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02/10/2010

Dancing with the Devil for Halloween

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Cet été, alors que je savourais les journées passées au bord d'un lac, j'ai entrevu le Grand Dieu Pan et son univers infernal en suivant les pas d'Arthur Machen.

Fin XIXe. Un médecin (que je qualifierais de psychopathe) pense avoir trouvé le moyen de toucher à l'indicible et d'ouvrir les yeux d'un mortel sur un monde jusqu'ici resté invisible. Devant témoin, il réalise une expérience sur la jeune Mary, malgré les mises en garde.

"Que cela tourne mal, et vous voilà malheureux pour le restant de vos jours.

- Non, je ne pense pas, même en mettant les choses au pis. Vous savez que j'ai tiré Mary du ruisseau et de la faim, dans son enfance. Je pense que sa vie est à moi, pour en user à ma convenance." (p19)

La jeune fille sombre dans la folie et décède au bout de quelques mois, après avoir accouché d'une petite fille.

Des années plus tard, une vague de suicides endueille les milieux aisés londoniens, tandis que plusieurs personnes retrouvées sans vie semblent être mortes de peur. Petit à petit, le narrateur établit un rapport entre ces décès et la fréquentation d'une certaine Madame Beaumont. On se doute bien qu'il s'agit là du fruit de l'expérience qui a eu lieu quelques années auparavant, tandis qu'est retracée la sordide histoire de la fille de Mary. Changeant d'identité régulièrement, celle-ci semble semer la mort autour d'elle. Jusqu'à son propre décès, où elle semble se transformer et révéler sa nature monstrueuse.

campbelljones.gifPlusieurs voix se mêlent dans ce récit où l'horreur est donnée à imaginer plus qu'elle n'est réellement décrite. Dans une ambiance plutôt lourde, beaucoup de questions restent sans réponse, le lecteur devant finalement assembler à sa guise les dernières pièces du puzzle. Le cadre victorien se prête très bien à cette histoire au final assez sordide. L'histoire se lit d'une traite et constitue sans doute une bonne introduction pour qui aurait envie de découvrir Machen, dont l'univers m'intrigue désormais (bien qu'inconnu en France - ou presque, il a énormément publié). Et je n'en dirai pas plus car c'est maintenant à vous de choisir (ou non) de voir le Grand Dieu Pan.

Un auteur admiré par Lovecraft, qui va lui aussi bientôt  rejoindre mes billets pour le challenge Halloween.

Les avis de Cafard cosmique, Mr Zombi, Tantale... Et toujours sur le Dieu Pan : Tea Time with a Faun (très joli blog que je viens à peine de découvrir).

Un grand merci à l'incorrigible Lilly qui m'a encore une fois beaucoup gâtée en m'offrant ce petit livre !

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90 p

Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan, 1894



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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde.

Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse,

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

Hilde, ma complice dans cette sombre affaire !

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Pink Canary

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26/09/2010

Have you ever seen the rain ?

coe-La-pluie--avant-qu-elle-tombe.jpgJ'ai rencontré Jonathan Coe en début d'année lors d'une interview organisée pour la sortie de sa biographie de B.S. Johnson, écrivain oublié voire inconnu en France. Jusque là je projetais de lire les romans de Coe, sans me presser. L'auteur que j'ai vu ce soir-là m'a intriguée : sa façon de raconter le projet littéraire que constituait cette biographie rédigée de façon originale, ses commentaires sur ce qui l'avait amené à découvrir Johnson, sa façon de présenter cet écrivain et son influence sur ses propres romans, tout cela m'a captivée ce soir-là et c'est en entendant Coe parler d'un autre que j'ai eu envie de le découvrir lui-même en tant qu'écrivain.

J'ai ainsi lu Bienvenue au Club, bon roman agréable à lire, multipliant les histoires parallèles, avec pour toile de fond l'Angleterre des années 70. Puis La Femme de Hasard, sur une femme assez commune dont la vie fade sert de prétexte à une histoire encore une fois très bien racontée. Je viens de lire en quelques jours La Pluie avant qu'elle tombe, roman une fois de plus très différent de mes précédentes lectures et jusqu'ici, de loin mon favori. Je n'avais pas prévu d'en parler aujourd'hui et je crains de le faire bien maladroitement, d'autant plus qu'il m'a laissée dans un état de mélancolie certain, mais je me sens incapable de parler d'autre chose.

Comment résumer cette histoire ? Devrais-je dire qu'il s'agit d'Imogen, une jeune femme dont l'histoire familiale est peu à peu retracée par un membre de sa famille à travers des cassettes enregistrées ? De Gil et de ses filles, qui écoutent ces cassettes suite au décès d'une parente et découvrent l'histoire d'une des branches de leur famille ainsi que les liens qui les relient à elle ? De Rosamond, qui raconte cette histoire en commentant une série de photos avant de mourir, et dont la voix nous accompagne tout au long du récit ? Ou bien de Béatrix et de Théa, les chaînons manquants de l'histoire qui fait d'Imogen et de Gil, deux inconnues, les héritières de Rosamond ?

Le récit débute lorsque Gil, la cinquantaine, apprend le décès de sa tante Rosamond par téléphone. S'ensuit l'enterrement et quelques semaines plus tard, Gil se rend dans la maison de sa tante et découvre des cassettes enregistrées à l'attention d'une certaine Imogen. Ne retrouvant pas cette inconnue, Gil décide d'écouter les cassettes aves ses filles. L'histoire s'achève lorsqu'après avoir découvert leur contenu, Gil reçoit enfin une lettre lui faisant part de ce qu'est devenue Imogen. L'essentiel du roman correspond au récit de Rosamond, qui choisit une vingtaine de photos pour raconter petit à petit à Imogen leur histoire. D'abord l'amitié entre Rosamond et la grand-mère d'Imogen, puis ses relations avec sa mère et, enfin, la façon dont la destinaire des enregistrements a été éloignée d'elle et de sa famille.

La pluie, avant qu'elle tombe est un roman touchant et complexe. La relation entre mères et filles occupe une place importante, à travers les erreurs répétées de génération en génération dans la même famille. Les époques se succèdent et, avec habileté, Coe dresse le portrait d'une famille sur quatre générations, en choisissant un mode de narration original : ces photos espacées de quelques années et dont la description amène la narratrice à raconter une tranche de vie qui s'emboîte parfaitement à la suivante, sans laisser une impression d'inachevé au lecteur ni lasser par une approche un peu répétitive (puisque Rosamond décrit une vingtaine de photos et les scènes qu'elles évoquent pour elle). C'est une histoire poignante, nostalgique et souvent cruelle qui a touché en moi une corde sensible - la beauté désenchantée de ce récit sans doute appuyée par la pluie qui tombe dehors me laisse songeuse et un peu triste.

La Pluie avant qu'elle tombe est celle que préfère la petite Théa, car qu'elle n'existe pas vraiment. "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heurex, pas vrai ?"

Petit à petit, Rosamond parvient à prendre conscience d'une réalité difficile à saisir : "deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps. Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n'aurais pas dû naître. Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses. Tu étais inévitable".

Jonathan Coe m'apparaît de plus en plus comme un écrivain anglais essentiel aujourd'hui. Un bon écrivain, à la plume agréable, qui surtout me frappe par son art de la narration et la manière dont il parvient à entraîner le lecteur à sa suite, jusqu'à parfois le laisser un peu perdu sur la route une fois le livre achevé, comme c'est le cas pour moi ici. En tout cas ma découverte de l'univers de Jonathan Coe cette année s'apparente à une révélation et je n'envisage pas une seconde de ne pas lire l'ensemble de ses romans, une fois que cette dernière lecture aura cessé de me hanter.

D'autres avis : Abeille, Alex-Mot-à-Mots, Aproposdelivres, Bambi SlaughterBellesahi, Betty, Bookomaton, Brume, Cachou, Cathulu, Chaplum, Clara, Dasola, Dominique, Emilie, George Sand et moi, Hathaway, Karine:), Kathel, Keisha, Lapinoursinette, Lily, LN, Marie, Nickie, Plaisirsàcultiver, Restling, SD49, Sentinelle, Soie, Thracinée, Voyelle et Consonne...

Lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin. Au fait, on parle même de Sheffield où je suis allée en juillet (ce qui m'a immédiatement rappelé de très bons souvenirs).

Merci aux éditions Folio pour ce très beau moment de lecture !

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268 p

Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, 2007

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16/09/2010

Héroïne, quand tu nous tiens !

braddon-lady-audley.jpgIl y a un an, j'ai lancé un challenge Braddon qui n'a de challenge que le nom, puisqu'il suffit de lire un roman de cette chère Mary Elizabeth d'ici la fin de l'année, et qu'il n'est pas obligatoire de s'inscrire à l'avance pour participer (en résumé : vous avez envie de lire un Braddon d'ici la fin de l'année ? Vous vous décidez en novembre et m'indiquez votre participation au moment de la publication de votre billet ? Voilà, vous avez participé au challenge !). J'avais envie de découvrir et de faire découvrir cet auteur victorien un peu oublié - voire totalement inconnu la plupart du temps.

Hier, sous le coup de ma fiévreuse passion pour Lady Audley (le livre, et non le personnage), je suis allée faire un tour en librairie, histoire de dénicher un Braddon susceptible de me rendre lui aussi insomniaque. N'en voyant pas, je demande à la libraire si par hasard ils en ont un, et on me répond "Mary Elizabeth Braddon ? Je ne vois pas... ah si !" et, ajoute-t-elle avec une flexion du genou et un léger haussement d'épaules évoquant le sautillement, "les petites Anglaises, c'est ça ?". J'ai sans doute dû avoir l'air un peu décontenancé, mais après coup, je me suis surtout dit que la libraire ne savait pas qu'aucune description ne pouvait plus mal convenir à Mary Elizabeth Braddon, à moins que les petites Anglaises qui sautillent en riant (et qu'on imagine bien en train de ricaner bêtement en secouant leurs boucles blondes et en plissant leur nez en trompette) permettent de se faire une idée précise d'une femme qui à l'époque victorienne où le puritanisme de façade était de mise, a décidé d'écrire un roman feuilleton sur une bigame qui cherche à tuer au moins un de ses époux, met le feu à un bâtiment habité et abandonne son enfant.

Autant vous le dire : si vous attendez du Secret de Lady Audley une construction de type classique, avec un coupable à démasquer à la fin, ce livre n'est pas pour vous. Dès les premiers chapitres, on sait que lady Audley est bigame et a vraisemblablement assassiné son premier mari, moins riche que le deuxième. (Aucun spoiler ici donc).

Plus que le roman policier, ce livre évoque le roman feuilleton "à sensation", avec ses rebondissements en fin de chapitre, ses effets d'annonce, son style parfois un peu emberlificoté et, à l'occasion, quelques oublis ou abandons d'une piste qu'on s'attendait à voir développer.

Mary Elizabeth Braddon n'est sans doute pas un très grand écrivain, mais elle excelle dans le roman populaire dont elle maîtrise tous les ressorts, qu'elle emploie sans modération. Vous aimez Dumas, Le Fanu, Wilkie Collins ? Vous devriez vous régaler avec cet auteur dont le roman phare m'a complètement emportée. Pour ma part, outre le fait que j'ai dévoré ce roman,  ce qui montre déjà à quel point il m'a plu, j'ajouterais que Mary Elizabeth Braddon a su me surprendre, là où je n'attendais que des petits chamboulements. Le retournement de situation final me paraissait si peu crédible que je ne l'envisageais pas - j'imaginais plutôt un nouveau développement concernant Lady Audley. J'étais également étonnée de voir l'histoire se poursuivre après les aveux de la coupable, qui mettent en général un point final aux histoires de ce genre. Le tout dernier chapitre est un peu niais (imaginez Pride and Prejudice s'achevant sur un dernier chapitre "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Lizzie faisait de la broderie pendant que Mr Darcy chassait. Ils voyaient souvent les Bingley qui avaient l'habitude de loger chez eux plusieurs mois chaque année"). Mais je chipote un peu, car ce roman à sensation remplit pleinement sa mission. Plus encore, il vient de créer chez moi une addiction à Miss Braddon. Rendez-vous au prochain numéro !

Voici ce que dit mon Oxford Companion to English literature: "The bigamous pretty blonde heroine (...) shocked Mrs Oliphant (que je veux lire depuis au moins un siècle) who credited Miss Braddon as the inventor of the fairhaired demon of modern fiction. (M.E. Bradon) was often attacked for corrupting young minds by making crime and violence attractive, but she won some notable admirers including Bulwer Lytton, Hardy, Stevenson and Thackeray).

Merci beaucoup à Hilde pour ce cadeau !

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474 p

Mary Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley, 1862


challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Ferme Grise : Maggie,

Lady Isle : Cécile

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Karine, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Triomphe d'Eleanor : DViolante,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

 

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J'ai choisi ce billet pour le challenge "On veut de l'Héroïne" de Pickwick et d'Emma.

Je me suis dit qu'on attendait plus pour ce challenge des sortes de Cats Eyes ou autres héroïnes des temps modernes mais finalement je trouve que Lady Audley remplit très bien son rôle en la matière. Pourquoi Lady Audley est plus forte que Bella ?

- Au lieu de fantasmer sur un type mort dont le fond de teint excessif révèle des tendances psychopathes, elle épouse un type plus riche qu'elle et, pragmatique, quand l'occasion se présente, change de nom et épouse un type encore plus riche (qui avec un peu de chance décèdera rapidement vu qu'il est nettement plus âgé qu'elle).

- Au lieu de raconter des niaiseries et avec seulement trois ou quatre ans de plus que Bella, lady Audley est une femme d'action : elle tue son premier mari, commence à empoisonner le deuxième et met le feu à une auberge pour se débarrasser d'un ennemi. Pour une nunuche élevée à l'époque victorienne, c'est un sacré palmarès !

- Enfin parce qu'elle ne se drogue pas à l'héroïne mais n'hésite pas à prendre quelques gouttes d'opium à l'occasion.

Comme quoi, même les Victoriennes sont moins ringardes que Bella !

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13/09/2010

Icy cold

vann_sukkwan island.jpgIl y a des romans qui vous sautent aux yeux, comme une évidence. Il y a ces rayons vers lesquels vous vous dirigez infailliblement à chaque passage en librairie, persuadé d'y trouver un livre ami qui saura vous accompagner lors des prochaines veillées nocturnes. Il y a ces titres qui vous rassurent instantanément, et ces auteurs dont vous attendez beaucoup.

Et puis il y a ces romans que vous n'auriez jamais aperçus si vous n'aviez pas reçu un mail le présentant, vu fleurir des billets sur le Net ou dans un magazine quelconque. Des romans que vous avez fini par remarquer mais qui, par leur sujet, ne vous ont pas attiré d'emblée. Que vous avez feuilletés plusieurs fois en librairie, puis reposés.

Jusqu'à ce qu'un déclic se produise. En l'occurrence, dans mon cas, il a fallu pour me décider qu'une libraire à qui j'avais dit que je n'étais pas certaine de lire Sukkwan Island me raconte toute l'histoire, en me disant que de toute façon puisque je n'allais pas le lire elle pouvait bien tout me dire. Et comme très souvent je me moque bien de connaître l'histoire à l'avance (et que j'avais de fortes chances de ne garder qu'un souvenir vague de notre conversation), je me suis décidée à découvrir ce roman, dont la toile de fond (l'Alaska) ne m'enthousiasmait pas particulièrement mais dont le sujet me semblait très prometteur.

Pour ceux qui n'ont pas l'habitude de se promener sur Internet pour chercher des idées de lecture ou pour les Internautes ayant vécu sur Mars en 2010, Sukkwan Island est l'histoire d'un père et d'un fils qui partent un an dans le sud de l'Alaska, dans une cabane achetée pour l'occasion. Le père a râté deux mariages et abandonné son cabinet de dentiste pour vivre une expérience unique avec son fils, cherchant un retour vers la nature en s'installant dans cet endroit où ils seront injoignables et coincés dans leur cabane pendant tout l'hiver.

[Spoilers dans le paragraphe suivant]

Presque immédiatement, on comprend que le fils n'est pas franchement enthousiaste à l'idée de cette nouvelle vie. Que le père n'a pas pris suffisamment de précautions avant de venir, qu'ils vont manquer de matériel et d'expérience pour se préparer pour l'hiver. Assez rapidement, la situation se dégrade. Le père pleure la nuit, se dispute avec son ex en utilisant la radio, traite son fils avec condescendance alors qu'il fait preuve d'une maturité exceptionnelle pour son âge. Egoïste, lunatique, puéril, le père n'est pas un personnage hautement sympathique. Puis se produit un retournement de situation évoqué par beaucoup (la page 113). Le père devient le personnage principal, est contraint d'agir alors qu'il se retrouve dans une situation dramatique.

Hormis quelques pages au cours de la deuxième partie, je ne me suis pas du tout ennuyée avec ce livre qui se lit très facilement et dans lequel se détachent certains passages importants qui m'ont frappée par leur dureté. L'horreur est exprimée en peu de mots, sans affectation mais sans que le narrateur cherche à atténuer l'atrocité contenue dans ses propos. Au final, ce livre constitue pour moi une découverte intéressante même si je ne crois pas avoir été aussi séduite que beaucoup de lecteurs, sans doute en raison de l'écriture et de la fin qui ne m'a pas convaincue (on retrouve le père avec toutes ses faiblesses alors que son expérience l'avait rendu à moment donné plus intéressant). Un roman aux qualités indéniables, mais moins puissant que ce à quoi je m'attendais.

Merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture !

192 p

David Vann, Sukkwan Island, 2008

04/09/2010

Ce n'est pas ma faute

gee_scandale saison.jpgCes derniers mois n'ont pas été de tout repos pour moi et c'est avec un soupir de soulagement que j'ai accueilli mes vacances au mois d'août. Au programme : soleil, mer, balades, baignades, beaucoup de repos et de nature, mais aussi un plongeon dans de bons gros romans convoités avec gourmandise cette année, et enfin un peu de temps pour partager avec vous des coups de coeur (ou pas) dont je mourais d'envie de vous parler.

Commençons par Le Scandale de la saison de Sophie Gee qui n'a pas quitté mon sac à main fin juillet. Malgré ses faux airs de roman à l'eau de rose et l'allusion publicitaire aux Liaisons dangereuses un peu trop racoleuse pour me rassurer, ce roman constitue pour moi LA lecture d'été par excellence : suffisamment léger pour vous accompagner sur les routes ou en voyage, un fond servi par un cadre historique original et un récit captivant à souhait (toute personne ayant déjà vu ses projets de vacances en bord de mer mis à mal par le mauvais temps saura qu'il est indispensable d'avoir un bon page turner en stock dans ses bagages).

gee-arabella.jpegIl est désormais temps de faire la rencontre du célèbre poète Alexander Pope et de découvrir l'histoire qui donna le jour à son poème La Boucle dérobée. De l'arrivée à Londres du poète à son succès, nous le suivons en observateur peu complaisant de la bonne société londonienne où règne la magnifique Arabella Fermor, prête à succomber au charme de Lord Petre.

Trois bonnes raisons d'aimer ce roman :

  • Une intrigue solide et bien menée, exaltante à souhait: un remède idéal aux pannes de lecture et aux nuits blanches ! (“Breathtaking!”, comme l'annoncent souvent les couvertures dithyrambiques de nos amis anglo-saxons)

  • Des personnages bien campés et assez complexes dans une société peu charitable, plus encline aux ragots qu'à la philanthropie.

  • Un fond de toile comme on aimerait en voir plus souvent : Londres au début du XVIIIe, entre complots jacobites, répression et lois anti-catholiques, le tout vu par un milieu privilégié où l'on compte l'élite intellectuelle de l'époque (on croise d'ailleurs Swift sur qui l'auteur a rédigé un ouvrage universitaire)

alexander_pope.jpgLe petit bémol : plusieurs coquilles se sont glissées dans ses pages, au risque d'agacer le lecteur un peu exigeant.

Si vous cherchez pour vous divertir un roman léger, mais point trop, vous trouverez sans doute chaussure à votre pied avec ce livre écrit par un professeur de littérature anglaise classique à Princeton qui a visiblement pris beaucoup de plaisir à imaginer ce récit délicieusement scandaleux !

“Une admirable fantaisie historique” d'après Le Magazine Littéraire.

Un livre qui m'a rappelé Ambre de Kathleen Winsor, énorme coup de coeur il y a quelques années, à peine un ou deux mois avant d'ouvrir ce boudoir pour livrophiles !

Merci encore aux éditions Points !

412 p

Sophie Gee, Le Scandale de la saison, 2007

01/08/2010

Lecture commune - Nick Hornby

hornby_speaking with the angel.jpgQuand Pickwick et moi avons lancé l'idée d'une lecture commune autour de Nick Hornby, je me suis dit « chouette ! Ça me permettra de lire enfin ceux qui attendent dans ma bibliothèque depuis une éternité ». Manque de bol, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué (ou pour ceux qui auraient simplement constaté que mes sursauts cybernétiques se faisaient un peu plus rares depuis quelques mois), j'ai déménagé récemment (ou comment je suis devenue une SDF provisoire, mais c'est une autre histoire). Oui je sais, je vous raconte ma vie et avec tout ça, je n'ai toujours rien dit à propos de ma lecture. Mais j'arrive (enfin) au bout de mon propos : la mise en carton frénétique a causé quelques pertes et tracas, à commencer par mes romans de Nick Hornby qui attendent sagement que j'aie retrouvé un logement pour regagner leur étagère. Dans la bataille, j'ai tout de même sauvé Speaking with the Angel, qui n'est pas un roman mais une série de nouvelles édité par Nick Hornby, dont la seule nouvelle côtoie notamment les textes d'Helen Fielding, Zadie Smith, Melissa Bank, Irvine Welsh ou Colin Firth (oui oui, celui-là même).

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Ce recueil a été édité dans un but caritatif, au profit d'une école pour enfants autistes – Nick Hornby expliquant dans son introduction que son propre fils est autiste et que la Grande-Bretagne ne propose pas de structures adéquates pour les enfants autistes.

Et le contenu ? Les histoires sont écrites à la première personne mais sont très différentes les unes des autres au-delà de ça. Une femme sortant avec un garçon plus jeune qu'elle se sent décalée et vieille à une fête ; une vieille femme affalée sur le sol pense à sa fille si raisonnable, à la vie bien plus rangée que la sienne ; un homme faisant la crise de la quarantaine a une révélation en trouvant un rat mort chez lui, un rat qui vient introduire l'incertain et le sauvage dans son quotidien ; un petit garçon qui adore les histoires de sa grand-mère cherche à connaître la fin de celle qu'elle lui racontait avant de faire une attaque ; une femme responsable de la cantine d'une prison évoque le dernier repas des condamnés à mort ; un responsable de la sécurité doit surveiller un tableau représentant le Christ et fait à partir de petites photos de seins... voilà qui fait rapidement le tour de la plupart des sujets abordés.

Ce recueil est ma foi très inégal et beaucoup moins addictif que les deux Nick Hornby que j'ai déjà lus (Haute Fidélité et A long way down). Ceci dit, je pense que la forme a beaucoup joué : j'aime les phrases soignées, les tournures un peu poétiques et, même si je peux tout à fait apprécier pour leur contenu des livres dont le style n'a rien de particulier, je m'ennuie en général un peu quand je lis un texte écrit en s'approchant d'un langage parlé un peu basique, avec ses contractions, ses « m'enfin » etc. Comme on retrouve ce principe dans l'ensemble des nouvelles (enfin pour être honnête il m'en reste encore deux à lire ce soir mais je n'aurai pas le temps de faire mon billet après comme je pars ce week-end), j'ai trouvé la forme un peu fatigante à la longue.

Sur le fond, la plupart des récits m'ont intéressée, certains mettant parfois quelques pages pour prendre leur essor mais réussissant finalement à prendre le lecteur au dépourvu. Quelques récits sont assez addictifs et donnent à penser (en même temps, il y a beaucoup de crises de la trentaine, de la quarantaine and so on and so forth). Au final mon texte préféré est peut-être celui de Nick Hornby, qui m'a fait penser à Antoine Laurain avec Fume et tue pour son évocation de l'art contemporain. Pour l'artiste de sa nouvelle, l'art ne tient pas tant à l'objet en soi qu'à la réaction qu'il provoque, son œuvre suivant une logique assez en vogue maintenant dans le milieu artistique mais dont l'expression me laisse parfois dubitative.

En somme, à recommander aux fans de Colin Firth (et il y en a !) et à ceux de Nick Hornby (en dernier recours après la lecture de ses romans). Sympathique, mais pas vraiment indispensable, et beaucoup moins récréatif que les romans de Hornby.

PS : j'actualiserai les liens vers vos billets à mon retour en début de semaine.

233 p

Nick Hornby, Speaking with the angel, 2000

 Les livres lus dans le cadre de cette lecture commune :

Bonté mode d'emploi : La Nymphette

Carton Jaune : Rachel

High Fidelity : Choupynette

Juliet, Naked : DF, Kikine, Pickwick

Slam : Mango, Hilde

Speaking with the Angel : Lou

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25/07/2010

Etudier à Oxford

Zuleika.gifÂmes sensibles, passez votre chemin ! Car si vous ne supportez pas l'idée de voir les héros des romans que vous lisez maltraités, sachez que dans Zuleika Dobson de Max Beerbohm, le narrateur annonce la couleur dès la page 39 en glissant lors de se description du duc, principal personnage de l'intrigue (hormis l'héroïne éponyme): «Il est hors de doute que sans sa mort prématurée, il eût, là encore, fini brillant premier de l'année commencée.»

Max Beerbohm fait partie de ces classiques anglais un peu oubliés que je suis toujours ravie de découvrir. Malgré tout, je dois avouer que ma lecture a parfois été laborieuse car l'auteur se donne beaucoup de peine pour rendre Zuleika antipathique et réussit si bien que j'avais parfois envie de jeter mon livre dans la Seine en souhaitant bon voyage à la demoiselle en question.

Nous sommes à Oxford au début du XXe. Prestidigitatrice rendant amoureux tous les hommes qu'elle croise, Zuleika rend visite pour la première fois à son grand-père, recteur. Sans surprise, tout Oxford tombe amoureux d'elle, jusqu'au duc qui s'était pourtant enorgueilli jusque-là de n'avoir jamais succombé au chant d'une quelconque sirène. Mais si Zuleika est vaniteuse et met un point d'honneur à attirer tous les regards, elle est aussi suffisamment blasée pour ne pas accorder beaucoup d'intérêt à ses soupirants. Aussi, lorsqu'elle rejette le duc, celui-ci décide de mourir pour elle, honneur oblige. Ce que la coquette en question accepte de suite, mettant ceci dit un point d'honneur à régler quelques détails cruciaux : « A propos, murmura-t-elle, j'ai une petite faveur à vous demander. Demain, au moment suprême, voudrez-vous, s'il vous plaît, prononcer mon nom à haute voix, pour que tout le monde l'entende ? (…) De sorte que nul ne puisse jamais dire que ce n'est pas pour moi que vous êtes mort, vous comprenez ». (p 148)

Agréablement traduit, très bien illustré, ce livre est une curiosité dont j'ai apprécié de nombreux passages même si, au final, je reste un peu dubitative. Avec un récit qui tient la route malgré son absurdité – ce qui n'était pas gagné à première vue, Max Beerbohm construit une fable moderne volontairement ridicule, le ton érudit et les références classiques servant à alimenter une farce macabre et une histoire sans queue ni tête. Un principe séduisant mais un roman auquel je reprocherais en ce qui me concerne quelques longueurs, avec un récit parfois un peu monotone, peut-être en raison de la description « clinique » que le narrateur fait de ses personnages irréels, qui manquent un peu d'épaisseur. Là où le peu d'action aurait pu être compensé par la psychologie, j'ai parfois trouvé l'effet rendu un peu trop artificiel – effet sans doute recherché par l'auteur. C'est sans doute également parce que Zuleika m'horripilait que l'attitude absurde des étudiants m'a un peu agacée.

Mais si vous cherchez un classique oublié, un peu d'originalité ou une plume soignée, ne boudez pas Zuleika Dobson, qui mérite d'être découvert – de même que l'éditeur dont la présentation pleine d'humour a éveillé ma curiosité.

Et pour finir, une réplique de Zuleika que j'adore, lorsqu'elle s'adresse à un garçon ne s'étant pas noyé pour elle comme il l'avait promis :

« Quant à vous, Seigneur Foie jaune qui vous penchez là, et, je vous le dis franchement, qui ne ressemblez à rien tant qu'à une gargouille qu'aurait sculptée un maçon ivre pour une chapelle méthodiste de l'un des plus vils faubourgs de Leeds ou de Wigan, je félicite le dieu des eaux et ses nymphes, dont le royaume aquatique a échappé aujourd'hui, grâce à votre poltronnerie, à la pollution de votre contact. » (p324)

Un grand merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture et à Babelio pour cette découverte.

L'avis de Aloysa, Amélie, Folfaerie, Maggie, Mangeclous, Paikanne,

349 p

Max Beerbohm, Zuleika Dobson, 1911

 

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Et je suis de retour d'Angleterre, après cinq jours idylliques dont je compte vous parler bientôt, photos à l'appui. Je n'ai presque pas accès à Internet (et plus de logement fixe) mais je programme quelques billets pour cet été.

Et n'oubliez pas notre lecture commune autour de Nick Hornby pour le 1er août (proposée avec Pickwick) !

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13/07/2010

Tiens, et si on faisait un petit tour en Angleterre ?

Femme-de-hasard-Coe.jpgMa chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de  Testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard*. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence était peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".

Et puis passé les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser.  Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle perte de temps ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou va-t-il te tomber des mains ?

Maggie.

 

Dear Maggie,

C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes et de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée). Je suis donc courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.

Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff).

Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.

Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisserait presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait par le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !

Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah).

PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…

 

Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,

Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit ( ?!) : tout d’abord je suis ravie de voir que ce livre t’a plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées pas inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !

Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.

Maggie

* Il s'agit du premier roman de l'auteur.

183 p

Jonathan Coe, La Femme de Hasard, 1987

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Une lecture partagée avec Maggie (dont les neurones ont visiblement moins souffert de la chaleur que les miens). Et l'avis de Pitou (chez qui j'ai d'ailleurs trouvé la photo de l'auteur).

Et ici, le site et blog de Jonathan Coe.

 

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Avis aux amis blogueurs, lecteurs et passants occasionnels :

Je profite de notre fête nationale pour partir quelques jours chez nos amis britanniques. Je serai souvent absente cet été mais je pointerai le bout de mon nez par ici de temps en temps, of course !

En attendant, bonnes vacances à tous ceux et toutes celles qui partent bientôt ! Quant à moi, je prépare maintenant les quelques heures que je passerai demain à Londres avant de partir pour le Yorkshire, aussi folle de joie qu'une petite fille (et plus encore !). Ci-dessous, des photos de lieux que nous envisageons de découvrir si nous avons le temps (Sherwood Forest, Haworth où vécurent les Brontë, la ville de York). Départ à 8h demain !

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23/06/2010

Fossiles anglais

chevalier_prodigieuses creatures.jpgSans doute à cause de l'idée que je me faisais de La Jeune Fille à la Perle, j'ai longtemps (et bêtement) pensé que Tracy Chevalier écrivait de jolies bluettes sentimentales, des romans historiques un peu mièvres qui avaient peu de chance de me plaire. J'ai donc mis un peu de temps à m'intéresser à elle, même si un swap et une librairie d'occasion ont récemment mis Tracy Chevalier à l'honneur dans ma modeste bibliothèque.

Plus récemment, le billet de Joëlle a attiré mon attention sur Prodigieuses Créatures, acheté dans la foulée et lu en quelques jours, avec grand plaisir. Une expérience si réussie que j'ai décidé de lire bientôt ses précédents romans, dont certains titres me tentaient tout de même déjà, même si je n'avais pas encore pris le temps de les ouvrir.

chevalier_anning2.JPGAnyway. Dans cette biographie romancée, Tracy Chevalier revient sur le parcours de Mary Anning, jeune fille pauvre vivant à Lyme Regis et qui se construit au fil des années une réputation en tant que découvreuse de fossiles.

Il s'agit d'un récit à deux voix, avec une narration alternée à chaque chapitre, passant ainsi de Mary à Elizabeth Philpot. Tout commence avec l'arrivée de Miss Philpot à Lyme Regis : son frère se mariant, elle se voit contrainte à quitter Londres avec ses deux soeurs célibataires, la cohabitation avec leur future belle-soeur n'étant pas envisagée. Ces "vieilles filles" d'une vingtaine d'années se font petit à petit à leur nouvelle vie : l'une jardine, l'autre introduit de nouvelles modes puis finit par passer pour une excentrique après un dernier échec dans ses projets matrimoniaux, tandis qu'Elizabeth se passionne pour les fossiles et se spécialise dans la collection des poissons fossilisés. Entre cette femme de la bonne société et la petite Mary se tisse une amitié inédite qui a pour point de départ leur passion pour les fossiles.

chevalier_remarkable creatures.gifBien construit, agréablement traduit, ce roman associe un récit passionnant à un fond qui l'est bien plus encore. Nous sommes au début du XIXe, l'époque des romans de Jane Austen, où la place de la femme dans la société se heurte sans cesse à des frontières plus ou moins tacites. Impossible d'intégrer la société de géologie, voire même d'y entrer sans le concours d'un neveu habile. Les acheteurs des fossiles de Mary s'approprient ses premières découvertes tandis que son nom n'est d'abord pas cité. Enfin c'est aussi une période où l'on croit que le monde est tel que Dieu l'a créé. Un monde où ces monstres fossilisés sont bien dérangeants.

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Un très beau roman que j'ai fini bien trop vite à mon goût !

Lyme Regis est aussi le cadre choisi par ma chère Jane Austen pour l'un de ses romans. D'où la photo ici d'une des adaptations de ses livres.

Une modeste chronique dédiée à mon père, géologue et passionné !

D'autres avis : Alwenn, Amelie, Gambadou, Leiloona...

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376 p

Tracy Chevalier, Prodigieuses Créatures, 2009

 

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06/06/2010

Encore une histoire de mariage...

bennett_mise_nu_epoux.jpgVendredi, à l'heure de la pause déjeuner, j'ai décidé d'affronter la chaleur torride pour m'offrir un petit cd rock et le dernier Tracy Chevalier. Résultat : j'ai vu sur une étagère un livre d'Alan Bennett, dont j'avais beaucoup aimé La Reine des Lectrices et, sans même regarder le résumé, je l'ai ajouté à la liste de mes emplettes. Je l'ai ouvert le soir même dans le métro et, faute de temps ce week-end, ce n'est qu'aujourd'hui dimanche que je me suis posée sur mon canapé, le temps de venir à bout de ce court roman.

Il y est question des Ransome, qui, en rentrant chez eux un soir, découvrent que leur appartement a été intégralement vidé de son contenu. Cette situation absurde permet paraît-il à Alan Bennett d'égratigner sans vergogne le couple et ses petits compromis (cf l'édition française). Si je l'avais lu, le résumé m'aurait fait espérer beaucoup de situations cocasses ou autres qui, en réalité, ne sont que de micro-événements dans ce roman sympathique mais un peu décevant. Certes, Mrs Ransome réalise que son intérieur petit bourgeois ne lui manque pas et constituait plutôt un frein à son émancipation, la maison étant tenue sous la houlette tatillonne de son époux. Le couple n'en est pas vraiment un, Mrs Ransome n'est pas épanouie et, en quelque sorte, la conclusion de l'histoire lui permettra de tourner la page et de mener enfin sa vie comme elle l'entend. Malgré tout, le résumé reste très trompeur et ce  récit qui semble prometteur et a priori riche en péripéties n'est qu'une gentille comédie idéale pour passer un moment à la plage ou pour se distraire le temps d'un trajet en train.

Je n'ai pas retrouvé l'humour de La Reine des lectrices (est-ce le fait de ne pas l'avoir lu en anglais cette fois-ci ?). Les scènes invraisemblables ne m'ont pas particulièrement étonnée et, au final, même si cette lecture a été pour moi un vague divertissement, je ressors avec un sentiment assez mitigé. Une jolie bluette britannique mais, si vous cherchez une idée de lecture dans le même genre, vous trouverez beaucoup mieux ailleurs.

Au passage, ce roman vient d'être réédité en France mais il avait déjà été publié en 1999.

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159 p

Alan Bennett, La Mise à nu des époux Ransome, 1998

31/05/2010

Mamma mia !

strachey_droledetemps.gifSuite au Lady Swap, l'adorable Titine m'a offert Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey, petit bijou de la littérature anglaise que je recommande à tous ceux qui passent par ici et aiment les auteurs ayant fréquenté le cercle de Bloomsbury. Et comme vous vous en doutez, j'ai été ravie d'être conviée à ce mariage aux accents très British!

Ce récit à huis-clos tout en retenue aborde de manière originale la question du mariage. Si celui-ci semble a priori le sujet principal, il est finalement éclipsé par tous les éléments extérieurs à l'événement qui se déroulent pendant la journée ; la relation entre les mariés, leur personnalité et la cérémonie elle-même ne sont même pas évoqués. Au contraire, le narrateur se penche sur les invités les plus étrangers à la cérémonie et ne lésine pas sur les détails, tels que le déroulement du goûter, les disputes entre deux cousins au sujet d'une histoire de chaussettes, la description de plusieurs tantes, un objet et une lettre retrouvés sans rapport avec le mariage ou encore le passage des domestiques qui ponctue subrepticement le récit.

On comprend ainsi que ce n'est pas tant ce mariage qui est important que la relation entre deux autres personnages et, à travers eux, une autre vision de la vie. Au final, ce mariage est en quelque sorte une supercherie, d'où le titre qui porte davantage sur le "drôle de temps". Voilà une brève incursion dans un monde qui s'attache aux petits gesters du quotidien et à leur banalité, alors qu'un mariage est par essence extraordinaire. Une approche originale qui m'a beaucoup séduite !

Enfin l'histoire s'achève sur une révélation surprenante dont on ne saura jamais si elle s'avérait exacte ou non, les portes de la maison se refermant sur ses secrets à la fin de la journée.

Comme toute Anglaise qui se respecte, Julia Strachey ponctue son roman de petites touches d'humour. Elle sait également décrire l'insiginifiant avec sensibilité, faisant penser à Mrs Dalloway et à l'oeuvre d'Edith Wharton (le livre fut d'ailleurs publié par les Woolf). Un beau récit poétique, dont la force vient essentiellement de la perspective choisie. L'intérêt du récit tient au paradoxe entre la situation évoquée et son traitement décalé, avec un sujet hors de son histoire et, en quelque sorte, un héros absent. Une belle lecture et un livre tout en finesse qui se déguste - lorsqu'on parvient à ne pas le dévorer.

Merci encore Titine pour ce beau moment passé dans une maison anglaise !

Au passage, l'oncle de Julia Strachey n'était autre que Lytton Strachey.

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118 p

Julia Strachey, Drôle de temps pour un Mariage, 1932

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24/05/2010

You don't own me

greer_histoire mariage.jpgQuelle jolie couverture que celle de L'Histoire d'un mariage d'Andrew Sean Greer, entre fraîcheur et nostalgie ! A l'image d'un livre qui m'a bien plu, malgré quelques réserves.

Etats-Unis, années 50. La narratrice Pearlie Cook nous fait pénétrer dans son foyer au moment où se joue une étape décisive de son mariage avec Holland Cook, cet homme qu'elle a rencontré adolescent puis retrouvé par hasard sur une plage à la fin de la guerre. Le couple semble vivre heureux avec leur fils handicappé Sonny et leur chien muet, en dépit de l'étrange maladie de coeur de l'époux qui pousse Pearlie à découper les faits divers brutaux dans les journaux afin de le préserver. Un jour sonne à la porte un étranger, Buzz. Muni de cadeaux, cet homme sorti du passé de Holland s'apprête à briser le fragile équilibre sur lequel repose le mariage des Cook.

Ce roman bien écrit décrit avec aisance la période des années cinquante : les générations revenues de la seconde guerre mondiale, celles parties depuis peu en Corée, la ségrégation et les prémices de la lutte pour les droits civiques, sans parler des petites choses insignifiantes du quotidien, tels que la visite matinale du livreur de lait, les lieux de danse ou les soirées passées à écouter la radio.

Quant au récit lui-même, l'histoire d'un mariage, il part à mon avis d'une idée très intéressante et m'a séduite, même si on peut lui reprocher quelques longueurs et certaines maladresses. Plusieurs révélations sont distillées au compte-goutte. Si le procédé est intéressant a priori, sa récurrence finit par devenir un peu lassante et ne permet pas forcément à l'auteur d'exploiter d'autres aspects de son sujet, à commencer par le regard qu'Holland Cook porte sur son mariage. Comme d'autres, j'ai trouvé que l'une des informations brutalement révélées n'avait aucune raison de constituer un mystère, même si cela a sans doute pour but de déstabiliser le lecteur en lui donnant une idée fausse au départ  et permet de donner au récit une nouvelle dimension. Quoi qu'il en soit, on ne fait pas un livre avec des "si" et des "peut-être" et, tel qu'il est, j'ai déjà beaucoup apprécié ce roman que j'ai trouvé empreint de sensibilité et très agréable à lire, hormis quelques petites  longueurs. Pearlie Cook est attachante et j'ai beaucoup savouré cette fin où l'on réalise que le couple s'est forgé une idée erronée de cette période importante de leur mariage, se trompant sur les intentions de l'autre pendant des années. Finalement, les zones d'ombre peuvent constituent aussi un atout. Un moment doux amer que l'on déguste avec plaisir.

Ce livre a été très largement commenté sur la blogosphère ; les avis de : Amanda, Brize, Cathulu, Cécile, Clarabel, Cuné, Dasola, Heclea, Joëlle, Jules, Kathel, Lili, Lillly, Ma, Manu, Papillon, Plaisirsacultiver, Sibylline, Voyelle et consonne...

Merci à Marie des éditions du Points pour cette très jolie découverte !

("You don't own me" : titre des Blow Monkeys)

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264 p

Andrew Sean Greer, L'Histoire d'un Mariage, 2008

18/05/2010

Victoria, I'm coming (again) !

harwood_seance.jpgAmateurs de spiritisme, siphonnés de la table tournante, Victoriens dans l’âme, vous êtes prêts à affronter les averses anglaises, à fouler de vos bottines encrassées le sol londonien, quand il ne s’agit pas de mettre les pieds dans un manoir lugubre où se passent de drôles de choses ? J’ai là le livre qu’il vous faut, et ça tombe plutôt bien car vous risquez très sérieusement de vous régaler : La Séance de John Harwood.

 

Tout commence avec le journal de Constance, jeune fille de bonne famille sur qui le sort semble s’acharner. Habitant près de l’hôpital des enfants trouvés, elle est persuadée d’avoir été adoptée depuis que sa petite sœur est morte, rendant sa mère indifférente à tout, dans une maison où le père semble fuir tout contact avec sa famille, leur préférant ses recherches à la bibliothèque. Pour faire le bonheur de sa mère, Constance l’entraîne à des séances de spiritisme, s’entendant avec une médium pour que sa mère croie être en contact avec Alma, sa fille morte à l’âge de deux ans. Malheureusement, le projet tourne court et Constance se voit contrainte de vivre chez un oncle tout juste rencontré. C’est alors qu’inopinément, elle hérite d’un manoir légué par une parente éloignée, qui lui est totalement inconnue. Un manoir dont l’histoire a été marquée par des événements particulièrement sordides.

 

Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas gâcher votre plaisir, l’histoire étant tout à fait passionnante et faisant de ce roman une véritable menace pour votre vie sociale qui, le temps d’une lecture, sera réduite à néant. Car il est impossible de s’arracher à ce livre où tout concorde à subjuguer le lecteur : plusieurs récits enchâssés l’un dans l’autre ; des points de vue et des angles d’approche différents ; un environnement qui, en ce qui me concerne, constitue mon cadre de prédilection ; enfin, une écriture très agréable. Au final, un récit absolument captivant et intelligemment mené qui ravira les amateurs de romans du XIXe (malgré quelques coquilles : « craignez-vous … ? » à quoi l’on répond « Peur ? Peur ! » - on imagine bien « do you fear… ? » « Fear ? Fear ! » qui là était compréhensible ; Clara qui devient un instant Carla et une ou deux petites choses que j’ai depuis oubliées).

 

Un vrai régal, un livre dont je ressors vraiment enthousiaste et que je compte recommander autour de moi. Un livre qui, je l’espère, vous séduira rapidement lors de sa sortie en librairie (le 3 juin).

 

Merci à Solène au Cherche-Midi pour cette visite d’un manoir isolé, et les aventures qui en ont découlé !

 

Voici quelques livres chroniqués par ici et qui pourraient vous tenter également si ce sujet vous inspire : Angelica d’Arthur Phillips ; The Thirteenth Tale de Diane Setterfield ; De Pierre et de Cendre de Linda Newbery.

 

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359 p


John Harwood, La Séance, 2009

 

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13/05/2010

Psychose

boyle_riven rock.jpgJ'ai depuis des années Water Music de T.C. Boyle dans ma bibliothèque, mais je n'avais encore jamais lu cet auteur jusqu'à ce B.O.B. lance un partenariat et me permette de découvrir Riven Rock, dont la couverture intrigante (et qui bizarrement me fait penser à Frida Kahlo) ne m'a pour une fois pas trompée.

Début du XXe. Héritier d'un magnat de l'industrie céréalière, Stanley McCormick est interné dans un hôpital psychiatrique. Obsédé par la gent féminine, dangereux pour les autres et suicidaire, l'ancien mondain ne peut plus voir sa jeune et belle épouse puisqu'il est susceptible de l'agresser. Elle décide pourtant de le retirer de l'institution pour le conduire dans une prison dorée avec vue sur la mer, engageant à grands frais l'équipe médicale qu'il avait jusqu'alors, espérant ainsi accélérer sa guérison.

Difficile de rendre justice à ce roman fleuve aux ramifications multiples. Les personnages sont décrits avec une grande précision et, il faut bien le dire, une certaine noirceur. C'est une idée plutôt pessimiste de l'Amérique qui nous est donnée. Une Amérique où l'opulence fait face à une relative pauvreté, où les personnages fascinants se mélangent à d'autres plus médiocres, où les motivations des uns et des autres ne sont jamais tout à fait innocentes. Un roman dense, foisonnant à découvrir absolument !

Un grand merci à BOB et au Livre de Poche !

693 p

TC Boyle, Riven Rock, 1998

08/05/2010

Aux sombres héros de l'amer

carroll_chasse_snark3.jpgUn petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou ! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, La Chasse au Snark de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.

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La chasse au Snark va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin en un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocace dans laquelle se trouvent embourbés les personnages ! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir !

Ainsi pour réanimer le boulanger :

"The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)

Ou encore :

"And the Bellman cried "Silence ! Not even a shriek !" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri ! / excité et faisant sonner sa cloche).

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carroll_Snark_cover.pngA noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).

On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose :

« J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »

carroll_jabberwocky-1.jpgLa Chasse au Snark est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans Through the Looking Glass), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).

J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original : C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).

Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark !

Les avis d'Alice (qui a beaucoup parlé de Lewis Carroll sur son blog où Tenniel est lui aussi très présent), Cryssilda, Lilly, Maggie, Mélisendre, Praline, Tortoise,

Encore merci à Lise !

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132 p

Lewis Carroll, La chasse au Snark, 1876

* Pourquoi ce titre ? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense !

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