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08/05/2007

Sorcières et folie des hommes

medium_miller_crucible.JPG1692, Salem, Massachusetts. Deux jeunes filles ont perdu conscience suite à une sortie dans les bois. Le révérend Parris, père de Betty, a retrouvé sa fille et sa nièce Abigail dansant nues avec d’autres filles dans la forêt et prie pour sa fille tandis que les villageois en colère crient à la sorcellerie dans son salon.

Très vite on comprend que les filles ont cherché à jeter un sort sur l’épouse du jeune fermier Proctor afin que celle-ci meure et laisse la place à Abigail. Employée un an auparavant par le couple, Abigail a séduit John Proctor avant d’être renvoyée par son épouse. Cherchant à tout prix la vengeance, elle va lancer avec ses amies la chasse à la sorcière. Les villageois – en particulier le couple Putnam, se lanceront avec joie dans les dénonciations, laissant les vieilles rancunes réapparaître au grand jour.

Dès lors, les jeunes filles s’évanouissent, hurlent ou restent prostrées de terreur en présence de telle ou telle femme. Les accusations de sorcellerie se multiplient. Bientôt, plus de 30 femmes sont arrêtées et envoyées en prison, les fers aux poignets. Parmi elles, la vieille Rebecca Nurse, accusée d’avoir provoqué la mort de sept nouveaux nés malgré sa réputation sans faille à Salem. Puis Elizabeth Proctor, accusée d’avoir jeté un sort à Abigail Nurse en tentant de la tuer à l’aide d’une poupée vaudou.

Tandis que la Justice opère à un rythme infernal, ajoutant foi aux simulations évidentes des enfants, quelques maris désespérés cherchent à sauver leur épouse. Leur intervention auprès du juge Danforth les conduira pourtant à leur perte. Tous sont condamnés comme leurs épouses à la potence. L’un d’entre eux ayant refusé de se confesser mourra sous la torture, condamné à la presse.

La pièce se clôt dans la plus grande confusion. Menacé, craignant pour sa vie, le révérend Parris s’inquiète des soulèvements populaires qui ont lieu près de Salem, où la population finit enfin par rejeter la fièvre qui s’était emparée de la région quelques mois auparavant. Le révérend Hale, qui bien qu’ayant au début suspecté bien des innocents de sorcellerie, avait agi en son âme et conscience et non par fanatisme et intérêt personnel (ce qui est le cas de Parris), cherche en vain à pousser les victimes à se confesser et à admettre leur faux commerce avec le Diable afin de leur éviter la potence. La dernière scène a lieu le jour de l’exécution de John Proctor et de Rebecca Nurse. John retrouve son épouse enceinte et consent finalement à se confesser. Pourtant, au dernier instant, il refuse de voir son nom sali et déchire sa déclaration. Il est alors conduit à la potence devant sa femme en larmes, qui refuse de le ramener à la raison en pensant qu’il est désormais en accord avec lui-même.

The Crucible est avant tout l’allégorie du maccarthisme qui ravage les Etats-Unis dans les années 1950. Arthur Miller a été particulièrement touché par cette vague de suspicion généralisée : convoqué par la Commission des activités non-américaines en 1956, il est accusé d’avoir assisté à des meetings du parti communiste. Miller admet avoir participé à ces réunions et avoir signé des pétitions mais il nie être communiste. A l’instar de John Proctor dans son œuvre, Miller refuse de dénoncer d’autres personnes suspectées d’être sympathisantes de groupes gauchistes. Pour cela, il est déclaré coupable d’outrage au Congrès en 1957 ; sa condamnation est annulée un an plus tard.

The Crucible fait partie de ces œuvres majeures de la littérature américaine qui témoignent avec force des époques les plus noires de l’histoire des Etats-Unis. Bien que fortement ancré dans un contexte historique et politique particulier, cette pièce fait aussi écho à d’autres situations, rappelant que la frontière entre raison et folie, entre justice et fanatisme est parfois facilement franchie. Dans cette œuvre où les justes sont exécutés tandis que les accusateurs sont d’abord encensés avant de fuir comme des lâches, il est difficile de ne pas frémir devant les aberrations qui font loi. La crédulité et la suffisance du juge et du Révérend Parris sont tellement exagérées que la situation paraît totalement improbable. Et pourtant, Arthur Miller n’a rien inventé. Bref, un livre sur lequel il est utile de méditer car, comme Miller le suggère, il est toujours possible de sombrer à nouveau dans l’obscurantisme. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui me laisse à penser que The Crucible restera malheureusement toujours d’actualité.

126 p

Challenge ABC, lettre M

26/04/2007

The art of story-telling

medium_auster_brooklyn_follies.JPGBrooklyn, An 2000. Une année marquée par le retour de Nathan Glass dans ce quartier qui l’a vu naître. Jeune retraité récemment soigné pour un cancer, Nathan est d’un naturel pessimiste. Passant ses journées seul dans un modeste appartement, il ne vit que pour les déjeuners qu’il passe dans un petit restaurant auprès de la jolie serveuse latino-américaine Marina. Sa vie est un désastre : tout juste divorcé, il entretient également des relations difficiles avec sa fille. Persuadé qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, il écrit ce qu’il appelle The Book of Human Follies, une série d’anecdotes toutes plus cruelles et pathétiques les unes que les autres.

C’est alors qu’il rencontre par hasard son neveu Tom dans une boutique proposant des livres d’occasion. Ancien étudiant brillant à la carrière toute tracée, Tom Wood est devenu vendeur après avoir abandonné sa thèse et s’être reconverti en chauffeur de taxi new-yorkais. La vie de Tom est tout aussi solitaire que celle de son oncle. Célibataire endurci, la disparition de sa sœur et de sa nièce l’ont laissé très amer.

Oncle et neveu deviennent alors très proches, fréquentant aussi quotidiennement le libraire pour qui Tom travaille, Harry, un vieil excentrique qui aurait troqué une vie mouvementée aux relations plutôt douteuses pour son nouveau métier.

Dès lors les péripéties s’enchaînent : Lucy, la nièce de Tom, refait surface mais refuse de dire où sa mère se trouve. Est-elle toujours avec son mari, un puritain obnubilé par la religion au point de chercher à couper tout contact avec la civilisation ? Que se passe-t-il chez les Mazzucchelli, une famille voisine, dont la fille Nancy incarne la perfection même aux yeux de Tom ? Tom va-t-il céder aux avances de Honey, une institutrice généreuse au corps imposant et au cœur d’or ? Et si Nathan, notre narrateur, retrouvait le bonheur de la vie conjugale dans les bras de Joyce, la mère de Nancy ?

A vous de lire The Brooklyn Follies  pour découvrir tout cela. Quant à moi, j’ai refermé hier ce roman avec soulagement – après une angoisse soudaine de dernière minute, ravie de ma lecture et prête à relire Paul Auster prochainement. Des trois Auster que j’ai lus, c’est de loin mon préféré. J’avais par exemple été captivée par l’histoire de The Book of Illusions, mais j’avais trouvé la fin très décevante, plus mièvre et fleur bleue que tout le reste du récit. Bien sûr, la fin pouvait être logique sur le plan narratif, mais elle n’atteignait pas à mes yeux le niveau de la trame principale, intrigante et passionnante à souhait.

Ici, pas de grand mystère, rien de bouleversant. Ce sont les vies de New-Yorkais qui se croisent, s’aiment ou s’abandonnent. Bien sûr, certains vivent des histoires sortant de l’ordinaire, mais ce livre est avant tout un hymne à la vie, très positif et encourageant. Autant les personnages vivent des moments difficiles, autant ils sont amenés à faire au fur et à mesure des choix pour reprendre les rennes de leur vie. La trame narrative est presque sans surprise, tant elle semble couler de source sous la plume habile de Paul Auster. L’écriture est fluide, le style courant, presque parlé.

Bref, ce livre classe une fois de plus Paul Auster parmi les maîtres de la narration. A recommander aux amoureux de Brooklyn, à ceux qui sont sensibles aux histoires simples et sans prétention – racontées avec élégance, bien évidemment ! Chapeau bas.

304 p

PS: Difficile de tout dire sur ce roman aux pistes de lecture multiples, mais je vous invite à aller voir les critiques de l'Austerblog et d'Anjelica.

13/03/2007

Lectrice en transe

medium_oates_beasts.JPGIl y a quelques jours, alors que l’insomnie me guettait, je me suis plantée devant ma bibliothèque à la recherche de ma nouvelle victime. Ma bibliothèque, toute tremblante, observait avec appréhension les mouvements de ma main s’approchant et s’éloignant tour à tour de livres non lus. Percevant la tension qui régnait dans la pièce et quelque peu sensible à la détresse visible de mes pauvres étagères, j’ai dit à ma bibliothèque pour la rassurer : « Ne t’inquiète pas… de toute façon, tu ne pourras pas faire pire que la dernière fois. » Ma bibliothèque, sans doute galvanisée par cet encouragement et ces débordements enthousiastes, a alors poussé vers moi un petit volume à la couverture fort sympathique. Pleine de gratitude, j’ai donc remercié ma vieille amie et me suis installée dans un fauteuil avec sur les genoux le petit volume qui, je l’avoue, m’intriguait fortement.

Je ne peux que féliciter ma bibliothèque et lui octroyer un A+ pour les progrès formidables réalisés depuis son dernier devoir. Souvenez-vous.

Le petit livre mystérieux s’intitule Beasts. L’auteur, quant à elle, n’est autre que Joyce Carol Oates, qui a fait son entrée au Lou Book, dans ma bibliothèque et dans ma vie au mois de janvier. Joyce Carol Oates à qui je vais bientôt devoir vouer un culte si elle continue à exceller avec la même persévérance déstabilisante. Cela en deviendrait presque agaçant. A quoi bon s’escrimer à écrire lorsque qu’une grande dame de la littérature a tout dit (ou presque) ? Mais je vois que je m’enflamme, ce n’est pas bon pour la popularité de ce blog (qui connaît une forte notoriété avec la gamme « ruptures cinglantes et tonitruantes »). Et au contraire, Joyce Carol Oates a le mérite de lancer un remarquable défi aux auteurs à venir !

Dans la rubrique « lettres d’amour enflammées », nous avons donc aujourd’hui Beasts et une lectrice qui a encore du mal à trouver ses mots après tant d’émotions ! Tâchons donc de rationaliser cette chronique pour le moins chaotique !

L’histoire : une jeune étudiante fait partie d’un atelier d’écriture animé par Andre Harrow, professeur charismatique qui déchaîne les passions parmi ses élèves. La narratrice, Gillian, évoque les quelques mois passés au sein de cet atelier. Solitude, mal-être et rivalités sous-jacentes sont analysés méthodiquement par Gillian, dont les souvenirs d’une précision déconcertante retracent sans retenue ni ostentation les événements marquants et le quotidien de l’année 1975, année ponctuée de fausses alertes au feu et rythmée par la relation que le couple Harrow semble entretenir avec les adolescentes.

On pourrait résumer le fil conducteur de l’histoire à cela : Gillian semble cacher un terrible secret. Quelle a finalement été la nature de sa relation avec le Professeur Harrow et son épouse ? Aurait-elle commis un crime à l’époque ? Ces possibles développements nous sont suggérés dès les premières pages. La construction savamment étudiée conduira le lecteur à travers les souvenirs de Gillian pour le ramener finalement à la scène initiale, avec cette fois-ci quelques éléments de réponse en main. Je vous l’accorde, le fil conducteur a tout du pire roman de gare. Encore une fois, tout n’est qu’apparences avec Joyce Carol Oates.

Hormis la construction parfaite de ce roman (« novella »), impossible de ne pas savourer les subtiles nuances progressivement apportées au tableau finalement assez statique de Catamount College. Les portraits de chaque personnage sont exécutés avec une exquise délicatesse, faisant de Beasts un superbe roman psychologique, passionnant à tous égards. Le tout orchestré d’une main de maître et délicatement saupoudré d’un style d’une simplicité et d’une élégance désarmantes. Progressivement happé par ce court roman, le lecteur est envoûté par la musicalité des phrases qui dansent devant lui. L’écriture est précise, nette et pourtant incroyablement sensuelle et onctueuse. Et je résumerai ma critique avec une image qui m’est venue à l’esprit à plusieurs reprises au cours de cette lecture troublante : Beasts est comme un fruit, une délicieuse pêche que l’on s’apprêterait à goûter. Toute en rondeur mais si délicate, modeste, le parfum très discret, elle n’attend que le moment où on la croquera pour libérer tous ses arômes et la pleine richesse de sa chair.

Que dire de plus ?

138 p



Citation de D.H. Lawrence :

I love you, rotten
Delicious rottenness.

… wonderful are the hellish experiences,
Orphic, delicate
Dyonisos of the Underworld

01/03/2007

Diamonds are a girl’s best friends

medium_capote_breakfast_tiffanys.jpgVoilà six jours que j’ai terminé Breakfast at Tiffany’s… malgré cette note qui tardait à venir, cette lecture est loin d’avoir été fastidieuse !

Avec ce court roman écrit à la première personne, Truman Capote signe le livre le plus authentiquement américain qui soit. Hollywoodien, devrais-je dire. Impossible de ne pas voir une actrice à la Audrey Hepburn lorsque Holly Golightly se met à jacasser. Ne vous méprenez pas : je n’ai pas vu le film et n’ai pas revu ses scènes au tournant de chaque page de mon précieux petit roman. Mais je ne suis pas sure non plus de le voir à l’avenir, de peur de gâcher le souvenir de cette lecture si fraîche et si vivante.

La pétillante Holly donne au récit son ton dynamique, aussi instable - et insupportable – soit-elle. Chaque intervention de cette petite brunette maigrichonne est un flot de paroles intarissables qui rappelle immédiatement tous ces vieux films hollywoodiens où les héroïnes rivalisent de superficialité et de monologues surexcités. Seulement, là où le cinéma en fait parfois un peu trop, Truman Capote réussit un coup de maître avec ce récit brillant et incisif. Les dialogues mêlent langage courant et beauté des mots. La narration est fluide, le style simple et élégant.

Le narrateur, un écrivain qui n’est pas sans rappeler un certain Truman, apporte quant à lui une touche d’ombre au récit. S’il est au final plus équilibré et sans doute moins malheureux que la frivole Holly, ce narrateur se pose en observateur privilégié, parfois intrus, parfois voyeur, toujours étrangement réservé lorsque l’on considère le tourbillon dans lequel sont entraînés les personnages qui gravitent autour de Holly.

Cet excellent récit était suivi de trois nouvelles, House of Flowers, A Diamond Guitar et A Christmas Memory. Toutes agréables à lire, elles font cependant pâle figure à côté de Breakfast at Tiffany’s dont on savoure avec délectation le style, l’ambiguïté des personnages et la complexité de l’histoire pourtant a priori simple.

House of Flowers est l’histoire d’une prostituée qui tombe sous le charme d’un jeune paysan et part vivre avec lui dans la maison familiale. Là l’attend l’horrible grand-mère du mari, une vieille autoritaire pour le moins inquiétante. A Diamond Guitar est l’histoire d’un camp de prisonniers qui voit arriver un Latin avec une guitare couverte de diamants. Le nouveau venu se lie d’amitié avec un prisonnier à vie et lui propose de fuir, au péril de sa vie. A Christmas Memory, ma nouvelle préférée, est l’histoire écrite à la première personne d’un homme se remémorant les Noëls de son enfance, à l’époque où des liens étroits le liaient à une parente âgée. Dans une maison emplie d’inconnus membres de la même famille, le narrateur découvre les joies simples de Noël, un bonheur qui ne tardera pas à se faner.

Vous l’aurez compris, malgré mon silence obstiné et fort malveillant, ma première rencontre avec Truman Capote s’est soldée par un coup de foudre. Chroniqueuse KO prête à poursuivre son aventure trumanienne prochainement !

157 p

06/02/2007

Abus de confiance

medium_fforde_affaire_jane_eyre.JPGCher Jasper,

Notre romance à peine commencée s’achève brutalement sur un flop retentissant. Sans regret aucun, je sais qu’il est temps de mettre un terme à cette relation pleine de promesses et ô combien décevante ! Tu m’avais conquise par un clin d’œil aguicheur de ton Affaire Jane Eyre. Tu as su te jouer de mes faiblesses, faire parler en moi la Victorienne qui s’était éprise de Rochester à l’âge de quatorze ans, tu n’as pas hésité à me faire miroiter monts et merveilles et à me promette les plongeons les plus insensés dans la littérature anglaise. Tu m’as parlé de pays où la littérature était élevée au rang de priorité nationale et tu m’as fait entrevoir un monde où je croiserais au détour d’une rue David Copperfield ou Mr Darcy. Et moi, toute tremblante, les yeux embués par l’émotion, je me suis laissée prendre au piège.

Tu me rétorqueras que jusqu’ici, la magie a opéré chez (presque) tous tes lecteurs. C’est aussi en lisant leur avis enthousiaste que je me suis fourvoyée en pensant que le même bonheur pourrait naître de notre relation. Et je t’avouerai que j’envie tous ces lecteurs, car rien ne pourrait plus me combler que d’imaginer un monde où littérature et réalité ne font qu’un. Mais pas avec toi.

Tu as de l’imagination, je n’en doute pas. Non seulement tu élèves la littérature au rang de priorité nationale, mais chez toi les Dodos clonés de compagnie sont également monnaie courante. Churchill est mort trop tôt pour avoir gouverné, il existe une police anti-vampires et des vampires qui zozotent, la République de Galles entretient des relations tendues avec sa voisine l’Angleterre, la guerre de Crimée n’a jamais pris fin, on entre et on sort des plus grands chefs d’œuvre de la littérature en un tournemain. Ton histoire est même sympathique. Elle se lit facilement, les rebondissements sont nombreux. Bref, avec toi je ne me suis pas ennuyée, j’ai même sacrifié quelques heures de sommeil pour finir ton Affaire Jane Eyre à la hâte. Bon. Et après?

Là où tu me promettais une histoire magnifique, je n’ai vu qu’un récit sympathique-mais-sans-plus, des dialogues creux, une héroïne qui tient plus de Rambo que de la fan de Jane Eyre, un style sans doute plat, en tout cas (je l’espère pour toi) lamentablement desservi par une traduction d’une nullité inqualifiable. Etant d’une méchanceté et d’une cruauté sans bornes, je ne peux m’empêcher de citer une phrase avec laquelle j’ai frôlé la crise cardiaque dans le métro : « La serveuse me dévisagea un moment, comme si elle aurait voulu dire quelque chose, mais qu’elle n’osait pas » (heureusement qu’elle n’a rien dit, je n’ose pas imaginer ce que ça aurait donné !).

Quant à Jane, je m’attendais à la voir un peu plus… c’est un peu la raison de ma lecture, après tout. Je l’aurai aperçue quelques brefs instants, noyée parmi les personnages de second plan. Rochester devient dans ton livre un type sympa qui prend un air sombre lorsqu’il doit respecter son propre rôle, mais il est bien falot comparé au personnage né de la plume de Charlotte Brontë.

En prévision d’un long voyage en train, peut-être me munirai-je un jour de ton Délivrez-moi ou du 3e Opus de Thursday Next. Malgré ce bilan franchement mitigé, les critiques unanimes me poussent à te donner une seconde chance. Et encore une fois, tu me promets de trépidantes aventures dickensiennes. Ton originalité me perdra.

                                           Ta Chroniqueuse fort déçue

410 p
 
 
Je sais que beaucoup d’internautes ont adoré Jasper Fforde… je vous invite d’une part à : 1) ne pas me torturer sur la place publique pour outrage à roman culte 2) à partager votre avis avec moi et ceux qui n’ont pas encore lu Fforde… d’autres coups de foudre ffordien ne sont pas à exclure!:)

Et pour ceux qui n’ont pas lu Fforde, voici un article que j’ai beaucoup aimé et qui vous donnera un avis entièrement différent du mien : http://www.salle101.org/pages/chroniques
-ecrites/fforde-chroniques.html
 

Un extrait :

« Il ne faut pas en vouloir à ta mère ; elle croit que ton père fréquente une autre femme ! »

« Je me rappelai ma dernière conversation avec papa, l’histoire de Nelson et des révisionnistes français.

-  Emma Hamilton ?

Ma mère passa la tête par la porte.

- Tu la connais ? fit-elle d’un ton chagrin.

- Pas personnellement. A mon avis, elle est morte au milieu du XIXe siècle.

Les yeux de maman s’étrécirent.

- La ruse classique. »

 

26/01/2007

Jeune fille en détresse cherche chroniqueuse énergique !

medium_oates_i_ll_take_you.JPGFille des années quatre-vingt-dix, j’ai grandi avec The Verve et No Doubt, je cours du bus au métro, lis avec consternation les journaux me renvoyant les images et les propos navrants de guignols se battant pour représenter la petite France au sein du grand monde, j’entends parler recyclage, effets de serre, mondialisation, faillites, chômage, conflits larvés, désenchantement, extrêmes, génération sacrifiée, (in)égalité des chances... le tout au son de mon iPod qui me renvoie les mélodies torturées de Jack the Ripper et les vers dépressifs de Jude…

Alors par moments, pour me couper des propos alarmistes, défaitistes et déprimés qui pullulent en ce monde (malgré – parfois – leur triste parfum de réalité), je me plonge dans les sixties avec leurs bohèmes, les sixties de mes parents à Pattes d’Eph’, à grosses fleurs et à cheveux longs, celles des Beatles qui viennent alors résonner à leur tour dans mon iPod… les sixties de I’ll take you there, un des derniers romans de Joyce Carol Oates.

Première rencontre avec Oates. Auteur majeur aux Etats-Unis mais assez méconnu en France… il devenait impératif de rectifier le tir et de découvrir cette grande dame de la littérature (anglo-saxonne, de surcroît !). Avec un roman à la fois difficile et intense, il faut bien l’avouer.

L’histoire : ayant indirectement causé la mort de sa mère à la suite d’un accouchement difficile, Annellia a toujours suscité le mépris de ses frères, la colère de sa grand-mère et l’indifférence de son père. Enfant en mal d’amour, Annellia devient une jeune fille brillante qui parvient à obtenir une bourse pour étudier la philosophie à Syracuse University. Elle apprend rapidement la mort de son père sur un chantier à l’Ouest. Entraînée par une autre jeune fille, elle intègre la sororité des Kappa Gamma-Pi, dont les membres sont toutes belles, provocantes… mais aussi filles faciles et écervelées ! Endettée, incapable d’assister aux fêtes et réunions de la sororité entre ses études et ses petits boulots, Annellia devient rapidement le mouton noir de la sororité et découvre qu’elle a été admise uniquement pour ses bons résultats et sa capacité à faire les devoirs des autres membres. La jeune femme parvient finalement à quitter la sororité. Fin du premier round.

Deuxième round : Annellia tombe amoureuse de Mathieus, un étudiant noir plus âgé qu’elle. Elle parvient à attirer son attention et entretient avec lui des relations d’abord philosophiques puis sexuelles, chargées de violence et de frustration. Encore une fois, Annellia ne parvient pas à se faire aimer et découvre que Matthieus a déjà été marié avant d’abandonner sa famille.

Troisième round : Annellia découvre que son père est en réalité vivant et apprend par la même occasion qu’il est cette fois-ci réellement à l’agonie. Elle parcourt les Etats-Unis en voiture pour le retrouver et lui dire adieu. Elle y rencontre sa « chère amie » Hildie qui lui apprend que son père a un cancer, qu’une opération l’a défiguré et qu’il ne peut plus s’exprimer normalement. Hildie lui reproche par la même occasion de ne jamais être venue le voir pendant son séjour en prison. Annellia ne proteste pas et prétend avoir su qu’il était détenu. Ayant promis de ne pas regarder son père, elle profite finalement d’un moment d’inattention d’Hildie pour observer le mourant à l’aide d’un miroir. C’est alors qu’elle croise le regard furieux et plein de reproches de son père qui décède à cet instant. Conformément à son testament, elle le fait enterrer auprès de sa mère, au grand dam d’Hildie qui encaisse cependant le chèque de l’assurance qu’Annellia lui envoie – et qui devait constituer son seul héritage.

Verdict : 2-1 pour Joyce Carol ! Une écriture musicale et très exigeante qui place effectivement cet auteur parmi les meilleurs et fait une fois de plus honneur à l’irremplaçable littérature anglo-saxonne. L’histoire douce amère ne peut manquer de trouver un écho en chaque lecteur, rappelant des situations déjà vécues et soulignant avec acuité l’éternelle question de l’altérité et des conflits et blessures qu’elle engendre. Un beau roman qui, sans trop insister sur le contexte des années soixante, évoque clairement les déchirements de l’Amérique à l’époque du Civil Rights Movement.

Seul bémol : sans toutefois se poser en victime, Annellia est un être parfois fondamentalement passif, peu enclin au conflit, et donc prêt à endosser la responsabilité de crimes et méfaits non commis sans broncher, à se dénoncer injustement pour mettre fin à une quelconque tension, à accepter les pires reproches avec philosophie. Ayant désespérément besoin de se faire aimer, elle pardonne immédiatement, s’offre en pâture aux autres et semble concourir volontairement à son propre sacrifice. Vous me rétorquerez que c’est tout à fait normal au regard du portrait intimiste que l’auteur dresse de son personnage. Annellia est d’ailleurs forte à sa manière, résistant aux pires épreuves et excellant en cours dans l’adversité. Pourquoi pas ? Simplement, certains lecteurs auront comme moi envie de saisir à deux mains Annellia, la secouer une bonne fois pour toutes pour lui insuffler un semblant de volonté et de dynamisme, l’empêcher de s’humilier en poursuivant Vernor Matthieus… bref, exiger de mademoiselle un caractère bien trempé !

En résumé, malgré cette mise en garde de votre chroniqueuse qui vous avertit d’ores et déjà que votre héroïne ne sera pas prompte à se défendre, I’ll take you there est une réussite et la marque d’un écrivain incontournable. Une découverte à poursuivre…

290 p

09/01/2007

Shakespeare & Co

medium_ackroyd_william_cie.JPGUn léger frémissement en provenance de mon étagère. Puis un mugissement de protestation. Et hop ! Voilà Voyage au Bout de la Nuit qui plonge dans le chaos indescriptible de ma chambre. Lucía Etxebarría râle aussi. Depuis le temps qu’un marque-page casse les reins de son Milagro en Equilibrío ! Faut-il croire que votre chroniqueuse a l’esprit si mal tourné ? Inflige-t-elle volontairement une terrible torture aux romans abandonnés dans sa bibliothèque depuis des siècles ? Il faut croire que oui, car malgré tous les espoirs suscités par les bonnes résolutions 2007, j’attaque une fois encore avec Londres, époque victorienne oblige ! Louis-Ferdinand, ce n’est pas un saut dans le vide qui remettra une lectrice perdue dans le droit chemin !

William et Cie faisait lui aussi partie des livres délaissés et casés négligemment dans ma bibliothèque. Notre relation avait pourtant bien commencé, avec une lecture passionnée qui m’avait fait parcourir la moitié de ses pages en un temps record. Puis les vacances se sont terminées, les négociations internationales avec le Président du Chiwawastan ont repris et j’ai abandonné William à son sort… pour le reprendre cette semaine, la mine résolue, les yeux emplis d’espoir – et les lunettes fichées sur le bout du nez.

Ce livre s’adresse sans doute de préférence aux amateurs de Shakespeare. Ne faisant pas partie des fervents admirateurs de ce William-ci, j’étais mal partie.

L’histoire : William Ireland a 17 ans. Fils d’un bouquiniste, il fait la connaissance de la jeune Mary, passionnée comme lui de littérature mais cruellement marquée par la variole. William lui confie une curieuse découverte : une pièce de Shakespeare inconnue, pourtant entière et intacte. Les deux jeunes gens se lient d’amitié et Mary ne tarde pas à s’éprendre de la seule personne qui lui ait jamais accordé son attention. Influencé par son père ambitieux, William est contraint de faire expertiser les documents et de les rendre publics. C’est alors que des soupçons de faux commencent à peser sur lui. Les soupçons s’avèrent finalement justifiés. Trahie, Mary cesse de voir William, lui-même jeté en pâture aux journalistes et abandonné par son père. Mary tue sa mère dans un accès de folie et décède à l’asile. Alors que le doute subsiste tout au long du récit quant aux sentiments que porte William à la jeune femme, le récit s’achève avec une image forte à la symbolique intéressante : William déposant chaque année des fleurs rouges sur la tombe de Mary.

Verdict : un livre plaisant,  une lecture rapide et agréable. La fluidité du texte n’enlève rien aux personnages principaux, qui intriguent rapidement. William aussi bien que Mary sont des esprits torturés, des laissés-pour-compte en quête d’identité. La structure du texte laisse cependant le lecteur sur sa faim. Sans être trop long, le récit entre en détail sur les trouvailles du jeune William et ses premières conversations avec Mary. Puis, soudain, l’histoire s’emballe, une fin en partie imprévue vient bouleverser le récit. La relation centrale entre les deux héros passe au second plan, au profit du scandale des faux. La folie de Mary, bien que peu à peu annoncée, éclate avec une force inattendue, à tel point que le personnage devient moins crédible. Si le but de l’auteur était de surprendre son lecteur, il a sans doute en partie réussi. Mais on peut regretter le peu d’attention accordée aux deux héros une fois leurs crimes commis et dévoilés. La fin conclue à la hâte aurait sans doute gagné en intensité avec un portrait psychologique un peu plus fouillé.

Mais me voici qui pinaille, qui critique et semble avoir gardé une impression désagréable de cette lecture. En réalité, fervent admirateur de Shakespeare ou pas, vous passerez sans doute un bon moment en compagnie de nos héros. Sans être fascinants, ils intriguent, et leur originalité permet d’attendre d’intéressants rebondissements à la lecture. Et si l’érudition des personnages vous chagrine, peut-être est-ce parce que ce livre est une invitation à la lecture… parmi mes prochaines victimes (ou heureux chroniqués) : Hamlet ?

 219 p

02/01/2007

Un Salem à la sauce verte !

medium_lovecraft_dreams_witch_house.jpgAimez-vous les petites créatures vertes évoluant dans des dimensions parallèles et pouvant sortir de votre baignoire à tout moment ? Les villes appelées Nicloctis, Zouatimendraque et Alamedatankaga ? Les antiquités fantastiques où les villes étaient en carton et les hommes de drôles de mutants à trois têtes ?

Personnellement, mon esprit pourtant peu cartésien a une dent contre ces petites bêtes. Du fantastique dans un cadre plausible ? Parfait ! Des noms bizarroïdes et des tetrasaures improbables ? Mouaif.

Je vous l’accorde, le nom d’une ville et la morphologie des héros ne changent pas grand-chose à un récit, pas plus qu’une antiquité revisitée et relookée. Mais, pleine de bonne volonté et prête à accorder un peu de crédit à tout auteur fantastique le temps d’une lecture, votre chroniqueuse a plus de difficultés à entrer dans le jeu du narrateur dans un univers d’ores et déjà surfait. Poe, Maturin, Stocker… avec plaisir. Lovecraft… là, notre lectrice avance prudemment vers sa bibliothèque, la mine boudeuse, curieuse mais sceptique.

The Dreams in the Witch House ne l’aura pas radicalement fait changer d’avis. Pourtant, cette nouvelle n’est sans doute pas dénuée d’intérêt.

L’histoire : Walter Gilman, étudiant en sciences, décide de s’installer dans une maison presque abandonnée, dans la chambre autrefois occupée par l’une des sorcières jugées au procès de Salem. Ayant découvert que la sorcière Keziah avait fait part de connaissances étonnantes sur de prétendus mondes parallèles, Gilman est persuadé qu’il trouvera des traces de ces idées dans la chambre inhabitée depuis longtemps. Pourtant, la chambre est vide et l’étudiant ne parvient pas à avancer dans ses recherches. C’est alors que Keziah et l’immonde rat Brown Jenkins viennent lui rendre visite en rêve, lui faisant découvrir chaque nuit des mondes effroyables. L’instinct et le fantastique l’emportent alors sur la rationalité. Gilman dépérit et finit par décéder dans de curieuses circonstances. La maison est enfin démolie. On y retrouve dans une pièce condamnée depuis longtemps des ossements humains et des écrits, dont certains sont très récents. Le mystère reste inexpliqué et la sorcière n’est dès lors plus aperçue dans les rues de Salem.

Mon très humble avis : rédigée dans un style compassé, cette nouvelle confirme à mon avis ce qui a pu être reproché à Lovecraft (un style lourd et des expressions archaïques). Le récit aurait gagné à être plus court. Une fois l’intrigue et l’atmosphère définies, la narration est redondante et monotone. Les rêves décrits en détail cessent rapidement de nous intéresser. L’aspect SF m’a profondément ennuyée et la description des mondes parallèles m’a laissée de marbre. Plus généralement, le texte manque de dynamisme à mes yeux.

En revanche, j’ai beaucoup apprécié la connivence qui s’établit entre le narrateur et le lecteur, à travers les nombreuses allusions à l’histoire et à la littérature américaines, à commencer par les références à Poe (grande source d’inspiration pour Lovecraft). De même, la seule allusion au procès de Salem concerne le juge Hathorne, ancêtre de l’écrivain de The Scarlet Letter.

Lovecraft a lui-même dit: « There are my 'Poe' pieces and my 'Dunsany pieces' - but alas - where are my Lovecraft pieces ? ». A dire vrai, c’est l’intertextualité qui m’a intéressée ici, le petit plus SF de Lovecraft et son style plus affecté ne m’ayant pas trop convaincue.

Cela dit, je reste curieuse et lirai d’autres nouvelles de Lovecraft, qui reste tout de même une référence pour le moins atypique de la littérature américaine, puisqu’il a inspiré les écrivains populaires Stephen King et Clive Barker, les groupes de hard rock Black Sabbath et Iron Maiden ainsi que des auteurs consacrés comme Borges et Joyce Carol Oates ! Bref, Lovecraft n’a sans doute pas fini de m’étonner…

31/12/2006

Un dernier plongeon londonien !

medium_london_peuple_bas.jpgAprès plus d’un mois de silence, j’ai bien du mal à trouver mes mots pour cette toute dernière chronique 2006. Et, très cher lecteur, j’ai le regret de te dire qu’une fois de plus mes lectures ont été relativement sombres… Si les ruelles étroites et les passages sordides ne t’effraient pas, je t’invite à plonger dans les bas fonds de Londres avec moi !

Je dois avouer que j’attendais beaucoup du Peuple d’en Bas de Jack London. Au passage, j’en profite pour émettre quelques réserves sur ce titre malheureux qui rappelle bizarrement « la France d’en bas » d’un certain premier ministre. Cette adaptation me semble d’autant plus inappropriée que le titre anglais est « le Peuple de l’Abyme », abyme à laquelle London fait souvent référence au fil du texte. Qu’importe !

En 1902, Jack London vit pendant trois mois dans les quartiers de l’East End à Londres, se fondant parmi la population afin d’observer ses conditions de vie. London est particulièrement frappé par la misère crasse qui règne dans ces quartiers, par la surpopulation, les salaires ridicules, la famine et les maladies qui causent la mort des pauvres de Londres dans la solitude et la plus grande détresse.

Bien sûr, tout le monde a entendu parler de ces quartiers à travers les romans de Dickens ou de Charles Palliser. Chacun se fait une petite idée des rues sordides dans lesquelles ont évolué les victimes de Jack l’Eventreur. On repense peut-être aux quelques images inquiétantes du joyeux Mary Poppins. Bref, l’East End ne nous est pas inconnu, mais l’image que l’on s’en fait est généralement assez approximative, romancée et même romanesque.

Le mérite de London est d’avoir cherché à faire un compte-rendu précis de ses pérégrinations, de décrire les rues et leurs habitants et de ponctuer le tout de coupures de presse de l’époque. Les faits divers et les anecdotes sont particulièrement intéressants car ils permettent de se faire une meilleure idée des véritables conditions de vie des oubliés de l’époque victorienne. On découvre ainsi le cas d’une femme âgée retrouvée morte dans une chambre insalubre, victime d’une infection. Le journal de l’époque se contente alors de souligner le manque d’hygiène de cette personne, la rendant ainsi entièrement responsable de son décès. Les conséquences dramatiques des accidents du travail sont largement démontrées. De même, London se rend dans les asiles de nuit (« poor houses ») et en fait un récit effrayant. 

Ce livre est à mon avis très intéressant pour tous ceux qui souhaiteraient se documenter sur le Londres de l’époque victorienne. Les multiples exemples permettent au lecteur de mieux réaliser la précarité de la situation des habitants de l’East End. London ajoute à cela quelques chiffres (dépenses moyennes, nombre de morts à l’hospice ou à l’hôpital, etc). Ces données sont intéressantes mais un peu trop nombreuses à mon avis, car la force de ce témoignage tient aux situations concrètes que London dépeint, non aux statistiques difficiles à appréhender. Le texte devient également répétitif après un certain temps et je reproche à London d’avoir ponctué son récit de considérations d’une banalité affligeante sur les répercussions de l’industrialisation sur la société. Certes, ces commentaires étaient peut-être avant-gardistes à l’époque, mais London emploie par moments un style pompeux qui n’apporte rien à ce livre. J’ai aussi été un peu étonnée par quelques-unes de ses remarques. S’il cherche à dénoncer les injustices, il lui arrive aussi de parler des habitants de l’East End en employant des termes péjoratifs et avilissants qui m’ont quelque peu troublée.

Malgré ces critiques, le Peuple d’en Bas est un récit peu connu qui mérite à mon avis d’être découvert. N’hésitez pas à me donner votre avis !

27/11/2006

Oublier les notes de bas de page…

williams_glass_menagerie.jpgDifficile de présenter un livre quand on a été amené à le décortiquer à deux reprises dans le cadre de ses études. C’est pourtant ce qui est en train d’arriver à votre fidèle chroniqueuse qui vient tout juste de relire The Glass Menagerie et se demande comment elle pourra vous donner envie de découvrir ce titre qu’elle associe automatiquement aux longues heures passées à gribouiller dans la marge et à traquer la moindre allusion au personnage de Jim ou au thème récurrent de la solitude.

Pourtant, The Glass Menagerie est une pièce qui mérite d’être lue. Jugez-en par vous-mêmes :

L’histoire : aux Etats-Unis, dans les années sombres de la Dépression, les Wingfield vivent à l’écart du monde.

Amanda, la mère, vit dans ses souvenirs et ne cesse d’évoquer la joyeuse époque où elle avait pour prétendants 17 fils de planteurs fortunés. Abandonnée par son époux, elle a dû élever seule ses deux enfants et se désole de voir qu’ils n’ont pas réussi. Au nom de son amour maternel, elle prétend gérer leur vie sans s’apercevoir de sa maladresse.

Laura, la fille : à 23 ans, Laura passe ses journées à écouter de vieux disques et à nettoyer sa ménagerie de verre, une collection de petits animaux en verre. Boitant légèrement, Laura est maladivement timide et persuadée que tout le monde remarque son handicap. Incapable de nouer des amitiés, elle a abandonné ses cours de sténographie après être tombée malade pendant un test la rendant trop nerveuse. Vivant dans son monde, Laura ne semble pas voir qu’elle doit trouver un moyen de s’insérer de la société.

Tom, le fils : travaillant dans une fabrique de chaussures pour subvenir aux besoins de sa famille, Tom est un poète malheureux qui déteste aussi bien son travail que l’appartement familial. Rêvant d’aventures et ne pouvant pas vivre librement chez lui, Tom sort tous les soirs, soi-disant pour se rendre au cinéma. Il rentre saoul et, comme son père, veut abandonner sa famille pour découvrir le monde et vivre pleinement sa vie.

Jim : collègue de Tom invité chez les Wingfield au titre de prétendant pour Laura. Ancienne star de son lycée, Jim a moyennement réussi mais suit des cours du soir pour faire évoluer sa carrière et assouvir ses ambitions.

Difficile de présenter simplement cette pièce après en avoir étudié les moindres détails. Voici cependant mon humble avis : très poétique, ce texte est à la fois dur et profondément émouvant. Les personnalités des Wingfield et de Jim sont de même extrêmement différentes et complémentaires, d’où le dynamisme et la vivacité des réparties. La tension, l’attente, le rejet et l’amour qui lient les personnages les uns aux autres donnent à leurs dialogues une intensité extraordinaire. Les effets scéniques (musique et lumière essentiellement) renforcent l’impression créée par des dialogues souvent psychologiquement violents. Malgré la musicalité des textes, cette pièce est avant tout une tragédie familiale. Après les joyeuses tempêtes annonçant l’orage, The Glass Menagerie se clôt par une dernière scène d’une cruauté extrême qui s’achèvera avec le naufrage des Wingfield.

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Tennessee Williams, The Glass Menagerie, 1944

12/11/2006

Wilcox vs Schlegel : chroniques d'une mort annoncée

forster_howards_end.JPGPompes funèbres, fantômes et vampires. Voilà les débuts de ce blog. J’ai donc décidé de remédier à la morbidité croissante de mes chroniques et de faire appel à la douceur bucolique de l’Angleterre pour parvenir à mes fins. La recette du jour : Howards End de E.M. Forster (1910). Allez, hop ! Un petit plongeon et nous voilà à la fin de l’époque victorienne, entre Londres et la campagne anglaise. (Petit soupir d’aise)

Malgré mes bonnes intentions, je me dois de prévenir mes amis lecteurs : Howards End est une sombre histoire de rivalité entre deux familles. Il y a de la pluie (bon, je vous l’accorde, on est en Angleterre), des morts (finalement cette note semble mal partie pour s’éloigner des précédentes) et, pire encore, des tragédies. Maintenant que vous avez pu juger de la noirceur de mes dernières lectures, êtes-vous toujours prêts à suivre cette aventure victorienne ? Pour les quelques lecteurs qui me restent (… ah, il n’y a plus que toi ?), je continue !

Nous sommes à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Hélène Schlegel se rend à Howards End, petite maison de campagne des Wilcox, rencontrés brièvement lors d’un séjour en Allemagne. Hélène tombe amoureuse du plus jeune fils, Paul. Ils se fiancent et se séparent aussitôt. Mais ces fiançailles de quelques heures suffisent à jeter un vent de panique et à semer le trouble entre les deux familles. Les Schlegel, anglo-allemandes avant-gardistes et femmes émancipées, jugent les Wilcox peu dignes de la brillante Hélène. Les Wilcox, quant à eux, reprochent à la jeune fille ses origines étrangères et affichent un air supérieur de riches commerçants face à ces intellectuelles peu recommandables.

Pourtant, le sort les réunit à nouveau lorsque les Wilcox emménagent à Londres face à l’immeuble des Schlegel. Margaret, l’aînée, se rapproche alors de Mrs Wilcox malgré le fossé intellectuel qui les sépare. Femme dévouée sans opinion, Ruth Wilcox s’attache à Margaret et, lorsqu’elle tombe malade, lui lègue Howards End. A sa mort, les Wilcox décident de ne pas respecter ses vœux, la maison devant revenir à l’aîné. Ils n’informent pas Margaret.

A la suite de la mort de Mrs Wilcox, son époux commence lui aussi à entrer dans la vie des Schlegel et s’éprend rapidement de Margaret, malgré ses fréquentions artistiques jugées douteuses, ses opinions libérales et son impertinence. Il l’aide alors en la conseillant sur la situation professionnelle de Mr Bast, un de ses protégés. Suite aux conseils de Mr Wilcox, Leonard Bast perd un emploi stable et correctement rémunéré et se retrouve sans le sou, avec une femme à nourrir. Hélène Schlegel rend Mr Wilcox responsable de cette tragédie et lui voue une haine farouche. Malgré tout, Mr Wilcox demande Margaret en mariage. Celle-ci accepte, malgré les réticences de son jeune frère Tibby et le désespoir de sa sœur.

La déchéance des Bast conduit Hélène à faire irruption au mariage d’Evie, la fille d’Henry Wilcox. Margaret reproche à sa sœur de faire scandale et prend le parti de Mr Wilcox. Adoucie par les arguments d’Hélène, elle accepte cependant de demander à son fiancé de proposer une place à Mr Bast. Elle découvre alors qu’Henry a eu une aventure avec Mrs Bast, femme vulgaire autrefois rémunérée pour ses charmes. Margaret dit à sa sœur qu’ils n’aideront pas Mr Bast, sans en préciser la raison. Hélène disparaît. On apprend qu’elle a quitté l’Angleterre et refuse de voir sa sœur.

Quelques mois plus tard, Hélène se rend en Angleterre. Henry et Margaret lui tendent un piège et lui imposent un face à face. Sa longue absence est alors expliquée par son état : célibataire, Hélène est enceinte. On découvre que Leonard Bast est le père de l’enfant.

Ledit Mr Bast, rongé par le remord, décide précisément à cette période d’aller trouver Margaret pour prendre des nouvelles d’Hélène. Il apprend que les Wilcox se trouvent à Howards End et s’y rend à l’improviste. A son arrivée, une conversation animée a lieu dans la maison, car les Wilcox refusent de laisser Hélène porter atteinte à l’honneur de la famille. Charles Wilcox, le fils aîné, accueille Leonard Bast en le frappant du plat d’une épée. Mr Bast s’écroule, mort, victime d’un malaise cardiaque.

Charles, très sûr de lui, est traduit en justice et, à son grand étonnement, il est condamné à trois ans de prison pour homicide involontaire. Abattu, Mr Wilcox s’appuie sur Margaret et accepte de fermer les yeux sur l’état d’Hélène. Tous trois s’installent à Howards End. Hélène met au monde un petit garçon et Henry lègue finalement Howards End à son épouse, malgré le peu d’estime que lui portent ses enfants. Howards End marque la victoire finale des Schlegel dans cette lutte entre les deux familles.

Mon avis en demi-teinte : Howards End ne m’a pas totalement convaincue lorsque j’ai commencé ma lecture. Si le dernier tiers se lit d’un trait, les premiers chapitres m’ont causé quelques difficultés. Dans cet affrontement entre les tenants du conservatisme et ceux de la modernité, favorables à l’évolution des couches sociales et au vote des femmes, Forster a un peu forci le trait en rendant parfois ses personnages caricaturaux. Hormis Henry, qui sait parfois faire preuve de bienveillance, tous les Wilcox sont absolument antipathiques. Pas un trait de caractère pour nuancer un portrait accumulant tous les défauts : brutaux, limités, vains, pédants, cruels, indifférents, égoïstes, tels sont les enfants Wilcox. Ainsi, seuls les Schlegel sont attachants et, là encore, seule la complexité du personnage de Margaret m’a vraiment convaincue. Si Hélène est sympathique et brillante, ses excès libéraux et son manque de tact absolu la rendent parfois moins crédible.

Je reproche aussi à ce roman l’essoufflement rapide des premiers chapitres. L’histoire est parfois brutalement interrompue et l’on se demande si l’éditeur n’a pas oublié d’insérer quelques pages à ce volume aux transitions parfois un peu rudes. Enfin, les considérations semi philosophiques portant sur la modernité ou l’art alourdissent parfois le texte, en y ajoutant de longues tirades un peu fumeuses et peu convaincantes. Excès de pédanterie ?

Malgré ces critiques très personnelles et éminemment subjectives, Howards End reste à mes yeux une lecture agréable. Certains personnages gagnent en importance au fil du texte et l’histoire devient de plus en plus convaincante. Le choc des cultures et le fossé qui sépare les différentes couches sociales de l’ère victorienne sont au cœur de ce roman qui nous offre une vision incroyablement moderne de l’époque.

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E.M. Forster, Howards End, 1910

30/10/2006

Happy Halloween, Mr Dahl !

Chemedium_dahl_selected_ghost_stories.jpgr lecteur,


L’automne est déjà bien installé et, malgré tout, nos pauvres manteaux ne sont pas encore sortis de nos armoires. La pluie non plus n’est pas au rendez-vous.


Et pourtant… et pourtant, cher lecteur, n’entends-tu pas ce soir les feuilles mortes s’agiter bizarrement ? Ne les vois-tu pas tourbillonner de manière hautement suspecte sous le lampadaire juste au coin de la rue ? N’est-ce pas une ombre qui se tapit sous le buisson en bas de ta fenêtre ? Et cette fameuse armoire dont nous parlions il y a un instant, n’as-tu rien remarqué dans ses recoins obscurs en y jetant négligemment ta veste il y a une heure ?


Rien de plus normal… car cher lecteur, le soleil ne t’induira pas en erreur, non, car toi aussi tu sais que ces phénomènes étranges en annoncent de plus terribles encore, car le grand soir approche… demain, les morts se lèvent et dansent ensemble pour Halloween !


Pour fêter dignement cela, et avec suffisamment d’anticipation pour permettre à tout lecteur insatiable de se procurer en urgence LE livre le plus approprié en cette fameuse nuit du 31 octobre, votre nouvelle (mais déjà fidèle) chroniqueuse a décidé de vous présenter un recueil… attention ! pas n’importe quel recueil… car il s’agit d’histoires de fantômes !


Très cher lecteur, il y a quelques années, tu étais assez jeune pour lire des histoires pour enfant (tu en lis peut-être encore, mais restons-en aux toutes premières découvertes, car je suis sure que tout petit tu connaissais déjà l’auteur dont nous parlons). Comme tout enfant qui se respecte, tu as sûrement croisé quelque part la route d’un jeune Charlie, d’une petite Mathilda et autres James. Sorcières, grosses pêches et chocolateries t’ont sûrement fasciné, étonné, angoissé, émerveillé… en résumé, cher lecteur, ta première rencontre avec Roald Dahl a certainement été un choc, une révélation, et dans la plupart des cas, l’histoire d’une longue complicité.


Alors que dirais-tu de te replonger pour Halloween dans cet univers lointain ? Il ne te reste plus qu’à saisir les Roald Dahl’s Selected Ghost Stories. Mais de quoi s’agit-il ?


Warning : le titre est trompeur. Ces histoires n’ont pas été écrites par Dahl. Quel rapport, alors ? Il s’agit d’une dizaine d’histoires choisies par Roald Dahl en vue d’une série télévisée (qui n’a jamais vu le jour). La plupart ont été écrites dans les années cinquante mais les plus anciennes remontent au XIXe. Les auteurs sont inconnus pour certains, d’autres le sont beaucoup moins (Le Fanu, Edith Wharton…).


Les histoires : du fantôme cherchant sa revanche à l’esprit qui n’a pas achevé sa mission sur terre, du métro londonien à la maison hantée en passant par le bateau fantôme, ces récits sont pour le moins variés.

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Un bémol : les histoires sont à mon avis d’inégale valeur. Le récit norvégien Elias and the Draug est en particulier très décevant, absolument prévisible et mortellement ennuyeux. Cependant, presque toutes les nouvelles restent très convaincantes et, si elles ne parviennent pas toujours à vous effrayer, constituent un excellent divertissement. Bonne lecture !


Tiens, vous n’avez pas entendu un grincement, là, derrière ?

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Roald Dahl (une sélection de), Selected Ghost Stories, 1984 (?)

29/10/2006

Le Cher Disparu, Evelyn Waugh

waugh_cher_disparu.JPGCher lecteur,

C’est avec beaucoup d’émotion, de joie et de sautillements ravis que je te souhaite la bienvenue sur mon tout nouveau blog ! J’ai cependant réalisé aujourd’hui que mon nouveau statut de chroniqueuse m’imposait de rédiger le tout premier article publié sur ce blog. Aïe ! Mouvement de panique… l’instant est grave !

Tout blogomane doit un jour mettre en ligne un premier texte. D’une main tremblante, il farfouille dans sa bibliothèque, choisit LE livre, celui dont il parlera avec enthousiasme et moult débordements, afin de plonger ses premiers lecteurs dans un monde plein de rebondissements et de compter immédiatement parmi ses fidèles l’âme la plus insensible qui soit. (Vous le voyez déjà, notre blogomane est un animal unique en son genre, connu pour son optimisme hors normes).

C’est donc avec cette épée de Damoclès pesant sur sa tête que notre jeune chroniqueuse a décidé de vous faire part de sa dernière lecture, Le Cher Disparu, dont le titre guilleret lui a semblé tout à fait propice au mois d’octobre et à une lecture au coin du radiateur (« au coin du feu » aurait été plus approprié, mais même mon âme romanesque n’ose pas se risquer à allumer un feu en plein Paris…).

Le Cher Disparu, disions-nous. C’est en effet le sourire aux lèvres et de très bonne humeur que l’on ferme ce livre une fois dévoré. Mais suivons pas à pas notre jeune lectrice sur les traces d’Evelyn Waugh !

Extrait :

« … Sur le sein gauche, que le soutien-gorge faisait pointer, étaient brodés les mots : Hôtesse funéraire.
- Puis-je vous être utile à quelque chose ?
- Je suis venu pour des obsèques.
- C’est pour vous ?
- Sûrement pas. Est-ce que j’ai l’air tellement moribond ? »

 

Contexte : Hollywood, aux lendemains de la deuxième guerre mondiale.

L’histoire : Lorsque Francis Hinsley découvre un inconnu dans son bureau et apprend que les studios Megalopolitan pourront désormais se passer de ses bons et loyaux services, il ne lui reste plus qu’une seule issue : la pendaison. Son jeune ami Dennis Barlow est dès lors chargé par la communauté anglaise d’organiser les obsèques de l’artiste. Les funérailles devront être grandioses, inoubliables, et tout le gratin d’Hollywood y assistera (à commencer par le personnel des Films Megalopolitan, bien entendu). Barlow abandonne donc pour quelques jours son poste aux Bienheureux Halliers (pompes funèbres animalières) et se rend aux Célestes Pourpris, spécialistes du rite funéraire. « Entre étranger et sois heureux ». Telle est la devise de l’illustre entreprise, dont les clients sont les « Chers Disparus ».

Art et pompes funèbres : les « Délaissés » (les proches) sont invités à choisir parmi une multitude de services haut de gamme pour leur Cher Disparu. Cher lecteur, juge par toi-même les propos tenus par l'employée des Célestes Pourpris : « Le Cher Disparu » devra-t-il avoir l’air « serein et tranquille » ou « ferme et direct » ? Devra-t-il avoir le sourire de « l’enfance heureuse » ? Quelle exposition ? Exposition mi-corps ou chaise longue ? Ah, le Cher Disparu s’est pendu… non, non, le mi-corps sera parfait. La semaine dernière nous avons eu un noyé à peine identifiable, et nos équipes ont fait des merveilles ! Pour l’enterrement, souhaitez-vous la salle des sarcophages ? Un poète ? Mais il faut l’installer dans l’Ile des Poètes, c’est là que reposent nos plus illustres Chers Disparus !

Amour et pompes funèbres : prenez un embaumeur et une cosméticienne pour Chers Disparus. Quoi de plus naturel que d’exprimer leurs sentiments à travers leur art ? Prenez une carte de visite, faites-en une ellipse, pliez-là au milieu, appliquez le tout sous les lèvres du défunt et le voilà qui réchauffera le cœur de la cosméticienne qui, en soulevant le drap pour une mise en plis, verra étinceler sous ses yeux un sourire irradiant de bonheur… Allons, comment rester de glace devant une telle déclaration ?

Humour noir et satire, tels sont les maîtres mots de ce roman d’Evelyn Waugh qui dépeint avec une certaine cruauté l’Amérique et ses clichés. Outre la représentation ubuesque de « l’art funéraire », Waugh revient également sur le mythe du triomphe à l’américaine, ironisant sur toutes ces jeunes filles si parfaites et si semblables, avant de souligner la fragilité de telles constructions sociales. C’est ainsi que notre cosméticienne Aimée, après avoir réglé sa vie amoureuse sur les conseils du brahmane Guru d’une feuille de chou locale, décidera de mettre fin à ses jours après avoir consulté le charlatan…

Une excellente introduction pour moi qui n’avais pas encore lu Waugh (mais qui le relirai bientôt)… typiquement britannique, ce livre agréablement écrit amuse et étonne, et, pour tout avouer, je ne suis pas restée indifférente au sadisme du narrateur, dont le récit ironique m’a réjouie tout au long de ma lecture.

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Evelyn Waugh, Le Cher Disparu, 1948