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05/11/2011

Le mois anglais

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Amis lecteurs et blogolecteurs, Victoriens en herbe ou aguéris, amoureux des douces contrées anglaises et adeptes du Fish & Chips, ce mois est pour vous !

logo mois anglais3.jpgSuite au mois Kiltissime que Cryssilda et moi vous avions proposé pour nous lancer dans de folles aventures en Ecosse, nous avons décidé de partir de nouveau en voyage ensemble, cette fois-ci accompagnées de Titine, pour une destination qui me tient très à coeur : l'Angleterre. Parce que je suis tombée amoureuse de la langue à la fin de l'école primaire et qu'ado je n'ai eu de cesse de me rendre en Angleterre et de partager magazines, cassettes et autres avec mes correspondantes anglaises ; parce qu'après avoir heureusement réalisé à temps que l'enseignement n'était pas fait pour moi et renoncé à une carrière de prof d'anglais improbable, j'ai continué à me rendre régulièrement dans ce pays auquel je suis profondément attachée ; parce que j'ai découvert que l'accent américain était sympa mais l'accent anglais finalement bien plus séduisant à mes oreilles ; parce que j'aime l'Angleterre y compris sous les pires averses et même lorsque je me suis retrouvée dans des maisons sans chauffage ni eau chaude en hiver ; parce que je déteste leur thé en sachet mais ne trouverai jamais en France des vitrines aussi raffinées que celles de Fortnum & Mason ; parce que depuis l'école primaire, parmi mes chanteurs et acteurs préférés les Anglais viennent presque toujours en tête ; parce que mes auteurs favoris sont anglais et que Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent ont bouleversé ma vie de lectrice lorsque j'étais adolescente ; parce que j'aime les légumes à moitié cuits et les scones ; parce que j'aime chacun des endroits que j'ai visités et prévois encore d'innombrables voyages sur place ; parce que je n'exclus pas d'aller y vivre un jour ; enfin parce que je pourrais continuer comme ça pendant des heures (remarquez que je n'ai même pas cité Pride and Prejudice – car sinon on pourrait y passer la nuit). Bref, pour toutes ces raisons, je ne pouvais pas ne pas envisager ce mois anglais, que mes deux acolytes et moi avions hâte d'organiser.

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Le Mois anglais aura donc lieu du 15 décembre au 15 janvier. Vous pourrez au cours de ce mois publier autant de billets que vous le souhaitez sur : vos lectures d'auteurs anglais géniaux ; vos lectures de récits ayant pour cadre l'Angleterre ; des films anglais/se passant en Angleterre et donc potentiellement hautement intéressants ; des artistes que vous souhaiteriez présenter ; des photos de voyage ; des réalisations (scrapbooking, coûture...) so British – choses que je ne serai jamais capable de produire !

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Nous espérons que vous serez nombreux à prendre l'Eurostar ou le Ferry avec nous : mugs, Earl Grey, scones et CD des Beatles sont à votre disposition pour rendre le voyage plus confortable !

challenge,challenge anglais,mois anglais,challenge mois anglais,challenge kiltissime,angleterre,roman anglaisVous pouvez d'ores et déjà nous rejoindre sur le groupe Facebook du Mois anglais, où nous avons commencé à parler de la pluie et du beau temps (enfin plus souvent de la pluie, mois anglais oblige...), de nos futures lectures et de tout et n'importe quoi.

Comme nous avons de folles ambitions et surtout les yeux plus gros que le ventre, nous avons déjà prévu les billets communs suivants... n'hésitez pas à vous joindre à nous (avec la lecture d'un roman de ces auteurs, une adaptation ou une autre oeuvre en rapport avec eux) :

 

-le 15 décembre : Elizabeth Gaskell
-le 22 décembre : William Wilkie Collins
-le 29 décembre : Daphné du Maurier
-le 2 janvier : Charles Dickens
-le 12 janvier : Jane Austen

Et pour nous retrouver et laisser des liens vers vos billets, voici aussi les billets de lancement des trois organisatrices : Cryssilda, Titine et Lou sur ce blog. 

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27/10/2011

Being a spinster in Victorian England

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Après avoir quitté un manoir victorien poussiéreux et lutté contre les vampires de Salem armée d’eau bénite et de pieux, j’ai jeté mon dévolu sur un appartement londonien, histoire de changer (no comment) ! Alors que je profitais tranquillement de la quiétude de Hyde Park pour lire un délicieux Wilkie Collins, mon attention a été attirée par une scène étrange qui se déroulait à quelques pas de moi : une jeune femme (enfin plus trop jeune selon les critères victoriens) menaçait avec une ombrelle un petit garçon qui, visiblement, venait de la bousculer en courant après son cerceau. Par terre gisait une part de tarte aux noix de pécan : c’est là que j’ai compris l’ampleur du drame et l’origine des rugissements de la demoiselle !

Ayant prévu de rester un moment au parc, je n’étais pas venue les mains vides et après avoir proposé à Miss Alexia Tarabotti (car c’était elle) de partager quelques muffins, j’ai finalement passé l’après-midi au salon de thé en sa compagnie puis, de fil en aiguille, l’ai accompagnée dans une librairie : notre amour commun de Fortnum & Mason et de Jane Austen venait de faire de moi sa nouvelle confidente !

Alexia m’a ainsi raconté ses folles aventures et, à vrai dire, je n’ai jamais connu goûter plus animé ! Préternaturelle (« preternatural »), Alexia n’a pas d’âme, ce qui lui permet d’annuler au moindre contact physique les pouvoirs des créatures surnaturelles qui, elles, souffrent d’un excédent d’âme (on en apprend tous les jours !). Sous l’ère de la Reine Victoria, Alexia mène une vie mouvementée. Entourée d’une mère remariée et de deux demi-sœurs idiotes, Alexia souffre d’un grand nez, d’une peau halée et du statut méprisable de vieille fille de 26 ans.

Lorsqu’un vampire hargneux l’attaque et lui fait manquer un délicieux dessert, Miss Tarabotti l’achève malencontreusement à coups d’ombrelle et de pinces à cheveux. C’est là le début d’un récit loufoque dans lequel j’ai croisé un vampire gay extrêmement soucieux de son apparence, un majordome complice des frasques de miss Tarabotti, un Lord loup-garou grognon sous l’influence  de la pleine lune.

So what ? Soyons honnêtes, je n’ai pas rencontré Miss Tarabotti mais me suis contentée de lire Soulless de Gail Carrister. D’abord un peu effrayée par la touche de rose sur la couverture, j’ai fini par succomber à la curiosité. Et ce roman, je l’ai dévoré, pourtant…

Up !

Evidemment la période victorienne n’a pas été pour rien dans mon choix de lire ce roman. L’héroïne au début très décalée m’a conquise : vieille fille, déjà rangée au placard par sa famille, Miss Tarabotti s’illustre par un caractère trempé, un estomac solide, un goût prononcé pour les bibliothèques et une ombrelle qui lui sert d’arme lorsqu’elle est mal entourée. Beaucoup d’éléments m’ont d’abord donné envie de dévorer ce texte : une scène d’ouverture bourrée d’humour, une société dans laquelle vampires et loups garous vivent au grand jour et un début de romance mouvementée… de quoi aborder ce récit avec grand plaisir !

Down !

Lorsque Lord Maccon, loup-garou de son état, a embrassé Alexia au bout de 100 pages, j’ai déjà vu partir en  fumée leurs disputes jouissives et senti poindre la fleur bleue chez Miss Carriger. Et quand le baiser a duré 10 pages et a été rapidement suivi d’une deuxième scène du même genre, j’ai failli faire une syncope ! Le récit d’aventures reprend ensuite le dessus mais le roman se finit malheureusement par un mariage et une série de mini happy ends qui pour moi font plonger Soulless de page-turner au statut de gentil divertissement… surtout que je ne saurai jamais maintenant pourquoi l’emblème de la société secrète démasquée était un octopus (ce qui est source de grande frustration !). Et lorsque Miss Tarabotti rencontre la Reine Victoria, la conversation est des plus improbables ("you" et non "your majesty" ou "your royal highness") : la Reine finit par dire à la jeune femme "allez, tu sais bien que Lord Maccon est fou de toi depuis le début"... un passage qui m'a fait frémir d'indignation.

Malgré tout j'ai lu ce roman d'une traite. Je n'achèterai pas toute la série mais vais quand même tenter de lire le deuxième tome en espérant qu'il sera moins fleur bleue !

D'autres avis : Fashion, Karine:) et Pimpi qui m'ont fait découvrir et donné envie de lire ce roman (merci à vous, je ne regrette pas ce moment passé avec Lord Maccon & co), mais aussi Nourritures en tout genre, Adalana, Yueyin, Chimère, JainaXF, Sandy, Miss Babooshka

Challenge Halloween : ça se passe ici et chez Hilde

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384 p

Gail Carriger, Soulless, 2009

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22/10/2011

Once bitten, twice damned

king-salem's lot.jpgAdolescente, j'ai découvert avec horreur et délectation la littérature d'épouvante. Avec Hilde et une autre amie, nous lisions avec avidité les romans de Stephen King ou d'Anne Rice, plus ou moins en même temps, inventions des personnages inspirés de ces récits et savourions ensemble ces lectures d'un genre nouveau. J'ai assez rapidement cessé de lire Stephen King et l'ai abandonné pendant des années... à vrai dire je ne l'avais jamais relu depuis le lycée. Je ne suis pas attirée par ses derniers livres, en revanche depuis quelques années j'envisage de lire ou relire ses "classiques", qui me paraissent plus sérieux, moins commerciaux.

J'ai donc choisi pour cette lecture commune Salem's Lot, qui traîne depuis un certain temps dans ma bibliothèque. Ce roman me tentait dans la mesure où il traitait du mythe du vampire, qui m'intéresse beaucoup... et curieusement, je n'arrivais jamais à me mettre à le lire : il me tombait des mains au bout de quelques pages et j'étais persuadée (je ne sais pas pourquoi) que le vampire n'était évoqué que de façon métaphorique. Je me suis donc fait violence, car l'introduction me déplaît toujours autant. Un homme et un petit garçon se sont réfugiés dans un coin perdu... une ombre plane sur leurs vies, car ils ont vécu ou connaissent quelque chose de terrible, mamma mia !... et l'on revient sur ce qui leur est arrivé. Et là, le récit devient très intéressant. Cette introduction est vraiment courte, pourtant elle a bien failli me faire déclarer forfait : j'ai lu trente pages avant de partir en Grèce, ai abandonné King pour Virginia Woolf et c'est uniquement parce que j'anticipais mon retour à Paris et le manque de temps que j'ai repris ma lecture pendant mes derniers jours libres. C'est donc sur une plage catalane que je me suis plongée dans les premiers chapitres d'un roman que je qualifierais finalement de très intéressant.

Salem's Lot (Jerusalem's Lot à l'origine) est une paisible petite ville américaine sans intérêt, où il ne se passe jamais rien. L'une des premières scènes marque la rencontre entre Ben Mears, écrivain de retour dans cette ville après de nombreuses années (et une tragédie personnelle), et Susan Norton, jeune femme un brin artiste désabusée par la vie à Salem's Lot.

Au début du roman, le lecteur apprend l'existence de Marsten House : située un peu hauteur, cette maison qui domine la ville est abandonnée depuis des années, depuis que son propriétaire s'est pendu après avoir abattu sa femme. Ben se souvient d'être entré dans la maison par défi lorsqu'il était enfant et pense avoir vu le cadavre grotesque de Hubbie Marsten le regarder, toujours suspendu à sa corde. C'est en partie pour exorciser ce mauvais souvenir que Mears est revenu écrire un roman inspiré de la maison en question. Bizarrement, alors qu'il envisageait de la louer, il apprend qu'elle vient d'être achetée par deux antiquaires souhaitant monter leur affaire à Salem.

Rapidement après l'arrivée de Mears, deux enfants se font attaquer dans la forêt alors qu'ils empruntaient à la nuit tombée un raccourci pour se rendre chez un camarade. Le plus petit a disparu tandis que le deuxième, choqué, décède peu de temps après.

Le roman emprunte ensuite les principaux codes du récit de vampire : un à un, puis de plus en plus rapidement, les victimes semblent souffrir d'anémie et décèdent, avant de se réveiller après le crépuscule. Ces vampires dépendent de leur maître, leur "père originel", dont je ne vous parlerai pas plus car il faut bien que vous découvriez vous-mêmes ce roman. Les armes sont on ne peut plus traditionnelles : aïl, croix, eau bénite, prières et bénédictions, "stake through the heart" et j'en passe !

Je ne voudrais pas dévoiler tous les ressorts d'un tel classique fantastique (au passage, c'est le deuxième roman publié par Stephen King après l'excellent Carrie). Le récit est dense, les personnages multiples et leurs histoires croisées tissent petit à petit une trame cohérente, assez classique. A vrai dire, le roman est assez long : on pourrait résumer très rapidement les principaux événements, mais il faut compter avec de nombreuses scènes intermédiaires qui permettent au lecteur de suivre le quotidien inintéressant puis de plus en plus étrange des habitants. Or c'est justement cela qui permet à King de mettre en place une atmosphère très particulière, assez lourde, dérangeante qui, lorsque la tension monte à son comble, finit par devenir assez effrayante. La première scène de vampire dans un cimetière est très angoissante d'ailleurs ! Salem's Lot est pour moi un roman réussi, très bien mené, qui tient le lecteur en haleine de bout en bout... ou presque, car les toutes dernières pages me paraissent à peu près aussi fascinantes que les premières. Si l'écriture n'est pas "esthétique", le style parvient à parfaitement retraduire l'état d'esprit des personnages et la menace qui plane sur eux (un style à mon avis parfaitement approprié au but que s'est fixé l'auteur, et en aucun cas maladroit). Un roman qui par ailleurs n'est pas inintéressant sur le plan sociologique, car King excelle lorsqu'il s'agit de décrire la classe moyenne américaine lambda.

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483 p

Stephen King, Salem's Lot, 1975

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15/10/2011

L'inégalable Cimetière et sa Crypte !

singleton_century.jpgCaché au fond de ma bibliothèque, sur une étagère poussiéreuse regorgeant de romans abandonnés aux tranches décolorées par le temps, sommeillait un étonnant livre aux accents victoriens, Century.

Poussée par la curiosité et toujours en quête de manoirs anglais (avec un petit faible pour les demeures abandonnées, plus à la portée de mon modeste pécule), j'ai suivi la jeune Mercy qui, en propriétaire attentive, n'a pas manqué de me vanter les charmes des lieux. Et moi qui ne possède pas moins de trois propriétés anglaises oubliées, à commencer par un cottage esseulé sur les hauteurs de Haworth, je n'ai pas su résister au charme de cette vieille bâtisse, dans laquelle j'ai posé mes valises la semaine dernière.

Si j'ai été séduite par cette demeure, c'est aussi parce qu'elle annonçait de grandes aventures. C'est donc également munie de mon spectomètre, d'un pic à glace et d'une lampe torche que j'ai fait mon entrée dans Century, domaine où les habitants se couchent avant l'aube et se réveillent après le crépuscule. Un éternel hiver entoure ses jardins, les plantes ne poussent plus, le froid est mordant. Trajan, le père de Mercy, vit enfermé dans une pièce inconnue, ce qui ne manque pas dans une demeure où la plupart des pièces ont été condamnées puis oubliées par leurs habitants. J'ai rencontré mes premiers fantômes, à commencer par un effroyable visage soudain apparu sous la glace d'un lac gelé, alors que j'étais bien décidée à me remettre au patinage (puisqu'il n'y avait pas grand-monde pour me voir, ce qui n'est malheureusement pas le cas dans les patinoires publiques). J'ai subi avec Mercy et sa soeur Charity les fastidieuses leçons de l'austère Galatea (qui semblait décidée à rattraper ce que cinq ans de latin au secondaire n'ont jamais réussi à faire pour moi) et, après deux jours qui m'ont paru une éternité, j'ai suivi Mercy derrière une tapisserie poussièreuse (ce qui, étant donné mon allergie aux acariens, n'a pas été de tout repos). D'un passage secret à un autre, j'ai quitté l'année 1890 pour 1789 (en tant que Française j'étais soulagée d'être bien loin de ma terre natale). C'est là que j'ai découvert qu'un enchantement maintenant Century dans un hiver sans fin, à la suite d'événements tragiques ayant eu lieu un siècle auparavant. Parmi eux, une terrible expérimentation rappelant les laboratoires du docteur Frankenstein et autres scientifiques et alchimistes inquiétants oubliés ou trop éblouis par les Lumières !

Je ressors de ce voyage intrépide enchantée, même si j'ai finalement décidé de quitter Century pour louer un appartement à Londres et suivre Alexia Tarabotti dans sa quête tout aussi mouvementée de la célèbre treacle tart. Et si Century permet de s'arrêter au cimetière pour notre train fantôme, c'est parce que l'une des scènes finales a lieu dans un cimetière familial où une femme enterrée un siècle plus tôt s'extrait soudain de sa fosse, toute couverte de terre mais apparemment en pleine forme. Charming, isn't it ?

A woman under the ice. A ghost. Mercy could see ghosts, the echoes of people who had died.

Avis : Hilde (avec qui j'ai découvert ce livre au hasard d'un petit marché aux livres), Mes imaginaires, Read in a single sitting, Clarabel...

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220 p

Sarah Singleton, Century, 2005

Logo Halloween4.jpgsarah singleton,century,les fantômes de century,roman,roman anglais,roman xixe,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,manoir hantéChallenge God save le livre : 18 livres lus

08/10/2011

Un aïeul bien encombrant

lovecraft-affaire-charles-dexter-ward.jpgSacré Lovecraft ! Une fois que l'on a lu deux ou trois de ses textes, c'est toujours en terrain connu que l'on a l'impression de revenir !

Petite fiche d'identité de L'Affaire Charles Dexter Ward de Lovecraft

Lieu : Providence, Nouvelle Angleterre

Epoque : Début du XXe

Quoi : Epris d'archéologie et d'histoires anciennes en tout genre, Ward se découvre une parenté avec Joseph Curwen, mort à Providence en 1771. Ward mène par curiosité une petite enquête, ayant eu vent de légendes peu rassurantes au sujet de son aïeul, . Cela l'amènera à faire de bien dangereuses rencontres avec l'au-delà et d'autres mondes qu'il ne fait pas bon fréquenter.

Cette novella mêle l'histoire de Ward à celle de Curwen, couvrant ainsi deux époques : le XVIIIe et un XXe siècle encore jeune.

J'apprécie énormément Lovecraft lorsqu'il me transporte dans les quartiers les plus anciens de Nouvelle-Angleterre, lorsqu'il fait revivre une Amérique ancienne, que je retrouve peu dans mes lectures. J'aime ces plongeons dans des lieux peu recommandables marqués par la sorcellerie et les rencontres avec l'au-delà ou autres puissances surnaturelles.

Malgré tout, quelques bémols : une histoire qui met quelques pages à se mettre en place, pour un récit assez court. Par ailleurs, le souci du détail propre à Lovecraft porte parfois à confusion : les formules curieuses et autres rites rencontrés régulièrement ont pour moi un caractère assez répétitif, si bien qu'au final je parviens rarement à y prêter vraiment attention.

Enfin j'avais compris le fin mot assez tôt - ce qui je crois, faisait partie de l'intention de l'auteur qui laisse beaucoup d'indices à notre portée, mais de ce fait, il me semble que les dernières pages n'apportent pas grand-chose, car elles ne font que confirmer ce à quoi l'on s'attendait.

Il y a un côté assez manichéen chez Lovecraft. L'aïeul n'est pas seulement en quête d'immortalité, il veut conquérir le monde tandis que son descendant veut quant à lui lutter contre les forces du mal lorsqu'il prend conscience de ce qui se prépare. Par ailleurs, ayant déjà lu des récits proches de ceux-ci, j'aurais davantage savouré une histoire de fantômes (car il est question d'une ferme maudite et d'une maison délabrée au passé sombre), non de sorcellerie et d'alchimie : ce récit m'a trop rappelé une autre lecture de Lovecraft faite l'été dernier. Cet écrivain crée des mondes assez tordus mes amis, il faut bien le dire, et n'étant pas franchement passionnée par les mondes parallèles, j'aurais aimé découvrir ici un texte un peu différent de ce à quoi il m'avait habituée. Malgré tout il s'agit d'un récit très agréable à lire. J'aurais tout de même tendance à recommander cependant L'Abomination de Dunwich, qui m'avait fait une plus forte impression (comme en atteste ce billet assez décousu, écrit quelques mois après ma lecture, lecture qui ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs... heureusement que j'avais pris quelques notes !).

D'autres avis : Pitiland...

Et ici un document word intéressant où vous trouverez le résumé des oeuvres de Lovecraft.

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126 p

H.P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, 1941 (posthume)

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26/09/2011

L'heure du thé à Bloomsbury

ACH002772997.0.580x580.jpgVirginia Woolf fait partie des auteurs qui me fascinent et peut-être est-elle celle qui m'intrigue le plus. Je connais encore mal son oeuvre dense, ambitieuse, parfois assez insaisissable : d'elle je n'ai lu que, dans l'ordre de lecture, To the Lighthouse, Mrs Dalloway, La Scène Londonienne, les premiers chapitres de L'Art du Roman et l'essai Une Chambre à soi (j'ai également lu quelques pages de Orlando et les premiers chapitres de La Chambre de Jacob que je projette de reprendre depuis des mois). Ce que j'aime chez Woolf mais qui me fait aussi souvent remettre mes lectures à plus tard, c'est qu'il s'agit d'une lecture exigeante : Woolf crée un univers à soi, plutôt troublant au premier abord, et si l'on ne lui consacre pas suffisamment d'attention, si les petits riens de la vie viennent polluer la lecture, alors il ne s'agira sans doute que d'une rencontre manquée. C'est un peu comme essayer de lire Proust dans un métro bondé : désespérant.

J'ai donc profité d'un séjour en Grèce pour lire Nuit et Jour, mon compagnon de voyage au cours de ces dix jours où, si je n'ai pas passé mes journées à lire (loin de là), j'ai trouvé refuge dans ce roman avec un immense sentiment de félicité à chaque fois qu'une pause me le permettait. J'associerai sans doute toujours Nuit et Jour à la traversée des Cyclades en ferry, aux charmantes plages de Sifnos et à quelques moments perdus lors de ce très beau voyage.

Si je vous raconte ma vie au demeurant follement passionnante, je n'en doute pas, c'est avant tout parce que ce roman est pour moi associé à une atmosphère spécifique bien difficile à retraduire. Ce livre m'a fait l'effet d'une pluie d'impressions : j'entends par là les impressions produites sur les personnages par le quotidien, par quelques échanges. C'est aussi une lecture qui me touche personnellement car je me suis énormément retrouvée dans ce livre : j'avais ainsi parfois le sentiment de me noyer dans le questionnement incessant des personnages, tandis qu'à d'autres moments je trouvais un semblant de réponse (était-ce du réconfort ?) dans les chemins qu'ils empruntaient. J'ai trouvé chez Ralph et Katherine deux âmes soeurs, soumises comme moi à des volontés impérieuses et incontrôlables qui régulièrement les arrachent à la terne réalité et les conduisent dans des mondes parallèles, façonnés à leur goût ; j'ai également suivi avec angoisse la définition progressive du rapport au travail de Ralph (qui travaille par nécessité et souffre de ce que son métier l'éloigne de ce qui réellement l'intéresse) et de Mary (qui voit dans le travail une manière de s'émanciper et de trouver une raison d'être, aussi pragmatique soit-elle).

Deuxième roman de Virginia Woolf, Nuit et Jour met en scène quatre jeunes gens : Katherine Hilbery, petite fille d'un écrivain célèbre approchant de la trentaine, dont on attend un beau mariage et qui, quant à elle, souhaite gagner une liberté qui lui permettrait de faire ce qu'elle aime réellement (car se consacrer aux mathématiques et à l'astronomie dans une famille de littéraires est tout à fait impossible) ; Mary Datchet, fille de pasteur, travaille dans une association militant pour l'obtention du droit de vote pour les femmes et rencontre régulièrement d'autres jeunes gens éclairés visant à changer le monde ou à parler art et littérature ; Ralph Denham, fils aîné d'une famille nombreuse d'origine modeste, est voué à une carrière d'avocat prometteuse... mais l'idée de bénéficier de ce confort petit bourgeois dans quelques années et de subvenir aux besoins de sa famille ne le satisfait pas, car il aspire à d'autres activités plus littéraires ; enfin William Rodney, amoureux de Katherine, apparaît d'abord comme un petit bourgeois obséquieux et ridicule, mais dévoile rapidement un caractère complexe, plus généreux, intelligent et torturé qu'il n'y paraît à première vue - un personnage qui reste malgré tout à mes yeux profondément égoïste et perdu par son souci des conventions. Au fil du récit, ces personnages vont se croiser et apprendre par ces rencontres à mieux définir leurs désirs pour trouver enfin l'équilibre et plus simplement, se découvrir eux-mêmes.

Bloomsbury.pngComme l'indique Camille Laurens dans sa préface, ce roman est de facture plus classique : plus abordable que d'autres textes de Virginia Woolf, il n'est pas sans évoquer Jane Austen de par l'analyse des sentiments qui y est faite (mais on ne retrouve pas tant l'humour et l'ironie d'Austen, tandis que ce roman édouardien met quant à lui un pied dans la modernité, avec des personnages aux moeurs beaucoup plus libres et une approche de leurs pensées intimes assez romanesque... peut-être justement plus universelle et moins marquée par une certaine époque). J'ai été séduite par l'époque décrite : Katherine me paraît infiniment moderne et libre par rapport aux jeunes filles du XIXe et même, à celles d'autres textes de la même époque, à travers la possibilité qu'elle a de sortir comme bon lui semble sans chaperon dans les rues de Londres, de ramener des amis chez elle, de s'absenter en plein milieu d'une soirée en famille. J'ai également été charmée par le personnage fantasque qu'est Mrs Hilbery (à qui Katherine ressemble davantage qu'elle ne semble l'imaginer) : incapable de mener un projet à bien, Mrs Hilbery vit dans l'ombre de son père, célèbre poète ; comme moi elle fait une fixation sur certains auteurs... dans son cas il s'agit de Shakespeare, qu'elle évoque à tout moment et dont elle va voir la tombe à Stratford-Upon-Avon (par contre je ne comprends pas d'où lui viennent ces fleurs cueillies sur la tombe de Shakespeare, car la tombe du Barde se situe à l'intérieur de l'église locale) ; elle semble vivre dans une aute réalité, se trompe de pièce, se perd en ville comme à la maison et paraît ne pas prêter attention au monde qu l'entoure, mais la fin montre qu'elle est en réalité très perspicace et surtout, que sa grande sensibilité littéraire n'est pas vaine et lui a ouvert les yeux sur beaucoup de choses ayant échappé aux autres.

Je pourrais parler indéfiniment de ce roman alors que je ne savais pas encore ce matin comment l'aborder. Je lui reconnais des maladresses et comme le dit très bien Lilly, on sent bien que Virginia Woolf ne parvient pas tout à fait à  atteindre ses objectifs : le monde si particulier qu'elle crée reste encore un peu confus et le roman mélange les influences littéraires (alors que ses romans ultérieurs sont absolument uniques, celui-ci m'a fait penser aussi bien à ceux d'autres membres du groupe Bloomsbury qu'à Austen, et plusieurs passages me rappellent très clairement The Rector's daughter de Flora Mayor, roman merveilleux que je vous conseille vivement). Malgré tout cela reste un immense bonheur de lecture et, à titre personnel, un roman qui m'a beaucoup marquée.

Les avis de : Allie, Lilly, Dominique, Le Pandemonium littéraire, Ivredelivres, Perrine

Merci encore à Jérôme de chez Points pour ce beau moment passé en compagnie de Virginia Woolf.

A noter que le challenge Virginia Woolf, que j'ai un peu délaissé, se poursuit : n'hésitez pas à participer (un billet ou plus selon les humeurs, l'envie du moment...).

 

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536 p (qu'on ne voit pas passer)

Virginia Woolf, Nuit et Jour, 1919

 

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14/09/2011

Adieu Victoria !

GrannyWebsterCarolineBlackwood.jpgMoi qui me suis jetée sur Granny Webster à sa sortie en France (je l'ai découvert par hasard en librairie), j'ai bien tardé à en parler... mais voilà enfin un billet que je voulais écrire depuis quelques mois !

Granny Webster est le titre tronqué de Great Granny Webster, plus fidèle au texte, car il y est question de l'arrière-grand-mère de la narratrice.

Envoyée se repose chez son arrière-grand-mère, la narratrice se retrouve emprisonnée dans un monde archaïque, où l'arrière-grand-mère Webster règne avec une résignation douloureuse sur une maison sans vie. Ce fossile vivant incarne la période victorienne révolue dans ce qu'elle a de plus rigide et ne peut se résoudre à l'inexorable progression d'une modernité dans laquelle elle ne trouvera pas sa place. "L'idée du chauffage central a toujours été la bête noire de la vieille Mrs Webster, poursuivit-elle d'un air ravi. La pauvre femme l'a vu se répandre comme la peste dans toutes les maisons d'Angleterre." (p65)

Ainsi, pendant ce court séjour de convalescence, les bienfaits de l'air marin sont appréciés à coup de promenades quotidiennes en voiture au cours desquelles le temps semble s'être arrêté et qui, au final, sont une des pires épreuves pour la jeune fille. Alors que son aieule est a priori fortunée, la maison est glaciale, les repas sans saveur et le service assuré par une pauvre femme âgée que l'on s'attend régulièrement à voir s'écrouler en portant des plateaux bien trop lourds pour elle dans des escaliers qui ne sont pas non plus faits pour son âge avancé. L'arrière-grand-mère Webster a choisi d'endurer cette vie austère avec résignation et met un point d'honneur à se torturer en restant assise des heures sur une chaise à dos droit au lieu de se reposer dans un bon fauteuil : "Elle-même était restée dans un silence courageux et stoïque à endurer sans plainte l'atroce inconfort de sa chaise au dos si dur. Je me demandais comment elle arrivait à supporter ce siège sans hurler. Il était évident qu'il la faisait souffrir. Il suffisait de voir l'air sinistre et cependant résolu qu'elle prenait en s'y asseyant." (p 20-21) La vieille dame n'a pourtant plus de comptes à rendre à qui que ce soit, sa famille et ses relations  l'ayant oubliée.

Curieusement, elle semble juger la narratrice plus fiable que le reste de son entourage et décide un jour de lui annoncer qu'elle héritera de son lit à colonnes et devra superviser le déménagement de ses affaires après son décès. Et de conclure : "Je suis très contente d'avoir abordé ce sujet avec toi, dit-elle. Cela fait longtemps que j'y pense." (p34)

 
Puis nous quittons la côte pour regagner l'animation des villes, et avec elle, faire la rencontre de tante Lavinia, être frivole et attachant, en réalité personnage écorché et fragile qui cache derrière une apparente insouciance un profond mal-être. "Un jour tante Lavinia me téléphona pour dire que c'était trop rageant, elle était en prison. Quand j'exprimai ma surprise, elle avoua que ce n'était pas exactement une prison, mais que c'était tout comme, car elle était retenue dans un hôpital où elle avait été emmenée par la police. Puis elle m'expliqua qu'elle avait essayé de se suicider deux jours auparavant - que ça avait été exaspérant, car tout avait raté." (p40) Les échanges avec Lavinia sont l'occasion de découvrir d'autres membres de la famille : le père, mort à la guerre, la grand-mère folle, qui a tenté d'étrangler le petit frère lors de son baptême ; et la priopriété familiale en perdition, entre un grand-père peu organisé et amoureux de sa femme complètement folle, voire dangereuse, et une nouvelle génération qui ne prendra pas la relève.

Enfin, la boucle est boublée avec le décès de l'arrière-grand-mère Webster, qui disparaît dans l'indifférence la plus totale. La narratrice, pour qui la vieille femme semblait éprouver un léger intérêt, est elle-même indifférente et s'oblige à se rendre à des funérailles dont elle n'a que faire. Lorsque les cendres de la vieille dame sont répandues sur le sol, une bourrasque souffle et c'est dans un total manque de dignité que la pauvre femme tire sa révérence, horrifiant la narratrice qui se retrouve couverte de fines pellicules blanches. Avec ce passage tellement navrant pour ce vieux corbeau que l'on a pris en pitié : "Sur notre gauche, une église hideuse aux allures de caserne dominait son cimetière de ses murs en silex. Toutes les pierres tombales autour de nous étaient couvertes de glace. Le silence désolé particulier à l'arrière-grand-mère Webster semblait planer alentour. Tout ce qui se trouvait là était si sinistre, gris et menaçant qu'on aurait dit que l'endroit avait été créé dans le but de la recevoir." (p129)

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris : j'ai bien évidemment pris un énorme plaisir à lire ce court roman où j'ai retrouvé un cadre qui m'est cher et un ton si propre aux écrivains britanniques de cet époque... je ne pouvais que me régaler. Un livre à la fois triste et drôle, et une première rencontre avec Caroline Blackwood particulièrement réussie !

Née en 1931, Caroline Blackwood est une héritière de la famille Guinness. Elle épouse en premières noces Lucian Freud, un peintre dont l'oeuvre assez dérangeante m'intrigue beaucoup. Je n'ai donc pu résister au plaisir d'ajouter une photo du jeune couple.

Caroline Blackwood, Lucian Freud

L'avis de Cécile...

Photos issues de Modernsafari et  The Guardian (article sur un livre de la fille de Caroline Blackwood ; si comme moi vous prenez plaisir à lire cet article je vous recommande celui-ci, sur Stella Gibbons).

Pour plus d'informations sur Caroline Blackwood, une série d'articles ici.

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135 p

Caroline Blackwood, Granny Webster, 1977

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Challenge Vintage Novels : 3 livres lus

 

 

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07/09/2011

Aveuglement et pur gâchis

lefanu-desir-de-mort.jpgImaginez une jeune fille de bonne famille, Ethel Ware, vivant dans un domaine isolé avec pour seule compagnie sa gouvernante. Songez ensuite à un naufrage, qui mettra sur son chemin un jeune homme sombre au tempérament orageux. Ajoutez à cela une gouvernante un peu mystérieuse, la mort d'une jeune soeur et l'apparition de plusieurs personnages louches dans les environs, et vous aurez une bonne idée des 100 premières pages de Désir de Mort de Le Fanu, qui prend un certain temps à camper ses personnages dans ce roman. Je l'avoue, j'ai d'abord eu quelques difficultés à me laisser emporter par l'histoire, ce qui n'était pas pour me plaire sachant que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Heureusement, et c'est là que je reconnais bien mon cher Le Fanu, le roman prend un nouvel élan lorsque, arrivée à l'âge de faire son entrée dans le monde, Ethel gagne Londres et retrouve ses parents, qui daignent enfin s'occuper d'elle. S'ensuivent de très nombreuses péripéties, que je ne voudrais pas dévoiler de peur de vous gâcher le plaisir. Sachez que ce roman dense regorge de sombres machinations, d'héritages menacés, de dettes accablantes, de "papistes" dans l'ensemble franchement fourbes. Avec un peu de chantage, un soupçon d'amour, une bonne dose de traîtrise, quelques voyages et quelques crimes, nous avons là un roman populaire très sympathique,  bien qu'assez différent des autres textes de Le Fanu que je connais déjà. Un récit particulièrement sombre, qui commence mal, qui finit assez mal également, dans la plus grande solitude. La pauvre Ethel ne peut se fier qu'à peu de gens dans le monde sordide et mesquin dans lequel elle évolue !

Ce n'est pas un coup de coeur mais une lecture très agréable. Passé le premier tiers j'ai dévoré Désir de Mort, j'ai enragé, espéré, souffert avec l'héroïne, plus que je ne l'avais fait depuis longtemps ! Et quoi qu'il arrive, si vous n'avez pas encore lu cet écrivain, je ne peux que vous recommander ses textes !

Déjà lus : Carmilla, Les Mystères de Morley Court et Comment ma Cousine a été assassinée

L'avis de The Irish Eyes.

Sur Carmilla : Carolune / sur les vampires en général : Xulux 

Merci beaucoup à Denis des éditions Phébus pour cette très agréable lecture !

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358 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort (Willing to die), 1873

 

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03/09/2011

Bienvenue, Willkommen, Welcome

ann featherstone, que le spectacle commence, walking in pimlico, roman victorian, 10-18, roman historique, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre XIXe, époque victorienne, spectacle victorien, cirque victorienVoilà un roman que j'avais repéré avant sa sortie et sur lequel j'ai finalement jeté mon dévolu récemment, ne pouvant résister aux clins d'oeil répétés que me faisait le charmant gentleman en couverture !

East end, XIXe. Dans un cabaret minable où la jeunesse aisée de Londres vient s'encanailler, la jeune Bessie, actrice, voleuse et prostituée se fait assassiner par un client un peu trop pressant aperçu par deux collègues. S'enchaînent des chapitres écrits par deux narrateurs différents : Corney Sage, humoriste témoin de la scène, et l'assassin, dont on ne tarde pas à connaître l'identité.

Ce récit fait figure d'ovni parmi les Grands Détectives de 10-18, car il s'agit moins à mon avis d'un roman policier (d'autant plus que les romans de la collection que je connais sont des "whodunnit") que d'un roman de mystère à la Sarah Waters (tel que Du bout des Doigts). L'intrigue ne repose pas sur la traque du criminel, mais sur les aventures qui font se croiser le meurtrier et les témoins gênants, qu'il conviendra peut-être d'éliminer. Un bref descriptif qui donne une piètre idée d'un roman très dense où les personnages ne sont pas ce qu'ils prétendent être, où la duplicité caractérise tout un chacun, où l'on pénètre dans le monde du spectacle, croise des gens de tous les milieux... sans compter que l'on voyage en compagnie de nos héros et anti-héros, qui se fuient et se traquent de ville en ville.

Un pur régal que ce nouveau roman victorien chez 10-18 ; un récit haletant, tout à fait impossible à lâcher, et que j'ai quitté à grand regret ! J'ai plongé avec enthousiasme dans un monde que je ne connaissais pas, celui du spectacle, des cirques, des cabarets (souvent miteux) qui faisaient le bonheur des quartiers populaires victoriens. Un livre que je vous recommande sans réserve. Je me réjouis de savoir qu'il y aura une suite !

D'autres avis : Cassiopée, Bonheur de Lire, Nini, Blog Librairie Mollat, Présentation sur le site de la Royal Holloway...

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380 p

Ann Featherstone, Que le spectacle commence !, 2009

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26/08/2011

Dans ma bibliothèque idéale

webster papa longues jambes.gifAmis lecteurs,

Vous arrive-t-il de repenser aux livres qui ont bercé votre enfance ? De songer à refaire un bout de chemin en compagnie de Tom, Josephine, Laura et autre amis secrets avec qui vous partagiez des aventures dont seuls eux et vous avez connaissance ?

Récemment, j'ai repensé à un de mes romans préférés de petite fille, Papa-Longues-Jambes. J'ai dû le lire entre huit et onze ans. Il figurait dans mon coffre à trésors lorsque je passais des vacances à Paris, je l'avais même dans deux éditions différentes et j'ai dû le lire environ une fois par an à cette époque (je l'aimais autant que les Quatre Filles du Docteur March, et ce n'est pas peu dire !).

Je me  souviens aussi d'un dessin-animé tiré de ce livre et diffusé au début des années 1990. Je revois l'ombre démesurée de Papa Longues Jambes, mais serais bien en peine d'en dire plus, si ce n'est que je raffolais de cette adaptation !

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Toujours est-il que lorsque mes projets de sortie un week-end ont été anéantis par une averse, j'ai commencé à lire quelques pages de ce roman. Pour être sincère, amis lecteurs, j'osais à peine le lire car je craignais une déception : et si ce merveilleux souvenir d'enfance n'était rien d'autre qu'une bluette, un roman plein de bons sentiments et ennuyeux à mourir ?

webster-Papa longues-jambes.jpgCar l'histoire pourrait a priori faire pleurer dans les chaumières : Judie, orpheline, travaille sans relâche au foyer John Grier à faire les lits de petits orphelins, les moucher, repriser leurs affaires, sans la moindre perspective d'avenir bien entendu. Alors qu'elle devient trop âgée pour rester à l'orphelinat, un mystérieux bienfaiteur décide de l'envoyer à l'université, séduit par une de ses compositions en anglais, un texte irrespectueux sur les membres bienfaiteurs du foyer. Une seule condition : lui envoyer une lettre une fois par mois. Se faisant appeler John Smith, son mystérieux sauveur ne s'engage en revanche à répondre à aucune de ses missives. S'ensuivent quatre années de correspondance à sens unique, jusqu'à l'obtention du diplôme.

Pour mon plus grand bonheur, j'ai de nouveau dévoré ce roman épistolaire plein de fraîcheur. Judie est une jeune femme attachante qui ne manque pas d'humour : qu'il s'agisse de ses péripéties ou de son amour pour la littérature, qu'elle découvre alors, Judie sait communiquer son enthousiasme au lecteur. Au point que j'avais presque l'impression de partager son appartement avec les autres pensionnaires ! Judie est aussi une femme éclairée, engagée, qui aimerait faire une bonne citoyenne dans un pays où, comme elle le déplore, les femmes ne peuvent pas encore voter. Elle me rappelle un peu Josephine March par son impertinence : dans ses lettres, elle se montre irréverencieuse à l'égard des membres du foyer, et parfois impertinente à l'égard de ce Papa Longues Jambes si silencieux !

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A noter sa passion pour Stevenson, qu'elle dévore et qui correspond à un nouvel engouement chez moi qui viens de lire cinq textes de lui en peu de temps !

Bref, vous l'aurez compris, cette douce lecture est une délicieuse friandise aux arômes délicats et assez riches pour séduire la lectrice formidablement vieillie que je suis (vingt ans séparent cette nouvelle lecture de ma découverte de Webster). Pour mon plus grand bonheur, j'ai découvert que ce livre avait une suite et d'autres frères et soeurs... voilà de belles heures en perspective pour moi !

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Jean_Webster.jpgL'auteur est née en 1876 aux Etats-Unis. Elle s'est mariée à l'âge de 39 ans et est décédée un an plus tard, après la naissance de sa fille. Webster était la nièce de Mark Twain.

Un très joli billet en anglais. Et l'avis enthousiaste de Bloxode.

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215 p

Jean Webster, Papa-Longues-Jambes, 1912

08/08/2011

Le club du suicide

stevenson_intégrale nouvelles1.jpegIl semblerait que le déclic se soit enfin produit entre Stevenson et moi, après des débuts difficiles. Le mois dernier, j'ai ouvert en frémissant Le Maître de Ballantrae, craignant de passer à côté d'un chef-d'oeuvre : je me suis régalée. C'est donc avec curiosité et une certaine gourmandise que j'ai entamé la lecture de l'intégrale des nouvelles publiées chez Phébus Libretto. Commençons par Le Club du Suicide, autre découverte extrêmement agréable... pour une nouvelle à l'humour grinçant !

Afin de se divertir lorsque l'ennui devient trop écrasant, le prince Florizel et son fidèle Géraldine se déguisent et se fondent ainsi dans les couches sociales les plus diverses, à la recherche d'expériences nouvelles et de sensations fortes. Lors d'une petite soirée de ce type, après des heures d'ennui mortel, les deux amis sont intrigués par un jeune homme qui fait le tour des occupants d'un café en leur proposant des tartes à la crème, qu'il ingurgite en cas de refus. Décidant de passer avec lui la soirée, le prince et Géraldine apprennent que, suite à un problème d'ordre sentimental, le jeune homme a décidé de mettre fin à une vie d'absurdités par un acte encore plus absurde. De fil en aiguille, il leur fait part de son adhésion à un club pour le moins particulier : le club du Suicide. Ni une, ni deux, les deux acolytes décident d'y participer ! Le principe est simple : le responsable du club tirera les cartes devant tous les membres. Celui qui recevra l'as de pique mourra le soir-même, celui qui aura l'as de trèfle sera contraint d'aider son camarade à partir.
S'ensuivent deux autres nouvelles qui semblent a priori sans aucun lien... on découvrira qu'en réalité, le prince Florizel et Géraldine traquent le truand tenant le club du suicide.

Un sujet assez morbide où un club de gentlemen s'avère être un commerce glauque. Un récit féroce et drôle qui m'a emportée de la première à la dernière ligne. A recommander chaudement pour découvrir Stevenson !

L'avis de Soukee

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Robert Louis Stevenson, Le Club du Suicide, 1882

Challenge-god save the livre.jpglogo kiltissime 09.jpgChallenge God save le livre : 12 livres lus

29/07/2011

Vampirisme aux Etats-Unis

wharton,lovecraft,brown,éditions folioCeux qui me connaissent savent que j'ai une certaine prédilection pour les vampires de la vieille génération, ceux qui ne portent pas de fond de teint, qui ne vivent pas d'histoires à l'eau de rose avec des mortelles qu'ils viennent espionner la nuit (même si je me suis découvert l'an dernier une passion pour les premières saisons de Buffy). C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu Bloody Tales, les Histoires sanglantes de Wharton, Lovecraft et Brown publiées chez Folio bilingue... si ce n'est que j'ai découvert que j'avais déjà lu les deux premières nouvelles (ce qui est bien avec moi, c'est ma capacité à oublier certaines de mes lectures, si j'étais raisonnable je pourrais presque relire indéfiniment les mêmes livres - peut-être le secret de mes relectures compulsives quand j'étais petite !).

Dans Bewitched, Wharton met en scène un village isolé, lors d'un hiver rude. Une femme fait appel à trois villageois pour l'aider à sauver son mari, ensorcelé par une morte qu'il rencontre régulièrement dans une cabane. Je me souviens que lors de ma première lecture, le climat et l'environnement m'avaient fait anticiper une lecture un peu moins enthousiasmante que mes précédentes rencontres avec Wharton. Mais c'était sans compter sur le génie de cet auteur, dont j'apprécie énormément les textes courts. Une histoire de vampire où la créature n'est jamais directement visible, mais reste constamment présente à l'esprit. A noter que sans verser une goutte de sang, Wharton sait rendre sa morte omniprésente et bien inquiétante.

Je n'aurais peut-être pas classé La Maison maudite de Lovecraft parmi les textes consacrés aux vampires, mais c'est une nouvelle que j'ai adoré lire. Je l'avais déjà découverte l'an dernier, dans le recueil L'Abomination de Dunwich dont je prévois de vous parler depuis ! Un texte fascinant, oppressant aussi, portant sur une maison imposante, vétuste, dont la construction remonte aux origines de la ville. Une maison qui a pour particularité le fort taux de mortalité qui la caractérise. Au final, l'histoire prend un tour davantage proche de la science-fiction, avec une solution à la fois concrète, presque scientifique et une origine fantastique.

Enfin Du Sang de Brown, un texte très court mais efficace où deux vampires fuient dans leur capsule temporelle pour trouver un monde idéal et, à court de carburant, finissent par se poser dans un monde où la seule vie qui règne appartient au monde végétal, avec des personnages-navets.

Un bon choix de textes pour les lecteurs s'intéressant aux vampires et une introduction intéressante à l'oeuvre de Lovecraft et de Wharton.

Merci beaucoup à Constance de Folio pour cette lecture.

Les avis d'Archessia, Malice, Titine...

219 p

Collectif, Bloody Tales

15/07/2011

Durrisdeer, Ecosse, XVIIIe

stevenson_maitre ballantrae.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec Stevenson, mais ça, c'était avant. Car la lecture du Maître de Ballantrae a été la révélation tant attendue : j'ai pris un immense plaisir à découvrir ce récit de Stevenson, que j'arrive enfin à classer parmi mes grands auteurs victoriens. Il était temps (car cette incompréhension mutuelle me taraudait depuis longtemps) !

Ecosse, XVIIIe, pendant la guerre civile. Au manoir de Durrisdeer, le Maître de Ballantrae, héritier du titre, et Henry, son frère cadet, jouent à pile ou face leur sort en ces temps incertains : le Maître partira combattre avec les rebelles tandis que Henry et son père afficheront leur fidélité au roi George. Ce tirage au sort se fait à la demande du Maître, joueur, opportuniste et aventurier, contre l'avis du père et du frère, persuadés que le tenant du titre devrait rester au manoir. Le Maître part, recrute une troupe de rebelles en soudoyant et menaçant de braves villageois et, au bout d'un certain temps, l'un d'eux revient dans la région et prétend être le seul survivant de l'expédition. Le Maître serait donc mort, mais en réalité, il revient à de nombreuses reprises au cours du récit.

Henry, le cadet, est donc amené à hériter du titre. Contrairement à son frère aîné qui n'est qu'un calculateur peu recommandable, Henry est un homme posé, droit et bon, très amoureux de sa cousine Alison, autrefois promise au Maître. Malgré toutes ses qualités, cet homme n'est reconnu à sa juste valeur que par l'intendant du domaine (narrateur principal) : son père lui est reconnaissant mais préfère le fils indigne, Alison se voit contrainte de l'épouser tout en mettant un point d'honneur à rappeler sa fidélité au disparu, les villageois conspuent Henry qu'ils accusent de la perte d'un homme qui, guère aimé de son vivant, est devenu un héros en mourant.

Tout d'abord qualifié de "tale" par Stevenson, puis de "tragédie", ce récit mélange les genres avec panache : roman d'aventures, où l'on découvre un bateau pirate, des indiens "scalpeurs", une traversée en mer sous la tempête, l'Inde, sans parler de la guerre civile, fond de toile ; mais aussi tragédie, où deux frères  se haïssent et se livrent un combat sans fin, qui ne pourra aboutir qu'à la mort de l'un d'eux, et où l'amour n'est jamais réciproque.

Les personnages sont peu nombreux dans ce récit qui repose principalement sur le duel opposant les deux frères : Ballantrae, dépossédé de son titre, de sa fortune et, accessoirement, de sa fiancée, nourrit une rancoeur sans fin à l'égard de son cadet ; celui-ci, d'abord plutôt enclin à céder au chantage auquel il est soumis, finit petit à petit par céder à la folie, la solitude l'ayant peu à peu détruit.

L'évolution des personnages est particulièrement fascinante : au début du récit, Henry est le frère incompris, certes un peu terne mais intègre, intelligent; puis il devient de plus en plus dur et intraitable, afin de faire de son frère une véritable obsession, qui causera sa perte ; à la fin, Henry devient un être pitoyable, qui n'a plus tout à fait sa tête et qui s'aliène ceux qui lui sont finalement attachés.

A l'inverse, le Maître est au début une sinistre individu, buveur, fourbe, profitant de son vieux père au coeur trop tendre ; c'est aussi un séducteur, beau parleur, capable de tromper facilement son entourage (à côté de lui le pauvre Henry paraît bien fade à leur père et à la nouvelle Mme Henry Durrie) ; malgré tout, petit à petit, on finit par prendre un peu en pitié le Maître, qui parvient à manipuler le lecteur sans doute ; en dépit de la façon dont il persécute Henry et sa famille, le Maître est finalement un homme qui a échoué toute sa vie, que tous détestent et méprisent et dont le dernier compagnon est son serviteur indien.

A noter le parallèle entre McKellar, serviteur dévoué de Henry et Secundra Dass, qui accompagne le Maître : tous deux sont les  seuls alliés indéfectibles des frères ennemis.

Voici deux passages donnant un apperçu intéressant du Maître (le premier étant l'un des seuls extraits plutôt amusants) :

"Il haïssait le baron d'une haine terrible ? demandai-je.

- Ses entrailles se nouaient quand l'homme approchait de lui, dit le Maître.

- J'ai ressenti cela, dis-je.

- En vérité ! s'écria le Maître. ça, c'est une nouvelle, alors ! Je me demande... je me flatte, peut-être ? ou suis-je la cause de ces perturbations abdominales ?" (p827)

"Si j'avais été le moindre petit chef de clan dans les Highlands, si j'avais été le plus petit roi des nègres qui vivent nus dans le désert d'Afrique, mon peuple m'aurait adoré. Mauvais, moi ? Ah ! mais j'étais né pour faire un bon tyran ! Demandez à Secundra Dass ; il vous dira que je le traite comme un fils. Unissez votre sort au mien demain, devenez mon esclave, mon bien, une chose que je puisse commander, comme je commande les forces de mes membres et de mon esprit... vous ne verrez plus ce côté sombre que je tourne vers le monde, dans ma colère. Il me faut tout ou rien. Mais quand on me donne tout, je le rends avec usure. J'ai le caractère d'un roi : c'est ce qui fait ma perte !" (p831)

Un texte superbe et foisonnant qui mêle habilement les récits les plus divers. Conduisant le lecteur d'un manoir écossais jusqu'aux forêts glacées d'Amérique du Nord, ce livre dépaysant est de ceux que l'on ne peut abandonner. La lutte fratricide du Maître et du nouveau Lord est aussi la nôtre, et c'est le coeur glacé d'effroi que nous suivons les tortueux chemins conduisant au désastre final.

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366 p

Robert Louis Stevenson, Le Maître de Ballantrae, 1889

stevenson, le maître de ballantrae, pléiade, roman écossais, roman victorien, roman xixe, écosse, challenge kiltissime, henry durrie, durrisdeer  Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 11 livres lus

03/07/2011

Edimbourg attaquée par des zombies en 1759

doctor who the many hands.jpgThe Many Hands de Dale Smith est l'un des nombreux livres publiés en marge de la série Doctor Who. Nous sommes à Edimbourg en 1759. Le docteur (David Tennant) et Martha voient l'un de leurs voyages dans le temps bousculé par l'attaque d'un fiacre par un mort-vivant. Suite à une course poursuite, le docteur est "malencontreusement" arrêté par des soldats, dont la capitaine a tendance à faire de l'excès de zèle. Les péripéties sont assez nombreuses et je vous  passerai les détails (d'autant plus que ce livre n'ayant aucun intérêt littéraire je ne voudrais surtout pas vous priver du plaisir de l'action). Sachez simplement que ce roman compte :

plague doctor schnabel.jpg- Des mains grisâtres douées d'une vie propre

- Une armée de zombies sortie d'un loch et bientôt rejointe par toute la population d'un cimetière

- Deux docteurs fous se livrant à des expériences insolites et adeptes du clonage

- Benjamin Franklin, qu'on voit peu mais dont le comportement est louche (on apprend que ses découvertes scientifiques sont dues à des phénomènes peu naturels)

- Le fantôme d'un docteur de la peste ("plague doctor")

Sachez également que l'on fait un plongeon dans les ruelles sordides et obscures de l'ancienne ville dont les vestiges sont aujourd'hui encore enfouis sous les rues d'Edimbourg.

Ce roman très léger se lit facilement et, après un démarrage poussif en ce qui me concerne, je l'ai lu très rapidement, profitant de son caractère délassant pendant une semaine plus que chargée. Beaucoup d'éléments m'intéressaient dans cette histoire (j'ai d'ailleurs adoré me promener dans la ville souterraine) et j'aurais beaucoup aimé lire un récit plus abouti traitant des mêmes sujets.

Pour les amateurs de Doctor Who et les amis des zombies.

Voir le site Doctor Who Reviews pour un autre avis.

Merci à mon amie Cryssilda pour le prêt !

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256 p

Dale Smith, The Many Hands, 2008

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Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 11 livres lus (Catégorie Princesse Diana : 15 livres lus)

02/07/2011

Il sera plongé de la lumière dans les ténèbres

teleny.jpgDe Wilde j'avais lu quelques contes et nouvelles, The Importance of Being Earnest et The Picture of Dorian Gray. Aussi, Teleny s'est avéré une lecture quelque peu atypique, puisqu'il s'agit un roman érotique.

Son histoire est assez curieuse également, puisque  ce récit a été écrit à plusieurs dans le cadre d'un jeu (érotico ?) littéraire orchestré par Wilde qui, comme l'indique Jean-Jacques Pauvert dans la préface, porta assez d'intérêt à ce projet pour le remanier et le réécrire, d'où l'unité de ton.

Dans ce roman d'apprentissage, le jeune narrateur Camille Des Grieux s'éprend de Teleny, sombre et séduisant pianiste étranger. Fantasmes, expériences hétérosexuelles s'ensuivent jusqu'à se noue une relation charnelle entre Camille et Teleny, l'histoire se terminant tragiquement.

Teleny est assez déroutant pour ceux qui ont déjà lu Wilde. Ce ne sont plus les traits d'humour, les célèbres bons mots qui occupent le devant de la scène. C'est un récit à la fois sombre et très cru, où les scènes à caractère pornographique se succédent.

wrestlers-eakins2.jpgCamille nous fait un peu penser à Dorian Gray au double visage, à travers cette homosexualité qu'il n'assume pas pleinement dans une société victoriene à la morale officiellement très stricte. Ainsi, lorsqu'il reçoit un billet le menaçant de le dénoncer, il hésite à retrouver Teleny, torturé entre son amour et son désir d'une part et sa peur de ce que la société pourrait lui réserver de l'autre.

Je me suis également beaucoup interrogée sur le rôle de la mère, ombre à la fois bienveillante et vampirique : la mère de Camille, très jeune et jolie, l'accompagne lorsqu'il se rend aux concerts de Teleny, le réveille lorsqu'il fait un rêve érotique, s'inquiète de son agitation lorsqu'il devient l'amant de Teleny et pour finir, devient en quelque sorte sa rivale en amour. Camille dit d'ailleurs de façon générale : "Par-dessus tout, j'abhorrais la femme, malédiction du monde." (p47)

Wilde nous plonge par ailleurs dans les lieux les plus sordides de l'époque victorienne. La question de la morale affichée en contradiction totale avec le comportement est ici continuellement posée, les jeunes hommes de la bonne société se retrouvant pour des parties fines qui parfois se terminent mal : dans un bordel de Tottenham Court Road, où une phtisique décède dans un acte de débauche ou encore chez un ami, où l'un des participants ayant voulu faire usage d'une bouteille paie de sa vie cette dernière audace.

Apportant également un éclairage sur la vie privé de Wilde, ce livre dresse un portrait intéressant de la société victorienne et repose sur une écriture très soignée. Une belle curiosité.

De nombreux avis plus ou moins intéressants sur Google Livres, qui présente le livre de cette façon : "The homoerotic novel Teleny is an important antithesis to the prudish idealism of the neo-classic and neo-romantic lyric love poetry of the fin du siecle." D'autres présentations du livre chez Culture et Débats (où la contribution de Wilde à l'oeuvre est mise en doute), Nicolas Baygert, Impudique (comprenant des extraits), Oscholars, Queercult.

Teleny est disponible en ligne dans une version abrégée ici.

Merci aux éditions de la Musardine pour le choix de la couverture, Egon Schiele faisant partie de mes peintres de prédilection (il s'agit ici du Double Autoportrait).

Lu dans le cadre du Challenge Oscar Wilde : le principe est simple, il suffit de publier un billet sur un écrit d'Oscar Wilde, une biographie de Wilde, une adaptation tirée de ses livres, un film ou un livre inspiré de sa vie. Vous pouvez participer à tout moment !

Une lecture commune pour commencer l'été "con un poco de calor", avec Sybille, The Bursar,

oscarwilde.jpgEn attendant je vous propose de nous retrouver le 1er septembre pour parler du film Wilde de Stephen Frears.

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187 p

Oscar Wilde, Teleny, 1893

Oscar Wilde challenge logo.psd.jpgChallenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Teleny : Lou, Sybille, The Bursar,

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

 

Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 10 livres lus (Catégorie Prince William : 10 livres lus)

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