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15/11/2013

Mary Shelley, L'Endeuillée et autres récits

shelley_endeuillee-et-autres-recits.jpgNe connaissant que Frankenstein de Mary Shelley, j'ai été attirée par ce recueil de quatre nouvelles que j'ai lu pour le challenge Halloween – il entre dans ce cadre à travers les références au pacte avec le diable ou le Mal de façon plus générale.

C'est un livre fortement marqué par le courant romantique, aussi bien par le choix des thèmes que par le style lyrique faisant référence aux éléments, à la Nature. Voilà néanmoins des textes beaucoup moins audacieux que ne l'était Frankenstein et, en matière de Romantisme, j'ai par exemple été beaucoup plus captivée par les écrits d'un E.T.A . Hoffmann.

Une curiosité pour les amoureux de littérature anglo-saxonne.

"L'Endeuillée" : Rendant visite à une tombe sans nom devant sa bien-aimée, le narrateur lui explique les circonstances dans lesquelles il rencontra la femme qui y est enterrée. Ayant recueilli le narrateur dans la forêt alors qu'il fuyait la tyrannie de ses camarades d'Eton, la jeune Ellen était devenue son amie mais souffrait de mélancolie et projetait de mettre fin à ses jours, se sentant responsable de la mort de son père.

Je dois avouer que, hormis, l'évocation de certains lieux anglais, j'ai trouvé cette nouvelle sans surprise (la chute étant d'ailleurs grosse comme une maison, mais peut-être n'était-ce pas le cas à l'époque de la publication). Je suis sans doute sans coeur et ne me suis pas laissée émouvoir par les rouages de cette histoire un peu fade : la douce jeune femme si malheureuse, deux jeunes hommes valeureux et intègres dans son environnement immédiat, le tout arrosé de discours grandiloquents dans lesquels les éléments et la nature ajoutent au tragique de la chose...

Sortez les violons : Ils avaient quitté l'Angleterre comme pour un voyage d'agrément le long d'un cours d'eau ; mais le char impitoyable du destin les avait rattrapés dans leur course insouciante, les écrasant sous ses lourdes roues, faisant voler en éclats leur amour, leur espoir et leur joie, comme l'avalanche mugissante qui emporte le ruisseau dans la vallée et le réduit à quelques embruns. Ils étaient partis, mais où ? Le mystère pesait sur le destin de cette très malheureuse victime ; et le désir de mon ami était de percer les nuages qui cachaient la pauvre Clarice à sa vue. (p39, L'Endeuillée)

 

"Transformation" : un jeune homme est chassé de sa ville et dans l'impossibilité d'épouser sa chère et tendre pour avoir préféré l'insolence et une tentative d'enlèvement à un comportement honnête et repentant. Voilà notre héros qui se lamente sur les côtes anglaises, lorsqu'il assiste à un naufrage tragique. Le soir était proche lorsque, du côté de la mer, s'éleva, comme sous la baguette d'un magicien, un sombre réseau de nuages qui fit tâche sur l'azur du ciel vespéral, assombrissant et tourmentant l'océan jusqu'alors paisible. Les nuages prirent des formes étranges, fantastiques, se modifièrent, se mêlèrent comme sous l'action d'un charme puissant. Les vagues dressèrent leurs crêtes blanches ; le tonnerre d'abord gronda, puis éclata de l'autre côté de la surface des eaux qui prirent une vive teinte pourpre, parsemée d'écume (p72, Transformation).

Seul en réchappe un être difforme, qui aurait causé la tempête et lui propose un marché : échanger leurs deux corps quelques jours en échange d'une grande fortune. Mais lorsque le délai est passé, l'horrible étranger ne revient pas et c'est avec son corps maladroit et répugnant que le héros tente de se faire justice...

J'aime l'obéissance, même de la part de ces stupides éléments, dit le nain. Et combien plus encore de la part de l'esprit indompté de l'homme ! L'orage était bien déchaîné, il faut l'avouer... et je l'ai entièrement déclenché (p75, Transformation).

La voix du misérable était grinçante et abominable, et les contorsions qu'il faisait en parlant effroyables à voir. Pourtant il exerçait vraiment sur moi une sorte d'influence que je ne pouvais maîtriser et je lui racontai mon histoire. Quand j'eus fini, il se mit à rire très fort pendant un long moment ; les rochers renvoyaient l'écho ; il semblait que l'enfer hurlait autour de moi (p 76, Transformation).

Cette version du pacte avec le diable m'a davantage séduite, cette fois-ci la nature occupe encore une place de choix mais oublions le côté fleur bleue, car c'est un échange infernal qui va avoir lieu. J'aime ces éléments déchaînés, ces orages, ce chaos, cette noirceur ! Certes il y a une belle promise mais le surnaturel ajoute du piment au récit et le jeune premier n'est pas exempt de défauts.

 

"Le Rêve" : une jeune femme refuse de prendre un époux puis remet sa réponse au lendemain ; elle envisage de passer la nuit sur la couche de Ste Catherine, en équilibre précaire. Tout réveil brutal la ferait chuter et la tuerait sur le coup.

Un récit qui a un petit côté moyenâgeux et mystique mais qui, quelques semaines après la lecture, ne m'a laissé strictement aucun souvenir.

 

"Le Mortel Immortel" : un jeune homme joue les apprentis sorciers auprès d'un homme craint dans les environs. Il finit par boire une curieuse potion qu'il pense être un philtre d'amour, mais le breuvage lui accorde en réalité l'immortalité. En tout cas, il ne vieillit plus alors qu'auprès de lui, sa bien-aimée se fane et vit avec beaucoup d'amertume le décalage physique entre eux deux.

Un petit conte philosophique aux influences faustiennes.

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151 p

 

Mary Shelley, L'Endeuillée et Autres Récits, 1829-1839

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04/11/2013

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée

macardle_falaise hantee.jpegParfois, les cheminements du lecteur dans sa quête de nouvelles idées de romans sont pour le moins étonnants. Cela fait plusieurs années que j'ai La Falaise Hantée de Dorothy Macardle dans ma PAL, et à chaque nouveau challenge Halloween je songe à écouter ses tristes lamentations mais finis toujours par l'écarter et à l'abandonner à son triste sort. Pourtant, c'est sur un coup de tête que je me l'étais procuré : j'avais vu une jeune femme le lire dans les transports en commun. Le titre, la couverture (ou du moins, ce que je pouvais en voir), le grand format, tout cela m'avait rappelé un roman dont j'ai aujourd'hui oublié le titre mais que j'avais dévoré au lycée, puis prêté, et qu'on ne m'a jamais rendu. C'était là aussi une histoire de maison hantée ou envoûtée, toujours est-il qu'en voyant cette lectrice j'ai de suite retenu le titre et l'ai commandé très rapidement. Depuis, il végétait.

J'avais sans aucun doute oublié cela mais ce roman a été écrit en 1941 par une Irlandaise. Or, je ne me lasse pas de ces auteurs souvent classés dans les "modern classics" ; l'époque, les thématiques et un petit côté délicieusement suranné font mon bonheur de lectrice à chaque fois. Lorsque je me suis aperçue de ce petit détail j'ai curieusement été prise d'une envie urgente de lire enfin La Falaise Hantée.

Le sujet ? Le critique londonien Roderick Fitzgerald et sa soeur Pamela décident de quitter la capitale pour acheter ensemble une maison à la campagne. Lors d'une virée en Cornouailles, ils tombent sous le charme de Cliff End, une sublime maison curieusement abandonnée. La demeure domine une falaise et donne accès à une plage privée... c'est pour les deux jeunes gens le comble de la perfection et lorsqu'ils découvrent avec stupeur que cette demeure est dans leurs moyens, ils n'hésitent pas un instant à l'acheter, même si on les prévient que les derniers locataires sont partis car ils entendaient des bruits dans la maison.

L'installation est d'abord idyllique (indeed, il faudra une bonne centaine de pages avant qu'un revenant ne pointe vraiment le bout de son nez). Pamela décide de l'ameublement et de la décoration, Roderick vient les week-ends et attend avec impatience la fin de ses engagements londoniens. Pamela confesse bien avoir entendu quelques bruits mais cela ne semble en rien compromettre leur bonheur. Puis, peu à peu, la situation se dégrade. Un parfum de mimosa et une petite lumière se manifestent dans l'ancienne chambre d'enfant. Un froid intense envahit la maison lorsqu'une apparition lumineuse se manifeste dans l'escalier. Malgré un courage certain et leur volonté d'enquêter pour mieux comprendre ce qui peut expliquer la présence d'un ou plusieurs revenants, les Fitzgerald commencent à perdre espoir après de longues nuits sans sommeil et quelques événements plus brutaux que d'autres...

Ce roman m'a fait penser à Rebecca, pourtant chez Daphné du Maurier il n'y a point de fantôme ; cela tient sans doute à l'atmosphère particulière des deux maisons et à la tragédie qui dans les deux cas s'y est déroulée. Je n'ai pas eu le coup de coeur auquel je m'attendais car je reproche quelques longueurs à ce roman : le frère et la soeur ne cessent de retourner dans tous les sens la situation, de se remémorer les différentes apparitions et de faire des conjectures, avec je trouve quelques répétitions. Et lorsqu'il faut arriver au dernier tiers du roman, voire au dernier quart pour que l'on remette enfin en question ce que l'on sait des défunts concernés (le méchant ne serait pas celui qu'on croit ?), je me suis dit que c'était un peu dommage car sans être médium je m'attendais à quelque chose dans le genre depuis longtemps. Malgré tout j'ai savouré l'ambiance de cette maison où l'on aime se reposer un livre à la main dans la journée mais que l'on craint de parcourir une fois la nuit tombée. J'ai apprécié les protagonistes, entre le critique qui s'essaye au théâtre, la soeur fantasque et leurs amis peintre, actrice ou décorateur. Les revenants sont pour le moins effrayants et il est clair que jamais je n'oserais monter l'escalier de nuit. Bref, c'est une agréable découverte, à l'ambiance délicieusement British, un brin effrayante, à savourer une tasse de thé à la main, un soir d'orage de préférence.

Une lecture recommandée par le site maison-hantée.com, qui conseille par ailleurs d'autres titres British alléchants.

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361 p

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée, 1941

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14/10/2013

Nathaniel Hawthorne, L'Expérience du docteur Heidegger

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A ma grande honte, je n'avais encore jamais lu Nathaniel Hawthorne. Même si je projette de lire The Scarlet Letter depuis le lycée, je finis toujours par jeter mon dévolu sur un autre livre. Je suis récemment tombée sur un court récit de cet auteur qui traînait depuis quelques années dans ma PAL et que j'avais envisagé de lire lors d'une précédente édition du challenge Halloween. J'ai enfin rencontré Hawthorne, avec L'Expérience du docteur Heidegger. Et voilà qui me donne envie de le lire davantage.

Le docteur Heidegger est un drôle de savant qui a pour habitude de recevoir ses hôtes dans un cabinet des curiosités bien inquiétant, où l'on trouve notamment un squelette, un miroir réputé hanté par les patients morts du docteur ou encore le portrait de sa fiancée qui, il y a plus de cinquante ans, est morte après avoir avalé le remède qu'il lui proposait à la suite d'un simple "indisposition passagère".

Le principal objet de curiosité de ce cabinet reste à mentionner. C'était un in-folio massif, relié de cuir noir, orné de lourds fermoirs d'argent. Aucune lettre ne figurait sur son dos, et personne n'aurait pu en donner le titre. Mais on n'ignorait pas qu'il s'agissait d'un livre de magie, et qu'un jour où la bonne l'avait soulevé dans le seul but de l'épousseter, le squelette avait cliqueté au fond de son armoire, la jeune dame du portrait avait posé un pied sur le sol et quelques visages effroyables avaient surgi du miroir, tandis que le buste en bronze d'Hippocrate, dans un froncement de sourcils, avait dit : "Prends garde" (p14).

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Pour son expérience, le docteur Heidegger décide de réunir quatre de ses connaissances, une vieille fille et trois vieillards que la vie a pris en disgrâce. Tous ces personnages ont un passé un peu trouble ou du moins quelques frasques à leur compte. Aujourd'hui, ils vivent perclus de rhumatismes et leur quotidien n'a plus aucun intérêt. Le docteur décide ainsi de leur proposer de goûter à une eau qui proviendrait de la fontaine de Jouvence et qu'il aurait reçu de la part d'une de ses connaissances. Sceptiques, les quatre vieux se prêtent au jeu après avoir vu une vieille rose desséchée retrouver ses couleurs d'origine...

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Sorte de petit conte philosophique entouré de mystère et d'une once de magie, L'Expérience du docteur Heidegger est une délicieuse découverte pour moi qui suis férue de nouvelles classiques. Avec un vrai talent de conteur, Hawthorne réussit en peu de pages à croquer des personnages pleins d'aspérités, à relater une anecdote fantastique tout en soulevant des questions qui n'ont pas fini de passionner les penseurs et philosophes.

Serez-vous prêts à votre tour à goûter à la vie éternelle ? 

(A noter un incipit savoureux où Hawthorne se défend des accusations de plagiat d'Alexandre Dumas avec beaucoup d'ironie)

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46 p

Nathaniel Hawthorne, L'Expérience du Docteur Heidegger, 1837

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28/09/2013

T.J. Middleton, Oh, my dear !

middleton_oh my dear.jpgVoilà un roman qui m'intriguait à sa sortie ; j'ai de suite aimé la couronne mortuaire (dont les fleurs blanches feraient d'ailleurs davantage penser à un mariage - sans doute pas un hasard), le titre et l'idée de départ.

Al Greenwood, la cinquantaine, n'en peut plus de sa femme Audrey. Si bien qu'au lieu de jeter les voiles, d'envisager un divorce bien classique, il décide plus simplement de la supprimer. Avec une technique infaillible : en la poussant du haut d'une falaise, un jour de tempête où personne ne risque de se trouver dehors. Manque de chance, en rentrant chez lui, il trouve sa chère et tendre en train de l'attendre de pied ferme, sous le coup d'un sursaut étrange de sa libido. Dès lors Al ne contrôle plus rien : Miranda, dont il est le père naturel, a disparu le même jour et portait un ciré jaune, comme celui d'Audrey. Serait-ce sa propre fille qu'il a assassiné ?

Oh, my dear ! est un roman différent de ce que j'avais pu imaginer en lisant le résumé de l'éditeur. Je m'attendais à un petit concentré d'humour noir, comme nos amis anglais en sont si friands. Certes, l'humour est là, mais c'est finalement davantage un roman à suspense. Les personnages ont tous un petit côté fêlé et presque tous auraient quelque chose à cacher. Chantage, menaces, mensonges, quelques bagarres, manipulation, voilà de quoi sont faites les relations entre les protagonistes. Et Al est loin d'être le seul à envisager les solutions les plus radicales à ses problèmes.

Un roman qui se lit facilement (même si je l'avais laissé traîner pendant deux semaines, j'ai lu le dernier tiers d'un trait ce matin), à la frontière entre thriller et humour British. Certes, l'intrigue s'essouffle un peu à moment donné et le texte n'est pas non plus hilarant. Malgré tout, les personnages de ce charmant petit coin anglais sont plutôt bien croqués. Les motivations des uns et des autres sont assez sordides et il est amusant de voir à la fin lequel d'entre eux l'emporte par la cruauté. Un agréablement divertissement.

Merci aux Editions Cherche Midi pour ce sympathique moment de lecture.

D'autres avis sur le site web Plume Libre.

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304 p

T.J. Middleton, Oh, my dear !, 2008

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15/09/2013

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères Inapprivoisées

sharpe_gang des megeres.jpgDe temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire Le Gang des Mégères Inapprivoisées de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux !

Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original ! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.

Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.

Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la soeur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope (p 10).

Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.

Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche ! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...

J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrêmisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.

Par ici, un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré - je me marre en relisant ma chronique et en me remémorant les personnages (quoi ? il y a quatre ans déjà ?) : La route sanglante du jardinier Blott. Et je viens de découvrir la présence de Sharpe sur ma liseuse... eh bien cette fois-ci je ne tarderai pas à le retrouver j'espère !

Une lecture commune autour de Tom Sharpe : (liens ajoutés quelques jours plus tard car j'étais en Angleterre au moment de la publication de nos billets)

- Wilt 1CléantheMartineValentyne

- Wilt 2Adalana

- Wilt 3Delphine

- Le gang des mégères inapprivoisées : Denis, Lou et Noctembule

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219 p

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères inapprivoisées, 2009 (en anglais : The Gropes)

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07/09/2013

Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch

collins_pauvre miss finch.pngWilkie Collins fait de plus en plus partie pour moi de ces valeurs sûres, de ces refuges vers lesquels je peux toujours me tourner lorsque je suis à la recherche d'un bon récit victorien. Cela faisait quelques mois que je ne l'avais pas lu et c'est avec beaucoup d'impatience que j'ai ouvert Pauvre Miss Finch pendant mes vacances.

La narratrice, Mme Pratolungo, nous fait le récit de son arrivée en Angleterre pour devenir la gouvernante de Lucilla Finch, une jeune aveugle, à laquelle elle s'attache dès son arrivée. A peine sur place, la narratrice assiste à la rencontre entre la belle Miss Finch (qui a fort mauvais caractère ceci dit !) et Oscar Dubourg. Ce beau jeune homme semble bien mystérieux, voire même fort suspect aux yeux de Mme Pratolungo, mais il s'avère qu'il est en réalité fort sympathique. Les deux jeunes gens tombent évidemment amoureux. Le début de cette histoire semblait m'entraîner vers une tout autre piste (serait-ce mes lectures de Mary Elizabeth Braddon qui me donnent des idées tordues ?) ; j'imaginais un sinistre complot visant la pauvre Miss Finch... complot il y aura, mais d'un autre genre !

Si vous détestez savoir quoi que ce soit à l'avance d'un roman, passez votre chemin, ne lisez surtout pas le résumé de l'éditeur et jetez-vous les yeux fermés sur ce délicieux morceau de littérature anglaise hautement romanesque. Si comme moi, la curiosité l'emporte, vous pouvez continuer (ce qui me fera d'ailleurs très plaisir car je me suis régalée avec ce livre et entends bien le faire savoir à toutes les âmes innocentes qui auraient le malheur de passer par ici).

Arrive Nugent, le frère jumeau d'Oscar. Il va proposer de présenter Lucilla à un docteur susceptible de lui rendre la vue... cruel dilemme! Car Oscar, sujet à des crises d'épilepsie depuis peu, a été contraint d'accepter un traitement au nitrate d'argent, qui l'a défiguré, lui laissant la peau d'une affreuse couleur bleuâtre.

Je m'attendais à un roman policier mais il s'agit davantage d'un bon roman feuilleton populaire à la victorienne, avec ses péripéties, ses concours de circonstance fâcheux (savamment orchestrés par un auteur qui nous rappelle parfois que si l'on croyait le prendre en défaut, c'est parce que nous n'avions pas pensé à ceci ou oublié cela, quitte à nous renvoyer à plusieurs reprises à un chapitre précédent pour nous raffraîchir la mémoire). Je me suis tout simplement régalée et me réjouis de constater la grande diversité dont a fait preuve Wilkie Collins dans sa vie d'auteur, ce qui me promet encore bien des heures de plaisir.

Outre la trame bien menée qui nous donne une folle envie de tourner la page afin de savoir ce qu'il va advenir de cette pauvre Lucilla (à moment donné, si je n'avais pas eu foi en ce cher Wilkie qui n'aime pas abandonner ses belles héroïnes, j'aurais bien cru l'affaire très mal engagée), j'ai savouré les nombreux traits d'humour qui pimentent le récit. Les personnages secondaires drôles ou grostesques sont délicieusement croqués : le père de Lucilla, pasteur, est aussi maigre et ridicule que sa voix est profonde et magnifique... malheureusement il adore s'écouter et acculer les membres de sa famille dans une pièce fermée pour pouvoir discourir sans fin ; la belle-mère de Lucilla est constamment débraillée, court toujours après une demi-heure fatalement perdue plus tôt dans la journée, a pour compagnons de chaque instant un bébé, un roman et un mouchoir sans cesse égaré ; ou encore Jicks, une des filles de la famille, petite bohémienne qui s'échappe de la maison à longueur de journée et suit son petit bonhomme de chemin, faisant bien sourire ceux qui la croisent en route ; la narratrice n'est pas en reste, en révolutionnaire républicaine qu'elle est (elle conclut son récit par ces mots : « Vive la République ! » et perd tout sens des bonnes manières et de la retenue lorsqu'il s'agit pour elle de défendre sa cause) ; et bien sûr le docteur allemand chargé de soigner les yeux de Lucilla, exubérant, toujours à s'exprimer dans un jargon anglo-germanique à mourir de rire. Même si Lucilla est parfois un brin agaçante et incarne la jeune fille anglaise de bonne famille pour constituer une héroïne - un peu trop - comme il se doit, elle est nettement moins inconsistante que Laura, l'héroïne de La Dame en Blanc (que j'avais eu très envie de remettre personnellement à ses tortionnaires)... et tous les autres personnages plus nombrilistes les uns que les autres suffisent plus que largement à obtenir un récit haut en couleur !

Malgré sa légèreté, ce roman fait également triompher certaines valeurs morales et s'interroge sur le bonheur. Suffit-il à Lucilla d'avoir de bons yeux pour être heureuse ? Et la fin fait écho à Profondeurs glacées (la pièce puis le court roman de Wilkie Collins), avec le destin tragique de l'un des personnages... c'est que ce cher Wilkie n'est pas toujours tendre avec les traîtres !

Un vrai régal que ce roman, j'ai hâte d'ouvrir mon prochain Wilkie Collins... j'envisage très sérieusement une cure en fin d'année...

Merci beaucoup à Bénédicte des éditions Libretto grâce à qui j'ai passé un excellent moment !

Le billet de Cryssilda, évidemment enthousiaste elle aussi, et celui de Denis qui est plus réservé.

Et par ici, d'autres idées de lecture du même auteur : 

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540 p

William Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch, 1871 

British Mysteries01.jpgvictorien-2013.png

01/09/2013

Claire Keegan, L'Antarctique

keegan_lantarctique.jpgCurieusement, alors que j'apprécie énormément la littérature anglo-saxonne, je lis assez peu d'auteurs irlandais contemporains. Aussi lorsque le blogoclub a proposé une thématique irlandaise pour la lecture du 1er septembre je me suis empressée de farfouiller dans ma PAL pour trouver un livre pouvant convenir - j'essaie de faire sortir de ma bibliothèque des livres qui y prennent la poussière depuis des mois et des années, la situation devient urgente.

Mon choix s'est arrêté sur L'Antarctique de Claire Keegan, auteur dont j'avais lu le plus grand bien sur la blogosphère, révélé par Nuala O' Faolain, bref, un jeune talent prometteur. Par ailleurs le format me convenait bien puisqu'il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles, genre dont je suis friande et qui, je trouve, distingue les grands écrivains des autres car ce format si court est  un art bien difficile à manier et nécessite une précision et une habileté toutes particulières.

J'ai ouvert ce recueil sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est que je pensais peut-être retrouver une Irlande contemporaine, plutôt rurale. Première surprise, ces nouvelles n'ont pas toujours l'Irlande pour cadre et nous font notamment voyager outre-Atlantique. Difficile aussi de cerner la période du récit parfois, certains cadres un peu rustiques ou certains modes de vie nous faisant nous imaginer quelques décennies en arrière.

On pourrait difficilement qualifier ces nouvelles de légères. Amours contrariées, infidélités, grossesse imprévue, désirs inavouables, perte d'un proche dans des circonstances tragiques et travail de deuil qui s'ensuit, moment privilégié passé avec un homme qui s'avère être au final un psychopathe ou un meurtrier, les sujets sont pour le moins graves. Traités avec habileté, ils nous emportent néanmoins grâce au travail minutieux de Claire Keegan qui retraduit avec subtilité la psychologie des personnages, leurs désirs enfouis, leurs espoirs, leurs peurs, leurs aspirations et bien souvent, leurs frustrations. Les femmes ont la vie dure dans bien des nouvelles : travail rude, effacement face à l'homme-roi (figure du mari, du père). Claire Keegan ne joue pas non plus la facilité avec les quelques scènes crues qui émaillent ces nouvelles : ni fausse pudeur, ni exhibitionnisme, mais une description claire, factuelle, épurée.

Un auteur que je relirai sans doute avec plaisir et qui me donne également envie de lire davantage d'Irlandais contemporains... une réorganisation de mes bibliothèques s'imposant bientôt, j'en profiterai pour voir ce que j'ai en stock !

Une lecture dans le cadre du blogoclub du mois de septembre organisé par Sylire et Lisa.

Beaucoup d'avis sur Babelio.

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215 p

Claire Keegan, L'Antarctique, 1999

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26/08/2013

Stephanie Barron, Le Jardin blanc

barron_jardin blanc.jpgJe voulais découvrir Stephanie Barron et ses romans sur Jane Austen depuis un moment, aussi lorsqu'on m'a proposé de lire Le Jardin blanc et que j'ai vu que ce récit s'inspirait de la mort de Virginia Woolf, j'ai été ravie de pouvoir satisfaire ma curiosité.

Le pitch : Jo Bellamy est une paysagiste américaine de 34 ans, envoyée par son employeur en Angleterre pour étudier le jardin blanc créé par Vita Sackville-West, afin d'être à même de le reproduire dans l'une des propriétés du multi-millionnaire. Malgré l'ampleur de la commande et son amour du jardinage, son voyage à Sissinghurst est teinté d'amertume. En effet, son grand-père Jock s'est suicidé juste après avoir appris qu'elle se rendrait bientôt sur cette propriété. Jo va donc tenter d'en savoir plus sur les années de Jock en Angleterre et de comprendre en quoi son histoire serait liée à celle du jardin blanc et à un drame auquel il aurait été mêlé, impliquant une certaine « dame ». On s'en doute, il s'agit de Virginia Woolf.

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Très rapidement, Jo a l'incroyable chance de trouver par hasard avec des affaires abandonnées ce qui pourrait être un inédit de Virginia Woolf et remet en cause son suicide dans l'Ouse. Car le journal a été écrit après sa disparition... 

Dès lors, nous quittons le jardin blanc pour suivre Jo dans sa quête personnelle, qui la conduit d'abord à Londres chez Sotheby's, où elle rencontre Peter Llewellyn, expert en manuscrits. Pour diverses raisons, tous deux vont partir à travers l'Angleterre afin de tenter d'authentifier le cahier, qu'ils se feront dérober, qu'il faudra retrouver, ce qui leur permettra de faire de nombreuses hypothèses, de se rendre à Oxford et Cambridge, à Charleston chez Vanessa Bell ou encore à Rodmell chez les Woolf. 

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Le sujet était pour le moins ambitieux et délicat à traiter, mais qu'en est-il du résultat ? Un roman policier que j'ai dans l'ensemble beaucoup apprécié, après un départ un peu plus difficile (l'introduction d'une histoire entre Jo et son employeur Gray qui n'apporte rien au récit ; certains passages du journal écrit par Woolf ; et une vision de Virginia Woolf «  elle était du genre à se lamenter sur ses désirs » - p 71- et de ses proches qui correspondait peu à l'image que je m'en fais). Bien évidemment, il faut être prêt à faire quelques compromis et fermer les yeux sur une théorie fantaisiste concernant la mort de Virginia Woolf, qui pourrait d'emblée faire frémir les puristes. On peut également sourire un peu lorsqu'on creuse autour de la stèle commémorative de Virginia Woolf de nuit pour trouver la fin du manuscrit, ou en croisant au passage une société secrète. A partir de là, Stephanie Barron parvient à embarquer ses lecteurs dans un récit agréable à lire, vivant et plein de rebondissements. En somme, un vrai page-turner qui ne manque pas d'originalité et surtout, un beau périple pour tous les amoureux de l'Angleterre et plus encore, pour ceux que le cercle de Bloomsbury fascine. Une charmante découverte !

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Merci beaucoup à Christelle et aux éditions du NiL.

Un roman qui me permet à la fois de poursuivre les challenges British Mysteries, Virginia Woolf et I Love London (même si l'action se déroule en majorité ailleurs).

Rentrée littéraire 2013 (sortie en librairie aujourd'hui 26 août)

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400 p

Stephanie Barron, Le Jardin blanc, 2009

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14/08/2013

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses

oates_Le-musee-du-Dr-Moses.jpgJe n'avais pas retrouvé Joyce Carol Oates depuis un moment, malgré deux premières lectures très marquantes. C'est donc chose faite avec Le Musée du Dr Moses, recueil de nouvelles. J'apprécie beaucoup ce format et j'étais curieuse de voir quels textes étonnants pouvaient se cacher sous cette couverture dérangeante.

Rapidement, le ton est donné et le lecteur s'enfonce dans un univers sombre et glauque, s'y englue, victime d'une sensation oppressante dont il aura le plus de mal à se défaire. Chaque interruption - la fin d'une nouvelle par exemple – était la bienvenue et me permettait de me secouer de ce monde où le Mal est omniprésent, où les intentions sont mauvaises, l'issue, souvent fatale. 

Quelques mots sur les diverses nouvelles (que je vous invite à négliger si vous avez la ferme intention de lire ce recueil mais qui, pour ceux qui ne seraient pas décidés, vous donneront une meilleure idée de ce qui vous attend) :

« Salut ! Comment va ! » : un jeune homme interpelle les autres joggeurs alors qu'il fait son footing, les arrachant à leurs pensées, les dérangeant parfois, sans s'arrêter après avoir attiré l'attention de ces inconnus.

 « Surveillance antisuicide » : un homme va voir son fils dans un centre de surveillance antisuicide après qu'il ait été interné. Sa compagne et leur enfant ont disparu, et le grand-père n'a qu'une idée en tête, retrouver le petit. C'est alors que le fils finit par parler et raconter une histoire horrible... mensonge ou vérité ?

« L'homme qui a combattu Roland La Starza » : un boxeur attend depuis des années le combat de sa vie mais, à l'issue de celui-ci, est retrouvé mort dans un champ. Suicide ? Et que s'est-il passé pendant la rencontre avec La Starza, star en déclin ?

« Gage d'amour, canicule de juillet » : le narrateur attend son épouse qui vient de le quitter et revient récupérer ses affaires. Mais pour lui le mariage est éternel, et l'on sent bien que tout ne tourne pas rond (à commencer par son opinion condescendante très XIXe sur les facultés intellectuelles de sa femme). On devine qu'une surprise attend la dulcinée lorsqu'elle arrive chez elle et trouve le courrier abandonné dans la boîte à lettres et la maison fermée. 

« Mauvaises habitudes » : trois enfants sont très perturbés lorsque l'on vient les retirer en urgence de leur école et qu'ils finissent par apprendre que leur père est accusé de multiples meurtres, notamment sur des enfants.

« Fauve » : un petit garçon adorable est noyé dans une piscine en présence de sa mère et de nombreux adultes ; il a vraisemblablement été attaqué par un camarade. On parvient à le réanimer mais dès lors, ce n'est plus le même enfant. Il devient si inquiétant qu'il finit par faire peur à ses parents... 

« Le Chasseur » : le narrateur est un serial-killer, qui recherche l'âme soeur mais, ayant trouvé des défauts à chacune de ses compagnes, les a tuées tour à tour. Il finit par passer au détecteur de mensonge et s'en sort sans souci. Encore une fois.

« Les jumeaux : un mystère » : des jumeaux se retrouvent dans la maison de leur père, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles. Que vont-ils trouver ? Pourquoi sont-ils persuadés que c'est l'autre qui a donné l'alarme le premier ? Qui manipule qui ?

« Dépouillement » : un homme se purifie sous la douche, nettoyant le sang qui colle à sa peau.

« Le Musée du Dr Moses » : une jeune femme fâchée avec sa mère apprend que celle-ci a épousé l'étrange Dr Moses, vendu sa maison et tous ses biens pour se retrancher dans la propriété de son nouvel époux, qui abrite également un musée médical. Mais en arrivant, la fille découvre beaucoup de détails qui clochent. A commencer par l'opération de chirurgie esthétique que le docteur a fait subir à sa nouvelle femme...

 

Ce n'est pas un coup de coeur comme mes toutes premières lectures de Joyce Carol Oates ; je me demande également si ce n'est pas un auteur difficile à traduire et ainsi plus agréable à lire dans sa langue d'origine. Ici, davantage que le style, c'est la narration qui impressionne. Impitoyable, Oates nous conduit à travers un effroyable dédale et parvient à faire ressentir au lecteur un réel malaise à la vue de tous ces personnages, plus malsains les uns que les autres, rappelant par certains aspects Stephen King qui, je trouve, a un don particulier pour recréer des ambiances très angoissantes. Oates nous manipule à sa guise et que l'on apprécie ou non ses nouvelles et leur sujet, elles restent de cette façon fascinantes.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette lecture.

Mes précédentes lectures de cet auteur (j'ai été très impressionnée par les deux premières, mon avis sur la troisième était plus mitigé mais le recueil parlant d'auteurs qui me sont chers je ne regrette pas de l'avoir lu) : 

Je vous invite aussi à faire un petit tour chez George qui a organisé un challenge Joyce Carol Oates et répertorié de nombreux liens.

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266 p

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, 2007

06/07/2013

Jane Austen, Sense and Sensibility

austen_sense and sensibility.jpgC'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé Sense and Sensibility, puisqu'il s'agissait du dernier des six romans achevés de Jane Austen que je lisais (après avoir espacé autant que possible ces lectures). Je relirai prochainement Northanger Abbey, jamais chroniqué ici, et il me reste des textes plus courts ou inachevés à découvrir, mais une page se tourne dans ma petite vie de lectrice.

Sense and Sensibility est peut-être l'un des romans les plus faciles d'accès de Jane Austen pour une première lecture de l'auteur, bien que, comme toujours avec cet écrivain, les apparences (une simple histoire de filles à marier ?) cachent un univers riche et passionnant, pour lequel existent de multiples clefs de lecture. D'ailleurs, pour ceux qui pensent que Jane Austen écrit des romans à l'eau de rose, il faut savoir qu'elle a le don d'expédier les mariages en trois lignes ; une fois parvenus à l'autel, elle ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il adviendra de ses personnages, et lorsque plus rien n'empêche les amoureux de se retrouver, plus la peine d'entrer dans les détails. Ainsi par exemple dans ce roman, sur une demande en mariage que l'on attendait depuis les premiers chapitres : How soon he had walked himself into the proper resolution, however, how soon an opportunity of exercising it occurred, in what manner he expressed himself, and how he was received, need not be particularly told. (p 386) Romantique, Jane Austen ?

[Spoilers ensuite]

Le roman débute avec le décès de Mr Dashwood. A sa mort, sa seconde femme et les trois filles issues de ce second mariage se trouvent, en raison de leur sexe, totalement dépendantes du bon vouloir de leur demi-frère aîné, John, qui va devenir propriétaire du grand domaine dans lequel elles vivaient. Si sur son lit de mort, Mr Dashwood a fait promettre à son fils de veiller sur sa belle-mère et ses soeurs, John parvient sans peine à se défaire de son engagement en trouvant moult arguments pour soulager sa conscience. Influencé par son épouse Fanny, une femme hautaine et pleinement convaincue de sa supériorité sur le plan social, John va réduire à une peau de chagrin le leg qu'il était prêt à faire à sa famille. Il s'enquiert en revanche des dispositions pris par d'autres proches pour les aider, sa générosité consistant ainsi essentiellement à s'assurer de celle des autres.

Elinor tried very seriously to convince him that there was no likelihood of her marrying Colonel Brandon; but it was an expectation of too much pleasure to himself to be relinquished, and he was really resolved on seeking an intimacy with that gentleman, and promoting the marriage by every possible attention. He had just compunction enough for having done nothing for his sisters himself, to be exceedingly anxious that everybody else should do a great deal; and an offer from Colonel Brandon, or a legacy from Mrs. Jennings, was the easiest means of atoning for his own neglect. (p 242)

Sans être foncièrement méchant, et en dépit d'efforts faits pour montrer quelque intérêt à ses soeurs, John ne tient pas tête à Fanny qui, par son attitude, pousse Mrs Dashwood et ses filles à quitter rapidement le lieu où elles ont vécu toutes ces dernières années.

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Les deux principales héroïnes de ce roman sont Marianne Dashwood et, plus encore, Miss Dashwood, Elinor, sa soeur aînée. Toutes deux s'entendent extrêmement bien même si leur caractère les oppose (telles Miss Jane Bennet et sa soeur Elizabeth dans Pride and Prejudice). Marianne est entière, impétueuse, romanesque, elle accepte sans se poser de questions qu'un jeune homme dont elle est éprise lui offre un cheval, est également prompte à s'extasier devant une feuille tombée d'un arbre (on reconnaît bien là l'ironie de Jane Austen) mais aussi à juger ceux qu'elle rencontre, parfois sévèrement. A l'inverse, Elinor est plus douce, plus réservée. C'est elle qui incarne la raison dans ce roman, devant mettre en garde sa mère des dangers qui guettent Marianne et se faisant une opinion toujours réfléchie de chacun. C'est ainsi qu'elle tombe amoureuse d'Edward Ferrars, héritier peut-être un peu terne en apparence, mais intelligent, intègre et bon sous ses dehors timides. "My judgment," he returned, "is all on your side of the question; but I am afraid my practice is much more on your sister's. I never wish to offend, but I am so foolishly shy, that I often seem negligent, when I am only kept back by my natural awkwardness. I have frequently thought that I must have been intended by nature to be fond of low company, I am so little at my ease among strangers of gentility!" (Edward Ferrars - p 100)

A l'inverse, contrairement à Marianne et à Mrs Dashwood, complètement sous le charme, Elinor est la première à formuler quelques doutes sur le caractère  du fougueux Willoughby, qui entre en scène peu après leur arrivée à Barton Cottage dans le Devonshire. In Mrs Dashwood's estimation, he was as faultless as in Marianne's ; and Elinor saw nothing to censure in him but a propensity, in which he strongly resembled and peculiarly delighted her sister, of saying too much what he thought on every occasion, without attention to persons or circumstances. In hastily forming and giving his opinion of other people, in sacrificing general politeness to the enjoyment of undivided attention where his heart was engaged, and in slighting too easily the forms of worldly propriety, he displayed a want of caution which Elinor could not approve, in spite of all that he and Marianne could say in its support. (p52)

Deux personnages que tout oppose vont alors graviter autour de Marianne : d'une part le jeune Willoughby, qui a pour lui l'insouciance de la jeunesse, l'extravagance et un joli visage ; de l'autre le colonel Brandon, dont le tempérament généreux est masqué par une grande réserve, tandis que son âge plus avancé pour l'époque constitue aux yeux de Marianne une terrible infirmité (ses rhumatismes en étant pour elle la preuve indéniable !).

[Colonel Brandon] was silent and grave. His appearance however was not unpleasing, in spite of his being in the opinion of Marianne and Margaret an absolute old bachelor, for he was on the wrong side of five and thirty; but though his face was not handsome his countenance was sensible, and his address was particularly gentlemanlike. (p36) Mais Marianne n'est pas tendre avec lui (et l'influence néfaste de Willoughby ne la pousse pas à plus d'indulgence) : "Add to which," cried Marianne, "that he has neither genius, taste, nor spirit. That his understanding has no brilliancy, his feelings no ardour, and his voice no expression." (p55)

A l'inverse, sous des dehors avenants, le jeune Willoughby est un garçon bien superficiel, qui ne pense qu'à son bon plaisir.

Willoughby, que l'on s'attendait à faire un jour ou l'autre sa demande en mariage, part brusquement et semble peu enclin à s'engager sur la date de son retour. Si Marianne est malheureuse, Elinor y voit un signe de l'inconséquence du jeune homme et s'inquiète de savoir si sa soeur et lui sont finalement secrètement fiancés ou non. Quelque temps plus tard, Mrs Jennings, qui séjournait dans le voisinage, propose à Elinor et Marianne de l'accompagner à Londres pour la saison. Le caractère de Willoughby est rapidement révélé et l'on apprend ses récentes fiançailles avec une héritière. D'autres informations seront ensuite communiquées aux deux soeurs sur le comportement passé du jeune homme, qui confirmeront le triste caractère de celui-ci (un personnage qui n'est pas sans ressembler à un certain Wickham - la proximité des noms ne m'avait d'ailleurs pas encore sauté aux yeux).

Elinor made no answer. Her thoughts were silently fixed on the irreparable injury which too early an independence and its consequent habits of idleness, dissipation, and luxury, had made in the mind, the character, the happiness, of a man who, to every advantage of person and talents, united a disposition naturally open and honest, and a feeling, affectionate temper. The world had made him extravagant and vain—Extravagance and vanity had made him cold-hearted and selfish. Vanity, while seeking its own guilty triumph at the expense of another, had involved him in a real attachment, which extravagance, or at least its offspring, necessity, had required to be sacrificed. Each faulty propensity in leading him to evil, had led him likewise to punishment. The attachment, from which against honour, against feeling, against every better interest he had outwardly torn himself, now, when no longer allowable, governed every thought; and the connection, for the sake of which he had, with little scruple, left her sister to misery, was likely to prove a source of unhappiness to himself of a far more incurable nature. (p 354)

"At present," continued Elinor, "he regrets what he has done. And why does he regret it?—Because he finds it has not answered towards himself. It has not made him happy. His circumstances are now unembarrassed—he suffers from no evil of that kind; and he thinks only that he has married a woman of a less amiable temper than yourself. But does it follow that had he married you, he would have been happy?—The inconveniences would have been different. He would then have suffered under the pecuniary distresses which, because they are removed, he now reckons as nothing. He would have had a wife of whose temper he could make no complaint, but he would have been always necessitous—always poor; and probably would soon have learned to rank the innumerable comforts of a clear estate and good income as of far more importance, even to domestic happiness, than the mere temper of a wife."(p 375-376)

Ainsi les apparences sont bien trompeuses, c'est donc la sage Elinor qui la première avait perçu la valeur des deux prétendants. Marianne, elle, devra faire une erreur et en souffrir terriblement avant de choisir un parti moins étincelant a priori mais finalement bien plus susceptible de faire son bonheur.

austen poss portrait.jpgL'univers de Jane Austen serait bien pauvre sans les nombreux personnages secondaires qui donnent du piquant à l'intrigue. Ainsi la brave Mrs Jennings, qui a bon fond mais peu de jugeotte, s'attend par exemple à voir le colonel Brandon rayonner en apprenant que Willoughby a préféré une autre femme à Marianne et que par conséquent, celle-ci est encore libre d'épouser quelqu'un d'autre. Elle ne comprend pas que le colonel souffre avant tout pour Marianne et ressent avec amertume la situation dans laquelle son rival l'a mise.

Il y aussi l'étrange couple formé par les Palmer : Mr Palmer est toujours brusque avec son épouse, se plonge dans le journal en public mais répond qu'il n'y a rien d'intéressant dedans lorsqu'on tente de l'interroger sur le contenu, tandis que sa femme est une petite créature idiote et charmante, bien décidée à être heureuse et qui, ainsi, fait fi de toutes les remarques de son mari qu'elle juge amusantes.

Enfin, outre Willougby, Fanny Dashwood et sa mère, un autre personnage foncièrement mauvais est mis en scène : il s'agit de Lucy Steele. D'un rang social inférieur, elle est fiancée à Edward Ferrars qui a commis une erreur de jeunesse et se sent désormais prisonnier d'une union dont il ne veut plus. Lucy est un personnage désagréable, qui s'abaisse à flatter tout un chacun (avec succès !) et dont l'intérêt pour Edward semble plus motivé par le titre d'héritier de celui-ci qu'à un réel attachement, puisqu'elle a bien deviné les sentiments de son fiancé pour Elinor. Elle s'empresse ainsi de devenir l'amie de celle-ci et de la prendre pour confidente afin de déverser sur elle un flot d'informations à double sens (grâce à des allusions peu subtiles) sur la relation qu'elle entretient avec Edward.

"You may well be surprised," continued Lucy; "for to be sure you could have had no idea of it before; for I dare say he never dropped the smallest hint of it to you or any of your family; because it was always meant to be a great secret, and I am sure has been faithfully kept so by me to this hour. Not a soul of all my relations know of it but Anne, and I never should have mentioned it to you, if I had not felt the greatest dependence in the world upon your secrecy; and I really thought my behaviour in asking so many questions about Mrs. Ferrars must seem so odd, that it ought to be explained. And I do not think Mr. Ferrars can be displeased, when he knows I have trusted you, because I know he has the highest opinion in the world of all your family, and looks upon yourself and the other Miss Dashwoods quite as his own sisters." (p 138)

Au final, y a-t-il un juste équilibre entre raison et sentiments ? S'il ne faut pas trop se fier aux manifestations excessives de sentiments (ceux de Willoughby n'ayant aucune valeur, Marianne s'enfermant dans un rôle et s'encourageant même à pleurer car il ne peut y avoir de désespoir dans la discrétion à ses yeux), les sentiments plus profonds triomphent à la fin du roman. Ceux qui aiment vraiment sont enfin reconnus à leur juste valeur, quant à Elinor (qui semblait si encline à raisonner et que sa soeur jugeait trop peu démonstrative pour souffrir autant elle), elle finit par déverser toutes les émotions contenues depuis longtemps, lorsqu'Edward vient annoncer qu'il n'est plus lié à Lucy Steele. Mrs Dashwood se rend alors compte du fait qu'Elinor a souffert au moins autant que Marianne et qu'elle ne lui a pas accordé assez d'attention uniquement parce qu'elle n'a pas manifesté ouvertement ses émotions.  Au final, si les apparences sont parfois trompeuses.

Que dire encore une fois sur Austen qui fait partie de mes écrivains favoris ? Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous inviter à faire sa connaissance pour découvrir sa délicieuse ironie, le regard intelligent qu'elle porte sur ses personnages et son époque, sa capacité à décrire les relations humaines et la subtilité de sa plume.

Sur ce blog, de Jane Austen (outre les adaptations de ses romans et quelques austeneries) :

Lu dans le cadre du Mois anglais, mais chroniqué un peu tard, et du challenge austenien d'Alice.

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Jane Austen, Sense and Sensibility, 1811

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22/06/2013

Alan Bennett, So Shocking : jeu concours

bennett_so shocking.jpegAprès un tête à tête difficile avec Virginia Woolf, j'ai réalisé que j'avais grand besoin d'une lecture détente et que l'intégrale de Joyce pouvait attendre un peu. J'ai donc ouvert un petit livre très anglais d'un auteur que j'aime bien, So Shocking ! d'Alan Bennet.

Ce livre porte bien son titre et j'ai été pour le moins intriguée par le contenu un peu sulfureux des deux textes qui le composent (le premier étant plus long que le 2e). Il y est beaucoup question de sexe, mais la chose est abordée avec un certain recul et une ironie qui n'étaient pas pour me déplaire. En quoi serait-ce so shocking ? Eh bien disons qu'Alan Bennett a choisi de tourner son regard vers des personnages peu disposés à incarner les héros d'aventures émoustillantes, dans le premier cas, ou vers une famille middle class tellement comme il faut en apparence dans le second.

"Mrs Donaldson sort du placard" : Mrs Donaldson a la chance d'avoir perdu son époux et de s'être ainsi dépêtrée d'un mariage fort ennuyeux. Tandis que sa fille (fille à papa) ne cesse de tout ramener au cher disparu (papa aurait dit ci, n'aurait pas aimé que tu fasses ça...) et s'attendrait à ce que sa mère joue les veuves éplorées en se morfondant à la maison, Mrs Donaldson prend sa vie en main et, pour augmenter ses revenus modestes, fait deux choix qui vont donner beaucoup de piment à sa vie jusqu'ici très terne. Elle devient actrice dans un hôpital pour incarner divers symptômes et cas et mettre les étudiants à l'épreuve, devant un médecin bluffé par la qualité de ses prestations et ennamouré. Ses interventions à l'hôpital sont au passage l'occasion de faire se dérouler des scènes savoureuses qui m'ont souvent fait sourire. D'autre part, Mrs Donaldson prend des locataires, un couple d'étudiants dont les débats amoureux la fascinent, au point qu'elle n'aurait rien contre le fait d'y jouer elle aussi un rôle...

"Mrs Forbes reste à l'abri" : les Forbes ont un fils exceptionnel, séduisant, doté d'une belle situation dans une banque. C'est donc la déconfiture pour maman lorsqu'elle voit son merveilleux rejeton revenir avec une fiancée plus âgée que lui et quelconque physiquement. Le mariage se passe et là, c'est un incroyable méli-mélo de secrets qui se met en place ! Leur vie si convenue d'apparence est en réalité bien plus croustillante qu'il n'y paraît, quant à ceux que l'on pense duper, ils sont loin d'être aussi sots qu'on ne le croirait. Dans cette nouvelle, j'ai adoré le personnage de Betty. Elle est riche et semble faire un mariage d'amour en portant son choix sur Graham, qui visait surtout le portefeuille de la jeune femme même si leur vie conjugale se déroule bien, de façon assez surprenante. Au premier abord on est un peu navrés que cette héritière se soit fourvoyée dans une galère pareille, et notre petit côté féministe en prend un coup... mais Betty a bien plus de ressources qu'on ne le croit et son personnage m'a conquise ! Finalement, c'est ce pauvre Graham que l'on prend en pitié...

Un livre sympathique, divertissant, qui se lit d'une traite. J'ai apprécié l'ironie de ces situations scabreuses et passé un très bon moment. Une parfaite lecture pour cet été !

Ici, de Bennett : The Uncommon Reader/La Reine des Lectrices (court mais excellent moment de lecture) et La Mise à Nu des époux Ransome (qui ne m'avait pas autant plu et ne m'a laissé, je l'avoue, aucun souvenir).

Merci à Lise des éditions Folio pour ce bon moment de lecture !

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194 p

Alan Bennett, So Shocking !, 2010-2011

*********

Jeu concours

 

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Et comme c'est le Mois anglais, il fallait bien fêter ça avec quelques cadeaux (on pourrait aussi fêter l'arrivée de l'été d'ailleurs !). J'ai donc le plaisir de mettre ici en jeu 2 exemplaires de So Shocking !

Pour participer, rien de plus simple ! Dans les commentaires de ce post, il vous suffit de faire une suggestion so shocking (si vous voulez vous aventurer dans des territoires dangereux, évitez juste les termes un peu trop osés qui pourraient attirer de drôles de moteurs de recherche sur mon blog, car les mots clefs utilisés pour arriver sur un billet innocent sur Barbara Pym peuvent parfois en surprendre plus d'un ! Les périphrases n'en seront que plus drôles ;)). Un robe bleue à pois jaunes avec un chapeau vert fluo pour la Reine ? Shocking ! ... bref, à vos claviers, en espérant que vous vous amuserez bien !

Vous avez jusqu'au 24 juin au soir pour participer, j'annoncerai les résultats le 25 au soir.

Have fun !

20/06/2013

Agatha Christie, A l'Hôtel Bertram

christie_hotel bertram.jpgJ'ai trouvé la lecture parfaite pour ce mois anglais... impossible de faire plus English ! J'ai ainsi posé mes valises à l'Hôtel Bertram en compagnie de cette chère Agatha... et découvert le paradis sur terre. Imaginez un hôtel des années soixante qui semble tout droit sorti de l'époque édouardienne, avec un portier bardé de médailles militaires, un préposé à l'art du five o' clock aux manières exquises et des muffins bien savoureux, "à l'ancienne". Imaginez des fauteuils de toute sorte faits pour s'adapter aux morphologies les plus diverses, un système de chauffage bien masqué et des feux ronflant dans le salon, une température adaptée aux pensionnaires (quelques degrés de plus pour les Américains que pour nos amis Anglais). Un hôtel où l'on croise du personnel d'époque, certes, mais aussi des hommes d'église, des majors et tout le gratin anglais d'un autre âge... tout ce qui fait le charme si typique, si anglais de l'hôtel aux yeux des riches étrangers qui y séjournent.

C'est là que Miss Marple a choisi de passer ses vacances, une quinzaine de jours à Londres pour revivre ses jeunes années... et qui trouve que tout a l'air un peu "faux" dans ce lieu qui finit par la mettre mal à l'aise. Elle remarque notamment une certaine Bess Sedgwick, connue pour son rythme de vie trépidant et ses exploits (voitures, avions, chevaux et divers accidents), ainsi que sa fille Elvira. Cette dernière n'a pas été élevée par sa mère mais tombe par hasard sur elle à l'hôtel. Elle pense bientôt que sa vie est menacée... quant aux autorités, elles enquêtent sur de spectaculaires fraudes qui semblent toutes mener finalement au Bertram.

On ne lit pas tant ce roman pour le suspense que pour l'ambiance délicieuse... et je ne peux que le recommander aux amateurs d'atmosphères anglaises, ils se régaleront !

D'Agatha Christie sur blog : La Maison biscornue ; Mon Petit Doigt m'a dit.

Lecture commune consacrée à Agatha Christie en ce Mois Anglais, avec : (j'actualiserai en fin de journée, n'hésitez pas à m'indiquer vos liens à la suite de ce billet :))

Et dans la mesure où l'hôtel Bertram se veut édouardien, je ferai une petite entorse à la règle et dirai que ce roman entre aussi dans le cadre du challenge British Mysteries (qui normalement s'arrête à l'entre-deux-guerres).

279 p

Agatha Christie, A l'Hôtel Bertram, 1965

Mois anglais 2013_04.jpgbritish mysteries.jpgchallenge anglais,challenge mois anglais,mois anglais,agatha christie,a l'hotel bertram,roman anglais,roman policier anglais,challenge british mysteries

15/06/2013

Virginia Woolf, Elles

woolf_elles.jpegAujourd'hui, pour la lecture commune consacrée à Virginia Woolf, j'avais prévu de vous parler d'un livre assez court, faute de temps et d'organisation... dans ma gigantesque PAL woolfienne, j'ai jeté mon dévolu sur Elles, recueil d'essais traitant de femmes méconnues, ayant souvent vécu dans l'ombre de célèbres écrivains. Les billets de Maggie (très convaincue) et de Fleur (gênée par le fait qu'elle ne connaissait pas du tout les femmes décrites) m'avait beaucoup intriguée et j'avais hâte de découvrir le destin de ces femmes qui avaient suscité l'intérêt de Virginia Woolf.

Force est de contaster que je n'aurais jamais dû ouvrir ce livre en cette période où pour diverses raisons mon esprit est un peu ailleurs et ma concentration en berne... si Jane Austen a su me transporter une nouvelle fois tout récemment, Virginia Woolf m'a terrassée avec cette série de textes qui pour certains m'ont paru soporifiques. Après Dorothy Osborne et Mary Wollstonecraft (deux essais intéressants, même si le premier ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs - affligeant quand on constate que je l'ai lu il y a trois jours... mais les textes suivants ont, je crois, eu raison de tout), mon intérêt s'est émoussé... puis est arrivé le quatrième texte intitulé "Dorothy et Jane". J'ai bien cru qu'il ne finirait jamais, je me suis ennuyée à mourir !

Il est donc très frustrant pour moi de rédiger ce billet. Non seulement c'est une participation vraiment malheureuse au challenge Virginia Woolf (et mon but en vous proposant ce challenge était d'inviter à lire davantage cet auteur, non de vous décourager), mais je suis bien consciente d'être passée à côté d'un livre qui méritait sans doute qu'on s'y arrête bien plus que je ne l'ai fait.

Les femmes dont parle Virginia Woolf ne sont pas totalement anonymes. Soit elles sont connues, telles Madame de Sévigné ou Mary Wollstonecraft, soit elles vivent auprès de figures célèbres que l'on a (d'abord) plaisir à voir évoluer sous la plume de Woolf. Coleridge, Carlyle, Wordsworth, De Quincey... Sara Coleridge vit en quelque sorte dans l'ombre de son père et consacrera sa vie à prolonger, étudier, donner à connaître l'oeuvre de celui-ci. Madame Carlyle vit une amitié chaotique avec Geraldine Jewsbury, qui lui voue une passion excessive, est trop vulgaire mais pleine de l'imagination qui fait défaut à son amie ; Géraldine publie en 1845, Zoé, un roman qui fit scandale à l'époque (une histoire de fille-mère et de papistes si j'ai bien retenu ce que Virginia voulait bien nous en dire). Mary Wollstonecraft voyage, s'installe à Paris pendant la Révolution, vit de grandes passions et prône la liberté en amour (son portrait est celui qui m'a le plus intéressée). Cette série aurait pu me plaire par la diversité des profils choisis : beaucoup d'épistolières certes, mais tandis que l'une voyage, l'autre vit à Londres, une autre encore à la campagne, on trouve une aristocrate, des bourgeoises, des femmes qui n'ont pas eu autant de chance au départ dans la vie ; des femmes aux visions différentes. Malgré tout, la forme n'a pas su me séduire, j'ai certes ressenti les impressions de Virginia Woolf mais dans bien des cas, j'ai éprouvé une certaine frustration, car son but n'est pas d'être une biographe exacte et certaines femmes nous restent inconnues après la lecture de ces pages. On a l'impression d'être à la croisée des styles : biographie, liste d'impressions, extraits de lettres, discours indirect, passages au style plus romanesque... et malgré tout ça, je n'avais qu'une hâte une fois arrivée à l'histoire de Jane et Geraldine : tourner la dernière page ! C'est vraiment malheureux, d'autant plus j'avais adoré La Scène Londonienne et Une Chambre à soi (pour parler d'essais)... mais cette expérience est certainement arrivée au mauvais moment !

(A noter le choix du logo, de circonstance)

Aujourd'hui, pour la LC de Virginia Woolf :

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155 p

Virginia Woolf, Elles, 1932-1942

virginia woolf.jpgMois anglais 2013_04.jpg

11/06/2013

J. M. Barrie, Peter Pan in Kensington Gardens

rackham_peter pan in kensington gardens.jpgSi je n'ai jamais parlé de James Matthew Barrie par ici, Peter Pan occupe une place de choix parmi mes mythes favoris. Petite j'étais éprise du Peter de Walt Disney, mais c'est quelques années plus tard que je me suis décidée à aller vers le texte de Barrie, découverte merveilleuse et si personnelle après une année de lectures encadrées. Les années se sont écoulées depuis et je compte bien relire prochainement Peter Pan, mais j'ai choisi de découvrir d'abord Peter Pan in Kensington Gardens, qui m'attendait dans une superbe édition illustrée par Rackham. C'est une lecture très complémentaire, qui offre un éclairage intéressant sur Peter Pan, que je préfère cependant.

 Ce livre se découpe en plusieurs chapitres qui sont en quelque sorte autant de contes ou petites histoires reliées entre elle par un fil conducteur. Dans le premier chapitre, le narrateur présente les jardins de Kensington et leur géographie, des jardins qui sont un véritable paradis pour les petits Anglais, qui s'y rendent avec leur nourrice et y vivent de fabuleuses aventures.

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Lorsque Peter Pan s'envole de sa fenêtre et se rend dans les Jardins, c'est un tout petit garçon heureux de son sort et ravi de vivre une nouvelle expérience dans ce lieu qui s'anime à la nuit tombée. Mais une conversation le perturbe : il apprend qu'il n'est plus un oiseau mais un humain. "You will be a Betwixt-and-Between" (p 43) Il perd ainsi confiance en lui et ne peut plus voler : il est donc obligé de rester dans les Jardins.

Ainsi il vit de son côté, fait des rencontres extraordinaires. Mais un jour, les fées qui vivent dans le Jardin lui proposent de réaliser son voeu le plus cher. Il décide de rentrer chez lui et trouve sa mère assoupie et très triste dans la chambre d'enfant mais, au dernier moment, Peter préfère différer son retour. pour dire au revoir à ses amis Malheureusement pour lui, lorsqu'il a définitivement pris sa décision et veut retrouver sa mère, il trouve des barreaux à sa fenêtre, et dans le berceau, un autre bébé : sa mère l'a remplacé et l'a (pense-t-il) oublié. De là l'opinion de Peter sur les mères.

"He went in a hurry in the end (...), this time he flew straight to the window, which was always to be open for him.

But the window was closed, and there were iron bars on it, and peering inside he saw his mother sleeping peacefully with her arm round another little boy.

Peter called, "Mother ! Mother !" but she heard him not; in vain he beat his little limbs against the iron bars. He had to fly back, sobbing, to the Gardens, and he never saw his dear again." (p 111)

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Rackham_Peter_Pan_in_Kensington_Gardens_illustration_.jpgLe petit Peter n'appartient à aucun monde ; il a  par exemple une vision erronée des autres enfants et de leurs jeux. Il essaie de deviner à quoi peuvent servir leurs jouets mais se trompe et les utilise de façon peu appropriée. Un jour, il rencontre une petite Maimie qui devient son amie et qui l'aidera à découvrir un peu mieux ce monde de l'enfance qui le fascine mais auquel il n'a pas vraiment accès. Peter propose à Maimie de l'épouser mais elle décide finalement de retourner auprès de sa mère (!), qui serait trop triste de ne plus la voir. Elle laissera en cadeau à Peter, une chèvre imaginaire. Bien évidemment Maimie évoque Wendy, qui lui succèdera plus tard.

Si, comme je l'ai dit plus haut, je préfère Peter Pan à cet ouvrage-ci, Peter Pan in Kensington Gardens apporte un éclairage très intéressant sur la personnalité de Peter et ses origines. Par ailleurs, les amoureux des Jardins ne pourront qu'être comblés par les descriptions qui en sont faites ainsi que les habitants imaginaires dont J.M. Barrie peuple ces lieux - des êtres qui nous accompagneront forcément lorsque nous nous y rendrons de nouveau. C'est un monde fascinant (bien que parfois cruel) qui nous est présenté là. Les illustrations de Rackham sont fabuleuses - il serait vraiment dommage de découvrir ce texte sans elles, car elles enrichissent beaucoup l'oeuvre.

rackham1.jpgSur les fées : " It is frightfully difficult to know much about the fairies, and almost the only thing known for certain is that there are fairies wherever there are children. Long ago children were forbidden the Gardens, and at that time there was not a fairy in the place; then the children were admitted, and the fairies came trooping in that very evening. They can't resist following the children, but you seldom see them, partly because they live in the daytime behind the railings, where you are not allowed to go, and also partly because they are so cunning. They are not a bit cunning after Lock-out, but until Lock-out, my word !" (p 79)

Les bébés, à force d'être à proximité des fées, reproduisent leur comportement. "She is talking fairy" (p 88)

shelley.jpgOn rencontre aussi au Jardin Shelley : "Shelley was a young gentleman and as grown-up as he need ever expect to be. He was a poet; and they are never exactly grown-up. They are people who despise money except what you need for to-day, and he had all that and five pounds over. So, when he was walking in the Kensington Gardens, he made a paper boat of his bank-note, and sent it sailing on the Serpentine." (p55)

James Matthew Barrie était à l'honneur de la rencontre des Victorian Frogs and Ladies de février : Cryssilda, Céline, Delphine et Titine ont découvert Peter Pan ; Isil a lu Le Petit Oiseau Blanc, qui inclut le présent ouvrage.

Je vous invite aussi à lire les articles de Malice sur Peter Pan mais aussi J.M. Barrie en géneral, qui témoignent d'un véritable attachement à cet auteur et vous donneront des idées de lecture si vous découvrez l'univers de Barrie. Et bien évidemment, le site consacré à James Matthew Barrie (sur l'auteur, ses oeuvres, ses éditions..).

178 p

James Matthew Barrie, Peter Pan in Kensington Gardens, 1906

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Et pour poursuivre notre promenade dans les Jardins de Kensington, quelques photos prises lors d'un de mes nombreux moments passés à les arpenter...

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© Photos Myloubook

08/06/2013

Vita Sackville-West, Plus jamais d'invités !

sackville west_jamais invites.jpgDepuis Toute Passion abolie découvert en 2009, je projette de lire toute l'oeuvre de Vita Sackville-West, qui me séduit davantage à chaque lecture. J'ai profité de la LC autour de Dark Island (que je n'ai pas encore) pour sortir de ma PAL un des trois romans de cet auteur que j'avais encore en attente. J'ai jeté mon dévolu sur Plus Jamais d'invités !

Sans doute à cause du titre et des personnage souriants sur la couverture je m'attendais à une comédie ou une satire de la bonne société anglaise, de ses "parties" à la campagne, que je voyais déjà gâchées par la présence de quelques invités mal assortis. Certes, les invités de Rose Mortibois n'ont pas grand chose en commun, mais ce n'est pas vraiment le coeur du sujet.

Les Mortibois sont mariés depuis vingt ans. Leur vie sociale est une réussite : Mortibois est un juriste à la carrière éclatante, quant à sa femme, dont la fonction est assez décorative, elle peut se prélasser dans leur luxueuse demeure ou, le week-end, dans leur superbe domaine à la campagne, à Anstey. Mais leur couple n'est qu'une façade : conformément à un arrangement entre eux, à la demande de Walter, les Mortibois n'ont jamais consommé leur mariage et n'entretiennent qu'une relation purement amicale, sans affection aucune... bien que Rose aime Walter et ne se plie à son souhait que pour le satisfaire.

Lorsque le neveu de Rose revient en Angleterre après plusieurs années passées dans les colonies, elle décide d'inviter sa soeur, son beau-frère et son neveu à Anstey pour le week-end de Pâques. S'ajoute au petit groupe Gilbert, le frère de Walter, ainsi que Juliet une célèbre coquette amie du couple. On pourrait s'étonner du choix des invités : une soeur gentille mais un peu simplette, très pieuse, très attentive à son budget faute de moyens ; un beau-frère peu loquace, qui appelle sa femme "chouchou" ; un autre, célèbre médecin, en vogue à Londres ; une femme exubérante s'adressant avec une grande familiarité à tout le monde ; et enfin un neveu qui a tout à découvrir de la vie. Mais ces invités vont surtout être amenés à porter un regard différent sur Walter et Rose, dont le mariage laisse transparaître ses failles au cours du week-end. Celui-ci sera fait d'épreuves pour eux. Mais qui sait si cela suffira à les faire changer ?

Une fois de plus Vita Sackvile-West a su me séduire... non seulement son récit se lit d'une traite, mais elle porte comme toujours un regard perçant sur les faiblesses de ses personnages, dont elle nous dresse un portrait toujours passionnant à découvrir. Un très bon moment de lecture !

Le billet de Lilly.

Autres lectures du jour de Vita Sackville-West : Denis, George, Bentos,  Shelbylee, Adalana, Eliza, Emily et Titine

Ici, de Vita Sackville-West : Toute Passion abolie, Paola, The Edwardians (sublime).

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214 p

Vita Sackville-West, Plus Jamais d'invités !, 1953

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