Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/07/2011

Vampirisme aux Etats-Unis

wharton,lovecraft,brown,éditions folioCeux qui me connaissent savent que j'ai une certaine prédilection pour les vampires de la vieille génération, ceux qui ne portent pas de fond de teint, qui ne vivent pas d'histoires à l'eau de rose avec des mortelles qu'ils viennent espionner la nuit (même si je me suis découvert l'an dernier une passion pour les premières saisons de Buffy). C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu Bloody Tales, les Histoires sanglantes de Wharton, Lovecraft et Brown publiées chez Folio bilingue... si ce n'est que j'ai découvert que j'avais déjà lu les deux premières nouvelles (ce qui est bien avec moi, c'est ma capacité à oublier certaines de mes lectures, si j'étais raisonnable je pourrais presque relire indéfiniment les mêmes livres - peut-être le secret de mes relectures compulsives quand j'étais petite !).

Dans Bewitched, Wharton met en scène un village isolé, lors d'un hiver rude. Une femme fait appel à trois villageois pour l'aider à sauver son mari, ensorcelé par une morte qu'il rencontre régulièrement dans une cabane. Je me souviens que lors de ma première lecture, le climat et l'environnement m'avaient fait anticiper une lecture un peu moins enthousiasmante que mes précédentes rencontres avec Wharton. Mais c'était sans compter sur le génie de cet auteur, dont j'apprécie énormément les textes courts. Une histoire de vampire où la créature n'est jamais directement visible, mais reste constamment présente à l'esprit. A noter que sans verser une goutte de sang, Wharton sait rendre sa morte omniprésente et bien inquiétante.

Je n'aurais peut-être pas classé La Maison maudite de Lovecraft parmi les textes consacrés aux vampires, mais c'est une nouvelle que j'ai adoré lire. Je l'avais déjà découverte l'an dernier, dans le recueil L'Abomination de Dunwich dont je prévois de vous parler depuis ! Un texte fascinant, oppressant aussi, portant sur une maison imposante, vétuste, dont la construction remonte aux origines de la ville. Une maison qui a pour particularité le fort taux de mortalité qui la caractérise. Au final, l'histoire prend un tour davantage proche de la science-fiction, avec une solution à la fois concrète, presque scientifique et une origine fantastique.

Enfin Du Sang de Brown, un texte très court mais efficace où deux vampires fuient dans leur capsule temporelle pour trouver un monde idéal et, à court de carburant, finissent par se poser dans un monde où la seule vie qui règne appartient au monde végétal, avec des personnages-navets.

Un bon choix de textes pour les lecteurs s'intéressant aux vampires et une introduction intéressante à l'oeuvre de Lovecraft et de Wharton.

Merci beaucoup à Constance de Folio pour cette lecture.

Les avis d'Archessia, Malice, Titine...

219 p

Collectif, Bloody Tales

15/07/2011

Durrisdeer, Ecosse, XVIIIe

stevenson_maitre ballantrae.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec Stevenson, mais ça, c'était avant. Car la lecture du Maître de Ballantrae a été la révélation tant attendue : j'ai pris un immense plaisir à découvrir ce récit de Stevenson, que j'arrive enfin à classer parmi mes grands auteurs victoriens. Il était temps (car cette incompréhension mutuelle me taraudait depuis longtemps) !

Ecosse, XVIIIe, pendant la guerre civile. Au manoir de Durrisdeer, le Maître de Ballantrae, héritier du titre, et Henry, son frère cadet, jouent à pile ou face leur sort en ces temps incertains : le Maître partira combattre avec les rebelles tandis que Henry et son père afficheront leur fidélité au roi George. Ce tirage au sort se fait à la demande du Maître, joueur, opportuniste et aventurier, contre l'avis du père et du frère, persuadés que le tenant du titre devrait rester au manoir. Le Maître part, recrute une troupe de rebelles en soudoyant et menaçant de braves villageois et, au bout d'un certain temps, l'un d'eux revient dans la région et prétend être le seul survivant de l'expédition. Le Maître serait donc mort, mais en réalité, il revient à de nombreuses reprises au cours du récit.

Henry, le cadet, est donc amené à hériter du titre. Contrairement à son frère aîné qui n'est qu'un calculateur peu recommandable, Henry est un homme posé, droit et bon, très amoureux de sa cousine Alison, autrefois promise au Maître. Malgré toutes ses qualités, cet homme n'est reconnu à sa juste valeur que par l'intendant du domaine (narrateur principal) : son père lui est reconnaissant mais préfère le fils indigne, Alison se voit contrainte de l'épouser tout en mettant un point d'honneur à rappeler sa fidélité au disparu, les villageois conspuent Henry qu'ils accusent de la perte d'un homme qui, guère aimé de son vivant, est devenu un héros en mourant.

Tout d'abord qualifié de "tale" par Stevenson, puis de "tragédie", ce récit mélange les genres avec panache : roman d'aventures, où l'on découvre un bateau pirate, des indiens "scalpeurs", une traversée en mer sous la tempête, l'Inde, sans parler de la guerre civile, fond de toile ; mais aussi tragédie, où deux frères  se haïssent et se livrent un combat sans fin, qui ne pourra aboutir qu'à la mort de l'un d'eux, et où l'amour n'est jamais réciproque.

Les personnages sont peu nombreux dans ce récit qui repose principalement sur le duel opposant les deux frères : Ballantrae, dépossédé de son titre, de sa fortune et, accessoirement, de sa fiancée, nourrit une rancoeur sans fin à l'égard de son cadet ; celui-ci, d'abord plutôt enclin à céder au chantage auquel il est soumis, finit petit à petit par céder à la folie, la solitude l'ayant peu à peu détruit.

L'évolution des personnages est particulièrement fascinante : au début du récit, Henry est le frère incompris, certes un peu terne mais intègre, intelligent; puis il devient de plus en plus dur et intraitable, afin de faire de son frère une véritable obsession, qui causera sa perte ; à la fin, Henry devient un être pitoyable, qui n'a plus tout à fait sa tête et qui s'aliène ceux qui lui sont finalement attachés.

A l'inverse, le Maître est au début une sinistre individu, buveur, fourbe, profitant de son vieux père au coeur trop tendre ; c'est aussi un séducteur, beau parleur, capable de tromper facilement son entourage (à côté de lui le pauvre Henry paraît bien fade à leur père et à la nouvelle Mme Henry Durrie) ; malgré tout, petit à petit, on finit par prendre un peu en pitié le Maître, qui parvient à manipuler le lecteur sans doute ; en dépit de la façon dont il persécute Henry et sa famille, le Maître est finalement un homme qui a échoué toute sa vie, que tous détestent et méprisent et dont le dernier compagnon est son serviteur indien.

A noter le parallèle entre McKellar, serviteur dévoué de Henry et Secundra Dass, qui accompagne le Maître : tous deux sont les  seuls alliés indéfectibles des frères ennemis.

Voici deux passages donnant un apperçu intéressant du Maître (le premier étant l'un des seuls extraits plutôt amusants) :

"Il haïssait le baron d'une haine terrible ? demandai-je.

- Ses entrailles se nouaient quand l'homme approchait de lui, dit le Maître.

- J'ai ressenti cela, dis-je.

- En vérité ! s'écria le Maître. ça, c'est une nouvelle, alors ! Je me demande... je me flatte, peut-être ? ou suis-je la cause de ces perturbations abdominales ?" (p827)

"Si j'avais été le moindre petit chef de clan dans les Highlands, si j'avais été le plus petit roi des nègres qui vivent nus dans le désert d'Afrique, mon peuple m'aurait adoré. Mauvais, moi ? Ah ! mais j'étais né pour faire un bon tyran ! Demandez à Secundra Dass ; il vous dira que je le traite comme un fils. Unissez votre sort au mien demain, devenez mon esclave, mon bien, une chose que je puisse commander, comme je commande les forces de mes membres et de mon esprit... vous ne verrez plus ce côté sombre que je tourne vers le monde, dans ma colère. Il me faut tout ou rien. Mais quand on me donne tout, je le rends avec usure. J'ai le caractère d'un roi : c'est ce qui fait ma perte !" (p831)

Un texte superbe et foisonnant qui mêle habilement les récits les plus divers. Conduisant le lecteur d'un manoir écossais jusqu'aux forêts glacées d'Amérique du Nord, ce livre dépaysant est de ceux que l'on ne peut abandonner. La lutte fratricide du Maître et du nouveau Lord est aussi la nôtre, et c'est le coeur glacé d'effroi que nous suivons les tortueux chemins conduisant au désastre final.

stevenson, le maître de ballantrae, pléiade, roman écossais, roman victorien, roman xixe, écosse, challenge kiltissime, henry durrie, durrisdeer

 

366 p

Robert Louis Stevenson, Le Maître de Ballantrae, 1889

stevenson, le maître de ballantrae, pléiade, roman écossais, roman victorien, roman xixe, écosse, challenge kiltissime, henry durrie, durrisdeer  Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 11 livres lus

03/07/2011

Edimbourg attaquée par des zombies en 1759

doctor who the many hands.jpgThe Many Hands de Dale Smith est l'un des nombreux livres publiés en marge de la série Doctor Who. Nous sommes à Edimbourg en 1759. Le docteur (David Tennant) et Martha voient l'un de leurs voyages dans le temps bousculé par l'attaque d'un fiacre par un mort-vivant. Suite à une course poursuite, le docteur est "malencontreusement" arrêté par des soldats, dont la capitaine a tendance à faire de l'excès de zèle. Les péripéties sont assez nombreuses et je vous  passerai les détails (d'autant plus que ce livre n'ayant aucun intérêt littéraire je ne voudrais surtout pas vous priver du plaisir de l'action). Sachez simplement que ce roman compte :

plague doctor schnabel.jpg- Des mains grisâtres douées d'une vie propre

- Une armée de zombies sortie d'un loch et bientôt rejointe par toute la population d'un cimetière

- Deux docteurs fous se livrant à des expériences insolites et adeptes du clonage

- Benjamin Franklin, qu'on voit peu mais dont le comportement est louche (on apprend que ses découvertes scientifiques sont dues à des phénomènes peu naturels)

- Le fantôme d'un docteur de la peste ("plague doctor")

Sachez également que l'on fait un plongeon dans les ruelles sordides et obscures de l'ancienne ville dont les vestiges sont aujourd'hui encore enfouis sous les rues d'Edimbourg.

Ce roman très léger se lit facilement et, après un démarrage poussif en ce qui me concerne, je l'ai lu très rapidement, profitant de son caractère délassant pendant une semaine plus que chargée. Beaucoup d'éléments m'intéressaient dans cette histoire (j'ai d'ailleurs adoré me promener dans la ville souterraine) et j'aurais beaucoup aimé lire un récit plus abouti traitant des mêmes sujets.

Pour les amateurs de Doctor Who et les amis des zombies.

Voir le site Doctor Who Reviews pour un autre avis.

Merci à mon amie Cryssilda pour le prêt !

2,5coeurs.jpg

 

 

256 p

Dale Smith, The Many Hands, 2008

logo kiltissime 03.jpg

Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 11 livres lus (Catégorie Princesse Diana : 15 livres lus)

02/07/2011

Il sera plongé de la lumière dans les ténèbres

teleny.jpgDe Wilde j'avais lu quelques contes et nouvelles, The Importance of Being Earnest et The Picture of Dorian Gray. Aussi, Teleny s'est avéré une lecture quelque peu atypique, puisqu'il s'agit un roman érotique.

Son histoire est assez curieuse également, puisque  ce récit a été écrit à plusieurs dans le cadre d'un jeu (érotico ?) littéraire orchestré par Wilde qui, comme l'indique Jean-Jacques Pauvert dans la préface, porta assez d'intérêt à ce projet pour le remanier et le réécrire, d'où l'unité de ton.

Dans ce roman d'apprentissage, le jeune narrateur Camille Des Grieux s'éprend de Teleny, sombre et séduisant pianiste étranger. Fantasmes, expériences hétérosexuelles s'ensuivent jusqu'à se noue une relation charnelle entre Camille et Teleny, l'histoire se terminant tragiquement.

Teleny est assez déroutant pour ceux qui ont déjà lu Wilde. Ce ne sont plus les traits d'humour, les célèbres bons mots qui occupent le devant de la scène. C'est un récit à la fois sombre et très cru, où les scènes à caractère pornographique se succédent.

wrestlers-eakins2.jpgCamille nous fait un peu penser à Dorian Gray au double visage, à travers cette homosexualité qu'il n'assume pas pleinement dans une société victoriene à la morale officiellement très stricte. Ainsi, lorsqu'il reçoit un billet le menaçant de le dénoncer, il hésite à retrouver Teleny, torturé entre son amour et son désir d'une part et sa peur de ce que la société pourrait lui réserver de l'autre.

Je me suis également beaucoup interrogée sur le rôle de la mère, ombre à la fois bienveillante et vampirique : la mère de Camille, très jeune et jolie, l'accompagne lorsqu'il se rend aux concerts de Teleny, le réveille lorsqu'il fait un rêve érotique, s'inquiète de son agitation lorsqu'il devient l'amant de Teleny et pour finir, devient en quelque sorte sa rivale en amour. Camille dit d'ailleurs de façon générale : "Par-dessus tout, j'abhorrais la femme, malédiction du monde." (p47)

Wilde nous plonge par ailleurs dans les lieux les plus sordides de l'époque victorienne. La question de la morale affichée en contradiction totale avec le comportement est ici continuellement posée, les jeunes hommes de la bonne société se retrouvant pour des parties fines qui parfois se terminent mal : dans un bordel de Tottenham Court Road, où une phtisique décède dans un acte de débauche ou encore chez un ami, où l'un des participants ayant voulu faire usage d'une bouteille paie de sa vie cette dernière audace.

Apportant également un éclairage sur la vie privé de Wilde, ce livre dresse un portrait intéressant de la société victorienne et repose sur une écriture très soignée. Une belle curiosité.

De nombreux avis plus ou moins intéressants sur Google Livres, qui présente le livre de cette façon : "The homoerotic novel Teleny is an important antithesis to the prudish idealism of the neo-classic and neo-romantic lyric love poetry of the fin du siecle." D'autres présentations du livre chez Culture et Débats (où la contribution de Wilde à l'oeuvre est mise en doute), Nicolas Baygert, Impudique (comprenant des extraits), Oscholars, Queercult.

Teleny est disponible en ligne dans une version abrégée ici.

Merci aux éditions de la Musardine pour le choix de la couverture, Egon Schiele faisant partie de mes peintres de prédilection (il s'agit ici du Double Autoportrait).

Lu dans le cadre du Challenge Oscar Wilde : le principe est simple, il suffit de publier un billet sur un écrit d'Oscar Wilde, une biographie de Wilde, une adaptation tirée de ses livres, un film ou un livre inspiré de sa vie. Vous pouvez participer à tout moment !

Une lecture commune pour commencer l'été "con un poco de calor", avec Sybille, The Bursar,

oscarwilde.jpgEn attendant je vous propose de nous retrouver le 1er septembre pour parler du film Wilde de Stephen Frears.

3coeurs.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

187 p

Oscar Wilde, Teleny, 1893

Oscar Wilde challenge logo.psd.jpgChallenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Teleny : Lou, Sybille, The Bursar,

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

 

Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 10 livres lus (Catégorie Prince William : 10 livres lus)

rosamunde pilcher,neige en avril,écosse,challenge kiltissime

24/06/2011

Polar et brouillard écossais

rankin_etrangleur edimbourg.jpgAprès avoir fait la rencontre de Madeleine Smith (empoisonneuse de son état), j'ai aidé l'inspecteur adjoint Rebus à résoudre une enquête car, il faut bien l'avouer, ce cher John avait bien besoin d'appui pour mettre ses idées au clair et retrouver l'assassin.

Lorsque plusieurs fillettes sont retrouvées mortes à Edimbourg, la police n'a d'autre choix que de mobiliser une grande partie de ses effectifs pour résoudre l'affaire. Parallèlement à cette enquête éprouvante qui lui prend le plus clair de son temps, Rebus reçoit des lettres menaçantes, indiquant que "les indices sont partout" et accompagnées de noeuds et de croix. Compte tenu de ce que vous découvrirez plus tard, l'amnésie de Rebus ainsi que son incapacité à faire le lien entre ces envois (qui arrivent à chaque meurtre) et son affaire sont vraiment peu crédibles. Rebus est un inspecteur adjoint consternant, à qui je voulais sans cesse recommander de modérer sa consommation d'alcool, au risque de devoir supporter un inspecteur à deux doigts du coma éthylique au 4e tome.

Mais on ne lit pas L'Etrangleur d'Edimbourg pour l'enquête ; il s'agit bien plus de goûter à l'ambiance, de se promener dans Edimbourg, que Rankin se plaît à décrire.

Edimbourg somnolait, comme elle somnolait depuis des siècles. On trouvait bien quelques fantômes dans les passages pavés et les cages d'escaliers tortueuses des immeubles d'Old Town. Mais c'étaient là des fantômes des Lumières, éduqués et respectueux. Pas le genre à surgir des ténèbres, une cordelette à la main. (p 52)

edimbourg.jpgLe trajet entre son appartement de Marchmont et la bibliothèque pouvait être une promenade des plus agréables, au coeur des plus beaux fleurons d'Edimbourg. Il traversa The Meadows, un vaste espace vert, avec en ligne de mire à l'horizon l'imposante forteresse grise et son drapeau qui flottait dans la bruine au-dessus des remparts. Il passa devant la Royal Infirmary, qui gardait la mémoire de tant de découvertes et d'illustres personnages, devant une partie de l'université et devant le cimetière de Greyfriars Kirk et sa petite statue de bobby. Depuis combien d'années le petit chien veillait-il sur la tombe de son maître ? (p 266)

Comme Titine l'a dit avant moi, Rebus est un lecteur lui aussi, d'où des allusions à quelques grands maîtres de la littérature, en particulier Dostoievski et Crime et Châtiment.

Ce roman assez court est très plaisant à lire, le personnage principal fort sympathique (même s'il vole des petits pains dans la rue, petit chenapan !) et si vous aimez le brouillard, le curry de provenance douteuse et la bière, vous serez dans votre élément ! Mon seul regret concerne le style car, sans écrire à la truelle, Rankin ne se prive pas de petites phrases qui ont un certain air de cliché :

La bibliothèque sentait les vieux livres, l'humidité, le cuivre et la cire. Mais, dans ses narines, Rebus ne percevait qu'une seule odeur, l'odeur de l'affrontement, et jamais il ne s'en déferait. (p 270)

Malgré quelques bémols, vous aurez compris que je renouvellerai l'expérience Rankin !

La photo a été prise par le Baron Chelli.

ian rankin,l'étrangleur d'edimbourg,polar,polar écossais,roman écossais,edimbourg,challenge kiltissime

 

286 p

Ian Rankin, L'Etrangleur d'Edimbourg, 1987

logo kiltissime 02.gifChallenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 9 livres lus (Catégorie Prince William : 10 livres lus)

rosamunde pilcher,neige en avril,écosse,challenge kiltissime

20/06/2011

Coup de foudre en Ecosse

pilcher_neige en avril.gifLorsque mon cher et tendre a commencé à rire en voyant mon livre de chevet, je me suis dit que c'était une manifestation curieuse de sa part, lui qui, bien souvent, ne prête pas vraiment attention à mes lectures. Lorsqu'il m'a dit "quoi ? tu lis Rosamunde Pilcher (en prononçant le nom à l'allemande) ? Oh non toutes les séries pour mamies qui passent à la télé en Allemagne sont tirées d'histoires de Rosamunde Pilcher" (mais il a tout de même découvert grâce à moi que non, la dame en question n'était pas allemande).

A vrai dire, j'ai acheté ce livre complètement par hasard, parce qu'il se passait en Ecosse.

Premières pages du roman. Caroline prend un long bain avant de prendre part à regret à une soirée mondaine organisée par Diana, sa belle-mère. Diana qui est mariée à Shaun, un ancien amour, qui n'est pas le père de Caroline, décédé dans les îles grecques où ils vivaient avant. Caroline retrouvera notamment à cette soirée Hugh, le frère de Diana, sa belle-mère. Hugh qui est aussi son fiancé (enfin ce n'est qu'un détail puisqu'elle le plaque en cours de roman alors vraiment, je complique les choses, je l'avoue).

Caroline est donc sur le point de se marier, tandis que sa belle-mère et le nouvel époux de celle-ci (qui n'est ceci dit pas techniquement parlant le beau-père de Caroline) prévoient de s'installer au Canada et d'emmener avec eux le petit frère de Caroline (qui n'est pas non plus le fils de Diana). Le frère ne voulant pas partir, il persuade Caroline de l'emmener en Ecosse où  se trouve leur frère aîné (de retour d'Inde où il était parti faire de la méditation).

scotland.jpegBien entendu, Caroline rencontrera un bel Ecossais et là, je ne vous en dis pas plus car je ne voudrais pas mettre un terme à ce suspense insoutenable.

Sachez tout de même que, lors de la première soirée, Caroline revoit Elaine, meilleure amie de Diana (amie qu'elle ne supporte pas, au passage). Elaine lui parle de sa fille parfaite, Liz, qui vient de subir une terrible perte à travers la mort d'un ami de longue date en Ecosse. Lorsque Caroline se rend en Ecosse, elle aura bien entendu un accident de voiture à l'entrée de la propriété du frère de l'homme décédé. Et Caroline rencontrera Liz en Ecosse.

Quant à Liz, lorsque sa mère l'appelle suite à l'enterrement, ça donne à peu près ça :

"Ma chérie, ça va ? (inquiète)

- Mais oui, absolument ! C'est magnifique, je m'éclate ! (enthousiaste)

- Mais... et l'enterrement ? (étonnée)

- Ah oui, l'enterrement (subitement affectée)... parfaitement affreux... mais Oliver était là (de nouveau enjouée) !

- Mais, ma chérie, alors c'est Oliver que tu... ? Mais j'avais toujours pensé que c'était son frère qui...

- Eh bien non maman, c'est Oliver ! Il reste deux semaines en Ecosse, je suis si heureuse !"

coucher-soleil.jpgAu final, Neige en avril est un mélange de Barbara Pym sans humour et de Danielle Steel, ayant Londres puis principalement l'Ecosse pour cadre. On y apprend qu'en Ecosse il fait un temps pourri, et ça c'est utile. On y apprend même qu'il neige en avril (et ça tombe bien, sinon Caroline n'aurait pas eu d'accident et n'aurait pas rencontré Oliver et n'aurait pas quitté Hugh et n'aurait pas damé le pion à cette pimbêche de Liz). Et même si tout ce que j'ai pu dire vous a dissuadés, sachez que j'ai décidé de lire Les pêcheurs de coquillages (car j'ai acheté ses livres dans un format 2 en 1), roman qui va traiter de l'héritage d'un tableau victorien (et façon Danielle Steel-Pym, je demande à voir !). Car je ne peux pas résister à l'appel du mot victorien, cette faiblesse me perdra. Have fun !

L'avis de Fondantochocolat sur plusieurs romans de Rosamund Pilcher.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda.

3coeurs.jpg

 

 

202 p

Rosamunde Pilcher, Neige en avril, 1976

logo kiltissime 06.jpg

Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 8 livres lus (Catégorie Prince William)

rosamunde pilcher,neige en avril,écosse,challenge kiltissime


18/06/2011

Robert Louis, mon ami...

DSC05040.JPGJ'ai beau particulièrement aimer les auteurs du XIXe, plus encore lorsqu'ils sont anglo-saxons, je peine à apprécier les textes de Stevenson, tout en étant convaincue de passer à côté d'un auteur incontournable. Je profite donc du "mois écossais" pour lire à nouveau cet auteur en espérant enfin me laisser séduire - d'autant plus que je l'ai lu il y a quelques années déjà. Après l'avoir lu  Stevenson en anglais, c'est avec une traduction de The Bottle Imp (La Bouteille endiablée) que je reprends mes lectures... un texte qui me disait quelque chose : et pour cause, je l'avais déjà lu en anglais ! J'avais oublié de nombreux détails mais l'histoire me semblait tout de même familière : j'ai d'abord pensé confrondre avec un autre texte traitant du même thème "classique" qui évoque Faust, mais après vérification, il n'en était rien !

Kéaoué fait la rencontre d'un homme vivant dans une maison magnifique. L'homme semble pourtant abattu : il doit sa richesse à une bouteille dans laquelle vit un diable. Une bouteille qu'il doit revendre à un prix inférieur au prix d'achat sous peine de perdre son âme. Kéaoué la lui rachète puis se fait construire une maison suite au décès de proches parents et donc, d'un héritage imprévu. Il pense pouvoir se défaire facilement  de la bouteille mais se voit contraint de la racheter pour des raisons que je ne préciserai pas car je ne voudrais bien entendu pas mettre fin au suspense. S'ensuivent de nombreux rebondissements, la bouteille passant de maître en maître et son prix chutant à chaque fois.

Un conte qui se lit facilement mais qui ne m'a pas fait grande impression malgré tout. Je reste herméthique à certains passages tels que ceux-ci :

C'est ainsi que Kéoué fit sa cour ; les choses avaient été rapides; mais ainsi va la flèche, et la balle de fusil plus vite encore, et pourtant l'une et l'autre peuvent atteindre la cible. (p47)

Robert_Louis_Stevenson_by_Sargent.jpg"Me voici maintenant au pinacle, se dit-il. La vie ne peut pas être meilleure. C'est ici la cime de la montagne et tout autour de moi dégringole vers le pire. Pour la première fois, je vais illuminer les salles et me baigner dans ma belle baignoire à eau chaude et froide et dormir seul dans le lit de ma chambre nuptiale". (p48)

Malgré tout, j'ai passé un moment agréable en lisant ce récit reprenant le thème classique du pacte avec le diable en l'inscrivant dans un cadre nouveau, Hawaï. Si j'ai trouvé certaines ficelles un peu grosses et ai regretté le peu d'intérêt que je portais à Kéaoué (parfois antipathique), j'ai goûté le rebondissement final, assez inattendu. J'aurais aimé savoir apprécier davantage ce texte et faire davantage honneur aux talents de conteur de Stevenson mais  cette lecture m'a laissée assez indifférente, sans vraiment me déplaire pour autant. J'entends bien me rattraper avec Le Maître de Ballantrae, que je compte lire ce mois-ci.

2,5coeurs.jpg

 

 

93 p

Robert Louis Stevenson, La Bouteille endiablée, 1891

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 7 livres lus...  catégorie Prince William (10 livres lus). Prince-William.jpg

16/06/2011

Trop de raison - et c'est l'extrême folie

ofarrell_etrange disparition esme lennox.gif Tiens, tiens, voilà un livre qui devait traîner depuis deux ans dans ma bibliothèque, qui avait vraiment suscité ma curiosité quand il était sorti en poche, puis que j'avais remarquablement négligé. Et mal m'en a pris car, amis lecteurs, ce roman est un petit bijou que je ne peux que vous recommander. Il s'agit d'une de mes meilleures surprises de ces derniers mois en matière de littérature anglo-saxonne, mon pếché mignon.

Edimbourg, de nos jours. Iris tient une boutique de vêtements d'occasion, vit dans un petit appartement situé dans l'ancienne maison de sa grand-mère, depuis scindée en plusieurs logements. Iris a un amant mais est amoureuse d'Alex, son "presque" frère, le fils de son ex-beau-père. Sa vie se complique un peu plus lorsqu'elle reçoit l'appel d'un asile sur le point de fermer ses portes : on lui annonce qu'elle a une grand-tante (première nouvelle) enfermée à l'asile (une nouvelle de plus ou de moins...). D'abord méfiante, Iris va se prendre d'intérêt pour Esme, cette parente récemment rencontrée. C'est ainsi que l'histoire d'Esme est dévoilée petit à petit, grâce à la petite enquête menée par Iris, les pensées chaotiques d'Esme et les réminiscences de sa soeur souffrant d'alzheimer.

Enfermée depuis son adolescence, Esme a passé sa vie dans cet hôpital psychiatrique lugubre qui n'a malheureusement rien à envier aux asiles victoriens de si triste réputation. Enfermée parce qu'elle était un peu originale et se souciait peu des conventions, Esme fait partie de ces filles écartées facilement à l'aide d'un médecin par des familles peu désireuses de s'encombrer de femmes trop indépendantes pour ne pas sembler dangereuses.

asile-psychiatrique.jpgCe récit extrêmement bien construit croise les pensées et expériences de plusieurs personnages et ne dévoile le fin mot de l'histoire qu'à la fin (même si le doute plane bien avant), tenant ainsi le lecteur en haleine. Une réussite sur le plan romanesque, certes, mais pas seulement. S'ajoute à cela l'éclairage porté sur une époque : le début du XXe, la transition poussive vers la modernité dans une famille encore marquée par les codes victoriens, la condition féminine ; c'est aussi le portrait d'une famille écossaise ayant vécu des années en Inde et devant se réadapter à une vie bien différente en retrouvant la mère patrie - les enfants n'étant pas épargnés par les quolibets à leur retour.

Un roman tout en finesse qui traverse le XXe siècle en dressant le portrait de deux femmes de caractère, libres à leur façon (car pour Esme, les années d'enfermement n'ont finalement fait qu'exacerber sa tendance à s'évader grâce à une imagination fertile).

Bass rock Scotland.jpg

femme chapeau.jpegEt en repensant à cette lecture, je fais un rapprochement avec une de mes lectures en cours, L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks (un billet ici, où j'ai également repris l'illustration), livre extrêmement intéressant portant sur les comportements étranges observés par un médecin, cas illustrant les liens étroits entre neurologie et psychiatrie.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda, qui commence aujourd'hui et prendra fin le 15 juillet.

La première photo est celle d'un asile psychiatrique russe abandonné, issu de ce site sur lequel figurent de nombreuses photos du lieu (y compris des photos d'intérieur).

La deuxième est celle de Bass Rock (évoqué dans le roman) et provient de ce site.

Titre extrait d'un poème d'Emily Dickinson.

4,5coeurs.jpg

 

 

232 p

Maggie O'Farrell, L'Etrange disparition d'Esme Lennox, 2006

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 6 livres lus... Après avoir atteint la catégorie Prince Charles (5 livres lus), j'entame la catégorie Prince William (10 livres lus).

Prince-William.jpg

29/05/2011

Notre rose et notre orgueuil

hansen_exils.jpgRécemment j'ai été amenée à ranger de nouveau toutes mes bibliothèques et croyez-moi, mes amis, ce n'est pas le genre de petite tâche ménagère pliée en moins de deux (surtout quand les cinq étagères sont pleines à craquer !). J'ai donc été interpelée à cette occasion par Exils de Ron Hansen, qui criait son désespoir en pensant que je l'avais oublié définitivement et trépignait (d'impatience ou de rage, je ne saurais vous le dire) en attendant que je daigne m'emparer de lui. Comme la lamentation du livre oublié est de loin le hululement le plus angoissant qu'on puisse imaginer (surtout de nuit où il devient indispensable de se munir d'écouteurs et de musique zen pour ne pas sombrer dans la dépression avant l'aube), j'ai renoncé à énumérer à ce coquin toutes les raisons qui m'avaient fait le négliger et je me suis emparée de lui afin de le lire et, une bonne fois pour toutes, lui régler son compte.

Et ma foi, j'ai beaucoup apprécié ce roman qui met en scène en parallèle le naufrage du Deutschland en 1875 et le destin du poète jésuite Gerard Manley Hopkins qui, bouleversé par la mort de cinq nonnes ayant péri dans le naufrage, décida de rédiger un poème à ce sujet.

gerardmanleyhopkins.jpgDe famille anglicane, Hopkins suscite la désapprobation en se convertissant au catholicisme, avant de devenir finalement séminariste jésuite, au grand dam de ses parents. Hopkins choisit une confrérie particulièrement stricte, vivant dans des conditions spartiates puis, une fois ordonné, se voit muté régulièrement d'un endroit à l'autre par une hiérarchie peu soucieuse de son bien-être et de sa santé. Il décèdera encore jeune, à la suite d'une maladie éprouvante (une péritonite est évoquée et il finit par mourir de la fièvre typhoïde). Le roman montre un Hopkins profondément pieux, plein d'abnégation mais qui doutera parfois et traversera des périodes d'angoisses. He is thought to have suffered throughout his life from what today might be diagnosed as either bipolar disorder or chronic unipolar depression, and battled a deep sense of melancholic anguish (Wikipedia).

C'est aussi un Hopkins attachant, à la fois intelligent et plein d'humour, mais aussi vulnérable que dépeint Hansen.

Il ne jouissait pas d'une semblable protection en tant qu'enseignant. En cette époque où les enfants passaient pour les ennemis jurés du savoir, les directeurs n'avaient de cesse de rouspéter contre la gentillesse de Hopkins à l'égard de ses élèves, à qui il accordait autant de liberté qu'à de studieux étudiants d'Oxford, latitude dont ses potaches abusaient en le sifflant et en le chahutant ; un jour, quand il s'était retourné, Hopkins s'était ainsi retrouvé encerclé, car toute la classe avait rapproché ses putitres pendant qu'il écrivait au tableau.

"Je dois avouer que votre vif intérêt pour l'ablatif latin me touche beaucoup", avait-il lâché de sa voix de ténor haut perchée. (p194)

deutschland.jpegQuant aux soeurs naufragées, on relate leur conversion puis leurs derniers instants lors du naufrage avec une certaine économie de moyens. Avouons-le, je m'attendais sans doute à une fin particulièrement glauque ou très favorable à l'industrie du mouchoir mais c'est avec un style sobre que Ron Hansen achève son récit. Son écriture est presque clinique et ce roman s'apparente parfois à un documentaire.

Un livre qui apporte un éclairage intéressant sur les tensions religieuses du XIXe (aussi bien en Angleterre qu'en Allemagne, à travers le rejet du catholicisme) et met à l'honneur un poète anglais méconnu du public français. Et comme je raffole des romans inspirés de faits historiques, mais aussi de ceux ayant pour cadre le Royaume-Uni ou mettant en avant une figure littéraire, j'ai bien évidemment trouvé Exils particulièrement intéressant. Il m'a d'ailleurs donné envie de lire ses deux romans ayant pour sujet les Etats-Unis au XIXe.

A noter que cette édition inclut le poème "le Naufrage du Deutschland" de Hopkins.

Un très grand merci aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture !

3,5coeurs.jpg

 

 

277 p

Ron Hansen, Exils, 2008

10/05/2011

Will you marry him ?

ideal-husband-dvdcover.gifMon deuxième billet à la fois pour le challenge Back to the Past et le challenge Oscar Wilde sera consacré à l'adaptation de An Ideal Husband de 1999.

Sir Chiltern (Jeremy Northam) est un jeune membre du Parlement à qui la vie sourit : il a une épouse aimante et tout simplement parfaite (Cate Blanchett), il est riche, bien en vue et de plus en plus influent dans la sphère politique. Le couple est aux yeux de tous un modèle d'intégrité et est notamment régulièrement cité en exemple par le Comte de Caversham à son fils bien indolent, Lord Goring (Rupert Everett).

an ideal husband,un mari idéal,oscar wilde,théâtre,époque victorienne,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,jeremy northam,rupert everett,julianne moore,cate blanchett,mininie driver

Mais, en dépit de leur respectabilité apparente, les Chiltern doivent leur fortune à un scandale financier : c'est là qu'entre en scène une bien vile créature (Julianne Moore). Détenant une preuve des malversations de Sir Chiltern, elle le fait chanter, menaçant d'informer la presse de la fraude dont il est coupable, à moins qu'il ne recommande devant le Parlement un projet dans lequel elle a investi une forte somme.

an ideal husband,un mari idéal,oscar wilde,théâtre,époque victorienne,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,jeremy northam,rupert everett,julianne moore,cate blanchett,mininie driver

Parallèlement à la descente aux enfers du couple, leur ami Goring a d'autres soucis : son père lui demande de cesser sa vie de débauché et de se marier, enfin !

an ideal husband,un mari idéal,oscar wilde,théâtre,époque victorienne,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,jeremy northam,rupert everett,julianne moore,cate blanchett,mininie driver

Un joli film au casting impeccable. L'humour de Wilde, des costumes soignés, des décors dans l'ensemble réussis (si l'on oublie quelques arrières plans peints qui semblent dater un peu !)... au final un costume drama rassemblant à peu près tous les éléments que j'apprécie dans ce type de film, même si je n'ai pas eu le même coup de coeur que celui que j'ai éprouvé en voyant The importance of being earnest, un poil plus abouti et surtout un peu plus fou et original. A noter parmi les cinq principaux acteurs la présence de Jeremy Northam, un acteur que j'avais déjà trouvé excellent dans un autre film d'époque, Emma.

Et la pièce a été lue par : Theoma.

Le billet recap pour laisser les liens vers vos chroniques sur les costume dramas : Back to the Past !

Et le groupe Facebook pour partager vos découvertes, commenter l'interprétation des uns et des autres et (accessoirement) parler chemise mouillée !

4coeurs.jpg

 

 

An Ideal Husband,  un film d'Oliver Parker, 1999

LOGO tea cup 02.jpg Oscar Wilde challenge logo.jpg

 

 

 

 

 

 

Challenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

Et je vous propose une lecture commune coquine pour commencer l'été, avec Teleny (1er juillet)!

07/05/2011

Le 500e billet sera britannique...

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxe

What a surprise ! Avec en prime un petit coup de coeur pour Paola de Vita Sackville-West !

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeEn matière de littérature anglaise, j'affectionne tout particulièrement les écrivains de la première moitié du XXe siècle qui pour certains incarnent la modernité après la longue période victorienne. J'aime les récits mettant en scène cette époque et l'esprit souvent plus léger qui caractérise ces écrits. Vita Sackville-West est un bon exemple en la matière... mais c'est une nouvelle fois avec un décès qu'elle choisit d'ouvrir ce roman (c'était également le cas dans Toute Passion abolie).

Suite au décès de son oncle, le chef de famille Noble Godavary, Gervase se rend pour quelques jours dans le Nord afin d'assister à l'enterrement. C'est une région qu'il exècre : c'est ainsi au bout de 35 ans qu'il revient chez lui.

Il rencontre pour la première fois la seconde épouse de son oncle et leur fille, Paola, qui tient davantage de sa mère italienne et détonne dans la famille extrêmement britannique et flegmatique de Gervase. La réunion de famille s'annonce effroyable à souhait : le fils aîné de l'oncle (futur héritier du domaine) attend l'arrivée de leur cousine Rachel, avec qui il entretient une liaison honteuse ; Michael, le frère de Gervase, suit Paola partout et la dévore des yeux dans la plus totale indifférence ; Gervase, quant à lui, attire sans le vouloir les confidences de Paola et de sa mère tout en étant toléré par les Godavary : passif, c'est un témoin occupant une place centrale.

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeLes liens de famille sont l'un des principaux sujets abordés dans ce récit : les Godavary ne s'apprécient guère mais sont tous semblables et se comprennent, tandis que Paola reste une étrangère qui fascine mais détonne dans cette demeure anglaise isolée. Séduisante, vive, lucide, directe, elle est aussi entourée d'une sorte d'aura maléfique : à l'écart du reste de la famille (de fait, mais aussi par choix), elle représente une menace confuse qui se concrétisera au cours du récit.

Voilà un court roman plutôt sombre que je vous invite à lire pour découvrir une nouvelle facette de l'oeuvre de Vita Sackville-West : loin des salons mondains, au sein d'une vallée sauvage et lugubre, ce huis clos  saura vous séduire (et n'est pas sans évoquer les tensions familiales exploitées par une certaine Agatha Christie...).

Et puisque la pluie tombe sans discontinuer et qu'il n'y a pas un seul voisin à la ronde pour vous secourir, pourquoi ne pas tout simplement pousser la porte de la demeure des Godavary ?

Sur ce blog également : Toute Passion abolie

D'autres avis sur PaolaClarabelSmithereens (en anglais)

 

Et si cette époque vous plaît, vous aimerez peut-être également :

Brennan Maeve, La visiteuseGoudge Elizabeth, Le Secret de MoonacreJames Henry, Les Dépouilles de Poynton,  Mayor Flora M., La troisième Miss SymonsMitford Nancy, La poursuite de l'amourMitford Nancy, L'amour dans un climat froidPym Barbara, Crampton HodnetPym Barbara, Adam et CassandraRice Eva, L'Amour comme par hasardStrachey Julia, Drôle de temps pour un mariage (d'autres textes que j'ai aimés et serais ravie de faire découvrir à ceux qui, peut-être, ne les connaissent pas déjà).

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxe

 

 

123 p

Vita Sackville-West, Paola, 1932

3433772011.jpg

Challente God Save the Livre : 5 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

vintage.pngvintage simple - 3 romans.png

2e lecture dans le cadre du challenge Vintage Novels

30/04/2011

Bloody hell !

square1-187x300.jpgAujourd'hui je vous emmène avec moi dans les années 1930 à Londres près de Holborn, dans une pension qu'il ne fait pas bon fréquenter. Suivons pour commencer Lydia Langstone qui vient de quitter le domicile conjugal après avoir été frappée par son époux Marcus, séduisant (chouette) mais sinistre individu (dommage) sur le point de rejoindre le parti fasciste britannique (no comment).

N'ayant que peu d'endroits où se rendre, ellle emménage avec un père qu'elle ne connaît pratiquement pas, sa mère s'étant remariée avec un aristocrate peu de temps après sa naissance. Habituée à une maison des beaux quartiers un poil lugubre mais toujours entretenue par une armée de serviteurs, Lydia découvre un logement assez sordide, exigu, froid et peu commode, ainsi qu'un père qui prétexte des rendez-vous importants pour se rendre en urgence au pub d'en face où il passe ses journées à se saouler. Bientôt elle fait la connaissance d'un nouvel habitant qui lui fait des révélations troublantes sur le propriétaire : il aurait séduit Miss Penhow, une vieille fille de dix ans son aînée . Puis celle-ci aurait mystérieusement disparu, faisant du séducteur le nouvel heureux propriétaire du petit immeuble de Bleeding Heart Square.

Si ce roman historique vise à faire le jour sur cette mystérieuse affaire, il s'inscrit aussi dans une période intéressante et bien trouble de l'histoire : l'entre-deux-guerres avec la montée du fascisme en Europe et l'essor de l'Union britannique des fascistes. Se pose aussi la question de l'émancipation des femmes, avec Lydia qui décide de quitter son mari dès qu'il se montre brutal et fait preuve d'une grande volonté en acceptant un travail inintéressant et mal payé ainsi que des conditions de vie bien plus précaires que celles auxquelles elle était habituée. Un profil de femme volontaire et courageuse, qui a d'ailleurs pour livre de chevet Une Chambre à soi de Virginia Woolf (que j'aurais dû chroniquer il y a des mois) ! Même si, il faut bien l'avouer, elle ne lit pas bien vite ce court essai qui la suivra tout au long du roman !

Le Diable danse à Bleeding Heart Square reste avant tout un bon gros roman à suspense, parfait pour se détendre et se changer les idées le temps d'une lecture qui vous absorbera sans doute entièrement. Un plaisir britannique à souhait dont on ne devrait pas se priver (et un livre qui m'a été bien utile lors du dernier dimanche pluvieux !). Attention : vous risquez d'oublier l'heure et de passer une nuit très courte en arrivant à la fin !

Quelques avis de lecteurs qui, eux aussi, ont passé un moment en compagnie de Lydia : Canel, Caroline, ChiffonnetteClara et les mots, Cuné, Keisha, L'accro des livres, Mivava, Karine:), StephieTitine

Et si ce livre vous tente, je vous conseille également ceux-ci : Phillips Arthur, Angelica  et Harwood John, La Séance.

Un grand merci à Solène de éditions du Cherche Midi pour ce bon moment passé en Angleterre !

1840841732.5.jpg

 

 

480 p

Andrew Taylor, Le Diable danse à Bleeding Heart Square, 2009

3433772011.jpg

Challente God Save the Livre : 4 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

Et parce que je ne résiste pas à ce clin d'oeil British, terminons ce sombre billet sur un happy end (enfin je le leur souhaite) :

abc_prince_william_kate_kiss_nt_110429_wmain.jpg

20/04/2011

Détour américain

grimsley_enfant des eaux.gifEcrit à la première personne, L'Enfant des eaux de Jim Grimsley est l'histoire d'Ellen qui, bien des années plus tard, repense à son enfance misérable en Caroline du Nord. Voyant en rêve sa mère glisser sous la surface de l'eau d'une rivière, croisant régulièrement son fantôme, Ellen est submergée par les souvenirs. Des souvenirs qui prennent possession d'elle plus qu'elle ne les maîtrise réellement.

On retrouve certaines composantes du roman social à l'américaine, dans un cadre qui a été souvent dépeint : un monde où Blancs et Noirs ne se côtoient pas et où la déchéance de la famille d'Ellen est complète lorsqu'elle se voit obligée d'habiter une masure près des habitations dévolues aux Noirs. Ce n'est pourtant pas là le sujet du roman, qui traite davantage de la question du déterminisme social et des caprices de la mémoire, tout en décrivant un milieu particulièrement défavorisé à une période importante de l'histoire mondiale. Les mauvais sont les Jaunes, ces Japonais contre qui les Américains sont en guerre.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman profondément sombre et déprimant : un père alcoolique, une mère lunatique et égoïste, des enfants que l'on frappe à tout bout de champ sans la moindre raison, des allusions à peine voilées aux relations incestueuses, peu de nourriture,  encore moins de loisirs, un entourage grossier en général et, a priori, aucune perspective d'avenir.

Pourtant ce roman comporte de très beaux passages également porteurs d'espoir, à travers les liens d'affection qui unissent malgré tout Ellen à sa famille, l'ambition de cette enfant qui est studieuse, qui profite des occasions qui lui sont données de manger à sa faim et qui veut être une mère complètement différente pour ses propres enfants. Porté par un personnage principal attachant, habité de fantômes que l'on se plait à croiser ici et là, ce livre est une très belle réussite.

Merci aux éditions Métaillé pour ce plongeon dans l'Amérique des années 1940.

3,5coeurs.jpg

 

 

248 p

Jim Grimsley, L'Enfant des Eaux, 1997

16/04/2011

Cauchemar d'écrivain

oates_Folles-nuits.jpgLes derniers instants de Poe, Dickinson, Twain, James et Hemingway revisités par Joyce Carol Oates, un concept qui ne pouvait manquer de me séduire !

En cinq nouvelles, Oates réinvente la fin de cinq grands personnages à travers des textes audacieux et très divers.

Ayant accepté de se confronter à la solitude en devenant gardien de phare, Edgar Allan Poe est soumis - d'abord sans le savoir - à une expérience sur les effets de l'isolement le plus total chez les mammifères. Persuadé d'être un homme exceptionnel, Poe compte relever le défi avec brio mais peu à peu, inévitablement, la folie s'empare de lui : convaincu d'entendre des bruits étranges, incapable de dormir, se négligeant, imaginant que des monstres rampent sur la plage parmi les algues et carcasses pourrissantes qui s'y trouvent, il sombre peu à peu dans la paranoïa.

Dans un futur plus ou moins proche, un couple décide de faire l'acquisition d'un répliluxe, mannequin représentant une célébrité morte et supposée adopter un comportement proche de l'illustre disparu. Mrs Krim rêvant d'avoir chez elle un poète, le couple investit dans l'EDickinsonrépliluxe. De la taille d'un enfant, avec des yeux dépourvus de cils mais des sourcils proéminents, l'EDickinsonrépliluxe n'a a priori pas grand-chose à voir avec la célèbre poétesse. Pourtant Mrs Krim est persuadée d'avoir à ses côtés une personne réelle (même si elle ne peut s'empêcher de la mettre une fois sur pause pour voler un de ses poèmes). Ce n'est pas le cas de Mr Kim, qui finit par ne plus se sentir chez lui à force d'entrevoir le mannequin glisser dans les couloirs à la manière d'un fantôme.

Vient ensuite Mark Twain, vivant avec sa fille possessive, habillé de blanc, fascinant les foules avec son accent du Sud volontairement exagéré. Un Mark Twain fasciné par les jeunes filles, à qui il accorde une attention que sa fille juge assez logiquement déplacée, d'autant plus que la réputation de l'écrivain a déjà quelque peu souffert de cette manie étrange. Si les intentions de l'écrivain ne sont jamais vraiment révélées, il apparaît malgré tout comme un vieillard gâteux et irascible aux préférences malsaines.

Poursuivons dans le temps avec les derniers jours du grand Henry James, le Maître. Celui-ci devient volontaire au St Bartholomew's Hospital à Londres afin d'aider les soldats gravement blessés pendant la première guerre mondiale. Après le premier choc, James se met à éprouver de la fascination pour ces jeunes hommes autrefois beaux, maintenant défigurés, amputés, dont le corps entier est parcouru de balafres dont s'échappent sang, pus et autres sécrétions immondes. Torturé par son amour pour ces soldats auxquels il voue un culte honteux, James adopte un comportement masochiste et autodestructeur.

Enfin Hemingway, vieux débris repoussant et antipathique, se complaît à imaginer son suicide au moyen d'un fusil placé sous le menton. Il repense aux humiliations subies à cause de "la femme", qui l'empêche de boire, de conduire, l'a envoyé en hôpital "se faire cramer la cervelle". C'est un personnage gorgé de haine, méprisant et rendu impuissant par son entourage. C'est la seule nouvelle qui ne m'a pas vraiment intéressée, mais c'est aussi parce que Oates a mis en avant tout ce qui m'a profondément déplu à la lecture de plusieurs romans de Hemingway, à commencer par son approche très fonctionnelle des femmes, idiotes sans cervelles dans ses livres, cons béants devenant insupportables lorsqu'elles se mettent à parler dans la nouvelle.

J'aurais bien entendu adoré lire une nouvelle traitant de Virginia Woolf, dont la mort tragique aurait sûrement été source d'inspiration, mais ce sont les Américains qui ont été à l'honneur dans ce recueil de nouvelles (avec un excellent choix quant aux protagonistes - même si, de façon très subjective, je ne peux pas m'empêcher de regretter que la dernière nouvelle n'ait pas plutôt été consacrée à F.S. Fitzgerald, d'ailleurs mentionné dans "Papa à Ketchum").

Je me suis régalée avec ces nouvelles inventives  qui n'hésitent pas à prendre certaines libertés avec de grands noms de la littérature qui, entre les mains de Oates, deviennent des poupées maléables tout en conservant une trace de leur identité première. Un Oates osé à ne pas manquer !

Merci à Marie-Laure et aux éditions Philippe Rey.

L'avis de Tournez les Pages.

Ici également (de vieux billets mais un réel engouement à l'époque) : Oates Joyce Carol, Beasts et Oates Joyce Carol, I'll take you there.

Sur Emily Dickinson : Bobin Christian, La Dame blanche.

De Twain : Twain Mark, Un majestueux fossile littéraire.

De James : James Henry, Les Dépouilles de Poynton (j'avais complètement oublié l'avoir lu et l'avais mis de côté pour une prochaine lecture...!) et  James Henry, Une Vie à Londres.

3,5coeurs.jpg

 

 

233 p

Joyce Carol Oates, Folles Nuits, 2008

2e lecture dans le cadre du challenge La Nouvelle de Sabbio.

challenge La nouvelle.jpg

11/04/2011

Un petit bijou anglais

mayor_rector's daughter.jpgFlora Mayor fait partie de ces auteurs oubliés que les éditions Joëlle Losfeld ont un peu dépoussiérés récement, en publiant La troisième Miss Symons, histoire d'une enfant occupant une place ingrate dans la fratrie et dont la vie s'écoule avec une grande monotonie et de nombreuses frustrations. Une femme solitaire qui n'intéresse personne et reste trop empreignée d'idées dépassées, une femme désuette héroïne d'un roman que je vous recommande chaudement.

Alors lorsque j'ai croisé The Rector's daughter du même auteur l'été dernier, lors de vacances en Angleterre, je me suis bien entendu précipitée sur ce titre que je ne connaissais pas. Pas trop étonnant, quand on voit qu'il figure sur les Ten Best Neglected  Literary Classics du Guardian.

Comme Harriet Devine, j'ai très envie de citer un commentaire d'Elizabeth Buchan figurant sur la couverture, parce qu'il résume parfaitement mes impressions :  "exquisitely written, delicate, passionately felt and haunting."

Il est cette fois question de Mary Jocelyn, trente-cinq ans et déjà un peu fanée, vivant dans un presbytère auprès d'un père auquel elle se consacre entièrement. Un père peu affectueux, avare de compliments, vestige d'une époque victorienne révolueBooks streamed everywhere, all over the house, even up the attic stairs. (...) He kept up his marvellous range of reading till about 1895. Then his mind closed to new ideas. Books published after that date he would not trouble to read. (p9)

Un homme aux opinions tranchées, et souvent peu flatteuses : There was a difficulty with Pascal. He was French, and Canon Jocelyn despised the French. The Revolution, Napoleon, and the Commune still rankled, so he always said of Pascal, "He had a great mind, and I think, much as one respects the brilliance and lucidity of the French, one may say it was an English mind." (p10) (Pour résumer Mary Jocelyn vit avec un vieux barbon).

A un quotidien terne s'ajoute la perte d'une soeur aimée, dont la mort n'a apparemment pas affecté Canon Jocelyn, le père. Peu encouragée, Mary cache ses aspirations d'écrivain, est timide et maladroite en société et préfère la compagnie des pauvres paroissiens qu'elle aime réconforter, ainsi que celle de Cook, la servante, sa confidente. Et presque tout au long du récit, Mary reste totalement incomprise de son père, inapte à voir ses chagrins et son besoin de reconnaissance et d'affection.

Malgré ce confinement et ce mode de vie totalement désuet, Mary fait preuve d'une certaine lucidité et ne partage pas la vision dépassée et profondément victorienne de la plupart des membres de son entourage :

It was late in the afternoon when Mary made her way to Mrs Plumtree. Rain had been falling ; the pavements were reflecting the electric lights in long streams. There is a particular charm in those damp London twilights, a freedom from the weight of the routine, responsibility, and duty, which suited well with Mary's present thoughts.  (p 105)

Mrs Plumtree was a faded specimen of the generation that is almost gone. Mary knew through and through all the views Mrs Plumtree held on the minute range of subjects which interested her - servants, medicines, aspidistras, knitting patterns, sermons, and the wide range of subjects which shocked her and roused disapproval - dogs, barrel-organs, all hymn tunes earlier than 1860, all branches of Christendom (except St James' Church), especially Unitarians, white and magenta flowers, people wearing black (unless they were in mourning), the present fashions in dress, whatever it was - one might almost say the present fashion in anything. Mary could have screamed. She was not far from echoing " Moral indignation is the only sin." They sat and sat. (p106)

Sa vie est sur le point de changer lorsqu'elle rencontre Mr Herbert, le nouveau vicaire d'un village voisin, fils d'un ami de Canon Jocelyn, qui l'accueille ainsi avec enthousiasme. Très vite, Mr Herbert et Mary se rapprochent et leur entente parfaite semble indiquer qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est sans compter sur l'arrivée d'une jeune fille élevée dans une famille de parvenus, qui séduit Mr Herbert par sa beauté et son insouciance. Ce qui débouche sur une union peu prometteuse entre une fille vaine et sans cervelle habituée au luxe et aux attentions d'hommes raffinés, et un vicaire au physique quelconque qui aspire à la tranquillité et à une certaine austérité. Sa promise, qui en a l'intuition, le prévient avant de l'épouser :

She had refused him when he first proposed, intoxicating him with adoration for her by her words, "It wouldn't do. I'm not at all brainy, and you're top-hole. I can't think what on earth you want it for." When she had accepted, she said, "Righto, I'll take the risk if you will, but it's a big risk for you."

S'ensuit un engrenage de frustrations, de petits espoirs et de nouvelles déceptions pour Mary Jocelyn, dans un livre au final triste mais non dénué d'humour, qui s'achève sur un très beau passage et une note plus positive. Un roman extrêmement bien mené, très bien écrit, qui dresse avec brio le portrait de personnages dont la psychologie et l'évolution sont très finement décryptés. Un roman au cadre assez victorien qui incarne très clairement le passage à la modernité, opérant avec succès la transition entre le XIXe et le XXe.

Si j'ai aimé La troisième Miss Symons, The Rector's Daughter a été un immense coup de coeur pour moi, et même une révélation : à l'heure actuelle il figure sans hésitation parmi mes 10 romans classiques britanniques favoris. Un livre que je relirai sans aucun doute, ce que je fais assez peu !

Ses deux autres livres sont difficiles à trouver, et je crois qu'ils sont épuisés, mais je jetterai un coup d'oeil lors de mon prochain séjour en Angleterre.

Un autre avis (written in English) : Harriet Devine.

5coeurs.png

 

 

347 p

Flora M. Mayor, The Rector's Daughter, 1924

flora mayor,littérature victorienne,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,roman xixe,roman anglais,the rector's daughter,la troisième miss symonsChallente God Save the Livre : 3 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

*****

ça n'a rien à voir mais : BON ANNIVERSAIRE (celle qui est concernée comprendra)