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15/09/2013

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères Inapprivoisées

sharpe_gang des megeres.jpgDe temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire Le Gang des Mégères Inapprivoisées de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux !

Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original ! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.

Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.

Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la soeur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope (p 10).

Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.

Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche ! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...

J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrêmisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.

Par ici, un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré - je me marre en relisant ma chronique et en me remémorant les personnages (quoi ? il y a quatre ans déjà ?) : La route sanglante du jardinier Blott. Et je viens de découvrir la présence de Sharpe sur ma liseuse... eh bien cette fois-ci je ne tarderai pas à le retrouver j'espère !

Une lecture commune autour de Tom Sharpe : (liens ajoutés quelques jours plus tard car j'étais en Angleterre au moment de la publication de nos billets)

- Wilt 1CléantheMartineValentyne

- Wilt 2Adalana

- Wilt 3Delphine

- Le gang des mégères inapprivoisées : Denis, Lou et Noctembule

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219 p

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères inapprivoisées, 2009 (en anglais : The Gropes)

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07/09/2013

Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch

collins_pauvre miss finch.pngWilkie Collins fait de plus en plus partie pour moi de ces valeurs sûres, de ces refuges vers lesquels je peux toujours me tourner lorsque je suis à la recherche d'un bon récit victorien. Cela faisait quelques mois que je ne l'avais pas lu et c'est avec beaucoup d'impatience que j'ai ouvert Pauvre Miss Finch pendant mes vacances.

La narratrice, Mme Pratolungo, nous fait le récit de son arrivée en Angleterre pour devenir la gouvernante de Lucilla Finch, une jeune aveugle, à laquelle elle s'attache dès son arrivée. A peine sur place, la narratrice assiste à la rencontre entre la belle Miss Finch (qui a fort mauvais caractère ceci dit !) et Oscar Dubourg. Ce beau jeune homme semble bien mystérieux, voire même fort suspect aux yeux de Mme Pratolungo, mais il s'avère qu'il est en réalité fort sympathique. Les deux jeunes gens tombent évidemment amoureux. Le début de cette histoire semblait m'entraîner vers une tout autre piste (serait-ce mes lectures de Mary Elizabeth Braddon qui me donnent des idées tordues ?) ; j'imaginais un sinistre complot visant la pauvre Miss Finch... complot il y aura, mais d'un autre genre !

Si vous détestez savoir quoi que ce soit à l'avance d'un roman, passez votre chemin, ne lisez surtout pas le résumé de l'éditeur et jetez-vous les yeux fermés sur ce délicieux morceau de littérature anglaise hautement romanesque. Si comme moi, la curiosité l'emporte, vous pouvez continuer (ce qui me fera d'ailleurs très plaisir car je me suis régalée avec ce livre et entends bien le faire savoir à toutes les âmes innocentes qui auraient le malheur de passer par ici).

Arrive Nugent, le frère jumeau d'Oscar. Il va proposer de présenter Lucilla à un docteur susceptible de lui rendre la vue... cruel dilemme! Car Oscar, sujet à des crises d'épilepsie depuis peu, a été contraint d'accepter un traitement au nitrate d'argent, qui l'a défiguré, lui laissant la peau d'une affreuse couleur bleuâtre.

Je m'attendais à un roman policier mais il s'agit davantage d'un bon roman feuilleton populaire à la victorienne, avec ses péripéties, ses concours de circonstance fâcheux (savamment orchestrés par un auteur qui nous rappelle parfois que si l'on croyait le prendre en défaut, c'est parce que nous n'avions pas pensé à ceci ou oublié cela, quitte à nous renvoyer à plusieurs reprises à un chapitre précédent pour nous raffraîchir la mémoire). Je me suis tout simplement régalée et me réjouis de constater la grande diversité dont a fait preuve Wilkie Collins dans sa vie d'auteur, ce qui me promet encore bien des heures de plaisir.

Outre la trame bien menée qui nous donne une folle envie de tourner la page afin de savoir ce qu'il va advenir de cette pauvre Lucilla (à moment donné, si je n'avais pas eu foi en ce cher Wilkie qui n'aime pas abandonner ses belles héroïnes, j'aurais bien cru l'affaire très mal engagée), j'ai savouré les nombreux traits d'humour qui pimentent le récit. Les personnages secondaires drôles ou grostesques sont délicieusement croqués : le père de Lucilla, pasteur, est aussi maigre et ridicule que sa voix est profonde et magnifique... malheureusement il adore s'écouter et acculer les membres de sa famille dans une pièce fermée pour pouvoir discourir sans fin ; la belle-mère de Lucilla est constamment débraillée, court toujours après une demi-heure fatalement perdue plus tôt dans la journée, a pour compagnons de chaque instant un bébé, un roman et un mouchoir sans cesse égaré ; ou encore Jicks, une des filles de la famille, petite bohémienne qui s'échappe de la maison à longueur de journée et suit son petit bonhomme de chemin, faisant bien sourire ceux qui la croisent en route ; la narratrice n'est pas en reste, en révolutionnaire républicaine qu'elle est (elle conclut son récit par ces mots : « Vive la République ! » et perd tout sens des bonnes manières et de la retenue lorsqu'il s'agit pour elle de défendre sa cause) ; et bien sûr le docteur allemand chargé de soigner les yeux de Lucilla, exubérant, toujours à s'exprimer dans un jargon anglo-germanique à mourir de rire. Même si Lucilla est parfois un brin agaçante et incarne la jeune fille anglaise de bonne famille pour constituer une héroïne - un peu trop - comme il se doit, elle est nettement moins inconsistante que Laura, l'héroïne de La Dame en Blanc (que j'avais eu très envie de remettre personnellement à ses tortionnaires)... et tous les autres personnages plus nombrilistes les uns que les autres suffisent plus que largement à obtenir un récit haut en couleur !

Malgré sa légèreté, ce roman fait également triompher certaines valeurs morales et s'interroge sur le bonheur. Suffit-il à Lucilla d'avoir de bons yeux pour être heureuse ? Et la fin fait écho à Profondeurs glacées (la pièce puis le court roman de Wilkie Collins), avec le destin tragique de l'un des personnages... c'est que ce cher Wilkie n'est pas toujours tendre avec les traîtres !

Un vrai régal que ce roman, j'ai hâte d'ouvrir mon prochain Wilkie Collins... j'envisage très sérieusement une cure en fin d'année...

Merci beaucoup à Bénédicte des éditions Libretto grâce à qui j'ai passé un excellent moment !

Le billet de Cryssilda, évidemment enthousiaste elle aussi, et celui de Denis qui est plus réservé.

Et par ici, d'autres idées de lecture du même auteur : 

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540 p

William Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch, 1871 

British Mysteries01.jpgvictorien-2013.png

01/09/2013

Claire Keegan, L'Antarctique

keegan_lantarctique.jpgCurieusement, alors que j'apprécie énormément la littérature anglo-saxonne, je lis assez peu d'auteurs irlandais contemporains. Aussi lorsque le blogoclub a proposé une thématique irlandaise pour la lecture du 1er septembre je me suis empressée de farfouiller dans ma PAL pour trouver un livre pouvant convenir - j'essaie de faire sortir de ma bibliothèque des livres qui y prennent la poussière depuis des mois et des années, la situation devient urgente.

Mon choix s'est arrêté sur L'Antarctique de Claire Keegan, auteur dont j'avais lu le plus grand bien sur la blogosphère, révélé par Nuala O' Faolain, bref, un jeune talent prometteur. Par ailleurs le format me convenait bien puisqu'il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles, genre dont je suis friande et qui, je trouve, distingue les grands écrivains des autres car ce format si court est  un art bien difficile à manier et nécessite une précision et une habileté toutes particulières.

J'ai ouvert ce recueil sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est que je pensais peut-être retrouver une Irlande contemporaine, plutôt rurale. Première surprise, ces nouvelles n'ont pas toujours l'Irlande pour cadre et nous font notamment voyager outre-Atlantique. Difficile aussi de cerner la période du récit parfois, certains cadres un peu rustiques ou certains modes de vie nous faisant nous imaginer quelques décennies en arrière.

On pourrait difficilement qualifier ces nouvelles de légères. Amours contrariées, infidélités, grossesse imprévue, désirs inavouables, perte d'un proche dans des circonstances tragiques et travail de deuil qui s'ensuit, moment privilégié passé avec un homme qui s'avère être au final un psychopathe ou un meurtrier, les sujets sont pour le moins graves. Traités avec habileté, ils nous emportent néanmoins grâce au travail minutieux de Claire Keegan qui retraduit avec subtilité la psychologie des personnages, leurs désirs enfouis, leurs espoirs, leurs peurs, leurs aspirations et bien souvent, leurs frustrations. Les femmes ont la vie dure dans bien des nouvelles : travail rude, effacement face à l'homme-roi (figure du mari, du père). Claire Keegan ne joue pas non plus la facilité avec les quelques scènes crues qui émaillent ces nouvelles : ni fausse pudeur, ni exhibitionnisme, mais une description claire, factuelle, épurée.

Un auteur que je relirai sans doute avec plaisir et qui me donne également envie de lire davantage d'Irlandais contemporains... une réorganisation de mes bibliothèques s'imposant bientôt, j'en profiterai pour voir ce que j'ai en stock !

Une lecture dans le cadre du blogoclub du mois de septembre organisé par Sylire et Lisa.

Beaucoup d'avis sur Babelio.

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215 p

Claire Keegan, L'Antarctique, 1999

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26/08/2013

Stephanie Barron, Le Jardin blanc

barron_jardin blanc.jpgJe voulais découvrir Stephanie Barron et ses romans sur Jane Austen depuis un moment, aussi lorsqu'on m'a proposé de lire Le Jardin blanc et que j'ai vu que ce récit s'inspirait de la mort de Virginia Woolf, j'ai été ravie de pouvoir satisfaire ma curiosité.

Le pitch : Jo Bellamy est une paysagiste américaine de 34 ans, envoyée par son employeur en Angleterre pour étudier le jardin blanc créé par Vita Sackville-West, afin d'être à même de le reproduire dans l'une des propriétés du multi-millionnaire. Malgré l'ampleur de la commande et son amour du jardinage, son voyage à Sissinghurst est teinté d'amertume. En effet, son grand-père Jock s'est suicidé juste après avoir appris qu'elle se rendrait bientôt sur cette propriété. Jo va donc tenter d'en savoir plus sur les années de Jock en Angleterre et de comprendre en quoi son histoire serait liée à celle du jardin blanc et à un drame auquel il aurait été mêlé, impliquant une certaine « dame ». On s'en doute, il s'agit de Virginia Woolf.

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Très rapidement, Jo a l'incroyable chance de trouver par hasard avec des affaires abandonnées ce qui pourrait être un inédit de Virginia Woolf et remet en cause son suicide dans l'Ouse. Car le journal a été écrit après sa disparition... 

Dès lors, nous quittons le jardin blanc pour suivre Jo dans sa quête personnelle, qui la conduit d'abord à Londres chez Sotheby's, où elle rencontre Peter Llewellyn, expert en manuscrits. Pour diverses raisons, tous deux vont partir à travers l'Angleterre afin de tenter d'authentifier le cahier, qu'ils se feront dérober, qu'il faudra retrouver, ce qui leur permettra de faire de nombreuses hypothèses, de se rendre à Oxford et Cambridge, à Charleston chez Vanessa Bell ou encore à Rodmell chez les Woolf. 

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Le sujet était pour le moins ambitieux et délicat à traiter, mais qu'en est-il du résultat ? Un roman policier que j'ai dans l'ensemble beaucoup apprécié, après un départ un peu plus difficile (l'introduction d'une histoire entre Jo et son employeur Gray qui n'apporte rien au récit ; certains passages du journal écrit par Woolf ; et une vision de Virginia Woolf «  elle était du genre à se lamenter sur ses désirs » - p 71- et de ses proches qui correspondait peu à l'image que je m'en fais). Bien évidemment, il faut être prêt à faire quelques compromis et fermer les yeux sur une théorie fantaisiste concernant la mort de Virginia Woolf, qui pourrait d'emblée faire frémir les puristes. On peut également sourire un peu lorsqu'on creuse autour de la stèle commémorative de Virginia Woolf de nuit pour trouver la fin du manuscrit, ou en croisant au passage une société secrète. A partir de là, Stephanie Barron parvient à embarquer ses lecteurs dans un récit agréable à lire, vivant et plein de rebondissements. En somme, un vrai page-turner qui ne manque pas d'originalité et surtout, un beau périple pour tous les amoureux de l'Angleterre et plus encore, pour ceux que le cercle de Bloomsbury fascine. Une charmante découverte !

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Merci beaucoup à Christelle et aux éditions du NiL.

Un roman qui me permet à la fois de poursuivre les challenges British Mysteries, Virginia Woolf et I Love London (même si l'action se déroule en majorité ailleurs).

Rentrée littéraire 2013 (sortie en librairie aujourd'hui 26 août)

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400 p

Stephanie Barron, Le Jardin blanc, 2009

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14/08/2013

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses

oates_Le-musee-du-Dr-Moses.jpgJe n'avais pas retrouvé Joyce Carol Oates depuis un moment, malgré deux premières lectures très marquantes. C'est donc chose faite avec Le Musée du Dr Moses, recueil de nouvelles. J'apprécie beaucoup ce format et j'étais curieuse de voir quels textes étonnants pouvaient se cacher sous cette couverture dérangeante.

Rapidement, le ton est donné et le lecteur s'enfonce dans un univers sombre et glauque, s'y englue, victime d'une sensation oppressante dont il aura le plus de mal à se défaire. Chaque interruption - la fin d'une nouvelle par exemple – était la bienvenue et me permettait de me secouer de ce monde où le Mal est omniprésent, où les intentions sont mauvaises, l'issue, souvent fatale. 

Quelques mots sur les diverses nouvelles (que je vous invite à négliger si vous avez la ferme intention de lire ce recueil mais qui, pour ceux qui ne seraient pas décidés, vous donneront une meilleure idée de ce qui vous attend) :

« Salut ! Comment va ! » : un jeune homme interpelle les autres joggeurs alors qu'il fait son footing, les arrachant à leurs pensées, les dérangeant parfois, sans s'arrêter après avoir attiré l'attention de ces inconnus.

 « Surveillance antisuicide » : un homme va voir son fils dans un centre de surveillance antisuicide après qu'il ait été interné. Sa compagne et leur enfant ont disparu, et le grand-père n'a qu'une idée en tête, retrouver le petit. C'est alors que le fils finit par parler et raconter une histoire horrible... mensonge ou vérité ?

« L'homme qui a combattu Roland La Starza » : un boxeur attend depuis des années le combat de sa vie mais, à l'issue de celui-ci, est retrouvé mort dans un champ. Suicide ? Et que s'est-il passé pendant la rencontre avec La Starza, star en déclin ?

« Gage d'amour, canicule de juillet » : le narrateur attend son épouse qui vient de le quitter et revient récupérer ses affaires. Mais pour lui le mariage est éternel, et l'on sent bien que tout ne tourne pas rond (à commencer par son opinion condescendante très XIXe sur les facultés intellectuelles de sa femme). On devine qu'une surprise attend la dulcinée lorsqu'elle arrive chez elle et trouve le courrier abandonné dans la boîte à lettres et la maison fermée. 

« Mauvaises habitudes » : trois enfants sont très perturbés lorsque l'on vient les retirer en urgence de leur école et qu'ils finissent par apprendre que leur père est accusé de multiples meurtres, notamment sur des enfants.

« Fauve » : un petit garçon adorable est noyé dans une piscine en présence de sa mère et de nombreux adultes ; il a vraisemblablement été attaqué par un camarade. On parvient à le réanimer mais dès lors, ce n'est plus le même enfant. Il devient si inquiétant qu'il finit par faire peur à ses parents... 

« Le Chasseur » : le narrateur est un serial-killer, qui recherche l'âme soeur mais, ayant trouvé des défauts à chacune de ses compagnes, les a tuées tour à tour. Il finit par passer au détecteur de mensonge et s'en sort sans souci. Encore une fois.

« Les jumeaux : un mystère » : des jumeaux se retrouvent dans la maison de leur père, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles. Que vont-ils trouver ? Pourquoi sont-ils persuadés que c'est l'autre qui a donné l'alarme le premier ? Qui manipule qui ?

« Dépouillement » : un homme se purifie sous la douche, nettoyant le sang qui colle à sa peau.

« Le Musée du Dr Moses » : une jeune femme fâchée avec sa mère apprend que celle-ci a épousé l'étrange Dr Moses, vendu sa maison et tous ses biens pour se retrancher dans la propriété de son nouvel époux, qui abrite également un musée médical. Mais en arrivant, la fille découvre beaucoup de détails qui clochent. A commencer par l'opération de chirurgie esthétique que le docteur a fait subir à sa nouvelle femme...

 

Ce n'est pas un coup de coeur comme mes toutes premières lectures de Joyce Carol Oates ; je me demande également si ce n'est pas un auteur difficile à traduire et ainsi plus agréable à lire dans sa langue d'origine. Ici, davantage que le style, c'est la narration qui impressionne. Impitoyable, Oates nous conduit à travers un effroyable dédale et parvient à faire ressentir au lecteur un réel malaise à la vue de tous ces personnages, plus malsains les uns que les autres, rappelant par certains aspects Stephen King qui, je trouve, a un don particulier pour recréer des ambiances très angoissantes. Oates nous manipule à sa guise et que l'on apprécie ou non ses nouvelles et leur sujet, elles restent de cette façon fascinantes.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette lecture.

Mes précédentes lectures de cet auteur (j'ai été très impressionnée par les deux premières, mon avis sur la troisième était plus mitigé mais le recueil parlant d'auteurs qui me sont chers je ne regrette pas de l'avoir lu) : 

Je vous invite aussi à faire un petit tour chez George qui a organisé un challenge Joyce Carol Oates et répertorié de nombreux liens.

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266 p

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, 2007

06/07/2013

Jane Austen, Sense and Sensibility

austen_sense and sensibility.jpgC'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé Sense and Sensibility, puisqu'il s'agissait du dernier des six romans achevés de Jane Austen que je lisais (après avoir espacé autant que possible ces lectures). Je relirai prochainement Northanger Abbey, jamais chroniqué ici, et il me reste des textes plus courts ou inachevés à découvrir, mais une page se tourne dans ma petite vie de lectrice.

Sense and Sensibility est peut-être l'un des romans les plus faciles d'accès de Jane Austen pour une première lecture de l'auteur, bien que, comme toujours avec cet écrivain, les apparences (une simple histoire de filles à marier ?) cachent un univers riche et passionnant, pour lequel existent de multiples clefs de lecture. D'ailleurs, pour ceux qui pensent que Jane Austen écrit des romans à l'eau de rose, il faut savoir qu'elle a le don d'expédier les mariages en trois lignes ; une fois parvenus à l'autel, elle ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il adviendra de ses personnages, et lorsque plus rien n'empêche les amoureux de se retrouver, plus la peine d'entrer dans les détails. Ainsi par exemple dans ce roman, sur une demande en mariage que l'on attendait depuis les premiers chapitres : How soon he had walked himself into the proper resolution, however, how soon an opportunity of exercising it occurred, in what manner he expressed himself, and how he was received, need not be particularly told. (p 386) Romantique, Jane Austen ?

[Spoilers ensuite]

Le roman débute avec le décès de Mr Dashwood. A sa mort, sa seconde femme et les trois filles issues de ce second mariage se trouvent, en raison de leur sexe, totalement dépendantes du bon vouloir de leur demi-frère aîné, John, qui va devenir propriétaire du grand domaine dans lequel elles vivaient. Si sur son lit de mort, Mr Dashwood a fait promettre à son fils de veiller sur sa belle-mère et ses soeurs, John parvient sans peine à se défaire de son engagement en trouvant moult arguments pour soulager sa conscience. Influencé par son épouse Fanny, une femme hautaine et pleinement convaincue de sa supériorité sur le plan social, John va réduire à une peau de chagrin le leg qu'il était prêt à faire à sa famille. Il s'enquiert en revanche des dispositions pris par d'autres proches pour les aider, sa générosité consistant ainsi essentiellement à s'assurer de celle des autres.

Elinor tried very seriously to convince him that there was no likelihood of her marrying Colonel Brandon; but it was an expectation of too much pleasure to himself to be relinquished, and he was really resolved on seeking an intimacy with that gentleman, and promoting the marriage by every possible attention. He had just compunction enough for having done nothing for his sisters himself, to be exceedingly anxious that everybody else should do a great deal; and an offer from Colonel Brandon, or a legacy from Mrs. Jennings, was the easiest means of atoning for his own neglect. (p 242)

Sans être foncièrement méchant, et en dépit d'efforts faits pour montrer quelque intérêt à ses soeurs, John ne tient pas tête à Fanny qui, par son attitude, pousse Mrs Dashwood et ses filles à quitter rapidement le lieu où elles ont vécu toutes ces dernières années.

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Les deux principales héroïnes de ce roman sont Marianne Dashwood et, plus encore, Miss Dashwood, Elinor, sa soeur aînée. Toutes deux s'entendent extrêmement bien même si leur caractère les oppose (telles Miss Jane Bennet et sa soeur Elizabeth dans Pride and Prejudice). Marianne est entière, impétueuse, romanesque, elle accepte sans se poser de questions qu'un jeune homme dont elle est éprise lui offre un cheval, est également prompte à s'extasier devant une feuille tombée d'un arbre (on reconnaît bien là l'ironie de Jane Austen) mais aussi à juger ceux qu'elle rencontre, parfois sévèrement. A l'inverse, Elinor est plus douce, plus réservée. C'est elle qui incarne la raison dans ce roman, devant mettre en garde sa mère des dangers qui guettent Marianne et se faisant une opinion toujours réfléchie de chacun. C'est ainsi qu'elle tombe amoureuse d'Edward Ferrars, héritier peut-être un peu terne en apparence, mais intelligent, intègre et bon sous ses dehors timides. "My judgment," he returned, "is all on your side of the question; but I am afraid my practice is much more on your sister's. I never wish to offend, but I am so foolishly shy, that I often seem negligent, when I am only kept back by my natural awkwardness. I have frequently thought that I must have been intended by nature to be fond of low company, I am so little at my ease among strangers of gentility!" (Edward Ferrars - p 100)

A l'inverse, contrairement à Marianne et à Mrs Dashwood, complètement sous le charme, Elinor est la première à formuler quelques doutes sur le caractère  du fougueux Willoughby, qui entre en scène peu après leur arrivée à Barton Cottage dans le Devonshire. In Mrs Dashwood's estimation, he was as faultless as in Marianne's ; and Elinor saw nothing to censure in him but a propensity, in which he strongly resembled and peculiarly delighted her sister, of saying too much what he thought on every occasion, without attention to persons or circumstances. In hastily forming and giving his opinion of other people, in sacrificing general politeness to the enjoyment of undivided attention where his heart was engaged, and in slighting too easily the forms of worldly propriety, he displayed a want of caution which Elinor could not approve, in spite of all that he and Marianne could say in its support. (p52)

Deux personnages que tout oppose vont alors graviter autour de Marianne : d'une part le jeune Willoughby, qui a pour lui l'insouciance de la jeunesse, l'extravagance et un joli visage ; de l'autre le colonel Brandon, dont le tempérament généreux est masqué par une grande réserve, tandis que son âge plus avancé pour l'époque constitue aux yeux de Marianne une terrible infirmité (ses rhumatismes en étant pour elle la preuve indéniable !).

[Colonel Brandon] was silent and grave. His appearance however was not unpleasing, in spite of his being in the opinion of Marianne and Margaret an absolute old bachelor, for he was on the wrong side of five and thirty; but though his face was not handsome his countenance was sensible, and his address was particularly gentlemanlike. (p36) Mais Marianne n'est pas tendre avec lui (et l'influence néfaste de Willoughby ne la pousse pas à plus d'indulgence) : "Add to which," cried Marianne, "that he has neither genius, taste, nor spirit. That his understanding has no brilliancy, his feelings no ardour, and his voice no expression." (p55)

A l'inverse, sous des dehors avenants, le jeune Willoughby est un garçon bien superficiel, qui ne pense qu'à son bon plaisir.

Willoughby, que l'on s'attendait à faire un jour ou l'autre sa demande en mariage, part brusquement et semble peu enclin à s'engager sur la date de son retour. Si Marianne est malheureuse, Elinor y voit un signe de l'inconséquence du jeune homme et s'inquiète de savoir si sa soeur et lui sont finalement secrètement fiancés ou non. Quelque temps plus tard, Mrs Jennings, qui séjournait dans le voisinage, propose à Elinor et Marianne de l'accompagner à Londres pour la saison. Le caractère de Willoughby est rapidement révélé et l'on apprend ses récentes fiançailles avec une héritière. D'autres informations seront ensuite communiquées aux deux soeurs sur le comportement passé du jeune homme, qui confirmeront le triste caractère de celui-ci (un personnage qui n'est pas sans ressembler à un certain Wickham - la proximité des noms ne m'avait d'ailleurs pas encore sauté aux yeux).

Elinor made no answer. Her thoughts were silently fixed on the irreparable injury which too early an independence and its consequent habits of idleness, dissipation, and luxury, had made in the mind, the character, the happiness, of a man who, to every advantage of person and talents, united a disposition naturally open and honest, and a feeling, affectionate temper. The world had made him extravagant and vain—Extravagance and vanity had made him cold-hearted and selfish. Vanity, while seeking its own guilty triumph at the expense of another, had involved him in a real attachment, which extravagance, or at least its offspring, necessity, had required to be sacrificed. Each faulty propensity in leading him to evil, had led him likewise to punishment. The attachment, from which against honour, against feeling, against every better interest he had outwardly torn himself, now, when no longer allowable, governed every thought; and the connection, for the sake of which he had, with little scruple, left her sister to misery, was likely to prove a source of unhappiness to himself of a far more incurable nature. (p 354)

"At present," continued Elinor, "he regrets what he has done. And why does he regret it?—Because he finds it has not answered towards himself. It has not made him happy. His circumstances are now unembarrassed—he suffers from no evil of that kind; and he thinks only that he has married a woman of a less amiable temper than yourself. But does it follow that had he married you, he would have been happy?—The inconveniences would have been different. He would then have suffered under the pecuniary distresses which, because they are removed, he now reckons as nothing. He would have had a wife of whose temper he could make no complaint, but he would have been always necessitous—always poor; and probably would soon have learned to rank the innumerable comforts of a clear estate and good income as of far more importance, even to domestic happiness, than the mere temper of a wife."(p 375-376)

Ainsi les apparences sont bien trompeuses, c'est donc la sage Elinor qui la première avait perçu la valeur des deux prétendants. Marianne, elle, devra faire une erreur et en souffrir terriblement avant de choisir un parti moins étincelant a priori mais finalement bien plus susceptible de faire son bonheur.

austen poss portrait.jpgL'univers de Jane Austen serait bien pauvre sans les nombreux personnages secondaires qui donnent du piquant à l'intrigue. Ainsi la brave Mrs Jennings, qui a bon fond mais peu de jugeotte, s'attend par exemple à voir le colonel Brandon rayonner en apprenant que Willoughby a préféré une autre femme à Marianne et que par conséquent, celle-ci est encore libre d'épouser quelqu'un d'autre. Elle ne comprend pas que le colonel souffre avant tout pour Marianne et ressent avec amertume la situation dans laquelle son rival l'a mise.

Il y aussi l'étrange couple formé par les Palmer : Mr Palmer est toujours brusque avec son épouse, se plonge dans le journal en public mais répond qu'il n'y a rien d'intéressant dedans lorsqu'on tente de l'interroger sur le contenu, tandis que sa femme est une petite créature idiote et charmante, bien décidée à être heureuse et qui, ainsi, fait fi de toutes les remarques de son mari qu'elle juge amusantes.

Enfin, outre Willougby, Fanny Dashwood et sa mère, un autre personnage foncièrement mauvais est mis en scène : il s'agit de Lucy Steele. D'un rang social inférieur, elle est fiancée à Edward Ferrars qui a commis une erreur de jeunesse et se sent désormais prisonnier d'une union dont il ne veut plus. Lucy est un personnage désagréable, qui s'abaisse à flatter tout un chacun (avec succès !) et dont l'intérêt pour Edward semble plus motivé par le titre d'héritier de celui-ci qu'à un réel attachement, puisqu'elle a bien deviné les sentiments de son fiancé pour Elinor. Elle s'empresse ainsi de devenir l'amie de celle-ci et de la prendre pour confidente afin de déverser sur elle un flot d'informations à double sens (grâce à des allusions peu subtiles) sur la relation qu'elle entretient avec Edward.

"You may well be surprised," continued Lucy; "for to be sure you could have had no idea of it before; for I dare say he never dropped the smallest hint of it to you or any of your family; because it was always meant to be a great secret, and I am sure has been faithfully kept so by me to this hour. Not a soul of all my relations know of it but Anne, and I never should have mentioned it to you, if I had not felt the greatest dependence in the world upon your secrecy; and I really thought my behaviour in asking so many questions about Mrs. Ferrars must seem so odd, that it ought to be explained. And I do not think Mr. Ferrars can be displeased, when he knows I have trusted you, because I know he has the highest opinion in the world of all your family, and looks upon yourself and the other Miss Dashwoods quite as his own sisters." (p 138)

Au final, y a-t-il un juste équilibre entre raison et sentiments ? S'il ne faut pas trop se fier aux manifestations excessives de sentiments (ceux de Willoughby n'ayant aucune valeur, Marianne s'enfermant dans un rôle et s'encourageant même à pleurer car il ne peut y avoir de désespoir dans la discrétion à ses yeux), les sentiments plus profonds triomphent à la fin du roman. Ceux qui aiment vraiment sont enfin reconnus à leur juste valeur, quant à Elinor (qui semblait si encline à raisonner et que sa soeur jugeait trop peu démonstrative pour souffrir autant elle), elle finit par déverser toutes les émotions contenues depuis longtemps, lorsqu'Edward vient annoncer qu'il n'est plus lié à Lucy Steele. Mrs Dashwood se rend alors compte du fait qu'Elinor a souffert au moins autant que Marianne et qu'elle ne lui a pas accordé assez d'attention uniquement parce qu'elle n'a pas manifesté ouvertement ses émotions.  Au final, si les apparences sont parfois trompeuses.

Que dire encore une fois sur Austen qui fait partie de mes écrivains favoris ? Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous inviter à faire sa connaissance pour découvrir sa délicieuse ironie, le regard intelligent qu'elle porte sur ses personnages et son époque, sa capacité à décrire les relations humaines et la subtilité de sa plume.

Sur ce blog, de Jane Austen (outre les adaptations de ses romans et quelques austeneries) :

Lu dans le cadre du Mois anglais, mais chroniqué un peu tard, et du challenge austenien d'Alice.

5coeurs.jpg

 

 

Jane Austen, Sense and Sensibility, 1811

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22/06/2013

Alan Bennett, So Shocking : jeu concours

bennett_so shocking.jpegAprès un tête à tête difficile avec Virginia Woolf, j'ai réalisé que j'avais grand besoin d'une lecture détente et que l'intégrale de Joyce pouvait attendre un peu. J'ai donc ouvert un petit livre très anglais d'un auteur que j'aime bien, So Shocking ! d'Alan Bennet.

Ce livre porte bien son titre et j'ai été pour le moins intriguée par le contenu un peu sulfureux des deux textes qui le composent (le premier étant plus long que le 2e). Il y est beaucoup question de sexe, mais la chose est abordée avec un certain recul et une ironie qui n'étaient pas pour me déplaire. En quoi serait-ce so shocking ? Eh bien disons qu'Alan Bennett a choisi de tourner son regard vers des personnages peu disposés à incarner les héros d'aventures émoustillantes, dans le premier cas, ou vers une famille middle class tellement comme il faut en apparence dans le second.

"Mrs Donaldson sort du placard" : Mrs Donaldson a la chance d'avoir perdu son époux et de s'être ainsi dépêtrée d'un mariage fort ennuyeux. Tandis que sa fille (fille à papa) ne cesse de tout ramener au cher disparu (papa aurait dit ci, n'aurait pas aimé que tu fasses ça...) et s'attendrait à ce que sa mère joue les veuves éplorées en se morfondant à la maison, Mrs Donaldson prend sa vie en main et, pour augmenter ses revenus modestes, fait deux choix qui vont donner beaucoup de piment à sa vie jusqu'ici très terne. Elle devient actrice dans un hôpital pour incarner divers symptômes et cas et mettre les étudiants à l'épreuve, devant un médecin bluffé par la qualité de ses prestations et ennamouré. Ses interventions à l'hôpital sont au passage l'occasion de faire se dérouler des scènes savoureuses qui m'ont souvent fait sourire. D'autre part, Mrs Donaldson prend des locataires, un couple d'étudiants dont les débats amoureux la fascinent, au point qu'elle n'aurait rien contre le fait d'y jouer elle aussi un rôle...

"Mrs Forbes reste à l'abri" : les Forbes ont un fils exceptionnel, séduisant, doté d'une belle situation dans une banque. C'est donc la déconfiture pour maman lorsqu'elle voit son merveilleux rejeton revenir avec une fiancée plus âgée que lui et quelconque physiquement. Le mariage se passe et là, c'est un incroyable méli-mélo de secrets qui se met en place ! Leur vie si convenue d'apparence est en réalité bien plus croustillante qu'il n'y paraît, quant à ceux que l'on pense duper, ils sont loin d'être aussi sots qu'on ne le croirait. Dans cette nouvelle, j'ai adoré le personnage de Betty. Elle est riche et semble faire un mariage d'amour en portant son choix sur Graham, qui visait surtout le portefeuille de la jeune femme même si leur vie conjugale se déroule bien, de façon assez surprenante. Au premier abord on est un peu navrés que cette héritière se soit fourvoyée dans une galère pareille, et notre petit côté féministe en prend un coup... mais Betty a bien plus de ressources qu'on ne le croit et son personnage m'a conquise ! Finalement, c'est ce pauvre Graham que l'on prend en pitié...

Un livre sympathique, divertissant, qui se lit d'une traite. J'ai apprécié l'ironie de ces situations scabreuses et passé un très bon moment. Une parfaite lecture pour cet été !

Ici, de Bennett : The Uncommon Reader/La Reine des Lectrices (court mais excellent moment de lecture) et La Mise à Nu des époux Ransome (qui ne m'avait pas autant plu et ne m'a laissé, je l'avoue, aucun souvenir).

Merci à Lise des éditions Folio pour ce bon moment de lecture !

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194 p

Alan Bennett, So Shocking !, 2010-2011

*********

Jeu concours

 

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Et comme c'est le Mois anglais, il fallait bien fêter ça avec quelques cadeaux (on pourrait aussi fêter l'arrivée de l'été d'ailleurs !). J'ai donc le plaisir de mettre ici en jeu 2 exemplaires de So Shocking !

Pour participer, rien de plus simple ! Dans les commentaires de ce post, il vous suffit de faire une suggestion so shocking (si vous voulez vous aventurer dans des territoires dangereux, évitez juste les termes un peu trop osés qui pourraient attirer de drôles de moteurs de recherche sur mon blog, car les mots clefs utilisés pour arriver sur un billet innocent sur Barbara Pym peuvent parfois en surprendre plus d'un ! Les périphrases n'en seront que plus drôles ;)). Un robe bleue à pois jaunes avec un chapeau vert fluo pour la Reine ? Shocking ! ... bref, à vos claviers, en espérant que vous vous amuserez bien !

Vous avez jusqu'au 24 juin au soir pour participer, j'annoncerai les résultats le 25 au soir.

Have fun !

20/06/2013

Agatha Christie, A l'Hôtel Bertram

christie_hotel bertram.jpgJ'ai trouvé la lecture parfaite pour ce mois anglais... impossible de faire plus English ! J'ai ainsi posé mes valises à l'Hôtel Bertram en compagnie de cette chère Agatha... et découvert le paradis sur terre. Imaginez un hôtel des années soixante qui semble tout droit sorti de l'époque édouardienne, avec un portier bardé de médailles militaires, un préposé à l'art du five o' clock aux manières exquises et des muffins bien savoureux, "à l'ancienne". Imaginez des fauteuils de toute sorte faits pour s'adapter aux morphologies les plus diverses, un système de chauffage bien masqué et des feux ronflant dans le salon, une température adaptée aux pensionnaires (quelques degrés de plus pour les Américains que pour nos amis Anglais). Un hôtel où l'on croise du personnel d'époque, certes, mais aussi des hommes d'église, des majors et tout le gratin anglais d'un autre âge... tout ce qui fait le charme si typique, si anglais de l'hôtel aux yeux des riches étrangers qui y séjournent.

C'est là que Miss Marple a choisi de passer ses vacances, une quinzaine de jours à Londres pour revivre ses jeunes années... et qui trouve que tout a l'air un peu "faux" dans ce lieu qui finit par la mettre mal à l'aise. Elle remarque notamment une certaine Bess Sedgwick, connue pour son rythme de vie trépidant et ses exploits (voitures, avions, chevaux et divers accidents), ainsi que sa fille Elvira. Cette dernière n'a pas été élevée par sa mère mais tombe par hasard sur elle à l'hôtel. Elle pense bientôt que sa vie est menacée... quant aux autorités, elles enquêtent sur de spectaculaires fraudes qui semblent toutes mener finalement au Bertram.

On ne lit pas tant ce roman pour le suspense que pour l'ambiance délicieuse... et je ne peux que le recommander aux amateurs d'atmosphères anglaises, ils se régaleront !

D'Agatha Christie sur blog : La Maison biscornue ; Mon Petit Doigt m'a dit.

Lecture commune consacrée à Agatha Christie en ce Mois Anglais, avec : (j'actualiserai en fin de journée, n'hésitez pas à m'indiquer vos liens à la suite de ce billet :))

Et dans la mesure où l'hôtel Bertram se veut édouardien, je ferai une petite entorse à la règle et dirai que ce roman entre aussi dans le cadre du challenge British Mysteries (qui normalement s'arrête à l'entre-deux-guerres).

279 p

Agatha Christie, A l'Hôtel Bertram, 1965

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15/06/2013

Virginia Woolf, Elles

woolf_elles.jpegAujourd'hui, pour la lecture commune consacrée à Virginia Woolf, j'avais prévu de vous parler d'un livre assez court, faute de temps et d'organisation... dans ma gigantesque PAL woolfienne, j'ai jeté mon dévolu sur Elles, recueil d'essais traitant de femmes méconnues, ayant souvent vécu dans l'ombre de célèbres écrivains. Les billets de Maggie (très convaincue) et de Fleur (gênée par le fait qu'elle ne connaissait pas du tout les femmes décrites) m'avait beaucoup intriguée et j'avais hâte de découvrir le destin de ces femmes qui avaient suscité l'intérêt de Virginia Woolf.

Force est de contaster que je n'aurais jamais dû ouvrir ce livre en cette période où pour diverses raisons mon esprit est un peu ailleurs et ma concentration en berne... si Jane Austen a su me transporter une nouvelle fois tout récemment, Virginia Woolf m'a terrassée avec cette série de textes qui pour certains m'ont paru soporifiques. Après Dorothy Osborne et Mary Wollstonecraft (deux essais intéressants, même si le premier ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs - affligeant quand on constate que je l'ai lu il y a trois jours... mais les textes suivants ont, je crois, eu raison de tout), mon intérêt s'est émoussé... puis est arrivé le quatrième texte intitulé "Dorothy et Jane". J'ai bien cru qu'il ne finirait jamais, je me suis ennuyée à mourir !

Il est donc très frustrant pour moi de rédiger ce billet. Non seulement c'est une participation vraiment malheureuse au challenge Virginia Woolf (et mon but en vous proposant ce challenge était d'inviter à lire davantage cet auteur, non de vous décourager), mais je suis bien consciente d'être passée à côté d'un livre qui méritait sans doute qu'on s'y arrête bien plus que je ne l'ai fait.

Les femmes dont parle Virginia Woolf ne sont pas totalement anonymes. Soit elles sont connues, telles Madame de Sévigné ou Mary Wollstonecraft, soit elles vivent auprès de figures célèbres que l'on a (d'abord) plaisir à voir évoluer sous la plume de Woolf. Coleridge, Carlyle, Wordsworth, De Quincey... Sara Coleridge vit en quelque sorte dans l'ombre de son père et consacrera sa vie à prolonger, étudier, donner à connaître l'oeuvre de celui-ci. Madame Carlyle vit une amitié chaotique avec Geraldine Jewsbury, qui lui voue une passion excessive, est trop vulgaire mais pleine de l'imagination qui fait défaut à son amie ; Géraldine publie en 1845, Zoé, un roman qui fit scandale à l'époque (une histoire de fille-mère et de papistes si j'ai bien retenu ce que Virginia voulait bien nous en dire). Mary Wollstonecraft voyage, s'installe à Paris pendant la Révolution, vit de grandes passions et prône la liberté en amour (son portrait est celui qui m'a le plus intéressée). Cette série aurait pu me plaire par la diversité des profils choisis : beaucoup d'épistolières certes, mais tandis que l'une voyage, l'autre vit à Londres, une autre encore à la campagne, on trouve une aristocrate, des bourgeoises, des femmes qui n'ont pas eu autant de chance au départ dans la vie ; des femmes aux visions différentes. Malgré tout, la forme n'a pas su me séduire, j'ai certes ressenti les impressions de Virginia Woolf mais dans bien des cas, j'ai éprouvé une certaine frustration, car son but n'est pas d'être une biographe exacte et certaines femmes nous restent inconnues après la lecture de ces pages. On a l'impression d'être à la croisée des styles : biographie, liste d'impressions, extraits de lettres, discours indirect, passages au style plus romanesque... et malgré tout ça, je n'avais qu'une hâte une fois arrivée à l'histoire de Jane et Geraldine : tourner la dernière page ! C'est vraiment malheureux, d'autant plus j'avais adoré La Scène Londonienne et Une Chambre à soi (pour parler d'essais)... mais cette expérience est certainement arrivée au mauvais moment !

(A noter le choix du logo, de circonstance)

Aujourd'hui, pour la LC de Virginia Woolf :

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155 p

Virginia Woolf, Elles, 1932-1942

virginia woolf.jpgMois anglais 2013_04.jpg

11/06/2013

J. M. Barrie, Peter Pan in Kensington Gardens

rackham_peter pan in kensington gardens.jpgSi je n'ai jamais parlé de James Matthew Barrie par ici, Peter Pan occupe une place de choix parmi mes mythes favoris. Petite j'étais éprise du Peter de Walt Disney, mais c'est quelques années plus tard que je me suis décidée à aller vers le texte de Barrie, découverte merveilleuse et si personnelle après une année de lectures encadrées. Les années se sont écoulées depuis et je compte bien relire prochainement Peter Pan, mais j'ai choisi de découvrir d'abord Peter Pan in Kensington Gardens, qui m'attendait dans une superbe édition illustrée par Rackham. C'est une lecture très complémentaire, qui offre un éclairage intéressant sur Peter Pan, que je préfère cependant.

 Ce livre se découpe en plusieurs chapitres qui sont en quelque sorte autant de contes ou petites histoires reliées entre elle par un fil conducteur. Dans le premier chapitre, le narrateur présente les jardins de Kensington et leur géographie, des jardins qui sont un véritable paradis pour les petits Anglais, qui s'y rendent avec leur nourrice et y vivent de fabuleuses aventures.

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Lorsque Peter Pan s'envole de sa fenêtre et se rend dans les Jardins, c'est un tout petit garçon heureux de son sort et ravi de vivre une nouvelle expérience dans ce lieu qui s'anime à la nuit tombée. Mais une conversation le perturbe : il apprend qu'il n'est plus un oiseau mais un humain. "You will be a Betwixt-and-Between" (p 43) Il perd ainsi confiance en lui et ne peut plus voler : il est donc obligé de rester dans les Jardins.

Ainsi il vit de son côté, fait des rencontres extraordinaires. Mais un jour, les fées qui vivent dans le Jardin lui proposent de réaliser son voeu le plus cher. Il décide de rentrer chez lui et trouve sa mère assoupie et très triste dans la chambre d'enfant mais, au dernier moment, Peter préfère différer son retour. pour dire au revoir à ses amis Malheureusement pour lui, lorsqu'il a définitivement pris sa décision et veut retrouver sa mère, il trouve des barreaux à sa fenêtre, et dans le berceau, un autre bébé : sa mère l'a remplacé et l'a (pense-t-il) oublié. De là l'opinion de Peter sur les mères.

"He went in a hurry in the end (...), this time he flew straight to the window, which was always to be open for him.

But the window was closed, and there were iron bars on it, and peering inside he saw his mother sleeping peacefully with her arm round another little boy.

Peter called, "Mother ! Mother !" but she heard him not; in vain he beat his little limbs against the iron bars. He had to fly back, sobbing, to the Gardens, and he never saw his dear again." (p 111)

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Rackham_Peter_Pan_in_Kensington_Gardens_illustration_.jpgLe petit Peter n'appartient à aucun monde ; il a  par exemple une vision erronée des autres enfants et de leurs jeux. Il essaie de deviner à quoi peuvent servir leurs jouets mais se trompe et les utilise de façon peu appropriée. Un jour, il rencontre une petite Maimie qui devient son amie et qui l'aidera à découvrir un peu mieux ce monde de l'enfance qui le fascine mais auquel il n'a pas vraiment accès. Peter propose à Maimie de l'épouser mais elle décide finalement de retourner auprès de sa mère (!), qui serait trop triste de ne plus la voir. Elle laissera en cadeau à Peter, une chèvre imaginaire. Bien évidemment Maimie évoque Wendy, qui lui succèdera plus tard.

Si, comme je l'ai dit plus haut, je préfère Peter Pan à cet ouvrage-ci, Peter Pan in Kensington Gardens apporte un éclairage très intéressant sur la personnalité de Peter et ses origines. Par ailleurs, les amoureux des Jardins ne pourront qu'être comblés par les descriptions qui en sont faites ainsi que les habitants imaginaires dont J.M. Barrie peuple ces lieux - des êtres qui nous accompagneront forcément lorsque nous nous y rendrons de nouveau. C'est un monde fascinant (bien que parfois cruel) qui nous est présenté là. Les illustrations de Rackham sont fabuleuses - il serait vraiment dommage de découvrir ce texte sans elles, car elles enrichissent beaucoup l'oeuvre.

rackham1.jpgSur les fées : " It is frightfully difficult to know much about the fairies, and almost the only thing known for certain is that there are fairies wherever there are children. Long ago children were forbidden the Gardens, and at that time there was not a fairy in the place; then the children were admitted, and the fairies came trooping in that very evening. They can't resist following the children, but you seldom see them, partly because they live in the daytime behind the railings, where you are not allowed to go, and also partly because they are so cunning. They are not a bit cunning after Lock-out, but until Lock-out, my word !" (p 79)

Les bébés, à force d'être à proximité des fées, reproduisent leur comportement. "She is talking fairy" (p 88)

shelley.jpgOn rencontre aussi au Jardin Shelley : "Shelley was a young gentleman and as grown-up as he need ever expect to be. He was a poet; and they are never exactly grown-up. They are people who despise money except what you need for to-day, and he had all that and five pounds over. So, when he was walking in the Kensington Gardens, he made a paper boat of his bank-note, and sent it sailing on the Serpentine." (p55)

James Matthew Barrie était à l'honneur de la rencontre des Victorian Frogs and Ladies de février : Cryssilda, Céline, Delphine et Titine ont découvert Peter Pan ; Isil a lu Le Petit Oiseau Blanc, qui inclut le présent ouvrage.

Je vous invite aussi à lire les articles de Malice sur Peter Pan mais aussi J.M. Barrie en géneral, qui témoignent d'un véritable attachement à cet auteur et vous donneront des idées de lecture si vous découvrez l'univers de Barrie. Et bien évidemment, le site consacré à James Matthew Barrie (sur l'auteur, ses oeuvres, ses éditions..).

178 p

James Matthew Barrie, Peter Pan in Kensington Gardens, 1906

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Et pour poursuivre notre promenade dans les Jardins de Kensington, quelques photos prises lors d'un de mes nombreux moments passés à les arpenter...

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© Photos Myloubook

08/06/2013

Vita Sackville-West, Plus jamais d'invités !

sackville west_jamais invites.jpgDepuis Toute Passion abolie découvert en 2009, je projette de lire toute l'oeuvre de Vita Sackville-West, qui me séduit davantage à chaque lecture. J'ai profité de la LC autour de Dark Island (que je n'ai pas encore) pour sortir de ma PAL un des trois romans de cet auteur que j'avais encore en attente. J'ai jeté mon dévolu sur Plus Jamais d'invités !

Sans doute à cause du titre et des personnage souriants sur la couverture je m'attendais à une comédie ou une satire de la bonne société anglaise, de ses "parties" à la campagne, que je voyais déjà gâchées par la présence de quelques invités mal assortis. Certes, les invités de Rose Mortibois n'ont pas grand chose en commun, mais ce n'est pas vraiment le coeur du sujet.

Les Mortibois sont mariés depuis vingt ans. Leur vie sociale est une réussite : Mortibois est un juriste à la carrière éclatante, quant à sa femme, dont la fonction est assez décorative, elle peut se prélasser dans leur luxueuse demeure ou, le week-end, dans leur superbe domaine à la campagne, à Anstey. Mais leur couple n'est qu'une façade : conformément à un arrangement entre eux, à la demande de Walter, les Mortibois n'ont jamais consommé leur mariage et n'entretiennent qu'une relation purement amicale, sans affection aucune... bien que Rose aime Walter et ne se plie à son souhait que pour le satisfaire.

Lorsque le neveu de Rose revient en Angleterre après plusieurs années passées dans les colonies, elle décide d'inviter sa soeur, son beau-frère et son neveu à Anstey pour le week-end de Pâques. S'ajoute au petit groupe Gilbert, le frère de Walter, ainsi que Juliet une célèbre coquette amie du couple. On pourrait s'étonner du choix des invités : une soeur gentille mais un peu simplette, très pieuse, très attentive à son budget faute de moyens ; un beau-frère peu loquace, qui appelle sa femme "chouchou" ; un autre, célèbre médecin, en vogue à Londres ; une femme exubérante s'adressant avec une grande familiarité à tout le monde ; et enfin un neveu qui a tout à découvrir de la vie. Mais ces invités vont surtout être amenés à porter un regard différent sur Walter et Rose, dont le mariage laisse transparaître ses failles au cours du week-end. Celui-ci sera fait d'épreuves pour eux. Mais qui sait si cela suffira à les faire changer ?

Une fois de plus Vita Sackvile-West a su me séduire... non seulement son récit se lit d'une traite, mais elle porte comme toujours un regard perçant sur les faiblesses de ses personnages, dont elle nous dresse un portrait toujours passionnant à découvrir. Un très bon moment de lecture !

Le billet de Lilly.

Autres lectures du jour de Vita Sackville-West : Denis, George, Bentos,  Shelbylee, Adalana, Eliza, Emily et Titine

Ici, de Vita Sackville-West : Toute Passion abolie, Paola, The Edwardians (sublime).

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214 p

Vita Sackville-West, Plus Jamais d'invités !, 1953

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05/06/2013

Thomas Hardy, Métamorphoses

hardy_metamorphoses.jpgJe devais lire Les Forestiers pour aujourd'hui en compagnie de Cléanthe et Virgule mais, trouvant trop peu de temps pour mes lectures ces derniers temps (et ayant l'esprit un peu ailleurs), j'ai choisi une option plus raisonnable qui m'éviterait un abandon de Thomas Hardy en cours de route (que je voyais se profiler avec de plus en plus de netteté au fur et à mesure que le temps passait).

De Hardy je ne connais pour l'instant que des nouvelles, ceci est le troisième recueil que je découvre. N'ayant jamais chroniqué ici les deux premiers (Les Petites ironies de la vie et L'Homme Démasqué) et en gardant un excellent souvenir j'envisage sérieusement de les relire pour vous en parler prochainement.

Cette fois-ci j'ai jeté mon dévolu sur Métamorphoses, qui figurait également dans ma PAL depuis un certain temps. Ce recueil comprend quatre nouvelles extraites d'un recueil en anglais plus fourni, A changed man and other stories.

[Quelques spoilers dans les quatre paragraphes suivants]

Sous le Regard du berger : un jeune berger assiste bien malgré lui à la rencontre d'une duchesse et de son ancien admirateur au clair de lune, également observée par le duc, dont les désirs de vengeance sont rapidement mis à exécution et ne sont pas sans conséquence pour le berger.

Métamorphose : une jeune femme amoureuse de l'uniforme unit son sort à celui d'un joyeux soldat qui, un beau jour, décide de quitter l'armée pour Dieu et de se consacrer à son prochain en oeuvrant dans les quartiers pauvres et en prêchant de monotones sermons. Avant que n'éclate une épidémie...

La tombe solitaire : un soldat revient dans son village natal pour apprendre que son père s'est suicidé après avoir reçu une lettre accusatrice de sa part ; selon une coutûme barbare, le corps du père est porté en terre la nuit à un carrefour, sans cérémonie ni sépulture. Dès lors son fils est tourmenté par l'infamie qui, par sa faute, frappe son père ; il tente ainsi de lui donner une dernière demeure plus respectable.

Un dragon entre en scène : une femme ayant perdu son fiancé à la guerre est sur le point d'épouser un brave homme prêt à accepter de bon coeur son fils illégitime. Mais alors que les préparatifs touchent à leur terme revient le soldat tant regretté... pourtant rentré en Angleterre depuis un certain temps sans être venu de suite retrouver son ancienne promise.

Ces quatre récits qui se situent dans les environs de Casterbridge sont un pur régal et me confortent dans l'idée que Thomas Hardy excellait dans l'art d'écrire des nouvelles. De même que les textes dont je gardais le souvenir, voici quatre histoires sombres et pleines d'ironie qui toutes finissent tristement, voire tragiquement. La mort est toujours présente, parfois les conditions sont réunies pour évoquer le folklore mystérieux et provoquer quelques frissons chez le lecteur, qui imagine les fossoyeurs repartant sur leur lugubre charrette après avoir abandonné une âme errante, ou bien un trilithe druidique qui, la nuit, ne manque pas de rappeler les forces mystérieuses et inquiétantes qu'il servait autrefois.

Il est dommage que l'ensemble du recueil n'ait pas été traduit, malgré tout on peut saluer le sérieux des éditions de l'Arbre Vengeur, aussi bien pour la traduction fluide que pour les efforts d'illustration. Cela donne envie de mieux découvrir leur catalogue !

Lu dans le cadre du Mois anglais, une aventure lancée chez Titine et ici-même... mais aussi pour le Challenge victorien d'Arieste.

Les avis de Cécile's blog et Cryssilda.

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147 p

Thomas Hardy, Métamorphoses, 1881-1900

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01/05/2013

Café littéraire : Shakespeare au XIXe

Le 24 février, j'ai assisté au musée d'Orsay avec Titine et Un Coin de Blog à une conférence sur l'influence de Shakespeare au XIXe. Voici un extrait de mes notes pour partager avec vous ce café littéraire très sympathique.

Shakespeare commence à être connu en France au XIXe à travers les traductions et les nombreuses adaptations. Il devient le porte-parole du Mouvement Romantique, une génération fascinée par le Barde. Ainsi Berlioz dit de lui : "Shakespeare me foudroya". Freud (qui était très présent lors de ce café...) s'est quant à lui rendu deux fois en Angleterre, à 17 ans puis en 1908. Il est fasciné par le portrait de Shakespeare à la National Portrait Gallery et se questionne sur son identité, lui trouvant un air peu anglais.

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Parmi les sujets de prédilection des peintres français au XIXe : Ophélie, dont on connaît davantage les représentations britanniques. Ci-dessous quelques exemples, mais je vous invite à lire l'article merveilleusement illustré Le personnage d'Ophélie à travers les arts.

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Jules Joseph Lefebvre, Ophélie (1890)

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Ernest Hebert, Ophélie (1876)

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Alexandre Cabanel, Ophelia (1883)

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Pascal Dagnan-Bouveret, Ophelia (1900)

Gustave Doré avait quant à lui prévu de dessiner tout Shakespeare, mais il est décédé avant de pouvoir mener son projet à bien.

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Gustave Doré, Les Fées (1873)

Manet choisir quant à lui de peindre Hamlet. Il choisit d'abord pour modèle Philibert Rouvière, mais son tableau est refusé au Salon. Il peint alors Jean-Baptiste Faure en Hamlet. Cette fois-ci la toile est acceptée mais l'objet de vives critiques, on parle ainsi de "pantin désossé" à la "tête de tétard". L'artiste ne trouve pas non plus la toile de Manet à son goût.

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Edouard Manet, L'acteur tragique Rouvière dans le rôle d'Hamlet, (1866)

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Edouard Manet, Jean-Baptiste Faure dans le rôle de Hamlet (1877)

Comme je le disais plus haut, Freud a été très largement cité lors de cette conférence. Il voyait en Shakespeare un maître et s'émerveille de certains traits de son oeuvre. Par exemple, lorsque Shakespeare joue volontairement sur l'utilisation de lapsus, cela prouve pour Freud que le poète savait que l'on s'interdit certaines choses. De même, Macbeth et son épouse représentent les deux faces d'un même personnage, une "double personnalité".  Freud ne comprend pas Lady Macbeth, qui meurt quand elle a tout ; il parle ainsi de "ceux qui échouent quand ils réussissent". C'est la fameuse pièce écossaise qui porte malheur et dont on ne prononce le nom qu'à ses risques et périls.

La mort de Lady Macbeth a cependant peu inspiré les peintres : elle meurt off stage, on apprend sa mort par un discours rapporté. En revanche ses crises de somnambulisme fascinent. Le tableau de Delacroix marque Théophile Gautier, qui le juge "effroyable de vérité". Je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer ici à la version de Sargent, un de mes peintres favoris. Gustave Moreau tire de ce sujet deux versions inachevées, dans lesquelles Lady Macbeth est noyée dans des traces rouges évoquant le sang. Redon choisit le pastel, avec un personnage totalement rouge, aux grands yeux étonnants.

delacroix_Lady Macbeth somnambule, 1850, Eugène Delacroix. Beaverbrook Art Gallery, New Brunswick, Fredericton. Huile sur toile,.jpg

Eugène Delacroix, Lady Macbeth somnambule (1850)

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John Singer Sargent, Ellen Terry as Lady MacBeth (1889)

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Gustave Moreau, Lady MacBeth

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Odilon Redon, Lady Macbeth (1898)

La peinture dite "shakesperienne" au XIXe ne se limite pas à la représentation des oeuvres de Shakespeare, il s'agit d'un véritable credo. Ainsi "Le Radeau de la Méduse" peut être considéré comme une oeuvre shakesperienne.

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Jean Louis Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse (1819)

Ce café littéraire était dans l'ensemble instructif, bien qu'un peu inégal. Parmi les intervenants, nous avons toutes trouvé la jeune Delphine Gervais de Lafond tout à fait enthousiaste et pertinente. Elle est l'auteur d'une thèse sur "Shakespeare et les peintres du XIXe" et sa prestation nous a donné envie de lire sa thèse : de nombreuses références, un regard intéressant sur les oeuvres décrites... une intervention très enrichissante. Notre grande frustration concernait la littérature, absente à l'exception de Freud et de la psychanalyse - alors que nous espérions une approche bien différente. A noter enfin la présence de la comédienne Dominique Reymond, qui a lu des extraits de diverses pièces : une excellente idée de la part des organisateurs.

Une participation au challenge Shakespeare de Maggie et ClaudiaLucia.

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09/04/2013

Linda Newbery, Graveney Hall

newbery_graveney_hall.jpgGrâce au jetlag, un premier billet très matinal...

Avant de partir vers de lointaines contrées, j'ai posé ma valise pendant quelques jours à Graveney Hall ; une nouvelle escapade anglaise (how suprising!) et une deuxième rencontre avec Linda Newbery, l'auteur de Set in Stone (traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre).

Ce nouveau roman couvre deux époques : de nos jours, mais aussi la première guerre mondiale.

Aujourd'hui, nous faisons la connaissance de Greg, adolescent amateur de photographie. Lors d'une balade à bicyclette, il découvre par hasard un domaine ancien abandonné. La façade est splendide et suggère la splendeur des temps anciens, mais elle n'est qu'une coquille vide qui cache un fatras de poutres et de ruines calcinées. Immense domaine doté de plusieurs annexes, d'un lac et d'une curieuse grotte artificielle, Graveney Hall va fasciner Greg qui décide d'en savoir plus sur Edmund, le fils de la maison, soldat à l'époque mais présumé disparu pendant l'incendie. Il mène l'enquête avec Faith, la fille d'un couple de bénévoles travaillant à réhabiliter le site pour l'ouvrir au public. C'est une période compliquée pour cet adolescent qui se lie d'amitié avec Jordan, un garçon discret et nageur de compétition, la relation entre les deux garçons devenant bientôt plus ambiguë.

En parallèle, Graveney Hall nous ouvre ses porte alors que sa fin approche. Alors que sa famille discute de façon toute théorique sur l'issue de la guerre, Edmund se sent en profond décalage avec le monde dont il est issu alors qu'il revient en permission. Au front, il est tombé fou amoureux d'un autre soldat, Alex. Tous deux forment le projet de s'installer dans une petite ferme en France à la fin de la guerre, afin d'échapper à la tyrannie des convenances qui, en Angleterre, veut que le jeune Edmund se marie et produise un héritier. 

Graveney Hall est loin d'être inintéressant et se lit d'une traite. Les deux histoires parallèles se font judicieusement écho et l'on s'aperçoit que la découverte de sa possible homosexualité trouble fortement Greg, en dépit des années qui ont passé. Au début du XXe, Edmund est sûr de l'authenticité de ses sentiments pour Alex, mais il ne peut concevoir leur histoire dans le cadre de sa vie passée car il est bien conscient de l'impossibilité pour lui de conserver Graveney Hall en choisissant Alex. 

J'ai particulièrement apprécié les parties concernant le jeune Edmund. Pour les passages consacrés à Greg, quelques points ont un peu gêné ma lecture. En premier lieu, certains échanges entre Greg et son entourage m'ont paru manquer de crédibilité en raison essentiellement d'une difficulté à retraduire le langage adolescent (ayant lu la traduction je ne sais pas si le problème se pose en anglais). Par exemple Greg pensant « Minute papillon » (p103), mais surtout ces phrases : « quelle mouche t'a piqué samedi soir, espèce de lombric ? » (p104) ou « on n'est pas des sex machines » (p109). En relisant mes notes je vois aussi une tournure un peu étrange en français : « on a visité un malade » (p188). J'ai aussi été refroidie par les débats religieux entre Greg et Faith qui discutent se savoir si Dieu existe ou non en avançant des arguments très plats, déjà mille fois entendus et qui par conséquent ne méritaient pas à mon sens qu'on leur accorde une si grande importance. Ceci dit, malgré ces quelques bémols, Graveney Hall est une lecture qui m'a dans l'ensemble beaucoup séduite en raison de ses personnages attachants, de sa dimension historique, du mystère associé aux ruines et au nom d'Edmund. Amateurs de romans anglais, ne passez pas à côté ! 

Un grand merci aux Editions Phébus pour ce très agréable moment de lecture.

Le billet de Manu, (n'hésitez à m'indiquer vos billets je me ferai un plaisir de les ajouter, mais là je dois songer à me préparer pour ma journée de travail :)) 

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296 p

Linda Newbery, Graveney Hall (Titre anglais : The Shell House), 2002 (2013 pour la traduction)

29/03/2013

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street

perry_etrangleur de cater street.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec les romans d'Anne Perry sur ce blog. Après une découverte délicieuse il y a près de dix ans, j'ai fini par me lasser un peu d'éléments récurrents (les passages un peu moralisateurs sur les différences de classe sociale qui me semblaient copiés d'un livre à l'autre, le rappel constant des origines de Charlotte et Thomas pour ne pas déstabiliser le lecteur qui viendrait à débarquer en plein milieu de la série), puis certaines intrigues m'ont paru franchement légères.

Pourtant ma première lecture, Le Mystère de Callander Square, avait été un petit coup de coeur. J'avais même acheté d'un coup près de dix tomes (!) pour pouvoir me délecter de la suite sans avoir peur de ne plus avoir de Charlotte ou de Thomas Pitt sous la main. L'Etrangleur de Cater Street, lu juste après, m'avait un peu moins conquise en raison de l'intrigue plus simple. Récemment, avec le lancement du challenge British Mysteries, l'envie m'a pris de relire certains des premiers Charlotte et Thomas Pitt et notamment le tout premier, qui est aussi celui de leur rencontre.

Ce roman nous fait pénétrer dans le foyer de la famille Ellison, un couple d'âge mûr, leurs trois filles, Sarah Corde, l'épouse Dominic, ainsi que Charlotte et Emily, en âge d'être mariées. Sans parler de la grand-mère, qui intervient par intermittence. Alors que le récit débute, la bonne des Ellison se fait assassiner ; il s'agit de la dernière victime d'un étrangleur qui commence à vraiment inquiéter ce quartier tranquille, dont les paisibles et respectables habitants ont bient du mal à réaliser que le tueur peut être l'un des leurs et non une personne issue des bas fonds de Londres.

L'intrigue policière n'est pas particulièrement développée, même si je trouve le mobile du meurtrier assez original - l'issue du roman m'avait suffisamment marquée pour que je m'en souvienne, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Si j'ai donc apprécié cette lecture, c'est surtout parce qu'elle m'a permis de me remémorer la rencontre des Pitt et leur famille, qui intervient au fil des tomes de cette série. Je me suis trouvé un petit côté fleur bleue car j'ai réalisé que plus les pages défilaient, plus j'attendais le retour de Thomas Pitt dans le cadre de scènes avec sa future épouse !

Les personnages sont assez intéressants, entre une Charlotte au caractère bien trempée, très droite mais trop franche pour trouver un mari de son rang et une Emily extrêmement tactique et froide, mais pourtant sympathique. Sarah, la soeur aînée, manque cependant de relief, si ce n'est que sa vie conjugale compliquée lui fait se tourner vers la religion et l'influence nauséabonde du pasteur très puritain (et très préoccupé par les péchés d'ordre charnel) de Cater Street.

Une lecture vraiment très plaisante, qui m'a d'ailleurs beaucoup plus séduite cette fois-ci, sans doute parce que j'en attendais quelque chose de différent. Certes il ne faut pas espérer lire le thriller du siècle mais c'est un plongeon sympathique dans l'époque victorienne et un passage presque obligé avant de poursuivre avec la série, dans lequel la famille de Charlotte apparaît régulièrement. Mon seul bémol tient aux attitudes un peu caricaturales de certains personnages, telle la vieille Mrs Ellison qui est assez ridicule lorsqu'elle empoisonne la vie de ses proches, ou encore lorsque ses petites filles se mettent à l'insulter et à la traiter d'espèce d'idiote ou je ne sais quel autre nom d'oiseau, ce que j'ai du mal à concevoir lorsqu'on songe à l'époque (1881) et au milieu social décrit.

Les billets d'Emily, George, Asphodèle...

Une LC avec : (j'actualiserai les liens à mon retour de vacances)

Et mes précédents billets sur Anne Perry (beaucoup n'ont pas été chroniqués) :

Une nouvelle participation au challenge British Mysteries organisé avec Hilde et ici-même (je deviens ainsi résidente de Baker Street) et une toute première au challenge Anne Perry de Syl (ça y est j'ai succombé au beau logo !).

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381 p

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street, 1979

british mysteries.jpganneperry2-copie-1.jpganne perry,l'etrangleur de cater street,charlotte et thomas pitt,angleterre,angleterre xixe,angleterre victorienne,époque victorienne,londres xixe,londres victorienne,challenge british mysteries