et c'est par sa présence que les souvenirs vont remonter à la surface, troublant puis détruisant le petit équilibre monotone de ces résidents qui avaient renoncé à vivre...

Sur le déclin de l'aristocratie, un passage exquis, sur Lord Pearson, contraint de se séparer de son château pour venir habiter à L'Observatoire : "Lord Pearson aimait inviter chez lui les autres résidants pour leur faire visiter son modeste appartement comme s'il s'agissait d'un château. Il disait : Voici le salon où Lord Pearson regardait la télévision. Voici la salle-de-bains, c'est dans cete baignoire en plastique que Lord Pearson se lavait avec un savon parfumé au citron. Voici la cuisine, c'est à cette table que Lord Pearson buvait son potage. Et ainsi de suite. Lord Pearson s'éteignit après avoir absorbé une dose massive de somnifères. Il n'avait plus un sou. Il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir. Sur son corps élégamment vêtu d'un costume de tweed était épinglée une note : Voici Lord Pearson, Noble vestige du début du siècle. Enterrez-le dans son caveau de famille." (p249-250)

Merci aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

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429 p

Edward Carey, L'Observatoire, 2000

09/05/2012

En poussant les grilles de Mansfield Park

austen-mansfield park.jpgMansfield Park est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré Northanger Abbey, mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans Mansfield Park, que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de coeur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire de l'unanimité. Et lorque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.

Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repend peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
austen-mp.jpgLa petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre comfort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son oeuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa soeur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un oeil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
NewbyHall.jpgCe roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants Pride and Prejudice ou Northanger Abbey, habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur :  les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.

La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

Mon billet sur l'adaptation du roman en 1999 par Patricia Rozema.

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

D'autres billets sur Mansfield Park : Lilly, Cafebook, Coeur de Camomille, Alice in Wonderland, Pimpi, le forum Boulevard des Passions, Lecture/Ecriture (plusieurs avis), Critiques libres (plusieurs avis)...

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice, du challenge un classique par mois de Cécile et du défi Je lis en anglais de Miss Bouquinaix.

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492 p

Jane Austen, Mansfield Park, 1814

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05/05/2012

Séjour éprouvant à Mansfield Park

film-mansfield park 1999_04.jpgJe viens tout juste de refermer Mansfield Park de Jane Austen, et j'ai eu envie de voir enfin l'adaptation de Patricia Rozema, qui faisait partie de mes quelques DVD austeniens en attente. J'avais déjà vu il y a trois ans la version d'ITV, quand je passais mes soirées à regarder des adaptations  des romans d'Austen. Cette version d'ITV ne m'a pas laissé une grande impression, si ce n'est que j'avais trouvé Billie Piper hautement improbable dans le rôle de Fanny Price. Je savais que la version de Patricia Rozema n'était pas fidèle au roman et j'ai essayé de ne pas m'attacher à ce point en voyant le film, pour éviter une déception du type Pride and Prejudice de Joe Wright. Bon, il faut bien le dire, c'est un véritable échec, car je me suis franchement ennuyée et suis complètement passée à côté des subtilités de la réalisation.

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Mais quelques mots sur le sujet : Fanny Price a été recueillie petite fille par son oncle et sa tante Bertram. Cette dernière a fait un mariage plus réussi financièrement que Mrs Price qui, ayant suivi son coeur, se retrouve dans une situation financière peu enviable. Fanny grandit ainsi auprès de ses cousins et tombe amoureuse d'Edmund, qui doit entrer dans les ordres. Le petit cercle est soudain perturbé par l'arrivée dans le voisinage de Mr Henry Crawford et de sa soeur Mary, séduisants, ambitieux, bien décidés à tirer profit de leurs nouvelles connaissances.

film-Mansfield-Park-1999-mansfield-park-14359543-640-480.jpgRepartant sur cette même base, le film n'a malgré tout pas grand-chose en commun avec le roman, si ce n'est le nom des personnages et quelques traits communs, ainsi que l'attachement de la jeune Fanny Price pour son cousin Edmund. Mais je m'y étais préparée et ce n'est pas tant ça qui m'a posé problème.

La réalisation est pour moi complètement décousue : là où Joe Wright (dont les films me font mourir d'ennui) sait exceller en plans de toute beauté, le film est d'un esthétisme douteux, voire franchement décevant, malgré quelques idées sympathiques comme cette caméra qui s'envole à la fin de scène en scène, avec une narration non dénuée d'humour. Quel intérêt y avait-il à multiplier les voix superposées (comme par exemple le sermon de Sir Bertram, dont les échos se perdent de scène en scène) ou les ralentis (danse au bal, ou encore Fanny partie à cheval une nuit sous un orage parce qu'elle n'est pas contente) ? Certaines scènes manquent de crédibilité : Lady Bertram reniflant sa petite fiole (il s'agirait d'opium), Sir Bertram ne réagissant pas franchement à l'annonce de l'échec du mariage de sa fille aînée par la presse, Mary Crawford enlaçant Fanny dans une étreinte sensuelle en répétant une pièce de théâtre ou encore fumant une cigarette, quand elle n'assiste pas aux conseils familiaux des Bertram chez qui décidément, tout le linge sale est lavé en public (à noter ce commentaire fort judicieux « This is 1806 for Heaven's sake ! »). Enfin l'esclavage, l'un des thèmes évoqués car la fortune de la famille en dépend, est introduit à plusieurs reprises mais, à mon avis, sans lien clair avec le reste de l'histoire. Quelques scènes viennent ainsi nous dire que l'esclavage est un commerce monstrueux, ce qui est certes vrai mais ne fait qu'ajouter une dose de bons sentiments au milieu de ce méli-mélo de passages à l'eau de rose, le film étant beaucoup trop fleur bleue pour moi je crois.

film-mansfield park 1999_01.jpgEn tout cas j'aurais eu beaucoup de mal à me laisser tenter par le roman en voyant d'abord ce film, qui me déçoit finalement beaucoup plus que ce que j'avais anticipé. Et c'est vraiment dommage, car je n'avais pas vraiment envie de quitter Mansfield Park ! A noter cependant la bonne prestation de Frances O' Connor qui campe une Fanny très différente de celle du roman, apportant beaucoup de fraîcheur au personnage.

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Un nouvel article dans le cadre du challenge Back to the Past organisé sur ce blog et avec Maggie, et du challenge Jane Austen judicieusement proposé par Alice de Jane is my Wonderland.

Billets : Peachy Reviews (qui n'est pas tendre avec l'adaptation), et plus positifs Lilly (enthousiaste),  Nataka...

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Mansfield Park, un film de Patricia Rozema, 1999

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29/04/2012

Harry Potter ne peut rien contre les fantômes anglais

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxeAprès avoir lu le roman de Susan Hill, j'avais très envie de découvrir l'adaptation cinématographique et voir ce que pouvait donner Harry Potter lorsqu'il ne s'agissait pas de sorcellerie. En compagnie de Titine, bien plus résistante que moi à l'épreuve des maisons hantées, j'ai fait la connaissance d'un Arthur Kipps dépressif, dont l'histoire est assez différente de celle que je connaissais déjà.

Contrairement au roman qui fait de Kipps un homme plus âgé et respectable, brusquement rappelé à d'effroyables souvenirs lorsque les enfants du foyer réclament une histoire de fantômes, e film ne nous présente pas Kipps une fois plus âgé... et pour cause.

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Dans le roman, Kipps est un jeune notaire ambitieux et apprécié de ses supérieurs, fiancé à une charmante jeune femme. C'est alors que la vie lui sourit qu'il part régler la succession d'une vieille femme excentrique au fin fond des marais. Dans la plus pure tradition du roman du XIXe, c'est un homme éclairé, qui fait peu de cas des superstitions qui l'accueillent, et qui sera contraint bien malgré lui de reconnaître l'existence des fantômes et du surnaturel. Dans le film, Kipps a perdu sa femme à la naissance de leur fils. Kipps est donc dépressif, prend une flasque d'alcool en prévision du voyage et au lieu de partir en conquérant, c'est menacé d'être renvoyé par ses supérieurs si son travail laisse encore à désirer que Kipps doit régler la succession. Autre version de l'histoire, qui ceci dit ne gêne pas vraiment et tient la route.

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Les petites variantes par rapport au roman continuent ensuite, certaines scènes sont supprimées au profit d'autres, plus spectaculaires, dont l'une des toutes premières : des soeurs, enfants, jouent à l'étage lorsque leur attention est attirée par quelqu'un que nous ne voyons pas. Main dans la main, elles se dirigent vers la fenêtre et se suicident. Et en effet, les cas de morts brutales d'enfants se sont multipliés : elles surviennent lorsque l'on a vu La Dame en Noir, qui rôde autour de la maison dans laquelle Kipps doit se rendre.

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Comme le héros du roman, le Kipps du film est intrépide. Lorsqu'il entend des bruits inquiétants dans la maison, lorsqu'alors que la maison est isolée par la marée des coups brutaux retentissent à la porte d'entrée, le voilà qui sort dehors. Il cherche sous les lits, ouvre les portes de pièces condamnées et n'hésite pas à entrer dans une pièce dans laquelle il entend un bruit retentissant (un fauteuil à bascule se balançant violemment tout seul).

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Le réalisateur a misé sur une ambiance de film d'horreur et est certainement bien parvenu à créer une atmosphère angoissante déjà présente dans le livre, en y ajoutant nombreuses scènes visant à nous faire sursauter (j'étais crispée toutes les deux minutes dans la salle de cinéma). Le fait d'avoir choisi la chambre de l'enfant et ses horribles jouets était tout indiqué pour moi qui, petite, avais une peur bleue des automates.

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Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi à mon avis, en raison de cette angoisse permanente que l'on ressent (j'avoue être particulièrement sensible aux histoires de fantômes) mais aussi des décors et costumes très travaillés, un régal pour ceux qui est aiment les films d'époque (période comparable à celle de Downton Abbey).

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Malheureusement, James Watkins s'enflamme un peu et finit son film dans une ambiance hollywoodienne assez grotesque : le fantôme est largement mis en scène au lieu de rester présent et invisible ; un cadavre retrouvé dans la boue après cinquante ans est parfaitement conservé et à la fin, nous avons droit à la suite de Ring ; même si Kipps enterre le fils mort dans les sables mouvants avec sa mère (le fantôme), la terrible Dame en Noir n'est toujours pas satisfaite et ne pardonnera jamais. C'est ainsi que, comme on le voyait arriver depuis le début (et plus encore en ayant lu le roman qui annonce la triste fin de la première famille de Kipps), c'est au fils du notaire que la Dame en Noir décide de s'en prendre. Heureusement pour la famille Kipps, passer sous un train leur permettra de retrouver épouse et mère. Finalement, tout va pour le mieux.

Autres avis : Titine, Le passeur critique, Legolegitislegimus, Kecha...

Le roman de Susan Hill dont est tiré le film.

Un film Back to the Past, challenge lancé avec ma chère Maggie.

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The Woman in Black, un film de James Watkins, 2011

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25/04/2012

Cher journal...

david lodge, pensees secretes, samuel labarthe, isabelle carré, théâtre david lodge, théâtre pensées secrètesJe connais peu pour ne pas dire pas David Lodge car j'ai commencé deux de ses livres pour remettre à plus tard ma lecture, assez curieusement d'ailleurs compte tenu de mon enthousiasme lorsqu'il s'agit de littérature anglaise. Alors me rendre au Théâtre de la Gaité pour voir Pensées secrètes, c'était l'occasion de passer un bon moment entre amies, et peut-être de m'ouvrir enfin à l'univers de Lodge.

Comme son titre l'indique, la pièce va nous livrer les pensées secrètes de deux personnages : Messenger, directeur d'un centre de recherche en sciences cognitives et Helen Reed, romancière et nouvelle enseignante à l'Université.

Messenger se livre à une nouvelle expérience et enregistre ses pensées à l'aide d'un dictaphone. L'exercice, un peu artificiel, n'est pas pleinement satisfaisant ; il faut dire que les pensées du scientifique reviennent régulièrement vers Alison, maîtresse aux orgasmes bruyants (dont un enregistré sur dictaphone), morte depuis – ce qui n'empêche pas Messenger de revenir avec nostalgie et délices vers le souvenir de leurs ébats et de ses formes très agréables.

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Helen est en panne d'écriture depuis la mort brutale de son mari à la suite d'une rupture d'anévrisme. Elle écrit son journal et ainsi partage avec nous ses premiers jours à l'Université, où elle ne connaît encore personne.

david lodge,pensees secretes,samuel labarthe,isabelle carré,théâtre david lodge,théâtre pensées secrètesMessenger ne tarde pas à la remarquer et la courtise avec assiduité, en dépit de l'amitié d'Helen avec sa femme. Leur histoire sera riche en rebondissements, successivement platonique, sexuelle, amoureuse, interrompue. Il faut dire que tout oppose ces deux personnages : Helen, fidèle à son mari décédé, Helen la littéraire, admiratrice d'Henry James, pour qui les émotions et la description des pensées et sentiments font partie du quotidien ; Messenger, cynique, matérialiste, volage, séducteur, imbu de sa personne et toujours prêt à rationnaliser, rêvant de savoir ce qui se passe réellement – et non fictivement – dans la tête des gens.

Une relation compliquée, par journaux interposés, mais aussi à travers des rencontres, des appels et, alors que la relation devient plus régulière, des scènes de ménage. Une pièce servie par le jeu d'Isabelle Carré et Samuel Labarthe, tous deux très convaincants, parfois drôles, souvent touchants.

Une pièce vue avec Titine et Isil... mais c'est aussi Alice qui parle de Pensées Secrètes (le roman) en ce moment.

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En ce moment au Théâtre de la Gaité à Montparnasse

09/04/2012

Ah, ce major Pettigrew !

simonson_major pettigrew2.jpgCe week-end, je pensais vous laisser en bonne compagnie, en organisant un petit thé dansant avec le major Pettigrew mais le temps m'a manqué et je suis partie en week-end sans avoir rédigé la moindre chronique. Je me suis échappée dans une région où les collines vertes, les nuages bas et les petits villages plein de charme ne m'ont pas trop dépaysée après cette ambiance si cup of tea dans laquelle j'ai baigné le temps de lire avec grand plaisir La Dernière Conquête du Major Pettigrew d'Helen Simonson.

Un peu dans l'esprit cosy et doudou du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patatesmais à mon avis plus intéressant, ce roman a pour personnage le major Pettigrew, retraité vivant dans une charmante maison à Edgecombe St Mary. Lorsque le récit débute, le major vient de perdre son frère ; à la suite de ce décès, une première contrariété vient perturber le pauvre major, qui apprend que contrairement à ce qu'il avait imaginé, son frère ne lui a pas légué dans des termes explicites le fusil qu'il avait reçu à la mort de leur père, fusil jumeau de celui que possède le major. Fils aîné, le major n'a jamais complètement accepté cette séparation des fusils paternels qui dépare son étui, et voilà que les commentaires hargneux de sa nièce lui font voir que ses relations avec son frère était finalement bien plus compliquées qu'il ne l'imaginait. A côté de ça, on voit débarquer son fils, stéréotype du loup de la City, arriviste, matérialiste, imbu de soi-même, obsédé par le choix de ses relations sociales, à l'antipode des valeurs du major Pettrigrew, un brin conservateur mais intègre, très humain et surtout délicieusement pince-sans-rire. Heureusement pour lui, le major est amené à faire plus ample connaissance avec Mme Ali, qui tient la petite boutique du village. Veuve, d'origine pakistanaise, Mme Ali fait partie de ces invisibles auxquels personne ne prête trop attention. Et pourtant, tout comme le major, Mme Ali apprécie la littérature, en particulier Kipling, une première raison de sympathiser. Mais les âmes charitables du coin ne voient pas d'un bon oeil cette nouvelle relation : entre le major, membre du club local, et Mme Ali, épicière d'origine pakistanaise, il existe un fossé infranchissable à leurs yeux généreux.


bisDSC07520.jpgCe roman est un vrai régal, certes léger mais dense malgré tout ; un page-turner plein de rebondissements, parfois triste, souvent amusant, qui traite aussi de mixité sociale, pour reprendre un terme en vogue. Entre les origines de Mme Ali (née en Angleterre pourtant) ou son métier d'épicière, les bonnes gens du village ont du mal à déterminer quelle est la pire des tares. Lorsqu'un médecin d'origine pakistanaise cherche à faire partie du club local, on lui explique que malheureusement la profession est trop représentée et que le club prône une plus grande mixité...

simonson_major pettigrew1.jpgBref, si vous aimez la littérature britannique, ne passez pas à côté du major Pettigrew... une fois que vous l'aurez invité à partager une tasse de thé chez vous, vous aurez bien du mal à le laisser repartir, à moins d'avoir reçu une invitation à passer vos prochaines vacances à Edgecombe St Mary.

Un grand merci à Christelle et aux éditions du Nil pour la découverte en avant-première de ce roman et le thé à déguster !

D'autres avis : JainaXF, Fée Bourbonnaise, Cosy Corner, Lili Galipette, Dominique, Titine...

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492 p

Helen Simonson, La Dernière Conquête du Major Pettigrew, 2010 (édition française avril 2012)

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04/04/2012

Une petite ville américaine si tranquille

meyers_twisted tree.jpgJe lis peu de nature writing, étant plus attirée par la ville que les grands espaces et tremblant un peu lorsque mes héros doivent affronter dans la solitude le froid glacial d'étendues enneigées ou les dangers de courants d'eau bouillonnants. Mais j'ai été intriguée par le résumé de Twisted Tree de Kent Meyers et me suis décidée à sauter le pas... en réalité ce roman s'éloigne de ma vision préhistorique du genre, regorgeant de personnages et d'événements, et pour tout vous dire, je me suis régalée.

twisted-tree.jpgLe récit débute avec un chapitre pour le moins dérangeant, lorsqu'un tueur en série attire la jeune Hayley Jo dans un piège, parvenant à la faire monter de plein gré dans sa voiture, la jeune femme ne comprenant que trop tard qu'elle a suivi le tueur de l'autoroute I-90. Je m'attendais par la suite à une sorte de roman policier dans lequel le tueur serait un personnage récurrent, mais Kent Meyers m'a surprise avec un roman beaucoup plus vaste et ambitieux. Chaque chapitre met à l'honneur un habitant de Twisted Tree, les histoires s'entrecroisant et se complétant parfois ; une construction assez classique, si ce n'est que la richesse des situations, la diversité des points de vue forment au final une toile complexe. Au lieu de vouloir à tout prix faire s'entremêler les histoires personnelles, Meyers choisit de laisser quelques personnages mener leur vie parallèle, en marge des événements les plus marquants - l'assassinat de Hayley Jo, la mort dans un accident d'un habitant s'étant endormi la nuit sur la route, le meurtre et le suicide d'un marginal vivant entouré de couleuvres et de sa mère – à noter que je crains les serpents et la description d'une certaine scène m'a complètement tétanisée. Dans cette petite ville de Twisted Tree où il ne se passe apparemment pas grand-chose, les moindres tragédies personnelles sont mises à nue avec subtilité et une grande maîtrise de la narration.

C'est un roman remarquable et si dense que parfois j'angoissais au rythme des craintes des personnages, j'étais si tendue que dans le bus j'ai parfois eu l'impression d'être arrachée à moi-même lorsqu'une personne passant à côté me bousculait un peu alors que j'étais captivée par un passage particulièrement haletant.

Vous l'avez compris, Twisted Tree a été un véritable coup de coeur pour moi ; c'est à mes yeux une réussite sur le plan littéraire et un récit tout simplement passionnant. Ne passez pas à côté !

Merci aux éditions Gallmeister pour cette très belle expérience !

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317 p

Kent Meyers, Twisted Tree, 2009

31/03/2012

Sorcellerie et douceurs anglaises

marsh_meurtres manoir.jpgAprès Meurtres entre soeurs, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire un deuxième roman de Willa Marsh, petite variation autour du même thème puisque le titre n'est autre que Meurtres au manoir (le genre d'intitulé qui m'interpelle toujours lorsqu'il s'agit d'un manoir anglais). Et que Willa Marsh a l'esprit tordu pour inventer de pareilles situations !

Cette fois-ci, j'ai fait la rencontre de Clarissa, qui travaille et vit seule à Londres dans une petite chambre sans intérêt et se morfond, ennuyant ses amis avec une histoire inventée à propos d'un premier amour tragique. C'est alors qu'un couple d'amis a l'idée de lui présenter Thomas (et non pas Robert comme je voulais l'appeler quand j'ai écrit mon billet), qui vient tout juste de perdre son épouse. Bien malheureux, le veuf se laisse séduire très vite par la vive citadine qui sait se montrer fraîche, innocente et sexy à la fois, un cocktail dévastateur pour cet homme à la morale sévère s'ennuyant quelque peu à vrai dire. Lorsqu'il invite Clarissa pour la première fois chez lui, la jeune femme tombe éperdument amoureuse du manoir de style Tudor et du domaine (vous l'aurez compris, Thomas n'est pas la motivation principale, nous sommes bien loin de Jane Austen ici) ; elle fond aussi pour les tantes, deux adorables vieilles qui gèrent l'intendance. Son choix est fait : elle sera la nouvelle châtelaine. Et il ne lui faut pas longtemps pour précipiter le mariage (le fait d'appeler en urgence sa proie pour lui annoncer que son propriétaire – une petite fille vieille adorable – lui a fait des avances inconvenantes est une action qui s'avère très utile).

Mais Clarissa ne sait vraiment pas où elle met les pieds (la prochaine fois que vous rêverez de séduire un Lord anglais, pensez-y). La famille est issue d'une longue lignée de sorcières qui, depuis l'époque reculée des cultes druidiques, perpétue des traditions oubliées à coup de sacrifices de bestioles en tout genre (bizarrement les chiens du domaine disparaissent fréquemment, mais cela ne semble pas inquiéter le maître des lieux) ; à l'occasion, un auto-stoppeur égaré s'est avéré lui aussi très utile. Les femmes de la lignée se font enterrer dans les bois qui jouxtent le jardin, alors qu'un cercueil rempli de pierres sert de leurre à l'église. Désormais, ce sont les tantes qui respectent la tradition mais elles doivent faire face à un défi de taille : qui va hériter de leur lourde tâche et les enterrer dans le bois ? Car il est évident que la seule fille du châtelain envisage de rentrer dans les ordres et s'oppose aux forces obscures qui hantent la forêt. L'arrivée de Clarissa est donc une bonne chose (d'ailleurs, les tantes n'auraient-elles pas aidé la première femme à mourir après une série de fausses couches désespérante ?). Mais la Londonienne est-elle prête à supporter la présence des nombreux fantômes qui errent dans la maison et la lourde responsabilité qui lui incombe ? Rien n'est moins sûr. Et sa meilleure amie qui s'installe au château quelques mois plus tard pourrait peut-être faciliter leurs plans. Encore que...

the piege.jpgSi Meurtres entre soeurs était déjà assez sordide, ce roman est d'une noirceur impressionnante. Les adorables tantes sont des meurtrières sadiques, le seul prince charmant est un loup sans morale, la meilleure amie de Clarissa prend celle-ci pour une vraie dinde et fait tout pour lui voler son titre de châtelaine. Quant à cet accident de tracteur qui cloue le châtelain sur un fauteuil roulant, le doit-on vraiment au hasard ?

Un roman complètement déjanté et monstrueux, ironique et d'une bassesse infinie, drôle et absolument épouvantable. Vous ne regarderez plus jamais vos proches de la même façon (surtout s'ils aiment les balades nocturnes dans la forêt, dans ce cas fuyez !).

L'avis de Moustafette (chez qui j'ai découvert cette photo de porcelaines tout à fait appropriée que je me suis permis de reproduire ici) et de Cathulu.

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Willa Marsh, Meurtres au manoir, 1999