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21/03/2010

Meurtre à la victorienne

braddon_henry dunbar.jpgIl y a quelques mois j'ai lancé le défi Mary Elizabeth Braddon, et j'étais loin de me douter que je passerais un aussi bon moment en compagnie de cette "charmante" Victorienne. Ce qui ne m'empêche pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient lire Henry Dunbar : ne lisez pas la quatrième de couverture, à moins de souhaiter savoir tout ce qui va se dérouler jusqu'à la page 387 (sur un total de 474 pages, l'éditeur a fait fort !). Ayant commencé ma lecture sans me souvenir du résumé, j'ai été tentée d'y jeter un oeil en pensant recueillir quelques informations sur l'auteur. J'ai ainsi découvert le premier meurtre qui n'a pas lieu au début (loin de là!). Arrivée à la moitié du livre, j'ai jeté un nouveau coup d'oeil au résumé et j'ai ainsi découvert ce que je soupçonnais depuis le début et qui ne devait être vraiment révélé que bien plus tard. Autant dire que, pour ceux qui détestent les spoilers et sont d'autant plus intéressés par un roman qu'ils n'en connaissent pas le déroulement, cette quatrième de couverture est à bannir.

Mais pour en revenir à nos moutons et à nos Victoriens assassinés, le très "respectable" Henry Dunbar est un banquier "anglo-indien" revenu en Angleterre pour hériter des fonctions de son défunt père, après avoir été chassé de la maison mère à la suite d'une escroquerie. Millionnaire, Dunbar entend bien profiter des privilèges de son nouveau statut et doit retrouver sa fille, qu'il n'a pas vue pendant des années. A son retour, son ancien serviteur et ami Wilmot est assassiné. Or, Wilmot ayant été lié à sa fâcheuse affaire en contrefaisant des signatures à sa demande, on est en droit de penser que Dunbar l'aura occis pour que son passé ne le rattrape pas dès son retour. Autour de cela s'imbriquent d'autres histoires : de l'amour, des jeunes gens et du chantage viennent s'ajouter à l'intrigue principale.

On devine très rapidement la solution de l'énigme, et ce n'est pas tant là que réside l'intérêt du roman. La question est de savoir comment les personnages découvriront la vérité, de savourer une histoire aux ramifications nombreuses, avec des personnages au parcours personnel intéressant, une structure plus proche du roman d'aventures que du "whodunit" classique, le tout parsemé de descriptions très romanesques qui prêtent parfois à sourire. Si la trame du roman est assez simple, Braddon parvient à l'étoffer pour en faire un récit dense et ma foi, passionnant ! J'ai parfois ri en découvrant que les Anglais sont extrêment chaleureux et tactiles (à l'inverse des Anglo-Indiens réputés pour leur froideur), en lisant les déclarations larmoyantes des filles à leur père ou en supportant la niaiserie qui n'est tout de même pas loin de pointer le bout de son nez chez les personnages féminins - comme quoi, même les femmes indépendantes à la Braddon étaient encore assez influencées par la morale victorienne pour cantonner leurs personnages aux rôles dévolus à leur sexe. Malgré tout, l'impertinence et l'ironie ne sont pas souvent loin : ainsi on ne comprend pas qu'un personnage au revenu tout au plus raisonnable puisse se permettre de conduire un interrogatoire sérieux face à un millionnaire : "comment osait-il, ce coroner, dont le revenu était, au plus, de cinq cent livres par an, comment osait-il discuter ou trouver invraisemblable une assertion de Dunbar ?" (p119-120) On pourra enfin reprocher à Braddon de se laisser parfois un peu emporter par un enthousiasme de jeune fille, mais le résultat est purement jubilatoire tant il est amusant : "Pour l'amoureux, ce regard était plus précieux que Jocelyn's Rock et une noblesse qui datait des premiers Stuart d'Angleterre; à ce regard inestimable succédèrent des rougeurs pudiques, fraîches et radieuses comme la corolle humide de rosée d'une pivoine cueillie au lever du soleil" (p201). Et même si Mary Elizabeth Braddon a purement et simplement abandonné l'un des personnages principaux du début une fois ce malheureux éconduit par sa belle, je ressors enthousiaste de cette lecture qui fleure bon le roman populaire classique et n'est pas sans rappeler Wilkie Collins. Une expérience à renouveler !

A la demande de plusieurs participantes, je vous propose de continuer le challenge Braddon jusqu'à fin décembre 2010, le but étant toujours de lire les romans qui nous tentent, sans titres ou quantités imposées. Vous pouvez vous inscrire à n'importe quel moment de l'année et me laisser ensuite les liens vers vos billets pour que je puisse faire un bilan de toutes les lectures à la fin de l'année. Je prévois de faire gagner un petit cadeau à un/une participante(e) (par tirage au sort, à raison d'un papier à votre nom par critique, et en inscrivant deux fois le nom des personnes qui ont publié leurs billets avant ce soir - date proposée à l'origine pour le challenge).

Et voici les livres lus pour l'instant dans le cadre du challenge (j'espère ne pas avoir fait d'oubli, si c'est le cas surtout manifestez-vous !) :

Aurora Floyd : Cécile, Mea (rajouté après le 21/03)

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula,

Lady Isle : Cécile (rajouté après le 21/03)

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Keisha, Malice, Mango, Titine,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

Je suis aussi à la recherche du billet de Rachel, qui a lu un roman elle aussi (help !).

Et pour ceux qui sont tentés, vous pouvez participer à une lecture commune autour de Virginia Woolf en publiant un billet le 1er avril.

474 p

Mary Elizabeth Braddon, Henry Dunbar, 1864

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifEnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpg

06/03/2010

Come and follow us !

logo portrait swap.jpg

 

Ladies and gentlemen,

Dans la foulée du swap The Portrait of a Lady, Titine et moi vous proposons d'accompagner le swap de lectures tirées de la bibliographie (non exhaustive) préparée pour les valeureuses participantes. Pour ceux et celles qui le souhaitent, n'hésitez pas à découvrir quelques-uns de ces titres d'ici la fin du mois d'avril, en nous indiquant les liens vers vos billets dans les commentaires de ce message (ou de celui publié en parallèle par ma coéquipière de choc !). Pour le 1er avril, nous avions déjà prévu de lire Orlando de Virginia Woolf, mais toute publication woolfienne à cette date est également la bienvenue !

J'en profite pour remercier les participantes du swap qui, non contentes d'être adorables avec nous, font preuve d'un enthousiasme communicatif idéal pour coacher les deux victoriano-british-classic lovers que nous sommes !

Et voici la fameuse biblio :

 

Les écrivains :

 

AUSTEN Jane

-Orgueil et préjugés

-Raison et sentiments

-Emma

-Persuasion

-Northanger Abbey

-Lady Susan

-Mansfield Park

-Sanditon/Les Watson

-Lady Susan

-Juvenilia

 

BOWEN Elizabeth

-Les coeurs détruits

-La chaleur du jour

-Les petites filles

-Dernier automne

-Emmeline

-Eva Trout

-L’amant démoniaque

-L’adultère

-La maison à Paris

-Sept hivers à Dublin (autobiographie)

 

 

BRADDON Mary Elizabeth

-Sur les traces du serpent

-Le secret de Lady Audley

-L’héritage de Charlotte

-Aurora Floyd

-Lady Lisle

-La femme du docteur

-Le triomphe d’Eléanor

-Henry Dunbar

-Les oiseaux de proie

-L'héritage de Charlotte (suite du livre précédent)

 

BRONTE Anne

-La recluse de Widfell Hall

-Agnès Grey

 

BRONTE Charlotte

-Jane Eyre

-Le professeur

-Villette

-Shirley

 

BRONTE Emily

-Les Hauts de Hurlevent

 

BROUGHTON Rhoda

-Belinda (v.o)

-Good bye, sweetheart! (v.o)

-Nancy (v.o)

 

CHRISTIE Agatha

-Les aventures d’Hercule Poirot

-Les aventures de Miss Marple

-Les aventures de Tommy et Tuppence

et beaucoup d'autres !

 

COMPTON-BURNETT Ivy

-Une famille et une fortune

-Des hommes et des femmes

-Un héritage et son histoire

-Une famille et son chef

-Excellence de nos aînés

-Un Dieu et ses dons

-Deux mondes et leurs usages

-Frères et soeurs

 

CORELLI Marie

-A romance of the two tales (en v.o et en occasion)

-Barabbas (en v.o)

-Vendetta (v.o)

-Innocent, her fancy and his act (v.o)

-Ziska (v.o)

-Holy orders, the tragedy of a quiet life (v.o)

 

EDWARDS Amelia

-Une dame dans les Dolomites

-Monsieur Maurice

 

ELIOT George

-Middlemarch

-Le Moulin de la Floss

-Daniel Deronda

-Silas Marner

-Adam Bede (v.o)

-Felix Holt, the Radical (v.o)

-Romola (v.o)

 

GASKELL Elizabeth

-Nord et Sud

-Cranford

-Femmes et filles

-La vie de Charlotte Brontë

-Lady Ludlow

-Mary Barton  (v.o)

-Sylvia’s lovers  (v.o)

-Ruth  (v.o)

-Cousin Phillis (v.o)

-La sorcière de Salem (en occasion)

 

GOUDGE Elizabeth

-L’arche dans la tempête

-Le pays du dauphin vert

-La colline aux gentianes

-Les amants d’Oxford

-La cité des cloches (en occasion)

-La vallée qui chante

-L’appel du passé (en occasion)

-Le domaine enchanté (en occasion)

-Le secret de Moonacre

 

HAYS Mary

-Memoirs of Emma Courtney

 

HUNT Violet

-La nuit des saisons mortes

-South lodge (v.o)

-Prisonners of the tower of London (v.o)

-A hard woman (v.o)

-Lord Roberts (v.o)

-The flurried years (v.o)

 

LEE Vernon

-La voix maudite

-Les épées de l’effroi (en occasion)

 

LEHMANN Rosamund

-Poussière

-Une note de musique

-Un jour enseveli

-L’invitation à la valse (en occasion)

 

MAYOR Flora M.

-La troisième miss Symons

 

 

OLIPHANT Margaret

-Sheridan (v .o)

-The rector and the doctor’s family (v.o)

-Hester (v.o)

-Miss Marjoribanks (v.o)

-Old lady Mary (v.o)

 

PYM Barbara

-Lorsqu’un matin d’orage

-Un brin de verdure

-Une demoiselle comme il faut

-Secret très secret

-Moins que les anges (en occasion)

-Adam et Cassandra

-Une question purement académique (en occasion)

-Les ingratitudes de l’amour (en occasion)

-Crampton Hodnet

-Une corne d’abondance

-La douce colombe est morte

-Jane et prudence (en occasion)

 

RADCLIFFE Ann

-Les mystères d’Udolphe

-The Italians (v.o)

 

RHYS Jean

-Rive gauche

-Voyage dans les ténèbres

-Quai des Grands-Augustins

-Bonjour minuit

-La prisonnière des Sargasses

-L’oiseau moqueur et autres nouvelles

-Les tigres sont plus beaux à voir

 

SACKVILLE-WEST Vita

-Plus jamais d’invités !

-Toute passion abolie

-Paola

-Haute société

-Au temps du roi Edouard

-Portrait d’un mariage

-Séducteur en équateur

-Una aristocrate en Asie (récit de voyage)

-Histoire de famille (en occasion)

-Ceux des îles (en occasion)

-Les invités de Pâques (en occasion)

 

SHELLEY Mary

-Frankenstein

-Le dernier homme

-Maurice ou le cabanon du pêcheur

-Beatrice Cenci

-La jeune fille invisible

-Mathilda (v.o)

 

STRACHEY Julia

-Drôle de temps pour un mariage

 

TOWSEND WARNER Sylvia

-Une lubie de monsieur Fortune

-Laura Willowes

-Les royaumes des elfes

-Le c?ur pur

-Le diable déguisé en belette

 

VON ARNIM Elizabeth

-Vera

-Avril enchanté

-En caravane

-Love

-Mr Skeffington

-Christopher et Columbus

-L’été solitaire (en occasion)

 

WOOLF Virginia

-Mrs Dalloway

-Les vagues

-Orlando

-La promenade au phare

-Une chambre à soi

-Ce que je suis en réalité demeure inconnu

-La traversée des apparences

-Les années

-Trois guinées

-La fascination de l’étang

-La maison de Carlyle

-La scène londonienne

-L’art du roman

-Instants de vie

-De la maladie

-Comment lire un livre

-Journals

-Correspondance avec Lytton Stratchey

 

WOLLSTONECRAFT Mary

-A vindication of the rights of woman (v.o)

 

-Les fantômes des victoriennes

 

 

Les héroïnes

-Lorna Doone de Richard D. Blackmore

-Fanny Hill de John Cleland (érotique)

-La dame en blanc de W. Wilkie Collins

-L’hôtel hanté de W. Wilkie Collins

-Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

-Pauvre miss Finch de W. Wilkie Collins

- La Femme Rêvée de W. Wilkie Collins

-Moll Flanders, Daniel Defoe

-Little Dorrit de Charles Dickens

-Avec vue sur l’Arno de E.M. Forster

-Tess d’Uberville de Thomas Hardy

-Portrait de femme de Henry James

-Daisy Miller de Henry James

-La muse tragique de Henry James

-L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

-La fille perdue de D.H. Lawrence

-Carmilla de Sheridan Le Fanu

-La comédienne, Somerset Maugham

-La dame au linceul de Bram Stoker

-Esther Kahn, Arthur Symons

-Miss Mackenzie de Anthony Trollope

26/02/2010

Et mon 400ème billet sera victorien !

collins_belle canaile.jpg... si ce n'est pas beau ça !

Continuons donc avec Wilkie Collins et Une belle Canaille, recommandé par Cryssilda et lu d'une traite en décembre.

Un roman d'un genre très différent, beaucoup plus marqué par les traits d'humour et le ton ironique du narrateur. On y découvre les mémoires de Frank Softly, la belle canaille prête à faire notre bonheur avec le récit très divertissant de ses frasques diverses et variées. Si je m'attendais à un personnage sombre, j'ai plutôt rencontré un fils de bonne famille trop enclin à gaspiller l'argent et à s'amuser pour suivre les traces de son père médecin. Un jeune homme au final prêt à tout pour gagner son pain quotidien (où devrais-je dire, ses loisirs quotidiens), à commencer par se lancer dans la caricature et profiter du salon de sa grand-mère pour croquer les invités et son aïeule à leur insu.

Son parcours mouvementé lui vaut un petit séjour en prison jusqu'à ce que, après quelques menus tracas, Frank soit contraint d'aider un faux-monnayeur sous la menace.

Curieusement, malgré mon enthousiasme premier, ce court roman ne m'a pas particulièrement marquée et je m'arrache un peu les cheveux pour me souvenir de certains passages. Ceci dit, c'est une lecture que j'ai particulièrement appréciée. J'ai aimé le ton irrespectueux du narrateur, son comportement provocateur au sein d'une société victorienne où il était de bon ton d'afficher une morale en apparence irréprochable. Ce roman qui fait écho à Barry Lyndon est un joli pied de nez aux contemporains de Wilkie Collins, avec cet anti-héros qui s'amuse de ses frasques, tourne en dérision les conventions respectées par son honorable famille et finit riche et heureux en amour, en récompense de son parcours de coquin. Je regrette en revanche la chute à mon avis un peu rapide et, pour être honnête, j'ai davantage goûté la première partie, plus savoureuse et impertinente à mes yeux.

Toujours est-il que c'est en quelque sorte ce livre qui a vraiment créé un déclic chez moi et m'a donné envie de lire, que dis-je, de dévorer les romans de Wilkie. Un roman très léger, écrit en grande partie à Paris, pendant une joyeuse période de débauche en compagnie de Charles Dickens (d'après l'éditeur). Si vous aimez l'humour anglais, le ton railleur de ce narrateur loufoque risque bien de faire votre bonheur !

D'autres avis : Cryssilda, Schlabaya

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174 p

Wilkie Collins, Une belle canaille, 1856 (année de rédaction)

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23/02/2010

Première étape de wilkinisation

collins_profondeurs_glacees.gifTentons de profiter du week-end pour rédiger quelques billets sur les nombreuses lectures en retard... et puisque je meurs d'envie de vous parler de L'Hôtel hanté de Wilkie Collins, je devrais en théorie vous parler également de deux de ses livres que j'ai découverts fin 2009. Commençons par le premier, Profondeurs glacées, dont je me suis régalée peu avant mon voyage à Londres.

A priori, ce titre ne m'attirait pas du tout. Je préfère la chaleur au froid (c'est d'ailleurs sans doute pour ça que j'aime tant l'Angleterre...), je n'aime pas trop les récits d'aventures, encore moins ceux qui se déroulent à fond de cale et je dois dire que toute cette glace empilée sur la couverture avait tendance à me faire fuir, moi qui cherchais un bon Wilkie plein de fiacres, de maisons londoniennes et de gentlemen and ladies peu fréquentables.

Puis j'ai lu Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier, histoire vraie de l'expédition tragique du capitaine Franklin, qui cherchait alors un passage à travers le Pôle Nord pour atteindre plus rapidement l'Orient. Immense coup de coeur que cette lecture, qui m'a en partie réconciliée avec les bateaux et la glace, en tout cas suffisamment pour me donner envie de lire Profondeurs glacées, dont le sujet est très proche... et pour cause, puisque Wilkie Collins s'est inspiré de l'histoire du capitaine John Franklin, au coeur du roman de Dominique Fortier.

Neuf ans près le départ des deux bateaux composant l'équipage, des traces de l'expédition sont retrouvées au Groënland. Dont quelques tombes et des restes humains laissant penser que pour tenter de survivre, les marins ont dû se nourrir des restes de leurs camarades.

Si le cadre est plus ou moins le même, Profondeurs glacées traite d'un sujet tout autre. Hébergée chez Crayford, l'un des officiers s'apprêtant à partir au Pôle Nord, Clara est amoureuse d'un certain Francis, après avoir invonlairement laissé quelques espoirs à Richard Wardour, parti en Afrique pour revenir promu à un plus haut grade et en mesure de demander sa belle en mariage. Lorsque Wardour arrive, il découvre que Clara s'est donnée à un autre et profère des menaces à l'encontre de ce dernier. Et Wardour de s'embarquer à bord d'un des deux vaisseaux de l'expédition à l'instar de Francis, sans savoir qu'il suit son rival.

Mortifiée, Clara dépérit à Londres en pensant à la menace qu'il représente pour Francis. Et je ne vous en dirai pas plus, à vous de découvrir la suite...

Sans être un chef-d'oeuvre, Profondeurs glacées est un curieux ouvrage, qui mélange l'art du roman et du théâtre (il s'agit en effet à l'origine d'une pièce). Chaque partie est introduite par quelques indications : "L'action se déroule il y a vingt ou trente ans. La scène se passe dans un port de mer en Angleterre. Il fait nuit, et l'occupation du moment est la danse" (p21). Autant vous dire qu'il se dévore en rien de temps et se déguste avec grand plaisir, même s'il est un peu léger et qu'une fois de plus Wilkie Collins a placé devant moi une héroïne comme je les déteste, falote, maladive, nombriliste, égoïste, molle et bêtasse - une héroïne que j'ai eu envie de secouer pendant la moitié du livre avant de regretter que son état dépressif ne l'amène pas rapidement sur les quais de la Tamise.

Les conditions de vie et les méthodes de survie des marins occupent une place centrale dans la seconde partie du roman, avec au passage une petite dose de morale incarnée par Wardour, le héros malheureux.

Ce n'est sans doute pas le meilleur livre pour découvrir Wilkie Collins. Tant par la forme que par le fond, il diffère radicalement de ses autres écrits. C'est cependant une lecture très agréable, peut-être à recommander en priorité aux amateurs de Collins et de littérature victorienne.

3,5coeurs.jpg

 

 

135 p

Wikie Collins, Profondeurs glacées, 1856

EnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpgWilkie Collins Addicts.jpg

28/01/2010

Challenge Virginia Woolf, le come back du retour !

Début décembre, j'ai proposé un challenge Virginia Woolf par ici et, pour enfin commencer moi-même ce défi, je vous propose une lecture commune (avec la complicité de Titine). Je vous propose de lire pour le 1er avril (histoire de laisser du temps à tous les volontaires) Orlando.

woolf_orlando.jpg

Concernant le Challenge, vous pouvez vous inscrire maintenant ou n'importe quand en 2010. Le principe est simple : lire et voir le plus de livres, films écrits par, sur, inspirés de Virginia Woolf et son univers. Et pour venir à bout de ce challenge, il vous suffit de présenter sur votre blog au moins un texte ou film en rapport avec Woolf. Au moins un défi presque impossible à râter ! Pour mettre un lien vers vos billets, c'est ici !

Et pour vous donner envie, n'hésitez pas à faire un tour chez Lilly, qui dévore les livres de Virginia Woolf depuis quelques mois.

Après une période où j'ai un peu dû délaisser ce blog, me voici de retour : par conséquent, j'ai ENFIN répondu aux commentaires sur mon post consacré aux différents challenges et notamment, aux challenges Braddon et Woolf !

Enfin, pour ceux qui ne seraient pas au courant, vous pouvez encore poster des billets dans le cadre du challenge Jane Austen de Fashion.

****

EDIT du 13/05/2010 :

Voici le billet à la suite duquel vous pourrez laisser les liens vers vos avis, que ce soit pour le challenge Mary Elizabeth Braddon ou le challenge Virginia Woolf. J'ai hâte de vous lire !

challenge woolf1 copy.jpgCHALLENGE VIRGINIA WOOLF - les lectures :

Flush : Titine,

La chambre de Jacob : Pascale,

La Maison de Carlyle et autres esquisses : Pascale,

La Scène londonienne : Lou,

La Traversée des Apparences : Keisha,

Le Temps passe (extrait de Promenade au phare) : Delphine,

Les Vagues : PascaleTif,

Le Vieux Bloomsbury : Mea,

Mrs Dalloway : George Sand et moiKeisha, L'Or des Chambres, Maggie, Mango, Mea,

Nuit et Jour : Lou, Cléanthe,

OrlandoAmélie (à recommander à tous ceux qui se demandent s'il faut lire Orlando ou pas...), DeL, Delphine, Titine,

Promenade au phare : Keisha, Pascale,

Une Chambre à soi : Keisha,

Autour de Virginia Woolf :

Virginia Woolf par Alexandra Lemasson : KeishaMaggie,

Virginia Woolf, album de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini :  Lou

J'avais peur de Virginia Woolf par Richard Kennedy : Lou,

Films :

Orlando, un film de Sally Potter : Amélie,

The Hours, un film de Stephen Daldry : Amélie,

 

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : CécileLoula,

Henry Dunbar : ClaudiaLucia, Lou, Loula, Nag,

La Bonne Lady Ducayne : Cécile, Lou, Titine,

Lady Isle : Cécile, Claudialucia,

Le Secret de la  Ferme grise : Cécile, George Sand et moi, Lou, Maggie, Manu, Sabbio, Titine,

La Vengeance de Samuel Logwood : Cécile, Maggie,

Le Mystère de Fernwood : Cécile, Maggie,

Le Secret de Lady Audley : Cécile, ClaudiaLucia, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Visiteur d'Evelyne : Cécile,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette, ClaudiaLucia,

23/01/2010

Un petit Victorien pour bien commencer l'année...

falkner_moonfleet.gifEn décembre, les Victorian Frogs avaient pour mission de lire un classique victorien de la littérature enfantine. Je rends enfin ma copie sur Moonfleet de J. M. Falkner, roman d'aventures qui m'a réconciliée avec les histoires de garçons, pour les garçons. Parce que quand on y regarde de près, parmi mes lectures d'enfance, on compte pas mal de classiques et de lectures fusionnelles...dans un monde peuplé d'héroïnes : Joe March, Alice la détective, l'héroïne de Papa Longues Jambes, Laura Ingalls, Mathilda... et bien d'autres. Et, à part les héros de Mark Twain, sur papier ou au petit écran (haut comme trois pommes...), je n'ai jamais été particulièrement friande d'histoires à la Stevenson. L'avantage ? Du haut de mes 27 ans et deux jours, j'ai devant moi une perspective alléchante, peuplée de pépites littéraires toutes plus prometteuses les unes que les autres (malgré le mal de mer occasionné par les transports en bâteau, les attaques à la sarbacanne et la présence inquiétante de tigres prêts à bondir sur moi depuis les étagères autrefois sûres de ma bibliothèque).

Dans un petit village du Dorset, John Trenchard vit avec une tante austère qui l'a accepté chez lui en raison de son sens du devoir développé, non par affection. Dans cet endroit situé sur la côte, la mer fait souvent des victimes au rang des pêcheurs et, les nuits où le vent souffle fort, les naufrages ne sont pas si rares. Parmi les villageois se trouve un certain nombre de contrebandiers que le juge Maskew a promis de démasquer pour les conduire à la potence. Amoureux de la fille du juge, John est aussi un garçon aventureux qui, après avoir fait preuve de trop de curiosité, se retrouve mêlé aux traffics et pourchassé à son tour par la justice.

Beaucoup d'aspects méritent le détour dans cette histoire. Tout d'abord, je craignais une histoire de pirates et des pages et des pages passées à fond de cale, ce qui ne me réjouissait pas plus que ça. En réalité, John passe très peu de temps sur l'eau. Ce roman mêle l'aventure aux influences gothiques, le tout saupoudré de sentiments et d'exploits virils (l'amitié, l'amour filial, l'honneur, le courage, le sens du sacrifice). Outre l'action rythmée (peut-être moins vers la fin) et les personnages prompts à susciter l'empathie du lecteur, ce roman met en lumière les conditions de vie sur la côte du Dorset au XIXe, sans faire dans le sentimentalisme. Et pour l'aventure, ce livre avait tout pour me plaire, avec une crypte d'où proviennent des grincements inquiétants, une famille de nobles défunts autour de laquelle flotte un parfum de mystère, sans oublier un passage secret sous une tombe et des galeries hantées dans une ancienne carrière.

Un roman entraînant et dépaysant à lire impérativement avant de se risquer dans les coins abandonnés qui faisaient notre bonheur lorsque nous étions petits (et qui me fascinent toujours autant, que croyez-vous ?).

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239 p

J. Meade Falkner, Moonfleet, 1898

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17/01/2010

You've gotta pick a pocket or two !

Les 21 et 22 novembre derniers, j'étais parmi la bande joyeux lurons partie hanter Londres en groupe, histoire d'augmenter radicalement la population de batraciens dans le secteur, de dépenser beaucoup, de s'émerveiller toutes les deux secondes et aussi d'entrer là :

oliver_Church_Hill_Theatre.JPG

Pour voir ça :

oliver_musical.jpg
Quelques semaines avant, notre équipe de bras cassés (à savoir les Victorian Frogs, un club de lecture où l'on parle de tout SAUF de lecture) avait décidé de lire Oliver Twist pour l'occasion. Résultat des courses : deux personnes seulement l'avaient fini à temps (dont une dans une version pour enfants de 125 pages, court mais efficace !), les autres ayant soit commencé (comme moi, avec trois ou quatre chapitres à mon actif, admirez mon efficacité redoutable), soit renoncé (à leur décharge, elles avaient déjà lu le roman avant dans une version non tronquée, je le souligne car moi aussi j'ai lu au collège Oliver Twist et en anglais s'il vous plaît, dans une superbe édition illustrée d'environ 90 p et interligne 1,5).

Bref, peu importe, nous voilà donc le 21 novembre au soir à Covent Garden, au poulailler, avec une vue magnifique sur la scène et des genoux broyés (sans parler de mes Cadburry éclairs doués d'une volonté propre et bien décidés à s'échouer lamentablement sur la tête de ma voisine de devant). Etaient présentes Cryssilda, royale organisatrice, Emma, Fashion, Isil, Stéphanie et Vounelles.

Que vous dire de cette comédie musicale ? "wahou" relève franchement de l'euphémisme. Typiques du genre, les chansons se laissent facilement fredonner sans chambouler du tout au tout l'histoire de la musique. L'histoire, on la connaît. Oliver, orphelin généreusement élevé par la paroisse, a un jour le culot de demander une deuxième ration de gruau (on aura tout vu). S'ensuit tout un processus pour mettre ledit morveux en apprentissage chez un croque-mort, histoire de lui donner une petite idée des dures réalités de la vie et de lui faire regretter sa précédente pension.

The bowls never wanted washing. The boys polished them with their spoons till they shone again; and when they had performed this operation (which never took very long, the spoons being nearly as large as the bowls), they would sit staring at the copper, with such eager eyes, as if they could have devoured the very bricks of which it was composed; employing themselves, meanwhile, in sucking their fingers most assiduously, with the view of catching up any stray splashes of gruel that might have been cast thereon. Boys have generally excellent appetites. Oliver Twist and his companions suffered the tortures of slow starvation for three months: at last they got so voracious and wild with hunger, that one boy, who was tall for his age, and hadn't been used to that sort of thing (for his father had kept a small cook-shop), hinted darkly to his companions, that unless he had another basin of gruel per diem, he was afraid he might some night happen to eat the boy who slept next him, who happened to be a weakly youth of tender age. He had a wild, hungry eye; and they implicitly believed him. A council was held; lots were cast who should walk up to the master after supper that evening, and ask for more; and it fell to Oliver Twist. Extrait de la David Perdue's Dickens page.

De cette histoire si connue, cette comédie musicale parvient à tirer le meilleur parti possible avec deux atouts de poids : des comédiens impressionnants, à commencer par l'interprète de Fagin (qui a remplacé Rowan Atkinson) et plus encore, les décors et les costumes à couper le souffle. Dès l'introduction (la fameuse scène du réfectoire), sur une scène immense qui s'étend très loin en profondeur, on voit arriver une ribambelle de gamins en habits rapiécés (c'est là qu'on commence à soupçonner le très léger fossé entre les comédies musicales anglo-saxonnes et françaises !). Et là, tout s'enchaîne : les danses dans les rues de Londres avec une quantité phénoménale de figurants, le défilé des costumes et les changements de décors qui s'empilent, s'emboîtent, montent, descendent et coulissent dans tous les sens, faisant apparaître en quelques secondes boutiques, logements et rues entières. Le tout avec une telle précision que l'on se croirait vraiment au XIXe à Londres, ce qui évidemment m'a fait ouvrir grand les yeux pendant toute la durée du spectacle (que je n'ai pas vu passer malgré sa longueur qui m'inquiétait un peu a priori). Un grand moment de bonheur ! Voici le site du musical.

Et puis, si vous avez un doute, si vous êtes du genre soupçonneux, voici la preuve en images de mon voyage à Londres :

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Des bottes pour affronter la pluie, du kitsch parce qu'on est en Angleterre (j'ai failli craquer pour des Docs mais le prix n'était pas le même...).
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Un Union Jack, parce qu'ils sont partout là-bas, et pour montrer qu'on n'est pas en Ecosse admirez en prime le drapeau anglais et les ENGLISH bonbons. Et puis le lion, tant qu'à faire... royal !
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Une boutique rose, qui ne vend que des objets roses. J'ai évidemment pris la photo en pensant à Isil qui manquait ça.
Et puis je suis revenue avec quelques petites choses dans mes valises... (dont évidemment, un DVD avec Colin Firth et un autre sur Queen Victoria):

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En finissant par un gros plan sur Decline of the English Murder (un phénomène qui a apparemment préoccupé un auteur célèbre...), de l'Earl Grey Fortnum & Mason (j'adore cette maison) et deux très jolies éditions de Dickens et James. That's it!

10/12/2009

Massacre dans un jardin anglais

sharpe_route_sanglante.jpgVous n'y croyiez plus amis lecteurs, moi non plus à vrai dire, mais si si, c'est bien une nouvelle chronique de l'aventurière livresque que je suis que vous avez sous les yeux. Car je lis encore, je suis simplement un tout tout tout petit peu en retard dans la livraison de mes billets.

Pour reprendre mes activités en douceur, j'ai choisi un titre bucolique et enchanteur de Tom Sharpe, la très dépaysante Route Sanglante du Jardinier Blott.

Imaginez un cadre typiquement anglais, avec un château isolé qui a su traverser le temps (même s'il s'agit d'une monstruosité bâtie au petit bonheur la chance au fil des siècles), la campagne profonde et, pour les peupler, deux conjoints d'une quarantaine d'années qui se détestent cordialement.

Solidement plantée sur les poteaux qui lui servent de jambes (d'après son charmant époux), Lady Maud est l'héritière du château et s'est mariée afin d'avoir un héritier. Sir Giles, parlementaire le jour, masochiste la nuit, réfléchit à une solution qui lui permettrait de se séparer de sa femme tout en trouvant un arrangement financier avantageux. Car il faut dire que si Lady Maud est bien sympathique malgré son air revêche et ses manières brutales, elle a de quoi faire fuir son mari : déjà traumatisé par sa lune de miel, Sir Giles a de quoi s'inquiéter en voyant sa femme astiquer régulièrement et fort scrupuleusement un fusil de chasse dans sa cuisine.

(…) Aussi Sir Giles avait-il été surpris, pour ne pas dire peiné, par son interprétation au pied de la lettre de ce qu'il lui avait soufflé, lors de leur lune de miel : il désirait qu'elle l'attache sur son lit et qu'elle le batte. On avait entendu ses cris sur la Costa Brava à un kilomètre à la ronde (…). Sir Giles n'avait pas pu s'asseoir pendant le trajet du retour. (p12)

Pour se débarrasser d'une femme trop encombrante et profiter tranquillement de sa maîtresse (tantôt Mlle Cathétère, la P*erverse Infimière tantôt Soeur Florinda, la Nonne N*ymphomane), Sir Giles verse quelques pots de vin pour lancer la construction d'une autoroute sur leur domaine et profiter des dédommagements. Tout laisse à penser que la trajectoire ne pourra pas être détournée mais c'est sans compter sur la châtelaine et son fidèle jardinier Blott, Allemand de naissance et Anglais de cœur pris pour un Italien par tout le voisinage.

Voilà un roman cocasse que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, entre les scènes de menace, de chantage, les manipulations machiavéliques au sein du couple, une Lady Maud apparemment mal dégrossie et pourtant rusée comme un singe, une poignée de pleutres et beaucoup de remarques incongrues qui m'ont arraché de nombreux sourires. Je ne connaissais Sharpe que de nom, et voilà que je découvre un auteur au ton ironique et un brin impertinent terriblement anglais... autant vous dire que je compte bien me livrer à un nouveau voyage en sa compagnie !

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339 p

Tom Sharpe, La route sanglante du jardinier Blott, 1978

08/11/2009

Challenge Braddon

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J'ai fait vite fait un petit logo pour le challenge Mary Elizabeth Braddon. Pour vous inscrire ou indiquer la publication de vos billets, c'est ici !

Truly, madly, deeply,

Lou sur le point de s'endormir après une folle journée avec ses (non moins folles) amies victoriennes.

 

Edit du 15/11/2009 :

Ce challenge est tout simple : il vous suffit de lire un roman de Mary Elizabeth Braddon et, comme j'ai trouvé que je ne laissais pas beaucoup de temps pour ce faire, je vous propose de lire ce roman avant la fin de l'hiver, soit le 20 mars 2010.

Liste des oeuvres de Braddon lues par la blogosphère dans le cadre du challenge (ou pas):

Le Secret de Lady Audley (Cécile's blog)

Le Mystère de Fernwood (Nag)

Sur les traces du Serpent (Choupynette)

15/10/2009

Satan à l'heure de Halloween...

singer_destruction_kreshev.jpgComment passer complètement à côté d'un texte qui vous attirait depuis longtemps ? Sans pouvoir vous donner la recette exacte, je dirais que c'est en tout cas le sentiment que j'ai ressenti en lisant La Destruction de Kreshev d'Isaac Bashevis Singer (qui traînait dans ma bibliothèque depuis cinq ans).

Dans un récit qui rappelle la forme du conte et le folklore traditionnel yiddish, Singer met en scène un petit village sinistre qui a connu des jours meilleurs. Il y a longtemps, la fille d'un des villageois les plus influents a choisi entre deux prétendants inconnus un homme réputé laid et pauvre mais instruit et visiblement pieux.

Le mariage est un succès : Lise est très éprise de son époux et semble avoir fait un choix judicieux. Cependant Shloimele est un adepte de Sabbatai Zvi et vit dans le péché. Il ne tarde pas à partager avec son épouse les joies des plaisirs charnels les plus contraires à la religion, poussant Lise à renier la kabbale. L'époux finit par raconter aux villageois ce que son épouse et lui ont fait, jurant regretter ce qui s'est passé. Par conséquent, puisqu'il a avoué, c'est Lise qui sera le plus durement punie, la communauté se faisant une joie d'humilier la fille du plus riche commerçant. Le tout finit mal, comme vous vous en doutez.

J'ai ouvert ce livre dans le cadre du Bloody Swap puisque le narrateur n'est autre que le Malin, qui explique comment il a manipulé les personnages afin de satisfaire ses désirs. Ce n'est certes pas un roman d'épouvante mais j'ai pensé que le point de vue adopté pouvait se prêter à mes lectures du moment. Les interventions du Malin ont peut-être constitué mes passages préférés. Les thèmes ne manquent pas et comme cela a déjà été très bien évoqué dans un article enthousiaste, beaucoup de sujets d'actualité trouvent ici une illustration, à commencer par l'intégrisme religieux. Malgré le fond et certains passages très agréables à lire, je me suis passablement ennuyée à la lecture de ce texte qui ne me marquera pas trop. La place prépondérante accordée à la religion y est sans doute pour beaucoup, car je me sentais dépassée par les préoccupations des divers personnages. J'ai perçu la critique mais je n'ai pas adhéré à la forme, me sentant assez peu concernée par les mots qui défilaient sous mes yeux. Une lecture qui me laisse une impression très mitigée (ce qui se ressent dans mon avis endormi). Ce livre et moi n'étions certainement pas faits pour nous rencontrer. Espérons que l'autre Singer qui attend dans ma PAL saura davantage me toucher.

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93 p

Isaac Bashevis Singer, La Destruction de Kreshev, 1930's (?)

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04/10/2009

Parce qu'il n'y a pas que Wilkie dans la vie !

mary_elizabeth_braddon.jpg... parce que Wilkie est décédé depuis 120 ans mais qu'elle est née un 4 octobre (et a par conséquent droit elle aussi à un anniversaire),

... parce que je suis inscrite d'office au mini-challenge Wilkie par une amie très attentionnée,

... parce qu'un petit groupe d'amies LCA a décidé de se constituer "club de lecture victorien" (de notre nom de code The Victorian frogs (and ladies)) et que ça se fête,

... parce que ça me dit bien :

J'ai décidé de lire d'ici la fin de l'année au moins un livre de Mary Elizabeth Braddon et invite tous ceux qui le souhaitent à faire de même (n'hésitez pas à poster vos liens ici ensuite). Plus on est de fous plus c'est vachement chouette !

Et je suis ravie de vous annoncer que nous sommes deux à faire ce challenge puisque Cryssilda est partante elle aussi !

Je sortirai de ma PAL (un de) ces deux romans : Le Secret de Lady Audley ou Henry Dunbar.

Quant au challenge Wilkie je pense lire Sans Nom dont le début m'inspire plus que celui de Pierre de Lune.

 

*****

BLOODY SWAP : les premiers colis (international) partent demain (n'oubliez pas de m'envoyer un mail pour me prévenir, vous m'éviterez quelques nuits blanches - même si elles s'accorderaient bien avec le thème).

Pour les colis en Europe, il vous reste encore quelques jours. Je suis à votre disposition si vous avez des questions !

23/09/2009

Les débuts du roman policier

quincey_vengeur.jpgEcrit en 1838, Le Vengeur (The Avenger) de Thomas de Quincey est l'un des premiers romans noirs à mettre en scène un serial-killer dans un contexte policier, précédant en cela Edgar Allan Poe et son Double Assassinat dans la rue Morgue (1841).

Ce court roman (ou peut-être devrais-je dire « cette novella ») est publié par La Baleine noire. J'avais déjà lu dans la même collection deux textes plaisants, voire très habiles : L'Ecole des Monstres et Ariel. Au final, trois lectures très différentes par la forme et le fond, allant des classiques aux contemporains, mais des textes que je trouve tous de qualité ou intéressants par certains aspects. Bref, une collection qui mérite qu'on s'y arrête.

Dans Le Vengeur, une ville universitaire est marquée par l'arrivée d'un jeune homme que l'on pourrait décrire en disant simplement qu'il est l'archétype du héros ou encore, un croisement de prince charmant, d'esprit fin et de courageux guerrier. A peu près en même temps, une vague de crimes perpétrés au sein de foyers respectables commence à terroriser la ville. Le nouvel arrivé propose d'organiser des rondes mais rien n'y fait, les strangulations et autres méthodes expéditives perdurent.

J'imagine que pour le lecteur du XIXe, habitué à d'autres formes littéraires, ce texte avait un caractère très quincey.gifnouveau et la fin a sans doute dû en surprendre plus d'un. Parmi les meurtriers présumés, plusieurs hypothèses se présentent : le rival en amour du nouvel arrivé, rendu fou par l'impossibilité d'un mariage avec sa belle, au point d'errer pendant des jours dans les bois et de faire de drôles de remarques lorsque le geôlier vient à disparaître ; des étudiants, puisqu'un témoin a reconnu leur habit ; un illustre inconnu ; le narrateur ? ; enfin, le valeureux héros, que l'on sait mélancolique. Autant vous dire qu'aujourd'hui, en lisant ce texte, il est difficile de ne pas soupçonner très fortement le héros, et son innocence m'aurait pour le coup vraiment surprise. En revanche, ce que l'on ne connaît pas, ce sont ses motifs. Ces derniers, sous forme de lettre, constituent un autre récit au sein du récit, donnant un nouveau souffle à l'ensemble et ajoutant un aspect historico-politique au récit.

Une curiosité littéraire dont il serait dommage de se priver.

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112 p

Thomas de Quincey, Le Vengeur, 1838

11/09/2009

Nouveau plongeon dans le Londres du XIXe

symons_esther kahn.gifVictorian special thanks

... to Malice, grâce à qui j'ai découvert récemment un auteur britannique aujourd'hui presque oublié, Arthur Symons. Le recueil que la Miss au pays des Merveilles m'a prêté est composé de deux nouvelles, Esther Kahn et Seaward Lackland, ainsi que d'un texte autobiographique, Prélude à la vie.

De tous ces textes, c'est Esther Kahn qui m'a le plus touchée. Il s'agit d'une fille élevée dans une famille juive pour le moins pauvre, puisqu'elle fait partie de ces Victoriens malchanceux qui triment nuit et jour sur des travaux de couture pour un salaire misérable. Esther a quant à elle d'autres ambitions. Passionnée par le théâtre, elle finit par obtenir un petit rôle et, de fil en aiguille, devenir la star montante de la scène londonienne. Mais pour être tout à fait convaincante, il lui faudrait comprendre les tourments par lesquels passent ses personnages et donc, tomber enfin amoureuse.

Ce texte court est un petit bijou. Portrait sans concession d'une héroïne qui n'en est pas vraiment une, ce récit puise sa force dans la esther kahn.jpgdistance que le narrateur place entre son sujet d'observation et lui-même. Sans jugement, le voilà qui analyse avec précision le comportement d'Esther Kahn, se contentant d'observer et de constater, retranscrivant également les pensées de son personnage. Curieusement, certains passages m'ont fait penser à Zola, les explications naturalistes en moins. On obtient paradoxalement un texte assez froid sur ce qui devient finalement l'histoire d'une passion. Passion de l'art, passion amoureuse. Avec sans cesse cette question : la quête de l'art absolu doit-elle être forcément accompagnée de souffrance ? Enfin, la description de la société victorienne que fait Symons est à mes yeux particulièrement intéressante. On retrouve des éléments bien connus des lecteurs de Dickens, avec la description du quartier sordide où vit la famille Kahn, le métier qu'elle exerce, les bouges et les théâtres. Pourtant, l'approche est très différente ; on est loin des scènes à faire pleurer dans les chaumières alors que la réalité infecte n'est en rien adoucie par le style épuré de Symons. L'immédiat occupe une place primordiale dans ce récit, le décor étant peut-être presque un prétexte, tandis que l'analyse psychologique (et non la fresque sociale) est le réel objet du narrateur. Voilà donc un portrait complexe et finement ciselé tout à fait passionnant. Il ne me reste plus qu'à voir le film d'Arnaud Desplechin dont Malice a également parlé !

Seaward Lackland est l'histoire d'un enfant né tardivement dans une famille marquée le chagrin. Son premier fils s'était noyé en mer, le second s'était enfui de la maison et avait gagné l'Amérique (p42). Son père ayant miraculeusement échappé à une tempête meurtrière pour tous ses camarades, Seaward va être dédié au Seigneur. Il s'ensuit alors une éducation particulière pour l'enfant qui, informé des circonstances de sa naissance, accepte sa destinée et décide de se consacrer autant que possible à Dieu. Jusqu'au jour où, persuadé de devoir le renier publiquement pour devenir un paria et ainsi lui déclarer sa soumission sans condition, Seaward commet l'irréparable. Une nouvelle qui soulève des questions intéressantes sur le plan historique et culturel mais que j'ai moins appréciée, me sentant peu concernée par les questions métaphysico-religieuses que ne cesse de se poser le héros.

arthur-symons-1-sized.jpgQuant au Prélude à la vie, il apporte un éclairage nouveau sur la nouvelle Seaward Lackland en donnant une idée de l'éducation reçue par Arthur Symons, en particulier l'éducation religieuse. Assez curieusement, Symons se présente sous les traits d'un enfant antipathique et tient des propos à mon sens provocateurs : « Nous étions très pauvres, et j'exécrais les contraintes de la pauvreté. Nous étions environnés de gens vulgaires, de classe moyenne, et je détestais la vulgarité, les classes moyennes. Parfois nous étions trop pauvres pour avoir même une servante, et j'étais censé faire mes souliers. Je ne pouvais souffrir de me salir les mains ou les manchettes ; l'idée d'avoir à faire cela me dégoûtait chaque jour. Parfois ma mère, sans rien me dire, faisait mes souliers pour moi. J'avais à peine conscience des sacrifices qu'elle et les autres accomplissaient continuellement. Je n'en faisais aucun de mon propre mouvement, et j'étais désolé si j'avais à partager la moindre de leur privation » (p 101) Certes, on peut s'arrêter là et conclure que Symons n'était pas quelqu'un d'intéressant, du moins enfant, mais je trouve cette description fascinante. C'est un portrait peu flatteur et, s'il ne se livre peut-être pas à une autocritique – rien n'est moins sûr, Symons sait pertinemment que son lecteur jugera cette description selon des codes moraux et des sentiments qui lui nuiront forcément. Il ne se cherche pas d'excuse et donne l'impression qu'il ne compte certainement pas annoncer ses regrets. Voilà un jeu d'équilibriste qui, de bout en bout, m'a beaucoup intriguée.

Un livre charnière, par un auteur au croisement entre le XIXe très victorien et le début d'une nouvelle ère littéraire, d'où son approche moderne d'une époque marquée par des auteurs plus prolixes.

Au passage, la préface nous apprend que Symons est le premier à éditer Dubliners de Joyce.

Sur ce blog, quelques auteurs influencés par la même période : E.M. Forster, Flora Mayor, Vita Sackville-West (dans une moindre mesure).

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122 p

Arthur Symons, Esther Kahn, 1905

08/09/2009

Abandon

berwin_lila_neuf_plantes.jpgA l'époque insouciante où je me laissais encore trop tenter par les couvertures alléchantes, j'ai accepté de recevoir en SP Lila et les neuf plantes du désir de Margot Berwin. Livre commencé il y a environ 2 mois et, l'envie de le reprendre ne revenant toujours pas aujourd'hui, je rends mon tablier et laisse d'autres lecteurs plus convaincus vanter les mérites de ce roman où une jeune cadre dynamique travaille dans la pub de jour et bichonne de drôles de plantes la nuit.

L'esprit exotique annoncé par l'éditeur m'avait attirée, et j'avoue avoir pris un certain plaisir à découvrir oiseau du paradis, fougère de feu et autres noms paradisiaques associés à des plantes plus séduisantes les unes que les autres. Le roman se laisse lire facilement, le style n'a pas d'intérêt en soi mais il n'est pas non plus désagréable.

Pourquoi l'abandonner alors ? Parce que ce livre est très chick lit et que ce n'est pas ma tasse de thé,  parce que c'est un mélange de Sex and the City sans humour, de The Devil wears Prada sans Miranda et de Working Girl sans Sigourney Weaver. Bref, si Lila et les neuf plantes du désir était un film je le verrais certainement au moment de son passage sur les chaînes publiques, trois ans après sa sortie en salle, mais je renonce à lire ce roman avec lequel j'ai l'impression de perdre mon temps, le fond étant inexistant et le roman parvenant à me distraire un peu, sans doute, mais certainement pas au point de m'enthousiasmer.

Beaucoup de lecteurs ont apprécié la fraîcheur de ce roman que je ne vous déconseille vraiment pas mais qui ne correspond pas à mes goûts.

305 p

Margot Berwin, Lila et les neuf plantes du désir, 2009

(Ma PAL s'allège mais, n'ayant pas terminé ce livre, je ne l'ajoute évidemment pas à mes réussites objectif PAL)

 

02/08/2009

Du rififi in the middle of nowhere

gottlieb_ainsi soit il.jpgÉcrivain en vogue issu d'une petite ville où rien ne se passe jamais, Rob Castor s'est récemment suicidé après avoir assassiné son ex petite amie. Son ami d'enfance Nick ne s'en remet pas et revient sur l'histoire de Rob, leur amitié et, en passant, sur sa propre vie privée, ses problèmes conjugaux, le psy de sa femme, le chien du voisin, le rhododendron de sa grand-mère... désolée je m'égare.

Je l'avoue, ce résumé est nettement moins alléchant que celui qui figure au dos de mon édition. Malgré tout, je le trouve plus à la hauteur des ambitions et du contenu de ce livre où il ne se passe finalement pas grand-chose. Si je reprends donc le résumé plus alléchant que j'évoquais à l'instant, on apprend que « dans le paysage des jours enfuis, d'étonnants secrets le guettent ». Ce n'est pas faux. Deux révélations importantes se font, expliquant certains aspects un brin étonnants du comportement du narrateur. Ce qui me gêne plus, c'est le fait que ces deux nouveautés arrivent comme un tas de cheveux au milieu de la soupe au brocoli (soyons précis sur ce point, voulez-vous ?) ; elles ne sont pas franchement exploitées, que l'on pense à l'éventuelle « intensité dramatique » de la chose ou, ce qui est sans doute plus important, à l'impact sur le dénouement du récit. Nick n'évolue pas, la fin n'en est pas une (malgré les révélations, on reste un peu sur sa faim) et, de bout en bout, on suit le parcours d'un mari geignard qui s'écoute parler. Ce qui, personnellement, a fini par me lasser, le personnage m'étant profondément indifférent.

wood_american-gothic.jpgFinalement, comme le récit stagne beaucoup du début à la fin, il me semble que l'intérêt principal résidait dans l'analyse du comportement du narrateur. J'imagine que l'objectif recherché tenait davantage du portrait psychologique que du thriller, ce qui aurait dû me convenir parfaitement au vu de mes goûts personnels. Malheureusement, le sujet observé est aussi creux qu'une Veruca Salt * ; qui plus est, il est parfaitement antipathique. L'essentiel de ses jérémiades concerne sa femme, qui détourne ses enfants de lui et fait preuve d'une jalousie tout à fait inappropriée. Parallèlement à ce constat, voilà notre narrateur qui raconte comment il retrouve la sœur de Rob, son ex petite-amie, ennemie jurée de sa femme. Et comment (accessoirement) il devient son amant. Je me suis mortellement ennuyée en suivant les manifestations d'auto-apitoiement de ce cher Nick, ce qui est particulièrement gênant étant donné leur caractère répétitif. Voilà un héros qui tente de se remettre en question mais qui ne va pas assez loin dans sa démarche et ronronne un peu trop à mon goût. A part ça, ce roman se laisse lire (le style est d'ailleurs agréable) et convient tout à fait aux séances de lecture dans les transports en commun.

Ah oui, pourquoi ce titre à la place de Now you see him en anglais ? Ainsi soit-il m'a d'ailleurs valu des commentaires dans le métro de la part d'un monsieur sympathique chargé comme une mule avec un sac Boulinier.

Mon avis est très proche de celui de Petite Fleur et je suis également d'accord avec Hedwige
On lit le roman vite, sans y penser, sans réfléchir, et on l’oublie tout de suite ; certes il ne laisse pas de mauvais souvenirs flagrants, c’est qu’en réalité il ne laisse pas de souvenirs du tout… Il est dommage qu’un livre sans défauts majeurs manque à ce point là de qualités. »),
mais la plupart des avis référencés par Bob sont beaucoup plus positifs ; beaucoup de lecteurs ont au contraire été touchés par le personnage ou intéressés par les étonnants secrets qui le guettaient.

Lu dans le cadre du partenariat entre Bob et les éditions 10-18.

(Tableau : American Gothic de Grant Wood, cité par le narrateur)

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274 p

Eli Gottlieb, Ainsi soit-il, 2008

 

* Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl