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03/01/2016

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre

wynd_odeur gigembre.pngJ'envisageais de lire Une Odeur de Gingembre depuis des années et me suis décidée dans le cadre du Mois Kiltissime de Cryssilda. Bien m'en a pris, car c'est un énorme coup de coeur, voire ma lecture de l'année 2015 (même si je l'ai terminé hier) !

En 1903, la jeune Ecossaise Mary Mackenzie embarque pour la Chine où l'attend Richard, son fiancé. Mary n'a jusqu'ici qu'une expérience limitée, ayant vécu une vie simple, voire relativement modeste de jeune fille victorienne avec sa mère. Elle part vers l'inconnu, car non seulement elle entreprend un grand voyage, mais elle s'apprête aussi à retrouver un homme dont elle ne sait finalement pas grand-chose. Le roman s'articule autour de plusieurs parties principales, à travers la longue traversée en bateau, puis les premières années en Chine, suivies d'un départ pour le Japon, où Mary pense s'installer définitivement.

Ce roman est fascinant à de nombreux égards. Tout d'abord grâce à l'héroïne, que l'on suit sur une quarantaine d'années, et que l'on voit mûrir, évoluer, affirmer sa personnalité dans un monde fait pour les hommes, alors qu'elle était vouée à une vie très conventionnelle en Ecosse de par son milieu et son éducation. A travers ce roman, l'auteur s'interroge sur la place de la femme dans la société au sein de différentes cultures, dressant des parallèles très intéressants.

Le récit de Mary est écrit à la première personne, principalement à travers son journal, mais aussi via des lettres à sa mère puis à ses amis ; j'ai été fascinée par la capacité d'Oswald Wynd à rendre la narration crédible et à se projeter avec autant de subtilité dans l'imaginaire d'un personnage féminin.

Le cadre est lui aussi passionnant. Oswald Wynd nous projette en Chine et au Japon au tournant du siècle puis à travers la première moitié du XXe, où nous suivons (parfois à distance) les grands évènements qui ont bouleversé l'échiquier politique mondial. Le lecteur européen habitué à appréhender les conflits mondiaux avec une vision très occidentale se retrouve soudain projeté de l'autre côté du globe, dépaysé par le point de vue et les préoccupations qui diffèrent beaucoup de ce à quoi il est habitué. Mary subit de plein fouet le choc des cultures et, par sa capacité à s'adapter, nous pousse à nous interroger et à remettre en question des valeurs et habitudes qui nous semblent comme allant de soi.

L'auteur joue beaucoup sur le non-dit, prête une grande attention aux conventions sociales (anglaises, européennes, chinoises, japonaises), ce qui donne lieu à de remarquables passages tout en délicatesse, parfois remplis d'émotions et pourtant, d'une grande pudeur (comme cette scène finale sur le bateau).

Un seul aspect m'a parfois étonnée : l'intérêt plus vif que Mary semble porter à son fils plutôt qu'à sa fille, dont la perte semble compensée  par la naissance du petit frère. J'ai ressenti une pointe de frustration lorsque le roman s'est arrêté sur ce bateau, car j'aurais été curieuse de lire le récit des deuxièmes retrouvailles, si elles ont finalement eu lieu (je reste volontairement vague pour ceux qui n'ont pas encore lu ce beau roman).

Cela fait plusieurs mois que je peine à me laisser embarquer par un auteur, à rester concentrée et à terminer mes lectures en cours (même si les raisons sont nombreuses et pour beaucoup étrangères au contenu de ma bibliothèque). J'ai à peine lu cet automne, ce qui ne m'arrive jamais. Une Odeur de Gingembre a été pour moi le déclic me redonnant goût à la lecture. J'espère continuer de nouveau sur cette lancée car je ne suis pas tout à fait moi-même sans mes compagnons de lecture !

D'autres billets : George, Romanza, Yueyin.

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474 p

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre, 1977

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27/10/2015

Stephen King, Le Singe

king_le-singe-suivi-de-le-chenal-stephen-king-9782290313978.gifJ'avais ce livre dans ma PAL depuis la fin des années 1990, c'est dire s'il m'a fallu du temps avant de le découvrir enfin !

 Il est composé de deux nouvelles.

Dans Le Singe, il est question d'un vieux jouet, un singe qui tient des cymbales. A chaque fois que celles-ci s'entrechoquent se produit une catastrophe, avec le décès brutal d'un proche la plupart du temps. Alors que le narrateur avait tenté de s'en défaire des années auparavant, il découvre avec horreur un de ses enfants tout fier d'avoir déniché cette vieillerie. Diabolique, avec une fin plutôt sombre (s'il s'agit vraiment d'une fin).

Le Chenal : une femme très âgée commence à voir des personnes décédées depuis des années. Elle explique n'avoir jamais quitté la toute petite île sur laquelle elle vit, à proximité d'une grande ville visible depuis le rivage. Se décidera-t-elle à traverser le Chenal avant de partir à son tour ? Un texte plus abstrait, non dénué d'un certain charme désuet et bien loin de l'univers quelque peu malsain de la première nouvelle.

Si vous aimez les nouvelles, je vous recommande chaudement ce recueil, y compris pour découvrir Stephen King !

Une LC autour de Stephen King partagée dans le cadre du Challenge Halloween avec :

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96 p

Stephen King, Le Singe suivi de Le Chenal, 1985

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15/10/2015

Simone St James, The Haunting of Maddy Clare

st james_haunting of maddie clare.jpgUne chronique rédigée il y a un an et finalisée hier soir pour la 3e étape de la randonnée d'Halloween. On pousse la grille du cimetière !

Je viens de tourner la dernière page de The Haunting of Maddy Clare de Simone St James et me voilà bien ennuyée avec ce billet. Il y a beaucoup, beaucoup de bon mais aussi malheureusement quelques loupés dans ce roman que j'avais une folle envie de lire.

Début des années 1920. Sarah Piper a perdu ses parents et mène à Londres une existence assez terne. Inscrite à un bureau de placement, elle joint les deux bouts et loue son meublé grâce à des missions temporaires en tant que secrétaire. Lorsque nous la rencontrons, lasse de contempler sa fenêtre et de rester à ne rien faire, elle sort dans les rues de Londres et se promène sans but avant d'être poussée à rentrer chez elle par la pluie. Son prochain emploi s'avèrera pour le moins spécial : Sarah va accompagner dans sa prochaine chasse au fantôme Alistair Gellis, expert en paranormal, en l'absence de l'assistant habituel de celui-ci, Matthew.

Nous voilà donc en route pour un petit village où une grange serait hantée par Maddy Clare, jeune domestique au destin tragique. Arrivée blessée et couverte de boue quelques années auparavant, incapable de s'exprimer normalement, terrifiée par les hommes, Maddy a été recueillie par la famille Clare et a travaillé dans leur maison jusqu'à son suicide par pendaison à l'âge de dix-neuf ans. Le fantôme de Maddy importune de plus en plus Mrs Clare qui a décidé de donner accès à la grange à condition qu'on la débarrasse de cette « manifestation » importune.

J'ai trouvé la première partie nettement supérieure à la seconde. Une atmosphère de l'après-guerre bien rendue à travers la vie assez moderne et libérée de Sarah et l'importance accordée aux gueules cassées. Moi qui ai toujours eu un petit faible pour les histoires de fantômes, j'ai trouvé les premières scènes avec Maddy Clare très réussies (le fait d'avoir lu ce roman la nuit à côté d'un grenier plein de craquements a sans doute contribué à l'impression produite par les frôlements, bruits de pas venant de derrière et autres petits artifices). Et soudain, le récit bascule dans la romance, l'eau de rose et l'héroïne émoustillée (je vous ferai grâce de la description détaillée du torse de Matthew, de retour sur le devant de la scène, de ses cicatrices sexy et de ses quelques nuits torrides avec Sarah). En parallèle, le surnaturel est remplacé par une enquête ayant pour but de déterminer ce qui est arrivé à Maddy de son vivant. Malheureusement, il y a peu de surprise concernant les coupables, l'enquête tourne un peu en rond. Bref, ce qui s'annonçait être une très bonne histoire de fantômes à l'anglo-saxonne finit par s'égarer et perdre le lecteur en route. Quel dommage ! Mais l'ambiance de la première partie valait bien cette lecture et je tenterai sans doute à nouveau ma chance avec St James qui a l'air de se spécialiser dans l'après-guerre et les ectoplasmes. Espérons qu'elle ne se laisse pas toujours détourner de son but par ses séduisants héros !

Un grand grand merci à Soie pour cette lecture terrifique !

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318 p

Simone St James, The Haunting of Maddy Clare, 2012

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05/09/2015

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets

Kidman_LIVRE DES SECRETS.jpgL'été tire à sa fin, c'est l'occasion pour moi de partager avec vous quelques titres lus ces derniers mois. Comme de coûtume, il sera un peu question de la rentrée littéraire, mais pas seulement: quelques publications du printemps 2015 et une ou deux immersions dans ma PAL!

Commençons avec Le Livre des Secrets de Fiona Kidman, grâce à qui je découvre la littérature néo-zélandaise (je n'ai pas le souvenir d'autres lectures en la matière). Ce roman couvre trois générations. Les premières pages sont consacrées à Maria qui, en 1953, vit isolée dans une vieille maison et passe pour une sorcière aux yeux des habitants du village. En se souvenant de sa mère et de sa grand-mère, elle nous invite à remonter dans le temps et découvrir l'histoire familiale à différentes époques, toujours à travers une figure féminine centrale.

En 1812, Isabella, jeune femme issue de la bourgeoisie, vit dans une petite ville écossaise avec ses parents. Elle rencontre un jour un homme pauvre, visiblement affamé, au pied peu sûr. Il vient de se faire refuser un travail par le père d'Isabella. Celle-ci s'intéresse au jeune homme, Duncan, et, contre toutes attentes au regard de leur statut social, Isabella accepte d'épouser Duncan et de partager avec lui une vie dure, faite de travail et de privations. C'est l'époque où les paysans se font chasser des terres qu'ils cultivent depuis longtemps. Sous l'influence d'un homme qui prétend détenir la parole de Dieu, Duncan, Isabella et toute une communauté vont partir s'installer en Nouvelle Ecosse. Les relations d'Isabella et du prédicateur, McLeod, sont centrales dans le roman, la jeune femme ayant un tempérament indépendant et affirmé et se rendant compte des faiblesses de McLeod, qui passe pour une sorte de prophète auprès de ses voisins.

Cet homme convaincra ensuite une partie de ses ouailles à repartir en Australie puis en Nouvelle-Zélande, où Annie, la fille d'Isabella, tentera de mener une vie hautement respectable, dans la crainte de Dieu et surtout de McLeod, aux principes intransigeants (du moins lorsqu'il ne s'agit pas de son propre foyer). La communauté vit dans l'austérité, la moindre coquetterie est condamnée, moquée, et les sermons du dimanche sont l'occasion d'humilier les paroissiens pour leurs choix de vie ou leurs écarts de bonne conduite, dès lors dénoncés en public.

Malheureusement pour Annie, sa propre fille Maria a hérité de l'esprit indépendant et fier de sa grand-mère et n'est pas prête d'accepter de se laisser dicter sa conduite par la communauté ni par un homme de Dieu bien pensant (un nouveau prédicateur, McLeod étant décédé juste avant sa naissance). Pour avoir commis le péché de chair et défié l'homme d'Eglise, Maria est condamnée à vivre seule sur la propriété de sa mère, qui part s'installer ailleurs. Ce qui paraît injuste et brutal à la fin du XIXe devient plus étonnant encore lorsqu'on s'aperçoit qu'en 1953, Maria, très âgée, n'a jamais plus quitté sa maison.

Voilà un roman fleuve qui se lit tout seul et vous dépayse, entre une Ecosse austère, une Nouvelle Ecosse plus rude encore et au final, une région aride, sauvage, domestiquée par ses nouveaux habitants bien pensants. L'aspect historique du roman m'a séduite, mais ce sont surtout ces trois portraits de femmes (et davantage encore, la grand-mère et la petite fille) qui m'ont convaincue. C'est un roman parfois dur, triste, mais aussi vibrant, qui nous touche par la justesse des propos sur la nature humaine. Par ailleurs, l'aspect religieux contribue à la toile de fond intéressante sans jamais mettre l'histoire au second plan. Un livre que j'avais bien du mal à reposer pour retourner à mon quotidien.

En partenariat avec les éditions Points.

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466 p

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets, 1987

14/07/2015

Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland

carroll_alice in wonderland.jpgIl y a 150 ans paraissait pour la première fois le célèbre Alice au Pays des Merveilles. Après un premier billet sur un album pour les tout-petits qui en est inspiré, je continue à rendre hommage à Alice avec une relecture du texte d'origine. J'ai choisi pour cela ma version anglaise aux Editions Collector's Library. J'ai également relu ensuite certains passages dans mon édition de la Pléiade, dans laquelle j'ai surtout prêté attention aux commentaires de J. Gattégno qui l'accompagnaient.

Ces deux éditions reproduisent les illustrations originales de Tenniel. Celui-ci avait été sollicité par Lewis Carroll. L'artiste trouva d'ailleurs la première impression de trop mauvaise qualité. Une deuxième impression eut lieu. Fort heureusement pour Lewis Carroll qui publiait à compte d'auteur, un éditeur américain racheta tous les livres initialement imprimés en dépit de leurs défauts.

carroll_alice_Tenniel01.jpgMes souvenirs d'Alice au Pays des Merveilles sont étroitement liés au dessin animé de Disney ainsi qu'à une histoire en BD lue dans un magazine quand j'étais petite. Je me souviens encore de quelques dessins et sais où j'avais lu (plusieurs fois) cette BD, mais je serais bien incapable de savoir si elle se trouve toujours quelque part. Toujours est-il que ma vision d'Alice avait besoin d'être dépoussiérée.

carroll_alice_wonderland_tenniel 02.jpgOn se souvient bien du lapin blanc et d'Alice qui part à sa poursuite. Mais ensuite, je dois bien avouer que de nombreux détails m'avaient échappés. A commencer par la chute initiale spectaculaire, où les murs sont encombrés d'étagères et d'objets divers et variés qu'Alice parvient à prendre et à reposer plus bas. Puis les bouteilles et autres denrées la faisant grandir et rapetisser : si je me souvenais évidemment du principe, j'ai été surprise par le nombre de tentatives d'Alice, qui ne cesse de changer de taille tout au long du récit - si bien que cela en devient un brin fastidieux selon moi. J'avais oublié la présence du loir au thé du chapelier fou. Et j'ai eu l'impression de découvrir certaines scènes, comme celle du valet de la reine remettant une invitation à celui de la duchesse, suivie d'un passage surréaliste où la Duchesse tient un bébé de plus en plus porcin dans ses bras, passe son temps à éternuer en raison d'une cuisinière qui a la main très lourde sur le poivre et qui lui jette des ustensiles de cuisine à la figure. J'ai pris plaisir à redécouvrir cet univers et à regarder attentivement les illustrations de Tenniel. Néanmoins, je dois avouer que ma lecture n'a pas toujours été fluide, du fait de la construction du récit, car les scènes s'enchaînent de façon assez décousue. L'introduction des éditions de la Pléiade présente de fait les rencontres d'Alice avec différents personnages comme une série d'épreuves.

Wonderland est un endroit fascinant, merveilleux mais aussi inquiétant. Alice se retrouve dans des situations dangereuses, en particulier lorsqu'intervient la terrifiante Red Queen, qui passe son temps à proclamer des sentences de mort, "Off with his head!" étant son leitmotiv. Et pourtant, là encore, peut-être parce que le monde des rêves relativise tous les dangers, Alice rentre saine et sauve. Un personnage dit ainsi de la Reine : It's all her fancy, that : they never execute nobody, you know (p94).

carroll_oeuvres.jpgL'absurde poussé à l'extrême peut aussi déranger. De façon générale j'ai plutôt savouré les discours sans queue ni tête, les devinettes lancées alors qu'il n'existe pas de réponse. On sent le mathématicien derrière ce texte au premier abord léger, alors qu'il est d'une précision redoutable. Chaque phrase est soigneusement ciselée tandis que le lecteur est constamment sollicité, que ce soit pour suivre un raisonnement dépourvu de logique, relever une allusion à travers un texte détourné ou saisir les traits d'humour et jeux de mots omniprésents. On se rend d'ailleurs compte qu'il est presque impossible de traduire ce texte. J'ai notamment relu un passage qui m'intriguait, fait de calembours. Il est très différent dans la traduction de la Pléiade - pourtant méticuleuse. Il est évidemment compliqué de restituer le sens, la forme et l'esprit avec un texte pareil.

Quelques extraits :

Twinkle, twinkle, little bat, How I wonder what you're at (p73) - une version détournée d'une chanson pour enfants bien connue aujourd'huie encore.

Un exemple de raisonnement farfelu lorsqu'il s'agit de décapiter le chat, dont seule la tête est apparente : The executioner's argument was, that you couldn't cut off a head unless there was a body to cut it off from : that he had never had to do such a thing before, and he wasn't to begin at his time of life. The King's argument was, that anything that has a head could be beheaded, and that you weren't to talk nonsense. The Queen's argurment was, that if something wasn't done about it in less than no time she'd have everybody executed, all round (p88).

carroll_alice_tenniel 03.jpgAlice's Adventures in Wonderland a longtemps été relégué à un récit pour enfant, léger, plein de vie, original certes, mais rien d'autre. En le relisant, je ne comprends pas comment cela a pu être possible alors que le texte est si subtil et impose une lecture active et soutenue. Dans son analyse, Jean Gattégno souligne le fait que la critique a commencé à évoluer au cours du XXe siècle, mettant enfin en avant l'originalité du texte (qui n'est pas un conte de fées comme les autres), ainsi que son approche de l'enfance et du rapport au monde adulte - je schématise très grossièrement. "Question pour elle de survie, et manière pour Carroll de présenter l'enfant comme anti-adulte, rebelle par nécessité et non par simple agressivité" (Jean Gattégno, Editions de la Pléiade, p 1658).

L'édition de la Pléiade est un mine d'informations et d'anecdotes. Parmi elles, la genèse d'Alice au Pays des Merveilles, qui débute par une expédition sur la rivière avec les petites Liddell, filles du doyen de Christ Church (Oxford). Comme souvent, Lewis Carroll raconte une histoire aux enfants mais la petite Alice demandera spécifiquement à ce que celle-ci soit retranscrite. L'auteur travaillera à une première version (Les Aventures d'Alice sous terre), avant de remanier le texte et de le faire cette fois-ci éditer en 1865. De fait, voici les paroles d'Alice dans le roman : When I used to read fairy tales, I fancied that kind of things never happened, and now here I am in the middle of one ! There ought to be a book written about me, that there ought ! (p 38).

carroll_alice_tenniel 04.jpgJ'ai découvert les expressions "mad as hatter" ou "mad as march hare" que je ne connaissais pas du tout, et qui expliquent le choix des personnages. L'expression concernant les chapeliers trouve son origine dans les vapeurs de mercure inhalées lors du traitement du feutre ! Pour ce qui est du lièvre, l'expression est plus prosaïque et fait référence à son comportement pendant la saison des amours. A noter que, parmi les chanceux qui recevront la première édition dédicacée, on note bien évidemment Alice Liddell mais aussi une fille de la reine Victoria. Et moi qui pensais que ce texte était aussi une satire de l'époque victorienne ! 

Il me reste beaucoup à découvrir sur Alice. Je pense qu'il me faudra pour cela tout l'été car j'avoue avoir besoin d'une petite pause avant de poursuivre avec les aventures d'Alice de l'autre côté du miroir, mais aussi sous terre ! Entre-temps, des albums, des BD, des DVD et deux livres "documentaires" m'attendent également.

128 p

Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland, 1865

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28/06/2015

Vita Sackville-West, The Heir

Sackville-west_the heir.jpgSi je devais nommer dix ou mêmes cinq auteurs parmi mes favoris, Vita Sackville-West y occuperait assurément une place de choix. Petit à petit, à raison d'une à deux lectures par an, je poursuis la découverte de son oeuvre avec un plaisir toujours renouvelé. Initialement lu pour la lecture commune consacrée aux femmes écrivains du XXe, The Heir est une novella rédigée par une Vita encore jeune et choquée par l'attitude d'un Sud Américain de sa connaissance alors qu'ils visitaient ensemble une demeure, mise en vente suite au décès de sa propriétaire.

Sur le fond, ce texte pourrait aujourd'hui déplaire par certaines valeurs qu'il défend. A la mort de la vieille et autoritaire Miss Chase, le domaine de Blackboys doit revenir à son neveu. Celui-ci est absorbé par sa vie dans un bureau, une vie que le lecteur imagine rapidement étriquée et sans intérêt. Au décès de sa tante, le jeune homme regrette de devoir laisser à d'autres le soin de gérer ses affaires le temps de régler la succession, qui ne semble pas éveiller un grand intérêt chez lui. Le récit va s'articuler autour de Blackboys : la propriété sera-t-elle vendue et morcelée ? Restera-t-elle aux mains de la famille des Chase, qui y ont toujours vécu ? 

Chase est accompagné dans la succession par les deux notaires de sa tante. Mr Farebrother, âgé, un peu ridicule, toujours optimiste et positif dans ses remarques qui ne sont que rarement constructives.´Very sad, too, the death of your aunt,´he added. ´Yes,´said Chase. ´Well, well, perhaps it isn't so bad as we think,´said Mr Farebrother, causing Chase to stare at him, thoroughly startled this time by the extent of the rosy old man's optimism (p 23)On le sent attaché à Blackboys et aux Chase ainsi qu'au monde suranné auquel ils renvoient.

Son associé, Mr Nutley, est énergique et ambitieux. Bien décidé à tirer son épingle du jeu, il voit le décès de Miss Chase comme une belle opportunité pour lui et s'adresse à Mr Chase comme si tout était déjà décidé : méprisant le domaine de Blackboys - et surtout visiblement envieux - il propose d'en organiser la vente, en le divisant en différents lots (cottages, terrains constructibles, maison...). Si au début il semble surtout efficace, il va rapidement devenir de plus en plus antipathique en outrepassant ses fonctions, pénétrant comme bon lui semble dans la propriété et manifestant de l'agacement envers Mr Chase lorsque celui-ci s'installe pour un moment au manoir ou rend visite à ses locataires. And under his irritability was another grievance : the suspicion that Chase was a dark horse. The solicitor had always marked down Blackboys as a ripe plum to fall into his hands when old Miss Chase died - obstinate, opinionated, old Phillida Chase. He had never considered the heir at all. It was almost as though he looked upon himself as the heir - the impatient heir, hostile and vindictive towards the coveted inheritance (p 34).

Deux mondes s'opposent dans ce récit. Celui où vit une petite noblesse de campagne, attachée à ses terres par les liens du sang, indéfectibles. Et, en face, l'ambition d'une petite bourgeoisie montante, besogneuse, avide de réussite et jalouse de cet attachement naturel qu'elle méprise ouvertement. Vita Sackville-West prend clairement parti en faveur du premier système de valeurs évoqué. 

Elle s'appuie pour cela sur le personnage de Mr Chase, au début insignifiant, happé par son travail et peu satisfait sur le plan personnel. Au contact de Blackboys, Chase va sentir un lien se créer entre le domaine et lui. Alors qu'il vient de la ville, il se passionne soudain pour ses terres, son jardin, les paons de sa tante (que le notaire Nutley a en horreur). Comme un propriétaire terrien qui aurait grandi et vu faire cela toute sa vie, il va rendre visite à ses locataires, qui le considèrent avec respect et affection. Blackboys le grandit : d'insignifiant, il devient Mr Chase of Blackboys, dont la légimité n'est jamais questionnée par les habitants, ni le personnel du domaine. Il devient assuré, heureux et comblé ; c'est avec un grand naturel qu'il prend en peu de temps son rôle de petit châtelain. He absorbed it in the company of men such as he had never previously known, and who treated him as he had never before been treated - not with deference only, which would have confused him, but with a paternal kindliness, a quiet familiarity, an acquaintance immediately linked by virtue of tradition. To them, he, the clerk of Wolverhampton was, quite simply, Chase of Blackboys. He came to value the smile in their eyes, when they looked at him, as a caress (p 31).

Nutley est outré de voir Chase prendre part à la vie de Blackboys et réalise alors que la vente et le morcellement de la propriété ne sont pas encore actés. Néanmoins, alors qu'il sent que Chase devient de plus en plus réticent, il poursuit son travail. Impitoyable, il fait venir des experts pour estimer les biens et tente de se promener sur les lieux comme s'il était le réel décisionnaire. Le récit est tourné de telle sorte que le lecteur est obligé de se sentir proche des Chase et de détester cet individu qui essaie de remettre en question ce qui ne saurait l'être selon Vita Sackville-West. Même s'il est difficile de ne pas lire ce texte avec une certaine distance critique aujourd'hui, il est impossible de ne pas espérer que la vente ne se fera pas.

To part the house and the land, or to consider them as separate, would be no less than parting the soul and the body (p 42).

(...) The mute plea of his inheritance, that, scorning any device more theatrical, quietly relied upon its simple beauty as its only mediator (p 54). 

Un texte très intéressant et émouvant. Encore une belle rencontre avec Vita Sackville-West.

Et d'autres titres de cet auteur chroniqués ici :

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92 p

Vita Sackville-West, The Heir, 1922

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24/06/2015

Katherine Woodfine, The Mystery of the Clockwork Sparrow

woodfine_Clockwork-Sparrow.jpgLors de mon incontournable passage à Waterstones il y a quelques jours, j'ai succombé à ce roman paru début juin et mis à l'honneur dans cette librairie. Il faut dire que la couverture est superbe et, quand j'ai découvert que le récit se déroulait début XXe et s'inspirait de l'ouverture des principaux grands magasins londoniens (Liberty, Fortnum & Mason, Selfridges, Harrods...), je me suis dit que nous étions faits pour nous rencontrer.

Adolescente, Sophie a récemment perdu son père. Après avoir vécu dans un confort certain, veillée par une gouvernante, Sophie se retrouve sans un sou et obligée de travailler (j'avoue ne pas avoir compris le postulat de base - comment son père apparemment rigoureux aurait-il pu ne pas s'assurer de son avenir alors qu'il menait une vie dangereuse ? Mais passons). Elle trouve un emploi de modiste au sein d'un grand magasin luxueux sur le point de s'ouvrir, Sinclair's. C'est une opportunité pour elle car les conditions offertes aux employés sont largement plus attractives que dans les enseignes déjà existantes. 

Sophie s'investit pleinement dans son nouveau travail, malgré ses collègues immédiates, de vraies pestes qui ont décidé de se moquer de chacun de ses faits et gestes. Heureusement, elle va se lier rapidement à Lil, actrice en herbe embauchée comme mannequin ; Billy, portier et garçon à tout faire ; et enfin, Joe, qui cherche à fuir un gang de l'East End.

En vue de l'ouverture du magasin, le propriétaire, Mr Sinclair, décide d'exposer de superbes pierreries et un moineau mécanique serti de pierres précieuses. Ces objets de valeur sont dérobés un soir et les soupçons se tournent d'emblée vers Sophie, qui risque d'être injustement accusée. Les adolescents vont donc mener l'enquête, la police s'étant visiblement déjà fait une idée peu favorable à la jeune fille. Leur destin croisera celui du Baron, ombre planant sur Londres, grand architecte du crime de l'East End, sur qui courent d'inquiétantes légendes... mais que personne n'a jamais vu.

J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce roman et retrouver un lieu que j'apprécie vraiment. L'auteur invite à imaginer Sinclair's à l'endroit où se situe le Waterstones de Picadilly. Ayant acheté mon roman là et passé si souvent les portes de cette librairie, j'ai particulièrement aimé cette référence qui m'a fait me replonger dans des lieux où j'aime flâner. Le roman en lui-même se lit bien. Je me suis régalée avec la partie consacrée au magasin et notamment, aux préparatifs en vue de la venue du public. Les personnages sont assez bien croqués, notamment ceux qui ont le mauvais rôle ; les héros, eux, sont plutôt attachants. J'avoue que mon intérêt pour l'enquête s'est un peu émoussé à moment donné, l'histoire n'allant pas assez vite à mon goût. Néanmoins, la fin ouvre de nouvelles pistes et a éveillé ma curiosité. Un deuxième tome sortira l'an prochain. Peut-être le lirai-je également. En tout cas, voici une lecture agréable, finalement plutôt destinée à un public adolescent - même si elle se laisse bien lire par les adultes !

You are cordially invited to attend the grand opening of Sinclair's department store.

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336 p

Katherine Woodfine, The Mystery of the Clockwork Sparrow, 2015

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20/06/2015

F. R. Tallis, La Chambre des âmes

tallis_chambre des ames.jpgFin des années 1950. Le jeune psychiatre Richardson se voit offrir un poste par le très renommé Hugh Maitland, une véritable opportunité dans sa carrière. Le poste se situe dans une institution isolée du Suffolk, que Richardson va devoir gérer à titre de bras droit de Maitland, qui lui, se trouve plus souvent à Londres que dans cet endroit reculé.

Outre l'aile des hommes et celle des femmes, l'asile compte une chambre dans laquelle des femmes sont soumises à un traitement par le sommeil prolongé. Elles ne sont réveillées que brièvement pour leur toilette ou leurs repas.

Au début, Richardson est ravi de son poste, malgré la solitude. Il s'intéresse à une charmante infirmière et espère beaucoup apprendre de son prestigieux mentor. Son poste lui permet par ailleurs de lier connaissance avec les patients, dont un homme tourmenté par ce qu'il semble avoir fait à une jeune fille de par le passé. Cet homme déclare par ailleurs que son lit se déplace tout seul et qu'il ne peut pas dormir. Peu à peu son état s'aggrave. En parallèle, très rapidement, le jeune psychiatre est confronté à des phénomènes bizarres, de l'ordre du paranormal. Quelques objets changent de place, d'autres tombent brusquement.

Avec le temps, la situation va se dégrader et se faire de plus en plus oppressante, en raison des manifestations surnaturelles qui se multiplient et deviennent moins anodines. Une jeune apprentie a une peur bleue de la chambre du sommeil ; elle se sent épiée, malmenée. Richardson se réveille en sursaut et voit une forme au pied de son lit. Puis plusieurs drames surviennent, le tout allant crescendo jusqu'à la fin du récit. Ce roman fait partie de la collection Grands détectives mais, même si le héros tente de comprendre ce qui explique ces phénomènes inquiétants, le récit tient plus du fantastique que du roman policier. L'influence gothique est très marquée et l'atmosphère sombre, inquiétante particulièrement bien rendue.

Une très bonne surprise pour moi qui n'avais pas encore découvert l'univers de F. R. Tallis. Même si le tome 2 se déroule à Paris et n'aura pas le charme de la campagne anglaise, il est sur ma liste d'envies pour l'été. Ou pour le challenge Halloween, peut-être. En tout cas, je vous recommande de pousser les portes de cet établissement si particulier... if you dare !

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329 p

F.R. Tallis, La Chambre des âmes, 2013

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14/06/2015

Katherine Webb, Pressentiments

webb_pressentiments.JPGUne fois de plus j'ai succombé à une jolie couverture. Depuis longtemps je croisais le nom de Katherine Webb et, malgré le titre français un peu racoleur, j'ai finalement tenté ma chance avec son roman Pressentiments

L'histoire débute par la découverte d'un cadavre de la première guerre mondiale parfaitement conservé. Dans ses effets personnels, des lettres suscitent la curiosité. Informée de leur existence par son ex petit-ami, la journaliste Leah va tenter de remonter leur piste pour identifier le corps et tenter de percer le mystère qui semble l'entourer. Une enquête qui la plongera au début du XXe, dans un presbytère où s'est noué un drame à huis-clos.

En lisant les premières pages, j'avoue avoir eu une petite frayeur : la journaliste ne se remettant pas de sa rupture, je voyais poindre de loin la romance facile et totalement superflue. Heureusement, Leah occupe une place assez mineure dans le récit, qui se déroule pour l'essentiel avant-guerre. On croise ainsi Canning, un prêtre fanatique pour des raisons finalement peu liées au caractère divin de sa mission ; un opportuniste qui s'installe chez les Canning en prétendant avoir une aura particulière lui permettant de voir des êtres supérieurs, à commencer par des fées ; une femme malheureuse qui cherche des conseils auprès de sa soeur, déjà mère plusieurs fois et sans doute à même de lui expliquer pourquoi son propre mariage n'a toujours pas été consommé ; enfin, une domestique accueillie par charité après un passage en prison en raison de ses activités de suffragette. C'est cette dernière qui apporte une dimension historique supplémentaire au livre. En raison de ses convictions et de son engagement peu conformes à sa condition, elle incarne cette époque charnière où le sort des femmes a commencé à basculer en Angleterre.

Si ce roman est assez léger, cela reste un page-turner historique très honorable. Je n'hésiterai pas à lire de nouveau Katherine Webb quand je serai en panne de lecture !

Aujourd'hui on parlait Rois et Reines pour le Mois anglais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet avant de partir à Londres, où je me trouve au moment où s'affichera cet article. 

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502 p

Katherine Webb, Pressentiments, 2011

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12/06/2015

Ann Granger, A Mortal Curiosity

granger_mortal curiosity.jpegJ'avais beaucoup apprécié les tomes 1 et 4 de la série Ben Ross et Lizzie Martin d'Ann Granger. C'est avec plaisir que j'ai retrouvé ce couple bien sympathique à travers ce 2e opus, qui me donne d'ailleurs envie de lire le tome suivant sans trop tarder.

Elizabeth Martin vit depuis le décès de son père chez une parente éloignée, qui l'a engagée comme dame de compagnie. Dans le tome 1, la jeune femme vient d'arriver à Londres et se retrouve mêlée à une enquête. Elle rencontre l'inspecteur Ben Ross, ancien enfant des mines, qu'elle avait croisé des années auparavant. Dans le tome 2, son employeuse attend avec impatience qu'Elizabeth trouve une autre situation. Elle lui propose de tenir compagnie à une jeune femme qui a récemment perdu son bébé. Elizabeth se rend ainsi sur une petite île anglaise, dans une maison cossue isolée, au sein d'une famille respectable. Bientôt, un chasseur de rat est assassiné dans le jardin. La police locale n'ayant jamais eu à traiter ce genre de cas, on envisage de faire appel à Scotland Yard et Elizabeth recommande de contacter Ben, qui arrive sur place. Comme c'est toujours le cas dans cette série, Elizabeth et Ben sont les deux narrateurs de ce roman, chacun faisant progresser l'enquête à sa manière d'un chapitre à l'autre.

ann granger,a mortal curiosityUne lecture vraiment agréable, portée par deux personnages principaux très attachants. Le lecteur est de suite embarqué dans le récit, qui se lit d'une traite pour qui a un peu de temps devant soi. J'ai cependant trouvé la solution de l'énigme un peu énorme et ai eu du mal à complètement adhérer aux motifs de l'assassin. On ne s'intéresse par ailleurs plus du tout à deux personnages importants à la toute fin du récit, ce qui m'a laissée un peu sur ma faim. Mais, en dépit de ces quelques réserves, j'ai beaucoup aimé me plonger dans cette ambiance mystérieuse mais bucolique et retrouver les deux héros. Sans être un roman social, A Mortal Curiosity évoque aussi les workhouses et le sort des orphelins victoriens, ce qui ajoute un peu de profondeur à l'intrigue.

C'est aussi un roman qui met à l'honneur une femme volontaire et indépendante assez en avance sur son époque, au point de jouer un rôle important dans les enquêtes du Yard. Elle fait un peu penser à Charlotte Pitt mais j'avoue que ma préférence va encore au futur couple imaginé par Ann Granger. Une série chaudement recommandée aux amateurs de polars historiques et plus encore, victoriens !

(Lu en anglais mais je n'ai pas résisté au plaisir de mettre également en avant la couverture française, qui me plait énormément !)

Lecture commune autour d'Ann Granger pour le Mois anglais.

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405 p

Ann Granger, A Mortal curiosity, 2008

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10/06/2015

Barbara Comyns, The Vet's Daughter

comyns_vets daughter.jpgAujourd'hui j'avais prévu de participer à la lecture commune autour de Terry Pratchett, mais je peine à terminer mon roman. Je l'ai donc un peu mis de côté en espérant vous en parler avant la fin du Mois anglais. A la place, je vous présenterai The Vet's Daughter de Barbara Comyns. J'ai découvert cet écrivain au cours d'un de mes séjours en Angleterre. J'ai toujours l'habitude de prévoir du temps pour explorer tranquillement les rayons d'une librairie ou deux quand je m'y rends. Je fais systématiquement un tour du côté des Modern classics ou des Vintage classics qui sont souvent rassemblés sur quelques étagères et parfois mis en avant sur une table. J'ai fait pas mal de trouvailles comme ça et eu de très bonnes surprises. Ce roman en fait partie (si bien que je compte chercher d'autres titres de Barbara Comyns lors de mon escapade à Londres cette semaine). Mais trêve de bavardages, parlons donc plutôt du roman !

The Vet's Daughter est un curieux roman, peut-être un brin dérangeant ; il dégage en tout cas une ambiance très particulière qui en fait un livre à part. La narratrice Alice Rowlands vit dans une quartier assez populaire de Londres. Son père est vétérinaire, c'est aussi un homme d'humeur sombre, qui n'aime ni sa femme ni sa fille et se montre souvent distant avec elles et parfois même brutal. Alice a une bien triste vie dans cette maison peu ensoleillée où elle a l'habitude de nettoyer les cages et de nourrir les animaux laissés en pension. Le métier de son père ne se limite pas aux soins ; il couvre ainsi le gardiennage mais aussi l'euthanasie pour les animaux dont on ne veut plus. Pour gagner davantage, le père vend les malheureuses bêtes concernées à un homme qui fait des vivisections. Alice n'a qu'une amie sourde muette, qui s'apprête à rejoindre l'atelier d'une modiste et sera ainsi moins présente. Heureusement elle compte deux autres alliés dont un futur vétérinaire amoureux d'elle mais pas assez séduisant à son goût, qu'elle surnomme Blinkers. Au cours du roman, de nombreuses péripéties vont bouleverser le quotidien d'Alice, dont une en particulier, puisqu'elle découvre qu'elle est capable de léviter. 

Sarah Waters parle de "Gothic masterpiece" sur la 4e de couverture, mais je trouve que l'atmosphère qui se dégage de ce roman est plus subtile (n'y voyez pas là une critique contre les romans gothiques ou d'inspiration gothique car j'en raffole). Nous suivons pendant quelque temps le quotidien d'une jeune fille anglaise de classe moyenne, qui mène une vie peu commune du fait du métier de son père. Elle s'exprime de façon très factuelle, raconte les faits marquants de cette période en allant droit au but. Très observatrice, elle intègre soudain la lévitation à son récit sans faire grand cas de l'évènement, donnant ainsi au lecteur une impression peu confortable : le récit est on ne peut plus factuel et terre-à-terre ; pourtant, soudain, un évènement hors normes se produit. La rupture d'équilibre qui en découle est pour le moins déstabilisante.

[Quelques spoilers dans ce paragraphe] Le récit est par ailleurs porté par des personnages très intéressants, bien que peu attachants. Le père est détestable dès le début, il le deviendra plus encore par la suite mais il perd de son autorité lorsqu'on le voit parler seul ou manifester un penchant certain pour la boisson à moment donné. Alice a eu une enfance peu heureuse et a toujours dû se plier en quatre pour assurer le confort de son père, mais lorsqu'elle aura l'occasion de s'éloigner de la maison paternelle, elle profitera de la gentillesse de son employeuse et se montrera subitement remarquablement égoïste. Son manque de clairvoyance en matière d'hommes est par ailleurs étonnant pour quelqu'un qui a été aussi mal aimée qu'elle. On pourrait l'imaginer capable d'aller vers le gentil Blinkers pour s'éloigner de son père et contracter un mariage basé sur le respect et la bonne entente - ce qui, à l'époque, était déjà une belle perspective. Pourtant, elle préfère prendre le risque de s'aliéner son prétendant en fréquentant un jeune homme riche et séduisant qu'elle croise à moment donné. La complexité des personnages est ainsi l'un des points forts de ce court roman étonnant et très bien mené que j'ai pris grand plaisir à découvrir.

Pour terminer, j'ajouterai ici l'avis de Graham Greene : "The strange offbeat talent of Miss Comyns and that innocent eye which observes with childlike simplicity the most fantastic or the most ominous occurrence, these have never, I think, been more impressively exercised than in The Vet's Daughter".

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159 p

Barbara Comyns, The Vet's Daughter, 1959

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08/06/2015

Chris Wooding, Qui veut tuer Alaizabel Cray ?

wooding_qui-veut-tuer-alaizabel-cray---1993642.jpgVoilà un roman qui se destine aussi bien à un public adolescent qu'à un lectorat plus adulte, une très bonne surprise pour moi qui n'avais jamais entendu parler de ce titre avant de tomber dessus par hasard dans les allées de la médiathèque.

D'inspiration steampunk, ce récit mêle une atmosphère victorienne (chevaux, charrettes, cochers, lampes à gaz, femmes s'habillant de robes...) à des inventions plus modernes (métro ayant fait appel à l'électricité, dirigeables), sur fond d'apocalypse.

Vingt ans plus tôt, la Prusse a bombardé Londres, qui ne s'est jamais remise de ce triste épisode. Des quartiers entiers sont restés détruits, des stations de métro ont dû être abandonnées, des loups rôdent, le Sud de Londres est un sombre repère de truands le jour et se vide la nuit car y prolifèrent des créatures monstrueuses, apparues après les bombardements. Ajoutons à cela la présence d'un tueur, le Recousu, qui a depuis longtemps détrôné Jack l'Eventreur dans les annales de la police et se cache sous un masque de toile de jute recousue et une perruque de femme.

Il se trouvait devant un ancien cinéma haut de trois étages, bâtiment triangulaire à la façade lisse niché au creux du V de deux rues convergentes. Sombre et revêche, il se dressait au-dessus de lui telle la proue d'un navire. Les étages inférieurs étaient complètement murés et la plupart des fenêtres du dernier étage étaient brisées. Autrefois, ce lieu avait abrité une merveille technologique de son temps qui permettait de projeter des films, et des gens de toute l'Europe avaient afflué pour voir cela. Aujourd'hui, il n'était qu'une victime parmi tant d'autres tombées dans la bataille perdue d'avance que les habitants de Londres menaient pour conserver leur ville (p 15).

Dans cette ville inquiétante où la mort est omniprésente et survient souvent par des voies surnaturelles, le jeune Thaniel Fox est chasseur d'Y-majes. Payé par le gouvernement, il traque les créatures qui chaque nuit franchissent la Tamise pour voler des bébés et attaquer ceux qui n'ont d'autre choix que de sortir tardivement. Lors d'une de ses sorties, Thaniel rencontre une jeune fille, Alaizabel. Très jolie, elle a néanmoins un comportement étrange : rapidement, on découvre qu'elle est possédée par l'âme d'une puissante sorcière et se trouve au coeur d'une conspiration sectaire.

Ce roman m'a d'abord vraiment beaucoup plu même si, l'histoire avançant, je n'ai pas tardé à lui trouver davantage de défauts. Parmi ses atouts : l'ambiance neo-victorienne, le mélange d'Histoire, de technologies et de superstition, les errances dans les ruelles sordides et les sous-sols lugubres des Allées biscornues (que je vous laisse le plaisir de découvrir). En revanche, les héros de l'histoire manquent un peu de profondeur tandis que certains personnages secondaires sont beaucoup plus intéressants et auraient pu être davantage exploités (le Recousu ou encore Petit-Diable, conseiller pour le moins mystérieux du Roi des Mendiants). Par ailleurs, l'histoire s'achève de façon assez conventionnelle, avec beaucoup d'action, ce qui n'est pas vraiment ma tasse de thé.

Qui veut tuer Alaizabel Cray ? devrait vous ravir si vous êtes comme moi friands de récits d'inspiration victorienne mais il plaira aussi aux amateurs de littérature fantastique et de steampunk. A découvrir !

A noter le titre anglais que je trouve plus approprié (The Haunting of Alaizabel Cray).

Lecture commune du Mois anglais : "Journée littérature enfantine / jeunesse anglaise".

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390 p

Chris Wooding, Qui veut tuer Alaizabel Cray ?, 2001

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06/06/2015

Wendy Wallace, The Painted Bridge

wallade_painted bridge.jpegAmateurs de romans historiques victoriens, ce livre s'adresse à vous !

Dans The Painted Bridge, nous faisons connaissance d'Anna. Fille de marin, récemment mariée à un pasteur hypocrite et arrogant, Anna a été abandonnée dans un asile privée des environs de Londres. A cette époque, les asiles privés sont très critiqués et soumis à des contrôles, ce qui obsède le directeur de l'établissement où est accueillie la jeune femme, Lake House.

Il s'agit d'une belle demeure, dont les propriétaires ont été contraints pour des raisons financières de transformer une partie des pièces en centre de repos pour femmes aux nerfs fragiles. Le propriétaire a pris la succession de son père dans ce triste métier et, comme cela arrive assez fréquemment à l'époque, il fait montre de peu de scrupules lorsqu'il s'agit d'interner des parentes gênantes sur la base d'un certificat pour le moins douteux – les médecins prêts à se montrer arrangeants ne manquant pas à l'époque.

A son arrivée, Anna fait preuve de naïveté, elle s'entête à vouloir prouver le fait qu'elle n'a rien à faire à Lake House. Elle tarde à comprendre que parmi ses compagnes d'infortune, nombreuses sont celles à y faire un séjour sans être plus malades qu'elle. C'est notamment le cas d'une jeune femme internée pour être tombée amoureuse d'un homme jugé infréquentable par sa famille. Le roman va être celui de l'apprentissage d'Anna, qui restera toujours convaincue qu'elle pourra sortir libre un jour de Lake House, même si sa tactique et ses opinions évoluent au fur et à mesure.

wallace_SarineCollodion2.jpegJ'avais déjà croisé de sordides asiles victoriens mais jamais de maison de campagne cossue de ce genre, où les apparences sont trompeuses : sous la vieille vaisselle, les travaux de tricot et les politesses, petites et grandes souffrances quotidiennes ne manquent pas, du simple fait de porter chaque jour une robe malpropre dont on ne connait pas la provenance jusqu'aux traitements barbares (« douche » glacée et surtout, la chaise tournante, dont je n'avais encore jamais entendu parler – et dont je ne suis pas sûre d'avoir bien compris le fonctionnement... si cela vous dit quelque chose, je veux bien quelques éclaircissements). Sans parler de la gouvernante, ancienne patiente reconvertie en gardienne mesquine, parfois cruelle.

Traitant à la fois des asiles et des débuts de la photographie, The Painted Bridge est intéressant sur le plan historique tout en proposant au lecteur une histoire qui tient la route. J'ai beaucoup apprécié l'essentiel du récit, entre Lake House et Londres, même si j'ai porté un peu moins d'intérêt aux rêves éveillés d'Anna, qui lui font repenser à des événements de son enfance – même s'ils s'avèrent avoir une importance cruciale pour le récit. [Spoilers ci-après] J'aurais peut-être aimé une issue un peu plus douce en voyant s'épanouir la relation entre Anna et St Clair, un docteur venant parfois à Lake House. Néanmoins, objectivement. Wendy Wallace a sans doute eu raison de privilégier une autre issue pour Anna en faisant d'elle une femme indépendante et maîtresse de son destin.

Lecture commune du Mois anglais : Roman historique se déroulant en Angleterre 

Source image : http://britishphotohistory.ning.com/profiles/blogs/the-painted-bridge

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386 p 

Wendy Wallace, The Painted Bridge, 2012

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04/06/2015

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage

tyler_etrange suicide dans une fiat.JPGJ'ai failli passer à côté de ce roman malgré sa chouette couverture. Je m'étais surtout arrêtée à la Fiat - moi qui n'aime pas les voitures et ne sais pas distinguer une Mercedes d'une Twingo ou peut s'en faut – et je n'avais pas du tout réalisé que le roman pouvait se dérouler en Angleterre (eh bien oui, peut-être qu'un taxi londonien, voire une Mini à faible kilométrage m'auraient mis la puce à l'oreille mais la Fiat, non). Bref, c'est un peu par hasard que je suis finalement revenue sur mes pas en librairie pour y jeter un oeil et là, lorsque j'ai vu que le héros était écrivain ET anglais, j'ai bien sûr commencé à trouver ce livre bien plus intéressant. Que voulez-vous, quand on est « du bon côté de la Manche », comme le dit l'un des personnages (p 238), je suis aux anges.

Ethelred Hengist Tressider (oui, je sais) est donc un écrivain plus ou moins raté qui gagne à peu près correctement sa vie tout en restant lucide en ce qui concerne la qualité de ses rejetons littéraires. Il publie sous trois noms différents des polars contemporains et historiques ainsi que des romans à l'eau de rose (sous le pseudo adapté au genre d'Amanda Collins : C'était évidemment, comme tous les romans à l'eau de rose, un ramassis de conneries » p 113 - dixit son agent aux avis tranchés).

En réalité, nous entendons surtout parler de la série consacrée à l'inspecteur Fairfax : Peter Fielding écrit des polars ayant pour héros le redoutable inspecteur Fairfax, de la police du Buckfordshire. Fairfax a la cinquantaine bien tassée et le tempérament aigri par son absence de promotion et mon inaptitude à lui écrire des scènes de sexe d'aucune sorte. Quand je l'ai créé, il y a seize ans, il avait 58 ans et il était à deux doigts de partir en préretraite. Il a maintenant 58 ans et demi et a résolu douze affaires quasiment insolubles au cours des six derniers mois. Il a donc légitimement le droit de penser qu'il mérite une promotion (p12).

Divorcé depuis des années (et plaqué pour son ex meilleur ami), Ethelred voit un jour la police débarquer pour lui apprendre la disparition de son ex-femme Géraldine. Les choses s'aggravent lorsqu'on retrouve le corps d'une femme étranglée rapidement identifiée comme étant celui de Géraldine. Dès lors, poussé par son agent littéraire Elsie (qui n'a pas sa langue dans sa poche et n'hésite pas à lui dire que son dernier roman, c'est de la merde, et pour être plus précise, de la merde de chien), Ethelred va mener sa petite enquête en parallèle, alors que tous les soupçons des autorités se portent d'abord sur lui.

Une histoire rafraîchissante, pleine d'humour et d'ironie très British, dont le dénouement m'a prise au dépourvu (je parle de la chute et de l'hypothèse extravagante d'Elsie qui laisse espérer une suite à cette histoire). L'été approche, aussi je ne saurais trop vous conseiller de penser à ajouter ce titre à vos lectures de bord de mer, histoire de démêler ce joyeux tissu de mensonges au soleil (car du soleil, j'ai eu le sentiment qu'il n'y en avait pas beaucoup dans ce roman).

Sur ce, je vous laisse méditer sur cette dernière phrase : Il y a une différence majeure entre la fiction et la vraie vie. La fiction doit être crédible (p 98).

272 p

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage, 2007

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02/06/2015

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy

roman historique,philippa boston,editions didier,the fortunes of john de courcy,angleterre élisabethaine,tudors,oxford,mois anglais,mois anglais 2015Oxford, 1582 – sous le règne d'Elisabeth I. John de Courcy obtient un titre très convoité, celui de Boursier du duc de Gloucester, ce qui lui permet de bénéficier d'un revenu généreux tout le temps qu'il continuera à se consacrer à ses études à Oxford.

Néanmoins, cette récompense universitaire n'est pas du goût de tous et, le jour-même, De Courcy est accusé d'avoir dérobé une bague au duc. Celui-ci lui octroie cinq jours pour prouver son innocence, défi qui devrait être à la hauteur de ses compétences intellectuelles – celles-là mêmes qui lui ont valu son titre prestigieux. Sinon, ce sera l'emprisonnement.

Aidé de quelques proches, De Courcy va ainsi s'employer à trouver des preuves suffisantes pour sauver son honneur et éviter le triste sort qui l'attend sans cela.

Edité dans la collection Paper Planes – qui vise à proposer des textes abordables en anglais, ce court roman est certes facile d'accès pour qui n'est pas habitué à lire dans la langue de Shakespeare, mais il est surtout agréable à lire. Je connaissais déjà plusieurs titres de Philippa Boston chez Paper Planes Teens pour lecteurs plus novices en anglais. J'ai été ravie de découvrir cette autre collection qui met une nouvelle fois à l'honneur le plaisir de lire avant tout. 

Evidemment, le format court limite un peu l'intrigue qui reste simple - un peu trop malheureusement. Néanmoins, on passe un bon moment  et le roman se lit d'une traite, ne serait-ce que parce qu'il nous permet de plonger dans l'époque élisabéthaine, en plein coeur d'Oxford. Idéal si l'on cherche un titre pour commencer à lire en anglais, très sympathique bien qu'un peu léger pour qui lit régulièrement dans cette langue.

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117 p

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy, 2010

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