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06/06/2015

Wendy Wallace, The Painted Bridge

wallade_painted bridge.jpegAmateurs de romans historiques victoriens, ce livre s'adresse à vous !

Dans The Painted Bridge, nous faisons connaissance d'Anna. Fille de marin, récemment mariée à un pasteur hypocrite et arrogant, Anna a été abandonnée dans un asile privée des environs de Londres. A cette époque, les asiles privés sont très critiqués et soumis à des contrôles, ce qui obsède le directeur de l'établissement où est accueillie la jeune femme, Lake House.

Il s'agit d'une belle demeure, dont les propriétaires ont été contraints pour des raisons financières de transformer une partie des pièces en centre de repos pour femmes aux nerfs fragiles. Le propriétaire a pris la succession de son père dans ce triste métier et, comme cela arrive assez fréquemment à l'époque, il fait montre de peu de scrupules lorsqu'il s'agit d'interner des parentes gênantes sur la base d'un certificat pour le moins douteux – les médecins prêts à se montrer arrangeants ne manquant pas à l'époque.

A son arrivée, Anna fait preuve de naïveté, elle s'entête à vouloir prouver le fait qu'elle n'a rien à faire à Lake House. Elle tarde à comprendre que parmi ses compagnes d'infortune, nombreuses sont celles à y faire un séjour sans être plus malades qu'elle. C'est notamment le cas d'une jeune femme internée pour être tombée amoureuse d'un homme jugé infréquentable par sa famille. Le roman va être celui de l'apprentissage d'Anna, qui restera toujours convaincue qu'elle pourra sortir libre un jour de Lake House, même si sa tactique et ses opinions évoluent au fur et à mesure.

wallace_SarineCollodion2.jpegJ'avais déjà croisé de sordides asiles victoriens mais jamais de maison de campagne cossue de ce genre, où les apparences sont trompeuses : sous la vieille vaisselle, les travaux de tricot et les politesses, petites et grandes souffrances quotidiennes ne manquent pas, du simple fait de porter chaque jour une robe malpropre dont on ne connait pas la provenance jusqu'aux traitements barbares (« douche » glacée et surtout, la chaise tournante, dont je n'avais encore jamais entendu parler – et dont je ne suis pas sûre d'avoir bien compris le fonctionnement... si cela vous dit quelque chose, je veux bien quelques éclaircissements). Sans parler de la gouvernante, ancienne patiente reconvertie en gardienne mesquine, parfois cruelle.

Traitant à la fois des asiles et des débuts de la photographie, The Painted Bridge est intéressant sur le plan historique tout en proposant au lecteur une histoire qui tient la route. J'ai beaucoup apprécié l'essentiel du récit, entre Lake House et Londres, même si j'ai porté un peu moins d'intérêt aux rêves éveillés d'Anna, qui lui font repenser à des événements de son enfance – même s'ils s'avèrent avoir une importance cruciale pour le récit. [Spoilers ci-après] J'aurais peut-être aimé une issue un peu plus douce en voyant s'épanouir la relation entre Anna et St Clair, un docteur venant parfois à Lake House. Néanmoins, objectivement. Wendy Wallace a sans doute eu raison de privilégier une autre issue pour Anna en faisant d'elle une femme indépendante et maîtresse de son destin.

Lecture commune du Mois anglais : Roman historique se déroulant en Angleterre 

Source image : http://britishphotohistory.ning.com/profiles/blogs/the-painted-bridge

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386 p 

Wendy Wallace, The Painted Bridge, 2012

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04/06/2015

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage

tyler_etrange suicide dans une fiat.JPGJ'ai failli passer à côté de ce roman malgré sa chouette couverture. Je m'étais surtout arrêtée à la Fiat - moi qui n'aime pas les voitures et ne sais pas distinguer une Mercedes d'une Twingo ou peut s'en faut – et je n'avais pas du tout réalisé que le roman pouvait se dérouler en Angleterre (eh bien oui, peut-être qu'un taxi londonien, voire une Mini à faible kilométrage m'auraient mis la puce à l'oreille mais la Fiat, non). Bref, c'est un peu par hasard que je suis finalement revenue sur mes pas en librairie pour y jeter un oeil et là, lorsque j'ai vu que le héros était écrivain ET anglais, j'ai bien sûr commencé à trouver ce livre bien plus intéressant. Que voulez-vous, quand on est « du bon côté de la Manche », comme le dit l'un des personnages (p 238), je suis aux anges.

Ethelred Hengist Tressider (oui, je sais) est donc un écrivain plus ou moins raté qui gagne à peu près correctement sa vie tout en restant lucide en ce qui concerne la qualité de ses rejetons littéraires. Il publie sous trois noms différents des polars contemporains et historiques ainsi que des romans à l'eau de rose (sous le pseudo adapté au genre d'Amanda Collins : C'était évidemment, comme tous les romans à l'eau de rose, un ramassis de conneries » p 113 - dixit son agent aux avis tranchés).

En réalité, nous entendons surtout parler de la série consacrée à l'inspecteur Fairfax : Peter Fielding écrit des polars ayant pour héros le redoutable inspecteur Fairfax, de la police du Buckfordshire. Fairfax a la cinquantaine bien tassée et le tempérament aigri par son absence de promotion et mon inaptitude à lui écrire des scènes de sexe d'aucune sorte. Quand je l'ai créé, il y a seize ans, il avait 58 ans et il était à deux doigts de partir en préretraite. Il a maintenant 58 ans et demi et a résolu douze affaires quasiment insolubles au cours des six derniers mois. Il a donc légitimement le droit de penser qu'il mérite une promotion (p12).

Divorcé depuis des années (et plaqué pour son ex meilleur ami), Ethelred voit un jour la police débarquer pour lui apprendre la disparition de son ex-femme Géraldine. Les choses s'aggravent lorsqu'on retrouve le corps d'une femme étranglée rapidement identifiée comme étant celui de Géraldine. Dès lors, poussé par son agent littéraire Elsie (qui n'a pas sa langue dans sa poche et n'hésite pas à lui dire que son dernier roman, c'est de la merde, et pour être plus précise, de la merde de chien), Ethelred va mener sa petite enquête en parallèle, alors que tous les soupçons des autorités se portent d'abord sur lui.

Une histoire rafraîchissante, pleine d'humour et d'ironie très British, dont le dénouement m'a prise au dépourvu (je parle de la chute et de l'hypothèse extravagante d'Elsie qui laisse espérer une suite à cette histoire). L'été approche, aussi je ne saurais trop vous conseiller de penser à ajouter ce titre à vos lectures de bord de mer, histoire de démêler ce joyeux tissu de mensonges au soleil (car du soleil, j'ai eu le sentiment qu'il n'y en avait pas beaucoup dans ce roman).

Sur ce, je vous laisse méditer sur cette dernière phrase : Il y a une différence majeure entre la fiction et la vraie vie. La fiction doit être crédible (p 98).

272 p

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage, 2007

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02/06/2015

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy

roman historique,philippa boston,editions didier,the fortunes of john de courcy,angleterre élisabethaine,tudors,oxford,mois anglais,mois anglais 2015Oxford, 1582 – sous le règne d'Elisabeth I. John de Courcy obtient un titre très convoité, celui de Boursier du duc de Gloucester, ce qui lui permet de bénéficier d'un revenu généreux tout le temps qu'il continuera à se consacrer à ses études à Oxford.

Néanmoins, cette récompense universitaire n'est pas du goût de tous et, le jour-même, De Courcy est accusé d'avoir dérobé une bague au duc. Celui-ci lui octroie cinq jours pour prouver son innocence, défi qui devrait être à la hauteur de ses compétences intellectuelles – celles-là mêmes qui lui ont valu son titre prestigieux. Sinon, ce sera l'emprisonnement.

Aidé de quelques proches, De Courcy va ainsi s'employer à trouver des preuves suffisantes pour sauver son honneur et éviter le triste sort qui l'attend sans cela.

Edité dans la collection Paper Planes – qui vise à proposer des textes abordables en anglais, ce court roman est certes facile d'accès pour qui n'est pas habitué à lire dans la langue de Shakespeare, mais il est surtout agréable à lire. Je connaissais déjà plusieurs titres de Philippa Boston chez Paper Planes Teens pour lecteurs plus novices en anglais. J'ai été ravie de découvrir cette autre collection qui met une nouvelle fois à l'honneur le plaisir de lire avant tout. 

Evidemment, le format court limite un peu l'intrigue qui reste simple - un peu trop malheureusement. Néanmoins, on passe un bon moment  et le roman se lit d'une traite, ne serait-ce que parce qu'il nous permet de plonger dans l'époque élisabéthaine, en plein coeur d'Oxford. Idéal si l'on cherche un titre pour commencer à lire en anglais, très sympathique bien qu'un peu léger pour qui lit régulièrement dans cette langue.

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117 p

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy, 2010

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03/05/2015

Shelly King, Le Coeur entre les Pages

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Demain sortira en librairie Le Coeur entre les pages de Shelly King (The Moment of Everything pour la version originale). Ne vous fiez pas au titre, ce n'est pas une romance à proprement parler. Même si... j'y reviendrai ensuite.

La petite trentaine, Maggie s'est installée depuis la fin de ses études dans la Silicon Valley pour profiter des nombreuses opportunités liées au développement d'Internet. Elle traverse une mauvaise passe depuis une rupture et son licenciement d'une start-up branchée, mais en profite pour passer ses journées à squatter dans une librairie d'occasion, en lisant des romans à l'eau de rose pleins de torses virils et de demoiselles en détresse. Affligé de la voir occuper ses journées de cette façon, son meilleur ami la pousse à retrouver du travail et essaie de la mettre en relation avec une femme d'affaires très influente. Mais Maggie ne se trouve finalement pas si mal dans sa librairie poussiéreuse, malgré la présence du chat Grendel, véritable boule puante qui l'attaque de temps en temps lorsqu'elle passe trop près de ses repères de bibliophile averti. Le destin de la jeune femme est chamboulé par la découverte entre les pages de Lady Chatterley d'une correspondance amoureuse entre deux inconnus, Henry et Catherine.

Ce roman entre dans la catégorie des livres « doudous », qu'il fait bon lire quand le temps est aussi maussade qu'il a pu l'être ces derniers jours. On s'imagine bien avec une petite tasse de thé et ce livre qui se laisse lire tout seul - du moins sur plusieurs parties en ce qui me concerne. L'atmosphère est le point fort du roman, qui nous plonge à San Francisco dans les années 2000. Comme Maggie, on s'imagine porter des Tee-shirts de geeks en sirotant de mauvais cafés ou de petits bourbons, la nuit, dans une cour pleine de plantes et de visiteurs – qui sait, un exemplaire des Chroniques de San Francisco à la main. De même, on aime imaginer les dédales du Dragon Fly, les trouvailles, les habitués et les correspondances secrètes. J'ai néanmoins un peu décroché à moment donné, lorsque l'héroïne vit à son tour une histoire d'amour. En matière de littérature, je ne suis pas très fleur bleue ; autant je peux tout à fait comprendre l'intérêt d'un Mr Darcy tout en retenue, autant je m'ennuie mortellement quand on menace de basculer dans la romance à tout moment. Heureusement pour moi, le livre reprend un nouveau souffle après cette passade trop guimauvesque pour moi. La librairie, personnage à part entière, occupe de nombreux passages et joue un rôle déterminant dans la reconstruction de l'héroïne. Si j'ai beaucoup aimé cet endroit où les seuls fauteuils de lecture disponibles sont dans la vitrine, j'ai regretté de ne voir Maggie lire que des titres de romans à l'eau de rose avec quelques démonstrations de virilité, alors que le cadre était idéal pour faire des clins d'oeil littéraires plus intéressants. J'aurais adoré découvrir quelques pépites grâce aux libraires décalés du Dragon Fly.

A noter pas mal de coquilles agaçantes (notamment le futur remplaçant régulièrement le conditionnel) mais j'ai lu la sortie presse, j'imagine que des corrections ont dû être apportées entretemps.

Une lecture plaisir en tout cas, grâce à ce petit voyage américain bien plaisant.

Une citation qui ne laissera pas indifférents beaucoup de lecteurs: Les librairies sont des créatures romantiques. Leurs marchandises vous séduisent et leurs problèmes vous brisent le coeur. Tous les grands lecteurs rêvent d'en avoir une. Ils pensent que passer la journée au milieu de tous ces livres sera le grand accomplissement de leur passion. Ils ne savent pas encore qu'il faut trier ce qui rentre, suivre ce qui sort, ils ignorent qu'on attrape des maux de tête à force de faire de la manutention et de ranger dans les rayons, et tout cela pour très peu d'argent. Ces lecteurs ne pensent qu'au mariage sans accorder beaucoup d'attention à la vie conjugale. Les livres sont une lourde charge, et il n'y a pas d'échappatoire (p 370).

Merci à Anaïs et aux éditions Préludes pour cette découverte.

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374 p

Shelly King, Le Coeur entre les Pages, 2014

26/04/2015

Lynda Rutlege, Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling

rutledge faith bass darling.jpgAprès avoir croisé deux/trois fois Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling lors de mes visites en librairie, j'ai cédé à la tentation. Difficile de résister à la belle couverture. Le titre aussi faisait travailler mon imagination: quels objets anciens, quels secrets de famille allait-on découvrir avec ce vide-grenier ? Et quel nom musical que Faith Bass Darling !

Je confirme ici mes retrouvailles heureuses avec la littérature américaine, que j'avais un peu négligée ces dernières années. Si vous cherchez un bon roman dans lequel vous plonger pour tout oublier autour de vous, pas la peine d'aller plus loin, vous pouvez vous procurer ce livre ! Vous voulez en savoir un peu plus tout de même ? Bon, allez, suivez-moi ! En route pour le Texas !

Un matin, Faith Ann Bass Darling entend Dieu lui ordonner d'organiser un vide-grenier. Pour mettre de l'ordre pendant son dernier jour sur terre. Ni une ni deux, cette femme âgée d'un peu plus de 70 ans sort sur sa pelouse les trésors accumulés depuis des générations par sa famille. Car ce n'est pas n'importe quelle maison qui se vide. C'est la plus imposante de la ville de Bass, nommée d'après l'arrière grand-père de Faith Ann. Les Bass ont été pendant plusieurs générations propriétaires de la banque de la ville. Ils ont toujours vécu dans la même maison, la remplissant d'objets de grande valeur, comme cette superbe collection de lampes Tiffany achetées pour la mère de Faith Ann ou une pendule éléphant dont un autre exemplaire est exposé au Louvres. Pourtant, voilà que tout est bradé et que des meubles de grande valeur partent pour une bouchée de pain aux quatre coins de cette petite ville du Texas.

J'ai été complètement séduite par ce roman dense, qui se lit d'une traite. Les troubles de la mémoire de l'héroïne permettent à l'auteur de rendre plausible l'impossible : les apparitions de proches décédés, la sensation d'être sur le point de vivre son dernier jour sur terre. Des éléments qui occupent une place centrale dans l'histoire et auraient paru tout à fait farfelus sans la maladie qui les explique mais laisse le lecteur libre de croire au destin ou à l'intervention d'une part de surnaturel. Si elle se déroule le 31 décembre 1999, l'histoire fait la part belle au passé, puisque l'on croise certains membres de la famille Bass au fur et à mesure que se vendent les objets splendides qui se sont accumulés dans la maison au fil des générations. Je vous invite à aller faire la rencontre de Faith Ann Bass Darling, qui cache des secrets bien sombres en dépit du somptueux manoir que beaucoup lui envient.

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350 p

Lynda Rutlege, Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling, 2012

24/01/2015

William Goolrick, La Chute des Princes

goolrick_CHUTE-DES-PRINCES_414.jpegJe suis loin d'être venue à bout de ma PAL de la rentrée littéraire de septembre, mais une lecture m'aura vraiment marquée en fin d'année dernière, à savoir La Chute des Princes de Robert Goolrick.

Il y est question d'un ex-trader aujourd'hui libraire chez Barnes & Nobles. Notre narrateur vit seul et chichement, aussi, lorsqu'il nous décrit la fin de ses études, son stage et sa prodigieuse ascension sociale, on se demande toujours quand et comment se produira sa chute.

Le lecteur plonge dans le New York des années 1980 et ressent de suite l'intensité de cette décennie, vibrante, flamboyante, excessive mais aussi égoïste et impitoyable. D'un côté le boulot, l'entraînement avec le coach personnel à 6 heures du matin, la limousine de la firme, les journées à rallonge et la compétition poussée à son extrême ; de l'autre, les soirées avec les collègues, les mauvais restos hors de prix, les beuveries, les rails de coke, le sexe dans des endroits glauques (des toilettes, un coin de rue) avec des inconnu(e)s, les quelques rares heures de sommeil. Sur le plan matériel, on passe du studio miteux de l'étudiant à de splendides appartements refaits entièrement par l'architecte ou le décorateur branchés du moment. Les costumes valent plusieurs milliers de dollars. Si quelque chose coûte vraiment trop cher, alors il devient indispensable. Les week-ends, on file à Las Vegas ou Miami claquer son argent dans des fêtes. Se succèdent sans cesse les filles (qui n'auront jamais de vraie carrière, même lorsqu'elles sont plus intelligentes). Parfois des prostituées. Sans parler des discussions où chacun se vante d'avoir eu l'expérience la plus osée, la plus bizarre (par exemple d'avoir eu des relations sexuelles avec un animal ou d'avoir été la cause d'un suicide). Car c'est une génération pour qui tout est permis. Et pour qui l'argent est la seule valeur qui soit. Dépenser, c'est le but de leur vie.

Au fur et à mesure, l'ambiance se modifie imperceptiblement, devient plus sombre. Une fille retrouvée morte lors d'un week-end. La menace du SIDA. Un collègue d'une vingtaine d'années qui meurt d'un arrêt cardiaque. Un autre qui se jette par la fenêtre après avoir reçu un coup de fil et pris le soin d'enlever ses chaussures de marque.

Non seulement Goolrick livre un portrait très vivant de cette période, mais il parvient à le faire sans sombrer dans le manichéisme. Il serait si facile d'observer les protagonistes avec détachement et de les condamner en crachant de suite sur leur immoralité. Or, si les vices et les faiblesses des jeunes traders ne manquent pas dans ce roman, le narrateur parvient à nous être sympathique. Certes, il a désormais du recul sur sa jeunesse et mesure pleinement ses erreurs. Toutefois, il se contente de narrer des faits, sans chercher à s'auto-justifier, à s’apitoyer sur son sort ou, au contraire, à se flageller moralement. Sa situation actuelle nous le rend quelque peu sympathique, même si on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il a perdu de sa superbe par rapport à ces années de dérives et d'excès.

Un roman subtil, extrêmement bien construit et tout simplement passionnant, qui m'a donné envie de relire Goolrick et de découvrir enfin le célèbre roman de Tom Wolfe.

Merci beaucoup aux éditions Anne Carrière et à Babelio pour cette découverte.

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230 p

William Goolrick, La Chute des Princes, 2014

13/10/2014

Anne Fine, The Devil Walks

fine_The-Devil-Walks.jpgIl y a quelques mois ce titre d'Anne Fine a attiré mon oeil en librairie. Comme il se prête bien au challenge Halloween, je l'ai récemment sorti de ma PAL pour satisfaire enfin ma curiosité.

Enfant, le narrateur Thomas a été élevé par sa mère qui lui a toujours dit qu'il était malade et l'a toujours traité comme tel. Thomas a donc été isolé du reste du monde et privé de toute activité, l'enfant trouvant ses consolations dans des livres et dans une magnifique maison de poupée à l'image de la maison d'enfance de sa mère. Un jour, suite aux bruits qui circulent en ville, un médecin vient s'assurer de l'existence de Thomas. Il le recueille alors que sa mère est internée. Mais le lecteur se doute bien qu'il y a une raison à cet enfermement d'un enfant choyé et la suite lui donnera raison. Car quelque part, le Diable est en marche...

The Devil Walks correspond assez peu à ce que j'avais imaginé. Compte tenu de la couverture d'inspiration gothique et des critiques qui disaient ne pas avoir fermé l'oeil (je ne leur recommande pas Stephen King) j'imaginais une histoire particulièrement sombre, peut-être effrayante, entre maison hantée et incarnation du Diable. En réalité, j'ai trouvé que ce roman se lisait comme on suivrait le cours d'un long fleuve tranquille : rythme lent, peu de rebondissements, aucune surprise. Le fantastique intervient à la marge, à travers une maison de poupée légèrement inquiétante et la présence d'un pantin maléfique, ensorcelé selon des pratiques vaudoues. Les amateurs apprécieront comme moi le cadre historique anglais et nombre d'entre eux seront fascinés par la somptueuse maison de poupée. Si vous choisissez de découvrir ce livre, je vous conseille vivement de le faire d'une traite, en profitant d'une soirée d'automne triste et pluvieuse pour vous y consacrer. Ma lecture malheureusement hachée n'a pas dû améliorer mon plaisir de lecture et j'ai tardé à finir ce livre, malgré ses premiers chapitres prometteurs. Au final je ressors un peu mitigée de cette rencontre avec le Diable.

!ère Etape du voyage titanesque : Londres et l'Angleterre

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277 p

Anne Fine, The Devil Walks, 2011

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21/09/2014

Mary Beth Keane, La Cuisinière

keane_cuisiniere.JPGDécouvert cet été en librairie, La Cuisinière n'est pas loin d'être un coup de coeur pour moi en ce Mois américain!

Mary Beth Keane a choisi de s'inspirer d'une histoire vraie, celle de Mary Mallon. Immigrée irlandaise vivant depuis une vingtaine d'années à New York, cette cuisinière talentueuse est employée par les maisons les plus prestigieuses et gagne bien sa vie. Jusqu'au jour où un certain Dr Soper l'accuse de transmettre la typhoïde et d'être responsable de la mort de vingt-trois personnes alors qu'elle-même n'a jamais présenté le moindre symptôme de la maladie.

Mary est alors arrêtée et isolée sur la petite île de North Brother où se trouve un hôpital pour les tuberculeux. La première partie du livre met en scène l'arrestation de Mary, son séjour sur l'île, le souvenir qu'elle garde des cas de typhoïde qu'elle a croisés dans sa vie. Sont mis en avant son isolement, l'injustice de la situation, les lettres de son compagnon qui se font de plus en plus rares et enfin, ses démarches pour être libre à nouveau. Puis le roman prend un nouvel élan en s'éloignant de North Brother, ce à quoi je ne m'attendais pas, ne connaissant absolument pas le cas de Mary Mallon auparavant.

Outre le 'fait divers' fascinant en soi, ce roman a le mérite d'humaniser Miss Mallon, maltraitée par la presse à l'époque, oubliée aujourd'hui. Le lecteur s'attache ainsi à la cuisinière irlandaise, souvent le coeur serré, tout en prenant de plein fouet la rencontre avec New York au début du XXe. Ville bouillonnante, sale, puante mêlant vendeurs ambulants, chevaux et métro, elle fait encore beaucoup penser au XIXe tout en ayant un pied dans la modernité. Sur le plan historique, le roman traite de la question sanitaire mais évoque aussi divers événements ayant marqué les esprits à l'époque tels que le naufrage du Titanic ou l'incendie du Triangle ShirtWaist.

La Cuisinière est un roman très intéressant qui se dévore. Chaudement recommandé, et davantage encore si vous aimez les récits historiques ou les livres mettant à l'honneur une figure féminine marquante.

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404 p

Mary Beth Keane, La Cuisinière, 2013

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17/09/2014

Christopher Morley, The Haunted Bookshop

morley_The-Haunted-Bookshop-300dpi.jpgThe Haunted Bookshop fait partie de ces livres qui, dans ma bibliothèque, sont ornés d'innombrables rubans multicolores, placés au fil de la lecture pour marquer un extrait intéressant, une belle phrase ou des références (littéraires, historiques, artistiques...). C'est un livre que je ne manquerai pas de feuilleter à la recherche de passages particuliers, même si je ressors un peu déçue de ma lecture.

The Haunted Bookshop a attiré mon attention dans une belle librairie de Cambridge, alors que je cherchais un refuge contre le froid et me réjouissais d'avoir trouvé un excellent prétexte pour revenir dans cet endroit. Ce roman a tout pour émoustiller les amoureux des livres. Imaginez donc à New York, dans un vieux bâtiment, une librairie d'occasion hantée par les fantômes de la grande littérature et un libraire persuadé de pouvoir soigner les troubles de l'âme en prescrivant les lectures adéquates - tout en ne proposant que des bons livres ("we sell no fakes or trashes" (p 14).

Je me suis régalée avec les cent premières pages, partageant le quotidien du libraire et de ses employés, m'amusant des discours sur les mérites de la lecture, notant divers titres (dont certains m'étaient tout à fait inconnus) et parcourant avec bonheur les rayons de ce lieu merveilleux, presque improbable. Même si je ne fume pas j'ai trouvé terriblement exotique cette invitation à fumer à condition de ne pas faire tomber de cendres, sachant que pour trouver le libraire il convient simplement de chercher l'endroit où la fumée est la plus dense.

Malheureusement, j'ai trouvé que la deuxième partie du livre n'était pas du tout à la hauteur de la première. Un jeune homme ambitieux, courageux (mais un peu lisse) tombe amoureux de la stagiaire tout juste embauchée par le libraire et patatra, le roman bascule dans la romance, en y ajoutant une bonne dose d'espionnage, de mystère et d'action, dans un contexte d'après-guerre (14-18). On perd complètement l'aspect littéraire pour frôler le roman à suspense tout juste divertissant. J'ai bien noté que les aventures de notre valeureux chevalier se voulaient pleines d'humour mais je me suis fermement ennuyée, désespérant de retrouver l'atmosphère cosy de la librairie et des appartements attenants... sans succès.

Je ne regrette pas ma lecture pour les 100 premières pages que je ne manquerai pas de parcourir de nouveau à la recherche de références mais j'en attendais tellement plus... ! Un livre qui ne tient pas vraiment ses promesses.

233 p

Christopher Morley, The Haunted Bookshop, 1919

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14/09/2014

J. P. Donleavy, La dame qui aimait les toilettes propres

donleavy_dametoilettes.jpgAmatrice d'humour à l'anglaise, j'ai été de suite intriguée par le titre de ce court roman américain de J.P. Donleavy, La dame qui aimait les toilettes propres. J'imaginais déjà l'humour pince sans rire dans un cadre new-yorkais et me réjouissais à l'avance. Autant le dire de suite : c'est une vraie déception.

La quarantaine, un physique avantageux, Jocelyn vient de se faire quitter par son mari, parti avec une jeunette. Ses deux enfants adultes ne viennent jamais la voir. Jocelyn mène donc une vie bien morose et tourne en rond dans sa somptueuse maison ancienne. Elle boit comme un trou, fait des signes de la main à une jeune femme menotée et dénudée qui la regarde depuis la maison d'en face (femme qui fait de ponctuelles apparitions mais n'occupera jamais une place plus importante dans le récit, si bien qu'on se demande bien ce qu'elle vient faire là). Un soir déprimant où elle est seule pour son anniversaire, Jocelyn prend son fusil et tire sur sa télé. No comment.

Suite à des soucis divers et variés, notre amie Jocelyn tombe dans une spirale infernale, perd sa maison, sa fortune et dès lors, ses "amis", à l'exception des maris qui semblent trouver normal voire généreux de venir la trouver pour une petite partie de jambes en l'air. Jocelyn se met à travailler, on s'attendrait peut-être à un petit conte moral ou à une prise de conscience et un réveil de notre apathique Jocelyn. Que nenni ! Désagreáble, nombriliste, arrogante, molle, Jocelyn reste de bout en bout un personnage sans intérêt, qui n'évolue pas et semble vivre dans un monde parallèle sans pour autant nous faire rire avec ses quelques excentricités et son obsession des toilettes propres (car c'est une belle du sud et une dame, comme le lui a bien mis en tête sa grand-mère, propriétaire d'une plantation). Aucunement crédible, elle troque son costume de bourgeoise mal dans sa peau pour celui d'une femme vulgaire, parlant de sexe avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Même son amour de l'art et ses fréquentes visites de musée ne sont pas parvenus à la rendre plus intéressante.

A noter quelques touches d'humour. Par exemple "Ô mon Dieu, ce salaud d'ivrogne a percuté le bel érable caché au tournant de l'allée. Oh, nom de Dieu, il est mort. Ou pire, il a massacré l'arbre" (p 83).

Un texte décevant, un style peu agréable (du moins tel qu'il ressort à la traduction puisque je l'ai trouvé dans sa version française). Il se lit vite mais s'oubliera aussi vite ensuite. J'ai néanmoins noté deux titres du même auteur qui m'intriguent. Si je lis de bonnes critiques à leur sujet je tenterai peut-être ma chance : Le Destin de Darcy Danger, Gentleman et Un Conte de Fées new-yorkais.

Manu a beaucoup apprécié la première partie de ce récit mais pas la suite (elle relève également le choix de couverture improbable et il est vrai que je ne vois pas ce que ce tableau de Botero vient faire là-dedans); Metaphore et Tulisquoi n'ont pas aimé.

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138 p

J. P. Donleavy, La Dame qui aimait les Toilettes propres, 1995

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06/09/2014

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder

oates_mysterieux mr kidder.jpgEncore un roman de Joyce Carol Oates pour le moins dérangeant ! Sur les traces de Lolita, Le Mystérieux Mr Kidder met en scène Katya, jeune babysitter qui se laisse embarquer dans une relation dangereuse avec un homme âgé. Elégant, riche, influent, artiste, Mr Kidder aborde l'adolescente alors qu'elle promène les enfants dont elle s'occupe et observe des dessous dans une boutique chic. Ses bonnes manières et son origine sociale rassurent Katya qui accepte de se rendre chez Mr Kidder pour prendre le thé.

Les remarques du vieil homme si poli sont parfois déplacées et créent une ambiance malsaine, amorcée par son premier cadeau : des dessous très affriolants. Leur relation se construit autour d'un équilibre fragile et complexe. Malgré le dégoût qu'il peut légitimement inspirer au lecteur, le vieux Mr Kidder intrigue et campe un séducteur crédible. Quant à Katya, avide d'attentions et de respect, attirée par l'odeur de l'argent, innocente et naïve à d'autres égards, elle pense pouvoir tirer profit de son vieil admirateur. Elle est tour à tour fascinée et écoeurée par ce personnage étrange, répugnant sous des dehors raffinés.

Difficile d'abandonner ce court roman qui se construit autour d'un conte et dont la fin m'a surprise. Curieusement, une partie de mon plaisir de lecture est venu du cadre du récit, Bayhead Harbour, station balnéaire de luxe où les quartiers modernes des parvenus près des canaux peinent à rivaliser avec les demeures prestigieuses des vieux quartiers.

Les avis de Kathel et Mango.

D'autres idées de lecture autour de Joyce Carol Oates :

Merci aux Editions Points pour cette lecture.

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210 p

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder, 2009

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03/09/2014

Harold et Maude, film et roman

higgins_harold et maude.jpgJe n'avais jamais entendu parler de Harold et Maude jusqu'à ce que mon oncle me recommande le film, très drôle et plein d'humour noir (en revanche la pièce sortie peu après à Paris ne m'a pas spécialement tentée). J'ai donc noté le titre dans un coin de ma tête, jusqu'à ce que je tombe par hasard sur un roman du même intitulé à la médiathèque. Ni une, ni deux, j'ai donc emprunté roman et film pour enfin me faire ma propre idée sur ce qui est apparemment un classique américain des années 1970.

Colin Higgins ouvre son roman Harold et Maude avec une citation de Lewis Carroll qui tout de suite donne le ton (décalé) de ce qui va suivre : Je trouve extrêmement vexant, déclara Humpty Dumpty, après un long silence, et sans regarder Alice, oui, extrêmement vexant de s'entendre traiter d'oeuf.

Autant le dire tout de suite à ceux qui connaissent un peu mes goûts et qui eux aussi apprécient l'humour noir absurde, ce roman est en la matière un vrai régal.

higgins_harold maude.jpegHarold est un jeune homme de bonne famille qui vit avec sa mère dans une grande propriété. Alors que sa mère enchaîne sorties mondaines, les rendez-vous chez le coiffeur et autres, Harold soigne son oisiveté en organisant son suicide. Car il en est maintenant à son quinzième suicide approximativement : pendaison, balle dans le crâne, noyade dans la piscine, immolation, toutes les méthodes y passent... devant la plus profonde indifférence de sa mère qui, après les premiers épisodes, a compris que son fils orchestrait soigneusement ses mises en scène sans jamais avoir la moindre intention de mettre fin à ses jours. Ainsi, devant son fils qui se balance mollement au bout de sa corde, la langue pendante, elle se contente de lui demander de faire quelques efforts dans la mesure où des invités sont attendus le soir même. Mais les journées de Harold vont être bousculées par plusieurs événements : lui qui aimait se suicider, assister à des enterrements d'inconnus, voir des démolitions d'immeubles ou des voitures broyées, va être sommé par sa mère de mettre un terme à ses enfantillages et de se marier. Il rencontrera ainsi trois candidates après que sa mère ait rempli pour lui le formulaire de l'agence matrimoniale. C'est sans compter sur Maude, bientôt octogénaire, autre adepte des enterrements. Cette vieille dame va se lier d'amitié avec lui et lui faire partager son quotidien rocambolesque, entre vols de voiture, excès de vitesse, infusions de paille et autres découvertes. Maude, pour qui la vie est en soi une philosophie à part entière, va-t-elle tirer Harold de sa léthargie ?

Une histoire d'amour pour le moins inhabituelle, qui par certains côtés m'a rappelé Le Cher Disparu d'Evelyn Waugh. Beaucoup d'humour, des personnages tous plus étonnants les uns que les autres, mais aussi touchants... et une jolie leçon de vie. Un roman qui se lit tout seul, à savourer lorsque vous avez envie de vous changer un peu les idées.

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155 p

Colin Higgins, Harold et Maude, 1971

*****

film_harold_and_maude.gifLe film est très proche du roman... et pour cause, Higgins a écrit le scénario du film, rédigé le roman ainsi que la pièce de théâtre du même titre !

Dans un sens, il est préférable de ne pas forcément lire le roman et voir le film juste après (comme je l'ai fait) pour pouvoir profiter de l'effet de surprise car je m'attendais à la plupart des scènes. Et pour ceux qui hésiteraient à lire le roman, il me paraît judicieux de commencer par le film qui donne une excellente idée de l'esprit du récit.

Le choix des acteurs est réussi même si je pensais au début que Bud Cort est un peu jeune pour le rôle. En réalité, il incarne à la perfection Harold en retraduisant bien son côté déphasé, amorphe mais aussi malicieux et cynique ! Maude est pétillante, comme il se doit.

La mère est aussi très convaincante et certaines scènes sont excellentes, comme celle où elle décide de se détendre dans leur piscine, met sa petite musique, commence à nager la brasse puis voit à ses côtés le corps de son fils flotter dans l'eau... avant de le dépasser et de faire une nouvelle longueur en passant près de lui sans lui prêter attention. J'ai trouvé malgré tout que le roman retraduisait encore mieux son côté un brin hystérique. Par exemple lorsqu'elle fait les questions et les réponses pour l'agence matrimoniale, je la voyais plus caricaturale. A l'inverse, une autre excellente scène n'apparaît pas dans le roman : Harold a fait un pantin lui ressemblant et, alors qu'il est dans une anti-chambre, il voit sa mère entrer dans sa chambre, s'asseoir devant le pantin et monologuer comme d'habitude sans remarquer la supercherie, pour conclure en lui disant qu'il est tout de même un peu pâle, puis s'en aller.

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Le film est servi par une BO de Cat Stevens très sympathique, qui prend le contrepied des scènes d'enterrement ou de suicide avec des chansons très joyeuses.

Il faisait gris, il faisait froid quand j'ai rencontré ces drôles de personnages... c'était le moment idéal pour découvrir Harold et Maude !

Je vous invite également à consulter l'article wikipedia, qui développe plus longuement les thèmes évoquées, l'accueil du film et de la pièce à l'époque, son influence ensuite.

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Harold et Maude, un film de Hal Ashby, 1971

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20/08/2014

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise

mac cormack_epouse hollandaise.jpgJ'ai toujours aimé les romans qui commençaient par s'adresser directement à nous, aimables lecteurs. Cette forme surranée me faisant penser aux bons gros romans du XIXe a toujours le don de me faire soupirer d'aise avant de me blottir confortablement dans mon canapé, prête à suivre l'auteur là où bon lui semblerait. L'Epouse hollandaise fait partie de ces livres aux petits soins avec leurs lecteurs et c'est avec ravissement que j'y ai plongé.

Ecrivain de son métier, le narrateur a décidé de nous raconter une histoire véritable, entendue de la bouche de son voisin. Mais avant de faire la connaissance de Thomas et de son extraordinaire famille, notre narrateur a emménagé dans la maison voisine, dont il nous livre quelques détails : et qui ne voudrait pas la visiter ?

Je suis aussitôt tombé sous le charme de la salle de bains de la chambre principale. Elle était ornée d'un carrelage vert et possédait une de ces luxueuses douches à l'ancienne munie d'une douzaine de jets disposés tout autour des parois pour que l'on soit arrosé de tous les côtés. Même les toilettes étaient spectaculaires: elles trônaient sur une petite estrade entourée d'une balustrade de cuivre.

Curieusement, au-dessus du lavabo vert, une pendule était encastrée dans le mur à hauteur d'yeux. Je n'avais jamais vu de pendule dans une salle de bains. Celle-ci était toute rouillée et ses aiguilles tombées gisaient comme des phasmes à l'abri du verre.

Du palier, nous avons gravi un autre escalier plus petit mais tout aussi de guingois qui menait à un immense grenier plongé dans la pénombre. Dans un coin, on s'apercevait que la tourelle si imposante de la rue n'était en réalité qu'une structure ornementale creuse soutenue par des solives en croix (p19).

"Je la prends, ai-je dit:

- Bien." Victoria avait l'air soulagé. "Je vais faire préparer le bail." A l'instant précis où elle prononça ces mots, un énorme coup de tonnerre retentit dehors et en quelques secondes, une pluie d'été tambourinait contre les vitres (p21).

Un jour, le vieux voisin est hospitalisé et demande au narrateur de lui rendre visite. Malgré la fatigue, il va lui raconter l'histoire de sa mère, qui a un jour trouvé sur le pas de sa porte un inconnu prétendant être son mari et qu'elle a accepté, et surtout l'histoire de Rowland Vanderlinden, autrefois le mari de sa mère, parti aux quatre coins du monde.

Je crois qu'il est préférable de se laisser embarquer par cette histoire rocambolesque sans en savoir beaucoup plus sur les diverses péripéties qui attendent les protagonistes. Préparez-vous à être dépaysés ! Croisant les influences, ce roman qui se déroule au XXe siècle aurait parfois presque l'air d'avoir un pied dans le XIXe, en rappelant les romans d'aventures et récits de voyage de l'époque. On se perd dans le temps mais aussi entre les continents, les mers, les océans. On passe d'une maison bourgeoise du Canada à la traversée de plaines et de montagnes, avant d'embarquer dans un grand bateau puis un vieux raffiot, pour enfin partir à la découverte d'îles peuplées de populations aux rites étranges et d'animaux dangereux. L'Epouse hollandaise sait surprendre son lecteur !

J'avais repéré ce livre grâce aux blogs lors de sa première édition chez Points. Curieusement il y avait eu assez peu de billets à son sujet à l'époque, pourtant ce roman mérite le détour. Récemment, Trillian l'a lu et a eu un coup de coeur.

Merci aux éditions Points pour ce très agréable moment de lecture!

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370 p

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise, 2002

05/08/2014

Molly Keane, Chasse au Trésor

keane_Chasse-au-tresor_5080.jpegAmateurs de vieilleries, Molly Keane a réuni pour vous de délicieux excentriques coincés quelque part dans un siècle passé, peu résignés à abandonner leurs vêtements poussiéreux et leurs habitudes archaïques... pour votre plus grand plaisir !

De quoi retourne-t-il ? : Le propriétaire du domaine de Ballyroden vient de décéder. Le roman s'ouvre alors que ses proches rentrent à la maison, bien décidés à boire du champagne en l'honneur du défunt. Mais une surprise de taille les attend : ce cher Roddy a dilapidé toute la fortune familiale et ses legs généreux ne sont que de charmantes promesses puisqu'il va falloir maintenant réduire considérablement le train de vie de la maisonnée pour ne pas avoir à céder Ballyroden.

Deux clans se forment d'emblée : d'un côté l'héritier, Philip, ainsi que sa cousine Veronica, tous deux pragmatiques, décidés à se retrousser les manches et à recevoir des hôtes payants pour s'en sortir ; de l'autre, le frère et la soeur de Sir Roderick, Hercules et Consuelo, en aucun cas prêts à renoncer à leurs privilèges et nombreux caprices. Et quelque part ailleurs, l'insaisissable et espiègle tante Anna Rose qui, depuis qu'elle a perdu son cher époux pendant leur voyage de noces, s'imagine parcourir le monde entier en train ou en avion, toujours accompagnée d'un oiseau qui trône sur ses différents chapeaux. Ajoutons à ce petit monde étonnant trois domestiques, chacun particulièrement entiché d'Anna Rose, Hercules ou Consuelo et se souciant peu du bien-être des deux jeunes, beaucoup trop terre-à-terre pour ne pas être jugés terriblement ternes (y compris par leurs aînés).

La rupture avec les fastes passés est vite consommée : Philip alloue à son oncle et à sa tante une modeste somme en guise d'argent de poche (ce qui donne des situations cocaces, comme lors d'un jeu d'argent : « Tu me dois neuf pence, Chaton, je t'assure (p 168) »), l'alcool ne coule plus à flots et le quotidien va être bouleversé par l'arrivée de parvenus anglais décidés à profiter de l'hospitalité irlandaise. Ils ne seront pas déçus du voyage !

J'ai particulièrement apprécié la première partie du roman, construite comme une pièce de théâtre. La première scène s'ouvre sur la présentation d'une pièce vide, la maison attendant le retour des occupants. Puis chaque protagoniste fait une entrée en fanfare dans ladite pièce, avec son lot d'extravagances. Hercules et Consuelo sont croqués avec beaucoup d'humour et, si on ne peut pas vraiment les détester, on ne peut s'empêcher d'être un peu choqué en les considérant à travers le prisme de nos repères modernes. Quelques exemples croustillants :

Les gens sont prêts à risquer leur vie pour nous. C'est tellement gentil (p 27).

En définitive, ça revient toujours moins cher de descendre au Ritz. Et personne ne pourrait m'accuser d'être dépensière – regardez ma pingrerie avec les épingles, les épingles ordinaires ou les épingles de nourrice. Dès que je vois une épingle, je la ramasse, voilà comment je suis. Jamais de ma vie je n'ai acheté une épingle – ce sont mes économies préférées (p 55).

Même si j'ai eu un peu plus de mal à m'intéresser aux visiteurs anglais (du moins à la plus jeune d'entre eux), le regard qu'ils portent sur leurs hôtes (ces deux vieux vestiges inutiles d'extravagances passées (p104)) est on ne peut plus acéré : Mon frère est un fervent collectionneur d'antiquités, dit Dorothy, dont le regard alla ostensiblement se poser sur les gens, pas sur les meubles (p 103).

C'est ma deuxième lecture de Molly Keane et, une fois encore, je suis vraiment séduite par la manière dont elle croque ses personnages, si improbables et pourtant tellement irrésistibles et pleins de vie. Si vous ne la connaissez pas encore je ne peux que vous recommander de la laisser vous présenter ses aristocrates déchus. En n'oubliant pas de vous armer d'une tasse de thé (voire d'un soupçon de brandy) of course !

Merci à Babelio à travers l'Opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Quai Voltaire.

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272 p

Molly Keane, Chasse au Trésor (Treasure Hunt), 1952

 

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01/08/2014

Ian Mc Ewan, Amsterdam

mc ewan_amsterdam.jpgPour cette lecture commune autour de Ian Mc Ewan j'ai choisi de découvrir un livre étrange, Amsterdam.

A l'enterrement de leur amie et ex-maîtresse Molly, Clive et Vernon se retrouvent. La cérémonie impersonnelle a été orchestrée par le veuf, autrefois très possessif. Est également présent Garmony, ministre réactionnaire, autre amant de Molly.

Nostalgiques de leurs jeunes années et de leurs aventures passées, Clive et Vernon sont à un tournant de leur vie : leur obsession pour leur travail, leur étroitesse d'esprit et leur manque de clairvoyance vont bientôt les conduire à leur perte.

Vernon est patron d'un journal dont les ventes s'érodent. Il est alors contacté par le mari de Molly qui lui remet des clichés compromettants du ministre Garmony : voilà qui pourrait permettre au journal de remonter la pente. En bon businessman, Vernon est convaincu de devoir saisir cette opportunité et ne s'embarrasse pas de questions d'éthique, contrairement à Clive choqué par l'attitude de son ami.

Quant à l'artiste Clive, il peine à trouver l'inspiration pour une symphonie du millénaire et s'en va dans la région des Grands Lacs. Lors d'une promenade, il assiste à l'agression d'une femme sans rien faire car il vient de trouver une suite à son oeuvre. Vernon lui apprend plus tard qu'il s'agissait du violeur des Grands Lacs et le somme de se rendre à la police pour témoigner.

En quelques étapes décisives sur lesquelles il ne sera pas possible de revenir, l'amitié entre Clive et Vernon est mise à l'épreuve avant de s'effriter inéluctablement. D'autres pensées l'en distrayaient de temps à autre, et par moments il se mettait à lire, mais tel fut le thème qui accompagna son voyage vers le nord : le long et minutieux réexamen d'une amitié (p 101).

Froidement orchestré autour de personnages « marionnettes », ce roman offre un bien curieux exercice littéraire. Ne vous attendez pas à vous attacher aux personnages, ce n'est pas le propos ici. J'ai pour ma part passé un très bon moment avec ce livre original dans lequel tout un univers s'écroule comme un château de cartes à partir d'une série de choix malheureux. On pourra sans doute reprocher à Ian Mc Ewan d'avoir livré une construction artificielle mais Amsterdam ne manque pas d'intérêt. Malgré quelques maladresses, le récit ne manque pas d'anecdotes marquantes. Un passage m'a notamment interpelée. Alors que Vernon s'apprête à savourer son triomphe la veille de la publication de choc qui devrait signer la fin de la carrière politique de Garmony, le responsable de la rubrique nécrologique lui tend un papier : Il devait s'agir du papier qu'on lui avait demandé de préparer au cas où Garmony se flinguerait (p 161). Et le récit est en effet bien souvent cynique.

Je ne peux que vous recommander de découvrir ce livre original à votre tour. Il me donne envie de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Mc Ewan, c'est certain !

 

Quelques citations relevées ici ou là :

Il aurait pu couper à ses obligations en évoquant la liberté de l'artiste, mais semblable arrogance lui était odieuse. (…) Ces gens-là – les romanciers étaient de loin les pires – parvenaient à convaincre leur entourage que non seulement leur temps de travail, mais la moindre de leurs siestes et de leurs promenades, leurs accès de mutisme, d'abattement ou d'ivrognerie étaient couverts par l'immunité des grands desseins. Un masque pour la médiocrité, estimait Clive (p 94).

Malgré le froid, il ouvrit grand la fenêtre pour pouvoir respirer, tout en défaisant ses bagages, l'air hivernal caractéristique de la région des lacs – eau de tourbières, roche mouillée, terre moussue (p 101).

Chez ceux qui remâchent une injustice, on voit parfois l'appétit de vengeance se dissimuler ainsi, commodément, sous le sens du devoir (p 213).

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253 p

Ian Mc Ewan, Amsterdam, 1998

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