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04/04/2014

Elizabeth Jenkins, Harriet

jenkins_harriet.jpg1875. Harriet est une fille de bonne famille, vivant avec sa mère et son beau-père alors qu'elle a déjà atteint la trentaine. La jeune femme (plus toute fraîche si l'on adopte un point de vue victorien) est simple d'esprit. Si elle sait soigner sa personne et accorde une attention particulière à sa garde-robe, Harriet trahit son état par un rictus curieux, des paupières tombantes et des réactions parfois déroutantes. Afin de se soulager un peu, sa mère l'envoie régulièrement chez des proches à qui elle verse une pension pour l'accueillir. C'est lors d'une de ces "escapades" qu'Harriet fait la connaissance d'un certain Lewis. Venu courtiser Alice, la jeune fille de la maison, Lewis apprend qu'Harriet dispose de 3000 livres auxquelles s'ajouteront 2000 livres à la mort de sa tante. Dès lors, Lewis décide de la séduire pour mettre la main sur cette coquette somme. Il décide de faire l'impasse sur l'âge assez "avancé" de sa promise et sur ses défauts d'élocution et de compréhension, persuadé de pouvoir s'en accommoder d'une façon ou d'une autre. Pour parvenir à ses fins il écarte la mère d'Harriet (qui bien entendu juge leur histoire avec lucidicité et s'inquiète pour sa fille). La jeune femme devient entièrement dépendante de Lewis et de son entourage. Une fois le mariage passé, Harriet est progressivement isolée. Lewis reprend son aventure avec Alice là où il l'avait laissée. Aidé de son frère Patrick et de sa belle-soeur Elizabeth, il entreprend d'écarter la pauvre Harriet.

Un roman sur un fait divers victorien ! Mais quelle sinistre affaire ! Elizabeth Jenkins s'est intéressée à un procès retentissant de la deuxième moitié du XIXe siècle. Celui-ci a fait couler beaucoup d'encre, d'une part en raison des faits reprochés aux quatre coupables, mais aussi parce que le jugement initial (leur condamnation à mort) fut remis en cause car jugé un peu expéditif (un juge partial, une argumentation de la défense rapidement écartée). Cette affaire aurait donc eu un impact important sur l'évolution de la justice anglaise et la possibilité de faire appel. Les faits n'en restent pas moins épouvantables.

En s'appuyant sur le compte-rendu du procès, Elizabeth Jenkins s'est employée à imaginer comment les faits avaient pu s'enchaîner. Là où le fait divers sert de matière à la trame de l'histoire, le roman comble le vide et imagine les réactions et les motivations des différents protagonistes, ainsi que la façon dont, de fil en aiguille, la vie d'Harriet a basculé.

[Spoilers dans ce paragraphe] Femme riche et un brin suffisante, Harriet n'a pas les capacités intellectuelles qui lui permettraient de voir clair dans le jeu de Lewis. Elle s'en remet ainsi entièrement à lui et lui confie toute sa fortune, perdant de même tout son attrait. Petit à petit, les marques d'attention font place à l'agacement. On l'écarte, on l'isole, on ne lui adresse plus la parole.  On la prive de ses vêtements et bijoux pour les offrir à la maîtresse du mari. On ne la nourrit plus correctement. Et, inexorablement, l'équilibre se rompt. Les "proches" d'Harriet deviennent ses gardiens et la négligence prend une nouvelle dimension. S'il y a débat sur les causes de la mort, il n'y en a pas sur l'état d'Harriet : apparemment maltraitée, la jeune femme était exsangue, recouverte d'une telle couche de crasse que l'infirmière ne parvenait pas à la laver, ses pieds recouverts d'une corne épaisse, sa tête grouillant de poux.

Ce texte est très subtil. L'évolution de la relation entre Harriet et ses tortionnaires est habilement décrite. L'histoire est présentée du point de vue des coupables, pour qui la jeune femme n'est qu'une quelconque nuisance négligeable, à la marge de leur existence. Ce n'est donc qu'indirectement que l'on devine le sort qui lui est réservé. La vérité éclate à la fin, avec beaucoup plus de force en raison des nombreux non-dits. Par ailleurs Jenkins sait ménager son effet. Alors qu'on imagine que le mariage n'est pas consommé, on apprend au détour d'une phrase qu'il y a eu un enfant. Une autre fois, Harriet dérange par son attitude ; Patrick s'approche et l'on devine la scène aux mots de sa femme, qui craint qu'il ne tue leur prisonnière. Ou encore, quand Harriet doit signer un acte pour que son mari dispose des 2000 euros de sa tante, on lui met une voilette car elle a un bleu au visage.

Un roman cruel mais très maîtrisé et d'une grande force.

Une lecture commune avec Fanny. D'autres avis chez Titine ainsi que Clara, dont le billet m'avait initialement donné envie de lire ce roman.

Un article de Rachel Cooke (également auteur de la postface) sur ce qu'on a appelé The Penge Mystery. L'article de Wikipedia.

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288 p

Elizabeth Jenkins, Harriet, 1934

BBC 2014.jpgbritish mysteries_petit.jpgLogo Lou.jpgXIXe siecle 01.jpg

07/03/2014

Kylie Fitzpatrick, La Neuvième Pierre

fitzpatrick_neuvieme pierre.jpgAprès avoir lu Code 1879 de Dan Waddell, mon premier roman policier aux accents victoriens de la collection Babel Noir, c'est avec beaucoup d'attentes que j'ai abordé La Neuvième Pierre de Kylie Fitzpatrick.

Issue d'une famille pauvre, orpheline, la jeune Irlandaise Sarah O' Reilly travaille pour Le London Mercury. Vêtue en garçon pour accéder à un travail qui lui serait normalement refusé, elle espère se voir confier un jour des travaux plus intéressants. Elle rencontre par le biais du journal la jeune veuve Lily Korechnya, auteur d'articles sur des femmes illustres. Toutes deux vont devenir amies et Lily va ainsi tenter d'aider Sarah et sa petite soeur Ellen, qui toutes deux vivent dans une cave à Devil's Acre. Le destin de Lily croise celui d'une collectionneuse de diamants, Lady Cynthia Herbert. Dès lors, nous suivrons la réalisation d'un talisman en diamants, superbe commande refusée par tous les bijoutiers consultés en Inde en raison du danger inhérent au bijou. Et, en effet, ceux qui croisent les diamants indiens trouvent la mort dans des circonstances étranges...

Dans l'ensemble, La Neuvième Pierre est un roman néo-victorien intéressant mais un peu inégal. Première surprise, il ne s'agit pas vraiment d'un roman policier mais plutôt du parcours de la jeune Sarah O' Reilly. Certes, son destin finit par se mêler plus ou moins à une histoire de meurtres et de talisman en diamants volé, mais ce n'est finalement qu'une toile de fond. L'affaire est résolue rapidement à la toute fin du roman ; la solution à l'énigme est sans surprise et, au fond, on finit par s'en moquer un peu.

La première partie du roman est de loin la plus réussie pour moi. Nous avons là une toile de fond réussie à travers une Londres victorienne bouillonnante de vie et très diverse. Outre la jeune Sarah O' Reilly, deux figures féminines indépendantes d'esprit se démarquent, Lady Cynthia et Lily Korechnya. Malheureusement, j'ai été nettement moins séduite par la suite, qui se déroule principalement en Inde. Après avoir découvert le palais du Maharadjah et rêvassé quelques instants à ses splendeurs, à la lumière particulière précédent la mousson et aux senteurs délicates, je me suis vite ennuyée de la vie monotone qu'on mène dans ce lieu splendide, de ce prince bien fade et de ses concubines assommées par l'opium. J'avais espéré mieux explorer Bénarès sous l'empire britannique mais l'aspect colonial est très peu exploité, si bien qu'on a l'impression de retrouver l'ambiance des Mille et une Nuits, sans aucune petite touche d'originalité. Enfin, je me demande pourquoi Kylie Fitzpatrick a choisi d'assassiner aussi rapidement plusieurs personnages hauts en couleur, car malheureusement l'histoire s'en ressent et perd de son intérêt. Dans l'ensemble ce roman est agréable à lire mais je regrette que le récit n'ait pas été un peu plus dynamique et que l'Inde britannique n'ait pas été mieux dépeinte.

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Titine et Soie.

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500 p

Kylie Fitzpatrick, La Neuvième Pierre (The Ninth Stone), 2007

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20/02/2014

Peter Carey, La Chimie des Larmes

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Rentrée littéraire de septembre 2013 (romans étrangers)

Londres, de nos jours. Une conservatrice de musée apprend la mort soudaine de son amant. Pour l'aider à faire son deuil, son supérieur hiérarchique lui confie la restauration d'un automate fascinant, basé sur une mécanique subtile... un véritable chef-d'oeuvre.

Allemagne, 1854, dans un village perdu de la Forêt Noire : l'Anglais Henry Brandling cherche le meilleur horloger qui soit pour réaliser pour son fils malade le canard de Vaucanson (première moitié du XVIIIe), un jouet mécanique très fidèle à la réalité... une quête qui s'apparente à première vue à une chimère, aucun horloger ne semblant être au niveau du célèbre Vaucanson. Brandling tombe alors sur un curieux trio – un homme, une femme et son fils - qui lui vole les plans du canard et lui force la main pour pouvoir réaliser le jouet.

J'avais traversé l'Allemagne avec l'assurance catégorique reçue de ma famille que tout le monde, hormis les paysans, y parlait parfaitement l'anglais. Après avoir subi l'assaut de l'agent des douanes, je compris que les paysans étaient largement répandus et me procurai donc une grammaire allemande à la gare du chemin de fer (p 35). 

On voyage d'un chapitre à l'autre, quittant Londres pour l'Allemagne, le temps présent pour le XIXe, à travers deux destins que le hasard a fait se croiser. J'ai cherché Henry, Henry vivant, Henry au bon coeur. Quelle compagnie indispensable en cette nuit sans fin... Je lisais. Il écrivait (p 180). 

J'ai ouvert ce roman avec beaucoup de curiosité. L'idée de voir s'entremêler deux destinées à 150 ans d'écart me séduisait, sans compter le cadre londonien, le XIXe et les automates qui me fascinaient (et m'effrayaient) quand j'étais petite. C'est un roman original, bien écrit, dont l'un des protagonistes (Henry) est très attachant.

Père d'un petit garçon très malade, il a déjà perdu une fille (morte de consomption) et sa femme lui a retiré son affection depuis. C'est un père fou de son petit qui part en quête du jouet qui pourra faire son bonheur, le distraire de sa maladie : faire réaliser cette perle rare n'est pas une simple lubie ou excentricité de gentleman oisif, c'est peut-être ce qui va sauver son enfant. La dimension dramatique du roman se retrouve aussi aujourd'hui avec Catherine, qui part totalement à la dérive dans les jours qui suivent l'annonce de la disparition de son amant. 

Les débuts du roman sont prometteurs, à travers le voyage de Henry qui s'annonce intéressant sur le plan historique et qu'on imagine plein de rebondissements ou enrichi par les souvenirs de sa vie anglaise, tandis qu'à Londres la découverte de l'automate et du journal de Henry par Catherine éveille notre curiosité... Mais mon intérêt s'est quelque peu émoussé ensuite. L'histoire de Henry stagne rapidement ; il est entouré d'une bande d'escrocs mais si lui se demande si son canard sera un jour réalisé, nous savons que ce sera bien le cas puisque nous savons que Catherine doit le restaurer (et, pour ceux qui l'ont lu, pour moi la petite variante finale n'a rien d'un renversement). En ce qui le concerne, on finit par se dire que le seul mystère qui reste entier concerne son fils : le reverra-t-il vivant ? Peter Carey fait le choix de nous laisser deviner, la fin n'en étant donc pas vraiment une... ce qui m'aurait peu gênée s'il s'était vraiment passé quelque chose dans les chapitres précédents, parfois un peu obscurs. Il en va de même pour les jours présents, à ceci près que Catherine est beaucoup moins sympathique que Henry. Elle semble prendre un certain plaisir à surjouer la douleur, empilant les bouteilles vides, manquant de respect à ses collègues, profitant de la sollicitude de son patron pour faire n'importe quoi dans le cadre de son travail. J'ai trouvé difficile d'adhérer à ce personnage nombriliste, malgré sa douleur.

J'ai pris plaisir à lire ce roman sur la résilience, mais en partie en raison de ma curiosité concernant le dénouement. C'est un peu déçue que j'ai tourné la dernière page car il m'a semblé que Peter Carey n'était pas allé tout à fait au bout de son idée (le dialogue entre les deux protagonistes à travers les siècles), au demeurant excellente... dommage, car j'ai passé de bons moments !

(…) il avait pu, à la suite de ce triomphe, commander les plans qui permettraient de mettre en oeuvre l'extraordinaire spectacle des trains rapides circulant en douceur dans des tunnels de verre au beau milieu de Fortnum & Mason's (p 42).

Les avis de Nadael, Ly lit

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326 p

Peter Carey, La Chimie des Larmes, 2012

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14/01/2014

Le challenge Virginia Woolf devient permanent

virginia woolf.jpgAmoureux de Virginia Woolf, participants aux deux premières éditions du challenge, j'espère que cette nouvelle vous fera plaisir. Après moult réflexions, je trouve dommage d'abandonner Virginia Woolf avec l'année 2013, d'autant plus que vos billets nous permettent petit à petit d'établir une liste de chroniques assez exhaustive de ses oeuvres mais aussi des publications ou adaptations qui lui sont consacrées. J'ai donc décidé de prolonger le challenge indéfiniment.

Les inscrits aux éditions précédentes pourront continuer à publier leurs billets tranquillement mais toute personne consacrant une chronique à Virginia Woolf et ne s'étant pas inscrite jusqu'ici est la bienvenue pour me communiquer le lien correspondant et ainsi contribuer à enrichir peu à peu cette liste récapitulative ouverte à tous ceux qui souhaitent découvrir ce grand auteur anglais.

Il n'y a pas d'engagement sur un nombre minimum de billets à rédiger pour participer à ce challenge, toute contribution sera acceptée avec grand plaisir. Il suffira simplement d'ajouter à votre billet le logo du challenge et un lien vers ce billet ou le récapitulatif des liens.

Bien sûr les personnes déjà inscrites à différents niveaux pourront poursuivre leurs lectures pour la beauté du défi (cf billet recap) ;)

En parallèle je crée un groupe Challenge Virginia Woolf sur Facebook où j'indiquerai également les récentes publications des participants et où vous êtes les bienvenus pour échanger autour de Virginia Woolf.

Le billet récapitulatif est accessible à tout moment en cliquant sur le logo du challenge dans le menu à gauche.

N'hésitez pas à en parler autour de vous ou à revenir vers moi si vous avez la moindre question, le moindre doute existentiel ou si vous cherchez du thé à Londres, come and knock here !

En ce début d'année, je vous souhaite de très belles lectures !

05/01/2014

Ann Beattie, Promenades avec les hommes

beattie_promenades-avec-les-hommes-1.jpgVoilà un livre pour le moins curieux, dont je vais avoir bien du mal à vous parler. Promenades avec les hommes fait partie de la sélection 2014 pour le prix du meilleur roman Points. J'ai eu envie de larguer les amarres et de retrouver les Etats-Unis à travers un roman urbain où l'élite intellectuelle se regarde par le nombril dans un petit drame conjugal qui promettait d'être terriblement américain... et c'est le cas.

Jane revient sur les années qui ont suivi ses études à Harvard. Nous sommes au début des années 1980, elle a attiré l'attention des media sur elle en critiquant le système universitaire (pensant faire preuve d'une grande originalité ce faisant). Ses commentaires ont donné lieu à une réponse circonstanciée d'un universitaire, Neil. Grâce à la mise en perspective de leurs  points de vue dans le New York Times, Neil et Jane se rencontrent. Il a une vingtaine d'années de plus qu'elle mais lui propose de tout lui dire sur les hommes, de l'éduquer. Ainsi commence leur relation amoureuse. Elle plaque son petit ami du Vermont, Ben, s'installe à New York et vit aux crochets de Neil, dont les revenus semblent inépuisables. Mais, comme l'annonçait la proposition de Neil, la relation repose sur des bases malsaines. Jane est façonnée par son mentor qui lui apprend à voir les choses à sa façon, lui assène des vérités sur la vie et contrôle son langage et ses actions au quotidien (par exemple dire "boire un verre" mais ne pas préciser "de vin" ou encore s'habiller de marques de luxe ou de vêtements d'occasion mais ne jamais être dans la demi-mesure). Ce qui s'annonce comme une passade au début (d'autant plus que le titre laisse présager l'arrivée d'autres hommes, mais seuls Ben et quelques amis ou voisins sont les autres hommes de ce récit) devient une relation sérieuse... mais toujours particulière et soumise à certaines conditions. On a bien du mal à comprendre Jane qui se compromet avec cet homme après avoir découvert qu'il était marié au début de leur relation, que ses nuits passées dehors "à travailler" n'étaient qu'un leurre... la jeune femme étant parfaitement à même de percevoir les failles de cet homme manipulateur qui assène des vérités plates et artificielles aux femmes qui l'entourent et pervertit leurs relations (ainsi il raconte que les meilleures amies veulent passer du temps avec lui et demande ce qu'il doit faire, se faisant passer pour l'honnête homme qu'il n'est pas tout en jouissant de la fascination qu'il exerce sur les femmes et en faisant douter Jane ou sa première épouse de leurs propres amies).

" J'ai fait du bon boulot, dit-il.

- Oui, mais tu as fait de moi un être à part, et à présent je suis isolée, sauf avec toi. Il n'y a personne à qui je puisse parler de ces choses et de ce qu'elles signifient." (p 48)

beattie_promenades-avec-les-hommes.jpgLa structure de ce court roman (novella ?) est assez particulière, faite de sortes de flash-backs, d'arrêts sur image, faisant ainsi penser à un film. Les ingrédients du roman américain des années 1980 sont posés, entre la cohabitation dans un brownstone à Chelsea, les voisins gays qui laissent Jane assister à leurs ébats, l'allusion au "cancer gay" qui commence à frapper leurs amis, la drogue qui fait partie du paysage et ne semble pas particulièrement affecter le comportement des personnages (ils prennent de la coke ou de la marijuana comme d'autres une cigarette, par exemple en regardant la télé... mais attention, ils insistent sur le fait qu'ils ne vont jamais se coucher un verre à la main - il ne faudrait pas non plus qu'on imagine qu'ils ont des problèmes d'addiction).

C'est un texte étonnant, inhabituel. Je ne saurais dire que c'est un coup de coeur mais j'ai apprécié ce roman qui, une fois le livre refermé, laisse de multiples impressions au lecteur, qui s'interroge sur les choix et motivations des personnages mais reste aussi imprégné de cette vision d'un New York des années 1980.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette découverte.

Les avis de Anyuka, Jérôme (D'une berge à l'autre), Nola Tagada, Racines, Un Coin de Blog.

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109 p

Ann Beattie, Promenades avec les hommes, 2010

19/12/2013

Truman Capote, Un Noël

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Je n'avais pas lu Truman Capote depuis l'exquis Breakfast at Tiffany's alors que ce blog était encore tout jeune et je dois dire que j'ai bien envie de le relire après être tombée par hasard sur son récit Un Noël.

Un Noël est, d'après ce que j'ai lu lire, un récit d'inspiration autobiographique. Le narrateur revient sur son enfance : sa mère était la plus jolie fille d'Alabama lorsqu'à 16 ans elle a épousé son père, un séduisant homme d'affaires de 28 ans. Le couple se sépare rapidement, la mère décide de faire des études puis de faire carrière à New York. L'enfant est ainsi laissé aux soins de sa famille maternelle dans une vieille baraque en Alabama, où il vit simplement, sans chaussures, mangeant du poulet frit et se faisant choyer par une vieille cousine. Or, un certain Noël, arrive une catastrophe : le père souhaite passer les fêtes avec son fils et décide de le faire à la Nouvelle-Orléans. Ce père est presque un inconnu, la route est longue et la ville qui l'attend le fait frémir. Cuisine épicée, huîtres, beaucoup de mouvement, de circulation, et des bottines à porter qui le font beaucoup souffrir, voilà qui le dépayse un peu trop. Ce sera une année d'apprentissage, l'enfant grandira en remettant en question l'existence du père Noël et en apprenant à connaître un peu mieux ce père qui semble si désireux de lui faire plaisir mais ne peut pas rattraper des années de séparation.

Sur son père : Il semblait d'ailleurs tout avoir, une voiture avec une banquette arrière découverte, sans parler d'une jolie petite maison rose dans le quartier français avec des balcons de fer forgé et un jardin secret en patio aux fleurs multicolores rafraîchi par une fontaine en forme de sirène (p 20).

Je m'étais toujours juré de ne pas m'endormir la veille de Noël. Je voulais entendre caracoler le renne sur le toit et me trouver en bas devant la cheminée pour serrer la main du Père Noël. Et en cette veille de Noël particulière, rien ne me semblait plus facile que de rester éveillé (p 30).

Un Noël met en scène les fêtes dans un cadre inhabituel : point de neige mais une région chaude, quelque peu exotique, garantissant un dépaysement complet au lecteur. Si Noël est la toile de fond, ce texte est avant tout un très beau récit sur les relations père-fils et presque une "nouvelle" d'apprentissage. Une oeuvre délicate où émotions et réflexion se mêlent.

La Neige ! En attendant que je sache lire, Sook m'avait lu des tas d'histoires où, semblait-il, presque toujours intervenait la neige. De voletants flocons éblouissants sortis de contes de fées. C'était une chose dont je rêvais, une chose magique et mystérieuse que je voulais voir, sentir et toucher. Bien sûr, cela ne m'était jamais arrivé, pas plus qu'à Sook ; comment eût-ce été possible, quand nous vivions sous le climat brûlant de l'Alabama? (p 13-14).

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55 p (édition Gallimard épuisée)

Truman Capote, Un Noël, 1982

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15/11/2013

Mary Shelley, L'Endeuillée et autres récits

shelley_endeuillee-et-autres-recits.jpgNe connaissant que Frankenstein de Mary Shelley, j'ai été attirée par ce recueil de quatre nouvelles que j'ai lu pour le challenge Halloween – il entre dans ce cadre à travers les références au pacte avec le diable ou le Mal de façon plus générale.

C'est un livre fortement marqué par le courant romantique, aussi bien par le choix des thèmes que par le style lyrique faisant référence aux éléments, à la Nature. Voilà néanmoins des textes beaucoup moins audacieux que ne l'était Frankenstein et, en matière de Romantisme, j'ai par exemple été beaucoup plus captivée par les écrits d'un E.T.A . Hoffmann.

Une curiosité pour les amoureux de littérature anglo-saxonne.

"L'Endeuillée" : Rendant visite à une tombe sans nom devant sa bien-aimée, le narrateur lui explique les circonstances dans lesquelles il rencontra la femme qui y est enterrée. Ayant recueilli le narrateur dans la forêt alors qu'il fuyait la tyrannie de ses camarades d'Eton, la jeune Ellen était devenue son amie mais souffrait de mélancolie et projetait de mettre fin à ses jours, se sentant responsable de la mort de son père.

Je dois avouer que, hormis, l'évocation de certains lieux anglais, j'ai trouvé cette nouvelle sans surprise (la chute étant d'ailleurs grosse comme une maison, mais peut-être n'était-ce pas le cas à l'époque de la publication). Je suis sans doute sans coeur et ne me suis pas laissée émouvoir par les rouages de cette histoire un peu fade : la douce jeune femme si malheureuse, deux jeunes hommes valeureux et intègres dans son environnement immédiat, le tout arrosé de discours grandiloquents dans lesquels les éléments et la nature ajoutent au tragique de la chose...

Sortez les violons : Ils avaient quitté l'Angleterre comme pour un voyage d'agrément le long d'un cours d'eau ; mais le char impitoyable du destin les avait rattrapés dans leur course insouciante, les écrasant sous ses lourdes roues, faisant voler en éclats leur amour, leur espoir et leur joie, comme l'avalanche mugissante qui emporte le ruisseau dans la vallée et le réduit à quelques embruns. Ils étaient partis, mais où ? Le mystère pesait sur le destin de cette très malheureuse victime ; et le désir de mon ami était de percer les nuages qui cachaient la pauvre Clarice à sa vue. (p39, L'Endeuillée)

 

"Transformation" : un jeune homme est chassé de sa ville et dans l'impossibilité d'épouser sa chère et tendre pour avoir préféré l'insolence et une tentative d'enlèvement à un comportement honnête et repentant. Voilà notre héros qui se lamente sur les côtes anglaises, lorsqu'il assiste à un naufrage tragique. Le soir était proche lorsque, du côté de la mer, s'éleva, comme sous la baguette d'un magicien, un sombre réseau de nuages qui fit tâche sur l'azur du ciel vespéral, assombrissant et tourmentant l'océan jusqu'alors paisible. Les nuages prirent des formes étranges, fantastiques, se modifièrent, se mêlèrent comme sous l'action d'un charme puissant. Les vagues dressèrent leurs crêtes blanches ; le tonnerre d'abord gronda, puis éclata de l'autre côté de la surface des eaux qui prirent une vive teinte pourpre, parsemée d'écume (p72, Transformation).

Seul en réchappe un être difforme, qui aurait causé la tempête et lui propose un marché : échanger leurs deux corps quelques jours en échange d'une grande fortune. Mais lorsque le délai est passé, l'horrible étranger ne revient pas et c'est avec son corps maladroit et répugnant que le héros tente de se faire justice...

J'aime l'obéissance, même de la part de ces stupides éléments, dit le nain. Et combien plus encore de la part de l'esprit indompté de l'homme ! L'orage était bien déchaîné, il faut l'avouer... et je l'ai entièrement déclenché (p75, Transformation).

La voix du misérable était grinçante et abominable, et les contorsions qu'il faisait en parlant effroyables à voir. Pourtant il exerçait vraiment sur moi une sorte d'influence que je ne pouvais maîtriser et je lui racontai mon histoire. Quand j'eus fini, il se mit à rire très fort pendant un long moment ; les rochers renvoyaient l'écho ; il semblait que l'enfer hurlait autour de moi (p 76, Transformation).

Cette version du pacte avec le diable m'a davantage séduite, cette fois-ci la nature occupe encore une place de choix mais oublions le côté fleur bleue, car c'est un échange infernal qui va avoir lieu. J'aime ces éléments déchaînés, ces orages, ce chaos, cette noirceur ! Certes il y a une belle promise mais le surnaturel ajoute du piment au récit et le jeune premier n'est pas exempt de défauts.

 

"Le Rêve" : une jeune femme refuse de prendre un époux puis remet sa réponse au lendemain ; elle envisage de passer la nuit sur la couche de Ste Catherine, en équilibre précaire. Tout réveil brutal la ferait chuter et la tuerait sur le coup.

Un récit qui a un petit côté moyenâgeux et mystique mais qui, quelques semaines après la lecture, ne m'a laissé strictement aucun souvenir.

 

"Le Mortel Immortel" : un jeune homme joue les apprentis sorciers auprès d'un homme craint dans les environs. Il finit par boire une curieuse potion qu'il pense être un philtre d'amour, mais le breuvage lui accorde en réalité l'immortalité. En tout cas, il ne vieillit plus alors qu'auprès de lui, sa bien-aimée se fane et vit avec beaucoup d'amertume le décalage physique entre eux deux.

Un petit conte philosophique aux influences faustiennes.

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151 p

 

Mary Shelley, L'Endeuillée et Autres Récits, 1829-1839

halloween 2013.jpgmary shelley, editions jose corti, l'endeuillee et autres recits, littérature anglaise, littérature anglo-saxonne, angleterre, angleterre xixe, challenge halloween, challenge xixe

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04/11/2013

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée

macardle_falaise hantee.jpegParfois, les cheminements du lecteur dans sa quête de nouvelles idées de romans sont pour le moins étonnants. Cela fait plusieurs années que j'ai La Falaise Hantée de Dorothy Macardle dans ma PAL, et à chaque nouveau challenge Halloween je songe à écouter ses tristes lamentations mais finis toujours par l'écarter et à l'abandonner à son triste sort. Pourtant, c'est sur un coup de tête que je me l'étais procuré : j'avais vu une jeune femme le lire dans les transports en commun. Le titre, la couverture (ou du moins, ce que je pouvais en voir), le grand format, tout cela m'avait rappelé un roman dont j'ai aujourd'hui oublié le titre mais que j'avais dévoré au lycée, puis prêté, et qu'on ne m'a jamais rendu. C'était là aussi une histoire de maison hantée ou envoûtée, toujours est-il qu'en voyant cette lectrice j'ai de suite retenu le titre et l'ai commandé très rapidement. Depuis, il végétait.

J'avais sans aucun doute oublié cela mais ce roman a été écrit en 1941 par une Irlandaise. Or, je ne me lasse pas de ces auteurs souvent classés dans les "modern classics" ; l'époque, les thématiques et un petit côté délicieusement suranné font mon bonheur de lectrice à chaque fois. Lorsque je me suis aperçue de ce petit détail j'ai curieusement été prise d'une envie urgente de lire enfin La Falaise Hantée.

Le sujet ? Le critique londonien Roderick Fitzgerald et sa soeur Pamela décident de quitter la capitale pour acheter ensemble une maison à la campagne. Lors d'une virée en Cornouailles, ils tombent sous le charme de Cliff End, une sublime maison curieusement abandonnée. La demeure domine une falaise et donne accès à une plage privée... c'est pour les deux jeunes gens le comble de la perfection et lorsqu'ils découvrent avec stupeur que cette demeure est dans leurs moyens, ils n'hésitent pas un instant à l'acheter, même si on les prévient que les derniers locataires sont partis car ils entendaient des bruits dans la maison.

L'installation est d'abord idyllique (indeed, il faudra une bonne centaine de pages avant qu'un revenant ne pointe vraiment le bout de son nez). Pamela décide de l'ameublement et de la décoration, Roderick vient les week-ends et attend avec impatience la fin de ses engagements londoniens. Pamela confesse bien avoir entendu quelques bruits mais cela ne semble en rien compromettre leur bonheur. Puis, peu à peu, la situation se dégrade. Un parfum de mimosa et une petite lumière se manifestent dans l'ancienne chambre d'enfant. Un froid intense envahit la maison lorsqu'une apparition lumineuse se manifeste dans l'escalier. Malgré un courage certain et leur volonté d'enquêter pour mieux comprendre ce qui peut expliquer la présence d'un ou plusieurs revenants, les Fitzgerald commencent à perdre espoir après de longues nuits sans sommeil et quelques événements plus brutaux que d'autres...

Ce roman m'a fait penser à Rebecca, pourtant chez Daphné du Maurier il n'y a point de fantôme ; cela tient sans doute à l'atmosphère particulière des deux maisons et à la tragédie qui dans les deux cas s'y est déroulée. Je n'ai pas eu le coup de coeur auquel je m'attendais car je reproche quelques longueurs à ce roman : le frère et la soeur ne cessent de retourner dans tous les sens la situation, de se remémorer les différentes apparitions et de faire des conjectures, avec je trouve quelques répétitions. Et lorsqu'il faut arriver au dernier tiers du roman, voire au dernier quart pour que l'on remette enfin en question ce que l'on sait des défunts concernés (le méchant ne serait pas celui qu'on croit ?), je me suis dit que c'était un peu dommage car sans être médium je m'attendais à quelque chose dans le genre depuis longtemps. Malgré tout j'ai savouré l'ambiance de cette maison où l'on aime se reposer un livre à la main dans la journée mais que l'on craint de parcourir une fois la nuit tombée. J'ai apprécié les protagonistes, entre le critique qui s'essaye au théâtre, la soeur fantasque et leurs amis peintre, actrice ou décorateur. Les revenants sont pour le moins effrayants et il est clair que jamais je n'oserais monter l'escalier de nuit. Bref, c'est une agréable découverte, à l'ambiance délicieusement British, un brin effrayante, à savourer une tasse de thé à la main, un soir d'orage de préférence.

Une lecture recommandée par le site maison-hantée.com, qui conseille par ailleurs d'autres titres British alléchants.

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361 p

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée, 1941

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14/10/2013

Nathaniel Hawthorne, L'Expérience du docteur Heidegger

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A ma grande honte, je n'avais encore jamais lu Nathaniel Hawthorne. Même si je projette de lire The Scarlet Letter depuis le lycée, je finis toujours par jeter mon dévolu sur un autre livre. Je suis récemment tombée sur un court récit de cet auteur qui traînait depuis quelques années dans ma PAL et que j'avais envisagé de lire lors d'une précédente édition du challenge Halloween. J'ai enfin rencontré Hawthorne, avec L'Expérience du docteur Heidegger. Et voilà qui me donne envie de le lire davantage.

Le docteur Heidegger est un drôle de savant qui a pour habitude de recevoir ses hôtes dans un cabinet des curiosités bien inquiétant, où l'on trouve notamment un squelette, un miroir réputé hanté par les patients morts du docteur ou encore le portrait de sa fiancée qui, il y a plus de cinquante ans, est morte après avoir avalé le remède qu'il lui proposait à la suite d'un simple "indisposition passagère".

Le principal objet de curiosité de ce cabinet reste à mentionner. C'était un in-folio massif, relié de cuir noir, orné de lourds fermoirs d'argent. Aucune lettre ne figurait sur son dos, et personne n'aurait pu en donner le titre. Mais on n'ignorait pas qu'il s'agissait d'un livre de magie, et qu'un jour où la bonne l'avait soulevé dans le seul but de l'épousseter, le squelette avait cliqueté au fond de son armoire, la jeune dame du portrait avait posé un pied sur le sol et quelques visages effroyables avaient surgi du miroir, tandis que le buste en bronze d'Hippocrate, dans un froncement de sourcils, avait dit : "Prends garde" (p14).

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Pour son expérience, le docteur Heidegger décide de réunir quatre de ses connaissances, une vieille fille et trois vieillards que la vie a pris en disgrâce. Tous ces personnages ont un passé un peu trouble ou du moins quelques frasques à leur compte. Aujourd'hui, ils vivent perclus de rhumatismes et leur quotidien n'a plus aucun intérêt. Le docteur décide ainsi de leur proposer de goûter à une eau qui proviendrait de la fontaine de Jouvence et qu'il aurait reçu de la part d'une de ses connaissances. Sceptiques, les quatre vieux se prêtent au jeu après avoir vu une vieille rose desséchée retrouver ses couleurs d'origine...

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Sorte de petit conte philosophique entouré de mystère et d'une once de magie, L'Expérience du docteur Heidegger est une délicieuse découverte pour moi qui suis férue de nouvelles classiques. Avec un vrai talent de conteur, Hawthorne réussit en peu de pages à croquer des personnages pleins d'aspérités, à relater une anecdote fantastique tout en soulevant des questions qui n'ont pas fini de passionner les penseurs et philosophes.

Serez-vous prêts à votre tour à goûter à la vie éternelle ? 

(A noter un incipit savoureux où Hawthorne se défend des accusations de plagiat d'Alexandre Dumas avec beaucoup d'ironie)

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46 p

Nathaniel Hawthorne, L'Expérience du Docteur Heidegger, 1837

halloween 2013.jpgnathaniel hawthorne,éditions sillage,littérature américaine,littérature américaine xixe,classique américain,challenge halloween,classique fantastique,l'expérience du docteur heidegger, challenge xixe

28/09/2013

T.J. Middleton, Oh, my dear !

middleton_oh my dear.jpgVoilà un roman qui m'intriguait à sa sortie ; j'ai de suite aimé la couronne mortuaire (dont les fleurs blanches feraient d'ailleurs davantage penser à un mariage - sans doute pas un hasard), le titre et l'idée de départ.

Al Greenwood, la cinquantaine, n'en peut plus de sa femme Audrey. Si bien qu'au lieu de jeter les voiles, d'envisager un divorce bien classique, il décide plus simplement de la supprimer. Avec une technique infaillible : en la poussant du haut d'une falaise, un jour de tempête où personne ne risque de se trouver dehors. Manque de chance, en rentrant chez lui, il trouve sa chère et tendre en train de l'attendre de pied ferme, sous le coup d'un sursaut étrange de sa libido. Dès lors Al ne contrôle plus rien : Miranda, dont il est le père naturel, a disparu le même jour et portait un ciré jaune, comme celui d'Audrey. Serait-ce sa propre fille qu'il a assassiné ?

Oh, my dear ! est un roman différent de ce que j'avais pu imaginer en lisant le résumé de l'éditeur. Je m'attendais à un petit concentré d'humour noir, comme nos amis anglais en sont si friands. Certes, l'humour est là, mais c'est finalement davantage un roman à suspense. Les personnages ont tous un petit côté fêlé et presque tous auraient quelque chose à cacher. Chantage, menaces, mensonges, quelques bagarres, manipulation, voilà de quoi sont faites les relations entre les protagonistes. Et Al est loin d'être le seul à envisager les solutions les plus radicales à ses problèmes.

Un roman qui se lit facilement (même si je l'avais laissé traîner pendant deux semaines, j'ai lu le dernier tiers d'un trait ce matin), à la frontière entre thriller et humour British. Certes, l'intrigue s'essouffle un peu à moment donné et le texte n'est pas non plus hilarant. Malgré tout, les personnages de ce charmant petit coin anglais sont plutôt bien croqués. Les motivations des uns et des autres sont assez sordides et il est amusant de voir à la fin lequel d'entre eux l'emporte par la cruauté. Un agréablement divertissement.

Merci aux Editions Cherche Midi pour ce sympathique moment de lecture.

D'autres avis sur le site web Plume Libre.

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304 p

T.J. Middleton, Oh, my dear !, 2008

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15/09/2013

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères Inapprivoisées

sharpe_gang des megeres.jpgDe temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire Le Gang des Mégères Inapprivoisées de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux !

Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original ! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.

Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.

Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la soeur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope (p 10).

Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.

Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche ! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...

J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrêmisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.

Par ici, un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré - je me marre en relisant ma chronique et en me remémorant les personnages (quoi ? il y a quatre ans déjà ?) : La route sanglante du jardinier Blott. Et je viens de découvrir la présence de Sharpe sur ma liseuse... eh bien cette fois-ci je ne tarderai pas à le retrouver j'espère !

Une lecture commune autour de Tom Sharpe : (liens ajoutés quelques jours plus tard car j'étais en Angleterre au moment de la publication de nos billets)

- Wilt 1CléantheMartineValentyne

- Wilt 2Adalana

- Wilt 3Delphine

- Le gang des mégères inapprivoisées : Denis, Lou et Noctembule

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219 p

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères inapprivoisées, 2009 (en anglais : The Gropes)

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07/09/2013

Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch

collins_pauvre miss finch.pngWilkie Collins fait de plus en plus partie pour moi de ces valeurs sûres, de ces refuges vers lesquels je peux toujours me tourner lorsque je suis à la recherche d'un bon récit victorien. Cela faisait quelques mois que je ne l'avais pas lu et c'est avec beaucoup d'impatience que j'ai ouvert Pauvre Miss Finch pendant mes vacances.

La narratrice, Mme Pratolungo, nous fait le récit de son arrivée en Angleterre pour devenir la gouvernante de Lucilla Finch, une jeune aveugle, à laquelle elle s'attache dès son arrivée. A peine sur place, la narratrice assiste à la rencontre entre la belle Miss Finch (qui a fort mauvais caractère ceci dit !) et Oscar Dubourg. Ce beau jeune homme semble bien mystérieux, voire même fort suspect aux yeux de Mme Pratolungo, mais il s'avère qu'il est en réalité fort sympathique. Les deux jeunes gens tombent évidemment amoureux. Le début de cette histoire semblait m'entraîner vers une tout autre piste (serait-ce mes lectures de Mary Elizabeth Braddon qui me donnent des idées tordues ?) ; j'imaginais un sinistre complot visant la pauvre Miss Finch... complot il y aura, mais d'un autre genre !

Si vous détestez savoir quoi que ce soit à l'avance d'un roman, passez votre chemin, ne lisez surtout pas le résumé de l'éditeur et jetez-vous les yeux fermés sur ce délicieux morceau de littérature anglaise hautement romanesque. Si comme moi, la curiosité l'emporte, vous pouvez continuer (ce qui me fera d'ailleurs très plaisir car je me suis régalée avec ce livre et entends bien le faire savoir à toutes les âmes innocentes qui auraient le malheur de passer par ici).

Arrive Nugent, le frère jumeau d'Oscar. Il va proposer de présenter Lucilla à un docteur susceptible de lui rendre la vue... cruel dilemme! Car Oscar, sujet à des crises d'épilepsie depuis peu, a été contraint d'accepter un traitement au nitrate d'argent, qui l'a défiguré, lui laissant la peau d'une affreuse couleur bleuâtre.

Je m'attendais à un roman policier mais il s'agit davantage d'un bon roman feuilleton populaire à la victorienne, avec ses péripéties, ses concours de circonstance fâcheux (savamment orchestrés par un auteur qui nous rappelle parfois que si l'on croyait le prendre en défaut, c'est parce que nous n'avions pas pensé à ceci ou oublié cela, quitte à nous renvoyer à plusieurs reprises à un chapitre précédent pour nous raffraîchir la mémoire). Je me suis tout simplement régalée et me réjouis de constater la grande diversité dont a fait preuve Wilkie Collins dans sa vie d'auteur, ce qui me promet encore bien des heures de plaisir.

Outre la trame bien menée qui nous donne une folle envie de tourner la page afin de savoir ce qu'il va advenir de cette pauvre Lucilla (à moment donné, si je n'avais pas eu foi en ce cher Wilkie qui n'aime pas abandonner ses belles héroïnes, j'aurais bien cru l'affaire très mal engagée), j'ai savouré les nombreux traits d'humour qui pimentent le récit. Les personnages secondaires drôles ou grostesques sont délicieusement croqués : le père de Lucilla, pasteur, est aussi maigre et ridicule que sa voix est profonde et magnifique... malheureusement il adore s'écouter et acculer les membres de sa famille dans une pièce fermée pour pouvoir discourir sans fin ; la belle-mère de Lucilla est constamment débraillée, court toujours après une demi-heure fatalement perdue plus tôt dans la journée, a pour compagnons de chaque instant un bébé, un roman et un mouchoir sans cesse égaré ; ou encore Jicks, une des filles de la famille, petite bohémienne qui s'échappe de la maison à longueur de journée et suit son petit bonhomme de chemin, faisant bien sourire ceux qui la croisent en route ; la narratrice n'est pas en reste, en révolutionnaire républicaine qu'elle est (elle conclut son récit par ces mots : « Vive la République ! » et perd tout sens des bonnes manières et de la retenue lorsqu'il s'agit pour elle de défendre sa cause) ; et bien sûr le docteur allemand chargé de soigner les yeux de Lucilla, exubérant, toujours à s'exprimer dans un jargon anglo-germanique à mourir de rire. Même si Lucilla est parfois un brin agaçante et incarne la jeune fille anglaise de bonne famille pour constituer une héroïne - un peu trop - comme il se doit, elle est nettement moins inconsistante que Laura, l'héroïne de La Dame en Blanc (que j'avais eu très envie de remettre personnellement à ses tortionnaires)... et tous les autres personnages plus nombrilistes les uns que les autres suffisent plus que largement à obtenir un récit haut en couleur !

Malgré sa légèreté, ce roman fait également triompher certaines valeurs morales et s'interroge sur le bonheur. Suffit-il à Lucilla d'avoir de bons yeux pour être heureuse ? Et la fin fait écho à Profondeurs glacées (la pièce puis le court roman de Wilkie Collins), avec le destin tragique de l'un des personnages... c'est que ce cher Wilkie n'est pas toujours tendre avec les traîtres !

Un vrai régal que ce roman, j'ai hâte d'ouvrir mon prochain Wilkie Collins... j'envisage très sérieusement une cure en fin d'année...

Merci beaucoup à Bénédicte des éditions Libretto grâce à qui j'ai passé un excellent moment !

Le billet de Cryssilda, évidemment enthousiaste elle aussi, et celui de Denis qui est plus réservé.

Et par ici, d'autres idées de lecture du même auteur : 

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540 p

William Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch, 1871 

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01/09/2013

Claire Keegan, L'Antarctique

keegan_lantarctique.jpgCurieusement, alors que j'apprécie énormément la littérature anglo-saxonne, je lis assez peu d'auteurs irlandais contemporains. Aussi lorsque le blogoclub a proposé une thématique irlandaise pour la lecture du 1er septembre je me suis empressée de farfouiller dans ma PAL pour trouver un livre pouvant convenir - j'essaie de faire sortir de ma bibliothèque des livres qui y prennent la poussière depuis des mois et des années, la situation devient urgente.

Mon choix s'est arrêté sur L'Antarctique de Claire Keegan, auteur dont j'avais lu le plus grand bien sur la blogosphère, révélé par Nuala O' Faolain, bref, un jeune talent prometteur. Par ailleurs le format me convenait bien puisqu'il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles, genre dont je suis friande et qui, je trouve, distingue les grands écrivains des autres car ce format si court est  un art bien difficile à manier et nécessite une précision et une habileté toutes particulières.

J'ai ouvert ce recueil sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est que je pensais peut-être retrouver une Irlande contemporaine, plutôt rurale. Première surprise, ces nouvelles n'ont pas toujours l'Irlande pour cadre et nous font notamment voyager outre-Atlantique. Difficile aussi de cerner la période du récit parfois, certains cadres un peu rustiques ou certains modes de vie nous faisant nous imaginer quelques décennies en arrière.

On pourrait difficilement qualifier ces nouvelles de légères. Amours contrariées, infidélités, grossesse imprévue, désirs inavouables, perte d'un proche dans des circonstances tragiques et travail de deuil qui s'ensuit, moment privilégié passé avec un homme qui s'avère être au final un psychopathe ou un meurtrier, les sujets sont pour le moins graves. Traités avec habileté, ils nous emportent néanmoins grâce au travail minutieux de Claire Keegan qui retraduit avec subtilité la psychologie des personnages, leurs désirs enfouis, leurs espoirs, leurs peurs, leurs aspirations et bien souvent, leurs frustrations. Les femmes ont la vie dure dans bien des nouvelles : travail rude, effacement face à l'homme-roi (figure du mari, du père). Claire Keegan ne joue pas non plus la facilité avec les quelques scènes crues qui émaillent ces nouvelles : ni fausse pudeur, ni exhibitionnisme, mais une description claire, factuelle, épurée.

Un auteur que je relirai sans doute avec plaisir et qui me donne également envie de lire davantage d'Irlandais contemporains... une réorganisation de mes bibliothèques s'imposant bientôt, j'en profiterai pour voir ce que j'ai en stock !

Une lecture dans le cadre du blogoclub du mois de septembre organisé par Sylire et Lisa.

Beaucoup d'avis sur Babelio.

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215 p

Claire Keegan, L'Antarctique, 1999

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26/08/2013

Stephanie Barron, Le Jardin blanc

barron_jardin blanc.jpgJe voulais découvrir Stephanie Barron et ses romans sur Jane Austen depuis un moment, aussi lorsqu'on m'a proposé de lire Le Jardin blanc et que j'ai vu que ce récit s'inspirait de la mort de Virginia Woolf, j'ai été ravie de pouvoir satisfaire ma curiosité.

Le pitch : Jo Bellamy est une paysagiste américaine de 34 ans, envoyée par son employeur en Angleterre pour étudier le jardin blanc créé par Vita Sackville-West, afin d'être à même de le reproduire dans l'une des propriétés du multi-millionnaire. Malgré l'ampleur de la commande et son amour du jardinage, son voyage à Sissinghurst est teinté d'amertume. En effet, son grand-père Jock s'est suicidé juste après avoir appris qu'elle se rendrait bientôt sur cette propriété. Jo va donc tenter d'en savoir plus sur les années de Jock en Angleterre et de comprendre en quoi son histoire serait liée à celle du jardin blanc et à un drame auquel il aurait été mêlé, impliquant une certaine « dame ». On s'en doute, il s'agit de Virginia Woolf.

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Très rapidement, Jo a l'incroyable chance de trouver par hasard avec des affaires abandonnées ce qui pourrait être un inédit de Virginia Woolf et remet en cause son suicide dans l'Ouse. Car le journal a été écrit après sa disparition... 

Dès lors, nous quittons le jardin blanc pour suivre Jo dans sa quête personnelle, qui la conduit d'abord à Londres chez Sotheby's, où elle rencontre Peter Llewellyn, expert en manuscrits. Pour diverses raisons, tous deux vont partir à travers l'Angleterre afin de tenter d'authentifier le cahier, qu'ils se feront dérober, qu'il faudra retrouver, ce qui leur permettra de faire de nombreuses hypothèses, de se rendre à Oxford et Cambridge, à Charleston chez Vanessa Bell ou encore à Rodmell chez les Woolf. 

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Le sujet était pour le moins ambitieux et délicat à traiter, mais qu'en est-il du résultat ? Un roman policier que j'ai dans l'ensemble beaucoup apprécié, après un départ un peu plus difficile (l'introduction d'une histoire entre Jo et son employeur Gray qui n'apporte rien au récit ; certains passages du journal écrit par Woolf ; et une vision de Virginia Woolf «  elle était du genre à se lamenter sur ses désirs » - p 71- et de ses proches qui correspondait peu à l'image que je m'en fais). Bien évidemment, il faut être prêt à faire quelques compromis et fermer les yeux sur une théorie fantaisiste concernant la mort de Virginia Woolf, qui pourrait d'emblée faire frémir les puristes. On peut également sourire un peu lorsqu'on creuse autour de la stèle commémorative de Virginia Woolf de nuit pour trouver la fin du manuscrit, ou en croisant au passage une société secrète. A partir de là, Stephanie Barron parvient à embarquer ses lecteurs dans un récit agréable à lire, vivant et plein de rebondissements. En somme, un vrai page-turner qui ne manque pas d'originalité et surtout, un beau périple pour tous les amoureux de l'Angleterre et plus encore, pour ceux que le cercle de Bloomsbury fascine. Une charmante découverte !

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Merci beaucoup à Christelle et aux éditions du NiL.

Un roman qui me permet à la fois de poursuivre les challenges British Mysteries, Virginia Woolf et I Love London (même si l'action se déroule en majorité ailleurs).

Rentrée littéraire 2013 (sortie en librairie aujourd'hui 26 août)

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400 p

Stephanie Barron, Le Jardin blanc, 2009

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14/08/2013

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses

oates_Le-musee-du-Dr-Moses.jpgJe n'avais pas retrouvé Joyce Carol Oates depuis un moment, malgré deux premières lectures très marquantes. C'est donc chose faite avec Le Musée du Dr Moses, recueil de nouvelles. J'apprécie beaucoup ce format et j'étais curieuse de voir quels textes étonnants pouvaient se cacher sous cette couverture dérangeante.

Rapidement, le ton est donné et le lecteur s'enfonce dans un univers sombre et glauque, s'y englue, victime d'une sensation oppressante dont il aura le plus de mal à se défaire. Chaque interruption - la fin d'une nouvelle par exemple – était la bienvenue et me permettait de me secouer de ce monde où le Mal est omniprésent, où les intentions sont mauvaises, l'issue, souvent fatale. 

Quelques mots sur les diverses nouvelles (que je vous invite à négliger si vous avez la ferme intention de lire ce recueil mais qui, pour ceux qui ne seraient pas décidés, vous donneront une meilleure idée de ce qui vous attend) :

« Salut ! Comment va ! » : un jeune homme interpelle les autres joggeurs alors qu'il fait son footing, les arrachant à leurs pensées, les dérangeant parfois, sans s'arrêter après avoir attiré l'attention de ces inconnus.

 « Surveillance antisuicide » : un homme va voir son fils dans un centre de surveillance antisuicide après qu'il ait été interné. Sa compagne et leur enfant ont disparu, et le grand-père n'a qu'une idée en tête, retrouver le petit. C'est alors que le fils finit par parler et raconter une histoire horrible... mensonge ou vérité ?

« L'homme qui a combattu Roland La Starza » : un boxeur attend depuis des années le combat de sa vie mais, à l'issue de celui-ci, est retrouvé mort dans un champ. Suicide ? Et que s'est-il passé pendant la rencontre avec La Starza, star en déclin ?

« Gage d'amour, canicule de juillet » : le narrateur attend son épouse qui vient de le quitter et revient récupérer ses affaires. Mais pour lui le mariage est éternel, et l'on sent bien que tout ne tourne pas rond (à commencer par son opinion condescendante très XIXe sur les facultés intellectuelles de sa femme). On devine qu'une surprise attend la dulcinée lorsqu'elle arrive chez elle et trouve le courrier abandonné dans la boîte à lettres et la maison fermée. 

« Mauvaises habitudes » : trois enfants sont très perturbés lorsque l'on vient les retirer en urgence de leur école et qu'ils finissent par apprendre que leur père est accusé de multiples meurtres, notamment sur des enfants.

« Fauve » : un petit garçon adorable est noyé dans une piscine en présence de sa mère et de nombreux adultes ; il a vraisemblablement été attaqué par un camarade. On parvient à le réanimer mais dès lors, ce n'est plus le même enfant. Il devient si inquiétant qu'il finit par faire peur à ses parents... 

« Le Chasseur » : le narrateur est un serial-killer, qui recherche l'âme soeur mais, ayant trouvé des défauts à chacune de ses compagnes, les a tuées tour à tour. Il finit par passer au détecteur de mensonge et s'en sort sans souci. Encore une fois.

« Les jumeaux : un mystère » : des jumeaux se retrouvent dans la maison de leur père, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles. Que vont-ils trouver ? Pourquoi sont-ils persuadés que c'est l'autre qui a donné l'alarme le premier ? Qui manipule qui ?

« Dépouillement » : un homme se purifie sous la douche, nettoyant le sang qui colle à sa peau.

« Le Musée du Dr Moses » : une jeune femme fâchée avec sa mère apprend que celle-ci a épousé l'étrange Dr Moses, vendu sa maison et tous ses biens pour se retrancher dans la propriété de son nouvel époux, qui abrite également un musée médical. Mais en arrivant, la fille découvre beaucoup de détails qui clochent. A commencer par l'opération de chirurgie esthétique que le docteur a fait subir à sa nouvelle femme...

 

Ce n'est pas un coup de coeur comme mes toutes premières lectures de Joyce Carol Oates ; je me demande également si ce n'est pas un auteur difficile à traduire et ainsi plus agréable à lire dans sa langue d'origine. Ici, davantage que le style, c'est la narration qui impressionne. Impitoyable, Oates nous conduit à travers un effroyable dédale et parvient à faire ressentir au lecteur un réel malaise à la vue de tous ces personnages, plus malsains les uns que les autres, rappelant par certains aspects Stephen King qui, je trouve, a un don particulier pour recréer des ambiances très angoissantes. Oates nous manipule à sa guise et que l'on apprécie ou non ses nouvelles et leur sujet, elles restent de cette façon fascinantes.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette lecture.

Mes précédentes lectures de cet auteur (j'ai été très impressionnée par les deux premières, mon avis sur la troisième était plus mitigé mais le recueil parlant d'auteurs qui me sont chers je ne regrette pas de l'avoir lu) : 

Je vous invite aussi à faire un petit tour chez George qui a organisé un challenge Joyce Carol Oates et répertorié de nombreux liens.

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266 p

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, 2007