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02/01/2012

Mystère victorien à Cloisterham

 dickens mystere drood.gifSi Le Mystère d'Edwin Drood ne compte pas parmi les romans de Dickens qui me tentaient le plus, j'ai souvent hésité à le lire afin de pouvoir enfin profiter des “drooderies”, variations diverses et variées sur le thème d'Edwin Drood, à commencer par le premier roman de Jean-Pierre Ohl (dont j'ai savouré avec un bonheur immense Les Maîtres de Glenmarkie à sa sortie), mais aussi L'Affaire D, repéré il y a quelques années et, plus récemment, Drood de Dan Simmons. J'espérais lire une ou plusieurs de ces suites au roman inachevé de Dickens pendant le mois anglais mais j'ai sans doute péché par excès d'optimisme à ce sujet. En revanche, j'ai enfin lu le fameux Mystère d'Edwin Drood qui a tant fait couler d'encre !

L'histoire débute à Cloisterham, petite ville tranquille en Angleterre : Edwin Drood, neveu bien-aimé de Jasper, vient rendre visite à son oncle et à la jolie Rosa Budd, orpheline. Tous deux sont fiancés depuis la naissance en raison des liens d'amitié qui unissaient leurs parents ; leur mariage s'approche et les deux jeunes promis ne cessent de se chamailler... cette union qui leur a toujours été présentée comme une évidence laisse peu de place aux sentiments et c'est le coeur plein de doutes que Rosa et Edwin semblent se résigner. A la même époque, le chanoine Crisparkle accueille chez lui le jeune Neville Landless (dont la soeur deviendra l'amie intime de Rosa au pensionnat). Ce jeune homme venu d'Inde, cet orphelin au tempérament violent s'éprend de Rosa et conçoit immédiatement des sentiments peu charitables envers Edwin, indigne de Rosa selon lui. Et il faut bien avouer qu'Edwin n'est guère attachant. Ce jeune citadin sûr de lui est assez agaçant et c'est avec un certain soulagement que j'ai appris sa disparition. Dès lors, la question est posée : Edwin Drood s'est-il absenté sans prévenir quiconque ? A-t-il été tué ? Et si oui, doit-on accuser le jeune Neville, comme semble le penser Jasper, oncle effondré ? Ou faut-il écouter l'instinct de Rosa qui, la première, commence à soupçonner Jasper, qui est amoureux d'elle et lui a toujours inspiré du dégoût ?

dickens_mystere drood2.jpgDickens étant décédé au milieu des livraisons prévues, nul ne saura jamais le fin mot de l'histoire ; pourtant les thèses ne manquent pas. Dans sa très intéressante biographie de Dickens, Jean-Pierre Ohl met notamment en avant une hypothèse intéressante : le coupable serait Jasper mais il serait atteint d'un dédoublement de la personnalité, d'où son comportement étrange, ses tirades inquiétantes et son addiction à l'opium. J'aime cette thèse faisant de Jasper un personnage plus inquiétant mais aussi plus humain, et ce plusieurs années avant la publication Dr Jekyll & Mr Hyde. Les arguments avancés par Ohl pour soutenir cette thèse me semblent intéressants ; il évoque notamment le fait que Dickens se soit vanté d'avoir trouvé une idée nouvelle (on écarterait alors par exemple le retour du héros, vivant finalement), son intérêt grandissant pour les personnages ambigus et doubles. J'ai repensé à divers passages qui m'avaient troublée à la lecture et avec cette thèse, les différents éléments du puzzle semblent se rassembler de manière plutôt satisfaisante. Ce serait en effet une issue originale, inédite à l'époque, alors que Dickens avait déjà largement usé des différents ressors du roman à sensation.

Je ne peux pas vraiment dire que cette lecture m'ait totalement enchantée en soi mais les questions qu'elle soulève et les pistes de lecture qu'elle m'apporte lui donnent un nouvel intérêt. Certains passages sont par ailleurs savoureux, de même que des personnages plus ou moins secondaires tels Durdles, tailleur de pierre qui passe des heures entières dans la crypte de la cathédrale, Mr Sapsea, imbécile se délectant de sa son génie ou encore Mr Grewgious, homme de loi au bon fond mais peu doué pour les relations humaines. On sent que Dickens s'est amusé à les créer et c'est pour le lecteur un vrai délice que de découvrir leurs petits travers décrits par la main du grand écrivain.

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Lecture commune autour de Dickens, partagée avec : CryssildaTitineKarineEliza, Perséphone.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune autour d ). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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Charles Dickens, Le Mystère d'Edwin Drood, 1870

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29/12/2011

La maîtresse de Manderley

du maurier_rebecca.jpgJ'adore ce mois anglais, car je n'arrête pas de piocher dans ma PAL grâce à lui (il faut savoir que ma PAL anglaise est tout simplement sans fin, et il est délicieux de pouvoir y retrouver à peu près tous les auteurs que j'ai envie de découvrir dans le cadre de ce petit challenge). Bien entendu, ma bibliothèque contient Rebecca de Daphné du Maurier (dans l'édition hideuse du Livre de Poche, c'est pour ça que j'ai remis leur ancienne couverture, même si elle correspondait à leur collection fleur bleue)... et curieusement, moi qui aime tant l'Angleterre et ses auteurs, je n'avais encore jamais lu un seul Daphné du Maurier, alors que Rebecca me tente depuis l'adolescence (hum, j'ai dû repérer ce roman en choisissant un Danielle Steel car il fut un temps où je lisais Danielle Steel - l'adolescence est parfois une période difficile). Donc j'adore ce mois anglais qui m'a permis de découvrir enfin ce grand classique de la littérature.

J'avais beaucoup d'idées fausses concernant Rebecca. J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une histoire de fantômes, un roman dans lequel l'héroïne était poussée à bout par les souvenirs voire le fantôme même de Rebecca, ou peut-être quelque chose de romantique à la Brontë, avec une Rebecca encore vivante et cachée dans une partie de Manderley. J'imaginais une fin heureuse après moult frayeurs.

Rebecca est en réalité un roman davantage psychologique que mystérieux, même si peu à peu l'histoire sombre de Manderley est dévoilée. Mais de quoi parlons-nous en fait ? La jeune narratrice est employée comme dame de compagnie et fait avec sa riche patronne un séjour à Monte Carlo. C'est là qu'elle rencontre Mr de Winter, veuf séduisant propriétaire d'une somptueuse demeure anglaise, Manderley. Celui-ci la demande rapidement en mariage et les voilà partis pour l'Italie, puis Manderley. Malheureusement pour la jeune et heureuse mariée, l'ombre de l'ancienne femme de Mr de Winter, plane toujours. La lugubre Mrs Danvers semble n'éprouver que mépris pour la nouvelle Mrs de Winter qui se sent peu à l'aise en tant que nouvelle maîtresse de Manderley, et sans cesse des commentaires glanés ici et là lui font penser que Maxim ne l'a l'a épousée que pour avoir un peu de compagnie, alors que Rebecca était un être bien plus séduisant, intelligent et remarquable qu'elle, si insignifiante. Rapidement des tensions se créent entre elle et Mrs Danvers, tandis que Maxim de Winter redevient morose. Son mariage semble être déjà un échec. C'est alors qu'on retrouve le petit bateau avec lequel Rebecca de Winter avait fait naufrage...

Comme je l'ai dit, Rebecca est assez différent du roman plein de mystères auquel je m'attendais (soit un roman hanté par des fantômes, soit des personnages inquiétants faisant sombrer l'héroïne dans la folie). Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un vrai page-turner qui m'a donné envie de découvrir l'adaptation mais aussi de lire d'autres Du Maurier (ce que je m'interdisais jusqu'ici car je voulais commencer par Rebecca). On peut parler d'un roman à suspense dans lequel les personnages sont soigneusement dépeints. L'intrigue repose essentiellement sur Rebecca, dont la narratrice sait bien peu au début mais qui finalement semble s'insinuer dans toutes ses relations et la tourmenter au quotidien, mais l'intérêt du récit repose aussi sur l'évolution de la narratrice, à travers ses relations avec son mari et les domestiques (elle-même passe de dame de compagnie à maîtresse de maison, dans une demeure plus habituée à voir des grandes dames que des oiseaux tombés du nid). Le personnage de Rebecca est lui-même plus complexe que ce à quoi je m'attendais : je pensais qu'il s'agissait de la femme idéale qui ainsi ne peut être oubliée ni remplacée, mais Rebecca est finalement bien différente de cela.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune Daphné du Maurier). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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378 p

Daphné du Maurier, Rebecca, 1938

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27/12/2011

Merry Victorian Christmas !

perry_revelation noel.jpgBonnes fêtes de fin d'année à tous !

Et quoi de plus sympathique en cette période qu'un bon petit polar au coin du feu ? C'est ce qu'a bien compris l'agent d'Anne Perry qui l'incite sans doute très fortement à pondre tous les ans un nouvel opus de Noël histoire de faire un peu de chiffre en fin d'année. Quoi qu'il en soit, ces petites bluettes de saison conviennent en général parfaitement aux trajets précédent mon réveillon. Et mes neurones apprécient le ronron bien huilé des enquêtes victoriennes des proches de Thomas et Charlotte Pitt.

Les enquêtes de Noël sont particulièrement légères : plus courtes, elles accordent souvent plus d'importance au contexte et aux personnages qu'à l'intrigue elle-même, qui en général ne casse pas trois pattes à un canard.

La Révélation de Noël n'échappe pas à la règle et ne risque pas de bouleverser le monde de la littérature policière, mais il m'a fait passer un bon moment.

Puisqu´enquête il y a, il fallait bien un meurtre (vieux de sept ans) et donc, un assassin. Le mobile est plutôt tiré par les cheveux (et surtout la façon assez improbable dont la victime avait découvert un secret concernant le meurtrier). Bien entendu, on suspecte à peu près tout le monde en imaginant des mobiles tout à fait plausibles ; c'est bien sûr l'un des personnages les moins concernés qui s'avère avoir un “squelette” dans son placard...

C'est cette fois-ci Emily qui joue les détectives amateurs... Emily, la soeur de Charlotte Pitt, cette jolie femme assez superficielle qui doit quitter Londres en période de fêtes pour se rendre dans un village perdu en Irlande, auprès d'une tante agonisante dont elle n'a que faire. Elle y découvre des Irlandais plutôt accueillants (malgré leur inimitié envers les Anglais) mais visiblement troublés plus que de raison à l'approche d'une tempête. Et lorsqu'un navire fait naufrage, le malaise s'accentue. Je vous laisserai apporter seuls une réponse (ou pas) à ce suspense quasi insoutenable.

Outre l'histoire sympathique parfaite pour se délasser, j'ai apprécié le cadre différent et j'ai été agréablement surprise par les jolies descriptions de la mer et des paysages sauvages de l'Irlande. Une lecture reposante qui m'a fait voyager (et m'a donné envie de faire mes valises). Voilà en somme une agréable surprise !

Si vous n'avez jamais lu Anne Perry ne commencez pas par ses histoires de Noël mais pour les amateurs du genre, [cet avant-]dernier cru devrait vous plaire.

(Lu et chroniqué l'an dernier, mais je n'avais pas publié mon billet !)

Dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine.

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184 p

Anne Perry, La Révélation de Noël, 2008

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25/12/2011

Un thé au petit goût d'amande

christie_petit doigt.jpgGrâce à mon amie la terrible Titine, véritable tornade pour ma PAL, j'ai retrouvé cette chère Agatha Christie, que j'avais presque oubliée ! Curieusement, j'ai beau adorer l'Angleterre, me délecter de lectures anglaises, je n'éprouve - ou devrais-je dire n'éprouvais plus - de fascination pour cette sympathique dame. Quand j'avais douze ans, sur les conseils d'une copine, j'ai découvert Mort sur le Nil. J'étais dans ma période égyptienne, j'enchaînais les romans et livres plus sérieux sur l'Egypte ancienne, sur laquelle j'avais même écrit de petits textes. Bref, c'était l'Angleterre de mon adolescence (comme quoi j'ai finalement préféré les climats pluvieux). Mort sur le Nil a été un coup de coeur et j'ai rapidement lu quatre ou cinq Christie qui m'ont tous plu, puis j'ai oublié cet auteur aussi vite que j'y étais venue. J'ai bien fait une petite tentative avec La Maison biscornue mais malgré un bon moment, je n'ai pas non plus eu de révélation. C'était avant Mon petit doigt m'a dit, qui vient de me faire replonger. Si bien que ma PAL s'est alourdie de trois nouveaux Christie (elle en avait besoin, vous vous en doutez !).

Mr & Mrs Beresford, anciens détectives privés, rendent visite à la vieille tante Ada, ce vieux dragon qui prend toujours Tuppence pour une traînée et ne daigne parler qu'à son neveu. A l'occasion de ce court passage en maison de retraite, Tuppence Beresford rencontre une pensionnaire qui lui demande "s'il s'agissait aussi de l'un de ses pauvres enfants" et semble penser qu'il y a un cadavre dans la cheminée. Suffisamment éprouvés par quelques heures passées entre une vieille femme aigrie et une autre folle, les Beresford rentrent chez eux. Peu de temps après, Tante Ada meurt et le médecin de la maison appelle Thomas afin de lui faire part d'un petit souci : il semblerait qu'on meure souvent empoisonné au "Coteau ensoleillé. Mais il n'en fallait pas autant pour que Tuppence reprenne les bons vieux réflexes du métier : ayant hérité d'un tableau représentant une maison qu'elle est certaine d'avoir déjà vu, elle a cherché à se remettre en contact avec la femme ayant fait don de l'oeuvre à tante Ada (et qui n'est autre que la dame dérangée voyant des enfants coincés dans des cheminées)). Or cette pensionnaire a disparu. Son enquête la fera errer dans la campagne et les petits villages anglais (on en redemande !), où potins et histoires troubles ne manquent pas, s'il fallait encore épaissir le mystère.

Un excellent Agatha Christie, je me suis régalée d'un bout à l'autre ! L'histoire est bien ficelée et ne manque pas de ramifications, le ton est délicieusement anglais, le couple Thomas-Tuppence drôle et très attachant. Un petit moment de bonheur, savouré une tasse de thé à l'amande à la main !

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252 p

Agatha Christie, Mon Petit doigt m'a dit, 1968


*****

mon petit doigt m'a dit.jpgEn revanche le film m'a beaucoup moins plu. J'avais vu ce film ou une autre adaptation de Christie dans la même veine et je n'avais déjà pas trop accroché : beaucoup trop français à mon goût. Ayant lu le roman il y a juste quelques semaines, j'ai malgré tout eu envie de voir l'adaptation diffusée à la télévision depuis. Je reste sur mon sentiment mitigé, même si j'ai regardé le fim avec plus d'intérêt alors que j'avais abandonné en cours de route à chaque tentative précédente. J'aime beaucoup Catherine Frot et la trouve délicieuse et très drôle comme d'habitude, de même qu'André Dussolier. En revanche j'ai trouvé que plusieurs rôles secondaires ou plus mineure sont mal servis par des acteurs au débit mécanique. La transposition du cadre en Suisse n'est pas un problème en soi, si ce n'est que ce qui m'a tant plu dans le roman, c'est cette ambiance si British, que je n'ai bien sûr pas retrouvée. Le scénario prend des libertés avec le récit et extrapole. C'est parfois amusant mais on ne s'étouffe pas non plus de rire... tandis que  l'histoire est un peu difficile à suivre si on ne connaît pas le fin mot de l'histoire, les révélations se succédant brutalement à la fin alors que certains personnages ou passages n'ont été qu'ébauchés précédemment. Bref, un film sympathique mais pour ma part, une petite déception.

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Mon petit doigt m'a dit, un film de Pascal Thomas, 2004

Une chronique rédigée dans le cadre du mois anglais, organisé par CryssildaTitine et moi et du challenge God save the livre d'Antoni.

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Je suis partie quelques jours mais je profite de ce billet pour vous souhaiter un joyeux Noël et de joyeuses fêtes, avec un petit clin d'oeil à mon sapin de cette année !

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24/12/2011

Périr d'ennui à Noël

perry_noel plein d'espoir.gifSi vous ne trouvez rien de mieux à faire cette année à Noël, vous pourrez toujours chercher Charlie, l'âne disparu de Minnie Maude. Ce sera l'occasion de vous promener près de Whitechapel dans la capitale britannique au XIXe siècle ce qui, à défaut d'être une balade passionante, aura le mérite de vous dépayser.

Vous risquez toutefois de vous poser de multiples questions, comme les jeunes héroïnes de ce Noël plein d'Espoir d'Anne Perry qui, deux paragraphes sur trois, répètent inlassablement les mêmes interrogations : mais pourquoi Charlie a-t-il disparu après la mort d'oncle Alf ? Pourquoi oncle Alf, chiffonnier de son état, n'a pas fait sa tournée habituelle ? Et s'il n'a pas fait sa tournée habituelle, pourquoi Charlie aurait disparu ? Mais si Charlie a disparu, pourquoi oncle Alf est mort ? Et si oncle Alf est mort, est-ce que Charlie a disparu ? Mais si Charlie a disparu, est-il toujours vivant ? Et s'il n'est pas vivant, est-il mort ?

Tout comme les petites Minnie Maude et Gracie Phipps qui, en recherchant un âne, se mêlent d'un meurtre déguisé en accident, j'ai pataugé dans les rues de Londres, transie de froid et morte d'ennui, attendant le prochain vendeur de marrons pour me remonter le moral. C'est bien le Noël le plus sordide que j'ai passé en compagnie d'Anne Perry, dans un roman englué dans la boue des bas-fonds de la capitale, avec une enquête qui n'avance pas, des scènes répétitives, une solution sortie  de nulle part (le méchant aristo soupçonné depuis le début est bien le tueur, tandis qu'est confirmée la supposition faite au départ - une histoire de drogue tiré du chapeau comme un lapin de Pâques). Je me suis follement ennuyée et autant je m'étais régalée l'an dernier (billet de circonstance prévu pour le 27 décembre), autant je ne peux que vous recommander de passer votre chemin cette fois-ci, au risque de vous effondrer dans votre bouillon du soir à force de lassitude.

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Sur ce blog, d'Anne Perry également :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici et avec mes amies Cryssilda (qui publie aussi aujourd'hui un billet sur Anne Perry) et Titine, et du challenge God save the livre d'Antoni.

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153 p

Anne Perry, Un Noël plein d'Espoir, 2011

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22/12/2011

Au bout du chemin, pas grand-chose

collins_en-quete-du-rien.gifAvec enthousiasme, je me suis précipitée sur En Quête du rien, nouvelle inédite de Wilkie Collins publiée en octobre par les Editions du Sonneur. In fine je ressors un peu mitigée de cette lecture. Précisons tout de même que je n'ai pas lu ce texte dans de très bonnes conditions, puisque j'attendais que Mr Lou et Papa Lou se décident sur le choix d'une perceuse chez Mr Bricolage. Après Wilkie, j'ai également eu le temps de faire le tour des décorations de Noël et de feuilleter tous les livres de cuisine avant de quitter enfin les lieux, mais nous sommes partis munis d'une perceuse qui devrait en principe fonctionner et les deux heures passées chez Mr Bricolage étaient sans aucun doute justifiées.

Bien que mes séances de shopping soient follement intéressantes, c'est plutôt des aventures fort ennuyeuses du héros d'En Quête du Rien dont j'ai décidé de vous parler.

Le narrateur, surmené, se voit prescrire un repos absolu par son médecin : pas d'écriture, pas de lecture, rien qui pourrait troubler sa tranquillité. Il est heureusement appuyé par sa femme à "l'esprit pratique", qui écrit ainsi pour résumer : "règles pour le rétablissement de mon cher William. Pas de lecture. Pas d'écriture. Éviter excitation, contrariétés, angoisses, pensées. Fortifiant. Grandes joies déconseillées. Bons petits repas. Éviter aussi états mélancoliques. Autres recommandations à mon bien-aimé : courtes promenades (avec moi). Se coucher tôt. Se lever tôt. Nota bene : assurer sa tranquillé. Très important : veiller à ce qu'il ne fasse rien." (p9)

[spoilers]

[Partageant l'opinion de sa digne épouse, le héros se rend dans un village charmant et isolé afin de se reposer. Manque de chance, les bruits ne manquent pas, le couple est sans cesse dérangé, jusqu'à ne pas pouvoir dormir à cause de villageois jurant comme des charretiers. "Onze heures, me répond-il. Inutile de dire que ma femme et moi ne prenons pas le risque de nous coucher avant ce terme ; nous nous retirons alors dans notre chambre, trempés des pieds à la tête, si je puis dire, par cette giboulée d'obscénités." (p23)

Suivant de nouveau l'avis de sa femme, le héros quitte donc le terrible village pour un lieu plus propice à sa cure. "Ce dont je suis sûr à présent, c'est qu'un village isolé est sans doute le dernier endroit où chercher (le silence). Lecteurs, vous que vos pas guident vers ce but qui a nom tranquillité, évitez, je vous en conjure, la campagne anglaise." (p27)

Millais_Wilkie_Collins.jpgMais en bord de mer, notre cher William commence à songer que finalement l'oisiveté peut être une sorte de torture. Il contemple ainsi la mer : toujours les mêmes bâteaux à l'horizon. Il consacre un moment à l'observation des tableaux qui sont dans sa chambre d'hôtel, histoire de gagner du temps. Il admire un bienheureux pêcheur à qui il faut plus d'un quart d'heure pour redresser un clou - quel homme bienheureux qui ne pourra jamais s'ennuyer ! Quant aux heures des repas, elles n'arrivent jamais assez vite ! "Novice que je suis en oisiveté, comment puis-je espérer imiter quelque jour cet artiste consommé ?" (p38) Finalement, notre héros désespère : il ne peut travailler et ne peut paresser... quel dilemme !]

J'ai lu ce texte dans d'assez mauvaises conditions et il ne m'a laissé dans un premier temps qu'un souvenir plus que confus. En le feuilletant pour écrire mon billet, je souris davantage aux traits d'humour. Cette nouvelle n'est certainement pas un coup de coeur, j'ai trouvé certains passages assez drôles mais on voit très vite venir la suite et curieusement, cette nouvelle m'a presque paru un peu lassante. Pourtant, beaucoup de scènes sont savoureuses et dans l'ensemble ce texte très léger est agréable à lire... d'ailleurs je l'ai lu avec curiosité et sans ennui, y compris cette première fois qui m'a laissé si peu de souvenirs. Bref, une petite friandise sympathique, qui pourrait amuser ceux qui souhaitent découvrir Wilkie Collins sans commencer par un de ses longs romans.

Sur ce blog également :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine, qui ont toutes deux beaucoup apprécié cette lecture. Lu également pour le challenge God Save The Livre !

Lecture commune autour de Wilkie Collins

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46 p

William Wilkie Collins, En quête du rien, 1857

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20/12/2011

Ivanhoé, dépressif en mode victorien

thackeray_ivanhoe rescousse.jpgVous avez lu Ivanhoé ? Vu une adaptation ? Tant mieux ! Pour vous Ivanhoé est juste un type en armure qui va guerroyer ? Peu importe ! Sachez simplement qu'Ivanhoé est un seigneur fort prompt à manier l'épée, un héros qui, de retour au pays, a épousé la blonde Rowenna après s'être épris de la brune Rebecca. En ce qui me concerne je n'en savais pas plus et vu mon intérêt pour les histoires de chevaliers et le peu d'empressement dont je fais preuve lorsqu'il s'agit de sortir mon seul Walter Scott de son étagère, il est fort probable que ma vision d'Ivanhoé restera longtemps celle de William Thackeray.

Le principe est simple : en livrovore averti, Thackeray a souvent souffert de voir tel ou tel auteur abandonner lâchement ses héros dans leur prime jeunesse, après leurs premiers exploits, alors que nul cheveu blanc ne venait ternir leur juvénile casque capillaire. Et comme le dit bien ce cher William, ce n'est pas parce qu'ils ont atteint la trentaine, se sont mariés et ont eu quelques enfants que les héros d'hier n'ont plus rien à montrer aux lecteurs.

william-makepeace-thackeray.jpgQu'à cela ne tienne, Thackeray est là pour nous sauver ! En l'occurence c'est Ivanhoé qu'il va tirer d'un mariage insipide avec la maussade et mesquine Rowenna, "cette blonde aux cheveux filasses" (p 16). Ivanhoé se languit de Rebecca, tandis que sa tendre épouse ne cesse de lui rappeler cette fâcheuse passade avec "la Juive", qui lui vaut des persécutions quotidiennes au sein de son foyer. Le noble chevalier finit par décider de rejoindre Richard Coeur de Lion pour se battre en France. Malencontreusement, il est laissé pour mort (mais William, le petit filou, avait décidé de fainter) et dès que la nouvelle de sa mort parvient en Angleterre, Rowenna fait son deuil (en s'offrant une coûteuse robe noire) avant de faire annuler son mariage (car il lui manque le corps de son défunt époux) et d'épouser le châtelain voisin. Je ne vous en dirai pas plus sur le récit car le suspense est insoutenable et je ne voudrais pas vous priver du plaisir de la découverte.

C'était pour moi une première découverte, même si plusieurs textes de Thackeray attendent chez moi depuis quelques années. On passe un moment fort divertissant en compagnie de cet Ivanhoé toujours insatisfait (à peine en ménage, le voilà qui soupire), qui s'évanouit régulièrement, massacre des milliers de Maures en un rien de temps à coup de hâche et d'épée. La fin à elle seule vaut son pesant de cacahuètes : "Ils se précipitent l'un vers l'autre, et maître Wamba déploie une bannière devant eux et assomme un curieux avec un jambon qu'il avait sur lui par le plus grand des hasards..." (p 106). Et lorsque vous trouvez dans un récit une princesse de Pumpernickel et un féroce chevalier Don Beltran de Cuchilla y Trabuco y Espada y Espelon, vous savez déjà que vous êtes entre de bonnes mains !

Les avis de Lilly (dont l'introduction m'a bien fait rire) et de Fashion et Yueyin

Aujourd'hui Cryssilda a présenté La Rose et la Bague

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici-même et avec mes amies Cryssilda et Titine, et pour le challenge God Save the Livre (21 livres lus).

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107 p

William Thackeray, Ivanhoé à la Rescousse !, 1851

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15/12/2011

Et voici Mrs Gaskell pour ouvrir le bal du mois anglais !

gaskell_north and south.jpgEn ce début de mois anglais, je me livre à un périlleux exercice car je vais tâcher de vous raconter ma première rencontre avec Elizabeth Gaskell. L'objet du délit était North and South et ma lecture date de l'été 2010, pendant que je me prélassais près d'un lac en Allemagne.

J'ai abordé ce roman avec de très grandes espérances, après avoir vu  et adoré l'adaptation de la BBC (que je compte revoir avant de la chroniquer ici). Cette adaptation m'avait en quelque sorte fait penser que ce roman pouvait avoir un air de Pride and Prejudice aux accents plus modernes, avec un roman à visée sociale, voire politique.

Je pense que le fait d'avoir vu l'adaptation avant a quelque peu nui à mon plaisir de lecture. Je m'attendais à un roman plus sentimental que ce qu'il n'est en réalité : ce n'est pas ce que je recherche dans un récit mais le fait est que je m'attendais à une histoire d'amour sur fond de contexte industriel, or c'est plutôt l'inverse que j'ai trouvé - j'imagine qu'une deuxième relecture me satisfera beaucoup plus car je n'aurai pas d'attentes parasites. Par ailleurs la série faisait de Margaret un personnage très attachant et c'est une jeune femme parfois assez agaçante que j'ai rencontrée. Margaret a une haute opinion d'elle-même et une vision des travailleurs assez particulière :

"Are those the Gormans who made their fortunes in trade in Southampton ? Oh ! I'm glad we don't visit them. I don't like shoppy people. I think we are far better off, knowing only cottagers and labourers, and people without pretence."

"You must not be so fastidious, Margaret, dear !" said her mother, secretly thinking of a young and handsome Mr. Gorman whom she had once met at Mr. Hume's."

"No ! I don't call mine a very comprehensive taste ; I like all people whose occupations have to do with land ; I like soldiers and sailors, and the three learned professions, as they call them. I'm sure you don't want me to admire butchers and bakers, and candlestick-makers, do you mamma ?" (p18-19)

En réalité cet extrait illustre bien le thème même du roman. Fille de pasteur, Margaret vit dans le sud de l'Angleterre et apprécie son quotidien assez simple à la campagne. Entourée d'un père studieux et d'une mère maladive et plutôt superficielle qui quelque part regrette d'avoir fait un mariage d'amour en-dessous de sa condition, Margaret est une fille aimante qui apprécie les bonheurs simples de la vie au prébystère  et qui est estimée dans les environs pour sa gentillesse et sa solicitude envers les pauvres de la paroisse. Malheureusement, suite à une controverse religieuse sur laquelle son père ne veut pas céder, la famille Hale est obligée de quitter Helstone pour une ville industrielle du Nord, Milton. Dans un pays en pleine révolution industrielle, le fossé qui sépare la ville et la campagne, les propriétaires terriens et les commerçants, le Sud et le Nord est encore énorme. C'est ainsi que Margaret va rencontrer Mr. Thornton, jeune industriel ayant fait fortune dans l'industrie du coton.

Tous les oppose : Margaret plébiscite le travail de la terre, la simplicité de la vie qu'on mène à la campagne et l'érudition de son père et de leur entourage. Elle n'a que mépris pour les self-made men peu instruits ayant fait fortune rapidement tels que Mr Thornton, qui consacre sa vie à son travail et cherche à s'instruire en faisant appel à Mr Hale, avec qui il devient rapidement ami. Thornton est de suite fasciné par l'inaccessible Margaret - bien que sa mère ne juge pas d'un bon oeil cette demoiselle pauvre qui s'imagine supérieuse à eux ; Margaret n'a que mépris pour lui et se prend rapidement d'amitié pour une famille d'ouvriers employés par Mr Thornton et vivant dans la misère. A noter que ce qui est amusant concernant Margaret, c'est que son idéalisation du sud est davantage dû à ses souvenirs et à son attachement pour ses parents qui y résident, car au début du roman elle vient de quitter Londres pour ce village, après avoir été élevée par sa tante, auprès de sa cousine.

roman anglais,challenge mois anglais,challenge anglais,époque victorienne,angleterre,angleterre xixe,elizabeth gaskell,north and south,nord et sud,roman industriel,roman industriel anglais,thornton,margaret halePlus j'y repense, plus je me rends compte combien j'ai apprécié cette lecture finalement. Ecrit au coeur du XIXe et par une femme qui plus est, ce roman dépeint avec minutie l'industrialisation brutale de l'Angleterre, sans faire dans le pathos ou trancher avec mièvrerie en faveur des ouvriers, auxquels étaient imposées des conditions de travail extrêmement difficiles, pour un salaire bien maigre. Certes, Gaskell dépeint bien les dérives d'une industrialisation qui, après avoir donné du travail à beaucoup, a rapidement pu imposer des conditions de travail honteuses compte tenu de la loi de l'offre et de la demande sur le marché du travail (on évoque même à un moment la possibilité de faire venir des Irlandais pour remplacer les Anglais en grève). Malgré tout, elle parvient à faire de Thornton, l'incarnation du capitalisme triomphant, un homme attachant, certes dur mais qui évolue au fil du temps, capable après réflexion de s'intéresser au sort de ses ouvriers et de chercher à se montrer plus juste. Quant à sa fortune, elle est également mise à mal par les aléas du marché : c'est un homme qui ainsi doit se remettre en question et sans cesse travailler. En ce sens il incarne une vision positive de l'entrepreneur, maître de son destin et non platement assis dans un fauteuil en attendant que les pièces tombent. Je trouve cette illustration intéressante au regard des diverses théories et controverses économiques qui déjà à l'époque ne manquaient pas, les visions simples d'Adam Smith et de Ricardo ne suffisant plus à expliquer le système en place.

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Les ressorts du roman victorien à multiples rebondissements sont bien présents également, avec cette pauvre Margaret qui traverse de terribles épreuves tout au long du roman, avant un véritable coup de chance. Sans compter un aspect secondaire mais essentiel au déroulement de l'histoire : son frère, qui était dans la marine, est accusé de trahison pour avoir refusé d'obéir aux ordres d'un capitaine odieux. Il risque la peine de mort et se tient ainsi éloigné des côtes anglaises, ce qui ajoute un peu de mystère à l'histoire de Margaret, tout en pointant du doigt le manque de discernement de la justice anglaise de l'époque.

En somme, voilà un roman dense dont je garde un souvenir assez précis - ce qui est un signe car j'oublie très souvent ce que j'ai lu il y a plusieurs mois. Un roman qui finit par une petite note romantique et amusante, Thornton et Margaret pensant aux réactions de leurs parents respectifs à l'annonce de leurs fiançailles (allez vous vous doutiez bien que cela finirait comme ça) : "That man !", "That woman !"

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Dans un certain sens, ces derniers mots pourraient s'appliquer à Elizabeth Bennet et Fitwilliam Darcy, que j'avais à l'esprit avant d'aborder ce roman. Il est vrai que Mrs Gaskell a choisi des personnages aux profils  rappelant ces deux héros de Jane Austen : fiers tous les deux, lui riche et elle pauvre (Thornton incarnant la nouvelle richesse tandis que Mr Darcy était l'exemple même du propriétaire terrien), les deux finissant par trouver un compromis et apprendre de leurs erreurs dues à un excès d'orgueil. Les parents de Margaret eux-mêmes ne sont pas sans évoquer le couple Bennet, entre le père rat de bibliothèque et indulgent, la mère encline à se plaindre de son triste sort et un peu frivole (par exemple il est dit au début du roman que son époux avait dû renoncer à toute lecture à voix haute pour égayer les soirées, car ces moments quelque peu studieux n'étaient pas du goût de son épouse) ; Mrs Thornton, la mère du héros, peut également rappeler Lady Catherine de Bourgh car elle a une haute estime d'elle-même et plus encore, de son fils adoré, mais au final malgré des airs sévères elle souhaite avant tout son bonheur - c'est aussi par jalousie qu'elle n'apprécie pas Margaret, qui lui dérobe son précieux enfant.

Un roman qui suscita à l'époque des débats entre Gaskell et Dickens : "The cordial business relationship between Gaskell and Dickens deteriorated over disagreements about North and South. Gaskell worried that Dickens's industrial novel Hard Times, which would be published first, might steal her thunder by treating the same themes she had. "I am not going to strike," Dickens wrote, "so don't be afraid of me." Dickens wished to shorten the part in which the heroine's father, an Anglican minister, doubts the trinity and other doctrines and decides to leave the church. He thought it "a difficult and dangerous subject." Gaskell refused and afterwards resisted having the work shortened, retitled, or shaped for serialization. Dickens vented his frustration to a friend, "If I were Mr. Gaskell, O heaven how I should beat her!" The relationship, although somewhat cooled, nevertheless survived these hard negotiations." (Extrait issu de la page consacrée à Gaskell sur le Dictionary of Unitarian & Universalist Biography)

A noter l'intéressant article de Wikipedia sur le lien entre le roman et l'adaptation.

D'autres avis sur ce roman : Lilly, Clarabel, Titine, Pimpi, Fashion, Wictoria, Emilie, Clara, Keisha, Karine:), Anou, Isil (la première à m'avoir donné envie de lire Gaskell, il y a déjà quelques années), A little bit dramatic... et depuis Jeneen (avec deux billets enthousiastes, un sur le roman, l'autre sur l'adaptation... Jeneen pour qui Thornton a détrôné Darcy, eh oui!).

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici-même et avec mes amies Cryssilda et Titine, et pour le challenge God Save the Livre (20 livres lus).

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521 p

Elizabeth Gaskell, North and South, 1854-1855

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20/11/2011

Steve, back again !

stevenson_intégrale nouvelles1.jpeg2011 aura été mon année Stevenson. Après trois tentatives infructueuses, j'ai découvert une autre dimension de l'auteur avec le célèbre Maître de Ballantrae (un chef d'oeuvre que je vous invite à lire sans plus attendre si vous appréciez les classiques anglo-saxons), avant de me régaler avec Le Club du Suicide. Cette série de trois nouvelles fait partie des Nouvelles Mille et Une Nuits de R.L. Stevenson ; elle introduit pour la première fois le prince Florizel de Bohème, que l'on retrouve dans le Diamant du Rajah, nouvelle série de textes courts. Ces récits devraient donc logiquement être lus d'une seule traite, d'autant plus qu'ils partagent plus qu'un personnage commun. L'esprit et le ton sont les mêmes et Stevenson y dresse avec beaucoup d'humour le portrait d'une société pervertie.

Au début de cette histoire ayant pour cadre Londres et Paris, le diamant du Rajah est en possession du général Vandeleur : cette pierre unique lui a été offerte par le Rajah après qu'il l'ait fidèlement servi, commettant de nombreuses atrocités afin de s'assurer à titre de remerciement la possession du diamant. Marié à une femme qui incarne tout sauf la douce Victorienne idiote, le Général sait qu'il ne doit cette alliance qu'à sa fortune. Quant à sa chère et tendre, elle s'apprête à revendre le diamant pour couvrir des dettes contractées pour sa toilette. Seul obstacle à cela : son secrétaire particulier, qui ne sent pas ses oreilles siffler lorsque le frère de sa patronne parle devant lui de chien-chien à sa mémère qui pourrait tout faire capoter. On finit par lui confier le diamant et d'autres bijoux dans un carton à chapeau, le chargeant de les remettre à un mystérieux interlocuteur. C'est alors que le général s'en mêle, tente de récupérer le carton et qu'à la suite de nombreuses péripéties le diamant du Rajah est perdu.

On pourrait parler de conte moral, dans la mesure où le diamant une fois retrouvé par le Prince Florizel est jeté par ses soins dans la Seine, afin que plus jamais la convoitise et la cupidité qui l'entourent ne causent de nouveaux malheurs. Pourtant, le narrateur est loin de dépeindre une société fidèle aux critères moraux victoriens : le général a été récompensé pour ses crimes; le secrétaire stupide mais fidèle est bien mal récompensé pour son dévouement; la femme du général est vénale et envisage d'occire son compagnon; un prêtre se détourne de ses études pour se lancer dans l'industrie du crime une fois le diamant en sa possession ; quant au prince Florizel, à force de se mêler des affaires d'autrui et de s'illustrer par son oisiveté, il finit par être renversé de son trône (il faut avouer qu'il semble bien ne jamais mettre les pieds en Bohème, préférant mourir d'ennui à Londres et traîner dans les cafés parisiens).

Un bijou d'ironie !

Le billet de Raison et Sentiments

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Robert Louis Stevenson, Le Club du Suicide, 1878

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Challenge God save le livre : 19 livres lus

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17/11/2011

Ciels changeants

eyre ward_amours lola.gifJe voulais lire Amanda Eyre Ward depuis longtemps. C'est maintenant chose faite avec Les Amours de Lola.

Portraits de femme, ces nouvelles au goût amer mettent en scène des épisodes douloureux : rapports du couple, difficultés à avoir un enfant, maladie des enfants, angoisses du quotidien. Le titre de ce recueil me paraît assez curieux, voire mal choisi : peut-être évoque-t-il "Lolita" (ou "Le Miel et les Abeilles", selon, - que voulez-vous j'avais une dizaine d'années quand AB Productions faisait un carton) mais il a un côté joyeux, voire un peu niais, alors que ces nouvelles ne sont qu'une suite de désillusions et de textes plus déprimants les uns que les autres. Les héroïnes anonymes qui y évoluent ont avant tout en commun leurs échecs amoureux et leur désir d'enfant, sur fond de terrorisme. Les premières nouvelles sont des pièces isolées (j'ai été particulièrement envoûtée par l'histoire de ce couple qui, pour se retrouver après la naissance d'un enfant, part dans un lieu hanté par des histoires de suicide) tandis que la fin du recueil se compose de chapitres consacrés à Lola : du mariage de l'homme qu'elle aime au rendez-vous redouté qui lui apprendra sans aucun doute que sa fille est handicapée.

Vous vous direz sans doute que je n'ai pas apprécié cette lecture, mais pourtant je ne regrette pas du tout d'y avoir consacré du temps. Dans un sens, si chaque nouvelle lecture a fait sombré mon humeur à une vitesse fulgurante, c'est le signe que ces textes touchent à leur but. Malgré tout, comme certaines avant moi, je regrette le léger goût d'inachevé qui imprègne ces histoires, que l'on aimerait voir se développer un peu plus. Des textes empreints de sensibilité, assez fins et qui au final ne manquent pas d'intérêt.

Merci encore à Denis des éditions Buchet-Chastel pour cette découverte.

Les avis de Amanda, Cathulu, Cune, Hélène, Ness, StephieVallorbe

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178 p

Amanda Eyre Ward, Les amours de Lola,  2009

05/11/2011

Le mois anglais

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Amis lecteurs et blogolecteurs, Victoriens en herbe ou aguéris, amoureux des douces contrées anglaises et adeptes du Fish & Chips, ce mois est pour vous !

logo mois anglais3.jpgSuite au mois Kiltissime que Cryssilda et moi vous avions proposé pour nous lancer dans de folles aventures en Ecosse, nous avons décidé de partir de nouveau en voyage ensemble, cette fois-ci accompagnées de Titine, pour une destination qui me tient très à coeur : l'Angleterre. Parce que je suis tombée amoureuse de la langue à la fin de l'école primaire et qu'ado je n'ai eu de cesse de me rendre en Angleterre et de partager magazines, cassettes et autres avec mes correspondantes anglaises ; parce qu'après avoir heureusement réalisé à temps que l'enseignement n'était pas fait pour moi et renoncé à une carrière de prof d'anglais improbable, j'ai continué à me rendre régulièrement dans ce pays auquel je suis profondément attachée ; parce que j'ai découvert que l'accent américain était sympa mais l'accent anglais finalement bien plus séduisant à mes oreilles ; parce que j'aime l'Angleterre y compris sous les pires averses et même lorsque je me suis retrouvée dans des maisons sans chauffage ni eau chaude en hiver ; parce que je déteste leur thé en sachet mais ne trouverai jamais en France des vitrines aussi raffinées que celles de Fortnum & Mason ; parce que depuis l'école primaire, parmi mes chanteurs et acteurs préférés les Anglais viennent presque toujours en tête ; parce que mes auteurs favoris sont anglais et que Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent ont bouleversé ma vie de lectrice lorsque j'étais adolescente ; parce que j'aime les légumes à moitié cuits et les scones ; parce que j'aime chacun des endroits que j'ai visités et prévois encore d'innombrables voyages sur place ; parce que je n'exclus pas d'aller y vivre un jour ; enfin parce que je pourrais continuer comme ça pendant des heures (remarquez que je n'ai même pas cité Pride and Prejudice – car sinon on pourrait y passer la nuit). Bref, pour toutes ces raisons, je ne pouvais pas ne pas envisager ce mois anglais, que mes deux acolytes et moi avions hâte d'organiser.

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Le Mois anglais aura donc lieu du 15 décembre au 15 janvier. Vous pourrez au cours de ce mois publier autant de billets que vous le souhaitez sur : vos lectures d'auteurs anglais géniaux ; vos lectures de récits ayant pour cadre l'Angleterre ; des films anglais/se passant en Angleterre et donc potentiellement hautement intéressants ; des artistes que vous souhaiteriez présenter ; des photos de voyage ; des réalisations (scrapbooking, coûture...) so British – choses que je ne serai jamais capable de produire !

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Nous espérons que vous serez nombreux à prendre l'Eurostar ou le Ferry avec nous : mugs, Earl Grey, scones et CD des Beatles sont à votre disposition pour rendre le voyage plus confortable !

challenge,challenge anglais,mois anglais,challenge mois anglais,challenge kiltissime,angleterre,roman anglaisVous pouvez d'ores et déjà nous rejoindre sur le groupe Facebook du Mois anglais, où nous avons commencé à parler de la pluie et du beau temps (enfin plus souvent de la pluie, mois anglais oblige...), de nos futures lectures et de tout et n'importe quoi.

Comme nous avons de folles ambitions et surtout les yeux plus gros que le ventre, nous avons déjà prévu les billets communs suivants... n'hésitez pas à vous joindre à nous (avec la lecture d'un roman de ces auteurs, une adaptation ou une autre oeuvre en rapport avec eux) :

 

-le 15 décembre : Elizabeth Gaskell
-le 22 décembre : William Wilkie Collins
-le 29 décembre : Daphné du Maurier
-le 2 janvier : Charles Dickens
-le 12 janvier : Jane Austen

Et pour nous retrouver et laisser des liens vers vos billets, voici aussi les billets de lancement des trois organisatrices : Cryssilda, Titine et Lou sur ce blog. 

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27/10/2011

Being a spinster in Victorian England

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Après avoir quitté un manoir victorien poussiéreux et lutté contre les vampires de Salem armée d’eau bénite et de pieux, j’ai jeté mon dévolu sur un appartement londonien, histoire de changer (no comment) ! Alors que je profitais tranquillement de la quiétude de Hyde Park pour lire un délicieux Wilkie Collins, mon attention a été attirée par une scène étrange qui se déroulait à quelques pas de moi : une jeune femme (enfin plus trop jeune selon les critères victoriens) menaçait avec une ombrelle un petit garçon qui, visiblement, venait de la bousculer en courant après son cerceau. Par terre gisait une part de tarte aux noix de pécan : c’est là que j’ai compris l’ampleur du drame et l’origine des rugissements de la demoiselle !

Ayant prévu de rester un moment au parc, je n’étais pas venue les mains vides et après avoir proposé à Miss Alexia Tarabotti (car c’était elle) de partager quelques muffins, j’ai finalement passé l’après-midi au salon de thé en sa compagnie puis, de fil en aiguille, l’ai accompagnée dans une librairie : notre amour commun de Fortnum & Mason et de Jane Austen venait de faire de moi sa nouvelle confidente !

Alexia m’a ainsi raconté ses folles aventures et, à vrai dire, je n’ai jamais connu goûter plus animé ! Préternaturelle (« preternatural »), Alexia n’a pas d’âme, ce qui lui permet d’annuler au moindre contact physique les pouvoirs des créatures surnaturelles qui, elles, souffrent d’un excédent d’âme (on en apprend tous les jours !). Sous l’ère de la Reine Victoria, Alexia mène une vie mouvementée. Entourée d’une mère remariée et de deux demi-sœurs idiotes, Alexia souffre d’un grand nez, d’une peau halée et du statut méprisable de vieille fille de 26 ans.

Lorsqu’un vampire hargneux l’attaque et lui fait manquer un délicieux dessert, Miss Tarabotti l’achève malencontreusement à coups d’ombrelle et de pinces à cheveux. C’est là le début d’un récit loufoque dans lequel j’ai croisé un vampire gay extrêmement soucieux de son apparence, un majordome complice des frasques de miss Tarabotti, un Lord loup-garou grognon sous l’influence  de la pleine lune.

So what ? Soyons honnêtes, je n’ai pas rencontré Miss Tarabotti mais me suis contentée de lire Soulless de Gail Carrister. D’abord un peu effrayée par la touche de rose sur la couverture, j’ai fini par succomber à la curiosité. Et ce roman, je l’ai dévoré, pourtant…

Up !

Evidemment la période victorienne n’a pas été pour rien dans mon choix de lire ce roman. L’héroïne au début très décalée m’a conquise : vieille fille, déjà rangée au placard par sa famille, Miss Tarabotti s’illustre par un caractère trempé, un estomac solide, un goût prononcé pour les bibliothèques et une ombrelle qui lui sert d’arme lorsqu’elle est mal entourée. Beaucoup d’éléments m’ont d’abord donné envie de dévorer ce texte : une scène d’ouverture bourrée d’humour, une société dans laquelle vampires et loups garous vivent au grand jour et un début de romance mouvementée… de quoi aborder ce récit avec grand plaisir !

Down !

Lorsque Lord Maccon, loup-garou de son état, a embrassé Alexia au bout de 100 pages, j’ai déjà vu partir en  fumée leurs disputes jouissives et senti poindre la fleur bleue chez Miss Carriger. Et quand le baiser a duré 10 pages et a été rapidement suivi d’une deuxième scène du même genre, j’ai failli faire une syncope ! Le récit d’aventures reprend ensuite le dessus mais le roman se finit malheureusement par un mariage et une série de mini happy ends qui pour moi font plonger Soulless de page-turner au statut de gentil divertissement… surtout que je ne saurai jamais maintenant pourquoi l’emblème de la société secrète démasquée était un octopus (ce qui est source de grande frustration !). Et lorsque Miss Tarabotti rencontre la Reine Victoria, la conversation est des plus improbables ("you" et non "your majesty" ou "your royal highness") : la Reine finit par dire à la jeune femme "allez, tu sais bien que Lord Maccon est fou de toi depuis le début"... un passage qui m'a fait frémir d'indignation.

Malgré tout j'ai lu ce roman d'une traite. Je n'achèterai pas toute la série mais vais quand même tenter de lire le deuxième tome en espérant qu'il sera moins fleur bleue !

D'autres avis : Fashion, Karine:) et Pimpi qui m'ont fait découvrir et donné envie de lire ce roman (merci à vous, je ne regrette pas ce moment passé avec Lord Maccon & co), mais aussi Nourritures en tout genre, Adalana, Yueyin, Chimère, JainaXF, Sandy, Miss Babooshka

Challenge Halloween : ça se passe ici et chez Hilde

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384 p

Gail Carriger, Soulless, 2009

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22/10/2011

Once bitten, twice damned

king-salem's lot.jpgAdolescente, j'ai découvert avec horreur et délectation la littérature d'épouvante. Avec Hilde et une autre amie, nous lisions avec avidité les romans de Stephen King ou d'Anne Rice, plus ou moins en même temps, inventions des personnages inspirés de ces récits et savourions ensemble ces lectures d'un genre nouveau. J'ai assez rapidement cessé de lire Stephen King et l'ai abandonné pendant des années... à vrai dire je ne l'avais jamais relu depuis le lycée. Je ne suis pas attirée par ses derniers livres, en revanche depuis quelques années j'envisage de lire ou relire ses "classiques", qui me paraissent plus sérieux, moins commerciaux.

J'ai donc choisi pour cette lecture commune Salem's Lot, qui traîne depuis un certain temps dans ma bibliothèque. Ce roman me tentait dans la mesure où il traitait du mythe du vampire, qui m'intéresse beaucoup... et curieusement, je n'arrivais jamais à me mettre à le lire : il me tombait des mains au bout de quelques pages et j'étais persuadée (je ne sais pas pourquoi) que le vampire n'était évoqué que de façon métaphorique. Je me suis donc fait violence, car l'introduction me déplaît toujours autant. Un homme et un petit garçon se sont réfugiés dans un coin perdu... une ombre plane sur leurs vies, car ils ont vécu ou connaissent quelque chose de terrible, mamma mia !... et l'on revient sur ce qui leur est arrivé. Et là, le récit devient très intéressant. Cette introduction est vraiment courte, pourtant elle a bien failli me faire déclarer forfait : j'ai lu trente pages avant de partir en Grèce, ai abandonné King pour Virginia Woolf et c'est uniquement parce que j'anticipais mon retour à Paris et le manque de temps que j'ai repris ma lecture pendant mes derniers jours libres. C'est donc sur une plage catalane que je me suis plongée dans les premiers chapitres d'un roman que je qualifierais finalement de très intéressant.

Salem's Lot (Jerusalem's Lot à l'origine) est une paisible petite ville américaine sans intérêt, où il ne se passe jamais rien. L'une des premières scènes marque la rencontre entre Ben Mears, écrivain de retour dans cette ville après de nombreuses années (et une tragédie personnelle), et Susan Norton, jeune femme un brin artiste désabusée par la vie à Salem's Lot.

Au début du roman, le lecteur apprend l'existence de Marsten House : située un peu hauteur, cette maison qui domine la ville est abandonnée depuis des années, depuis que son propriétaire s'est pendu après avoir abattu sa femme. Ben se souvient d'être entré dans la maison par défi lorsqu'il était enfant et pense avoir vu le cadavre grotesque de Hubbie Marsten le regarder, toujours suspendu à sa corde. C'est en partie pour exorciser ce mauvais souvenir que Mears est revenu écrire un roman inspiré de la maison en question. Bizarrement, alors qu'il envisageait de la louer, il apprend qu'elle vient d'être achetée par deux antiquaires souhaitant monter leur affaire à Salem.

Rapidement après l'arrivée de Mears, deux enfants se font attaquer dans la forêt alors qu'ils empruntaient à la nuit tombée un raccourci pour se rendre chez un camarade. Le plus petit a disparu tandis que le deuxième, choqué, décède peu de temps après.

Le roman emprunte ensuite les principaux codes du récit de vampire : un à un, puis de plus en plus rapidement, les victimes semblent souffrir d'anémie et décèdent, avant de se réveiller après le crépuscule. Ces vampires dépendent de leur maître, leur "père originel", dont je ne vous parlerai pas plus car il faut bien que vous découvriez vous-mêmes ce roman. Les armes sont on ne peut plus traditionnelles : aïl, croix, eau bénite, prières et bénédictions, "stake through the heart" et j'en passe !

Je ne voudrais pas dévoiler tous les ressorts d'un tel classique fantastique (au passage, c'est le deuxième roman publié par Stephen King après l'excellent Carrie). Le récit est dense, les personnages multiples et leurs histoires croisées tissent petit à petit une trame cohérente, assez classique. A vrai dire, le roman est assez long : on pourrait résumer très rapidement les principaux événements, mais il faut compter avec de nombreuses scènes intermédiaires qui permettent au lecteur de suivre le quotidien inintéressant puis de plus en plus étrange des habitants. Or c'est justement cela qui permet à King de mettre en place une atmosphère très particulière, assez lourde, dérangeante qui, lorsque la tension monte à son comble, finit par devenir assez effrayante. La première scène de vampire dans un cimetière est très angoissante d'ailleurs ! Salem's Lot est pour moi un roman réussi, très bien mené, qui tient le lecteur en haleine de bout en bout... ou presque, car les toutes dernières pages me paraissent à peu près aussi fascinantes que les premières. Si l'écriture n'est pas "esthétique", le style parvient à parfaitement retraduire l'état d'esprit des personnages et la menace qui plane sur eux (un style à mon avis parfaitement approprié au but que s'est fixé l'auteur, et en aucun cas maladroit). Un roman qui par ailleurs n'est pas inintéressant sur le plan sociologique, car King excelle lorsqu'il s'agit de décrire la classe moyenne américaine lambda.

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483 p

Stephen King, Salem's Lot, 1975

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15/10/2011

L'inégalable Cimetière et sa Crypte !

singleton_century.jpgCaché au fond de ma bibliothèque, sur une étagère poussiéreuse regorgeant de romans abandonnés aux tranches décolorées par le temps, sommeillait un étonnant livre aux accents victoriens, Century.

Poussée par la curiosité et toujours en quête de manoirs anglais (avec un petit faible pour les demeures abandonnées, plus à la portée de mon modeste pécule), j'ai suivi la jeune Mercy qui, en propriétaire attentive, n'a pas manqué de me vanter les charmes des lieux. Et moi qui ne possède pas moins de trois propriétés anglaises oubliées, à commencer par un cottage esseulé sur les hauteurs de Haworth, je n'ai pas su résister au charme de cette vieille bâtisse, dans laquelle j'ai posé mes valises la semaine dernière.

Si j'ai été séduite par cette demeure, c'est aussi parce qu'elle annonçait de grandes aventures. C'est donc également munie de mon spectomètre, d'un pic à glace et d'une lampe torche que j'ai fait mon entrée dans Century, domaine où les habitants se couchent avant l'aube et se réveillent après le crépuscule. Un éternel hiver entoure ses jardins, les plantes ne poussent plus, le froid est mordant. Trajan, le père de Mercy, vit enfermé dans une pièce inconnue, ce qui ne manque pas dans une demeure où la plupart des pièces ont été condamnées puis oubliées par leurs habitants. J'ai rencontré mes premiers fantômes, à commencer par un effroyable visage soudain apparu sous la glace d'un lac gelé, alors que j'étais bien décidée à me remettre au patinage (puisqu'il n'y avait pas grand-monde pour me voir, ce qui n'est malheureusement pas le cas dans les patinoires publiques). J'ai subi avec Mercy et sa soeur Charity les fastidieuses leçons de l'austère Galatea (qui semblait décidée à rattraper ce que cinq ans de latin au secondaire n'ont jamais réussi à faire pour moi) et, après deux jours qui m'ont paru une éternité, j'ai suivi Mercy derrière une tapisserie poussièreuse (ce qui, étant donné mon allergie aux acariens, n'a pas été de tout repos). D'un passage secret à un autre, j'ai quitté l'année 1890 pour 1789 (en tant que Française j'étais soulagée d'être bien loin de ma terre natale). C'est là que j'ai découvert qu'un enchantement maintenant Century dans un hiver sans fin, à la suite d'événements tragiques ayant eu lieu un siècle auparavant. Parmi eux, une terrible expérimentation rappelant les laboratoires du docteur Frankenstein et autres scientifiques et alchimistes inquiétants oubliés ou trop éblouis par les Lumières !

Je ressors de ce voyage intrépide enchantée, même si j'ai finalement décidé de quitter Century pour louer un appartement à Londres et suivre Alexia Tarabotti dans sa quête tout aussi mouvementée de la célèbre treacle tart. Et si Century permet de s'arrêter au cimetière pour notre train fantôme, c'est parce que l'une des scènes finales a lieu dans un cimetière familial où une femme enterrée un siècle plus tôt s'extrait soudain de sa fosse, toute couverte de terre mais apparemment en pleine forme. Charming, isn't it ?

A woman under the ice. A ghost. Mercy could see ghosts, the echoes of people who had died.

Avis : Hilde (avec qui j'ai découvert ce livre au hasard d'un petit marché aux livres), Mes imaginaires, Read in a single sitting, Clarabel...

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220 p

Sarah Singleton, Century, 2005

Logo Halloween4.jpgsarah singleton,century,les fantômes de century,roman,roman anglais,roman xixe,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,manoir hantéChallenge God save le livre : 18 livres lus

08/10/2011

Un aïeul bien encombrant

lovecraft-affaire-charles-dexter-ward.jpgSacré Lovecraft ! Une fois que l'on a lu deux ou trois de ses textes, c'est toujours en terrain connu que l'on a l'impression de revenir !

Petite fiche d'identité de L'Affaire Charles Dexter Ward de Lovecraft

Lieu : Providence, Nouvelle Angleterre

Epoque : Début du XXe

Quoi : Epris d'archéologie et d'histoires anciennes en tout genre, Ward se découvre une parenté avec Joseph Curwen, mort à Providence en 1771. Ward mène par curiosité une petite enquête, ayant eu vent de légendes peu rassurantes au sujet de son aïeul, . Cela l'amènera à faire de bien dangereuses rencontres avec l'au-delà et d'autres mondes qu'il ne fait pas bon fréquenter.

Cette novella mêle l'histoire de Ward à celle de Curwen, couvrant ainsi deux époques : le XVIIIe et un XXe siècle encore jeune.

J'apprécie énormément Lovecraft lorsqu'il me transporte dans les quartiers les plus anciens de Nouvelle-Angleterre, lorsqu'il fait revivre une Amérique ancienne, que je retrouve peu dans mes lectures. J'aime ces plongeons dans des lieux peu recommandables marqués par la sorcellerie et les rencontres avec l'au-delà ou autres puissances surnaturelles.

Malgré tout, quelques bémols : une histoire qui met quelques pages à se mettre en place, pour un récit assez court. Par ailleurs, le souci du détail propre à Lovecraft porte parfois à confusion : les formules curieuses et autres rites rencontrés régulièrement ont pour moi un caractère assez répétitif, si bien qu'au final je parviens rarement à y prêter vraiment attention.

Enfin j'avais compris le fin mot assez tôt - ce qui je crois, faisait partie de l'intention de l'auteur qui laisse beaucoup d'indices à notre portée, mais de ce fait, il me semble que les dernières pages n'apportent pas grand-chose, car elles ne font que confirmer ce à quoi l'on s'attendait.

Il y a un côté assez manichéen chez Lovecraft. L'aïeul n'est pas seulement en quête d'immortalité, il veut conquérir le monde tandis que son descendant veut quant à lui lutter contre les forces du mal lorsqu'il prend conscience de ce qui se prépare. Par ailleurs, ayant déjà lu des récits proches de ceux-ci, j'aurais davantage savouré une histoire de fantômes (car il est question d'une ferme maudite et d'une maison délabrée au passé sombre), non de sorcellerie et d'alchimie : ce récit m'a trop rappelé une autre lecture de Lovecraft faite l'été dernier. Cet écrivain crée des mondes assez tordus mes amis, il faut bien le dire, et n'étant pas franchement passionnée par les mondes parallèles, j'aurais aimé découvrir ici un texte un peu différent de ce à quoi il m'avait habituée. Malgré tout il s'agit d'un récit très agréable à lire. J'aurais tout de même tendance à recommander cependant L'Abomination de Dunwich, qui m'avait fait une plus forte impression (comme en atteste ce billet assez décousu, écrit quelques mois après ma lecture, lecture qui ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs... heureusement que j'avais pris quelques notes !).

D'autres avis : Pitiland...

Et ici un document word intéressant où vous trouverez le résumé des oeuvres de Lovecraft.

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126 p

H.P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, 1941 (posthume)

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