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10/05/2011

Will you marry him ?

ideal-husband-dvdcover.gifMon deuxième billet à la fois pour le challenge Back to the Past et le challenge Oscar Wilde sera consacré à l'adaptation de An Ideal Husband de 1999.

Sir Chiltern (Jeremy Northam) est un jeune membre du Parlement à qui la vie sourit : il a une épouse aimante et tout simplement parfaite (Cate Blanchett), il est riche, bien en vue et de plus en plus influent dans la sphère politique. Le couple est aux yeux de tous un modèle d'intégrité et est notamment régulièrement cité en exemple par le Comte de Caversham à son fils bien indolent, Lord Goring (Rupert Everett).

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Mais, en dépit de leur respectabilité apparente, les Chiltern doivent leur fortune à un scandale financier : c'est là qu'entre en scène une bien vile créature (Julianne Moore). Détenant une preuve des malversations de Sir Chiltern, elle le fait chanter, menaçant d'informer la presse de la fraude dont il est coupable, à moins qu'il ne recommande devant le Parlement un projet dans lequel elle a investi une forte somme.

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Parallèlement à la descente aux enfers du couple, leur ami Goring a d'autres soucis : son père lui demande de cesser sa vie de débauché et de se marier, enfin !

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Un joli film au casting impeccable. L'humour de Wilde, des costumes soignés, des décors dans l'ensemble réussis (si l'on oublie quelques arrières plans peints qui semblent dater un peu !)... au final un costume drama rassemblant à peu près tous les éléments que j'apprécie dans ce type de film, même si je n'ai pas eu le même coup de coeur que celui que j'ai éprouvé en voyant The importance of being earnest, un poil plus abouti et surtout un peu plus fou et original. A noter parmi les cinq principaux acteurs la présence de Jeremy Northam, un acteur que j'avais déjà trouvé excellent dans un autre film d'époque, Emma.

Et la pièce a été lue par : Theoma.

Le billet recap pour laisser les liens vers vos chroniques sur les costume dramas : Back to the Past !

Et le groupe Facebook pour partager vos découvertes, commenter l'interprétation des uns et des autres et (accessoirement) parler chemise mouillée !

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An Ideal Husband,  un film d'Oliver Parker, 1999

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Challenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

Et je vous propose une lecture commune coquine pour commencer l'été, avec Teleny (1er juillet)!

07/05/2011

Le 500e billet sera britannique...

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What a surprise ! Avec en prime un petit coup de coeur pour Paola de Vita Sackville-West !

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeEn matière de littérature anglaise, j'affectionne tout particulièrement les écrivains de la première moitié du XXe siècle qui pour certains incarnent la modernité après la longue période victorienne. J'aime les récits mettant en scène cette époque et l'esprit souvent plus léger qui caractérise ces écrits. Vita Sackville-West est un bon exemple en la matière... mais c'est une nouvelle fois avec un décès qu'elle choisit d'ouvrir ce roman (c'était également le cas dans Toute Passion abolie).

Suite au décès de son oncle, le chef de famille Noble Godavary, Gervase se rend pour quelques jours dans le Nord afin d'assister à l'enterrement. C'est une région qu'il exècre : c'est ainsi au bout de 35 ans qu'il revient chez lui.

Il rencontre pour la première fois la seconde épouse de son oncle et leur fille, Paola, qui tient davantage de sa mère italienne et détonne dans la famille extrêmement britannique et flegmatique de Gervase. La réunion de famille s'annonce effroyable à souhait : le fils aîné de l'oncle (futur héritier du domaine) attend l'arrivée de leur cousine Rachel, avec qui il entretient une liaison honteuse ; Michael, le frère de Gervase, suit Paola partout et la dévore des yeux dans la plus totale indifférence ; Gervase, quant à lui, attire sans le vouloir les confidences de Paola et de sa mère tout en étant toléré par les Godavary : passif, c'est un témoin occupant une place centrale.

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeLes liens de famille sont l'un des principaux sujets abordés dans ce récit : les Godavary ne s'apprécient guère mais sont tous semblables et se comprennent, tandis que Paola reste une étrangère qui fascine mais détonne dans cette demeure anglaise isolée. Séduisante, vive, lucide, directe, elle est aussi entourée d'une sorte d'aura maléfique : à l'écart du reste de la famille (de fait, mais aussi par choix), elle représente une menace confuse qui se concrétisera au cours du récit.

Voilà un court roman plutôt sombre que je vous invite à lire pour découvrir une nouvelle facette de l'oeuvre de Vita Sackville-West : loin des salons mondains, au sein d'une vallée sauvage et lugubre, ce huis clos  saura vous séduire (et n'est pas sans évoquer les tensions familiales exploitées par une certaine Agatha Christie...).

Et puisque la pluie tombe sans discontinuer et qu'il n'y a pas un seul voisin à la ronde pour vous secourir, pourquoi ne pas tout simplement pousser la porte de la demeure des Godavary ?

Sur ce blog également : Toute Passion abolie

D'autres avis sur PaolaClarabelSmithereens (en anglais)

 

Et si cette époque vous plaît, vous aimerez peut-être également :

Brennan Maeve, La visiteuseGoudge Elizabeth, Le Secret de MoonacreJames Henry, Les Dépouilles de Poynton,  Mayor Flora M., La troisième Miss SymonsMitford Nancy, La poursuite de l'amourMitford Nancy, L'amour dans un climat froidPym Barbara, Crampton HodnetPym Barbara, Adam et CassandraRice Eva, L'Amour comme par hasardStrachey Julia, Drôle de temps pour un mariage (d'autres textes que j'ai aimés et serais ravie de faire découvrir à ceux qui, peut-être, ne les connaissent pas déjà).

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123 p

Vita Sackville-West, Paola, 1932

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Challente God Save the Livre : 5 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

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2e lecture dans le cadre du challenge Vintage Novels

30/04/2011

Bloody hell !

square1-187x300.jpgAujourd'hui je vous emmène avec moi dans les années 1930 à Londres près de Holborn, dans une pension qu'il ne fait pas bon fréquenter. Suivons pour commencer Lydia Langstone qui vient de quitter le domicile conjugal après avoir été frappée par son époux Marcus, séduisant (chouette) mais sinistre individu (dommage) sur le point de rejoindre le parti fasciste britannique (no comment).

N'ayant que peu d'endroits où se rendre, ellle emménage avec un père qu'elle ne connaît pratiquement pas, sa mère s'étant remariée avec un aristocrate peu de temps après sa naissance. Habituée à une maison des beaux quartiers un poil lugubre mais toujours entretenue par une armée de serviteurs, Lydia découvre un logement assez sordide, exigu, froid et peu commode, ainsi qu'un père qui prétexte des rendez-vous importants pour se rendre en urgence au pub d'en face où il passe ses journées à se saouler. Bientôt elle fait la connaissance d'un nouvel habitant qui lui fait des révélations troublantes sur le propriétaire : il aurait séduit Miss Penhow, une vieille fille de dix ans son aînée . Puis celle-ci aurait mystérieusement disparu, faisant du séducteur le nouvel heureux propriétaire du petit immeuble de Bleeding Heart Square.

Si ce roman historique vise à faire le jour sur cette mystérieuse affaire, il s'inscrit aussi dans une période intéressante et bien trouble de l'histoire : l'entre-deux-guerres avec la montée du fascisme en Europe et l'essor de l'Union britannique des fascistes. Se pose aussi la question de l'émancipation des femmes, avec Lydia qui décide de quitter son mari dès qu'il se montre brutal et fait preuve d'une grande volonté en acceptant un travail inintéressant et mal payé ainsi que des conditions de vie bien plus précaires que celles auxquelles elle était habituée. Un profil de femme volontaire et courageuse, qui a d'ailleurs pour livre de chevet Une Chambre à soi de Virginia Woolf (que j'aurais dû chroniquer il y a des mois) ! Même si, il faut bien l'avouer, elle ne lit pas bien vite ce court essai qui la suivra tout au long du roman !

Le Diable danse à Bleeding Heart Square reste avant tout un bon gros roman à suspense, parfait pour se détendre et se changer les idées le temps d'une lecture qui vous absorbera sans doute entièrement. Un plaisir britannique à souhait dont on ne devrait pas se priver (et un livre qui m'a été bien utile lors du dernier dimanche pluvieux !). Attention : vous risquez d'oublier l'heure et de passer une nuit très courte en arrivant à la fin !

Quelques avis de lecteurs qui, eux aussi, ont passé un moment en compagnie de Lydia : Canel, Caroline, ChiffonnetteClara et les mots, Cuné, Keisha, L'accro des livres, Mivava, Karine:), StephieTitine

Et si ce livre vous tente, je vous conseille également ceux-ci : Phillips Arthur, Angelica  et Harwood John, La Séance.

Un grand merci à Solène de éditions du Cherche Midi pour ce bon moment passé en Angleterre !

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480 p

Andrew Taylor, Le Diable danse à Bleeding Heart Square, 2009

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Challente God Save the Livre : 4 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

Et parce que je ne résiste pas à ce clin d'oeil British, terminons ce sombre billet sur un happy end (enfin je le leur souhaite) :

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20/04/2011

Détour américain

grimsley_enfant des eaux.gifEcrit à la première personne, L'Enfant des eaux de Jim Grimsley est l'histoire d'Ellen qui, bien des années plus tard, repense à son enfance misérable en Caroline du Nord. Voyant en rêve sa mère glisser sous la surface de l'eau d'une rivière, croisant régulièrement son fantôme, Ellen est submergée par les souvenirs. Des souvenirs qui prennent possession d'elle plus qu'elle ne les maîtrise réellement.

On retrouve certaines composantes du roman social à l'américaine, dans un cadre qui a été souvent dépeint : un monde où Blancs et Noirs ne se côtoient pas et où la déchéance de la famille d'Ellen est complète lorsqu'elle se voit obligée d'habiter une masure près des habitations dévolues aux Noirs. Ce n'est pourtant pas là le sujet du roman, qui traite davantage de la question du déterminisme social et des caprices de la mémoire, tout en décrivant un milieu particulièrement défavorisé à une période importante de l'histoire mondiale. Les mauvais sont les Jaunes, ces Japonais contre qui les Américains sont en guerre.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman profondément sombre et déprimant : un père alcoolique, une mère lunatique et égoïste, des enfants que l'on frappe à tout bout de champ sans la moindre raison, des allusions à peine voilées aux relations incestueuses, peu de nourriture,  encore moins de loisirs, un entourage grossier en général et, a priori, aucune perspective d'avenir.

Pourtant ce roman comporte de très beaux passages également porteurs d'espoir, à travers les liens d'affection qui unissent malgré tout Ellen à sa famille, l'ambition de cette enfant qui est studieuse, qui profite des occasions qui lui sont données de manger à sa faim et qui veut être une mère complètement différente pour ses propres enfants. Porté par un personnage principal attachant, habité de fantômes que l'on se plait à croiser ici et là, ce livre est une très belle réussite.

Merci aux éditions Métaillé pour ce plongeon dans l'Amérique des années 1940.

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248 p

Jim Grimsley, L'Enfant des Eaux, 1997

16/04/2011

Cauchemar d'écrivain

oates_Folles-nuits.jpgLes derniers instants de Poe, Dickinson, Twain, James et Hemingway revisités par Joyce Carol Oates, un concept qui ne pouvait manquer de me séduire !

En cinq nouvelles, Oates réinvente la fin de cinq grands personnages à travers des textes audacieux et très divers.

Ayant accepté de se confronter à la solitude en devenant gardien de phare, Edgar Allan Poe est soumis - d'abord sans le savoir - à une expérience sur les effets de l'isolement le plus total chez les mammifères. Persuadé d'être un homme exceptionnel, Poe compte relever le défi avec brio mais peu à peu, inévitablement, la folie s'empare de lui : convaincu d'entendre des bruits étranges, incapable de dormir, se négligeant, imaginant que des monstres rampent sur la plage parmi les algues et carcasses pourrissantes qui s'y trouvent, il sombre peu à peu dans la paranoïa.

Dans un futur plus ou moins proche, un couple décide de faire l'acquisition d'un répliluxe, mannequin représentant une célébrité morte et supposée adopter un comportement proche de l'illustre disparu. Mrs Krim rêvant d'avoir chez elle un poète, le couple investit dans l'EDickinsonrépliluxe. De la taille d'un enfant, avec des yeux dépourvus de cils mais des sourcils proéminents, l'EDickinsonrépliluxe n'a a priori pas grand-chose à voir avec la célèbre poétesse. Pourtant Mrs Krim est persuadée d'avoir à ses côtés une personne réelle (même si elle ne peut s'empêcher de la mettre une fois sur pause pour voler un de ses poèmes). Ce n'est pas le cas de Mr Kim, qui finit par ne plus se sentir chez lui à force d'entrevoir le mannequin glisser dans les couloirs à la manière d'un fantôme.

Vient ensuite Mark Twain, vivant avec sa fille possessive, habillé de blanc, fascinant les foules avec son accent du Sud volontairement exagéré. Un Mark Twain fasciné par les jeunes filles, à qui il accorde une attention que sa fille juge assez logiquement déplacée, d'autant plus que la réputation de l'écrivain a déjà quelque peu souffert de cette manie étrange. Si les intentions de l'écrivain ne sont jamais vraiment révélées, il apparaît malgré tout comme un vieillard gâteux et irascible aux préférences malsaines.

Poursuivons dans le temps avec les derniers jours du grand Henry James, le Maître. Celui-ci devient volontaire au St Bartholomew's Hospital à Londres afin d'aider les soldats gravement blessés pendant la première guerre mondiale. Après le premier choc, James se met à éprouver de la fascination pour ces jeunes hommes autrefois beaux, maintenant défigurés, amputés, dont le corps entier est parcouru de balafres dont s'échappent sang, pus et autres sécrétions immondes. Torturé par son amour pour ces soldats auxquels il voue un culte honteux, James adopte un comportement masochiste et autodestructeur.

Enfin Hemingway, vieux débris repoussant et antipathique, se complaît à imaginer son suicide au moyen d'un fusil placé sous le menton. Il repense aux humiliations subies à cause de "la femme", qui l'empêche de boire, de conduire, l'a envoyé en hôpital "se faire cramer la cervelle". C'est un personnage gorgé de haine, méprisant et rendu impuissant par son entourage. C'est la seule nouvelle qui ne m'a pas vraiment intéressée, mais c'est aussi parce que Oates a mis en avant tout ce qui m'a profondément déplu à la lecture de plusieurs romans de Hemingway, à commencer par son approche très fonctionnelle des femmes, idiotes sans cervelles dans ses livres, cons béants devenant insupportables lorsqu'elles se mettent à parler dans la nouvelle.

J'aurais bien entendu adoré lire une nouvelle traitant de Virginia Woolf, dont la mort tragique aurait sûrement été source d'inspiration, mais ce sont les Américains qui ont été à l'honneur dans ce recueil de nouvelles (avec un excellent choix quant aux protagonistes - même si, de façon très subjective, je ne peux pas m'empêcher de regretter que la dernière nouvelle n'ait pas plutôt été consacrée à F.S. Fitzgerald, d'ailleurs mentionné dans "Papa à Ketchum").

Je me suis régalée avec ces nouvelles inventives  qui n'hésitent pas à prendre certaines libertés avec de grands noms de la littérature qui, entre les mains de Oates, deviennent des poupées maléables tout en conservant une trace de leur identité première. Un Oates osé à ne pas manquer !

Merci à Marie-Laure et aux éditions Philippe Rey.

L'avis de Tournez les Pages.

Ici également (de vieux billets mais un réel engouement à l'époque) : Oates Joyce Carol, Beasts et Oates Joyce Carol, I'll take you there.

Sur Emily Dickinson : Bobin Christian, La Dame blanche.

De Twain : Twain Mark, Un majestueux fossile littéraire.

De James : James Henry, Les Dépouilles de Poynton (j'avais complètement oublié l'avoir lu et l'avais mis de côté pour une prochaine lecture...!) et  James Henry, Une Vie à Londres.

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233 p

Joyce Carol Oates, Folles Nuits, 2008

2e lecture dans le cadre du challenge La Nouvelle de Sabbio.

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11/04/2011

Un petit bijou anglais

mayor_rector's daughter.jpgFlora Mayor fait partie de ces auteurs oubliés que les éditions Joëlle Losfeld ont un peu dépoussiérés récement, en publiant La troisième Miss Symons, histoire d'une enfant occupant une place ingrate dans la fratrie et dont la vie s'écoule avec une grande monotonie et de nombreuses frustrations. Une femme solitaire qui n'intéresse personne et reste trop empreignée d'idées dépassées, une femme désuette héroïne d'un roman que je vous recommande chaudement.

Alors lorsque j'ai croisé The Rector's daughter du même auteur l'été dernier, lors de vacances en Angleterre, je me suis bien entendu précipitée sur ce titre que je ne connaissais pas. Pas trop étonnant, quand on voit qu'il figure sur les Ten Best Neglected  Literary Classics du Guardian.

Comme Harriet Devine, j'ai très envie de citer un commentaire d'Elizabeth Buchan figurant sur la couverture, parce qu'il résume parfaitement mes impressions :  "exquisitely written, delicate, passionately felt and haunting."

Il est cette fois question de Mary Jocelyn, trente-cinq ans et déjà un peu fanée, vivant dans un presbytère auprès d'un père auquel elle se consacre entièrement. Un père peu affectueux, avare de compliments, vestige d'une époque victorienne révolueBooks streamed everywhere, all over the house, even up the attic stairs. (...) He kept up his marvellous range of reading till about 1895. Then his mind closed to new ideas. Books published after that date he would not trouble to read. (p9)

Un homme aux opinions tranchées, et souvent peu flatteuses : There was a difficulty with Pascal. He was French, and Canon Jocelyn despised the French. The Revolution, Napoleon, and the Commune still rankled, so he always said of Pascal, "He had a great mind, and I think, much as one respects the brilliance and lucidity of the French, one may say it was an English mind." (p10) (Pour résumer Mary Jocelyn vit avec un vieux barbon).

A un quotidien terne s'ajoute la perte d'une soeur aimée, dont la mort n'a apparemment pas affecté Canon Jocelyn, le père. Peu encouragée, Mary cache ses aspirations d'écrivain, est timide et maladroite en société et préfère la compagnie des pauvres paroissiens qu'elle aime réconforter, ainsi que celle de Cook, la servante, sa confidente. Et presque tout au long du récit, Mary reste totalement incomprise de son père, inapte à voir ses chagrins et son besoin de reconnaissance et d'affection.

Malgré ce confinement et ce mode de vie totalement désuet, Mary fait preuve d'une certaine lucidité et ne partage pas la vision dépassée et profondément victorienne de la plupart des membres de son entourage :

It was late in the afternoon when Mary made her way to Mrs Plumtree. Rain had been falling ; the pavements were reflecting the electric lights in long streams. There is a particular charm in those damp London twilights, a freedom from the weight of the routine, responsibility, and duty, which suited well with Mary's present thoughts.  (p 105)

Mrs Plumtree was a faded specimen of the generation that is almost gone. Mary knew through and through all the views Mrs Plumtree held on the minute range of subjects which interested her - servants, medicines, aspidistras, knitting patterns, sermons, and the wide range of subjects which shocked her and roused disapproval - dogs, barrel-organs, all hymn tunes earlier than 1860, all branches of Christendom (except St James' Church), especially Unitarians, white and magenta flowers, people wearing black (unless they were in mourning), the present fashions in dress, whatever it was - one might almost say the present fashion in anything. Mary could have screamed. She was not far from echoing " Moral indignation is the only sin." They sat and sat. (p106)

Sa vie est sur le point de changer lorsqu'elle rencontre Mr Herbert, le nouveau vicaire d'un village voisin, fils d'un ami de Canon Jocelyn, qui l'accueille ainsi avec enthousiasme. Très vite, Mr Herbert et Mary se rapprochent et leur entente parfaite semble indiquer qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est sans compter sur l'arrivée d'une jeune fille élevée dans une famille de parvenus, qui séduit Mr Herbert par sa beauté et son insouciance. Ce qui débouche sur une union peu prometteuse entre une fille vaine et sans cervelle habituée au luxe et aux attentions d'hommes raffinés, et un vicaire au physique quelconque qui aspire à la tranquillité et à une certaine austérité. Sa promise, qui en a l'intuition, le prévient avant de l'épouser :

She had refused him when he first proposed, intoxicating him with adoration for her by her words, "It wouldn't do. I'm not at all brainy, and you're top-hole. I can't think what on earth you want it for." When she had accepted, she said, "Righto, I'll take the risk if you will, but it's a big risk for you."

S'ensuit un engrenage de frustrations, de petits espoirs et de nouvelles déceptions pour Mary Jocelyn, dans un livre au final triste mais non dénué d'humour, qui s'achève sur un très beau passage et une note plus positive. Un roman extrêmement bien mené, très bien écrit, qui dresse avec brio le portrait de personnages dont la psychologie et l'évolution sont très finement décryptés. Un roman au cadre assez victorien qui incarne très clairement le passage à la modernité, opérant avec succès la transition entre le XIXe et le XXe.

Si j'ai aimé La troisième Miss Symons, The Rector's Daughter a été un immense coup de coeur pour moi, et même une révélation : à l'heure actuelle il figure sans hésitation parmi mes 10 romans classiques britanniques favoris. Un livre que je relirai sans aucun doute, ce que je fais assez peu !

Ses deux autres livres sont difficiles à trouver, et je crois qu'ils sont épuisés, mais je jetterai un coup d'oeil lors de mon prochain séjour en Angleterre.

Un autre avis (written in English) : Harriet Devine.

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347 p

Flora M. Mayor, The Rector's Daughter, 1924

flora mayor,littérature victorienne,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,roman xixe,roman anglais,the rector's daughter,la troisième miss symonsChallente God Save the Livre : 3 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

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ça n'a rien à voir mais : BON ANNIVERSAIRE (celle qui est concernée comprendra)

02/04/2011

In the mood for... Jane perhaps ?

En ce jour de grand soleil, je me dis qu'il ne serait pas désagréable de flâner dans les rues de Paris... peut-être un livre à la main, au cas où je ne saurais résister à l'appel d'un parc aux recoins, petites fontaines et bancs cachés idéaux pour se mettre en quête d'aventures. Même si, en ce moment, c'est un roman plus propice à la réflexion qui m'accompagne, puisque je suis les pas de la jeune Fanny Price, qui porte un regard lucide sur son environnement, et dont les peines se communiquent au lecteur avec bien trop de facilité à mon goût (car les joies, elles, ne sont évoquées qu'avec parcimonie et une grande économie de moyens !).

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Si je lis Mansfield Park, c'est un peu par défaut (quoique le terme s'applique très mal aux textes de Jane Austen). A l'origine de cette lecture, une subite envie (dimanche dernier) de lire Sense and Sensibility... pour découvrir que je l'avais laissé dans ma chambre d'adolescente et ne l'avais pas à portée de main. L'envie de relire enfin Jane étant trop forte, j'ai donc choisi de lire Mansfield Park, l'autre roman que je n'avais pas encore lu.

J'ai au passage réalisé que si j'ai lu quatre romans de Jane Austen, je n'ai parlé ici que de Pride and Prejudice et d'Emma, et qu'il serait grand temps de remédier à cette erreur de jugement évidente... comme je me suis inscrite il y a quelque temps à un nouveau challenge Jane Austen (après m'être régalée pendant le premier, qui m'a fait voir et revoir en quelques mois énormément d'adaptations), je me dis qu'une nouvelle incursion prolongée dans l'univers de ma chère Jane ne ferait pas de mal à ce petit salon qui n'a pas vu passer suffisamment de jolies robes ces derniers mois !

Et si j'ai eu envie de lire Sense & Sensibility, c'est parce que j'ai passé une excellente soirée dimanche dernier, en compagnie des soeurs Dashwood, dans l'adaptation de 2008 par la BBC. J'ai lu sur un blog anglo-saxon un commentaire du type "If I loved Emma Thomson's film, I've fallen in love with this new version." Et j'ajouterais "my sentiments exactly" ! J'ai vu plusieurs fois le film d'Emma Thomson, auquel je trouve de très nombreuses qualités, mais il n'a jamais eu sur moi l'effet de cette mini-série, qui m'a donné follement envie de lire enfin ce roman que je réservais pour plus tard.

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Et en vue de mon prochain séjour en Angleterre, qui approche et sera suivi d'un autre, tout aussi alléchant en compagnie de Maggie, j'ai envie d'amener sur ce blog un peu de pluie, d'ironie et de plats indigestes mais audacieux... parmi les nombreuses chroniques en attente, j'hésite entre ces différents livres :

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Elizabeth Gaskell, North and South

Thomas Hardy, L'homme démasqué

Flora M. Mayor, The Rector's daughter

Sur ce je vous laisse méditer (ou pas !) et comme il est déjà plus de midi, je souhaite à ceux qui passeraient par là maintenant bon appétît, tandis que je vais m'activer un peu, car malheureusement, malgré les progrès technologiques depuis l'ère de Jane Austen, le ménage ne se fait toujours pas tout seul !

16/03/2011

Beware : highly addictive

jackson-jardin-derniers-plaisirs.jpgJe ne sais pas si c'est le fait d'avoir récemment exhumé des livres jusque-là cachés chez moi, mais j'ai subitement éprouvé une folle envie de lire un polar historique... et tant qu'à faire, un polar victorien (sans surprise pour ceux qui commencent à me connaître).

Mon choix s'est porté sur l'un des deux romans de Lee Jackson qui attendaient sagement leur tour sur mon étagère. Pour ceux qui n'étaient pas passés par ici à l'époque, j'avais été complètement transportée par cette série qui avaient su me faire passer d'excellents moments à Londres, au XIXe of course.

JACKSON-CHELSEA 01.jpgTroisième volet des enquêtes de Decimus Webb, Le Jardin des Derniers Plaisirs commence avec un banal fait divers : un homme s'amuse à couper les mèches de femmes dans les jardins de Cremorne, dont la réputation légère n'est pas pour plaire au quartier plutôt huppé de Chelsea. Tandis que Rose, fille de bonne famille, prépare son entrée dans le monde, que son père se rend à la City, que sa mère reçoit ses voisines au thé et que le révérend Featherstone milite pour l'éradication du vice, de nombreux fêtards londoniens se rendent chaque soir aux jardins afin de danser et d'assister aux diverses attractions. Mais bientôt a lieu un premier meurtre, lorsqu'une servante est retrouvée morte, brûlée vive dans la cuisine du révérend. George Nelson, tout juste sorti de prison, est bien évidemment soupçonné... si ce n'est que ses alibis semblent tenir la route.

JACKSON-CHELSEA 03.jpgJe ne sais pas si cette impression est due au fait que je n'ai pas lu de roman de Lee Jackson depuis deux ou trois ans, mais je me suis particulièrement régalée avec ce récit très bien mené : les différentes histoires s'entrecroisent pour notre plus grand plaisir, les personnages ont tous quelque chose à se reprocher et le cadre est passionnant pour quelqu'un qui comme moi s'intéresse de près à l'époque victorienne. Certes, les enquêteurs ne sont pas particulièrement attachants, ni mis en avant, mais c'est un parti pris qui me sied tout à fait. Bref, je me régale avec Lee Jackson, et maintenant que j'ai lu celui-ci, je n'ai qu'une envie : boire une tasse de thé (et surveiller mes arrières) en ouvrant un autre livre de son cru !

Encore bravo aux éditions 10/18 pour les couvertures très réussies de cette série (je ne m'en lasse pas).

D'autres idées de lecture ? Régalez-vous avec : Les Secrets de Londres, et les deux premiers tomes de la série de l'inspecteur Decimus Webb, Le Cadavre du Métropolitain et Les Bienfaits de la Mort.

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314 p

Lee Jackson, Le Jardin des Derniers Plaisirs, 2006

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13/03/2011

Lost in Scotland

alice munro,du côté de castle rock,éditions du point,écosse,canada,james hoggDu côté de Castle Rock est un roman d'un genre particulier, patchwork mélangeant histoire familiale, autobiographie et considérations personnelles, le tout précédé d'une mise en garde d'Alice Munro : ce récit qui traite de ses racines écossaises et de sa vie au Canada tient tout autant de la réalité que de la fiction.

L'histoire débute en Ecosse alors que les ancêtres de la narratrice vivent dans la vallée d'Ettrick, lieu ne présentant “aucun avantage” selon une description de l'époque. On découvre ainsi Will O'Phaup, qui incarne l'Ecosse férue de légendes, à travers ses prouesses improbables célèbres à l'époque et les fables que l'on raconte au sujet de ces fantômes et autres créatures étranges l'ayant hanté. Puis d'autres membres de la famille, une génération après, dont James Hogg, l'auteur des Confessions du pêcheur justifié. Cette partie (la plus courte du récit) est  aussi l'occasion de croiser Thomas Boston, pasteur inquiétant incarnant le puritanisme. C'est aussi celle qui m'a le plus intéressée, car elle rend bien compte de la culture et de l'état d'esprit écossais de l'époque. Puis une génération se décide à quitter la terre natale pour l'Amérique, et plus précisément, le Canada.

S'ensuit le récit de la traversée et de l'installation de la famille au Canada : construction d'une maison, choix des terres, trajets en charrette... Enfin la narratrice revient plus longtemps sur sa propre histoire, s'intéressant plus particulièrement à la première partie de sa vie (jusqu'à son premier mariage) et en profitant pour évoquer ses parents et d'autres visages familiers plus ou moins liés aux premiers arrivés au Nouveau Monde.

Au final, Du côté de Castle Rock est un livre hybride dense, agréable à lire et par moment captivant. Alice Munro parvient à faire le portrait de plusieurs générations en prenant pour point de départ son propre parcours. Une belle introduction pour moi qui n'avais pas encore lu cet auteur (dont j'ai toutefois deux livres chez moi !).

"Les fleurs de cerisier me firent penser aux arbres du champ de Miriam McAlpin. Je voulais les voir en pleine floraison. Et pas seulement les voir – comme on pouvait le faire en les regardant de la rue – mais pénétrer sous ces branches, m'étendre sur le dos, la tête contre un tronc, pour le regarder s'élever comme sortant de mon crâne, monter et s'épanouir, se perdre dans une mer de fleurs renversée. Voir aussi si l'on découvrait des fragments de ciel, de sorte qu'en plissant les yeux je pourrais les faire passer au premier plan, comme autant d'éclats d'un bleu brillant, flottant sur cette mer blanche et floconneuse." (p237-238)

Merci beaucoup à Jérôme des Editions du Point pour cette découverte !

D'autres avis : Papillon, KevinfromCanada

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410 p

Alice Munro, Du côté de Castle Rock, 2006

05/03/2011

Warning : Victorian masterpiece

wilde_picture dorian gray.jpegIl y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et The Picture of Dorian Gray faisait partie de celles-là pour moi. Oeuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire : envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard ; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).

Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de The Picture of Dorian Gray, toutes mes craintes se sont envolées : dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà The Importance of being Earnest dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.

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Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée : "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in  any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p3)

[Chronique riche en spoilers]

Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.

Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait : "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.

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Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide : après avoir séduit puis abandonné une jeune actrice qui met fin à ses jours, Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse : on l'aurait vu dans les quartiers mal fâmés de Londres, il aurait poussé un jeune héritier à s'endetter, aurait perdu la réputation de plusieurs femmes. Egoïste, désabusé et devenu lui aussi profondément cynique, Dorian Gray repousse l'aide de son ami Basil Hallward, épouvanté par cette radicale transformation.

Alors que Dorian Gray devient indifférent au sort d'autrui, son portrait s'enlaidit : le vice, la cruauté ainsi que la vieillesse viennent altérer les traits du chef-d'oeuvre de Basil. Jusqu'à ce que Dorian commette un meurtre, point culminant de sa déchéance ; enfin, Dorian prend conscience de son geste abominable et se retrouve dès lors torturé par les démons de son passé. Il alterne entre fausse mauvaise conscience et inquiétude : peur d'être arrêté, peur d'être retrouvé par le frère de l'actrice dont il avait causé la mort. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman : "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.

Un roman passionant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d'oeuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations, dont je vous parlerai très prochainement.

Et je vous propose de parler pour le 1er Mai de la pièce Un Mari Idéal (la pièce ou une de ses adaptations).

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254 p

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1890

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Challenge Oscar Wilde : 1 billet

God Save the Livre : 1 roman (catégories Dirty Harry et Queen Mum)

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01/03/2011

The Picture of Dorian Gray

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"How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29)

J'avais prévu de lire The Picture of Dorian Gray d'ici aujourd'hui et c'est chose faite, mais suite à une journée bien chargée je sens que je suis davantage en état de végéter devant un plat de nouilles que de dire pourquoi ce livre constitue une de mes plus belles renontres littéraires depuis que je suis en âge de lire.

Par conséquent je vous laisse en compagnie d'une citation et, ci-dessous, de nombreux lecteurs qui ont eux aussi croisé le chemin de Dorian Gray (et qui auront sans doute déjà dit tout ce qui peut être dit sur  ce chef d'oeuvre absolu).

Des avis (merci BOB) :100choses, Alice, Anne Sophie, AustengirlBouhBouquins, CachouCalepin, Caro[line] , EloraEmilie, Enna, Fleur du soleil, Gwen, Jemlyre, Karine, Karine, Keisha, L’Emile, Lepetitmouton, LhisbeiLilly, Livrovore, Lucile, Majanissa, MaliceMelisende, Mélusine, MilkimoonNannePapillon, Pauline, Petite FleurThalia, Violaine.

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27/02/2011

Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide

brite_contes_fee_verte.jpgJ'ai refermé cette semaine le recueil des Contes de la fée verte de Poppy Z. Brite avec un soulagement certain, et pourtant amis blogueurs et lecteurs, il s'agit là d'une oeuvre vraiment intéressante.

J'ai entendu pour la première fois le nom de Poppy Z. Brite dans un cours sur les vampires, lorsque nous avons vu l'adaptation de Lost Souls, que je m'étais promis de lire. L'envie ne venant jamais, j'ai été tentée par ces Contes de la fée verte, d'autant plus que j'aime souvent découvrir un auteur par ses nouvelles.

Si vous cherchez à vous dépayser, si vous vous demandez quelle serait la lecture idéale pour accompagner une soirée d'Halloween, si vous adulez Nine Inch Nails et affichez un poster de Marilyn Manson au dessus de votre lit, ce livre est sans doute fait pour vous. Par contre si vous êtes de nature sensible ou, plus prosaïquement, si vous avez récemment eu un deuil dans votre entourage, cette lecture  dérangeante s'apparentera davantage à une épreuve de masochisme.

absinthe.jpgParmi les thèmes qui reviennent le plus souvent, on trouvera des jumeaux ou siamois cherchant par tous les moyens à se réunir ou se retrouver (de là à réveiller un mort et à fêter son retour de façon extrêmement enthousiaste - je vous épargnerai les détails, d'autant plus que je vais bientôt déjeuner), et une fascination de nombreux personnages pour la mort et plus précisément, les cadavres. La profanation de tombes et la nécrophilie sont ainsi les leitmotivs de ce recueil (sans parler de l'absinthe et de l'alcool frelaté qui abondent également). La Nouvelle Orléans est un des lieux les plus visités, avec sa magie vaudoue, ses marais à l'eau fétide, ses vieux cimetières et ses bicoques branlantes où meurent les uns après les autres les héros de ces récits. Quelques sujets : une femme enceinte éventrée par une curieuse machine dans l'usine abandonnée d'une grande ville, un père se suicidant par électrocution après avoir enterré son fils mort de la même façon, une femme dévorée par le gardien d'un trésor et condamnée à servir de compagne à un fantôme, un chanteur faisant en sorte de se trancher les cordes vocales pour ne plus provoquer la mort de ses fans, ou encore une Inde dévastée par les zombies.

Une lecture éprouvante, parfois répulsive, mais un livre qui parvient à tenir le lecteur en haleine de bout en bout, le tout avec un style très maîtrisé.  On retrouve l'esprit macabre des Romantiques, et l'on sent dans cette exagération, cette complaisance morbide, une volonté de mettre en scène des sentiments exacerbés et de faire avant tout ressentir au lecteur une réelle tension psychologique, plus insoutenable que l'horreur décrite avec tant de précision. Poppy Z. Brite a indéniablement beaucoup de talent, mais j'avoue que j'attendrai un moment avant de songer à lire un de ses romans.

Merci à Lise des éditions Folio pour m'avoir fait découvrir cette curiosité littéraire.

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265 p

Poppy Z Brite, Contes de la Fée Verte, 1994

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*****

wilde_picture dorian gray.jpegmunro_castle rock.jpgEn cours de lecture (pour billet le 1er mars, il faut que je me dépêche) : Oscar Wilde,  Le Portrait de Dorian Gray.

A venir également la semaine : Alice Munro, Du côté de Castle Rock.

02/02/2011

Dear reader

shaffer_guernsey literary and potato peel pie society.jpgJ'entame le challenge Vintage avec un livre dit "doudou", "A book to curl up with and simply enjoy", à savoir le roman épistolaire The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society de Mary Ann Shaffer. Je sais, vous pensiez qu'il ne restait plus une seule personne à ne pas l'avoir lu mais si, si, c'était moi et j'ai récemment rattrapé le coup en sortant ce roman qui traînait dans ma bibliothèque depuis près de deux ans.

Jeune écrivain révélé par ses chroniques humoristiques en temps de guerre, Juliet Ashton fait une tournée de promotion lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, Dawsey Adams. Celui a trouvé le nom de Juliet dans un livre d'occasion qu'il s'est procuré et la contacte afin d'obtenir l'adresse d'une librairie à Londres pour commander d'autres oeuvres de Charles Lamb, qui lui a beaucoup apporté pendant l'occupation. S'ensuit une correspondance enjouée, des cadeaux de la part de Juliet qui peu à peu entre en correspondance avec plusieurs habitants de l'île faisant tous partie de la Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society. Intriguée par le nom, séduite par les personnalités si différentes qui lui écrivent, Juliet décide finalement d'évoquer Guernesey dans le prochain roman attendu par son éditeur (et ami). Elle se rend ainsi sur place et l'histoire se poursuit, toujours sur un mode épistolaire, à travers les lettres que Juliet adresse à son éditeur. Ajoutons à cela une secrétaire perfide, un critique ébouillanté  au thé cherchant à se venger (so British !), un éditeur concurrent richissime souhaitant épouser Juliet et une habitante de l'île qui tente de mettre Juliet en garde contre la perfidie et la dépravation de cette pseudo société littéraire, et vous aurez une petite idée de ce que contient ce charmant roman.

potato.jpgTrès honnêtement, je pense que ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable mais, soyons fous, je l'ai tout de même bien apprécié. C'est assez gentillet, ni bien ni mal écrit, mais une fois les premières pages très légères passées, le récit devient de plus en plus intéressant. Les personnages sont attachants, chaque histoire personnelle finit par avoir son importance tandis que la toile de fond permet au lecteur de se faire une petite idée de l'occupation de Guernesey par les nazis. Sans être dense ni très fouillé, ce roman permet d'aborder un sujet historique et d'informer le lecteur tout en douceur (si le lecteur connaît aussi peu l'histoire de l'île que votre fidèle et dévouée). J'ai d'ailleurs appris au passage quelques petites choses sur le mur de l'Atlantique, qui concerne également les plages de ma région (le commun des mortels croyant en général que ce sont les soldats allemands qui ont construit les blockhaus, alors qu'il s'agissait de volontaires, puis de prisonniers).

Un roman qui a pour principal avantage de constituer une lecture facile sans être complètement creux pour autant, et qui parfois ne manque pas d'humour, malgré quelques passages un poil caricaturaux. En somme, un livre idéal pour accompagner une après-midi de farniente dans un jardin anglais, avec une limonade et des sandwiches au concombre à portée de main !

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243 p

Mary Ann Shaffer, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, 2008

 Challenge Vintage d'Emjy : 1 livre lu / 3 (Simple Vintage - before the next level)

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23/01/2011

Evil dwarves

coe_nains_mort.jpgJ'ai d'abord croisé Jonathan Coe en plongeant dans les années 70 sur les traces d'une bande d'adolescents. Puis j'ai rencontré une femme qui n'aimait pas grand-chose et dont la vie n'avait a priori rien de très intéressant. Le tout avant de croiser plusieurs femmes au destin poignant à travers le récit d'une personne morte depuis peu. Je continue cette année à découvrir son univers romanesque avec Les Nains de la Mort, récit qui, il faut bien le dire, commence très mal pour le héros.

Le narrateur, William, débute son récit en revenant sur le week-end au cours duquel sa vie a basculé. Devant rencontrer un nouveau groupe dans lequel il pourrait jouer, William se retrouve seul avec Paisley, le chanteur, dans la maison où habite toute la bande. Au lieu de rejoindre les autres au studio, le chanteur lui demande de rester avec lui pour attendre deux dealers qu'il espère rouler en les délestant de leur cargaison et en s'enfuyant, après s'être fait passer pour le propriétaire des lieux afin de fixer le rendez-vous. Caché dans la pièce, William assiste finalement au meurtre de Paisley par deux nains cagoulés qui le frappent à mort. S'enfuyant des lieux sans avoir été vu, William croise des policiers et, tout en réussissant à s'échapper, se sait soupçonné de meurtre.

Les chapitres suivants lui permettent d'effectuer un retour en arrière et de revenir sur les différents éléments qui l'ont peu à peu conduit à vivre cette scène. Entre son boulot chez un discaire, sa vie médiocre à Londres, son groupe de rock assez lamentable, son appartement minable dans un quartier sans intérêt, sa colocataire maltraitée par son copain et son histoire platonique avec une certaine Madeline, gouvernante de luxe dans les beaux quartiers, la vie de William n'est pas des plus heureuses.

On découvre enfin ce qui s'est passé suite à sa fuite (eh bien oui, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !). Et là j'avoue avoir été un peu déçue. Le renversement assez inattendu m'a prise au dépourvu, en revanche j'ai trouvé le dernier chapitre un peu facile et moyennement concluant.

Malgré tout j'ai encore pris énormément de plaisir à lire un roman de Jonathan Coe qui, m'a une fois de plus captivée, hormis le dernier chapitre qui m'a laissée un peu sur ma faim. Quatrième lecture de Coe, et une fois de plus je savoure son inventivité et sa capacité à nous embarquer dans des histoires toutes différentes les unes des autres, et parfois très farfelues.

D'autres avis : Allie, Ombre des Mots...

Merci à Lise des éditions Folio pour ce très bon moment passé en compagnie de Coe.

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233 p

Jonathan Coe, Les Nains de la Mort, 1990

challenge-coe3-2.jpg2e titre lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin

15/12/2010

Elémentaire, mon cher Watson !

doyle_pacte_quatre.jpgOui oui, je sais, cette réplique attribuée à Holmes n'a jamais été écrite par Arthur Conan Doyle. Mais si je la cite, c'est que jusqu'à la sortie du film de Guy Ritchie sur Sherlock Holmes, ma vision du célèbre détective reposait presque entièrement sur des clichés. Il faut dire que je n'avais lu jusque-là que Le Chien des Baskerville, lecture qui m'avait tellement marquée qu'aujourd'hui je ne sais plus si j'ai abandonné le récit en cours de route ou non.

Sans me presser, j'ai fini par me décider à croiser de nouveau la route du fameux tandem Holmes-Watson après avoir savouré les aventures "holmesiennes" d'Andrew Singleton et James Trelawney (sous la plume de Fabrice Bourland), visité le musée Sherlock Holmes (photos à venir...), rencontré un Doyle psychopathe dans L'Instinct de l'Equarrisseur et vu (à deux reprises) le film de Ritchie que j'ai pour ma part beaucoup apprécié.

Alors quand une amie vile tentatrice m'a mis sous le nez Le Pacte des Quatre lors d'une sortie en librairie (qui plus est d'occasion mais en état neuf), j'ai forcément succombé.

Dans ce roman, Miss Morstan vient soumettre aux détectives une mission délicate : découvrir ce qui est arrivé à son père, militaire revenu des Indes plusieurs années auparavant et disparu après lui avoir fait parvenir un message depuis son hôtel. Depuis sa disparition, la jeune femme reçoit chaque année une perle d'excellente qualité et, le jour où elle se présente devant les enquêteurs, elle vient de recevoir un curieux courrier lui demandant de se rendre le soir-même à un endroit précis pour rencontrer un inconnu lui voulant du bien.

Les recherches de Holmes et de Watson les entraîneront dans des aventures que j'ai ma foi trouvées tout à fait palpitantes. Récits d'un meurtre et d'un trésor caché en Inde, poursuites dans Londres, flèches empoisonnées, faciès inquiétant aux fenêtres et mystérieux individu à la jambe de bois : tous les ingrédients sont prometteurs et la recette réussie. De nombreuses péripéties, beaucoup d'humour, une plume très agréable, des personnages hauts en couleur ainsi qu'un tandem surprenant et plutôt attachant (qui n'a rien à voir avec l'image poussiéreuse que je m'en faisais)... des retrouvailles réussies avec Doyle, que je compte bien continuer à lire !

Le site de l'éditeur

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187 p

Arthur Conan Doyle, Le Pacte des quatre, 1890

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