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24/06/2011

Polar et brouillard écossais

rankin_etrangleur edimbourg.jpgAprès avoir fait la rencontre de Madeleine Smith (empoisonneuse de son état), j'ai aidé l'inspecteur adjoint Rebus à résoudre une enquête car, il faut bien l'avouer, ce cher John avait bien besoin d'appui pour mettre ses idées au clair et retrouver l'assassin.

Lorsque plusieurs fillettes sont retrouvées mortes à Edimbourg, la police n'a d'autre choix que de mobiliser une grande partie de ses effectifs pour résoudre l'affaire. Parallèlement à cette enquête éprouvante qui lui prend le plus clair de son temps, Rebus reçoit des lettres menaçantes, indiquant que "les indices sont partout" et accompagnées de noeuds et de croix. Compte tenu de ce que vous découvrirez plus tard, l'amnésie de Rebus ainsi que son incapacité à faire le lien entre ces envois (qui arrivent à chaque meurtre) et son affaire sont vraiment peu crédibles. Rebus est un inspecteur adjoint consternant, à qui je voulais sans cesse recommander de modérer sa consommation d'alcool, au risque de devoir supporter un inspecteur à deux doigts du coma éthylique au 4e tome.

Mais on ne lit pas L'Etrangleur d'Edimbourg pour l'enquête ; il s'agit bien plus de goûter à l'ambiance, de se promener dans Edimbourg, que Rankin se plaît à décrire.

Edimbourg somnolait, comme elle somnolait depuis des siècles. On trouvait bien quelques fantômes dans les passages pavés et les cages d'escaliers tortueuses des immeubles d'Old Town. Mais c'étaient là des fantômes des Lumières, éduqués et respectueux. Pas le genre à surgir des ténèbres, une cordelette à la main. (p 52)

edimbourg.jpgLe trajet entre son appartement de Marchmont et la bibliothèque pouvait être une promenade des plus agréables, au coeur des plus beaux fleurons d'Edimbourg. Il traversa The Meadows, un vaste espace vert, avec en ligne de mire à l'horizon l'imposante forteresse grise et son drapeau qui flottait dans la bruine au-dessus des remparts. Il passa devant la Royal Infirmary, qui gardait la mémoire de tant de découvertes et d'illustres personnages, devant une partie de l'université et devant le cimetière de Greyfriars Kirk et sa petite statue de bobby. Depuis combien d'années le petit chien veillait-il sur la tombe de son maître ? (p 266)

Comme Titine l'a dit avant moi, Rebus est un lecteur lui aussi, d'où des allusions à quelques grands maîtres de la littérature, en particulier Dostoievski et Crime et Châtiment.

Ce roman assez court est très plaisant à lire, le personnage principal fort sympathique (même s'il vole des petits pains dans la rue, petit chenapan !) et si vous aimez le brouillard, le curry de provenance douteuse et la bière, vous serez dans votre élément ! Mon seul regret concerne le style car, sans écrire à la truelle, Rankin ne se prive pas de petites phrases qui ont un certain air de cliché :

La bibliothèque sentait les vieux livres, l'humidité, le cuivre et la cire. Mais, dans ses narines, Rebus ne percevait qu'une seule odeur, l'odeur de l'affrontement, et jamais il ne s'en déferait. (p 270)

Malgré quelques bémols, vous aurez compris que je renouvellerai l'expérience Rankin !

La photo a été prise par le Baron Chelli.

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286 p

Ian Rankin, L'Etrangleur d'Edimbourg, 1987

logo kiltissime 02.gifChallenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 9 livres lus (Catégorie Prince William : 10 livres lus)

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20/06/2011

Coup de foudre en Ecosse

pilcher_neige en avril.gifLorsque mon cher et tendre a commencé à rire en voyant mon livre de chevet, je me suis dit que c'était une manifestation curieuse de sa part, lui qui, bien souvent, ne prête pas vraiment attention à mes lectures. Lorsqu'il m'a dit "quoi ? tu lis Rosamunde Pilcher (en prononçant le nom à l'allemande) ? Oh non toutes les séries pour mamies qui passent à la télé en Allemagne sont tirées d'histoires de Rosamunde Pilcher" (mais il a tout de même découvert grâce à moi que non, la dame en question n'était pas allemande).

A vrai dire, j'ai acheté ce livre complètement par hasard, parce qu'il se passait en Ecosse.

Premières pages du roman. Caroline prend un long bain avant de prendre part à regret à une soirée mondaine organisée par Diana, sa belle-mère. Diana qui est mariée à Shaun, un ancien amour, qui n'est pas le père de Caroline, décédé dans les îles grecques où ils vivaient avant. Caroline retrouvera notamment à cette soirée Hugh, le frère de Diana, sa belle-mère. Hugh qui est aussi son fiancé (enfin ce n'est qu'un détail puisqu'elle le plaque en cours de roman alors vraiment, je complique les choses, je l'avoue).

Caroline est donc sur le point de se marier, tandis que sa belle-mère et le nouvel époux de celle-ci (qui n'est ceci dit pas techniquement parlant le beau-père de Caroline) prévoient de s'installer au Canada et d'emmener avec eux le petit frère de Caroline (qui n'est pas non plus le fils de Diana). Le frère ne voulant pas partir, il persuade Caroline de l'emmener en Ecosse où  se trouve leur frère aîné (de retour d'Inde où il était parti faire de la méditation).

scotland.jpegBien entendu, Caroline rencontrera un bel Ecossais et là, je ne vous en dis pas plus car je ne voudrais pas mettre un terme à ce suspense insoutenable.

Sachez tout de même que, lors de la première soirée, Caroline revoit Elaine, meilleure amie de Diana (amie qu'elle ne supporte pas, au passage). Elaine lui parle de sa fille parfaite, Liz, qui vient de subir une terrible perte à travers la mort d'un ami de longue date en Ecosse. Lorsque Caroline se rend en Ecosse, elle aura bien entendu un accident de voiture à l'entrée de la propriété du frère de l'homme décédé. Et Caroline rencontrera Liz en Ecosse.

Quant à Liz, lorsque sa mère l'appelle suite à l'enterrement, ça donne à peu près ça :

"Ma chérie, ça va ? (inquiète)

- Mais oui, absolument ! C'est magnifique, je m'éclate ! (enthousiaste)

- Mais... et l'enterrement ? (étonnée)

- Ah oui, l'enterrement (subitement affectée)... parfaitement affreux... mais Oliver était là (de nouveau enjouée) !

- Mais, ma chérie, alors c'est Oliver que tu... ? Mais j'avais toujours pensé que c'était son frère qui...

- Eh bien non maman, c'est Oliver ! Il reste deux semaines en Ecosse, je suis si heureuse !"

coucher-soleil.jpgAu final, Neige en avril est un mélange de Barbara Pym sans humour et de Danielle Steel, ayant Londres puis principalement l'Ecosse pour cadre. On y apprend qu'en Ecosse il fait un temps pourri, et ça c'est utile. On y apprend même qu'il neige en avril (et ça tombe bien, sinon Caroline n'aurait pas eu d'accident et n'aurait pas rencontré Oliver et n'aurait pas quitté Hugh et n'aurait pas damé le pion à cette pimbêche de Liz). Et même si tout ce que j'ai pu dire vous a dissuadés, sachez que j'ai décidé de lire Les pêcheurs de coquillages (car j'ai acheté ses livres dans un format 2 en 1), roman qui va traiter de l'héritage d'un tableau victorien (et façon Danielle Steel-Pym, je demande à voir !). Car je ne peux pas résister à l'appel du mot victorien, cette faiblesse me perdra. Have fun !

L'avis de Fondantochocolat sur plusieurs romans de Rosamund Pilcher.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda.

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202 p

Rosamunde Pilcher, Neige en avril, 1976

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Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 8 livres lus (Catégorie Prince William)

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18/06/2011

Robert Louis, mon ami...

DSC05040.JPGJ'ai beau particulièrement aimer les auteurs du XIXe, plus encore lorsqu'ils sont anglo-saxons, je peine à apprécier les textes de Stevenson, tout en étant convaincue de passer à côté d'un auteur incontournable. Je profite donc du "mois écossais" pour lire à nouveau cet auteur en espérant enfin me laisser séduire - d'autant plus que je l'ai lu il y a quelques années déjà. Après l'avoir lu  Stevenson en anglais, c'est avec une traduction de The Bottle Imp (La Bouteille endiablée) que je reprends mes lectures... un texte qui me disait quelque chose : et pour cause, je l'avais déjà lu en anglais ! J'avais oublié de nombreux détails mais l'histoire me semblait tout de même familière : j'ai d'abord pensé confrondre avec un autre texte traitant du même thème "classique" qui évoque Faust, mais après vérification, il n'en était rien !

Kéaoué fait la rencontre d'un homme vivant dans une maison magnifique. L'homme semble pourtant abattu : il doit sa richesse à une bouteille dans laquelle vit un diable. Une bouteille qu'il doit revendre à un prix inférieur au prix d'achat sous peine de perdre son âme. Kéaoué la lui rachète puis se fait construire une maison suite au décès de proches parents et donc, d'un héritage imprévu. Il pense pouvoir se défaire facilement  de la bouteille mais se voit contraint de la racheter pour des raisons que je ne préciserai pas car je ne voudrais bien entendu pas mettre fin au suspense. S'ensuivent de nombreux rebondissements, la bouteille passant de maître en maître et son prix chutant à chaque fois.

Un conte qui se lit facilement mais qui ne m'a pas fait grande impression malgré tout. Je reste herméthique à certains passages tels que ceux-ci :

C'est ainsi que Kéoué fit sa cour ; les choses avaient été rapides; mais ainsi va la flèche, et la balle de fusil plus vite encore, et pourtant l'une et l'autre peuvent atteindre la cible. (p47)

Robert_Louis_Stevenson_by_Sargent.jpg"Me voici maintenant au pinacle, se dit-il. La vie ne peut pas être meilleure. C'est ici la cime de la montagne et tout autour de moi dégringole vers le pire. Pour la première fois, je vais illuminer les salles et me baigner dans ma belle baignoire à eau chaude et froide et dormir seul dans le lit de ma chambre nuptiale". (p48)

Malgré tout, j'ai passé un moment agréable en lisant ce récit reprenant le thème classique du pacte avec le diable en l'inscrivant dans un cadre nouveau, Hawaï. Si j'ai trouvé certaines ficelles un peu grosses et ai regretté le peu d'intérêt que je portais à Kéaoué (parfois antipathique), j'ai goûté le rebondissement final, assez inattendu. J'aurais aimé savoir apprécier davantage ce texte et faire davantage honneur aux talents de conteur de Stevenson mais  cette lecture m'a laissée assez indifférente, sans vraiment me déplaire pour autant. J'entends bien me rattraper avec Le Maître de Ballantrae, que je compte lire ce mois-ci.

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93 p

Robert Louis Stevenson, La Bouteille endiablée, 1891

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 7 livres lus...  catégorie Prince William (10 livres lus). Prince-William.jpg

16/06/2011

Trop de raison - et c'est l'extrême folie

ofarrell_etrange disparition esme lennox.gif Tiens, tiens, voilà un livre qui devait traîner depuis deux ans dans ma bibliothèque, qui avait vraiment suscité ma curiosité quand il était sorti en poche, puis que j'avais remarquablement négligé. Et mal m'en a pris car, amis lecteurs, ce roman est un petit bijou que je ne peux que vous recommander. Il s'agit d'une de mes meilleures surprises de ces derniers mois en matière de littérature anglo-saxonne, mon pếché mignon.

Edimbourg, de nos jours. Iris tient une boutique de vêtements d'occasion, vit dans un petit appartement situé dans l'ancienne maison de sa grand-mère, depuis scindée en plusieurs logements. Iris a un amant mais est amoureuse d'Alex, son "presque" frère, le fils de son ex-beau-père. Sa vie se complique un peu plus lorsqu'elle reçoit l'appel d'un asile sur le point de fermer ses portes : on lui annonce qu'elle a une grand-tante (première nouvelle) enfermée à l'asile (une nouvelle de plus ou de moins...). D'abord méfiante, Iris va se prendre d'intérêt pour Esme, cette parente récemment rencontrée. C'est ainsi que l'histoire d'Esme est dévoilée petit à petit, grâce à la petite enquête menée par Iris, les pensées chaotiques d'Esme et les réminiscences de sa soeur souffrant d'alzheimer.

Enfermée depuis son adolescence, Esme a passé sa vie dans cet hôpital psychiatrique lugubre qui n'a malheureusement rien à envier aux asiles victoriens de si triste réputation. Enfermée parce qu'elle était un peu originale et se souciait peu des conventions, Esme fait partie de ces filles écartées facilement à l'aide d'un médecin par des familles peu désireuses de s'encombrer de femmes trop indépendantes pour ne pas sembler dangereuses.

asile-psychiatrique.jpgCe récit extrêmement bien construit croise les pensées et expériences de plusieurs personnages et ne dévoile le fin mot de l'histoire qu'à la fin (même si le doute plane bien avant), tenant ainsi le lecteur en haleine. Une réussite sur le plan romanesque, certes, mais pas seulement. S'ajoute à cela l'éclairage porté sur une époque : le début du XXe, la transition poussive vers la modernité dans une famille encore marquée par les codes victoriens, la condition féminine ; c'est aussi le portrait d'une famille écossaise ayant vécu des années en Inde et devant se réadapter à une vie bien différente en retrouvant la mère patrie - les enfants n'étant pas épargnés par les quolibets à leur retour.

Un roman tout en finesse qui traverse le XXe siècle en dressant le portrait de deux femmes de caractère, libres à leur façon (car pour Esme, les années d'enfermement n'ont finalement fait qu'exacerber sa tendance à s'évader grâce à une imagination fertile).

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femme chapeau.jpegEt en repensant à cette lecture, je fais un rapprochement avec une de mes lectures en cours, L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks (un billet ici, où j'ai également repris l'illustration), livre extrêmement intéressant portant sur les comportements étranges observés par un médecin, cas illustrant les liens étroits entre neurologie et psychiatrie.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda, qui commence aujourd'hui et prendra fin le 15 juillet.

La première photo est celle d'un asile psychiatrique russe abandonné, issu de ce site sur lequel figurent de nombreuses photos du lieu (y compris des photos d'intérieur).

La deuxième est celle de Bass Rock (évoqué dans le roman) et provient de ce site.

Titre extrait d'un poème d'Emily Dickinson.

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232 p

Maggie O'Farrell, L'Etrange disparition d'Esme Lennox, 2006

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 6 livres lus... Après avoir atteint la catégorie Prince Charles (5 livres lus), j'entame la catégorie Prince William (10 livres lus).

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29/05/2011

Notre rose et notre orgueuil

hansen_exils.jpgRécemment j'ai été amenée à ranger de nouveau toutes mes bibliothèques et croyez-moi, mes amis, ce n'est pas le genre de petite tâche ménagère pliée en moins de deux (surtout quand les cinq étagères sont pleines à craquer !). J'ai donc été interpelée à cette occasion par Exils de Ron Hansen, qui criait son désespoir en pensant que je l'avais oublié définitivement et trépignait (d'impatience ou de rage, je ne saurais vous le dire) en attendant que je daigne m'emparer de lui. Comme la lamentation du livre oublié est de loin le hululement le plus angoissant qu'on puisse imaginer (surtout de nuit où il devient indispensable de se munir d'écouteurs et de musique zen pour ne pas sombrer dans la dépression avant l'aube), j'ai renoncé à énumérer à ce coquin toutes les raisons qui m'avaient fait le négliger et je me suis emparée de lui afin de le lire et, une bonne fois pour toutes, lui régler son compte.

Et ma foi, j'ai beaucoup apprécié ce roman qui met en scène en parallèle le naufrage du Deutschland en 1875 et le destin du poète jésuite Gerard Manley Hopkins qui, bouleversé par la mort de cinq nonnes ayant péri dans le naufrage, décida de rédiger un poème à ce sujet.

gerardmanleyhopkins.jpgDe famille anglicane, Hopkins suscite la désapprobation en se convertissant au catholicisme, avant de devenir finalement séminariste jésuite, au grand dam de ses parents. Hopkins choisit une confrérie particulièrement stricte, vivant dans des conditions spartiates puis, une fois ordonné, se voit muté régulièrement d'un endroit à l'autre par une hiérarchie peu soucieuse de son bien-être et de sa santé. Il décèdera encore jeune, à la suite d'une maladie éprouvante (une péritonite est évoquée et il finit par mourir de la fièvre typhoïde). Le roman montre un Hopkins profondément pieux, plein d'abnégation mais qui doutera parfois et traversera des périodes d'angoisses. He is thought to have suffered throughout his life from what today might be diagnosed as either bipolar disorder or chronic unipolar depression, and battled a deep sense of melancholic anguish (Wikipedia).

C'est aussi un Hopkins attachant, à la fois intelligent et plein d'humour, mais aussi vulnérable que dépeint Hansen.

Il ne jouissait pas d'une semblable protection en tant qu'enseignant. En cette époque où les enfants passaient pour les ennemis jurés du savoir, les directeurs n'avaient de cesse de rouspéter contre la gentillesse de Hopkins à l'égard de ses élèves, à qui il accordait autant de liberté qu'à de studieux étudiants d'Oxford, latitude dont ses potaches abusaient en le sifflant et en le chahutant ; un jour, quand il s'était retourné, Hopkins s'était ainsi retrouvé encerclé, car toute la classe avait rapproché ses putitres pendant qu'il écrivait au tableau.

"Je dois avouer que votre vif intérêt pour l'ablatif latin me touche beaucoup", avait-il lâché de sa voix de ténor haut perchée. (p194)

deutschland.jpegQuant aux soeurs naufragées, on relate leur conversion puis leurs derniers instants lors du naufrage avec une certaine économie de moyens. Avouons-le, je m'attendais sans doute à une fin particulièrement glauque ou très favorable à l'industrie du mouchoir mais c'est avec un style sobre que Ron Hansen achève son récit. Son écriture est presque clinique et ce roman s'apparente parfois à un documentaire.

Un livre qui apporte un éclairage intéressant sur les tensions religieuses du XIXe (aussi bien en Angleterre qu'en Allemagne, à travers le rejet du catholicisme) et met à l'honneur un poète anglais méconnu du public français. Et comme je raffole des romans inspirés de faits historiques, mais aussi de ceux ayant pour cadre le Royaume-Uni ou mettant en avant une figure littéraire, j'ai bien évidemment trouvé Exils particulièrement intéressant. Il m'a d'ailleurs donné envie de lire ses deux romans ayant pour sujet les Etats-Unis au XIXe.

A noter que cette édition inclut le poème "le Naufrage du Deutschland" de Hopkins.

Un très grand merci aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture !

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277 p

Ron Hansen, Exils, 2008

10/05/2011

Will you marry him ?

ideal-husband-dvdcover.gifMon deuxième billet à la fois pour le challenge Back to the Past et le challenge Oscar Wilde sera consacré à l'adaptation de An Ideal Husband de 1999.

Sir Chiltern (Jeremy Northam) est un jeune membre du Parlement à qui la vie sourit : il a une épouse aimante et tout simplement parfaite (Cate Blanchett), il est riche, bien en vue et de plus en plus influent dans la sphère politique. Le couple est aux yeux de tous un modèle d'intégrité et est notamment régulièrement cité en exemple par le Comte de Caversham à son fils bien indolent, Lord Goring (Rupert Everett).

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Mais, en dépit de leur respectabilité apparente, les Chiltern doivent leur fortune à un scandale financier : c'est là qu'entre en scène une bien vile créature (Julianne Moore). Détenant une preuve des malversations de Sir Chiltern, elle le fait chanter, menaçant d'informer la presse de la fraude dont il est coupable, à moins qu'il ne recommande devant le Parlement un projet dans lequel elle a investi une forte somme.

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Parallèlement à la descente aux enfers du couple, leur ami Goring a d'autres soucis : son père lui demande de cesser sa vie de débauché et de se marier, enfin !

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Un joli film au casting impeccable. L'humour de Wilde, des costumes soignés, des décors dans l'ensemble réussis (si l'on oublie quelques arrières plans peints qui semblent dater un peu !)... au final un costume drama rassemblant à peu près tous les éléments que j'apprécie dans ce type de film, même si je n'ai pas eu le même coup de coeur que celui que j'ai éprouvé en voyant The importance of being earnest, un poil plus abouti et surtout un peu plus fou et original. A noter parmi les cinq principaux acteurs la présence de Jeremy Northam, un acteur que j'avais déjà trouvé excellent dans un autre film d'époque, Emma.

Et la pièce a été lue par : Theoma.

Le billet recap pour laisser les liens vers vos chroniques sur les costume dramas : Back to the Past !

Et le groupe Facebook pour partager vos découvertes, commenter l'interprétation des uns et des autres et (accessoirement) parler chemise mouillée !

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An Ideal Husband,  un film d'Oliver Parker, 1999

LOGO tea cup 02.jpg Oscar Wilde challenge logo.jpg

 

 

 

 

 

 

Challenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

Et je vous propose une lecture commune coquine pour commencer l'été, avec Teleny (1er juillet)!

07/05/2011

Le 500e billet sera britannique...

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What a surprise ! Avec en prime un petit coup de coeur pour Paola de Vita Sackville-West !

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeEn matière de littérature anglaise, j'affectionne tout particulièrement les écrivains de la première moitié du XXe siècle qui pour certains incarnent la modernité après la longue période victorienne. J'aime les récits mettant en scène cette époque et l'esprit souvent plus léger qui caractérise ces écrits. Vita Sackville-West est un bon exemple en la matière... mais c'est une nouvelle fois avec un décès qu'elle choisit d'ouvrir ce roman (c'était également le cas dans Toute Passion abolie).

Suite au décès de son oncle, le chef de famille Noble Godavary, Gervase se rend pour quelques jours dans le Nord afin d'assister à l'enterrement. C'est une région qu'il exècre : c'est ainsi au bout de 35 ans qu'il revient chez lui.

Il rencontre pour la première fois la seconde épouse de son oncle et leur fille, Paola, qui tient davantage de sa mère italienne et détonne dans la famille extrêmement britannique et flegmatique de Gervase. La réunion de famille s'annonce effroyable à souhait : le fils aîné de l'oncle (futur héritier du domaine) attend l'arrivée de leur cousine Rachel, avec qui il entretient une liaison honteuse ; Michael, le frère de Gervase, suit Paola partout et la dévore des yeux dans la plus totale indifférence ; Gervase, quant à lui, attire sans le vouloir les confidences de Paola et de sa mère tout en étant toléré par les Godavary : passif, c'est un témoin occupant une place centrale.

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeLes liens de famille sont l'un des principaux sujets abordés dans ce récit : les Godavary ne s'apprécient guère mais sont tous semblables et se comprennent, tandis que Paola reste une étrangère qui fascine mais détonne dans cette demeure anglaise isolée. Séduisante, vive, lucide, directe, elle est aussi entourée d'une sorte d'aura maléfique : à l'écart du reste de la famille (de fait, mais aussi par choix), elle représente une menace confuse qui se concrétisera au cours du récit.

Voilà un court roman plutôt sombre que je vous invite à lire pour découvrir une nouvelle facette de l'oeuvre de Vita Sackville-West : loin des salons mondains, au sein d'une vallée sauvage et lugubre, ce huis clos  saura vous séduire (et n'est pas sans évoquer les tensions familiales exploitées par une certaine Agatha Christie...).

Et puisque la pluie tombe sans discontinuer et qu'il n'y a pas un seul voisin à la ronde pour vous secourir, pourquoi ne pas tout simplement pousser la porte de la demeure des Godavary ?

Sur ce blog également : Toute Passion abolie

D'autres avis sur PaolaClarabelSmithereens (en anglais)

 

Et si cette époque vous plaît, vous aimerez peut-être également :

Brennan Maeve, La visiteuseGoudge Elizabeth, Le Secret de MoonacreJames Henry, Les Dépouilles de Poynton,  Mayor Flora M., La troisième Miss SymonsMitford Nancy, La poursuite de l'amourMitford Nancy, L'amour dans un climat froidPym Barbara, Crampton HodnetPym Barbara, Adam et CassandraRice Eva, L'Amour comme par hasardStrachey Julia, Drôle de temps pour un mariage (d'autres textes que j'ai aimés et serais ravie de faire découvrir à ceux qui, peut-être, ne les connaissent pas déjà).

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123 p

Vita Sackville-West, Paola, 1932

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Challente God Save the Livre : 5 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

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2e lecture dans le cadre du challenge Vintage Novels

30/04/2011

Bloody hell !

square1-187x300.jpgAujourd'hui je vous emmène avec moi dans les années 1930 à Londres près de Holborn, dans une pension qu'il ne fait pas bon fréquenter. Suivons pour commencer Lydia Langstone qui vient de quitter le domicile conjugal après avoir été frappée par son époux Marcus, séduisant (chouette) mais sinistre individu (dommage) sur le point de rejoindre le parti fasciste britannique (no comment).

N'ayant que peu d'endroits où se rendre, ellle emménage avec un père qu'elle ne connaît pratiquement pas, sa mère s'étant remariée avec un aristocrate peu de temps après sa naissance. Habituée à une maison des beaux quartiers un poil lugubre mais toujours entretenue par une armée de serviteurs, Lydia découvre un logement assez sordide, exigu, froid et peu commode, ainsi qu'un père qui prétexte des rendez-vous importants pour se rendre en urgence au pub d'en face où il passe ses journées à se saouler. Bientôt elle fait la connaissance d'un nouvel habitant qui lui fait des révélations troublantes sur le propriétaire : il aurait séduit Miss Penhow, une vieille fille de dix ans son aînée . Puis celle-ci aurait mystérieusement disparu, faisant du séducteur le nouvel heureux propriétaire du petit immeuble de Bleeding Heart Square.

Si ce roman historique vise à faire le jour sur cette mystérieuse affaire, il s'inscrit aussi dans une période intéressante et bien trouble de l'histoire : l'entre-deux-guerres avec la montée du fascisme en Europe et l'essor de l'Union britannique des fascistes. Se pose aussi la question de l'émancipation des femmes, avec Lydia qui décide de quitter son mari dès qu'il se montre brutal et fait preuve d'une grande volonté en acceptant un travail inintéressant et mal payé ainsi que des conditions de vie bien plus précaires que celles auxquelles elle était habituée. Un profil de femme volontaire et courageuse, qui a d'ailleurs pour livre de chevet Une Chambre à soi de Virginia Woolf (que j'aurais dû chroniquer il y a des mois) ! Même si, il faut bien l'avouer, elle ne lit pas bien vite ce court essai qui la suivra tout au long du roman !

Le Diable danse à Bleeding Heart Square reste avant tout un bon gros roman à suspense, parfait pour se détendre et se changer les idées le temps d'une lecture qui vous absorbera sans doute entièrement. Un plaisir britannique à souhait dont on ne devrait pas se priver (et un livre qui m'a été bien utile lors du dernier dimanche pluvieux !). Attention : vous risquez d'oublier l'heure et de passer une nuit très courte en arrivant à la fin !

Quelques avis de lecteurs qui, eux aussi, ont passé un moment en compagnie de Lydia : Canel, Caroline, ChiffonnetteClara et les mots, Cuné, Keisha, L'accro des livres, Mivava, Karine:), StephieTitine

Et si ce livre vous tente, je vous conseille également ceux-ci : Phillips Arthur, Angelica  et Harwood John, La Séance.

Un grand merci à Solène de éditions du Cherche Midi pour ce bon moment passé en Angleterre !

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480 p

Andrew Taylor, Le Diable danse à Bleeding Heart Square, 2009

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Challente God Save the Livre : 4 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

Et parce que je ne résiste pas à ce clin d'oeil British, terminons ce sombre billet sur un happy end (enfin je le leur souhaite) :

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20/04/2011

Détour américain

grimsley_enfant des eaux.gifEcrit à la première personne, L'Enfant des eaux de Jim Grimsley est l'histoire d'Ellen qui, bien des années plus tard, repense à son enfance misérable en Caroline du Nord. Voyant en rêve sa mère glisser sous la surface de l'eau d'une rivière, croisant régulièrement son fantôme, Ellen est submergée par les souvenirs. Des souvenirs qui prennent possession d'elle plus qu'elle ne les maîtrise réellement.

On retrouve certaines composantes du roman social à l'américaine, dans un cadre qui a été souvent dépeint : un monde où Blancs et Noirs ne se côtoient pas et où la déchéance de la famille d'Ellen est complète lorsqu'elle se voit obligée d'habiter une masure près des habitations dévolues aux Noirs. Ce n'est pourtant pas là le sujet du roman, qui traite davantage de la question du déterminisme social et des caprices de la mémoire, tout en décrivant un milieu particulièrement défavorisé à une période importante de l'histoire mondiale. Les mauvais sont les Jaunes, ces Japonais contre qui les Américains sont en guerre.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman profondément sombre et déprimant : un père alcoolique, une mère lunatique et égoïste, des enfants que l'on frappe à tout bout de champ sans la moindre raison, des allusions à peine voilées aux relations incestueuses, peu de nourriture,  encore moins de loisirs, un entourage grossier en général et, a priori, aucune perspective d'avenir.

Pourtant ce roman comporte de très beaux passages également porteurs d'espoir, à travers les liens d'affection qui unissent malgré tout Ellen à sa famille, l'ambition de cette enfant qui est studieuse, qui profite des occasions qui lui sont données de manger à sa faim et qui veut être une mère complètement différente pour ses propres enfants. Porté par un personnage principal attachant, habité de fantômes que l'on se plait à croiser ici et là, ce livre est une très belle réussite.

Merci aux éditions Métaillé pour ce plongeon dans l'Amérique des années 1940.

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248 p

Jim Grimsley, L'Enfant des Eaux, 1997

16/04/2011

Cauchemar d'écrivain

oates_Folles-nuits.jpgLes derniers instants de Poe, Dickinson, Twain, James et Hemingway revisités par Joyce Carol Oates, un concept qui ne pouvait manquer de me séduire !

En cinq nouvelles, Oates réinvente la fin de cinq grands personnages à travers des textes audacieux et très divers.

Ayant accepté de se confronter à la solitude en devenant gardien de phare, Edgar Allan Poe est soumis - d'abord sans le savoir - à une expérience sur les effets de l'isolement le plus total chez les mammifères. Persuadé d'être un homme exceptionnel, Poe compte relever le défi avec brio mais peu à peu, inévitablement, la folie s'empare de lui : convaincu d'entendre des bruits étranges, incapable de dormir, se négligeant, imaginant que des monstres rampent sur la plage parmi les algues et carcasses pourrissantes qui s'y trouvent, il sombre peu à peu dans la paranoïa.

Dans un futur plus ou moins proche, un couple décide de faire l'acquisition d'un répliluxe, mannequin représentant une célébrité morte et supposée adopter un comportement proche de l'illustre disparu. Mrs Krim rêvant d'avoir chez elle un poète, le couple investit dans l'EDickinsonrépliluxe. De la taille d'un enfant, avec des yeux dépourvus de cils mais des sourcils proéminents, l'EDickinsonrépliluxe n'a a priori pas grand-chose à voir avec la célèbre poétesse. Pourtant Mrs Krim est persuadée d'avoir à ses côtés une personne réelle (même si elle ne peut s'empêcher de la mettre une fois sur pause pour voler un de ses poèmes). Ce n'est pas le cas de Mr Kim, qui finit par ne plus se sentir chez lui à force d'entrevoir le mannequin glisser dans les couloirs à la manière d'un fantôme.

Vient ensuite Mark Twain, vivant avec sa fille possessive, habillé de blanc, fascinant les foules avec son accent du Sud volontairement exagéré. Un Mark Twain fasciné par les jeunes filles, à qui il accorde une attention que sa fille juge assez logiquement déplacée, d'autant plus que la réputation de l'écrivain a déjà quelque peu souffert de cette manie étrange. Si les intentions de l'écrivain ne sont jamais vraiment révélées, il apparaît malgré tout comme un vieillard gâteux et irascible aux préférences malsaines.

Poursuivons dans le temps avec les derniers jours du grand Henry James, le Maître. Celui-ci devient volontaire au St Bartholomew's Hospital à Londres afin d'aider les soldats gravement blessés pendant la première guerre mondiale. Après le premier choc, James se met à éprouver de la fascination pour ces jeunes hommes autrefois beaux, maintenant défigurés, amputés, dont le corps entier est parcouru de balafres dont s'échappent sang, pus et autres sécrétions immondes. Torturé par son amour pour ces soldats auxquels il voue un culte honteux, James adopte un comportement masochiste et autodestructeur.

Enfin Hemingway, vieux débris repoussant et antipathique, se complaît à imaginer son suicide au moyen d'un fusil placé sous le menton. Il repense aux humiliations subies à cause de "la femme", qui l'empêche de boire, de conduire, l'a envoyé en hôpital "se faire cramer la cervelle". C'est un personnage gorgé de haine, méprisant et rendu impuissant par son entourage. C'est la seule nouvelle qui ne m'a pas vraiment intéressée, mais c'est aussi parce que Oates a mis en avant tout ce qui m'a profondément déplu à la lecture de plusieurs romans de Hemingway, à commencer par son approche très fonctionnelle des femmes, idiotes sans cervelles dans ses livres, cons béants devenant insupportables lorsqu'elles se mettent à parler dans la nouvelle.

J'aurais bien entendu adoré lire une nouvelle traitant de Virginia Woolf, dont la mort tragique aurait sûrement été source d'inspiration, mais ce sont les Américains qui ont été à l'honneur dans ce recueil de nouvelles (avec un excellent choix quant aux protagonistes - même si, de façon très subjective, je ne peux pas m'empêcher de regretter que la dernière nouvelle n'ait pas plutôt été consacrée à F.S. Fitzgerald, d'ailleurs mentionné dans "Papa à Ketchum").

Je me suis régalée avec ces nouvelles inventives  qui n'hésitent pas à prendre certaines libertés avec de grands noms de la littérature qui, entre les mains de Oates, deviennent des poupées maléables tout en conservant une trace de leur identité première. Un Oates osé à ne pas manquer !

Merci à Marie-Laure et aux éditions Philippe Rey.

L'avis de Tournez les Pages.

Ici également (de vieux billets mais un réel engouement à l'époque) : Oates Joyce Carol, Beasts et Oates Joyce Carol, I'll take you there.

Sur Emily Dickinson : Bobin Christian, La Dame blanche.

De Twain : Twain Mark, Un majestueux fossile littéraire.

De James : James Henry, Les Dépouilles de Poynton (j'avais complètement oublié l'avoir lu et l'avais mis de côté pour une prochaine lecture...!) et  James Henry, Une Vie à Londres.

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233 p

Joyce Carol Oates, Folles Nuits, 2008

2e lecture dans le cadre du challenge La Nouvelle de Sabbio.

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11/04/2011

Un petit bijou anglais

mayor_rector's daughter.jpgFlora Mayor fait partie de ces auteurs oubliés que les éditions Joëlle Losfeld ont un peu dépoussiérés récement, en publiant La troisième Miss Symons, histoire d'une enfant occupant une place ingrate dans la fratrie et dont la vie s'écoule avec une grande monotonie et de nombreuses frustrations. Une femme solitaire qui n'intéresse personne et reste trop empreignée d'idées dépassées, une femme désuette héroïne d'un roman que je vous recommande chaudement.

Alors lorsque j'ai croisé The Rector's daughter du même auteur l'été dernier, lors de vacances en Angleterre, je me suis bien entendu précipitée sur ce titre que je ne connaissais pas. Pas trop étonnant, quand on voit qu'il figure sur les Ten Best Neglected  Literary Classics du Guardian.

Comme Harriet Devine, j'ai très envie de citer un commentaire d'Elizabeth Buchan figurant sur la couverture, parce qu'il résume parfaitement mes impressions :  "exquisitely written, delicate, passionately felt and haunting."

Il est cette fois question de Mary Jocelyn, trente-cinq ans et déjà un peu fanée, vivant dans un presbytère auprès d'un père auquel elle se consacre entièrement. Un père peu affectueux, avare de compliments, vestige d'une époque victorienne révolueBooks streamed everywhere, all over the house, even up the attic stairs. (...) He kept up his marvellous range of reading till about 1895. Then his mind closed to new ideas. Books published after that date he would not trouble to read. (p9)

Un homme aux opinions tranchées, et souvent peu flatteuses : There was a difficulty with Pascal. He was French, and Canon Jocelyn despised the French. The Revolution, Napoleon, and the Commune still rankled, so he always said of Pascal, "He had a great mind, and I think, much as one respects the brilliance and lucidity of the French, one may say it was an English mind." (p10) (Pour résumer Mary Jocelyn vit avec un vieux barbon).

A un quotidien terne s'ajoute la perte d'une soeur aimée, dont la mort n'a apparemment pas affecté Canon Jocelyn, le père. Peu encouragée, Mary cache ses aspirations d'écrivain, est timide et maladroite en société et préfère la compagnie des pauvres paroissiens qu'elle aime réconforter, ainsi que celle de Cook, la servante, sa confidente. Et presque tout au long du récit, Mary reste totalement incomprise de son père, inapte à voir ses chagrins et son besoin de reconnaissance et d'affection.

Malgré ce confinement et ce mode de vie totalement désuet, Mary fait preuve d'une certaine lucidité et ne partage pas la vision dépassée et profondément victorienne de la plupart des membres de son entourage :

It was late in the afternoon when Mary made her way to Mrs Plumtree. Rain had been falling ; the pavements were reflecting the electric lights in long streams. There is a particular charm in those damp London twilights, a freedom from the weight of the routine, responsibility, and duty, which suited well with Mary's present thoughts.  (p 105)

Mrs Plumtree was a faded specimen of the generation that is almost gone. Mary knew through and through all the views Mrs Plumtree held on the minute range of subjects which interested her - servants, medicines, aspidistras, knitting patterns, sermons, and the wide range of subjects which shocked her and roused disapproval - dogs, barrel-organs, all hymn tunes earlier than 1860, all branches of Christendom (except St James' Church), especially Unitarians, white and magenta flowers, people wearing black (unless they were in mourning), the present fashions in dress, whatever it was - one might almost say the present fashion in anything. Mary could have screamed. She was not far from echoing " Moral indignation is the only sin." They sat and sat. (p106)

Sa vie est sur le point de changer lorsqu'elle rencontre Mr Herbert, le nouveau vicaire d'un village voisin, fils d'un ami de Canon Jocelyn, qui l'accueille ainsi avec enthousiasme. Très vite, Mr Herbert et Mary se rapprochent et leur entente parfaite semble indiquer qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est sans compter sur l'arrivée d'une jeune fille élevée dans une famille de parvenus, qui séduit Mr Herbert par sa beauté et son insouciance. Ce qui débouche sur une union peu prometteuse entre une fille vaine et sans cervelle habituée au luxe et aux attentions d'hommes raffinés, et un vicaire au physique quelconque qui aspire à la tranquillité et à une certaine austérité. Sa promise, qui en a l'intuition, le prévient avant de l'épouser :

She had refused him when he first proposed, intoxicating him with adoration for her by her words, "It wouldn't do. I'm not at all brainy, and you're top-hole. I can't think what on earth you want it for." When she had accepted, she said, "Righto, I'll take the risk if you will, but it's a big risk for you."

S'ensuit un engrenage de frustrations, de petits espoirs et de nouvelles déceptions pour Mary Jocelyn, dans un livre au final triste mais non dénué d'humour, qui s'achève sur un très beau passage et une note plus positive. Un roman extrêmement bien mené, très bien écrit, qui dresse avec brio le portrait de personnages dont la psychologie et l'évolution sont très finement décryptés. Un roman au cadre assez victorien qui incarne très clairement le passage à la modernité, opérant avec succès la transition entre le XIXe et le XXe.

Si j'ai aimé La troisième Miss Symons, The Rector's Daughter a été un immense coup de coeur pour moi, et même une révélation : à l'heure actuelle il figure sans hésitation parmi mes 10 romans classiques britanniques favoris. Un livre que je relirai sans aucun doute, ce que je fais assez peu !

Ses deux autres livres sont difficiles à trouver, et je crois qu'ils sont épuisés, mais je jetterai un coup d'oeil lors de mon prochain séjour en Angleterre.

Un autre avis (written in English) : Harriet Devine.

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347 p

Flora M. Mayor, The Rector's Daughter, 1924

flora mayor,littérature victorienne,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,roman xixe,roman anglais,the rector's daughter,la troisième miss symonsChallente God Save the Livre : 3 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

*****

ça n'a rien à voir mais : BON ANNIVERSAIRE (celle qui est concernée comprendra)

02/04/2011

In the mood for... Jane perhaps ?

En ce jour de grand soleil, je me dis qu'il ne serait pas désagréable de flâner dans les rues de Paris... peut-être un livre à la main, au cas où je ne saurais résister à l'appel d'un parc aux recoins, petites fontaines et bancs cachés idéaux pour se mettre en quête d'aventures. Même si, en ce moment, c'est un roman plus propice à la réflexion qui m'accompagne, puisque je suis les pas de la jeune Fanny Price, qui porte un regard lucide sur son environnement, et dont les peines se communiquent au lecteur avec bien trop de facilité à mon goût (car les joies, elles, ne sont évoquées qu'avec parcimonie et une grande économie de moyens !).

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Si je lis Mansfield Park, c'est un peu par défaut (quoique le terme s'applique très mal aux textes de Jane Austen). A l'origine de cette lecture, une subite envie (dimanche dernier) de lire Sense and Sensibility... pour découvrir que je l'avais laissé dans ma chambre d'adolescente et ne l'avais pas à portée de main. L'envie de relire enfin Jane étant trop forte, j'ai donc choisi de lire Mansfield Park, l'autre roman que je n'avais pas encore lu.

J'ai au passage réalisé que si j'ai lu quatre romans de Jane Austen, je n'ai parlé ici que de Pride and Prejudice et d'Emma, et qu'il serait grand temps de remédier à cette erreur de jugement évidente... comme je me suis inscrite il y a quelque temps à un nouveau challenge Jane Austen (après m'être régalée pendant le premier, qui m'a fait voir et revoir en quelques mois énormément d'adaptations), je me dis qu'une nouvelle incursion prolongée dans l'univers de ma chère Jane ne ferait pas de mal à ce petit salon qui n'a pas vu passer suffisamment de jolies robes ces derniers mois !

Et si j'ai eu envie de lire Sense & Sensibility, c'est parce que j'ai passé une excellente soirée dimanche dernier, en compagnie des soeurs Dashwood, dans l'adaptation de 2008 par la BBC. J'ai lu sur un blog anglo-saxon un commentaire du type "If I loved Emma Thomson's film, I've fallen in love with this new version." Et j'ajouterais "my sentiments exactly" ! J'ai vu plusieurs fois le film d'Emma Thomson, auquel je trouve de très nombreuses qualités, mais il n'a jamais eu sur moi l'effet de cette mini-série, qui m'a donné follement envie de lire enfin ce roman que je réservais pour plus tard.

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Et en vue de mon prochain séjour en Angleterre, qui approche et sera suivi d'un autre, tout aussi alléchant en compagnie de Maggie, j'ai envie d'amener sur ce blog un peu de pluie, d'ironie et de plats indigestes mais audacieux... parmi les nombreuses chroniques en attente, j'hésite entre ces différents livres :

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Elizabeth Gaskell, North and South

Thomas Hardy, L'homme démasqué

Flora M. Mayor, The Rector's daughter

Sur ce je vous laisse méditer (ou pas !) et comme il est déjà plus de midi, je souhaite à ceux qui passeraient par là maintenant bon appétît, tandis que je vais m'activer un peu, car malheureusement, malgré les progrès technologiques depuis l'ère de Jane Austen, le ménage ne se fait toujours pas tout seul !

16/03/2011

Beware : highly addictive

jackson-jardin-derniers-plaisirs.jpgJe ne sais pas si c'est le fait d'avoir récemment exhumé des livres jusque-là cachés chez moi, mais j'ai subitement éprouvé une folle envie de lire un polar historique... et tant qu'à faire, un polar victorien (sans surprise pour ceux qui commencent à me connaître).

Mon choix s'est porté sur l'un des deux romans de Lee Jackson qui attendaient sagement leur tour sur mon étagère. Pour ceux qui n'étaient pas passés par ici à l'époque, j'avais été complètement transportée par cette série qui avaient su me faire passer d'excellents moments à Londres, au XIXe of course.

JACKSON-CHELSEA 01.jpgTroisième volet des enquêtes de Decimus Webb, Le Jardin des Derniers Plaisirs commence avec un banal fait divers : un homme s'amuse à couper les mèches de femmes dans les jardins de Cremorne, dont la réputation légère n'est pas pour plaire au quartier plutôt huppé de Chelsea. Tandis que Rose, fille de bonne famille, prépare son entrée dans le monde, que son père se rend à la City, que sa mère reçoit ses voisines au thé et que le révérend Featherstone milite pour l'éradication du vice, de nombreux fêtards londoniens se rendent chaque soir aux jardins afin de danser et d'assister aux diverses attractions. Mais bientôt a lieu un premier meurtre, lorsqu'une servante est retrouvée morte, brûlée vive dans la cuisine du révérend. George Nelson, tout juste sorti de prison, est bien évidemment soupçonné... si ce n'est que ses alibis semblent tenir la route.

JACKSON-CHELSEA 03.jpgJe ne sais pas si cette impression est due au fait que je n'ai pas lu de roman de Lee Jackson depuis deux ou trois ans, mais je me suis particulièrement régalée avec ce récit très bien mené : les différentes histoires s'entrecroisent pour notre plus grand plaisir, les personnages ont tous quelque chose à se reprocher et le cadre est passionnant pour quelqu'un qui comme moi s'intéresse de près à l'époque victorienne. Certes, les enquêteurs ne sont pas particulièrement attachants, ni mis en avant, mais c'est un parti pris qui me sied tout à fait. Bref, je me régale avec Lee Jackson, et maintenant que j'ai lu celui-ci, je n'ai qu'une envie : boire une tasse de thé (et surveiller mes arrières) en ouvrant un autre livre de son cru !

Encore bravo aux éditions 10/18 pour les couvertures très réussies de cette série (je ne m'en lasse pas).

D'autres idées de lecture ? Régalez-vous avec : Les Secrets de Londres, et les deux premiers tomes de la série de l'inspecteur Decimus Webb, Le Cadavre du Métropolitain et Les Bienfaits de la Mort.

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314 p

Lee Jackson, Le Jardin des Derniers Plaisirs, 2006

lee jackson,le jardin des derniers plaisirs,10-18,polar 10-18,roman policier,xixe,policier xixe,londres,londres xixe,époque victorienne,angleterre victorienne,cremorne,chelsealee jackson,le jardin des derniers plaisirs,10-18,polar 10-18,roman policier,xixe,policier xixe,londres,londres xixe,époque victorienne,angleterre victorienne,cremorne,chelseaCatégorie Prince Charles : 2 books out of 5 !

13/03/2011

Lost in Scotland

alice munro,du côté de castle rock,éditions du point,écosse,canada,james hoggDu côté de Castle Rock est un roman d'un genre particulier, patchwork mélangeant histoire familiale, autobiographie et considérations personnelles, le tout précédé d'une mise en garde d'Alice Munro : ce récit qui traite de ses racines écossaises et de sa vie au Canada tient tout autant de la réalité que de la fiction.

L'histoire débute en Ecosse alors que les ancêtres de la narratrice vivent dans la vallée d'Ettrick, lieu ne présentant “aucun avantage” selon une description de l'époque. On découvre ainsi Will O'Phaup, qui incarne l'Ecosse férue de légendes, à travers ses prouesses improbables célèbres à l'époque et les fables que l'on raconte au sujet de ces fantômes et autres créatures étranges l'ayant hanté. Puis d'autres membres de la famille, une génération après, dont James Hogg, l'auteur des Confessions du pêcheur justifié. Cette partie (la plus courte du récit) est  aussi l'occasion de croiser Thomas Boston, pasteur inquiétant incarnant le puritanisme. C'est aussi celle qui m'a le plus intéressée, car elle rend bien compte de la culture et de l'état d'esprit écossais de l'époque. Puis une génération se décide à quitter la terre natale pour l'Amérique, et plus précisément, le Canada.

S'ensuit le récit de la traversée et de l'installation de la famille au Canada : construction d'une maison, choix des terres, trajets en charrette... Enfin la narratrice revient plus longtemps sur sa propre histoire, s'intéressant plus particulièrement à la première partie de sa vie (jusqu'à son premier mariage) et en profitant pour évoquer ses parents et d'autres visages familiers plus ou moins liés aux premiers arrivés au Nouveau Monde.

Au final, Du côté de Castle Rock est un livre hybride dense, agréable à lire et par moment captivant. Alice Munro parvient à faire le portrait de plusieurs générations en prenant pour point de départ son propre parcours. Une belle introduction pour moi qui n'avais pas encore lu cet auteur (dont j'ai toutefois deux livres chez moi !).

"Les fleurs de cerisier me firent penser aux arbres du champ de Miriam McAlpin. Je voulais les voir en pleine floraison. Et pas seulement les voir – comme on pouvait le faire en les regardant de la rue – mais pénétrer sous ces branches, m'étendre sur le dos, la tête contre un tronc, pour le regarder s'élever comme sortant de mon crâne, monter et s'épanouir, se perdre dans une mer de fleurs renversée. Voir aussi si l'on découvrait des fragments de ciel, de sorte qu'en plissant les yeux je pourrais les faire passer au premier plan, comme autant d'éclats d'un bleu brillant, flottant sur cette mer blanche et floconneuse." (p237-238)

Merci beaucoup à Jérôme des Editions du Point pour cette découverte !

D'autres avis : Papillon, KevinfromCanada

alice munro,du côté de castle rock,éditions du point,écosse,canada,james hogg

 

 

410 p

Alice Munro, Du côté de Castle Rock, 2006

05/03/2011

Warning : Victorian masterpiece

wilde_picture dorian gray.jpegIl y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et The Picture of Dorian Gray faisait partie de celles-là pour moi. Oeuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire : envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard ; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).

Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de The Picture of Dorian Gray, toutes mes craintes se sont envolées : dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà The Importance of being Earnest dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.

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Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée : "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in  any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p3)

[Chronique riche en spoilers]

Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.

Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait : "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.

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Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide : après avoir séduit puis abandonné une jeune actrice qui met fin à ses jours, Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse : on l'aurait vu dans les quartiers mal fâmés de Londres, il aurait poussé un jeune héritier à s'endetter, aurait perdu la réputation de plusieurs femmes. Egoïste, désabusé et devenu lui aussi profondément cynique, Dorian Gray repousse l'aide de son ami Basil Hallward, épouvanté par cette radicale transformation.

Alors que Dorian Gray devient indifférent au sort d'autrui, son portrait s'enlaidit : le vice, la cruauté ainsi que la vieillesse viennent altérer les traits du chef-d'oeuvre de Basil. Jusqu'à ce que Dorian commette un meurtre, point culminant de sa déchéance ; enfin, Dorian prend conscience de son geste abominable et se retrouve dès lors torturé par les démons de son passé. Il alterne entre fausse mauvaise conscience et inquiétude : peur d'être arrêté, peur d'être retrouvé par le frère de l'actrice dont il avait causé la mort. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman : "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.

Un roman passionant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d'oeuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations, dont je vous parlerai très prochainement.

Et je vous propose de parler pour le 1er Mai de la pièce Un Mari Idéal (la pièce ou une de ses adaptations).

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254 p

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1890

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Challenge Oscar Wilde : 1 billet

God Save the Livre : 1 roman (catégories Dirty Harry et Queen Mum)

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