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02/04/2011

In the mood for... Jane perhaps ?

En ce jour de grand soleil, je me dis qu'il ne serait pas désagréable de flâner dans les rues de Paris... peut-être un livre à la main, au cas où je ne saurais résister à l'appel d'un parc aux recoins, petites fontaines et bancs cachés idéaux pour se mettre en quête d'aventures. Même si, en ce moment, c'est un roman plus propice à la réflexion qui m'accompagne, puisque je suis les pas de la jeune Fanny Price, qui porte un regard lucide sur son environnement, et dont les peines se communiquent au lecteur avec bien trop de facilité à mon goût (car les joies, elles, ne sont évoquées qu'avec parcimonie et une grande économie de moyens !).

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Si je lis Mansfield Park, c'est un peu par défaut (quoique le terme s'applique très mal aux textes de Jane Austen). A l'origine de cette lecture, une subite envie (dimanche dernier) de lire Sense and Sensibility... pour découvrir que je l'avais laissé dans ma chambre d'adolescente et ne l'avais pas à portée de main. L'envie de relire enfin Jane étant trop forte, j'ai donc choisi de lire Mansfield Park, l'autre roman que je n'avais pas encore lu.

J'ai au passage réalisé que si j'ai lu quatre romans de Jane Austen, je n'ai parlé ici que de Pride and Prejudice et d'Emma, et qu'il serait grand temps de remédier à cette erreur de jugement évidente... comme je me suis inscrite il y a quelque temps à un nouveau challenge Jane Austen (après m'être régalée pendant le premier, qui m'a fait voir et revoir en quelques mois énormément d'adaptations), je me dis qu'une nouvelle incursion prolongée dans l'univers de ma chère Jane ne ferait pas de mal à ce petit salon qui n'a pas vu passer suffisamment de jolies robes ces derniers mois !

Et si j'ai eu envie de lire Sense & Sensibility, c'est parce que j'ai passé une excellente soirée dimanche dernier, en compagnie des soeurs Dashwood, dans l'adaptation de 2008 par la BBC. J'ai lu sur un blog anglo-saxon un commentaire du type "If I loved Emma Thomson's film, I've fallen in love with this new version." Et j'ajouterais "my sentiments exactly" ! J'ai vu plusieurs fois le film d'Emma Thomson, auquel je trouve de très nombreuses qualités, mais il n'a jamais eu sur moi l'effet de cette mini-série, qui m'a donné follement envie de lire enfin ce roman que je réservais pour plus tard.

sense & sensibility 2008 01.jpg

Et en vue de mon prochain séjour en Angleterre, qui approche et sera suivi d'un autre, tout aussi alléchant en compagnie de Maggie, j'ai envie d'amener sur ce blog un peu de pluie, d'ironie et de plats indigestes mais audacieux... parmi les nombreuses chroniques en attente, j'hésite entre ces différents livres :

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Elizabeth Gaskell, North and South

Thomas Hardy, L'homme démasqué

Flora M. Mayor, The Rector's daughter

Sur ce je vous laisse méditer (ou pas !) et comme il est déjà plus de midi, je souhaite à ceux qui passeraient par là maintenant bon appétît, tandis que je vais m'activer un peu, car malheureusement, malgré les progrès technologiques depuis l'ère de Jane Austen, le ménage ne se fait toujours pas tout seul !

16/03/2011

Beware : highly addictive

jackson-jardin-derniers-plaisirs.jpgJe ne sais pas si c'est le fait d'avoir récemment exhumé des livres jusque-là cachés chez moi, mais j'ai subitement éprouvé une folle envie de lire un polar historique... et tant qu'à faire, un polar victorien (sans surprise pour ceux qui commencent à me connaître).

Mon choix s'est porté sur l'un des deux romans de Lee Jackson qui attendaient sagement leur tour sur mon étagère. Pour ceux qui n'étaient pas passés par ici à l'époque, j'avais été complètement transportée par cette série qui avaient su me faire passer d'excellents moments à Londres, au XIXe of course.

JACKSON-CHELSEA 01.jpgTroisième volet des enquêtes de Decimus Webb, Le Jardin des Derniers Plaisirs commence avec un banal fait divers : un homme s'amuse à couper les mèches de femmes dans les jardins de Cremorne, dont la réputation légère n'est pas pour plaire au quartier plutôt huppé de Chelsea. Tandis que Rose, fille de bonne famille, prépare son entrée dans le monde, que son père se rend à la City, que sa mère reçoit ses voisines au thé et que le révérend Featherstone milite pour l'éradication du vice, de nombreux fêtards londoniens se rendent chaque soir aux jardins afin de danser et d'assister aux diverses attractions. Mais bientôt a lieu un premier meurtre, lorsqu'une servante est retrouvée morte, brûlée vive dans la cuisine du révérend. George Nelson, tout juste sorti de prison, est bien évidemment soupçonné... si ce n'est que ses alibis semblent tenir la route.

JACKSON-CHELSEA 03.jpgJe ne sais pas si cette impression est due au fait que je n'ai pas lu de roman de Lee Jackson depuis deux ou trois ans, mais je me suis particulièrement régalée avec ce récit très bien mené : les différentes histoires s'entrecroisent pour notre plus grand plaisir, les personnages ont tous quelque chose à se reprocher et le cadre est passionnant pour quelqu'un qui comme moi s'intéresse de près à l'époque victorienne. Certes, les enquêteurs ne sont pas particulièrement attachants, ni mis en avant, mais c'est un parti pris qui me sied tout à fait. Bref, je me régale avec Lee Jackson, et maintenant que j'ai lu celui-ci, je n'ai qu'une envie : boire une tasse de thé (et surveiller mes arrières) en ouvrant un autre livre de son cru !

Encore bravo aux éditions 10/18 pour les couvertures très réussies de cette série (je ne m'en lasse pas).

D'autres idées de lecture ? Régalez-vous avec : Les Secrets de Londres, et les deux premiers tomes de la série de l'inspecteur Decimus Webb, Le Cadavre du Métropolitain et Les Bienfaits de la Mort.

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314 p

Lee Jackson, Le Jardin des Derniers Plaisirs, 2006

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13/03/2011

Lost in Scotland

alice munro,du côté de castle rock,éditions du point,écosse,canada,james hoggDu côté de Castle Rock est un roman d'un genre particulier, patchwork mélangeant histoire familiale, autobiographie et considérations personnelles, le tout précédé d'une mise en garde d'Alice Munro : ce récit qui traite de ses racines écossaises et de sa vie au Canada tient tout autant de la réalité que de la fiction.

L'histoire débute en Ecosse alors que les ancêtres de la narratrice vivent dans la vallée d'Ettrick, lieu ne présentant “aucun avantage” selon une description de l'époque. On découvre ainsi Will O'Phaup, qui incarne l'Ecosse férue de légendes, à travers ses prouesses improbables célèbres à l'époque et les fables que l'on raconte au sujet de ces fantômes et autres créatures étranges l'ayant hanté. Puis d'autres membres de la famille, une génération après, dont James Hogg, l'auteur des Confessions du pêcheur justifié. Cette partie (la plus courte du récit) est  aussi l'occasion de croiser Thomas Boston, pasteur inquiétant incarnant le puritanisme. C'est aussi celle qui m'a le plus intéressée, car elle rend bien compte de la culture et de l'état d'esprit écossais de l'époque. Puis une génération se décide à quitter la terre natale pour l'Amérique, et plus précisément, le Canada.

S'ensuit le récit de la traversée et de l'installation de la famille au Canada : construction d'une maison, choix des terres, trajets en charrette... Enfin la narratrice revient plus longtemps sur sa propre histoire, s'intéressant plus particulièrement à la première partie de sa vie (jusqu'à son premier mariage) et en profitant pour évoquer ses parents et d'autres visages familiers plus ou moins liés aux premiers arrivés au Nouveau Monde.

Au final, Du côté de Castle Rock est un livre hybride dense, agréable à lire et par moment captivant. Alice Munro parvient à faire le portrait de plusieurs générations en prenant pour point de départ son propre parcours. Une belle introduction pour moi qui n'avais pas encore lu cet auteur (dont j'ai toutefois deux livres chez moi !).

"Les fleurs de cerisier me firent penser aux arbres du champ de Miriam McAlpin. Je voulais les voir en pleine floraison. Et pas seulement les voir – comme on pouvait le faire en les regardant de la rue – mais pénétrer sous ces branches, m'étendre sur le dos, la tête contre un tronc, pour le regarder s'élever comme sortant de mon crâne, monter et s'épanouir, se perdre dans une mer de fleurs renversée. Voir aussi si l'on découvrait des fragments de ciel, de sorte qu'en plissant les yeux je pourrais les faire passer au premier plan, comme autant d'éclats d'un bleu brillant, flottant sur cette mer blanche et floconneuse." (p237-238)

Merci beaucoup à Jérôme des Editions du Point pour cette découverte !

D'autres avis : Papillon, KevinfromCanada

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410 p

Alice Munro, Du côté de Castle Rock, 2006

05/03/2011

Warning : Victorian masterpiece

wilde_picture dorian gray.jpegIl y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et The Picture of Dorian Gray faisait partie de celles-là pour moi. Oeuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire : envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard ; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).

Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de The Picture of Dorian Gray, toutes mes craintes se sont envolées : dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà The Importance of being Earnest dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.

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Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée : "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in  any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p3)

[Chronique riche en spoilers]

Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.

Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait : "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.

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Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide : après avoir séduit puis abandonné une jeune actrice qui met fin à ses jours, Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse : on l'aurait vu dans les quartiers mal fâmés de Londres, il aurait poussé un jeune héritier à s'endetter, aurait perdu la réputation de plusieurs femmes. Egoïste, désabusé et devenu lui aussi profondément cynique, Dorian Gray repousse l'aide de son ami Basil Hallward, épouvanté par cette radicale transformation.

Alors que Dorian Gray devient indifférent au sort d'autrui, son portrait s'enlaidit : le vice, la cruauté ainsi que la vieillesse viennent altérer les traits du chef-d'oeuvre de Basil. Jusqu'à ce que Dorian commette un meurtre, point culminant de sa déchéance ; enfin, Dorian prend conscience de son geste abominable et se retrouve dès lors torturé par les démons de son passé. Il alterne entre fausse mauvaise conscience et inquiétude : peur d'être arrêté, peur d'être retrouvé par le frère de l'actrice dont il avait causé la mort. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman : "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.

Un roman passionant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d'oeuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations, dont je vous parlerai très prochainement.

Et je vous propose de parler pour le 1er Mai de la pièce Un Mari Idéal (la pièce ou une de ses adaptations).

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254 p

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1890

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Challenge Oscar Wilde : 1 billet

God Save the Livre : 1 roman (catégories Dirty Harry et Queen Mum)

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01/03/2011

The Picture of Dorian Gray

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"How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29)

J'avais prévu de lire The Picture of Dorian Gray d'ici aujourd'hui et c'est chose faite, mais suite à une journée bien chargée je sens que je suis davantage en état de végéter devant un plat de nouilles que de dire pourquoi ce livre constitue une de mes plus belles renontres littéraires depuis que je suis en âge de lire.

Par conséquent je vous laisse en compagnie d'une citation et, ci-dessous, de nombreux lecteurs qui ont eux aussi croisé le chemin de Dorian Gray (et qui auront sans doute déjà dit tout ce qui peut être dit sur  ce chef d'oeuvre absolu).

Des avis (merci BOB) :100choses, Alice, Anne Sophie, AustengirlBouhBouquins, CachouCalepin, Caro[line] , EloraEmilie, Enna, Fleur du soleil, Gwen, Jemlyre, Karine, Karine, Keisha, L’Emile, Lepetitmouton, LhisbeiLilly, Livrovore, Lucile, Majanissa, MaliceMelisende, Mélusine, MilkimoonNannePapillon, Pauline, Petite FleurThalia, Violaine.

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27/02/2011

Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide

brite_contes_fee_verte.jpgJ'ai refermé cette semaine le recueil des Contes de la fée verte de Poppy Z. Brite avec un soulagement certain, et pourtant amis blogueurs et lecteurs, il s'agit là d'une oeuvre vraiment intéressante.

J'ai entendu pour la première fois le nom de Poppy Z. Brite dans un cours sur les vampires, lorsque nous avons vu l'adaptation de Lost Souls, que je m'étais promis de lire. L'envie ne venant jamais, j'ai été tentée par ces Contes de la fée verte, d'autant plus que j'aime souvent découvrir un auteur par ses nouvelles.

Si vous cherchez à vous dépayser, si vous vous demandez quelle serait la lecture idéale pour accompagner une soirée d'Halloween, si vous adulez Nine Inch Nails et affichez un poster de Marilyn Manson au dessus de votre lit, ce livre est sans doute fait pour vous. Par contre si vous êtes de nature sensible ou, plus prosaïquement, si vous avez récemment eu un deuil dans votre entourage, cette lecture  dérangeante s'apparentera davantage à une épreuve de masochisme.

absinthe.jpgParmi les thèmes qui reviennent le plus souvent, on trouvera des jumeaux ou siamois cherchant par tous les moyens à se réunir ou se retrouver (de là à réveiller un mort et à fêter son retour de façon extrêmement enthousiaste - je vous épargnerai les détails, d'autant plus que je vais bientôt déjeuner), et une fascination de nombreux personnages pour la mort et plus précisément, les cadavres. La profanation de tombes et la nécrophilie sont ainsi les leitmotivs de ce recueil (sans parler de l'absinthe et de l'alcool frelaté qui abondent également). La Nouvelle Orléans est un des lieux les plus visités, avec sa magie vaudoue, ses marais à l'eau fétide, ses vieux cimetières et ses bicoques branlantes où meurent les uns après les autres les héros de ces récits. Quelques sujets : une femme enceinte éventrée par une curieuse machine dans l'usine abandonnée d'une grande ville, un père se suicidant par électrocution après avoir enterré son fils mort de la même façon, une femme dévorée par le gardien d'un trésor et condamnée à servir de compagne à un fantôme, un chanteur faisant en sorte de se trancher les cordes vocales pour ne plus provoquer la mort de ses fans, ou encore une Inde dévastée par les zombies.

Une lecture éprouvante, parfois répulsive, mais un livre qui parvient à tenir le lecteur en haleine de bout en bout, le tout avec un style très maîtrisé.  On retrouve l'esprit macabre des Romantiques, et l'on sent dans cette exagération, cette complaisance morbide, une volonté de mettre en scène des sentiments exacerbés et de faire avant tout ressentir au lecteur une réelle tension psychologique, plus insoutenable que l'horreur décrite avec tant de précision. Poppy Z. Brite a indéniablement beaucoup de talent, mais j'avoue que j'attendrai un moment avant de songer à lire un de ses romans.

Merci à Lise des éditions Folio pour m'avoir fait découvrir cette curiosité littéraire.

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265 p

Poppy Z Brite, Contes de la Fée Verte, 1994

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*****

wilde_picture dorian gray.jpegmunro_castle rock.jpgEn cours de lecture (pour billet le 1er mars, il faut que je me dépêche) : Oscar Wilde,  Le Portrait de Dorian Gray.

A venir également la semaine : Alice Munro, Du côté de Castle Rock.

02/02/2011

Dear reader

shaffer_guernsey literary and potato peel pie society.jpgJ'entame le challenge Vintage avec un livre dit "doudou", "A book to curl up with and simply enjoy", à savoir le roman épistolaire The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society de Mary Ann Shaffer. Je sais, vous pensiez qu'il ne restait plus une seule personne à ne pas l'avoir lu mais si, si, c'était moi et j'ai récemment rattrapé le coup en sortant ce roman qui traînait dans ma bibliothèque depuis près de deux ans.

Jeune écrivain révélé par ses chroniques humoristiques en temps de guerre, Juliet Ashton fait une tournée de promotion lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, Dawsey Adams. Celui a trouvé le nom de Juliet dans un livre d'occasion qu'il s'est procuré et la contacte afin d'obtenir l'adresse d'une librairie à Londres pour commander d'autres oeuvres de Charles Lamb, qui lui a beaucoup apporté pendant l'occupation. S'ensuit une correspondance enjouée, des cadeaux de la part de Juliet qui peu à peu entre en correspondance avec plusieurs habitants de l'île faisant tous partie de la Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society. Intriguée par le nom, séduite par les personnalités si différentes qui lui écrivent, Juliet décide finalement d'évoquer Guernesey dans le prochain roman attendu par son éditeur (et ami). Elle se rend ainsi sur place et l'histoire se poursuit, toujours sur un mode épistolaire, à travers les lettres que Juliet adresse à son éditeur. Ajoutons à cela une secrétaire perfide, un critique ébouillanté  au thé cherchant à se venger (so British !), un éditeur concurrent richissime souhaitant épouser Juliet et une habitante de l'île qui tente de mettre Juliet en garde contre la perfidie et la dépravation de cette pseudo société littéraire, et vous aurez une petite idée de ce que contient ce charmant roman.

potato.jpgTrès honnêtement, je pense que ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable mais, soyons fous, je l'ai tout de même bien apprécié. C'est assez gentillet, ni bien ni mal écrit, mais une fois les premières pages très légères passées, le récit devient de plus en plus intéressant. Les personnages sont attachants, chaque histoire personnelle finit par avoir son importance tandis que la toile de fond permet au lecteur de se faire une petite idée de l'occupation de Guernesey par les nazis. Sans être dense ni très fouillé, ce roman permet d'aborder un sujet historique et d'informer le lecteur tout en douceur (si le lecteur connaît aussi peu l'histoire de l'île que votre fidèle et dévouée). J'ai d'ailleurs appris au passage quelques petites choses sur le mur de l'Atlantique, qui concerne également les plages de ma région (le commun des mortels croyant en général que ce sont les soldats allemands qui ont construit les blockhaus, alors qu'il s'agissait de volontaires, puis de prisonniers).

Un roman qui a pour principal avantage de constituer une lecture facile sans être complètement creux pour autant, et qui parfois ne manque pas d'humour, malgré quelques passages un poil caricaturaux. En somme, un livre idéal pour accompagner une après-midi de farniente dans un jardin anglais, avec une limonade et des sandwiches au concombre à portée de main !

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243 p

Mary Ann Shaffer, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, 2008

 Challenge Vintage d'Emjy : 1 livre lu / 3 (Simple Vintage - before the next level)

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23/01/2011

Evil dwarves

coe_nains_mort.jpgJ'ai d'abord croisé Jonathan Coe en plongeant dans les années 70 sur les traces d'une bande d'adolescents. Puis j'ai rencontré une femme qui n'aimait pas grand-chose et dont la vie n'avait a priori rien de très intéressant. Le tout avant de croiser plusieurs femmes au destin poignant à travers le récit d'une personne morte depuis peu. Je continue cette année à découvrir son univers romanesque avec Les Nains de la Mort, récit qui, il faut bien le dire, commence très mal pour le héros.

Le narrateur, William, débute son récit en revenant sur le week-end au cours duquel sa vie a basculé. Devant rencontrer un nouveau groupe dans lequel il pourrait jouer, William se retrouve seul avec Paisley, le chanteur, dans la maison où habite toute la bande. Au lieu de rejoindre les autres au studio, le chanteur lui demande de rester avec lui pour attendre deux dealers qu'il espère rouler en les délestant de leur cargaison et en s'enfuyant, après s'être fait passer pour le propriétaire des lieux afin de fixer le rendez-vous. Caché dans la pièce, William assiste finalement au meurtre de Paisley par deux nains cagoulés qui le frappent à mort. S'enfuyant des lieux sans avoir été vu, William croise des policiers et, tout en réussissant à s'échapper, se sait soupçonné de meurtre.

Les chapitres suivants lui permettent d'effectuer un retour en arrière et de revenir sur les différents éléments qui l'ont peu à peu conduit à vivre cette scène. Entre son boulot chez un discaire, sa vie médiocre à Londres, son groupe de rock assez lamentable, son appartement minable dans un quartier sans intérêt, sa colocataire maltraitée par son copain et son histoire platonique avec une certaine Madeline, gouvernante de luxe dans les beaux quartiers, la vie de William n'est pas des plus heureuses.

On découvre enfin ce qui s'est passé suite à sa fuite (eh bien oui, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !). Et là j'avoue avoir été un peu déçue. Le renversement assez inattendu m'a prise au dépourvu, en revanche j'ai trouvé le dernier chapitre un peu facile et moyennement concluant.

Malgré tout j'ai encore pris énormément de plaisir à lire un roman de Jonathan Coe qui, m'a une fois de plus captivée, hormis le dernier chapitre qui m'a laissée un peu sur ma faim. Quatrième lecture de Coe, et une fois de plus je savoure son inventivité et sa capacité à nous embarquer dans des histoires toutes différentes les unes des autres, et parfois très farfelues.

D'autres avis : Allie, Ombre des Mots...

Merci à Lise des éditions Folio pour ce très bon moment passé en compagnie de Coe.

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233 p

Jonathan Coe, Les Nains de la Mort, 1990

challenge-coe3-2.jpg2e titre lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin

15/12/2010

Elémentaire, mon cher Watson !

doyle_pacte_quatre.jpgOui oui, je sais, cette réplique attribuée à Holmes n'a jamais été écrite par Arthur Conan Doyle. Mais si je la cite, c'est que jusqu'à la sortie du film de Guy Ritchie sur Sherlock Holmes, ma vision du célèbre détective reposait presque entièrement sur des clichés. Il faut dire que je n'avais lu jusque-là que Le Chien des Baskerville, lecture qui m'avait tellement marquée qu'aujourd'hui je ne sais plus si j'ai abandonné le récit en cours de route ou non.

Sans me presser, j'ai fini par me décider à croiser de nouveau la route du fameux tandem Holmes-Watson après avoir savouré les aventures "holmesiennes" d'Andrew Singleton et James Trelawney (sous la plume de Fabrice Bourland), visité le musée Sherlock Holmes (photos à venir...), rencontré un Doyle psychopathe dans L'Instinct de l'Equarrisseur et vu (à deux reprises) le film de Ritchie que j'ai pour ma part beaucoup apprécié.

Alors quand une amie vile tentatrice m'a mis sous le nez Le Pacte des Quatre lors d'une sortie en librairie (qui plus est d'occasion mais en état neuf), j'ai forcément succombé.

Dans ce roman, Miss Morstan vient soumettre aux détectives une mission délicate : découvrir ce qui est arrivé à son père, militaire revenu des Indes plusieurs années auparavant et disparu après lui avoir fait parvenir un message depuis son hôtel. Depuis sa disparition, la jeune femme reçoit chaque année une perle d'excellente qualité et, le jour où elle se présente devant les enquêteurs, elle vient de recevoir un curieux courrier lui demandant de se rendre le soir-même à un endroit précis pour rencontrer un inconnu lui voulant du bien.

Les recherches de Holmes et de Watson les entraîneront dans des aventures que j'ai ma foi trouvées tout à fait palpitantes. Récits d'un meurtre et d'un trésor caché en Inde, poursuites dans Londres, flèches empoisonnées, faciès inquiétant aux fenêtres et mystérieux individu à la jambe de bois : tous les ingrédients sont prometteurs et la recette réussie. De nombreuses péripéties, beaucoup d'humour, une plume très agréable, des personnages hauts en couleur ainsi qu'un tandem surprenant et plutôt attachant (qui n'a rien à voir avec l'image poussiéreuse que je m'en faisais)... des retrouvailles réussies avec Doyle, que je compte bien continuer à lire !

Le site de l'éditeur

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187 p

Arthur Conan Doyle, Le Pacte des quatre, 1890

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12/12/2010

Sur la plage abandonné...

ishiguro-inconsole.jpg... et pourtant, tout n'avait pas si mal commencé. Vous me ferez également remarquer qu'en ce mois de décembre où neige et verglas sont au rendez-vous, ce pauvre roman ne survivra pas longtemps aux intempéries mais rassurez-vous, il est près de moi et se porte bien, malgré la semaine passée dans mon sac bien encombré.

L'Inconsolé de Kazuo Ishiguro fait près de 900 pages dans l'édition que j'avais. J'ai lu les 460 premières avant de m'avouer vaincue (à ce stade-là j'ai hésité à poursuivre au lieu de m'arrêter après avoir déjà fait tout ce chemin, mais j'avais déjà failli suspendre ma lecture à plusieurs reprises et j'ai considéré qu'il fallait me rendre à l'évidence).

Dans ce roman, il est question de Ryder, pianiste renommé en déplacement dans une ville d'Europe centrale. Dans cet endroit sans intérêt, la venue du célèbre artiste est un événement et dès son arrivée, Ryder est assailli par les requêtes diverses et variées. A son emploi du temps chargé (rencontre avec les journalistes, dîner chez la comtesse, soirée du jeudi...) s'ajoutent des éléments imprévus, lorsque d'illustres inconnus s'adressent à lui pour lui confier leurs problèmes personnels divers et variés : Ryder lira-t-il l'album de coupures de presse que la femme d'untel lui a consacré ? écoutera-t-il tel amateur pour lui donner des conseils sur son jeu au piano ? Discutera-t-il avec la fille du portier pour savoir ce qui la tracasse ? Aidera-t-il le petit Boris à récupérer un jouet dans son ancien appartement ?... et ainsi de suite.

On comprend rapidement que dans cette ville, la population attend énormément de Ryder, à la fois glorifié et utilisé (au point de le réveiller en pleine nuit pour une quelconque demande). C'est l'artiste qui devra aider à rendre à l'endroit un semblant de renommée pour ses réussites sur le plan culturel, mais on sait également que d'autres que lui avaient en principe la même vocation et ont échoué : un vieux chef d'orchestre ridiculisé et désormais exploité et remis sur pied de manière à incarner le représentant par excellence de l'art au sein de la ville, tandis qu'un autre est désavoué après avoir été encensé pendant des années.

L'idée est intéressante et certains passages se lisent avec grand plaisir mais ce roman aurait gagné à être amputé d'au moins 500 pages, si ce n'est plus. Au final, on assiste à une succession de scènes improbables semblant tout droit sorties d'un rêve désagréable. Le héros, privé de sa volonté comme on peut l'être dans nos rêves, semble incapable d'atteindre le but qu'il est fixé, et est sans cesse détourné de  ses objectifs par des micro-événements inattendus, des personnages importuns. Au point de se retrouver nu sous une simple robe de chambre lors d'une soirée mondaine, de suivre des escaliers sans fin, de passer de la rase campagne au café du centre-ville qu'il avait quitté en traversant un minable restaurant en bord de route. Les conversations sont faites pour perturber le lecteur d'entrée de jeu, avec des personnages pérorant dans le vide, en décrivant par le menu la façon dont tel repas s'est passé ou tel personne va s'habiller, mettre ses chaussures, faire la boucle de son premier lacet et j'en passe. On ne sait pas non plus quelles sont ses relations avec les gens de la ville, où il retrouve une certaine Sophie qui lui fait des scènes de ménage et une amie d'enfance connue en Angleterre.

Au final, le procédé est extrêmement répétitif et lassant. Quant aux personnages, impossible de s'attacher à eux tant ils manquent de consistance (ce qui là encore rappelle le monde des rêves). Ishiguro est un auteur que j'ai envie de lire depuis très longtemps et il y a beaucoup de matière dans ce roman, mais l'ensemble est trop redondant. Un premier rendez-vous raté (mais il y en aura d'autres).

Merci à Lise des éditions Folio pour cette découverte, malgré cet avis mitigé.

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896 p

Kazuo Ishiguro, L'Inconsolé, 1995

11/11/2010

L'éclosion des fleurs couleur d'orage

bracewell_divines amours.jpgEn ce week-end pluvieux du mois de novembre, j'ai décidé de profiter du temps que j'avais devant moi  pour rattraper un peu mon monstrueux retard chroniquesque - au détriment d'un week-end dans une capitale européenne, quelle abnégation (suspecte, je l'avoue) !

Commençons par Divines Amours de Michael Bracewell, excellent cru de cette rentrée littéraire 2010.

"Au cynique désenchanté - c'est-à-dire, à celui qui porte sur le monde un regard endurci par une posture intellectuelle sagace -, il serait vain de recommander la vie d'un jeune homme de vingt-huit ans comme sujet d'étude approfondie" (p43).

Dans Un Eternel Jeune Homme, Bracewell avait choisi pour cadre l'Angleterre des années Thatcher. Nous voilà cette fois-ci plongés à la fin des années 70, en compagnie de jeunes passant de l'adolescence à l'âge adulte, pendant cette période de transition délicate où les promesses d'avenir ne se concrétisent pas toujours, où les projets idéaux sont confrontés à la réalité et où soudain se dessine un avenir beaucoup clair une fois que sont faits ces premiers choix nécessaires à cet âge - mais qui, inévitablement, réduisent progressivement le champ des possibilités qui s'offraient à vous à l'adolescence.

Dans des chapitres alternant entre les destins de personnages qui ne font parfois que se croiser, Bracewell raconte les premières amours sérieuses de Miles, élève d'Eton au sang bleu promis à un brillant avenir. Apparaissent ainsi ses amis d'enfance James, Stella et Lucinda - dont l'une mourra tragiquement avant d'être éclipsée par l'autre - sa meilleure amie - quelques mois plus tard. S'ajoute à ce "Gang de la main noire" Kelly O' Kelly, l'héroïne torturée du premier chapitre qui pratique activement le bondage depuis l'enfance et se rend innacessible, ôtant (par erreur) sa carapace le jour où elle rencontre Miles. Enfin, les péripéties d'un couple croisé par hasard dans un café finissent par recouper l'histoire de ce "parfait" gentleman.

Outre l'écriture délectable  qui n'est pas le plus faible atout de ce très beau roman (et que l'on doit aussi au traducteur), Divines Amours m'a vraiment conquise par la façon dont il parvient à recréer l'ambiance d'une époque tout en dépeignant avec beaucoup de justesse cet "entre-deux" si particulier au cours d'une vie, où en l'espace de peu d'années le mode de vie change radicalement, les histoires sentimentales impliquent beaucoup plus de choix et de bouleversements pour peu qu'elles soient un brin sérieuses, tandis que l'avenir professionnel se dessine avec plus de netteté et prend soudain un tour beaucoup plus concret. Une période fascinante mais qui comporte sa part d'angoisse, ce qui est parfaitement retraduit par la façon dont chacun des jeunes personnages saisit les occasions qui lui sont offertes. Un livre où l'art occupe également une place importante, entre Kelly l'artiste maudite et Douglas, producteur de disques. On l'abandonne à grand regret une fois la dernière page tournée.

Encore merci à Denis des éditions Phébus à qui je dois cette belle escapade (et d'autres !), parfaite pour une rêveuse de mon espèce.

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281 p

Michael Bracewell, Divines Amours*, 1989 (2010 en France)

* A noter qu'en anglais le titre est Divine Concepts of Physical Beauty (qui à mon sens retraduit davantage l'atmosphère de ce récit).

 

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17/10/2010

I'm a lone wolf

egolf_kornwolf.gifAmis lecteurs, apprentis sorciers et massacreurs de citrouilles qui passez par là, sachez que malgré mes ambitions démoniaques et mon approche toute monstrueuse, je me suis comportée depuis le début du mois d'octobre comme une vraie petite fille modèle, me dévouant corps (pas trop quand même) et âme (déjà vendue) à la poursuite du challenge Halloween, avec une approche assez méthodique qui ne cesse de m'étonner.

J'en ai profité pour découvrir Kornwolf, Le Démon de Blue Ball de Tristan Egolf - et je me demande s'il ne s'agit d'ailleurs pas de mon tout premier livre sur le thème du loup-garou (comme c'est charmant si c'est le cas, et comme c'est navrant si à mon âge si peu avancé ma mémoire ressemble déjà à un gruyère industriel particulèrement aéré).

Pennsyltucky. De nombreux incidents se produisent au mois d'octobre dans cette région où pourtant d'habitude rien ne se passe selon Owen, jeune homme revenu dans le coin pour apprendre à boxer malgré tout le mal qu'il pense de sa ville natale. Les rumeurs circulent, des photos compromettantes apparaissent, les langues se délient et ce qui paraissait être un canular s'avère être un phénomène fantastique authentique, qui fait écho à l'apparition d'un autre loup-garou dans les années 70.

loup-garou.jpgImpossible de résumer en quelques lignes ce roman déjanté et franchement halluciné qui semble prendre un malin plaisir à mener ses lecteurs par le bout du nez. C'est un livre dense, une fable servant à dresser un portrait au vitriol de l'Amérique profonde où se noient des ploucs de bas étage, des flics corrompus, des communautés religieuses (Amish et mennonites) peu reluisantes, le tout sur fond de superstitions, d'armes à feu, d'alcool et de lubricité, dans une société où règne la loi du chacun pour soi, et où les personnages les plus intègres se trouvent dans un club de boxe des quartiers chauds dont le coach valeureux a un passé plus que douteux.

Au cours de cette épopée où de nombreux personnages se croisent et sillonnent la région dans un  crescendo apocalyptique, le mythe du loup-garou prête à la parodie : après une évocation de ses origines moyen-âgeuses, le narrateur nous entraîne dans une histoire familiale où les gènes et les conditions de vie se mêlent pour faire d'un homme frustré aux origines fantastiques une bête lubrique assoiffée de sang, dont la plupart des attaques sont motivées par la vengeance.

Un roman profondément américain qui joue avec les codes du roman fantastique pour mélanger un mythe de la vieille Europe à une vision pessimiste d'une Amérique moderne qui a perdu ses valeurs, à travers un loup-garou qui ressemble curieusement à Nixon.

Lu aussi par Dominique, Le Bibliomane (qui fait allusion à Stephen King et Lovecraft).

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488 p

Tristan Egolf, Kornwolf, Le démon de Blue Ball, 2006

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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Azilys a fait son baptême de l'air (en balai) avec Sorcière pour l'échafaud, avant de suivre le sorcier le plus adulé du moment (Harryyyyy !),

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)

DeL a fait un petit saut dans les Carpathes avec L'Historienne (roman que j'avais d'ailleurs moi aussi dévoré avant de tenir ce blog)

Eidole a découvert un parc d'attraction pas comme les autres avec Zombillénium, avant de se retrouver dans une ville bientôt contaminée par le virus zombiesque avec 28 semaines plus tard,

Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,

Ma complice Hilde a refait un plongeon au collège avec la Solitude du Buveur de Sang (et un Simon qui n'a rien à envier à d'autres vampires prépubères), avant de succomber à l'humour noir et très tentant de Pierre Tombal,

Maggie part à la rencontre de Stoker, Irving et Scott (histoire de démarrer en beauté), avant de prendre une douche en compagnie d'un certain Alfred (attention scoop),

Pink Canary a passé un petit moment de détente avec Dead Sexy, avant de demander des bonbons avant l'heure avec Trick'r treat,

Soukee suit une formation à la Vampire Academy, et a rencontré les buveurs d'encre de Draculivre, avant de rencontre la "reine" du roman policier avec Le Crime d'Halloween,

The Bursar a vévu des moments cinématographiques intenses avec Dead Snow (film gore avec zombies nazis - c'est vraiment très effrayant là !), Le Bal des Vampires (pour rire aussi) et L'Abominable Dr Phibes,

Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants, avant de protéger Los Angeles contre un fléau en lisant Zombie Nation (elle est heureusement munie d'un guide de survie en territoire zombie), puis de revenir sur les traces d'un boucher avec Avis de Tempête,

Wax a été victime d'un bug car j'avais déjà mis deux liens mercredi vers son blog, puisqu'elle a fait deux petits tours en Asie en compagnie de sympathiques zombies avec Zombie Next Door et rencontré le démon avec Soul,

 

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

DeL, Eidole, Hilde, Pink Canary,  Soukee, Tristhenya (en image ici, et  là aussi

Et une créa pour Halloween :

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02/10/2010

Dancing with the Devil for Halloween

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Cet été, alors que je savourais les journées passées au bord d'un lac, j'ai entrevu le Grand Dieu Pan et son univers infernal en suivant les pas d'Arthur Machen.

Fin XIXe. Un médecin (que je qualifierais de psychopathe) pense avoir trouvé le moyen de toucher à l'indicible et d'ouvrir les yeux d'un mortel sur un monde jusqu'ici resté invisible. Devant témoin, il réalise une expérience sur la jeune Mary, malgré les mises en garde.

"Que cela tourne mal, et vous voilà malheureux pour le restant de vos jours.

- Non, je ne pense pas, même en mettant les choses au pis. Vous savez que j'ai tiré Mary du ruisseau et de la faim, dans son enfance. Je pense que sa vie est à moi, pour en user à ma convenance." (p19)

La jeune fille sombre dans la folie et décède au bout de quelques mois, après avoir accouché d'une petite fille.

Des années plus tard, une vague de suicides endueille les milieux aisés londoniens, tandis que plusieurs personnes retrouvées sans vie semblent être mortes de peur. Petit à petit, le narrateur établit un rapport entre ces décès et la fréquentation d'une certaine Madame Beaumont. On se doute bien qu'il s'agit là du fruit de l'expérience qui a eu lieu quelques années auparavant, tandis qu'est retracée la sordide histoire de la fille de Mary. Changeant d'identité régulièrement, celle-ci semble semer la mort autour d'elle. Jusqu'à son propre décès, où elle semble se transformer et révéler sa nature monstrueuse.

campbelljones.gifPlusieurs voix se mêlent dans ce récit où l'horreur est donnée à imaginer plus qu'elle n'est réellement décrite. Dans une ambiance plutôt lourde, beaucoup de questions restent sans réponse, le lecteur devant finalement assembler à sa guise les dernières pièces du puzzle. Le cadre victorien se prête très bien à cette histoire au final assez sordide. L'histoire se lit d'une traite et constitue sans doute une bonne introduction pour qui aurait envie de découvrir Machen, dont l'univers m'intrigue désormais (bien qu'inconnu en France - ou presque, il a énormément publié). Et je n'en dirai pas plus car c'est maintenant à vous de choisir (ou non) de voir le Grand Dieu Pan.

Un auteur admiré par Lovecraft, qui va lui aussi bientôt  rejoindre mes billets pour le challenge Halloween.

Les avis de Cafard cosmique, Mr Zombi, Tantale... Et toujours sur le Dieu Pan : Tea Time with a Faun (très joli blog que je viens à peine de découvrir).

Un grand merci à l'incorrigible Lilly qui m'a encore une fois beaucoup gâtée en m'offrant ce petit livre !

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90 p

Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan, 1894



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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde.

Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse,

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

Hilde, ma complice dans cette sombre affaire !

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Pink Canary

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26/09/2010

Have you ever seen the rain ?

coe-La-pluie--avant-qu-elle-tombe.jpgJ'ai rencontré Jonathan Coe en début d'année lors d'une interview organisée pour la sortie de sa biographie de B.S. Johnson, écrivain oublié voire inconnu en France. Jusque là je projetais de lire les romans de Coe, sans me presser. L'auteur que j'ai vu ce soir-là m'a intriguée : sa façon de raconter le projet littéraire que constituait cette biographie rédigée de façon originale, ses commentaires sur ce qui l'avait amené à découvrir Johnson, sa façon de présenter cet écrivain et son influence sur ses propres romans, tout cela m'a captivée ce soir-là et c'est en entendant Coe parler d'un autre que j'ai eu envie de le découvrir lui-même en tant qu'écrivain.

J'ai ainsi lu Bienvenue au Club, bon roman agréable à lire, multipliant les histoires parallèles, avec pour toile de fond l'Angleterre des années 70. Puis La Femme de Hasard, sur une femme assez commune dont la vie fade sert de prétexte à une histoire encore une fois très bien racontée. Je viens de lire en quelques jours La Pluie avant qu'elle tombe, roman une fois de plus très différent de mes précédentes lectures et jusqu'ici, de loin mon favori. Je n'avais pas prévu d'en parler aujourd'hui et je crains de le faire bien maladroitement, d'autant plus qu'il m'a laissée dans un état de mélancolie certain, mais je me sens incapable de parler d'autre chose.

Comment résumer cette histoire ? Devrais-je dire qu'il s'agit d'Imogen, une jeune femme dont l'histoire familiale est peu à peu retracée par un membre de sa famille à travers des cassettes enregistrées ? De Gil et de ses filles, qui écoutent ces cassettes suite au décès d'une parente et découvrent l'histoire d'une des branches de leur famille ainsi que les liens qui les relient à elle ? De Rosamond, qui raconte cette histoire en commentant une série de photos avant de mourir, et dont la voix nous accompagne tout au long du récit ? Ou bien de Béatrix et de Théa, les chaînons manquants de l'histoire qui fait d'Imogen et de Gil, deux inconnues, les héritières de Rosamond ?

Le récit débute lorsque Gil, la cinquantaine, apprend le décès de sa tante Rosamond par téléphone. S'ensuit l'enterrement et quelques semaines plus tard, Gil se rend dans la maison de sa tante et découvre des cassettes enregistrées à l'attention d'une certaine Imogen. Ne retrouvant pas cette inconnue, Gil décide d'écouter les cassettes aves ses filles. L'histoire s'achève lorsqu'après avoir découvert leur contenu, Gil reçoit enfin une lettre lui faisant part de ce qu'est devenue Imogen. L'essentiel du roman correspond au récit de Rosamond, qui choisit une vingtaine de photos pour raconter petit à petit à Imogen leur histoire. D'abord l'amitié entre Rosamond et la grand-mère d'Imogen, puis ses relations avec sa mère et, enfin, la façon dont la destinaire des enregistrements a été éloignée d'elle et de sa famille.

La pluie, avant qu'elle tombe est un roman touchant et complexe. La relation entre mères et filles occupe une place importante, à travers les erreurs répétées de génération en génération dans la même famille. Les époques se succèdent et, avec habileté, Coe dresse le portrait d'une famille sur quatre générations, en choisissant un mode de narration original : ces photos espacées de quelques années et dont la description amène la narratrice à raconter une tranche de vie qui s'emboîte parfaitement à la suivante, sans laisser une impression d'inachevé au lecteur ni lasser par une approche un peu répétitive (puisque Rosamond décrit une vingtaine de photos et les scènes qu'elles évoquent pour elle). C'est une histoire poignante, nostalgique et souvent cruelle qui a touché en moi une corde sensible - la beauté désenchantée de ce récit sans doute appuyée par la pluie qui tombe dehors me laisse songeuse et un peu triste.

La Pluie avant qu'elle tombe est celle que préfère la petite Théa, car qu'elle n'existe pas vraiment. "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heurex, pas vrai ?"

Petit à petit, Rosamond parvient à prendre conscience d'une réalité difficile à saisir : "deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps. Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n'aurais pas dû naître. Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses. Tu étais inévitable".

Jonathan Coe m'apparaît de plus en plus comme un écrivain anglais essentiel aujourd'hui. Un bon écrivain, à la plume agréable, qui surtout me frappe par son art de la narration et la manière dont il parvient à entraîner le lecteur à sa suite, jusqu'à parfois le laisser un peu perdu sur la route une fois le livre achevé, comme c'est le cas pour moi ici. En tout cas ma découverte de l'univers de Jonathan Coe cette année s'apparente à une révélation et je n'envisage pas une seconde de ne pas lire l'ensemble de ses romans, une fois que cette dernière lecture aura cessé de me hanter.

D'autres avis : Abeille, Alex-Mot-à-Mots, Aproposdelivres, Bambi SlaughterBellesahi, Betty, Bookomaton, Brume, Cachou, Cathulu, Chaplum, Clara, Dasola, Dominique, Emilie, George Sand et moi, Hathaway, Karine:), Kathel, Keisha, Lapinoursinette, Lily, LN, Marie, Nickie, Plaisirsàcultiver, Restling, SD49, Sentinelle, Soie, Thracinée, Voyelle et Consonne...

Lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin. Au fait, on parle même de Sheffield où je suis allée en juillet (ce qui m'a immédiatement rappelé de très bons souvenirs).

Merci aux éditions Folio pour ce très beau moment de lecture !

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268 p

Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, 2007

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16/09/2010

Héroïne, quand tu nous tiens !

braddon-lady-audley.jpgIl y a un an, j'ai lancé un challenge Braddon qui n'a de challenge que le nom, puisqu'il suffit de lire un roman de cette chère Mary Elizabeth d'ici la fin de l'année, et qu'il n'est pas obligatoire de s'inscrire à l'avance pour participer (en résumé : vous avez envie de lire un Braddon d'ici la fin de l'année ? Vous vous décidez en novembre et m'indiquez votre participation au moment de la publication de votre billet ? Voilà, vous avez participé au challenge !). J'avais envie de découvrir et de faire découvrir cet auteur victorien un peu oublié - voire totalement inconnu la plupart du temps.

Hier, sous le coup de ma fiévreuse passion pour Lady Audley (le livre, et non le personnage), je suis allée faire un tour en librairie, histoire de dénicher un Braddon susceptible de me rendre lui aussi insomniaque. N'en voyant pas, je demande à la libraire si par hasard ils en ont un, et on me répond "Mary Elizabeth Braddon ? Je ne vois pas... ah si !" et, ajoute-t-elle avec une flexion du genou et un léger haussement d'épaules évoquant le sautillement, "les petites Anglaises, c'est ça ?". J'ai sans doute dû avoir l'air un peu décontenancé, mais après coup, je me suis surtout dit que la libraire ne savait pas qu'aucune description ne pouvait plus mal convenir à Mary Elizabeth Braddon, à moins que les petites Anglaises qui sautillent en riant (et qu'on imagine bien en train de ricaner bêtement en secouant leurs boucles blondes et en plissant leur nez en trompette) permettent de se faire une idée précise d'une femme qui à l'époque victorienne où le puritanisme de façade était de mise, a décidé d'écrire un roman feuilleton sur une bigame qui cherche à tuer au moins un de ses époux, met le feu à un bâtiment habité et abandonne son enfant.

Autant vous le dire : si vous attendez du Secret de Lady Audley une construction de type classique, avec un coupable à démasquer à la fin, ce livre n'est pas pour vous. Dès les premiers chapitres, on sait que lady Audley est bigame et a vraisemblablement assassiné son premier mari, moins riche que le deuxième. (Aucun spoiler ici donc).

Plus que le roman policier, ce livre évoque le roman feuilleton "à sensation", avec ses rebondissements en fin de chapitre, ses effets d'annonce, son style parfois un peu emberlificoté et, à l'occasion, quelques oublis ou abandons d'une piste qu'on s'attendait à voir développer.

Mary Elizabeth Braddon n'est sans doute pas un très grand écrivain, mais elle excelle dans le roman populaire dont elle maîtrise tous les ressorts, qu'elle emploie sans modération. Vous aimez Dumas, Le Fanu, Wilkie Collins ? Vous devriez vous régaler avec cet auteur dont le roman phare m'a complètement emportée. Pour ma part, outre le fait que j'ai dévoré ce roman,  ce qui montre déjà à quel point il m'a plu, j'ajouterais que Mary Elizabeth Braddon a su me surprendre, là où je n'attendais que des petits chamboulements. Le retournement de situation final me paraissait si peu crédible que je ne l'envisageais pas - j'imaginais plutôt un nouveau développement concernant Lady Audley. J'étais également étonnée de voir l'histoire se poursuivre après les aveux de la coupable, qui mettent en général un point final aux histoires de ce genre. Le tout dernier chapitre est un peu niais (imaginez Pride and Prejudice s'achevant sur un dernier chapitre "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Lizzie faisait de la broderie pendant que Mr Darcy chassait. Ils voyaient souvent les Bingley qui avaient l'habitude de loger chez eux plusieurs mois chaque année"). Mais je chipote un peu, car ce roman à sensation remplit pleinement sa mission. Plus encore, il vient de créer chez moi une addiction à Miss Braddon. Rendez-vous au prochain numéro !

Voici ce que dit mon Oxford Companion to English literature: "The bigamous pretty blonde heroine (...) shocked Mrs Oliphant (que je veux lire depuis au moins un siècle) who credited Miss Braddon as the inventor of the fairhaired demon of modern fiction. (M.E. Bradon) was often attacked for corrupting young minds by making crime and violence attractive, but she won some notable admirers including Bulwer Lytton, Hardy, Stevenson and Thackeray).

Merci beaucoup à Hilde pour ce cadeau !

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474 p

Mary Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley, 1862


challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Ferme Grise : Maggie,

Lady Isle : Cécile

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Karine, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Triomphe d'Eleanor : DViolante,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

 

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J'ai choisi ce billet pour le challenge "On veut de l'Héroïne" de Pickwick et d'Emma.

Je me suis dit qu'on attendait plus pour ce challenge des sortes de Cats Eyes ou autres héroïnes des temps modernes mais finalement je trouve que Lady Audley remplit très bien son rôle en la matière. Pourquoi Lady Audley est plus forte que Bella ?

- Au lieu de fantasmer sur un type mort dont le fond de teint excessif révèle des tendances psychopathes, elle épouse un type plus riche qu'elle et, pragmatique, quand l'occasion se présente, change de nom et épouse un type encore plus riche (qui avec un peu de chance décèdera rapidement vu qu'il est nettement plus âgé qu'elle).

- Au lieu de raconter des niaiseries et avec seulement trois ou quatre ans de plus que Bella, lady Audley est une femme d'action : elle tue son premier mari, commence à empoisonner le deuxième et met le feu à une auberge pour se débarrasser d'un ennemi. Pour une nunuche élevée à l'époque victorienne, c'est un sacré palmarès !

- Enfin parce qu'elle ne se drogue pas à l'héroïne mais n'hésite pas à prendre quelques gouttes d'opium à l'occasion.

Comme quoi, même les Victoriennes sont moins ringardes que Bella !

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