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24/05/2010

You don't own me

greer_histoire mariage.jpgQuelle jolie couverture que celle de L'Histoire d'un mariage d'Andrew Sean Greer, entre fraîcheur et nostalgie ! A l'image d'un livre qui m'a bien plu, malgré quelques réserves.

Etats-Unis, années 50. La narratrice Pearlie Cook nous fait pénétrer dans son foyer au moment où se joue une étape décisive de son mariage avec Holland Cook, cet homme qu'elle a rencontré adolescent puis retrouvé par hasard sur une plage à la fin de la guerre. Le couple semble vivre heureux avec leur fils handicappé Sonny et leur chien muet, en dépit de l'étrange maladie de coeur de l'époux qui pousse Pearlie à découper les faits divers brutaux dans les journaux afin de le préserver. Un jour sonne à la porte un étranger, Buzz. Muni de cadeaux, cet homme sorti du passé de Holland s'apprête à briser le fragile équilibre sur lequel repose le mariage des Cook.

Ce roman bien écrit décrit avec aisance la période des années cinquante : les générations revenues de la seconde guerre mondiale, celles parties depuis peu en Corée, la ségrégation et les prémices de la lutte pour les droits civiques, sans parler des petites choses insignifiantes du quotidien, tels que la visite matinale du livreur de lait, les lieux de danse ou les soirées passées à écouter la radio.

Quant au récit lui-même, l'histoire d'un mariage, il part à mon avis d'une idée très intéressante et m'a séduite, même si on peut lui reprocher quelques longueurs et certaines maladresses. Plusieurs révélations sont distillées au compte-goutte. Si le procédé est intéressant a priori, sa récurrence finit par devenir un peu lassante et ne permet pas forcément à l'auteur d'exploiter d'autres aspects de son sujet, à commencer par le regard qu'Holland Cook porte sur son mariage. Comme d'autres, j'ai trouvé que l'une des informations brutalement révélées n'avait aucune raison de constituer un mystère, même si cela a sans doute pour but de déstabiliser le lecteur en lui donnant une idée fausse au départ  et permet de donner au récit une nouvelle dimension. Quoi qu'il en soit, on ne fait pas un livre avec des "si" et des "peut-être" et, tel qu'il est, j'ai déjà beaucoup apprécié ce roman que j'ai trouvé empreint de sensibilité et très agréable à lire, hormis quelques petites  longueurs. Pearlie Cook est attachante et j'ai beaucoup savouré cette fin où l'on réalise que le couple s'est forgé une idée erronée de cette période importante de leur mariage, se trompant sur les intentions de l'autre pendant des années. Finalement, les zones d'ombre peuvent constituent aussi un atout. Un moment doux amer que l'on déguste avec plaisir.

Ce livre a été très largement commenté sur la blogosphère ; les avis de : Amanda, Brize, Cathulu, Cécile, Clarabel, Cuné, Dasola, Heclea, Joëlle, Jules, Kathel, Lili, Lillly, Ma, Manu, Papillon, Plaisirsacultiver, Sibylline, Voyelle et consonne...

Merci à Marie des éditions du Points pour cette très jolie découverte !

("You don't own me" : titre des Blow Monkeys)

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264 p

Andrew Sean Greer, L'Histoire d'un Mariage, 2008

18/05/2010

Victoria, I'm coming (again) !

harwood_seance.jpgAmateurs de spiritisme, siphonnés de la table tournante, Victoriens dans l’âme, vous êtes prêts à affronter les averses anglaises, à fouler de vos bottines encrassées le sol londonien, quand il ne s’agit pas de mettre les pieds dans un manoir lugubre où se passent de drôles de choses ? J’ai là le livre qu’il vous faut, et ça tombe plutôt bien car vous risquez très sérieusement de vous régaler : La Séance de John Harwood.

 

Tout commence avec le journal de Constance, jeune fille de bonne famille sur qui le sort semble s’acharner. Habitant près de l’hôpital des enfants trouvés, elle est persuadée d’avoir été adoptée depuis que sa petite sœur est morte, rendant sa mère indifférente à tout, dans une maison où le père semble fuir tout contact avec sa famille, leur préférant ses recherches à la bibliothèque. Pour faire le bonheur de sa mère, Constance l’entraîne à des séances de spiritisme, s’entendant avec une médium pour que sa mère croie être en contact avec Alma, sa fille morte à l’âge de deux ans. Malheureusement, le projet tourne court et Constance se voit contrainte de vivre chez un oncle tout juste rencontré. C’est alors qu’inopinément, elle hérite d’un manoir légué par une parente éloignée, qui lui est totalement inconnue. Un manoir dont l’histoire a été marquée par des événements particulièrement sordides.

 

Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas gâcher votre plaisir, l’histoire étant tout à fait passionnante et faisant de ce roman une véritable menace pour votre vie sociale qui, le temps d’une lecture, sera réduite à néant. Car il est impossible de s’arracher à ce livre où tout concorde à subjuguer le lecteur : plusieurs récits enchâssés l’un dans l’autre ; des points de vue et des angles d’approche différents ; un environnement qui, en ce qui me concerne, constitue mon cadre de prédilection ; enfin, une écriture très agréable. Au final, un récit absolument captivant et intelligemment mené qui ravira les amateurs de romans du XIXe (malgré quelques coquilles : « craignez-vous … ? » à quoi l’on répond « Peur ? Peur ! » - on imagine bien « do you fear… ? » « Fear ? Fear ! » qui là était compréhensible ; Clara qui devient un instant Carla et une ou deux petites choses que j’ai depuis oubliées).

 

Un vrai régal, un livre dont je ressors vraiment enthousiaste et que je compte recommander autour de moi. Un livre qui, je l’espère, vous séduira rapidement lors de sa sortie en librairie (le 3 juin).

 

Merci à Solène au Cherche-Midi pour cette visite d’un manoir isolé, et les aventures qui en ont découlé !

 

Voici quelques livres chroniqués par ici et qui pourraient vous tenter également si ce sujet vous inspire : Angelica d’Arthur Phillips ; The Thirteenth Tale de Diane Setterfield ; De Pierre et de Cendre de Linda Newbery.

 

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359 p


John Harwood, La Séance, 2009

 

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13/05/2010

Psychose

boyle_riven rock.jpgJ'ai depuis des années Water Music de T.C. Boyle dans ma bibliothèque, mais je n'avais encore jamais lu cet auteur jusqu'à ce B.O.B. lance un partenariat et me permette de découvrir Riven Rock, dont la couverture intrigante (et qui bizarrement me fait penser à Frida Kahlo) ne m'a pour une fois pas trompée.

Début du XXe. Héritier d'un magnat de l'industrie céréalière, Stanley McCormick est interné dans un hôpital psychiatrique. Obsédé par la gent féminine, dangereux pour les autres et suicidaire, l'ancien mondain ne peut plus voir sa jeune et belle épouse puisqu'il est susceptible de l'agresser. Elle décide pourtant de le retirer de l'institution pour le conduire dans une prison dorée avec vue sur la mer, engageant à grands frais l'équipe médicale qu'il avait jusqu'alors, espérant ainsi accélérer sa guérison.

Difficile de rendre justice à ce roman fleuve aux ramifications multiples. Les personnages sont décrits avec une grande précision et, il faut bien le dire, une certaine noirceur. C'est une idée plutôt pessimiste de l'Amérique qui nous est donnée. Une Amérique où l'opulence fait face à une relative pauvreté, où les personnages fascinants se mélangent à d'autres plus médiocres, où les motivations des uns et des autres ne sont jamais tout à fait innocentes. Un roman dense, foisonnant à découvrir absolument !

Un grand merci à BOB et au Livre de Poche !

693 p

TC Boyle, Riven Rock, 1998

08/05/2010

Aux sombres héros de l'amer

carroll_chasse_snark3.jpgUn petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou ! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, La Chasse au Snark de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.

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La chasse au Snark va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin en un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocace dans laquelle se trouvent embourbés les personnages ! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir !

Ainsi pour réanimer le boulanger :

"The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)

Ou encore :

"And the Bellman cried "Silence ! Not even a shriek !" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri ! / excité et faisant sonner sa cloche).

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carroll_Snark_cover.pngA noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).

On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose :

« J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »

carroll_jabberwocky-1.jpgLa Chasse au Snark est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans Through the Looking Glass), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).

J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original : C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).

Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark !

Les avis d'Alice (qui a beaucoup parlé de Lewis Carroll sur son blog où Tenniel est lui aussi très présent), Cryssilda, Lilly, Maggie, Mélisendre, Praline, Tortoise,

Encore merci à Lise !

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132 p

Lewis Carroll, La chasse au Snark, 1876

* Pourquoi ce titre ? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense !

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28/04/2010

England, England across the Atlantic Sea

coe_bienvenue club.jpgVoilà quelques années déjà que je voulais découvrir Jonathan Coe. C'est désormais chose faite avec Bienvenue au club, qui sera certainement bientôt suivi d'autres lectures !

Dans un roman assez dense, Coe nous offre un large panorama des années 70, mettant l'accent sur l'histoire politique du pays et le contexte sociétal tendu de ces années caractérisées par les attentats de l'IRA, la montée de l'extrêmisme et les grèves en masse, peu avant l'arrivée de la dame de fer Mme Thatcher. Mais n'allez pas croire que ce livre va vous asséner des leçons d'histoire ou vous servir de somnifère avant de vous mettre au lit !

Si la toile de fond offre une belle perspective sur toute une époque, l'histoire est avant tout celle d'une bande de copains et de leurs proches. Benjamin et ses amis bons élèves, mélomanes ou écrivains en herbe. Leurs parents, amis ou pas, qui se croisent plus ou moins dans le cadre professionnel ou pendant les réunions parents-profs. Approchant parfois la grande Histoire, tous vivent une vie normale et touchante lorsqu'ils tentent de lui donner un nouveau départ, comme ce chauffeur de bus devenant un rat de bibliothèque pour reconquérir sa femme, séduite par le prof de dessin Plume-dans-le-cul.

En fin de compte, ce sont beaucoup de petites histoires a priori insignifiantes qui, mises bout à bout, forment un récit riche, amusant et empreint d'une grande sensibilité. La forme est également au rendez-vous, Coe s'amusant à multiplier les registres, entre les récits à la 1ère ou à la 3e personne, les lettres ou les articles de journaux. Les registres ne manquent pas, le livre alternant entre des sujets sérieux et des anecdotes pleines d'humour. Un livre fait pour ceux qui aiment les bons gros romans associant un contenu intéressant à une forme divertissante, et qui ravira particulièrement ceux que la Grande-Bretagne passionne. Un bel hommage à l'Angleterre des années 70 !

L'avis d'Alice

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537 p

Jonathan Coe, Bienvenue au club, 2001

20/04/2010

Au Nom du Père

evenson_pere_mensongs.jpgVoilà un livre qui a fait couler beaucoup d'encre dans la blogosphère et qui a en général beaucoup plu, malgré un sujet assez dérangeant.

A la demande de sa femme, l'homme d'Eglise Fochs se rend chez un psychiatre afin de lui parler de ses nuits troublées par des crises de somnambulisme, des accès de violence et des paroles obsènes prononcées d'une voix qui n'est pas la sienne. Il en vient à évoquer ses rêves pédophiles et sadiques, dont les victimes sont les membres de sa congrégation. Déjà malsain en soi, ce cas pose rapidement un problème de conscience au médecin qui fait le lien entre un meurtre qui a eu lieu et les déclarations croustillantes faites par le doyen Fochs. Il se heurtera ensuite à la solidarité de l'Eglise vis-à-vis de leur membre, la confrérie se préoccupant davantage de sa propre réputation que de questions de justice et de morale. Ce tableau franchement nauséabond de l'Eglise, cette dénonciation du pouvoir que la religion corrompue peut avoir sur les fidèles, cette démonstration extrême des excès que peut engendrer le fanatisme et l'amour du pouvoir forment le fond de toile de ce roman.

Mais ce qui rend le récit si intéressant tient surtout à la complexité du personnage principal, dont on ne tarde pas à deviner qu'il est atteint de troubles de la personnalité, peut-être de scizophrénie. Se met ainsi en place un jeu subtil entre le psychiatre, le lecteur et l'homme d'Eglise. Les formats divers, les changements de narrateur facilitent la manipulation et font de Père des Mensonges un roman fascinant qu'on a bien du mal à refermer. L'impossible côtoit la réalité, les fantasmes éclairant des faits divers sordides, des situations surréalistes se produisant sans que l'on sache exactement si elles sont les inventions d'un esprit malade ou sa version d'une autre réalité. Fochs est ainsi suivi par deux hommes en noir qui, malgré leur comportement violent, représentent en quelque sorte la bonne conscience, mais aussi par un homme écorché qui évoque l'inverse. Avec un petit côté christique, l'écorché vient à son secours à chaque mauvaise action, après avoir joué les tentateurs. C'est au final davantage au Malin qu'il fait penser, exigeant au final le corps de Fochs et de sa fille en échange de son aide. Le doyen finit par projeter ses fantasmes sur ce personnage imaginé qui prend de plus en plus ancrage dans la réalité, jusqu'au point de non retour : le viol de Fochs.

L'ambiance est assez oppressante grâce à un schéma narratif qui fait facilement ressortir la folie du personnage et des faits de plus en plus glauques. L'intérêt du livre tient également à la réaction de la famille du doyen, y compris la femme qui finit par se rendre compte de la monstruosité de son époux. La fin est peut-être le petit bémol : rapide, elle semble moyennement crédible puisque la police renonce miraculeusement à enquêter sur Fochs. En revanche, elle réussit finalement à désarçonner une fois de plus le lecteur, avec une conclusion pronfondément amorale et choquante qui peut peut-être se voir comme une dénonciation des pratiques de certains groupuscules (religieux ou non), lorsqu'elles sont poussées à l'extrême.

Un roman passionnant, moins éprouvant à lire qu'il n'y paraît et au final, une lecture qui fait réfléchir. A ne pas laisser passer.

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233 p

Brian Evenson, Le Père des Mensonges, 1998

D'autres avis (et ils sont nombreux !) : 1001 Livres, Amanda, Canel, Cathulu, Choco, Clara C, Cuné, Dasola, Entre-deux-Noirs, Fric Frac Club, Hecate, Isaletelie, Karine:), Katel, Keisha, Leiloona, Nils Ahl du Monde des Livres, Pimprenelle, Stephie, Ursula ainsi qu'une interview de Brian Evenson dans Le Magazine Littéraire.

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Marilyn Manson, AntiChrist Superstar, qui symbolise bien cette évocation provocatrice d'une certaine Amérique par son détournement des codes religieux ainsi que par la violence et la sexualité brute que dégage l'univers qu'il a créé.

05/04/2010

What's the play about ?

woolf_scene_londonienne.jpgHabituée à courir tout le temps ces derniers mois, j'ai savouré ce week-end relativement calme au cours duquel, miracle, j'ai eu le temps de finir deux livres, de me prélasser dans un bon bain et de faire une grasse matinée (mais un tel relâchement en trois jours, est-ce bien raisonnable ?). Toujours est-il que je n'ai pas quitté Londres le temps de mes lectures, en parcourant notamment ses rues grâce à La Scène Londonienne de Virginia Woolf.

Composé de six textes courts pour la première fois réunis tous ensemble, ce petit livre est l'occasion pour nous de redécouvrir l'Angleterre sous le regard parfois amusé, parfois féroce de l'écrivain. Sous des dehors poétiques, la chronique s'avère souvent romanesque, drôle et impertinente, à l'exception d'un texte sur la Chambre des Communes qui laisse transparaître l'inquiétude qu'inspire à Woolf la politique étrangère et, plus particulièrement, le pacte AntiKommintern.

Le premier texte sur "Les Docks de Londres" fait partie de mes favoris, avec cette description par le menu d'une Tamise aux rivages enlaidis par la révolution industrielle de l'ère victorienne, rigueur et poésie se faisant écho à chaque instant. "Quand une fenêtre est brisée, elle reste brisée. Un incendie qui a dernièrement noirci et boursouflé l'un d'eux ne semble pas l'avoir rendu plus lugubre et misérable que ses voisins. Derrière les mâts et les cheminées s'étend une ville naine et sinistre de maisons ouvrières. Au premier plan grues et entrepôts, échaffaudages et gazomètres alignent le long des rives leur architecture squelettique" (p9).

Une fois notre navire débarqué à Londres, nous voilà en route pour Oxford Street où les marchandises déballées sur les quais se retrouvent transformées et soigneusement présentées pour faire découvrir aux badauds les joies des plaisirs mercantiles.

Vient ensuite le moment de faire une courte pause et d'aller retrouver quelques grands hommes en visitant leurs maisons désormais transformées en musée. Celle de Carlyle, privée des conforts modernes, ou encore celle de Keats, vide à l'exception de quelques chaises. "Aucune scène animée ne nous vient à l'esprit. On n'imagine pas qu'on ait pu ici manger et boire, entrer et sortir, que des gens ont dû poser des sacs, laisser des paquets, qu'ils ont dû récurer et nettoyer et se battre avec la saleté et le désordre et porter des seaux d'eau du sous-sol aux chambres à coucher. Tout le remue-ménage de la vie est réduit au silence. La voix de la maison est celle des feuilles caressées par le vent, celle des branches qui frémissent dans le jardin. Une seule présence - celle de Keats - reste encore ici. Et même lui, bien que son portrait soit sur tous les murs, semble passer en silence, mêlé aux flots de lumière, incorporel, sans bruit de pas." (p39-40)

Après les écrivains morts, un petit détour par les abbayes et cathédrales semble tout indiqué (d'une maison à une autre...). La propreté et le calme absolu s'imposent à St Paul, tandis que Westminster, plus "étroite et anguleuse" semble abriter des grands hommes sur le point de se relever. Paix à leur âme, quelques défunts trouvent réellement le calme... dans les cimetières transformés en jardins publics.

Enfin, après un tableau peu flatteur de la Chambre des Communes ("Cette machine gigantesque imprime sa marque sur ce matériau d'humanité quelconque" p63), nous pouvons achever notre tournée chez une Anglaise experte en potins, sans qui Londres ne serait point !

Une virée saisissante et pleine de charme, qui me met en appétît pour la suite...

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77 p

Virginia Woolf, La Scène Londonienne, 1931-1932

 

Lecture dans le cadre du challenge Virginia Woolf qui aura lieu jusqu'à fin 2010.

La Maison de Carlyle et autres esquisses : Pascale,

Les Vagues : Tif,

Le Vieux Bloomsbury : Mea,

Mrs Dalloway : Keisha, L'Or des Chambres, Mango, Mea,

Orlando : DeL (à venir), Titine,

Promenade au phare : Keisha,

Virginia Woolf par Alexandra Lemasson : Maggie,

 

Et pour nous accompagner pendant le Lady Swap, voici la bibliographie non exhaustive ici.

woolf1.jpgportrait lady.jpgchallenge-bloomsbury4.jpgj'aime-les-classiques.jpgEnglishClassics.jpg

21/03/2010

Meurtre à la victorienne

braddon_henry dunbar.jpgIl y a quelques mois j'ai lancé le défi Mary Elizabeth Braddon, et j'étais loin de me douter que je passerais un aussi bon moment en compagnie de cette "charmante" Victorienne. Ce qui ne m'empêche pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient lire Henry Dunbar : ne lisez pas la quatrième de couverture, à moins de souhaiter savoir tout ce qui va se dérouler jusqu'à la page 387 (sur un total de 474 pages, l'éditeur a fait fort !). Ayant commencé ma lecture sans me souvenir du résumé, j'ai été tentée d'y jeter un oeil en pensant recueillir quelques informations sur l'auteur. J'ai ainsi découvert le premier meurtre qui n'a pas lieu au début (loin de là!). Arrivée à la moitié du livre, j'ai jeté un nouveau coup d'oeil au résumé et j'ai ainsi découvert ce que je soupçonnais depuis le début et qui ne devait être vraiment révélé que bien plus tard. Autant dire que, pour ceux qui détestent les spoilers et sont d'autant plus intéressés par un roman qu'ils n'en connaissent pas le déroulement, cette quatrième de couverture est à bannir.

Mais pour en revenir à nos moutons et à nos Victoriens assassinés, le très "respectable" Henry Dunbar est un banquier "anglo-indien" revenu en Angleterre pour hériter des fonctions de son défunt père, après avoir été chassé de la maison mère à la suite d'une escroquerie. Millionnaire, Dunbar entend bien profiter des privilèges de son nouveau statut et doit retrouver sa fille, qu'il n'a pas vue pendant des années. A son retour, son ancien serviteur et ami Wilmot est assassiné. Or, Wilmot ayant été lié à sa fâcheuse affaire en contrefaisant des signatures à sa demande, on est en droit de penser que Dunbar l'aura occis pour que son passé ne le rattrape pas dès son retour. Autour de cela s'imbriquent d'autres histoires : de l'amour, des jeunes gens et du chantage viennent s'ajouter à l'intrigue principale.

On devine très rapidement la solution de l'énigme, et ce n'est pas tant là que réside l'intérêt du roman. La question est de savoir comment les personnages découvriront la vérité, de savourer une histoire aux ramifications nombreuses, avec des personnages au parcours personnel intéressant, une structure plus proche du roman d'aventures que du "whodunit" classique, le tout parsemé de descriptions très romanesques qui prêtent parfois à sourire. Si la trame du roman est assez simple, Braddon parvient à l'étoffer pour en faire un récit dense et ma foi, passionnant ! J'ai parfois ri en découvrant que les Anglais sont extrêment chaleureux et tactiles (à l'inverse des Anglo-Indiens réputés pour leur froideur), en lisant les déclarations larmoyantes des filles à leur père ou en supportant la niaiserie qui n'est tout de même pas loin de pointer le bout de son nez chez les personnages féminins - comme quoi, même les femmes indépendantes à la Braddon étaient encore assez influencées par la morale victorienne pour cantonner leurs personnages aux rôles dévolus à leur sexe. Malgré tout, l'impertinence et l'ironie ne sont pas souvent loin : ainsi on ne comprend pas qu'un personnage au revenu tout au plus raisonnable puisse se permettre de conduire un interrogatoire sérieux face à un millionnaire : "comment osait-il, ce coroner, dont le revenu était, au plus, de cinq cent livres par an, comment osait-il discuter ou trouver invraisemblable une assertion de Dunbar ?" (p119-120) On pourra enfin reprocher à Braddon de se laisser parfois un peu emporter par un enthousiasme de jeune fille, mais le résultat est purement jubilatoire tant il est amusant : "Pour l'amoureux, ce regard était plus précieux que Jocelyn's Rock et une noblesse qui datait des premiers Stuart d'Angleterre; à ce regard inestimable succédèrent des rougeurs pudiques, fraîches et radieuses comme la corolle humide de rosée d'une pivoine cueillie au lever du soleil" (p201). Et même si Mary Elizabeth Braddon a purement et simplement abandonné l'un des personnages principaux du début une fois ce malheureux éconduit par sa belle, je ressors enthousiaste de cette lecture qui fleure bon le roman populaire classique et n'est pas sans rappeler Wilkie Collins. Une expérience à renouveler !

A la demande de plusieurs participantes, je vous propose de continuer le challenge Braddon jusqu'à fin décembre 2010, le but étant toujours de lire les romans qui nous tentent, sans titres ou quantités imposées. Vous pouvez vous inscrire à n'importe quel moment de l'année et me laisser ensuite les liens vers vos billets pour que je puisse faire un bilan de toutes les lectures à la fin de l'année. Je prévois de faire gagner un petit cadeau à un/une participante(e) (par tirage au sort, à raison d'un papier à votre nom par critique, et en inscrivant deux fois le nom des personnes qui ont publié leurs billets avant ce soir - date proposée à l'origine pour le challenge).

Et voici les livres lus pour l'instant dans le cadre du challenge (j'espère ne pas avoir fait d'oubli, si c'est le cas surtout manifestez-vous !) :

Aurora Floyd : Cécile, Mea (rajouté après le 21/03)

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula,

Lady Isle : Cécile (rajouté après le 21/03)

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Keisha, Malice, Mango, Titine,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

Je suis aussi à la recherche du billet de Rachel, qui a lu un roman elle aussi (help !).

Et pour ceux qui sont tentés, vous pouvez participer à une lecture commune autour de Virginia Woolf en publiant un billet le 1er avril.

474 p

Mary Elizabeth Braddon, Henry Dunbar, 1864

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06/03/2010

Come and follow us !

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Ladies and gentlemen,

Dans la foulée du swap The Portrait of a Lady, Titine et moi vous proposons d'accompagner le swap de lectures tirées de la bibliographie (non exhaustive) préparée pour les valeureuses participantes. Pour ceux et celles qui le souhaitent, n'hésitez pas à découvrir quelques-uns de ces titres d'ici la fin du mois d'avril, en nous indiquant les liens vers vos billets dans les commentaires de ce message (ou de celui publié en parallèle par ma coéquipière de choc !). Pour le 1er avril, nous avions déjà prévu de lire Orlando de Virginia Woolf, mais toute publication woolfienne à cette date est également la bienvenue !

J'en profite pour remercier les participantes du swap qui, non contentes d'être adorables avec nous, font preuve d'un enthousiasme communicatif idéal pour coacher les deux victoriano-british-classic lovers que nous sommes !

Et voici la fameuse biblio :

 

Les écrivains :

 

AUSTEN Jane

-Orgueil et préjugés

-Raison et sentiments

-Emma

-Persuasion

-Northanger Abbey

-Lady Susan

-Mansfield Park

-Sanditon/Les Watson

-Lady Susan

-Juvenilia

 

BOWEN Elizabeth

-Les coeurs détruits

-La chaleur du jour

-Les petites filles

-Dernier automne

-Emmeline

-Eva Trout

-L’amant démoniaque

-L’adultère

-La maison à Paris

-Sept hivers à Dublin (autobiographie)

 

 

BRADDON Mary Elizabeth

-Sur les traces du serpent

-Le secret de Lady Audley

-L’héritage de Charlotte

-Aurora Floyd

-Lady Lisle

-La femme du docteur

-Le triomphe d’Eléanor

-Henry Dunbar

-Les oiseaux de proie

-L'héritage de Charlotte (suite du livre précédent)

 

BRONTE Anne

-La recluse de Widfell Hall

-Agnès Grey

 

BRONTE Charlotte

-Jane Eyre

-Le professeur

-Villette

-Shirley

 

BRONTE Emily

-Les Hauts de Hurlevent

 

BROUGHTON Rhoda

-Belinda (v.o)

-Good bye, sweetheart! (v.o)

-Nancy (v.o)

 

CHRISTIE Agatha

-Les aventures d’Hercule Poirot

-Les aventures de Miss Marple

-Les aventures de Tommy et Tuppence

et beaucoup d'autres !

 

COMPTON-BURNETT Ivy

-Une famille et une fortune

-Des hommes et des femmes

-Un héritage et son histoire

-Une famille et son chef

-Excellence de nos aînés

-Un Dieu et ses dons

-Deux mondes et leurs usages

-Frères et soeurs

 

CORELLI Marie

-A romance of the two tales (en v.o et en occasion)

-Barabbas (en v.o)

-Vendetta (v.o)

-Innocent, her fancy and his act (v.o)

-Ziska (v.o)

-Holy orders, the tragedy of a quiet life (v.o)

 

EDWARDS Amelia

-Une dame dans les Dolomites

-Monsieur Maurice

 

ELIOT George

-Middlemarch

-Le Moulin de la Floss

-Daniel Deronda

-Silas Marner

-Adam Bede (v.o)

-Felix Holt, the Radical (v.o)

-Romola (v.o)

 

GASKELL Elizabeth

-Nord et Sud

-Cranford

-Femmes et filles

-La vie de Charlotte Brontë

-Lady Ludlow

-Mary Barton  (v.o)

-Sylvia’s lovers  (v.o)

-Ruth  (v.o)

-Cousin Phillis (v.o)

-La sorcière de Salem (en occasion)

 

GOUDGE Elizabeth

-L’arche dans la tempête

-Le pays du dauphin vert

-La colline aux gentianes

-Les amants d’Oxford

-La cité des cloches (en occasion)

-La vallée qui chante

-L’appel du passé (en occasion)

-Le domaine enchanté (en occasion)

-Le secret de Moonacre

 

HAYS Mary

-Memoirs of Emma Courtney

 

HUNT Violet

-La nuit des saisons mortes

-South lodge (v.o)

-Prisonners of the tower of London (v.o)

-A hard woman (v.o)

-Lord Roberts (v.o)

-The flurried years (v.o)

 

LEE Vernon

-La voix maudite

-Les épées de l’effroi (en occasion)

 

LEHMANN Rosamund

-Poussière

-Une note de musique

-Un jour enseveli

-L’invitation à la valse (en occasion)

 

MAYOR Flora M.

-La troisième miss Symons

 

 

OLIPHANT Margaret

-Sheridan (v .o)

-The rector and the doctor’s family (v.o)

-Hester (v.o)

-Miss Marjoribanks (v.o)

-Old lady Mary (v.o)

 

PYM Barbara

-Lorsqu’un matin d’orage

-Un brin de verdure

-Une demoiselle comme il faut

-Secret très secret

-Moins que les anges (en occasion)

-Adam et Cassandra

-Une question purement académique (en occasion)

-Les ingratitudes de l’amour (en occasion)

-Crampton Hodnet

-Une corne d’abondance

-La douce colombe est morte

-Jane et prudence (en occasion)

 

RADCLIFFE Ann

-Les mystères d’Udolphe

-The Italians (v.o)

 

RHYS Jean

-Rive gauche

-Voyage dans les ténèbres

-Quai des Grands-Augustins

-Bonjour minuit

-La prisonnière des Sargasses

-L’oiseau moqueur et autres nouvelles

-Les tigres sont plus beaux à voir

 

SACKVILLE-WEST Vita

-Plus jamais d’invités !

-Toute passion abolie

-Paola

-Haute société

-Au temps du roi Edouard

-Portrait d’un mariage

-Séducteur en équateur

-Una aristocrate en Asie (récit de voyage)

-Histoire de famille (en occasion)

-Ceux des îles (en occasion)

-Les invités de Pâques (en occasion)

 

SHELLEY Mary

-Frankenstein

-Le dernier homme

-Maurice ou le cabanon du pêcheur

-Beatrice Cenci

-La jeune fille invisible

-Mathilda (v.o)

 

STRACHEY Julia

-Drôle de temps pour un mariage

 

TOWSEND WARNER Sylvia

-Une lubie de monsieur Fortune

-Laura Willowes

-Les royaumes des elfes

-Le c?ur pur

-Le diable déguisé en belette

 

VON ARNIM Elizabeth

-Vera

-Avril enchanté

-En caravane

-Love

-Mr Skeffington

-Christopher et Columbus

-L’été solitaire (en occasion)

 

WOOLF Virginia

-Mrs Dalloway

-Les vagues

-Orlando

-La promenade au phare

-Une chambre à soi

-Ce que je suis en réalité demeure inconnu

-La traversée des apparences

-Les années

-Trois guinées

-La fascination de l’étang

-La maison de Carlyle

-La scène londonienne

-L’art du roman

-Instants de vie

-De la maladie

-Comment lire un livre

-Journals

-Correspondance avec Lytton Stratchey

 

WOLLSTONECRAFT Mary

-A vindication of the rights of woman (v.o)

 

-Les fantômes des victoriennes

 

 

Les héroïnes

-Lorna Doone de Richard D. Blackmore

-Fanny Hill de John Cleland (érotique)

-La dame en blanc de W. Wilkie Collins

-L’hôtel hanté de W. Wilkie Collins

-Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

-Pauvre miss Finch de W. Wilkie Collins

- La Femme Rêvée de W. Wilkie Collins

-Moll Flanders, Daniel Defoe

-Little Dorrit de Charles Dickens

-Avec vue sur l’Arno de E.M. Forster

-Tess d’Uberville de Thomas Hardy

-Portrait de femme de Henry James

-Daisy Miller de Henry James

-La muse tragique de Henry James

-L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

-La fille perdue de D.H. Lawrence

-Carmilla de Sheridan Le Fanu

-La comédienne, Somerset Maugham

-La dame au linceul de Bram Stoker

-Esther Kahn, Arthur Symons

-Miss Mackenzie de Anthony Trollope

26/02/2010

Et mon 400ème billet sera victorien !

collins_belle canaile.jpg... si ce n'est pas beau ça !

Continuons donc avec Wilkie Collins et Une belle Canaille, recommandé par Cryssilda et lu d'une traite en décembre.

Un roman d'un genre très différent, beaucoup plus marqué par les traits d'humour et le ton ironique du narrateur. On y découvre les mémoires de Frank Softly, la belle canaille prête à faire notre bonheur avec le récit très divertissant de ses frasques diverses et variées. Si je m'attendais à un personnage sombre, j'ai plutôt rencontré un fils de bonne famille trop enclin à gaspiller l'argent et à s'amuser pour suivre les traces de son père médecin. Un jeune homme au final prêt à tout pour gagner son pain quotidien (où devrais-je dire, ses loisirs quotidiens), à commencer par se lancer dans la caricature et profiter du salon de sa grand-mère pour croquer les invités et son aïeule à leur insu.

Son parcours mouvementé lui vaut un petit séjour en prison jusqu'à ce que, après quelques menus tracas, Frank soit contraint d'aider un faux-monnayeur sous la menace.

Curieusement, malgré mon enthousiasme premier, ce court roman ne m'a pas particulièrement marquée et je m'arrache un peu les cheveux pour me souvenir de certains passages. Ceci dit, c'est une lecture que j'ai particulièrement appréciée. J'ai aimé le ton irrespectueux du narrateur, son comportement provocateur au sein d'une société victorienne où il était de bon ton d'afficher une morale en apparence irréprochable. Ce roman qui fait écho à Barry Lyndon est un joli pied de nez aux contemporains de Wilkie Collins, avec cet anti-héros qui s'amuse de ses frasques, tourne en dérision les conventions respectées par son honorable famille et finit riche et heureux en amour, en récompense de son parcours de coquin. Je regrette en revanche la chute à mon avis un peu rapide et, pour être honnête, j'ai davantage goûté la première partie, plus savoureuse et impertinente à mes yeux.

Toujours est-il que c'est en quelque sorte ce livre qui a vraiment créé un déclic chez moi et m'a donné envie de lire, que dis-je, de dévorer les romans de Wilkie. Un roman très léger, écrit en grande partie à Paris, pendant une joyeuse période de débauche en compagnie de Charles Dickens (d'après l'éditeur). Si vous aimez l'humour anglais, le ton railleur de ce narrateur loufoque risque bien de faire votre bonheur !

D'autres avis : Cryssilda, Schlabaya

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174 p

Wilkie Collins, Une belle canaille, 1856 (année de rédaction)

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23/02/2010

Première étape de wilkinisation

collins_profondeurs_glacees.gifTentons de profiter du week-end pour rédiger quelques billets sur les nombreuses lectures en retard... et puisque je meurs d'envie de vous parler de L'Hôtel hanté de Wilkie Collins, je devrais en théorie vous parler également de deux de ses livres que j'ai découverts fin 2009. Commençons par le premier, Profondeurs glacées, dont je me suis régalée peu avant mon voyage à Londres.

A priori, ce titre ne m'attirait pas du tout. Je préfère la chaleur au froid (c'est d'ailleurs sans doute pour ça que j'aime tant l'Angleterre...), je n'aime pas trop les récits d'aventures, encore moins ceux qui se déroulent à fond de cale et je dois dire que toute cette glace empilée sur la couverture avait tendance à me faire fuir, moi qui cherchais un bon Wilkie plein de fiacres, de maisons londoniennes et de gentlemen and ladies peu fréquentables.

Puis j'ai lu Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier, histoire vraie de l'expédition tragique du capitaine Franklin, qui cherchait alors un passage à travers le Pôle Nord pour atteindre plus rapidement l'Orient. Immense coup de coeur que cette lecture, qui m'a en partie réconciliée avec les bateaux et la glace, en tout cas suffisamment pour me donner envie de lire Profondeurs glacées, dont le sujet est très proche... et pour cause, puisque Wilkie Collins s'est inspiré de l'histoire du capitaine John Franklin, au coeur du roman de Dominique Fortier.

Neuf ans près le départ des deux bateaux composant l'équipage, des traces de l'expédition sont retrouvées au Groënland. Dont quelques tombes et des restes humains laissant penser que pour tenter de survivre, les marins ont dû se nourrir des restes de leurs camarades.

Si le cadre est plus ou moins le même, Profondeurs glacées traite d'un sujet tout autre. Hébergée chez Crayford, l'un des officiers s'apprêtant à partir au Pôle Nord, Clara est amoureuse d'un certain Francis, après avoir invonlairement laissé quelques espoirs à Richard Wardour, parti en Afrique pour revenir promu à un plus haut grade et en mesure de demander sa belle en mariage. Lorsque Wardour arrive, il découvre que Clara s'est donnée à un autre et profère des menaces à l'encontre de ce dernier. Et Wardour de s'embarquer à bord d'un des deux vaisseaux de l'expédition à l'instar de Francis, sans savoir qu'il suit son rival.

Mortifiée, Clara dépérit à Londres en pensant à la menace qu'il représente pour Francis. Et je ne vous en dirai pas plus, à vous de découvrir la suite...

Sans être un chef-d'oeuvre, Profondeurs glacées est un curieux ouvrage, qui mélange l'art du roman et du théâtre (il s'agit en effet à l'origine d'une pièce). Chaque partie est introduite par quelques indications : "L'action se déroule il y a vingt ou trente ans. La scène se passe dans un port de mer en Angleterre. Il fait nuit, et l'occupation du moment est la danse" (p21). Autant vous dire qu'il se dévore en rien de temps et se déguste avec grand plaisir, même s'il est un peu léger et qu'une fois de plus Wilkie Collins a placé devant moi une héroïne comme je les déteste, falote, maladive, nombriliste, égoïste, molle et bêtasse - une héroïne que j'ai eu envie de secouer pendant la moitié du livre avant de regretter que son état dépressif ne l'amène pas rapidement sur les quais de la Tamise.

Les conditions de vie et les méthodes de survie des marins occupent une place centrale dans la seconde partie du roman, avec au passage une petite dose de morale incarnée par Wardour, le héros malheureux.

Ce n'est sans doute pas le meilleur livre pour découvrir Wilkie Collins. Tant par la forme que par le fond, il diffère radicalement de ses autres écrits. C'est cependant une lecture très agréable, peut-être à recommander en priorité aux amateurs de Collins et de littérature victorienne.

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135 p

Wikie Collins, Profondeurs glacées, 1856

EnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpgWilkie Collins Addicts.jpg

28/01/2010

Challenge Virginia Woolf, le come back du retour !

Début décembre, j'ai proposé un challenge Virginia Woolf par ici et, pour enfin commencer moi-même ce défi, je vous propose une lecture commune (avec la complicité de Titine). Je vous propose de lire pour le 1er avril (histoire de laisser du temps à tous les volontaires) Orlando.

woolf_orlando.jpg

Concernant le Challenge, vous pouvez vous inscrire maintenant ou n'importe quand en 2010. Le principe est simple : lire et voir le plus de livres, films écrits par, sur, inspirés de Virginia Woolf et son univers. Et pour venir à bout de ce challenge, il vous suffit de présenter sur votre blog au moins un texte ou film en rapport avec Woolf. Au moins un défi presque impossible à râter ! Pour mettre un lien vers vos billets, c'est ici !

Et pour vous donner envie, n'hésitez pas à faire un tour chez Lilly, qui dévore les livres de Virginia Woolf depuis quelques mois.

Après une période où j'ai un peu dû délaisser ce blog, me voici de retour : par conséquent, j'ai ENFIN répondu aux commentaires sur mon post consacré aux différents challenges et notamment, aux challenges Braddon et Woolf !

Enfin, pour ceux qui ne seraient pas au courant, vous pouvez encore poster des billets dans le cadre du challenge Jane Austen de Fashion.

****

EDIT du 13/05/2010 :

Voici le billet à la suite duquel vous pourrez laisser les liens vers vos avis, que ce soit pour le challenge Mary Elizabeth Braddon ou le challenge Virginia Woolf. J'ai hâte de vous lire !

challenge woolf1 copy.jpgCHALLENGE VIRGINIA WOOLF - les lectures :

Flush : Titine,

La chambre de Jacob : Pascale,

La Maison de Carlyle et autres esquisses : Pascale,

La Scène londonienne : Lou,

La Traversée des Apparences : Keisha,

Le Temps passe (extrait de Promenade au phare) : Delphine,

Les Vagues : PascaleTif,

Le Vieux Bloomsbury : Mea,

Mrs Dalloway : George Sand et moiKeisha, L'Or des Chambres, Maggie, Mango, Mea,

Nuit et Jour : Lou, Cléanthe,

OrlandoAmélie (à recommander à tous ceux qui se demandent s'il faut lire Orlando ou pas...), DeL, Delphine, Titine,

Promenade au phare : Keisha, Pascale,

Une Chambre à soi : Keisha,

Autour de Virginia Woolf :

Virginia Woolf par Alexandra Lemasson : KeishaMaggie,

Virginia Woolf, album de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini :  Lou

J'avais peur de Virginia Woolf par Richard Kennedy : Lou,

Films :

Orlando, un film de Sally Potter : Amélie,

The Hours, un film de Stephen Daldry : Amélie,

 

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : CécileLoula,

Henry Dunbar : ClaudiaLucia, Lou, Loula, Nag,

La Bonne Lady Ducayne : Cécile, Lou, Titine,

Lady Isle : Cécile, Claudialucia,

Le Secret de la  Ferme grise : Cécile, George Sand et moi, Lou, Maggie, Manu, Sabbio, Titine,

La Vengeance de Samuel Logwood : Cécile, Maggie,

Le Mystère de Fernwood : Cécile, Maggie,

Le Secret de Lady Audley : Cécile, ClaudiaLucia, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Visiteur d'Evelyne : Cécile,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette, ClaudiaLucia,

23/01/2010

Un petit Victorien pour bien commencer l'année...

falkner_moonfleet.gifEn décembre, les Victorian Frogs avaient pour mission de lire un classique victorien de la littérature enfantine. Je rends enfin ma copie sur Moonfleet de J. M. Falkner, roman d'aventures qui m'a réconciliée avec les histoires de garçons, pour les garçons. Parce que quand on y regarde de près, parmi mes lectures d'enfance, on compte pas mal de classiques et de lectures fusionnelles...dans un monde peuplé d'héroïnes : Joe March, Alice la détective, l'héroïne de Papa Longues Jambes, Laura Ingalls, Mathilda... et bien d'autres. Et, à part les héros de Mark Twain, sur papier ou au petit écran (haut comme trois pommes...), je n'ai jamais été particulièrement friande d'histoires à la Stevenson. L'avantage ? Du haut de mes 27 ans et deux jours, j'ai devant moi une perspective alléchante, peuplée de pépites littéraires toutes plus prometteuses les unes que les autres (malgré le mal de mer occasionné par les transports en bâteau, les attaques à la sarbacanne et la présence inquiétante de tigres prêts à bondir sur moi depuis les étagères autrefois sûres de ma bibliothèque).

Dans un petit village du Dorset, John Trenchard vit avec une tante austère qui l'a accepté chez lui en raison de son sens du devoir développé, non par affection. Dans cet endroit situé sur la côte, la mer fait souvent des victimes au rang des pêcheurs et, les nuits où le vent souffle fort, les naufrages ne sont pas si rares. Parmi les villageois se trouve un certain nombre de contrebandiers que le juge Maskew a promis de démasquer pour les conduire à la potence. Amoureux de la fille du juge, John est aussi un garçon aventureux qui, après avoir fait preuve de trop de curiosité, se retrouve mêlé aux traffics et pourchassé à son tour par la justice.

Beaucoup d'aspects méritent le détour dans cette histoire. Tout d'abord, je craignais une histoire de pirates et des pages et des pages passées à fond de cale, ce qui ne me réjouissait pas plus que ça. En réalité, John passe très peu de temps sur l'eau. Ce roman mêle l'aventure aux influences gothiques, le tout saupoudré de sentiments et d'exploits virils (l'amitié, l'amour filial, l'honneur, le courage, le sens du sacrifice). Outre l'action rythmée (peut-être moins vers la fin) et les personnages prompts à susciter l'empathie du lecteur, ce roman met en lumière les conditions de vie sur la côte du Dorset au XIXe, sans faire dans le sentimentalisme. Et pour l'aventure, ce livre avait tout pour me plaire, avec une crypte d'où proviennent des grincements inquiétants, une famille de nobles défunts autour de laquelle flotte un parfum de mystère, sans oublier un passage secret sous une tombe et des galeries hantées dans une ancienne carrière.

Un roman entraînant et dépaysant à lire impérativement avant de se risquer dans les coins abandonnés qui faisaient notre bonheur lorsque nous étions petits (et qui me fascinent toujours autant, que croyez-vous ?).

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239 p

J. Meade Falkner, Moonfleet, 1898

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17/01/2010

You've gotta pick a pocket or two !

Les 21 et 22 novembre derniers, j'étais parmi la bande joyeux lurons partie hanter Londres en groupe, histoire d'augmenter radicalement la population de batraciens dans le secteur, de dépenser beaucoup, de s'émerveiller toutes les deux secondes et aussi d'entrer là :

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Pour voir ça :

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Quelques semaines avant, notre équipe de bras cassés (à savoir les Victorian Frogs, un club de lecture où l'on parle de tout SAUF de lecture) avait décidé de lire Oliver Twist pour l'occasion. Résultat des courses : deux personnes seulement l'avaient fini à temps (dont une dans une version pour enfants de 125 pages, court mais efficace !), les autres ayant soit commencé (comme moi, avec trois ou quatre chapitres à mon actif, admirez mon efficacité redoutable), soit renoncé (à leur décharge, elles avaient déjà lu le roman avant dans une version non tronquée, je le souligne car moi aussi j'ai lu au collège Oliver Twist et en anglais s'il vous plaît, dans une superbe édition illustrée d'environ 90 p et interligne 1,5).

Bref, peu importe, nous voilà donc le 21 novembre au soir à Covent Garden, au poulailler, avec une vue magnifique sur la scène et des genoux broyés (sans parler de mes Cadburry éclairs doués d'une volonté propre et bien décidés à s'échouer lamentablement sur la tête de ma voisine de devant). Etaient présentes Cryssilda, royale organisatrice, Emma, Fashion, Isil, Stéphanie et Vounelles.

Que vous dire de cette comédie musicale ? "wahou" relève franchement de l'euphémisme. Typiques du genre, les chansons se laissent facilement fredonner sans chambouler du tout au tout l'histoire de la musique. L'histoire, on la connaît. Oliver, orphelin généreusement élevé par la paroisse, a un jour le culot de demander une deuxième ration de gruau (on aura tout vu). S'ensuit tout un processus pour mettre ledit morveux en apprentissage chez un croque-mort, histoire de lui donner une petite idée des dures réalités de la vie et de lui faire regretter sa précédente pension.

The bowls never wanted washing. The boys polished them with their spoons till they shone again; and when they had performed this operation (which never took very long, the spoons being nearly as large as the bowls), they would sit staring at the copper, with such eager eyes, as if they could have devoured the very bricks of which it was composed; employing themselves, meanwhile, in sucking their fingers most assiduously, with the view of catching up any stray splashes of gruel that might have been cast thereon. Boys have generally excellent appetites. Oliver Twist and his companions suffered the tortures of slow starvation for three months: at last they got so voracious and wild with hunger, that one boy, who was tall for his age, and hadn't been used to that sort of thing (for his father had kept a small cook-shop), hinted darkly to his companions, that unless he had another basin of gruel per diem, he was afraid he might some night happen to eat the boy who slept next him, who happened to be a weakly youth of tender age. He had a wild, hungry eye; and they implicitly believed him. A council was held; lots were cast who should walk up to the master after supper that evening, and ask for more; and it fell to Oliver Twist. Extrait de la David Perdue's Dickens page.

De cette histoire si connue, cette comédie musicale parvient à tirer le meilleur parti possible avec deux atouts de poids : des comédiens impressionnants, à commencer par l'interprète de Fagin (qui a remplacé Rowan Atkinson) et plus encore, les décors et les costumes à couper le souffle. Dès l'introduction (la fameuse scène du réfectoire), sur une scène immense qui s'étend très loin en profondeur, on voit arriver une ribambelle de gamins en habits rapiécés (c'est là qu'on commence à soupçonner le très léger fossé entre les comédies musicales anglo-saxonnes et françaises !). Et là, tout s'enchaîne : les danses dans les rues de Londres avec une quantité phénoménale de figurants, le défilé des costumes et les changements de décors qui s'empilent, s'emboîtent, montent, descendent et coulissent dans tous les sens, faisant apparaître en quelques secondes boutiques, logements et rues entières. Le tout avec une telle précision que l'on se croirait vraiment au XIXe à Londres, ce qui évidemment m'a fait ouvrir grand les yeux pendant toute la durée du spectacle (que je n'ai pas vu passer malgré sa longueur qui m'inquiétait un peu a priori). Un grand moment de bonheur ! Voici le site du musical.

Et puis, si vous avez un doute, si vous êtes du genre soupçonneux, voici la preuve en images de mon voyage à Londres :

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Des bottes pour affronter la pluie, du kitsch parce qu'on est en Angleterre (j'ai failli craquer pour des Docs mais le prix n'était pas le même...).
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Un Union Jack, parce qu'ils sont partout là-bas, et pour montrer qu'on n'est pas en Ecosse admirez en prime le drapeau anglais et les ENGLISH bonbons. Et puis le lion, tant qu'à faire... royal !
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Une boutique rose, qui ne vend que des objets roses. J'ai évidemment pris la photo en pensant à Isil qui manquait ça.
Et puis je suis revenue avec quelques petites choses dans mes valises... (dont évidemment, un DVD avec Colin Firth et un autre sur Queen Victoria):

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En finissant par un gros plan sur Decline of the English Murder (un phénomène qui a apparemment préoccupé un auteur célèbre...), de l'Earl Grey Fortnum & Mason (j'adore cette maison) et deux très jolies éditions de Dickens et James. That's it!

10/12/2009

Massacre dans un jardin anglais

sharpe_route_sanglante.jpgVous n'y croyiez plus amis lecteurs, moi non plus à vrai dire, mais si si, c'est bien une nouvelle chronique de l'aventurière livresque que je suis que vous avez sous les yeux. Car je lis encore, je suis simplement un tout tout tout petit peu en retard dans la livraison de mes billets.

Pour reprendre mes activités en douceur, j'ai choisi un titre bucolique et enchanteur de Tom Sharpe, la très dépaysante Route Sanglante du Jardinier Blott.

Imaginez un cadre typiquement anglais, avec un château isolé qui a su traverser le temps (même s'il s'agit d'une monstruosité bâtie au petit bonheur la chance au fil des siècles), la campagne profonde et, pour les peupler, deux conjoints d'une quarantaine d'années qui se détestent cordialement.

Solidement plantée sur les poteaux qui lui servent de jambes (d'après son charmant époux), Lady Maud est l'héritière du château et s'est mariée afin d'avoir un héritier. Sir Giles, parlementaire le jour, masochiste la nuit, réfléchit à une solution qui lui permettrait de se séparer de sa femme tout en trouvant un arrangement financier avantageux. Car il faut dire que si Lady Maud est bien sympathique malgré son air revêche et ses manières brutales, elle a de quoi faire fuir son mari : déjà traumatisé par sa lune de miel, Sir Giles a de quoi s'inquiéter en voyant sa femme astiquer régulièrement et fort scrupuleusement un fusil de chasse dans sa cuisine.

(…) Aussi Sir Giles avait-il été surpris, pour ne pas dire peiné, par son interprétation au pied de la lettre de ce qu'il lui avait soufflé, lors de leur lune de miel : il désirait qu'elle l'attache sur son lit et qu'elle le batte. On avait entendu ses cris sur la Costa Brava à un kilomètre à la ronde (…). Sir Giles n'avait pas pu s'asseoir pendant le trajet du retour. (p12)

Pour se débarrasser d'une femme trop encombrante et profiter tranquillement de sa maîtresse (tantôt Mlle Cathétère, la P*erverse Infimière tantôt Soeur Florinda, la Nonne N*ymphomane), Sir Giles verse quelques pots de vin pour lancer la construction d'une autoroute sur leur domaine et profiter des dédommagements. Tout laisse à penser que la trajectoire ne pourra pas être détournée mais c'est sans compter sur la châtelaine et son fidèle jardinier Blott, Allemand de naissance et Anglais de cœur pris pour un Italien par tout le voisinage.

Voilà un roman cocasse que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, entre les scènes de menace, de chantage, les manipulations machiavéliques au sein du couple, une Lady Maud apparemment mal dégrossie et pourtant rusée comme un singe, une poignée de pleutres et beaucoup de remarques incongrues qui m'ont arraché de nombreux sourires. Je ne connaissais Sharpe que de nom, et voilà que je découvre un auteur au ton ironique et un brin impertinent terriblement anglais... autant vous dire que je compte bien me livrer à un nouveau voyage en sa compagnie !

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339 p

Tom Sharpe, La route sanglante du jardinier Blott, 1978