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01/05/2013

Café littéraire : Shakespeare au XIXe

Le 24 février, j'ai assisté au musée d'Orsay avec Titine et Un Coin de Blog à une conférence sur l'influence de Shakespeare au XIXe. Voici un extrait de mes notes pour partager avec vous ce café littéraire très sympathique.

Shakespeare commence à être connu en France au XIXe à travers les traductions et les nombreuses adaptations. Il devient le porte-parole du Mouvement Romantique, une génération fascinée par le Barde. Ainsi Berlioz dit de lui : "Shakespeare me foudroya". Freud (qui était très présent lors de ce café...) s'est quant à lui rendu deux fois en Angleterre, à 17 ans puis en 1908. Il est fasciné par le portrait de Shakespeare à la National Portrait Gallery et se questionne sur son identité, lui trouvant un air peu anglais.

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Parmi les sujets de prédilection des peintres français au XIXe : Ophélie, dont on connaît davantage les représentations britanniques. Ci-dessous quelques exemples, mais je vous invite à lire l'article merveilleusement illustré Le personnage d'Ophélie à travers les arts.

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Jules Joseph Lefebvre, Ophélie (1890)

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Ernest Hebert, Ophélie (1876)

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Alexandre Cabanel, Ophelia (1883)

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Pascal Dagnan-Bouveret, Ophelia (1900)

Gustave Doré avait quant à lui prévu de dessiner tout Shakespeare, mais il est décédé avant de pouvoir mener son projet à bien.

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Gustave Doré, Les Fées (1873)

Manet choisir quant à lui de peindre Hamlet. Il choisit d'abord pour modèle Philibert Rouvière, mais son tableau est refusé au Salon. Il peint alors Jean-Baptiste Faure en Hamlet. Cette fois-ci la toile est acceptée mais l'objet de vives critiques, on parle ainsi de "pantin désossé" à la "tête de tétard". L'artiste ne trouve pas non plus la toile de Manet à son goût.

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Edouard Manet, L'acteur tragique Rouvière dans le rôle d'Hamlet, (1866)

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Edouard Manet, Jean-Baptiste Faure dans le rôle de Hamlet (1877)

Comme je le disais plus haut, Freud a été très largement cité lors de cette conférence. Il voyait en Shakespeare un maître et s'émerveille de certains traits de son oeuvre. Par exemple, lorsque Shakespeare joue volontairement sur l'utilisation de lapsus, cela prouve pour Freud que le poète savait que l'on s'interdit certaines choses. De même, Macbeth et son épouse représentent les deux faces d'un même personnage, une "double personnalité".  Freud ne comprend pas Lady Macbeth, qui meurt quand elle a tout ; il parle ainsi de "ceux qui échouent quand ils réussissent". C'est la fameuse pièce écossaise qui porte malheur et dont on ne prononce le nom qu'à ses risques et périls.

La mort de Lady Macbeth a cependant peu inspiré les peintres : elle meurt off stage, on apprend sa mort par un discours rapporté. En revanche ses crises de somnambulisme fascinent. Le tableau de Delacroix marque Théophile Gautier, qui le juge "effroyable de vérité". Je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer ici à la version de Sargent, un de mes peintres favoris. Gustave Moreau tire de ce sujet deux versions inachevées, dans lesquelles Lady Macbeth est noyée dans des traces rouges évoquant le sang. Redon choisit le pastel, avec un personnage totalement rouge, aux grands yeux étonnants.

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Eugène Delacroix, Lady Macbeth somnambule (1850)

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John Singer Sargent, Ellen Terry as Lady MacBeth (1889)

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Gustave Moreau, Lady MacBeth

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Odilon Redon, Lady Macbeth (1898)

La peinture dite "shakesperienne" au XIXe ne se limite pas à la représentation des oeuvres de Shakespeare, il s'agit d'un véritable credo. Ainsi "Le Radeau de la Méduse" peut être considéré comme une oeuvre shakesperienne.

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Jean Louis Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse (1819)

Ce café littéraire était dans l'ensemble instructif, bien qu'un peu inégal. Parmi les intervenants, nous avons toutes trouvé la jeune Delphine Gervais de Lafond tout à fait enthousiaste et pertinente. Elle est l'auteur d'une thèse sur "Shakespeare et les peintres du XIXe" et sa prestation nous a donné envie de lire sa thèse : de nombreuses références, un regard intéressant sur les oeuvres décrites... une intervention très enrichissante. Notre grande frustration concernait la littérature, absente à l'exception de Freud et de la psychanalyse - alors que nous espérions une approche bien différente. A noter enfin la présence de la comédienne Dominique Reymond, qui a lu des extraits de diverses pièces : une excellente idée de la part des organisateurs.

Une participation au challenge Shakespeare de Maggie et ClaudiaLucia.

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09/04/2013

Linda Newbery, Graveney Hall

newbery_graveney_hall.jpgGrâce au jetlag, un premier billet très matinal...

Avant de partir vers de lointaines contrées, j'ai posé ma valise pendant quelques jours à Graveney Hall ; une nouvelle escapade anglaise (how suprising!) et une deuxième rencontre avec Linda Newbery, l'auteur de Set in Stone (traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre).

Ce nouveau roman couvre deux époques : de nos jours, mais aussi la première guerre mondiale.

Aujourd'hui, nous faisons la connaissance de Greg, adolescent amateur de photographie. Lors d'une balade à bicyclette, il découvre par hasard un domaine ancien abandonné. La façade est splendide et suggère la splendeur des temps anciens, mais elle n'est qu'une coquille vide qui cache un fatras de poutres et de ruines calcinées. Immense domaine doté de plusieurs annexes, d'un lac et d'une curieuse grotte artificielle, Graveney Hall va fasciner Greg qui décide d'en savoir plus sur Edmund, le fils de la maison, soldat à l'époque mais présumé disparu pendant l'incendie. Il mène l'enquête avec Faith, la fille d'un couple de bénévoles travaillant à réhabiliter le site pour l'ouvrir au public. C'est une période compliquée pour cet adolescent qui se lie d'amitié avec Jordan, un garçon discret et nageur de compétition, la relation entre les deux garçons devenant bientôt plus ambiguë.

En parallèle, Graveney Hall nous ouvre ses porte alors que sa fin approche. Alors que sa famille discute de façon toute théorique sur l'issue de la guerre, Edmund se sent en profond décalage avec le monde dont il est issu alors qu'il revient en permission. Au front, il est tombé fou amoureux d'un autre soldat, Alex. Tous deux forment le projet de s'installer dans une petite ferme en France à la fin de la guerre, afin d'échapper à la tyrannie des convenances qui, en Angleterre, veut que le jeune Edmund se marie et produise un héritier. 

Graveney Hall est loin d'être inintéressant et se lit d'une traite. Les deux histoires parallèles se font judicieusement écho et l'on s'aperçoit que la découverte de sa possible homosexualité trouble fortement Greg, en dépit des années qui ont passé. Au début du XXe, Edmund est sûr de l'authenticité de ses sentiments pour Alex, mais il ne peut concevoir leur histoire dans le cadre de sa vie passée car il est bien conscient de l'impossibilité pour lui de conserver Graveney Hall en choisissant Alex. 

J'ai particulièrement apprécié les parties concernant le jeune Edmund. Pour les passages consacrés à Greg, quelques points ont un peu gêné ma lecture. En premier lieu, certains échanges entre Greg et son entourage m'ont paru manquer de crédibilité en raison essentiellement d'une difficulté à retraduire le langage adolescent (ayant lu la traduction je ne sais pas si le problème se pose en anglais). Par exemple Greg pensant « Minute papillon » (p103), mais surtout ces phrases : « quelle mouche t'a piqué samedi soir, espèce de lombric ? » (p104) ou « on n'est pas des sex machines » (p109). En relisant mes notes je vois aussi une tournure un peu étrange en français : « on a visité un malade » (p188). J'ai aussi été refroidie par les débats religieux entre Greg et Faith qui discutent se savoir si Dieu existe ou non en avançant des arguments très plats, déjà mille fois entendus et qui par conséquent ne méritaient pas à mon sens qu'on leur accorde une si grande importance. Ceci dit, malgré ces quelques bémols, Graveney Hall est une lecture qui m'a dans l'ensemble beaucoup séduite en raison de ses personnages attachants, de sa dimension historique, du mystère associé aux ruines et au nom d'Edmund. Amateurs de romans anglais, ne passez pas à côté ! 

Un grand merci aux Editions Phébus pour ce très agréable moment de lecture.

Le billet de Manu, (n'hésitez à m'indiquer vos billets je me ferai un plaisir de les ajouter, mais là je dois songer à me préparer pour ma journée de travail :)) 

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296 p

Linda Newbery, Graveney Hall (Titre anglais : The Shell House), 2002 (2013 pour la traduction)

29/03/2013

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street

perry_etrangleur de cater street.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec les romans d'Anne Perry sur ce blog. Après une découverte délicieuse il y a près de dix ans, j'ai fini par me lasser un peu d'éléments récurrents (les passages un peu moralisateurs sur les différences de classe sociale qui me semblaient copiés d'un livre à l'autre, le rappel constant des origines de Charlotte et Thomas pour ne pas déstabiliser le lecteur qui viendrait à débarquer en plein milieu de la série), puis certaines intrigues m'ont paru franchement légères.

Pourtant ma première lecture, Le Mystère de Callander Square, avait été un petit coup de coeur. J'avais même acheté d'un coup près de dix tomes (!) pour pouvoir me délecter de la suite sans avoir peur de ne plus avoir de Charlotte ou de Thomas Pitt sous la main. L'Etrangleur de Cater Street, lu juste après, m'avait un peu moins conquise en raison de l'intrigue plus simple. Récemment, avec le lancement du challenge British Mysteries, l'envie m'a pris de relire certains des premiers Charlotte et Thomas Pitt et notamment le tout premier, qui est aussi celui de leur rencontre.

Ce roman nous fait pénétrer dans le foyer de la famille Ellison, un couple d'âge mûr, leurs trois filles, Sarah Corde, l'épouse Dominic, ainsi que Charlotte et Emily, en âge d'être mariées. Sans parler de la grand-mère, qui intervient par intermittence. Alors que le récit débute, la bonne des Ellison se fait assassiner ; il s'agit de la dernière victime d'un étrangleur qui commence à vraiment inquiéter ce quartier tranquille, dont les paisibles et respectables habitants ont bient du mal à réaliser que le tueur peut être l'un des leurs et non une personne issue des bas fonds de Londres.

L'intrigue policière n'est pas particulièrement développée, même si je trouve le mobile du meurtrier assez original - l'issue du roman m'avait suffisamment marquée pour que je m'en souvienne, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Si j'ai donc apprécié cette lecture, c'est surtout parce qu'elle m'a permis de me remémorer la rencontre des Pitt et leur famille, qui intervient au fil des tomes de cette série. Je me suis trouvé un petit côté fleur bleue car j'ai réalisé que plus les pages défilaient, plus j'attendais le retour de Thomas Pitt dans le cadre de scènes avec sa future épouse !

Les personnages sont assez intéressants, entre une Charlotte au caractère bien trempée, très droite mais trop franche pour trouver un mari de son rang et une Emily extrêmement tactique et froide, mais pourtant sympathique. Sarah, la soeur aînée, manque cependant de relief, si ce n'est que sa vie conjugale compliquée lui fait se tourner vers la religion et l'influence nauséabonde du pasteur très puritain (et très préoccupé par les péchés d'ordre charnel) de Cater Street.

Une lecture vraiment très plaisante, qui m'a d'ailleurs beaucoup plus séduite cette fois-ci, sans doute parce que j'en attendais quelque chose de différent. Certes il ne faut pas espérer lire le thriller du siècle mais c'est un plongeon sympathique dans l'époque victorienne et un passage presque obligé avant de poursuivre avec la série, dans lequel la famille de Charlotte apparaît régulièrement. Mon seul bémol tient aux attitudes un peu caricaturales de certains personnages, telle la vieille Mrs Ellison qui est assez ridicule lorsqu'elle empoisonne la vie de ses proches, ou encore lorsque ses petites filles se mettent à l'insulter et à la traiter d'espèce d'idiote ou je ne sais quel autre nom d'oiseau, ce que j'ai du mal à concevoir lorsqu'on songe à l'époque (1881) et au milieu social décrit.

Les billets d'Emily, George, Asphodèle...

Une LC avec : (j'actualiserai les liens à mon retour de vacances)

Et mes précédents billets sur Anne Perry (beaucoup n'ont pas été chroniqués) :

Une nouvelle participation au challenge British Mysteries organisé avec Hilde et ici-même (je deviens ainsi résidente de Baker Street) et une toute première au challenge Anne Perry de Syl (ça y est j'ai succombé au beau logo !).

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381 p

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street, 1979

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16/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeCranford fait partie de ces livres que je voulais découvrir depuis longtemps et qui dorment paisiblement dans ma bibliothèque. Alors quand la perspective d'une lecture commune s'est profilée à l'horizon, motivée par la lecture réjouissante des Confessions de Mr Harrison, j'ai décidé de faire enfin préparer mes affaires et de prendre la prochaine malle-poste en direction de Cranford, pour une douce et paisible retraite.

Je me suis ainsi retrouvée dans un environnement où les rares hommes se font suffisamment discrets pour ne pas porter ombrage à la gente féminine , dans un monde où le mariage est présenté comme la pire des calamités par les vieilles filles mises en lumière par Mrs Gaskell. Ainsi, lorsqu'un mariage vient finalement perturber le cercle d'amies de la narratrice : « One does not know whose turn may come next. Here, in Cranford, poor Lady Glenmire might have thought herself safe », said Miss Maty, with a gentle pity in her tone. (p 223) 

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeElizabeth Gaskell s'amuse à dépeindre avec précision un monde qui pourrait paraître quelque peu insignifiant, celui de simples femmes célibataires ou veuves de la société respectable mais parfois peu aisée de Cranford. Ce sont donc les petites économies, les vieilles manies, les mondanités entre voisines ainsi que les bavardages et petits ragots qui sont ici dépeints. Malgré leur vulnérabilité et bien que l'on se prenne parfois d'affection pour elles, on sourit ainsi devant ces femmes : celles qui coupent des carrés de papier journal pour protéger un tapis neuf un jour où elles reçoivent ; celle qui en impose à ses voisines, leur sert leur thé après avoir donné toute la crème du goûter à son chien mais qui n'ose pas sonner son domestique ; et toutes celles qui, sans doute en raison de leur grande solitude, s'imaginent que des bandits dangereux rôdent à partir de quelques menus larcins.

We used to make a regular expedition all round the kitchens and cellars every night, Miss Matty leading the way, armed with the poker, I following with the hearth-brush, and Martha carrying the shovel and fire-irons with which to sound the alarm ; and by the accidental hitting together of them she often frightened us so much that we bolted ouselves up, all three together in the back kitchen, or storeroom, or wherever we happened to be, till, when our affright was over, we recollected ourselves and set out afresh with double valiance. (p175)

I had wondered what we should all do if thus awakened and alarmed, and had proposed to Miss Maty that we should cover up our faces under bedclothes, so that there should be no danger of the robbers thinking that we could identify them ; but Miss Matty, who was trembling very much, scouted this idea, and said we owed it to society to apprehend them, and that she should certainly do her best to lay hold of them and lock them up in the garret till morning. (p182)

Notez que les Français n'ont pas le vent en poupe à Cranford. Ces terrifiants mangeurs de grenouille ne valent pas un Anglais (un des personnages pourrait combattre deux Anglais et quatre Français) mais sont comparés à d'inquiétants Peaux-Rouges, lorsqu'on ne fait pas référence à leurs exécrables habitudes, qu'il s'agisse de leur alimentation ou de leur goût prononcé pour les révolutions.

« I wish he would not go to Paris », said Miss Matilda anxiously: « I don't believe frogs will agree with him, he used to be very careful what he ate, which was curious in so strong-looking a young man. » (p 83)

He might have lived this dozen years if he had not gone to that wicked Paris, where they are always having revolutions. (p86)

Prochain voyage en compagnie de Mrs Gaskell avec l'adaptation de Cranford, et le texte « Lady Ludlow ».

Illustrations photographiées sur mon édition de Cranford, dans la Collector's Library.

Une lecture commune (un peu en retard, j'en suis désolée) avec : George, avec qui nous avons lancé cette idée de lecture commune ; Anis ; ClaudiaLucia ; Emma ; Jelydragon Plumetis Joli ;  Syl. ; Titine Virgule ; Alexandra ; Céline ; Christelle ; Emily ; Paulana ; Sharon ; Solenn ; Valou.

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318 p

Elizabeth Gaskell, Cranford, 1853

10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

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18/02/2013

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford

solomons-le-manoir-de-tyneford.gifUn premier coup de coeur en cette année 2013 grâce à Titine qui connaissant bien mon goût pour ce genre de romans a eu la gentillesse et l'excellente idée de me faire découvrir Le Manoir de Tyneford de Natasha Salomons. De cette jeune femme écrivain j'avais déjà dans ma PAL Jack Rosenblum rêve en anglais, que je compte désormais lire bientôt après une si bonne surprise ! Mais entrons dans le vif du sujet... 

1938. Jeune juive de la bourgeoisie viennoise, Elise Landau vient de publier une annonce afin de proposer ses services pour devenir domestique en Angleterre. C'est bien contre son gré qu'elle envisage de chercher du travail en Angleterre car, même si les rumeurs se multiplient à Vienne, elle n'a pas pleinement conscience de l'imminence du danger qui planne sur elle et ses proches. Dans le grand appartement familial, elle partage quelques moments privilégiés avec son père, écrivain, sa mère, cantatrice et sa soeur, également musicienne et sur le point de partir aux Etats-Unis avec son époux. Lorsqu'un travail lui est proposé en Angleterre, Elise est surprise compte tenu de son manque d'expérience et part à contre-coeur, persuadée que cette étape ne fait que retarder son départ pour les Etats-Unis où elle pourra rejoindre toute sa famille.

La voilà qui arrive en Angleterre et qui, après un très court arrêt à Londres et une expérience humiliante à l'agence de placement – où on lui demande de ressortir pour entrer par la petite porte, Elise arrive à Tyneford. Près de la mer, le domaine a des allures romanesques et un charme historique indéniable. Mais après une jeunesse dorée en Autriche, où elle avait elle aussi une domestique, Elise est brutalement confrontée à son changement de statut : outre ses horaires chargés auxquels l'ont mal préparée des années d'oisiveté, elle doit apprendre à s'effacer complètement, devant quitter discrètement une pièce si les maîtres y entrent et apprendre à voir ses désirs toujours considérés en dernier, lorsqu'on leur accorde une quelconque attention. Sa situation personnelle ne lui vaut pas un traitement de faveur, bien au contraire, puisqu'elle ne peut s'intégrer ni aux domestiques, ni aux maîtres, car venant d'un autre milieu social que les premiers et n'étant qu'une domestique pour les autres.

Mais la position d'Elise est ambiguë : elle se lie rapidement d'amitié avec Kit, l'héritier du domaine, tandis que le maître des lieux, Mr Rivers, rompt à plusieurs reprises le protocole pour adresser la parole à cette fille dont le père n'est autre qu'un de ses écrivains favoris. Au fil des années, nous suivons le parcours d'Elise tandis qu'autour d'elle Tyneford est menacé par la guerre et que les retrouvailles avec sa famille semblent de plus en plus improbables.

Je me suis régalée avec ce roman que j'ai littéralement dévoré. Nathasa Solomons recrée une atmosphère nostalgique en choisissant d'ancrer son récit dans une période charnière de l'histoire de Tyneford, et l'on pressent dès les premiers chapitres que c'est un monde en voie de disparition qui s'offre à nos yeux. C'est aussi un récit dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon : dense, imaginatif, porté par des personnages dotés d'un vrai relief et qu'il est bien difficile de quitter une fois la dernière page tournée. Ce roman est également assez visuel je trouve, dans la mesure où il est aisé de s'imaginer aussi bien les personnages que les lieux-mêmes, qui se sont immédiatement imposés à moi. Cela pourrait faire également un merveilleux film...

J'espère que vous vous laisserez tenter, je doute que vous le regrettiez ! Merci encore Titine (j'en profite pour utiliser mon logo sur mesure de pompom girl de votre challenge I Love London, puisqu'un passage s'y déroule) !

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451 p

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford, 2011

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14/02/2013

Henry James, Les Européens

james_europeens.jpgParmi les romans qui végètent dans ma PAL depuis des années, il y a ceux qui gardent un peu d'espoir, ceux qui n'en ont pratiquement plus... Les Européens d'Henry James oscillait entre ces deux états, certain de mon envie de le lire mais de plus en plus affolé de voir les découvertes plus récentes s'accumuler et le faire progressivement disparaître au fond de ma bibliothèque. Mais c'était un roman que j'avais toujours follement envie de découvrir et j'attendais juste un moment de répit dans ma vie follement trépidante pour le savourer et l'apprécier à sa juste mesure. Les vacances de Noël et la perspective d'un long trajet ont été l'occasion rêvée pour ce tête à tête avec Henry James.

Le récit s'ouvre avec l'arrivée de la baronne Münster et de son frère Félix en Amérique. Ayant épousé un prince contre l'avis des parents dudit mari, la baronne est sur le point d'être répudiée et vient chercher fortune auprès de cousins qu'elle n'a jamais vus. Elle entraîne dans son sillage son frère, qui lui a toujours été fidèle. Européens d'origine américaine par leur mère, tous deux ont beaucoup voyagé en Europe et incarnent le Vieux Monde dans tout ce qu'il a de plus flamboyant aux yeux des cousins américains qu'ils sont venus retrouver. Les deux personnages n'ont rien en commun pourtant : la baronne est une arriviste et une calculatrice, elle a appris dans les milieux mondains européens à jouer la comédie au quotidien afin d'arriver à ses fins. Elle est ainsi charmante, envoûtante même, en dépit d'un physique quelconque, mais l'on sent rapidement qu'il s'agit d'un personnage dangereux. Félix est bien différent, il a conservé l'âme d'un enfant, mené une vie bohème et s'émerveille de tout ; il apprécie sa soeur autant qu'il la craint.

henry james, les europeens, etats-unis, etats-unis xixe, éditions pointsLa rencontre entre les cousins est aussi celle de deux mondes aux systèmes de valeurs très différents. Au badinage et à l'exubérance superficielle des Européens s'oppose l'austérité et la morale rigoureuse des Américains. Pourtant les cousins vont accueillir à bras ouverts Félix et la baronne et les loger à titre gracieux dans la maison qui fait face à leur propriété. C'est l'occasion pour les deux Européens de se mêler à un petit cercle, la baronne entendant en profiter pour trouver un parti intéressant.

[Spoilers à partir de là]

Dans un cadre beaucoup moins citadin que celui auquel je m'attendais avant d'ouvrir ce livre (en réalité j'avais lu deux fois les premières pages qui évoquent un petit hôtel et un cimetière en ville, je m'étais donc fait une image différente du roman à partir de ces premières impressions), ce roman montre avec habileté les différences opposant les deux cercles et au final, James semble plutôt accorder sa préférence aux Américains, à quelques nuances près. Ils sont très puritains, un peu ternes, certes. Cependant, ils sont supérieurs à leurs cousins si inconstants et si égoïstes en raison de l'attention qu'ils portent à la finalité de leurs actions, qui démontre un réel bon fond et non une application bornée de leurs principes religieux, comme on aurait pu s'y attendre. C'est ainsi la baronne qui va pâtir de la rencontre en raison de sa moralité douteuse. Félix, venu avec toute son innocence, va finalement retirer un plus grand bénéfice de la rencontre 

Encore une lecture savoureuse qui me donne envie de lire à nouveau Henry James en 2013.

De Henry James sur ce blog :

Henry James, Les Européens, 1878

02/02/2013

Lee Jackson, il était une fois un crime

jackson_il etait une fois un crime.jpgLe fait d'avoir lancé le challenge British Mysteries m'a permis de faire un point sur ma PAL, qui regorge de livres autour de ce thème... j'ai d'ailleurs mis dans la colonne de droite de ce blog quelques-uns des livres qui attendent sagement sur mes étagères, afin de vous donner une petite idée des billets à venir ici (n'hésitez pas à me dire si vous les connaissez, les appréciez, avez envie de les lire !). 

J'ai ainsi réalisé qu'il y avait bien longtemps que je ne vous avais pas parlé de Lee Jackson, un de mes auteurs contemporains favoris. Lee Jackson est un spécialiste de l'époque victorienne et tient un site web passionnant sur le sujet (traitant des moeurs et de la société surtout) – j'en ai déjà parlé . J'ai découvert cet auteur en 2007, ce blog avait alors à peine plus de six mois. Je me suis vraiment régalée avec le début de sa série Decimus Webb, dont j'ai continué à parler par ici. Entretemps j'ai échangé quelques mails avec Lee Jackson, qui m'a même laissé quelques commentaires ici (j'ai mis du temps à m'en remettre!) et que j'ai rencontré lors d'un pot de 10-18 au cours duquel il m'a présenté Gyles Brandreth. Et depuis le début, ses livres occupent une place de choix chez moi dans ma section polars historiques (mes bibliothèques étant classées par thèmes d'une logique implacable selon mes critères tout personnels, sans doute moins évidente pour le néophyte !).

Cette fois-ci j'ai lu Il était une fois un crime, un roman sombre dont la construction m'a beaucoup plu. Lorsque le récit débute, deux policiers pénètrent par effraction chez Mr & Mrs Jones, dont la disparition a été signalée. Ils découvrent Dora Jones morte à l'étage, le crâne fracassé contre la cheminée, tandis que dans un salon se trouve un journal, laissé bien en vue. Il s'agirait des confessions de Mr Jones, sur qui les soupçons se tournent immédiatement. Le roman va dès lors alterner les longs extraits du journal de Mr Jones, qui couvre une période de six mois environ, et de brefs chapitres dans lesquels l'inspecteur poursuit son enquête et interroge quelques témoins afin de démêler cette triste affaire. Très rapidement, il suspecte une affaire de coeur : Dora aurait soupçonné son mari d'entretenir une liaison avec une jeune femme issue des classes populaires, Ellen Hungerford. 

Lorsque débute le récit et que le lecteur découvre les premiers passages du journal de Mr Jones, il se demande ce qui a pu conduire celui-ci à tromper son épouse, qui plus est avec Ellen, très jeune et étonnamment innocente pour une orpheline des bas-fonds londoniens. Les premiers mois sont ceux de l'idylle, le couple semble heureux et s'apprête à déménager dans le quartier plus prestigieux d'Islington. Une ombre apparaît bientôt au tableau : alors que son épouse est la fille d'un riche marchand et vient de Chelsea, Mr Jones n'est qu'un simple clerc et fait tout son possible pour se hisser dans la société. Or la réapparition de son père alcoolique plane comme une menace, alors même que son épouse ne sait rien de ses origines. Lorsque son père lui présente la jeune Ellen Hungerford, Jones commence à nourrir un intérêt particulier pour elle et veut faire son possible pour la sortir du quartier dans lequel elle évolue avant qu'elle ne soit corrompue. A partir de là, les rebondissements se multiplient, jusqu'à l'issue tragique, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus ! 

Mr Jones est un personnage assez fascinant. Sous des dehors respectables, alors qu'il semble sincèrement épris de sa femme et pourrait tout avoir du jeune ambitieux sympathique de bien des romans du XIXe, Jones laisse régulièrement entrevoir des aspects moins séduisants de sa personnalité. Ainsi par exemple, il rejette tout du milieu dont il vient et méprise les pauvres, tenant à leur sujet des propos abjects (se réjouissant ainsi de s'être élevé au dessus «  de telles immondices »). Puis il fait une fixation sur la pureté d'Ellen Hungerford et s'imagine ce que son père ou d'autres pourraient lui faire, la sexualité étant une thématique sous-jacente très présente dans son journal (à travers beaucoup de non-dits notamment), souvent liée à une morale puritaine, l'Eglise intervenant aussi fréquemment dans le récit. Quant à sa femme, malgré ses propos affectueux (« ma chère petite femme »), elle est très appréciée pour son aspect décoratif il me semble. C'est elle qui lui a permis de faire un beau mariage, il apprécie son physique, son humeur légère mais dès qu'elle se fait plus sombre, on sent poindre la fragilité de leur relation.

Comme toujours, Lee Jackson parvient avec succès à faire revivre Londres à l'époque victorienne (je m'en rends d'autant plus compte que ma lecture actuelle, The Pleasures of Men, ne me convainc pas autant pour l'instant). On se régale de l'ambiance et des quelques descriptions mais on se délecte aussi des personnages aux portraits habilement brossés, si bien que je les voyais sans peine s'animer et m'accompagner lors de tous mes déplacements. Car les romans de Lee Jackson sont de véritables page-turners : difficile de se laisser distraire et de prêter attention à son environnement immédiat une fois que l'on a laissé l'histoire nous happer ! Je ressors enthousiaste de cette lecture et du coup bien décidée à lire la série Sarah Tanner, jamais évoquée ici.

De Lee Jackson sur ce blog (laissez-vous tenter !) :

jackson_cadavre_metropolitain.jpgjackson_les-bienfaits-de-la-mort.jpgjackson_le-jardin-des-derniers-plaisirs.jpgjackson_secrets de londres.jpg

Deuxième lecture dans le cadre du challenge British Mysteries, organisé avec Hilde et ici-même, mais aussi un billet pour le challenge I Love London de mes chères Titine et Maggie et du challenge victorien. C'est aussi ma lecture pour le mois de mars avec les Victorian Frogs ans Ladies.

lee jackson,il etait une fois un crime,challenge british mysteries,époque victorienne,londres,londres victorienne,londres xixe,roman policier anglais



346 p

Lee Jackson, Il était une fois un crime, 2011

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24/01/2013

Dominic Cooper, Nuage de Cendre

cooper_nuage cendre.pngJe vais inaugurer une nouvelle catégorie aujourd'hui : « Ces livres dont j'aurais voulu vous parler » (on verra après pour le logo, le billet dans un premier temps). Mais qu'est-ce cette nouvelle manie bizarroïde ? Amis lecteurs, vous y trouverez tous les livres lus par votre gentille hôtesse il y a des mois, voire des années, aimés ou pas, en tout cas jamais chroniqués. J'espère ainsi attaquer la pile de chroniques en attente et enfin ranger les livres concernés qui y végètent depuis longtemps. Ce sera aussi l'occasion de parler de quelques romans adorés mais lus avant d'ouvrir ce blog (je pense notamment à quelques titres lus juste avant son ouverture, que je regrette maintenant de ne pas avoir chroniqués). Mais évidemment, je ne me souviens plus très bien d'un certain nombre de ces titres, ce qui promet des billets farfelus. 

Attaquons donc en beauté avec ma première lecture dans le cadre du Prix Kiltissime. J'ai eu la bonne idée de lire ce roman environ six mois avant les trois autres romans en lice pour le Prix, autant dire que j'ai oublié beaucoup d'aspects de ce texte dont j'avais à l'origine très envie de parler, coup de coeur oblige !

A l'inverse du roman de Louise Welsh, autre roman sélectionné par Cryssilda pour le Prix, Nuage de Cendre est assez loin de mes sujets de prédilection habituels. L'action se déroule en Islande, dans un milieu rural, or je ne suis pas particulièrement attirée par le grand nord et affectionne particulièrement les romans dans lesquels les villes occupent une place importante ; enfin, malgré la belle couleur de la couverture, ce nuage de cendre me rebutait plus qu'il ne me donnait envie d'ouvrir ce roman. Je suis bien d'accord, ce sont des préjugés sans intérêt, mais je dois avouer également que je n'ai jamais pu venir à bout de Vers l'Aube du même auteur et que c'était sans doute ce détail là qui m'inquiétait particulièrement. Heureusement le résumé de l'éditeur a rapidement éveillé ma curiosité.

Fin du XVIIIe. Des éruptions volcaniques provoquent des ravages et, dans un pays où la vie est déjà dure, les familles vivent dans la misère et sont frappées par la famine. Dans ce contexte, une affaire va faire scandale et nourrir la haine que se vouent deux représentants de l'autorité danoise. Une jolie orpheline, Sunnefa, est accusée d'entretenir des relations incestueuses avec son jeune frère Jon, dont elle est enceinte. Le récit se déroule sur plusieurs années, au cours desquelles le frère et la soeur vont être séparés (chacun sous la responsabilité de l'un des shérifs), en attente d'un jugement, risquant la peine de mort.

Le récit va dès lors croiser les points de vue. A partir d'un fait divers, Dominic Cooper essaie d'imaginer ce qui a pu motiver les protagonistes ainsi que la réaction des habitants. La rivalité entre les deux shérifs est évoquée au début de l'histoire et le déroulement de l'affaire sera l'occasion de comprendre ce qui, petit à petit, a pu nourrir la haine que se vouent les deux hommes et leurs familles.

J'ai pris un immense plaisir à lire ce roman qui, je peux déjà le dire, est celui pour lequel j'ai choisi de voter dans le cadre du Prix Kiltissime. J'ai tout aimé ! D'abord le sujet lui-même, dont Dominic Cooper parvient à retraduire le caractère tragique. J'ai suivi avec angoisse l'évolution de l'affaire à l'approche du jugement. La forme : un récit foisonnant, polyphonique, qui mêle les points de vue mais aussi les supports (lettres, témoignages...) et repose sur des personnages complexes, créant ainsi une véritable dynamique. La nature occupe également une place importante dans ce roman. La beauté glaciale des fjords est ici magnifiquement restituée et le cadre de nombreuses scènes est très bien rendu. L'écriture de Dominic Cooper m'a de même vraiment séduite. J'avais déjà été sensible à sa plume en lisant Vers l'Aube, mais le récit quasi inexistant avait eu raison de ma bonne volonté. Ici l'auteur nous livre un texte passionnant et très bien maîtrisé. Un très beau livre et même, un pur régal !

D'autres avis kiltissimes plus détaillés : Cryssilda, Titine, ...

Un grand merci aux éditions Métailié pour cette très belle découverte !

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236 p

Dominic Cooper, Nuage de Cendre, 1978

*****

Mon classement pour le prix Kiltissime :

1) Dominic Cooper, Nuage de Cendre

2) Peter May, L'Homme de Lewis

3) Louise Welsh, De Vieux Os

4) John Burnside, Scintillations

20/01/2013

Challenge British Mysteries

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C'est l'hiver, il pleut, il neige, demain je souffle mes bougies, bref, toutes les conditions sont réunies pour que me donner envie de passer du temps en compagnie de mes très chers Anglais dans le cadre de séances de thé, scones et rêveries. Après en avoir parlé à ma complice de longue date Hilde, nous vous avons concocté un nouveau challenge very British indeed ! Cette fois-ci, nous ne poursuivrons plus les créatures de la nuit mais partirons dans le passé pour enquêter aux côtés des meilleurs limiers britanniques et irlandais, dans le cadre du Challenge British Mysteries.

Où ? En Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande (du Nord et du Sud). 

Quand ? Des origines de la délicieusement perfide Albion jusqu'à l'entre-deux-guerres.

Quoi ? Toute enquête de type histoire policière (qui sont légion), mais aussi les histoires à suspense autour d'un mystère à résoudre (car comment parler de British mysteries sans penser aux fées de Conan Doyle, à la traque du Monstre du Loch Ness, au spiritisme victorien ?)

Vous pourrez ainsi faire vos billets sur des romans et nouvelles (adultes et jeunesse, d'époque ou contemporains mais traitant de la période), des essais et livres historiques tirés de faits divers ou d'autres histoires mystérieuses, des BD, des films et séries, mais aussi jouer les reporters et nous parler de mystères britanniques et irlandais sans nécessairement les rattacher à une oeuvre. Par exemple raconter votre rencontre avec un fantôme dans un château écossais, faire vos propres montages de fausses fées anglaises, montrer vos photos de Whitechapel ou de cimetières anglais en y ajoutant quelques anecdotes. Les sujets de sa Majesté et les Irlandais débordent d'imagination, c'est l'occasion pour nous de leur faire un clin d'oeil !

Dates du challenge ? Jusqu'au 30 janvier 2014.

Comment ça marche ? Il suffit d'ajouter un des logos du challenge dans chacun de vos billets mystérieux en renvoyant vers le blog d'Hilde et le mien, et de venir déposer sur nos blogs les liens vers vos billets pour nous permettre d'actualiser le recap au fur et à mesure. Un raccourci vers le billet recap sera créé dans les jours qui viennent sur une des colonnes de nos blogs, avec le logo du challenge. 

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Trois niveaux à ce challenge, vous pourrez SOIT tout de suite choisir d'être, SOIT devenir progressivement (ce que nous ferons) :

 

Medium victorien, 1 à 3 billets : Quelques-uns doutent de vous et vous prennent pour un charlatan, mais votre expérience des mystères de l'au-delà a fait de vous une référence parmi les amateurs de tables tournantes. Et vous comptez bien nous faire une petite démonstration pour nous montrer vos talents. 

Résidant de Baker Street, 4 à 6 billets : Employé de bureau le jour, vous rêvez le soir venu d'aider vos voisins Holmes et Watson dans leurs enquêtes. C'est pourquoi vous lisez avec le plus grand sérieux toutes les histoires policières qui vous tombent entre les mains afin d'être en mesure de résoudre un jour les plus grands mystères.

british mysteries5.jpgGardien de Highgate Cemetery, 7 à 10 billets : des histoires sombres, vous en avez vu passer depuis que vous détenez les clefs du célèbre cimetière. Aujourd'hui vous avez décidé de pousser pour nous quelques portes aux secrets bien gardés. 

challenge british mysteries,angleterreSir Wilkie Braddon, 11 billets et plus : Un tantinet scyzophrène, vous avez fait de Wilkie Collins et d'Elizabeth Braddon vos idéaux. Les British Mysteries n'ont plus de secrets pour vous, vous avez tout à nous apprendre. (avec un logo supplémentaire pour cette dernière catégorie)

 

british mysteries.jpgPrêts à embarquer dans notre machine à remonter le temps et à partir sur le terrain ? Avez-vous votre tweed ? Votre loupe ? Votre Watson ? Ou pour les détectives de salon, votre tricot pour passer inaperçus ?

Nous espérons que vous serez nombreux à venir enquêter à nos côtés et avons hâte de prendre le ferry avec vous !

Ci-dessous, quelques idées de titres qui pourront vous accompagner lors du challenge (non exhaustif) :

Romans, nouvelles :

Lindsay Ashford, The Mysterious Death of Jane Austen

Julian Barnes, Arthur & George

Stéphanie Barron, Jane Austen et les fantôme des Netley

Stéphanie Barron, Jane Austen à Scargrave Manor

Stéphanie Barron, Jane Austen et la Sorcière du Derbyshire

Louis Bayaerd, L'Héritage Dickens

Fabrice Bourland, Le Fantôme de Baker Street

Fabrice Bourland, Le Diable du Crystal Palace

Fabrice Bourland, Le Serpent de Feu

Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley

Elizabeth Braddon, Henry Dunbar

Gyles Brandreth, Série Oscar Wilde

Gail Carriger, Soulless

Agatha Christie (couvrant la période et dont l'action se déroule en Angleterre)

Wilkie Collins, Pierre de Lune

Wilkie Collins, L'Hôtel hanté

Wilkie Collins, La Dame en Blanc

Wilkie Collins et Charles Dickens, Voie sans Issue

Charles Dickens, Le Mystère d'Edwin Drood

Paul Doherty, La Vengeance du Mysterium

Arthur Conan Doyle, Série Sherlock Holmes

Umberto Eco, Le Nom de la Rose

Ann Featherstone, Que le spectacle commence !

Ann Featherstone, La gigue du pendu

Paul Féval, Les Mystères de Londres

Ken Follet, La Marque de Winfield

Bob Garcia, Duel en Enfer

Roberta Gellis, Série Enquêtes en maison close

Carolyn Grey, Le Cercle du Phénix

John Harwood, La Séance

Lee Jackson, Les Secrets de Londres

Lee Jackson, Série Decimus Webb

Lee Jackson, Série Sarah Tanner

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley

Deryn Lake, L'apothicaire de Londres

Deryn Lake, Meurtre à St James Palace

Linda Newbery, De Pierre et de Cendre

Kim Newman, Anno Dracula

Joseph Sheridan Le Fanu, Les Mystères de Morley Court

Joseph Sheridan Le Fanu, Comment ma cousine a été assassinée

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort

Charles Palliser, Le Quinconce

Anne Perry, Série Charlotte et Thomas Pitt

Anne Perry, Série William Monk

Anne Perry, Contes de Noël

Arthur Phillips, Angelica

Thomas de Quincey, Le Vengeur

Kate Sedley, Les Filles d'Albion

Diane Setterfield, Le Treizième Conte

Dan Simmons, Drood

Nancy Springer, Les Aventures d'Enola Holmes

Andrew Taylor, Le Diable danse à Bleeding Heart Square

Peter Tremayne, La Parole des Morts

Nicola Upson, Série Josephine Tey

Florence Warden, La Maison du Marais

Sarah Waters, Du bout des Doigts

Patricia Wentworth, La Maison du Loch

Paul West, Whitechapel et Jack l'Eventreur

 

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Essais, romans inspirés de faits divers 

Kate Colquhoun, Le Chapeau de Mr Briggs

Patricia Cornwell, Jack l'Eventreur

Robert Desnos, Jack l'Eventreur

Michel Moatti, Retour à Whitechapel

Kate Summerscale, L'Affaire de Road Hill House

Kate Summerscale, Mrs Robinson's Disgrace

 

BD 

Clues (BD)

Elinor Jones (BD)

Fog (série BD)

From Hell (BD)

Green Manor (BD)

Holmes (Série BD)

Jack L'Eventreur (série BD)

Les Quatre de Baker Street (série BD)

London (Série BD)

Scotland Yard

Treasury of Victorian Murder (série BD) 

 

Films et séries

From Hell

Meurtre à Gosford Park

Le Nom de la Rose

Ripper Street

Sherlock Holmes (film de Guy Ritchie)

Sherlock Holmes ITV (série inspiré de la série de Conan Doyle)

The Suspicions of Mr Whicher (ITV)

Whitechapel (série inspirée d'archives historiques)

 

Théâtre

Jack L'Eventreur, mise en scène de Vincent Poirier

 

A très bientôt pour de nouvelles enquêtes !

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16/01/2013

Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie-Otsuka-Certaines-navaient-jamais-vu-la-mer.pngVoilà un roman qui connaît un succès certain en ce moment ! A mon tour de vous parler de Certaines n'avaient jamais vu la mer, beau roman de Julie Otsaka grâce auquel j'ai eu un aperçu d'un pan de l'Histoire qui m'était méconnu.

Au début du XXe, un bateau quitte le Japon pour les Etats-Unis. A son bord, des femmes promises à un mari inconnu et à une vie loin des leurs. Toutes serrent dans leurs mains les portraits et lettres envoyés par leur fiancé. Pleines d'espoir, elles se réjouissent de pouvoir mener une vie meilleure aux côtés d'un homme à qui la réussite tend les bras. A l'arrivée, le constat est tout autre mais il est trop tard pour rebrousser chemin : les photos ont été prises il y a des années, les hommes ont des métiers difficiles, n'ont parfois pas de toit. A la première nuit qui angoissait la plupart (vierges, certaines très jeunes) s'ajoute la perspective d'un métier harassant et d'un avenir plus sombre que celui qui les attendait chez elles. C'est le parcours de ces femmes que nous suivons à travers ce roman, qui fait défiler les années au rythme de quelques chapitres consacrés à une thématique particulière : le voyage, l'arrivée, la maternité puis la menace de la guerre contre le Japon, qui vient bouleverser une fois de plus leur vie, des années après leur arrivée. Dès lors, l'intégration qui n'en était qu'à ses balbutiements n'est plus possible. Bientôt les Japonais ainsi que leurs enfants nés américains sont dans la ligne de mire du gouvernement.


Julie Otsuka a privilégié une construction de roman audacieuse, prêtant sa plume à de nombreuses voix, celles de toutes ces immigrantes au parcours varié, aux espoirs plus ou moins déçus, aux destins parallèles émaillés de points communs. Ainsi, les phrases courtes s'enchaînent ; à chaque nouvelle phrase, une nouvelle narratrice. Le tout s'articulant très bien et formant un ensemble riche, laissant au lecteur de multiples impressions. Quant au sujet, il est en soi passionnant, car il pose les questions de l'intégration et de l'acculturation, de l'appartenance à un pays, souvent complexe. (Je préfère le titre anglais, the Buddha in the Attic, plus évocateur bien que moins poétique – le titre français est extrait du premier chapitre). Sur les camps d'internement japonais voici un article pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus. 

Les billets de Titine, Mrs Figg, Dominique, Malice, Jérôme, Dasola,...

Un grand merci à Bénédicte des Editions Phébus pour cette lecture encore une fois pleine d'intérêt !

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142 p

Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer, 2011

12/01/2013

Wilkie Collins, Monkton le Fou

collins_monkton le fou.pngCela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas lu Wilkie (hormis un roman écrit à quatre auteurs, dont je prévois de vous parler depuis un petit bout de temps), mais voilà encore une longue nouvelle qui me donne envie de retrouver ce cher barbu.

Après L'Hôtel Hanté (que j'adore) dont l'action se déroule en Angleterre et à Venise, c'est à Monkton le Fou de nous entraîner dans un voyage assez similaire, avec un arrêt à Naples cette fois-ci, de nouveau avec un cadre surnaturel.

Le narrateur nous raconte cette époque où, son diplôme en poche, il s'est décidé à voir le monde et à flâner en Europe, jusqu'à Naples. Là-bas il retrouve un voisin, un certain Monkton, héritier de Wincot Abbey. Le comportement de celui-ci est la cible de tous les ragots, car il semble décidé à retrouver coûte que coûte les restes d'un oncle mort en duel afin de l'enterrer décemment dans le caveau familial. Sa recherche tourne à l'obsession et, lorsqu'il en vient à se confier au narrateur et à la persuader de l'aider, les Anglais en villégiature à Naples s'empressent de déconseiller au nouvel arrivant de s'immiscer dans cette sordide affaire, en vain.

En réalité, l'attitude excentrique, voire désagréable de Monkton est bien excusable lorsque l'on sait que partout où il se rend, il est suivi par le spectre de son oncle, tandis qu'une sinistre prophétie annonce la disparition des Monkton et l'associe au jour où l'une des places du caveau restera vide.

J'ai retrouvé dans ce court texte Wilkie dans toute sa splendeur, délicieux, drôle, romanesque, un peu fou, avec ses personnages hauts en couleur et ses péripéties incroyables. La scène en partie italienne et l'apparition d'un vilain fantôme n'ont fait qu'ajouter à mon bonheur. Je vous recommande vivement Monkton le Fou, idéal également pour découvrir l'auteur si vous ne le connaissez pas. C'est un récit offert par les libraires pour l'achat de deux Libretto... n'hésitez pas à vous faire plaisir, je suis sûre que vous ne le regretterez pas !

Encore un très grand merci aux éditions Phébus pour cette délicieuse lecture !

De Wilkie sur ce blog :

Lu dans le cadre du challenge Il Viaggio et du challenge Victorien d'Arieste.

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114 p

Wilkie Collins, Monkton le Fou, 1855

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09/01/2013

Joseph Conrad, One Day More

victorian frogs and ladies,  joseph conrad, one day more, époque victorienne, auteurs victoriens, angleterre, angleterre victorienne, angleterre édouardienneEn novembre, Titine et Isil ont réussi à mettre Conrad au programme des lectures des Victorian Frogs and Ladies, après de longs mois de tentatives acharnées et d'échecs retentissants (tout comme moi pendant des années avec Braddon). Il faut dire que nous étions deux à faire de la résistance, parce que les bateaux, les tempêtes et les aventuriers des mers, ce n'est pas notre tasse de thé. Toujours est-il que lorsqu'il a fallu chercher une idée de lecture, j'ai longuement hésité car les romans de marins de Conrad ne me tentaient pas, j'hésitais à lire The Secret Agent, bref, je cherchais plutôt un texte court, histoire de me familiariser avec Conrad en douceur (voire me réconcilier, car j'avais un peu souffert à la lecture de Typhon lorsque j'étais adolescente, malgré toutes ses qualités). Et j'ai trouvé, avec One Day More, une pièce de théâtre en un acte très divertissante (sans doute pas non plus l'oeuvre du siècle, ne nous emballons pas).

Même si nous sommes sur la terre ferme, il y est question d'un ancien capitaine (qui n'avait pas le pied marin !), Captain Hagberd ; de son fils Harry, disparu ; de Josiah Carvil, ancien constructeur de bateau, désormais aveugle ; de Bessie Carvil, sa fille.

Bessie s'occupe de son père, vieillard infirme (et non "informe" comme je l'avais tout d'abord écrit) et acariâtre qui passe son temps à la houspiller et à lui demander d'être à ses petits soins. Au grand dam de son père, elle a sympathisé avec le capitaine Hagberd, leur voisin, qui passe pour un original, voire un illuminé en ville. Il ne laisse entrer personne chez lui, où il a accumulé de nombreux objets en vue du retour improbable de son fils Harry. Celui-ci s'est enfui de nombreuses années auparavant mais depuis longtemps, le capitaine parle de son retour et est persuadé d'en connaître la date. Les mois, les années ont passé et Harry est censé revenir le lendemain. A noter que le capitaine est également persuadé du fait que Harry et Bessie se marieront. 

[Spoilers à partir de là]

Étonnamment, Harry revient, mais un soir trop tôt. Son père ne le reconnaît pas et s'enferme chez lui en lui demandant de partir, jusqu'à lui jeter une pelle depuis la fenêtre pour le chasser (mes copines victoriennes vous diront que cette scène m'a marquée). Tout en attendant de voir Harry le lendemain. Quant à Bessie, elle fait bien la connaissance de Harry et découvre le pot aux roses. Elle apprend que Harry s'est enfui car son père voulait régenter sa vie et l'empêcher de devenir marin, lui qui rêvait de découvrir le monde, dont il est tombé amoureux. Il finit par embrasser Bessie puis se retirer. La pièce, par moments drôle et cocasse, s'achève tristement, car Harry, venu pour soutirer un peu d'argent à son père, ne reviendra plus, tandis que ce père l'attend toujours et que Bessie prend conscience du fait qu'elle aussi veut quitter sa vie étriquée. Mais alors qu'elle lui demande de l'emmener avec lui, il disparaît.

Une introduction en douceur à l'univers de Conrad, qui m'a donné envie de lire sa pièce de théâtre Laughing Anne.

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28 p

Joseph Conrad, Laughing Anne, 1904

victorian frogs and ladies,  joseph conrad, one day more, époque victorienne, auteurs victoriens, angleterre, angleterre victorienne, angleterre édouardiennevictorian frogs and ladies,  joseph conrad, one day more, époque victorienne, auteurs victoriens, angleterre, angleterre victorienne, angleterre édouardienne

06/01/2013

Elizabeth Gaskell, Les Confessions de Mr Harrison

gaskell_confessions mr harrison2.jpgAmis victoriens, si vous cherchez une lecture drôle, vive et délicieuse pour vous détendre, voici le roman* qu'il vous faut ! (* il s'agit plutôt d'une longue nouvelle en 31 chapitres)

Je débute donc l'année en compagnie des Confessions de Mr Harrison de la très victorienne Elizabeth Gaskell et si mes lectures de 2013 continuent sur la même lancée, je vais me régaler !

Publié sous forme de feuilleton, ce court roman revient sur les exploits amoureux involontaires du docteur Harrison – Will au chapitre 1, devenu Frank un peu plus tard mais ne nous arrêtons pas à ce genre de détail.

Pour raconter à son frère la façon dont il a rencontré sa charmante épouse, le docteur revient sur son arrivée à Duncombe, paisible petite bourgade. Venu assister puis succéder au médecin actuel, Harrison va (comme le dit si bien la quatrième de couverture) mettre en émoi les dames des environs. Appliquant à la lettre les conseils de son mentor, qui préconise une amabilité extrême qui frise l'obséquiosité, Harrison va sans le vouloir laisser penser à bien des femmes qu'il est tombé sous leurs charmes (inexistants). D'abord naïf, le jeune homme finit par se trouver au coeur d'une vive polémique et de nombreux racontars, pour notre plus grand plaisir. Ce qui risque bien de compliquer ses relations avec le pasteur, dont il souhaiterait épouser la fille aînée.

gaskell_confessions mr harrison.jpgMadame Gaskell dresse un portrait malicieux de ces villageois pour qui une nuit au poste de police (pour avoir frappé un homme qui s'en prenait à un infirme) devient trois mois, puis un an de détention à Newgate pour un horrible crime méconnu. Des villageois qui - une lettre anonyme, une langue de vipère et un cornet acoustique impuissant aidant, vivent au gré des rumeurs et ont tôt fait de marier ou d'enterrer de braves gens qui n'avaient rien demandé.

Un vrai plaisir que cette lecture vivifiante et à mon avis une clef d'entrée très plaisante pour qui voudrait découvrir Gaskell.

Petit extrait, tirade sur le mariage de mademoiselle Caroline, éprise du docteur Harrison : « Pour ma part si j'étais... je l'adorerais, je le vénèrerais. » Je me dis qu'elle avait bien tort d'imaginer des situations aussi improbables (se dit le narrateur, pas tout à fait lucide puisqu'il n'a toujours pas compris qu'il était l'objet des attentions de ladite dame).

Encore merci à Jérôme des Editions Points pour ce moment exquis passé en compagnie du sémillant docteur !

Le billet de Titine

Mon billet sur North and South

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157 p

Elizabeth Gaskell, Les Confessions de Mr Harrison, 1851

victorian frogs.jpglogo-challenge-victorien.png

29/12/2012

Challenge Virginia Woolf

  • virginia woolf.jpgDe retour de vacances, après avoir fêté Noël et fait quelques belles lectures, et très heureuse de vous retrouver en ce week-end tranquille...
  • En 2010 j'ai eu envie de lancer un challenge autour de la brillante Virginia Woolf, dont l'oeuvre vaste, très variée m'attire depuis bien longtemps. Après quelques belles lectures, qui n'ont pas toutes été chroniquées par ici, j'ai aujourd'hui encore plus envie de partager avis, découvertes et coups de coeur (je n'en doute pas) avec vous.  D'autant plus que les éditeurs nous ont beaucoup gâtés récemment avec de belles publications autour de Woolf, qui entre d'ailleurs cette année dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade. C'est pourtant je relance ce challenge en 2013 en espérant que vous aurez envie de vous joindre à moi pour des lectures communes et libres, avec pour seuls mots d'ordre le plaisir et l'échange, et encore le plaisir !
  • Plusieurs niveaux pour ce challenge :
  • Niveau Katherine Hilbery (Nuit et Jour) : un texte de Virginia Woolf et une biographie OU une oeuvre inspirée de sa vie (roman, BD, film...)
  • Niveau Orlando : trois textes de Virginia Woolf et une biographie OU une oeuvre inspirée de sa vie
  • Niveau Mrs Dalloway : au moins cinq textes de Virginia Woolf, une oeuvre inspirée de sa vie, une biographie
  • Pour celles qui ont déjà participé au challenge en 2010 : vos anciens billets comptent bien sûr aussi pour ce challenge 2013.
  • Pour vous inscrire, c'est par ici ! Who's in for a cup of tea ?

 
Quelques idées de lecture :
  • Romans et nouvelles :
  • Traversées / La Traversée des Apparences
  • Nuit et Jour
  • Lundi ou Mardi
  • La Chambre de Jacob
  • Mrs Dalloway
  • La Promenade au Phare 
  • Orlando
  • Les Vagues
  • Les Années
  • Flush
  • Entre les Actes

Autres nouvelles non publiées du vivant de Virginia Woolf


Essais, lettres, journaux (non exhaustif) :

La Scène Londonienne

Une Chambre à soi

The Common Reader

L'art du roman

Suis-je snob ?

De la Maladie

Elles

L'écrivain et la Vie

Le cinéma et autres essais

Correspondance avec Vita Sackville-West

Correspondance avec Lytton Strachey

Ce que je suis demeure en réalité inconnu (extraits de sa correspondance)

Journal

Le Journal de Hyde Park Gate

Instants de Vie


Biographies, témoignages :

Alexandra Lemasson, Virginia Woolf

Viviane Forrester, Virginia Woolf

Alexandra Harris, Virginia Woolf

Geneviève Brisac et Agnès Desarthe, La Double Vie de Virginia Woolf

Jane Dunn, Virginia Woolf et Vanessa Bell : Une très intime conspiration

Vanessa Curtis, Les Femmes de Virginia Woolf

Hermione Lee, Virginia Woolf ou l'Aventure intérieure

Nicolas Pierre Boileau, Jacques Aubert, Luc Garcia et Monique Harlin, Virginia Woolf : L'écriture, refuge contre la folie

E.M. Forster, Virginia Woolf

Kennedy Richard, J'avais peur de Virginia Woolf


Autres oeuvres inspirées de la vie de Virginia Woolf ou de ses écrits :


Susan Sellers, Virginia ma Soeur, mon Amour
 
Christine Orban, Virginia et Vita
 
Michael Cunningham, The Hours (+ adaptation)
 
... d'autres idées d'oeuvres insipirées par Woolf et ses créations ?
 
 
Et vous, quelles sont les lectures de Woolf qui vous ont marqué ?
 
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Je profite de ce billet pour vous faire part d'un autre challenge organisé par Coralie pour nous porter chance en 2013. N'hésitez pas à aller faire un petit tour chez elle pour conjurer le mauvais sort l'année prochaine !