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19/02/2012

Was Shakespeare a fraud ?

anonymous-movie-poster-01.jpgSi vous voulez en savoir plus sur Edward de Vere, 17e comte d'Oxford, vous ne devriez manquer sous aucun prétexte Anonymous, film hautement intellectuel réalisé par celui qui avait déjà marqué l'histoire du cinéma d'auteur avec Independance Day et Godzilla. Et il fallait bien un maître pour aborder la question de la paternité des oeuvres shakespeariennes.

Ce film débute à Broadway. Derek Jacobi arrive sous la pluie dans un théâtre, passe par les coulisses, il est en retard, presque essoufflé mais il est là. Le rideau s'ouvre et le voilà se posant en narrateur, introduisant ce récit. Et hop ! Le temps d'une transition remarquablement maîtrisée, nous voilà plongés dans l'Angleterre élisabéthaine. Et les révélations commencent !

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Le film repose sur la thèse qui vit le jour dans les années 1920 et selon laquelle Edward de Vere serait le véritable Shakespeare. Le comte d'Oxford aurait en effet été dans l'incapacité d'assumer la paternité de ses oeuvres (pièces engagées, art condamné dans une famille puritaine, notamment par son beau-père, Robert Cecil, conseiller de la reine). Mais la thèse développée par le film ne manque pas d'humour.

anonymous,film anonymous,william shakespeare,comte d'oxford,edward de vere,elisabeth 1,époque elisabethaine,angleterre élisabethaineImaginez une reine Elizabeth portée sur le théâtre et les hommes, fortement influencée par ses conseillers, plutôt gâteuse sur le tard (au point de se déboutonner en public et de fourrer sa main sous son corsage). Une reine vierge qui, sachez le, serait parvenue à accoucher au moins deux fois en toute discrétion lors de tournées à travers le pays. Mais s'il ne s'agissait que de cela : Edward de Vere tombe sous le charme de la reine alors qu'il n'est qu'un très jeune homme ; leur passion est ardente, la reine tombe enceinte mais de Vere a été contraint d'épouser la fille de Robert Cecil et, sous les conseils de celui-ci, la reine renonce à exiger d'épouser de Vere et accepte d'abandonner son fils. Bien des années plus tard, de Vere découvre que lui-même était le fils de la reine... une reine Vierge qui a un fils (et un petit-fils) de son fils inconnu, il fallait toute la subtilité de Roland Emmerich pour avoir cette idée.

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anonymous-rafe-spall.jpgQuant à Shakespeare, le vrai William Shakespeare, nous avons découvert qu'il s'agissait d'un acteur médiocre et suffisant, presque illettré, maître chanteur complètement stupide, bref, un râté de première.

Le film s'achève avec l'incendie du théâtre de Shakespeare, dans lequel étaient cachés les manuscrits du comte d'Oxford, tout juste mort et contraint de soustraire ses écrits à une famille hostile au théâtre et à la littérature. Heureusement, grâce à l'invention récent du coffre ignifugé (remarque fortement pertinente de notre Miss Marple de choc, Isil), les manuscrits sont sauvés des flammes (en plein jour, sachant que celui qui les cherche vient de quitter la tour de Londres, où il vient de passer un bon moment (scène tout à fait plausible, surtout lorsqu'il ouvre le coffre encore fumant à mains nues).

Bref, ce film ne repose sur aucune logique ; impossible d'aller le voir pour en savoir plus sur Shakespeare et l'époque car les nombreux rebondissements hollywoodiens ôtent toute crédibilité à l'histoire. Malgré tout j'ai passé un très bon moment. Les costumes sont très soignés, le casting impressionnant, l'histoire amusante, les reconstitutions de rue sentant un peu l'image de synthèse mais nous faisant malgré tout voyager. Un divertissement bien agréable, même si la trame est cousue de fil blanc. Un film qui nous aura fait découvrir que le fauteuil roulant existait déjà à l'époque, et même bien avant (au moins un détail historique que nous aura appris Anonymous).

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Sur les thèses concernant la paternité des oeuvres de Shakespeare, voici le lien Wikipedia (rubrique "la question de l'identité").

Vu dans le cadre du challenge Shakespeare de Maggie et Claudia.

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Anonymous, un film de Robert Emmerich (2011)

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11/02/2012

La carte du monde invisible

aw tash carte monde invisible.jpgLa Carte du Monde de Tash Aw m'éloigne temporairement de mes promenades anglaises ; c'est même une lecture bien différente des romans vers lesquels je me tourne spontanément et pourtant j'ai passé un excellent moment.
Ce récit nous plonge dans l'Indonésie de 1960, lorsque le jeune Adam voit son père adoptif d'origine hollandaise se faire embarquer par des soldats. En fouillant dans la maison, il trouve la trace d'une certaine Margaret, qui aurait beaucoup compté pour son père ; l'adolescent part à sa recherche en quittant sa petite île pour Jakarta. C'est une ville tentaculaire, fascinante et sordide à la fois, dans laquelle les ressortissants étrangers ne se sentent plus tellement en sécurité, alors que le Président tend à se rapprocher de ses alliés communistes et que les manifestations se multiplient.
Plusieurs voix en alternance retracent l'histoire d'Adam, orphelin, de son frère Johan, adopté en Malaisie, de Karl, le père, amour de jeunesse de Margaret, elle-même enseignante américaine dont le collègue Din est soupçonné d'être à la tête d'un groupe extrémiste. Souvenirs et présent se mêlent, avec en toile de fond un contexte politique agité.
Je ne raffole pas des romans politiques mais cette dimension ne m'a pas du tout gênée et nourrit le récit intelligemment, s'invitant dans l'histoire personnelle des différents protagonistes. Outre la question du régime politique préférable et la perte d'illusions de ceux qui avaient cru à une nouvelle Indonésie, c'est aussi la société qui est dépeinte ici, avec le gouffre séparant les plus riches du reste de la population, presque miséreuse et sans avenir. Comme l'a déjà écrit mon amie Cryssilda, "le texte est en dialogue constant avec lui même" : chaque chapitre fait écho à un autre, les histoires  s'entrecroisent et le contexte historique explique le parcours atypique des personnages.
Malgré les apparences, ce roman pose un regard éclairé sur une époque trouble et ne sombre pas dans le pessimisme ; pour preuve la fin plutôt heureuse pour les principaux personnages.
Très agréablement écrit, ce roman offre de beaux tableaux d'un pays qui parviennent à émouvoir le lecteur tout en le mettant mal à l'aise. Il pose aussi la question passionnante de l'identité : Margaret, américaine de nationalité, a bourlingué dans de nombreux coins du monde et a choisi de s'installer à Jakarta, parlant d'ailleurs parfaitement indonésien ; mais lorsque les tensions entre les deux pays montent, Margaret et ses compatriotes ne sont soudain plus les bienvenus. Adam a la peau plus claire que les enfants de l'île dans laquelle il grandit et reste ainsi un peu à part ; fasciné par l'Europe, il aimerait apprendre le néerlandais mais Karl refuse de parler sa langue natale et veut vivre en respectant autant que possible la culture indonésienne, alors qu'il est toujours perçu comme un Hollandais par la population locale. Au final, à quel pays, quelle nation, quelle culture appartenons-nous ? A celle qui figure sur notre passeport, à celle de nos parents ou bien à celle que nous choisissons ?

Un roman vraiment intéressant que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
Merci à Christelle des éditions Robert Laffont pour cette belle découverte... je regrette vraiment de ne pas avoir pu assister à la rencontre avec l'auteur, je me serais régalée !

Les avis de Cryssilda, Titine

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442 p

Tash Aw, La carte du monde invisible, 2009

07/02/2012

Happy birthday Mr Dickens !

ohl- charles dckens.gifJe ne sais même pas comment commencer ce billet, à vrai dire je sens déjà qu'il sera aussi intéressant que le discours de la crevette quand la marée monte mais si je ne le fais pas maintenant, je ne vous parlerai jamais de la magnifique biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl

J'ai pris tant de notes, décoré mon exemplaire de tant de post-its à la lecture que je pourrais tout aussi bien écrire un billet sans fin. Coupons la poire en deux : j'évoquerai surtout ici quelques aspects de la personnalité de Dickens qui m'ont paru particulièrement intéressants. 

Cette biographie suit de façon assez classique le parcours de Dickens au fil des années, mêlant son histoire personnelle à son travail et indiquant ainsi en quoi tel ou tel événement marquant a eu une influence sur ses écrits. Sur la vie personnelle de l'écrivain, Ohl cherche à se montrer objectif et ne porte pas de jugement ni ne se prononce lorsqu'il s'agit de définir la nature de ses relations avec l'actrice Ellen Ternan ou ses deux belles-soeurs, qui ont finalement sans doute davantage compté pour lui que sa femme. Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, d'autant plus que Dickens est lassé des multiples grossesses de son épouse et sera d'ailleurs un père autoritaire et dur, sans doute pour éviter chez ses enfants l'échec de son père et de ses frères, assistés financièrement.

Le livre s'achève ainsi sur le Mystère d'Edwin Drood et recense les différentes hypothèses émises quant à la nature de la disparition de Drood et à l'éventuel assassin ; j'étais en pleine lecture de ce roman inachevé lorsque j'ai lu ce dernier chapitre qui a apporté un éclairage nouveau sur les personnages, à commencer par Jasper en qui on pouvait peut-être voir un Jasper-Hyde avant l'heure. Un chapitre particulièrement passionnant (j'ai évoqué quelques suppositions dans mon billet sur Edwin Drood), mais ce constat pourrait s'étendre à l'ensemble de cette biographie.

Ohl insiste beaucoup sur les paradoxes qui caractérisent Dickens : son intérêt pour les malheureux oubliés par la société mais son manque d'empathie lorsqu'il est vraiment confronté au peuple tel qu'il est en réalité (Ohl parle de sa « croisade grotesque contre les musiciens de rue qui jouent sous ses fenêtres ») ; la tentation du dandysme lorsqu'il est jeune, sa volonté farouche de réussir sur le plan social et sa critique de la bourgeoisie ; ses espoirs lors de l'avènement de la reine Victoria, ses convictions fortes (ainsi Oliver Twist est un « brulôt » en réponse à la nouvelle Poor Laws) mais son aversion pour toute forme de politique ou d'organisation pouvant justement mener à bien les réformes qui lui tiennent à coeur. Curieusement, alors que Dickens est un gentleman « éclairé », sensible aux progrès sociaux qui doivent impérativement voir le jour sous le règne de la jeune reine Victoria, Dickens est comme beaucoup de ses contemporains fortement conservateur sur certains sujets : ainsi il dresse un portrait bien peu flatteur des Juifs dans ses romans (tel Fagin dans dans Oliver Twist), même s'il prend conscience de son erreur et tente de rétablir un semblant de vérité en dressant bien maladroitement le portrait d'un Juif exemplaire à la fin de sa vie, dans l'Ami commun (à ce sujet, un autre texte en ligne) ; de même il se prononce en faveur de la répression suite à une révolte des Noirs en Jamaïque. 

ohl.jpgAvec beaucoup de facilité, Ohl nous captive, fait vivre devant nous un Dickens bien réel, parfois antipathique mais fascinant, tout en faisant en sorte de nous donner envie de lire tous ses romans, y compris ceux dont il a relevé les faiblesses. Ce texte est si dense qu'il me faudra sans doute le relire plusieurs fois pour mieux appréhender la genèse de l'oeuvre de Dickens, mais c'est sans aucun doute avec plaisir que je relirai ces passages. Ce livre apportera un éclairage intéressant à ceux qui ont déjà lu les romans de Dickens et constituera sinon pour les autres une clef d'entrée idéale pour les guider dans l'étonnant monde dickensien.

murail- bio dickens.gifPour une autre biographie de Dickens adaptée à un jeune public, je vous recommande le livre de Marie-Aude Murail (un régal) ; quant à Jean-Pierre Ohl, son roman Les Maîtres de Glenmarkie est un des romans français que je préfère, si vous ne l'avez pas lu je vous recommande très fortement de le faire (non ce n'est pas une hache que je cache derrière mon dos au cas où vous douteriez encore de l'intérêt de cette lecture, je suis persuadée que nous n'avons pas besoin d'en arriver là).

Aujourd'hui Charles Dickens fêterait ses 200 ans. Elles le fêtent aussi : Cryssilda avec Les Chroniques de Mudfog (j'étais passée à côté de ce texte mais mon édition était aussi plein de coquilles), Karine:) et Titine avec cette biographie de Jean-Pierre Ohl... mais aussi depuis Isil, Kikine, Sabbio, Mélodie, Ellcrys, Allie, DeL ...

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286 p

Jean-Pierre Ohl, Charles Dickens, 2011

dickens 2012.jpg jean pierre ohl,charles dickens,biographie de charles dickens,angleterre,angleterre xixe,angleterre victorienne,romans anglais

28/01/2012

Recherche stage à la Hogarth Press

kennedy peur virginia woolf1.jpegJ'avais envie de poursuivre mon séjour dans le quartier bien agréable de Bloomsbury, et j'ai choisi comme compagnon de route Richard Kennedy, né dans une bibliothèque à Cambridge en 1911 (on ne se refait pas). Outre cette anecdote sympathique, Richard Kennedy possède encore un atout de taille : il a fait son apprentissage à la Hogarth Press et nous livre dans J'avais peur de Virginia Woolf son expérience au sein du groupe Bloomsbury.

L'intérêt de ce témoignage est d'apporter une note de fraîcheur dans les nombreuses biographies concernant le couple et plus particulièrement, Mrs Woolf. Jeune apprenti, Richard n'est qu'un petit maillon de la chaîne parmi les célébrités qui côtoient le groupe, un garçon devant lequel les Woolf n'ont pas besoin d'incarner un personnage ou de se mettre en quatre pour le séduire par des remarques spirituelles. C'est donc une vision de Leonard et Virginia Woolf au quotidien que nous livre Richard Kennedy, qui par ailleurs partage avec nous de nombreux petits détails apparemment sans importance qui de suite permettent de se faire une bien meilleure idée de ce qu'est cette maison d'édition, vue de l'intérieur. Les détails croustillants ne manquent pas, telle la radinerie de Leonard Woolf qui exige qu'on utilise les vieilles feuilles de papier aux toilettes pour éviter toute dépense superflue, ou son caractère autoritaire, qui le pousse à exiger de ses employés qu'ils ne déjeunent pas ensemble à midi.

kennedy peur virginia woolf4.jpegDes Woolf, Richard écrit : “ Lui, c'est le magicien qui nous maintient tous en activité par la force de sa volonté – comme celui des contes d'Hoffmann – et Mrs W est une ravissante poupée magique, fort précieuse, mais par moments tout à fait incontrôlable. Peut-être qu'elle n'a pas d'âme, comme la poupée. Mais quand elle en a envie, elle peut créer un monde imaginaire et nous sommes tous subjugués, ou bien réprobateurs.” (p57) D'ailleurs, Richard dit n'avoir lu qu'Orlando, Mrs Dalloway et The Common Reader, ayant eu tellement de mal à lire les autres récits de Virginia qu'il les a simplement feuilletés.

Et lorsqu'il est invité chez le couple : “LW et moi sommes allés nous promener dans le jardin, pendant que Mrs W préparait le dîner. Il m'a donné un livre sur la comptabilité (...). Il me dit que la comptabilité est une très belle chose et que le gaspillage est affreux. Il était tout fier de me montrer son tas de compost.” (p62)

kennedy peur virginia woolf2.jpegCe texte court ne se réduit cependant pas à une biographie du couple “par le petit bout de la lorgnette”. Certes Kennedy nous livre ses impressions sur une période très courte, mais curieusement, ce narrateur complice ne s'efface pas au profit de ses illustres employeurs. Très jeune lorsqu'il entre chez les Woolf, il y vit sa première expérience professionnelle et c'est aussi le parcours d'un garçon un peu fougueux, voulant réussir et devant beaucoup apprendre que nous avons devant nous. On sent aussi derrière l'anecdote un brin d'impertinence (ainsi il ne cache pas son aversion pour Clive Bell, qui “pérore” devant une assemblée) et, en dépit de son admiration pour les Woolf, c'est avec une honnête fraîcheur qu'il remarque leurs petits travers et s'interroge, notamment sur le plan littéraire. Dans un club intellectuel très fermé il s'avoue son manque d'enthousiasme pour certains écrits de Virginia Woolf, se construit en lisant tous ces classiques qu'il ne connaît pas encore et raconte ses divergences de points de vue avec Leonard Woolf lorsqu'il s'agit de publier ou non Ivy Compton-Burnett. Et tout au long du récit apparaìt pour le guider son oncle, figure paternelle bienveillante.

virginia woolf,hogarth press,j'avais peur de virginia woolf,richard kennedy,littérature anglaise,angleterre,bloomsbury,londres,londres xxe,angleterre xxeUn dernier petit clin d'oeil pour la route, qui amusera sans doute ceux qui comme mois aiment se promener dans Bloomsbury en espérant croiser le fantôme de Virginia : “ On étouffe au sous-sol et, à en juger par l'odeur nauséabonde qui règne dans le fond, j'imagine que tous les égouts du Russell Hotel passent juste en dessous.” (p99) (J'adore passer devant cet hôtel à chaque fois que je me rends à Londres)

A tous ceux qui s'intéressent à Virginia Woolf je recommande vivement ce texte réédité en France par l'excellente maison d'édition Anatolia, qui a reproduit les dessins de Richard Kennedy voués à illustrer son passage à la Hogarth Press.

D'autres billets à ce sujet : Pandemonium littéraire, Keisha, DovegreyReader Scribbles

Lu dans le cadre du challenge Virginia Woolf que j'ai finalement décidé de poursuivre car je suis dans une phase woolfienne ascendante. Vous pouvez bien sûr toujours vous joindre à moi si votre coeur bat aussi pour Bloomsbury...

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111 p

Richard Kennedy, J'avais peur de Virginia Woolf, 1972

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25/01/2012

Virginia Woolf en images

BD_virginia woolf.jpgGrâce à ma chère Titine qui m'a fait remarquer ce titre, je viens de passer un moment en compagnie de Virginia Woolf, à travers un album publié récemment dans la collection Grands Destins de femmes. Un album ambitieux puisqu'il propose, en quelques 90 pages, de retracer le destin de cette immense romancière dont l'histoire continue de fasciner aujourd'hui.

Il m'a fallu un petit temps d'adaptation pour apprécier le dessin qui, finalement, me semble bien se prêter au sujet et sert le récit par sa précision et ses très belles couleurs, empreintes d'une certaine mélancolie. Pourtant, malgré les souffrances de la jeune Virginia puis ses dépressions, l'album se veut objectif et vise aussi à retranscrire “un élan vital, une force que démentaient volontiers son trop inquiet mari et son neveu, Quentin Bell” (cf avant-propos). L'album retrace ainsi le parcours de Virginia : sa grande famille recomposée, le clan Stephen composé de Vanessa, Adrian, Thoby et Virginia, puis le décès des parents et de Thoby, mais aussi George, le demi-frère ayant abusé d'elle et de sa soeur Vanessa (ce que je ne savais pas, connaissant encore mal la biographie de Virginia Woolf). Puis vient le mariage de sa soeur Vanessa et, suite à la pression familiale, le mariage de Virginia avec Leonard Woolf, qui sera davantage un ami et un complice littéraire (l'écrivain ayant d'abord éconduit son ami Lytton Strachey, auteur des Eminent Victorians et d'une biographie de la reine Victoria qui mérite le détour).

BD_virginia woolf2.jpgOutre les principaux événements de la vie de Woolf, cet album choisit d'attirer notre attention sur des faits plus mineurs et pourtant révélateurs de la personnalité de Virginia et de son cadre de vie. Ainsi, on apprend que pour visiter “le vaisseau le plus moderne et le plus secret d'Angleterre”, Virginia et ses proches s'étaient déguisés de façon à se faire passer pour l'empereur d'Abyssinie et sa suite... ruse qui opéra ! Si j'ai trouvé cet épisode particulièrement délicieux, d'autres éléments m'ont paru eux aussi très intéressants, telle l'évocation du féminisme engagé de Virginia (qui outre ses discours et textes bien connus, débute lorsqu'adolescente elle regrette de ne pas pouvoir se rendre à l'école comme ses frères), la publication de ses romans (qui finalement n'est pas au coeur du récit), ses relations avec l'exquise Vita Sackville-West... L'illustration sert à point nommé le récit, parfois par de jolis clins d'oeil, telle cette toile peinte par Vanessa (p 25).

Un très joli album pour tous ceux qui souhaitent découvrir le célèbre auteur et, pour ceux qui l'apprécient déjà, un beau cadeau à lire et relire avec plaisir. Un album qui m'a par ailleurs donné envie de lire les biographies de Woolf en attente dans ma bibliothèque !

Et j'en profite pour poursuivre mon challenge Virginia Woolf, tranquillement mais sûrement !

 L'avis de Carnet de Sel, Cécile, Titine...

Lu dans le cadre de la BD du mercredi proposée par Mango et du challenge Virginia Woolf

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90 p 

Michèle Gazier et Bernard Ciccolini, Virginia Woolf, 2011 (album)

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22/01/2012

Bleak house BBC 2005

bleak_house serie02.jpgNous l'avions prédit, cette année 2012 sera dickensienne ou ne sera pas ! Après avoir lu Le Mystère d'Edwin Drood, j'éprouve une envie irrépressible de lire Bleak House, en attente dans ma PAL. Pourquoi ce roman en particulier ? La faute en incombe à la superbe adaptation de la BBC, avec un casting de choix incluant notamment Gillian Anderson (que je ne connaissais que pour son rôle dans X Files), Carey Mulligan (délicieuse dans la version de Pride and Prejudice de 2005, ou encore dans l'excellent An Education) ou Anna Maxwell Martin (North and South, Becoming Jane...).

Bleak House repose autour de Jarndyce & Jarndyce, affaire qui oppose les héritiers d'une belle fortune. Depuis bien longtemps, l'affaire traîne en longueur, sans qu'aucun document ou fait significatif ne permette à la justice de trancher en faveur de l'un ou l'autre des intéressés. Une justice qui ne semble pas franchement concernée par le problème et qui une fois de plus chez Dickens est moquée pour son incompétence, son goût de la paperasse et le peu de cas qu'elle fait de ceux qui pâtissent de sa lenteur. La fin absurde assène d'ailleurs un dernier coup de massue à la justice anglaise, mais l'issue de l'affaire en question n'est pas ce qui nous préoccupe le plus.

bleak_house serie01.jpgLa trame est complexe (surprenant pour Dickens, n'est-ce pas ?). Outre l'histoire des héritiers présomptifs en attente du jugement, il est question d'Esther, élevée par une tante qui la détestait, dame de compagnie et gouvernante à la fois courtisée par un juriste bourré de tics, un médecin idéaliste et son propre employeur. Esther, personnage un peu terne, est en réalité au coeur du récit, entre ses divers prétendants et la découverte de sa mère, qu'elle ne connaissait pas. Enquêtes, secrets de famille, rencontres de soldats valeureux et de pauvres en souffrance, coups de foudre, chantages et meurtre, sans oublier une scène tragique, tous les ingrédients sont là pour nous tenir en haleine (merci Mr Dickens). La réalisation sert très bient le propos, avec un grand soin du détail, des séquences captivantes, des acteurs bien choisis (j'ai notamment beaucoup aimé Gillian Anderson en Lady Deadlock, aristocrate hautaine et triste) et l'attention portée à certains personnages plus mineurs, tel Mr Guppy, risible et plutôt attachant, peut-être franchement timbré aussi. Un vrai régal, et le fait de ne pas avoir encore lu le roman ne vous privera pas du plaisir de la découverte !

Et si vous êtes ici vous pourriez avoir envie de découvrir le blog d'Old Fashioned charm.

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Bleak House, série BBC, adaptation du roman de Charles Dickens par Andrew Davies*, 2005

(* Pride and Prejudice 1995)

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12/01/2012

Jane Austen's turn

austen_persuasion.jpgC'est avec fébrilité que j'ai ouvert et dévoré en quelques jours Persuasion, le seul roman austenien dont je ne connaissais pas encore l'histoire (billet rédigé à l'été 2009 mais jamais publié !). Car oui, amis lecteurs, il m'arrive de résister courageusement aux appels sournois des adaptations télévisées qui, diaboliques, me font pourtant de l'oeil depuis quelque temps [depuis l'époque où j'ai écrit ce billet j'ai vu et même chroniqué les deux adaptations mais promis juré je ne connaissais rien à Persuasion en ouvrant le roman].

Persuasion ne sera pas mon Austen favori mais, comme tous les autres, il occupera une place à part dans ma bibliothèque. A Emma, je reprochais quelques longueurs tout en trouvant l'héroïne amusante et finalement, très attachante. Persuasion est en quelque sorte mon anti-Emma. Anne Elliot occupe une place particulière dans l'univers austenien, en raison de son âge et de son parcours ; son histoire se lit avec plaisir tandis que la plus grande concision et la structure permettent  au roman de gagner en efficacité. Mais, si j'admire toutes les héroïnes austeniennes et qu'Anne Elliot ne fait pas figure d'exception, j'ai été moins séduite par ce personnage un peu trop parfait à mon goût.

Influencée par ses proches, Anne Elliot a éconduit le capitaine Wentworth voilà 8 ans de cela. Un choix étonnament raisonnable pour une jeune femme amoureuse d'un homme sans rang ni fortune. Aujourd'hui, approchant de la trentaine, Anne n'a toujours pas oublié son capitaine ; lui non plus, à ceci près qu'il ne lui a toujours pas pardonné d'avoir rompu leur engagement autrefois.

Contrairement aux jeunes héroïnes austeniennes, Anne est une femme plus mûre, plus réfléchie, sur le point de perdre les derniers éclats de sa jeunesse. Eclats qui à l'époque n'étaient plus qu'un lointain souvenir passé le cap de la trentaine (comme quoi, le monde austenien a aussi de sérieux inconvénients !). Ayant été raisonnable trop tôt, ce n'est que maintenant qu'Anne accepte d'écouter ses sentiments. Elle sait désormais qu'elle est incapable de faire un mariage de raison et d'épouser un homme de fortune ou  bien né sans amour ; le temps lui a aussi permis de reconnaître la sincérité de son premier attachement. Curieusement, Anne est devenue à la fois plus romantique et sage. D'une part, elle n'est pas prête à se marier puisque son coeur est déjà pris et se comporte de la sorte comme une très jeune héroïne ; de l'autre, elle a appris à mieux se connaître. Refuser toute autre forme de mariage est finalement compréhensible, puisque cela ne servirait en rien à la rendre heureuse.

bbc-persuasion.jpgCe qui me rend Anne un  peu moins sympathique que d'autres personnages austeniens, c'est son attitude parfaite en toute circonstance. Elle est généreuse et s'épanouit en apportant son soutien à d'autres, du neveu blessé à la soeur égocentrique, en passant par l'ancienne amie dans le besoin et la femme qui semble avoir séduit récemment le capitaine Wentworth. Elle est toujours amoureuse dudit capitaine mais souhaite ardemment la guérison de sa probable rivale, ne voulant que le bonheur de son cher et tendre et d'une jeune femme après tout très sympathique. Elle supporte sans mot dire les remarques déplacées de ses proches et le peu de considération dont ils font preuve à son égard. C'est un excellent juge qui, contrairement à son entourage, n'est pas aveuglée par de trompeuses apparences. En résumé, Anne Elliot est  (notamment) bonne, juste, fidèle, dévouée, courageuse, intelligente, spirituelle  et droite. Elle s'efface au profit des autres et ne semble jamais émettre la moindre plainte lorsque sa situation le justifierait, faisant preuve d'une abnégation admirable. Et, alors que son seul défaut semble tenir au moment de faiblesse au cours duquel on l'a persuadée de renoncer à un mariage d'amour, Anne conclut de la sorte :
... I was right in submitting to her, and that if I had done otherwise, I should have suffered more in continuing the engagement than I did even in giving it up, because I would have suffered in my conscience. I have now, as far as such a sentiment is allowable in human nature, nothing to reproach myself with ; and if I mistake not, a strong sense of duty is no bad part of a woman's portion” (p 291)
Je l'avoue, je préfère une Elizabeth un peu impétueuse, une Catherine “un brin” romanesque ou une Emma mauvaise juge. Ce n'est pas tant parce qu'Anne est très posée qu'elle m'agace un peu que parce qu'elle est moralement trop parfaite et finalement, indirectement moralisatrice (envers son père et sa soeur aînée ou encore son cousin Elliot).

Malgré tout, Anne est un personnage complexe et différent qui ne manque pas d'intérêt. Persuasion est aussi passionnant en raison de l'épatante galerie de personnages secondaires, toujours riche et décrite avec brio par Jane Austen. Parmi mes favoris, on peut citer sa soeur Mary, obsédée par sa petite personne et toujours prête à signifier à Anne combien elle est transparente et sans intérêt aux yeux de leurs connaissances, sans pour autant faire volontairement preuve de méchanceté. 

Moins ironique et moins drôle que les autres romans d'Austen que je connais, cette oeuvre reflète certainement l'état d'esprit de l'écrivain qui, au moment où elle rédige Persuasion, voit sa santé décliner  rapidement. Questionnements, bilan sur les choix de jeunesse, ce texte peut-être plus douloureux a visiblement un caractère en partie autobiographique.

Mes billets sur les deux adaptations de Persuasion :

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

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297 p

Jane Austen, Persuasion, 1818 (publication posthume)

Lu dans le cadre du mois anglais organisé avec les très British  Cryssilda et Titine et ici sur ce blog. Lu également pour le challenge God Save the Livre et pour le challenge austenien d'Alice in Wonderland que j'inaugure sur mon blog (il était temps) !logo mois anglais2.jpg

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08/01/2012

Hôtel hanté à Venise

collins hotel hante.jpgAujourd'hui notre ami Wilkie fête ses 188 ans... c'était donc l'occasion de lui consacrer un nouveau billet. J'hésitais à sortir de ma PAL ses romans les plus longs mais j'ai réalisé que je n'avais jamais parlé de L'Hôtel hanté, lu et adoré il y a environ deux ans. J'étais incapable de m'en souvenir avec précision, je l'ai donc relu car Wilkie au mois de janvier, vodka rhum toute l'année (oui ça n'a aucun sens, mais Wilkie était assez festif donc je me suis dit que ça lui irait bien).

De quoi s'agit-il ? D'une comtesse étrange, aux cheveux sombres, au visage pâle et fascinant, mélange de beauté et de laideur. De son frère, le baron, qui l'accompagne à travers toute l'Europe, semant sur leur passage le scandale et la disgrâce. De Lord Montbarry, ramolli du bulbe qui abandonne Agnès, exemple même de l'Anglaise idéale, bonne, douce et patiente, même dans le scandale.

Fiancé à Agnès, Lord Montbarry s'éprend de la comtesse Narona et demande celle-ci en mariage. Alors que la famille du lord s'y oppose et que les cancans vont bon train,  le couple marié à la sauvette se rend sur le continent et finit par s'installer dans un vieux palais délabré de Venise. Rejoint par le baron, frère de Lady Montbarry, le couple n'a pour entourage qu'une servante qui donne rapidement sa démission ainsi qu'un messager, Ferraris. La première partie se déroule cependant en Angleterre, essentiellement à travers les échanges entre Agnès, Henry – frère de Montbarry et amoureux de la jeune femme, ainsi que Mrs Ferraris. Celle-ci, ne recevant plus de nouvelles  de son époux, s'inquiète de son sort, jusqu'au jour où elle reçoit 1000 livres et un billet bien court : “ pour vous consoler de la perte de votre mari”. Pour elle, les choses sont claires : son mari a été assassiné. Mais un autre événement survient : Lord Montbarry meurt des suites d'une bronchite, faisant bénéficier son épouse d'une assurance vie montant à 10 000 livres, contractée à la demande du baron. Le roman suivra les pas de Henry et d'Agnes qui, petit à petit, seront amenés à se rendre à Venise et à découvrir ce qui est réellement arrivé dans le palais désormais transformé en hôtel et visiblement hanté.

wilkie-collins.jpgComme lors de ma première lecture, je me suis régalée avec ce roman de Wilkie Collins qui est peut-être celui qui m'a procuré le plus de plaisir jusqu'ici. On sent que ce roman n'est pas le plus abouti au monde, avec un narrateur qui finit souvent ses chapitres en nous lançant “mais que va-t-il se passer ? Vous verrez que l'on découvre l'explication dans le chapitre suivant, qu'on en apprend un peu plus dans le chapitre suivant, qu'il se passe des choses au chapitre suivant”. Je ne sais pas si ce texte a été publié sous forme de feuilleton mais cela pourrait expliquer ces clins d'oeil répétés.

Les traits d'humour si chers à l'auteur ne manquent pas, de ses commentaires sur les Français délurés à quelques passages joyeusement ironiques, tels ceux-ci :

Sur un médecin que demande à voir une patiente à la fin de ses consultations : Un coup d'oeil à une montre lui rappela qu'il fallait bientôt commencer sa tournée chez ses malades. Il se décida donc à prendre le parti le plus sage : fuir (p10).

Il fut un temps où l'homme, à l'affût de toutes les médisances, recherchait la société des femmes. Maintenant, l'homme fait mieux : il va à son cercle et entre dans le fumoir (p27).

Finalement, les personnages féminins ne sont pas si stétéotypés que ce qu'on pourrait imaginer pour un roman victorien. Certes, les deux amours de Montbarry incarnent deux idées bien distinctes de la femme : d'un côté la blonde fraîche et aimante, de l'autre la brune fascinante et perfide. Malgré tout, la comtesse est assez complexe et, consultant un docteur avant son mariage pour connaître son avis sur sa santé mentale, elle peut en quelque sorte obtenir le bénéfice du doute : est-elle si mauvaise que cela ? Ne doit-on pas la plaindre ? Quant à la blonde abandonnée, elle est assez fine pour conseiller Mrs Ferraris, manifeste parfois sa mauvaise humeur et cherche à reconstruire sa vie en dépit des trente ans qui s'approchent à grands pas et sonneront le glas de sa jeunesse déclinante. Les rôles secondaires masculins et féminins sont répartis de manière équilibrée et, si les hommes prennent encore les décisions, les femmes usent de leur pouvoir d'influence avec efficacité et en toute connaissance de cause.

Et cerise sur le gâteau, il s'agit également d'une histoire de fantôme victorienne car au mystère de la disparition du messager et de la mort du Lord s'ajoutent les étranges manifestations dont sont victimes les membres de la famille à Venise.

Que demander de plus ? Un délicieux divertissement populaire à l'anglaise !

Cryssilda n'aime pas ce texte, mais je soupçonne quand même sa mauvaise édition d'y être pour quelque chose... et pour fêter l'anniversaire de notre ami commun, Titine a lu Mari et Femme.

Et de Wilkie Collins sur ce blog :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé avec les délicieuses  Cryssilda et Titine et ici sur ce blog. Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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284 p

Wilkie Collins, L'Hôtel hanté, 1878

 

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05/01/2012

Une histoire de fantôme à l'anglaise

hill_WOMAN_IN_BLACK.jpgAyant récemment entendu parler d'un film britannique plus que tentant (how surprising!) et découvert qu'il s'agissait d'une adaptation d'un roman de Susan Hill, j'ai eu envie de lire celui-ci, The Woman in Black. Bien m'en a pris car je viens de découvrir un auteur contemporain comme je les aime, entre inspirations victoriennes et histoires de fantômes. Curieusement j'ai ouvert ce roman juste après avoir lu Rebecca de Daphné du Maurier et vu à ce moment que Susan Hill avait justement écrit une suite à Rebecca, intitulée Mrs de Winter. Le hasard fait bien les choses !

A l'heure où les premières automobiles font leur apparition, le jeune Londonien Arthur Kipps est envoyé par le cabinet de notaires pour lequel il travaille dans un village isolé du Nord, à l'orée des marais. Il doit s'y rendre pour l'enterrement d'une cliente, Mrs Alice Drablow, avant de chercher dans sa maison tout papier pouvant aider le cabinet à mettre en ordre ses affaires d'ordre financier ou juridique. Ambitieux et optimiste, Arthur ne prête pas attention aux réactions des habitants des environs lorsqu'ils apprennent le motif de sa venue ; il semblerait qu'Eel Marsh House ait fort mauvaise réputation dans les environs et soit l'objet de nombreuses superstitions. A l'enterrement de Mrs Drablow, dans le cimetière du village, Arthur voit une femme en noir au visage amaigri et ravagé par la maladie, vêtue de vêtements de deuil quelque peu insolites, courants soixante ans auparavant. Il reverra plus tard dans la journée cette femme auprès d'une tombe du cimetière abandonné attenant à la maison de Mrs Drablow, dans laquelle il décide de s'installer pour consulter les papiers de la vieille femme. Mais dès le premier jour, des événements troublants se succèdent : c'est ainsi le début de l'étrange expérience que souhaite relater Arthur Kipps de nombreuses années plus tard afin d'exorciser enfin le souvenir de ces pénibles moments.

C'est en tremblant que j'ai poussé la porte d'Eel Marsh House, isolée, battue par les vents et coupée du monde plusieurs fois par jour au gré des marées. Une expérience que je ne regrette pas et que je suis volontiers prête à renouveler en compagnie de Susan Hill. Ecrit par un personnage posé et prosaïque, ce récit se présente comme un témoignage crédible et réaliste et permet peu à peu de convaincre le lecteur, qui se laisse lui aussi gagner par l'angoisse du narrateur. Ce texte m'a évoqué des récits plus classiques (notamment du XIXe) et, bien que le lecteur devine un certain nombre de faits, Susan Hill maîtrise suffisamment son texte pour créer la surprise ou du moins le suspense ; et si le drame final était attendu, j'ai trouvé judicieux le fait de mettre un point final à l'histoire avec ce terrible dénouement au lieu de revenir au temps présent qui sert d'introduction au récit. L'intérêt du roman repose avant tout sur son ambiance, habilement mise en place ; un excellent potentiel pour l'adaptation cinématographique, que j'espère à la hauteur du roman, car avec un tel texte, difficile de ne pas imaginer un film particulièrement effrayant.

A noter que Susan Hill a notamment reçu les Prix Whitbread et Somerset Maugham au cours de sa carrière... c'est dire si son oeuvre est prometteuse ! En ce qui me concerne, je louche déjà sur certains titres...

L'avis de The Dark Scrybe : "Susan Hill has created one of the most elegant, subtle and unsettling ghost stories of all time"

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les mes acolytes Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune autour d ). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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 160 p

Susan Hill, The Woman in Black, 1983

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02/01/2012

Mystère victorien à Cloisterham

 dickens mystere drood.gifSi Le Mystère d'Edwin Drood ne compte pas parmi les romans de Dickens qui me tentaient le plus, j'ai souvent hésité à le lire afin de pouvoir enfin profiter des “drooderies”, variations diverses et variées sur le thème d'Edwin Drood, à commencer par le premier roman de Jean-Pierre Ohl (dont j'ai savouré avec un bonheur immense Les Maîtres de Glenmarkie à sa sortie), mais aussi L'Affaire D, repéré il y a quelques années et, plus récemment, Drood de Dan Simmons. J'espérais lire une ou plusieurs de ces suites au roman inachevé de Dickens pendant le mois anglais mais j'ai sans doute péché par excès d'optimisme à ce sujet. En revanche, j'ai enfin lu le fameux Mystère d'Edwin Drood qui a tant fait couler d'encre !

L'histoire débute à Cloisterham, petite ville tranquille en Angleterre : Edwin Drood, neveu bien-aimé de Jasper, vient rendre visite à son oncle et à la jolie Rosa Budd, orpheline. Tous deux sont fiancés depuis la naissance en raison des liens d'amitié qui unissaient leurs parents ; leur mariage s'approche et les deux jeunes promis ne cessent de se chamailler... cette union qui leur a toujours été présentée comme une évidence laisse peu de place aux sentiments et c'est le coeur plein de doutes que Rosa et Edwin semblent se résigner. A la même époque, le chanoine Crisparkle accueille chez lui le jeune Neville Landless (dont la soeur deviendra l'amie intime de Rosa au pensionnat). Ce jeune homme venu d'Inde, cet orphelin au tempérament violent s'éprend de Rosa et conçoit immédiatement des sentiments peu charitables envers Edwin, indigne de Rosa selon lui. Et il faut bien avouer qu'Edwin n'est guère attachant. Ce jeune citadin sûr de lui est assez agaçant et c'est avec un certain soulagement que j'ai appris sa disparition. Dès lors, la question est posée : Edwin Drood s'est-il absenté sans prévenir quiconque ? A-t-il été tué ? Et si oui, doit-on accuser le jeune Neville, comme semble le penser Jasper, oncle effondré ? Ou faut-il écouter l'instinct de Rosa qui, la première, commence à soupçonner Jasper, qui est amoureux d'elle et lui a toujours inspiré du dégoût ?

dickens_mystere drood2.jpgDickens étant décédé au milieu des livraisons prévues, nul ne saura jamais le fin mot de l'histoire ; pourtant les thèses ne manquent pas. Dans sa très intéressante biographie de Dickens, Jean-Pierre Ohl met notamment en avant une hypothèse intéressante : le coupable serait Jasper mais il serait atteint d'un dédoublement de la personnalité, d'où son comportement étrange, ses tirades inquiétantes et son addiction à l'opium. J'aime cette thèse faisant de Jasper un personnage plus inquiétant mais aussi plus humain, et ce plusieurs années avant la publication Dr Jekyll & Mr Hyde. Les arguments avancés par Ohl pour soutenir cette thèse me semblent intéressants ; il évoque notamment le fait que Dickens se soit vanté d'avoir trouvé une idée nouvelle (on écarterait alors par exemple le retour du héros, vivant finalement), son intérêt grandissant pour les personnages ambigus et doubles. J'ai repensé à divers passages qui m'avaient troublée à la lecture et avec cette thèse, les différents éléments du puzzle semblent se rassembler de manière plutôt satisfaisante. Ce serait en effet une issue originale, inédite à l'époque, alors que Dickens avait déjà largement usé des différents ressors du roman à sensation.

Je ne peux pas vraiment dire que cette lecture m'ait totalement enchantée en soi mais les questions qu'elle soulève et les pistes de lecture qu'elle m'apporte lui donnent un nouvel intérêt. Certains passages sont par ailleurs savoureux, de même que des personnages plus ou moins secondaires tels Durdles, tailleur de pierre qui passe des heures entières dans la crypte de la cathédrale, Mr Sapsea, imbécile se délectant de sa son génie ou encore Mr Grewgious, homme de loi au bon fond mais peu doué pour les relations humaines. On sent que Dickens s'est amusé à les créer et c'est pour le lecteur un vrai délice que de découvrir leurs petits travers décrits par la main du grand écrivain.

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Lecture commune autour de Dickens, partagée avec : CryssildaTitineKarineEliza, Perséphone.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune autour d ). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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Charles Dickens, Le Mystère d'Edwin Drood, 1870

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29/12/2011

La maîtresse de Manderley

du maurier_rebecca.jpgJ'adore ce mois anglais, car je n'arrête pas de piocher dans ma PAL grâce à lui (il faut savoir que ma PAL anglaise est tout simplement sans fin, et il est délicieux de pouvoir y retrouver à peu près tous les auteurs que j'ai envie de découvrir dans le cadre de ce petit challenge). Bien entendu, ma bibliothèque contient Rebecca de Daphné du Maurier (dans l'édition hideuse du Livre de Poche, c'est pour ça que j'ai remis leur ancienne couverture, même si elle correspondait à leur collection fleur bleue)... et curieusement, moi qui aime tant l'Angleterre et ses auteurs, je n'avais encore jamais lu un seul Daphné du Maurier, alors que Rebecca me tente depuis l'adolescence (hum, j'ai dû repérer ce roman en choisissant un Danielle Steel car il fut un temps où je lisais Danielle Steel - l'adolescence est parfois une période difficile). Donc j'adore ce mois anglais qui m'a permis de découvrir enfin ce grand classique de la littérature.

J'avais beaucoup d'idées fausses concernant Rebecca. J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une histoire de fantômes, un roman dans lequel l'héroïne était poussée à bout par les souvenirs voire le fantôme même de Rebecca, ou peut-être quelque chose de romantique à la Brontë, avec une Rebecca encore vivante et cachée dans une partie de Manderley. J'imaginais une fin heureuse après moult frayeurs.

Rebecca est en réalité un roman davantage psychologique que mystérieux, même si peu à peu l'histoire sombre de Manderley est dévoilée. Mais de quoi parlons-nous en fait ? La jeune narratrice est employée comme dame de compagnie et fait avec sa riche patronne un séjour à Monte Carlo. C'est là qu'elle rencontre Mr de Winter, veuf séduisant propriétaire d'une somptueuse demeure anglaise, Manderley. Celui-ci la demande rapidement en mariage et les voilà partis pour l'Italie, puis Manderley. Malheureusement pour la jeune et heureuse mariée, l'ombre de l'ancienne femme de Mr de Winter, plane toujours. La lugubre Mrs Danvers semble n'éprouver que mépris pour la nouvelle Mrs de Winter qui se sent peu à l'aise en tant que nouvelle maîtresse de Manderley, et sans cesse des commentaires glanés ici et là lui font penser que Maxim ne l'a l'a épousée que pour avoir un peu de compagnie, alors que Rebecca était un être bien plus séduisant, intelligent et remarquable qu'elle, si insignifiante. Rapidement des tensions se créent entre elle et Mrs Danvers, tandis que Maxim de Winter redevient morose. Son mariage semble être déjà un échec. C'est alors qu'on retrouve le petit bateau avec lequel Rebecca de Winter avait fait naufrage...

Comme je l'ai dit, Rebecca est assez différent du roman plein de mystères auquel je m'attendais (soit un roman hanté par des fantômes, soit des personnages inquiétants faisant sombrer l'héroïne dans la folie). Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un vrai page-turner qui m'a donné envie de découvrir l'adaptation mais aussi de lire d'autres Du Maurier (ce que je m'interdisais jusqu'ici car je voulais commencer par Rebecca). On peut parler d'un roman à suspense dans lequel les personnages sont soigneusement dépeints. L'intrigue repose essentiellement sur Rebecca, dont la narratrice sait bien peu au début mais qui finalement semble s'insinuer dans toutes ses relations et la tourmenter au quotidien, mais l'intérêt du récit repose aussi sur l'évolution de la narratrice, à travers ses relations avec son mari et les domestiques (elle-même passe de dame de compagnie à maîtresse de maison, dans une demeure plus habituée à voir des grandes dames que des oiseaux tombés du nid). Le personnage de Rebecca est lui-même plus complexe que ce à quoi je m'attendais : je pensais qu'il s'agissait de la femme idéale qui ainsi ne peut être oubliée ni remplacée, mais Rebecca est finalement bien différente de cela.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune Daphné du Maurier). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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378 p

Daphné du Maurier, Rebecca, 1938

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27/12/2011

Merry Victorian Christmas !

perry_revelation noel.jpgBonnes fêtes de fin d'année à tous !

Et quoi de plus sympathique en cette période qu'un bon petit polar au coin du feu ? C'est ce qu'a bien compris l'agent d'Anne Perry qui l'incite sans doute très fortement à pondre tous les ans un nouvel opus de Noël histoire de faire un peu de chiffre en fin d'année. Quoi qu'il en soit, ces petites bluettes de saison conviennent en général parfaitement aux trajets précédent mon réveillon. Et mes neurones apprécient le ronron bien huilé des enquêtes victoriennes des proches de Thomas et Charlotte Pitt.

Les enquêtes de Noël sont particulièrement légères : plus courtes, elles accordent souvent plus d'importance au contexte et aux personnages qu'à l'intrigue elle-même, qui en général ne casse pas trois pattes à un canard.

La Révélation de Noël n'échappe pas à la règle et ne risque pas de bouleverser le monde de la littérature policière, mais il m'a fait passer un bon moment.

Puisqu´enquête il y a, il fallait bien un meurtre (vieux de sept ans) et donc, un assassin. Le mobile est plutôt tiré par les cheveux (et surtout la façon assez improbable dont la victime avait découvert un secret concernant le meurtrier). Bien entendu, on suspecte à peu près tout le monde en imaginant des mobiles tout à fait plausibles ; c'est bien sûr l'un des personnages les moins concernés qui s'avère avoir un “squelette” dans son placard...

C'est cette fois-ci Emily qui joue les détectives amateurs... Emily, la soeur de Charlotte Pitt, cette jolie femme assez superficielle qui doit quitter Londres en période de fêtes pour se rendre dans un village perdu en Irlande, auprès d'une tante agonisante dont elle n'a que faire. Elle y découvre des Irlandais plutôt accueillants (malgré leur inimitié envers les Anglais) mais visiblement troublés plus que de raison à l'approche d'une tempête. Et lorsqu'un navire fait naufrage, le malaise s'accentue. Je vous laisserai apporter seuls une réponse (ou pas) à ce suspense quasi insoutenable.

Outre l'histoire sympathique parfaite pour se délasser, j'ai apprécié le cadre différent et j'ai été agréablement surprise par les jolies descriptions de la mer et des paysages sauvages de l'Irlande. Une lecture reposante qui m'a fait voyager (et m'a donné envie de faire mes valises). Voilà en somme une agréable surprise !

Si vous n'avez jamais lu Anne Perry ne commencez pas par ses histoires de Noël mais pour les amateurs du genre, [cet avant-]dernier cru devrait vous plaire.

(Lu et chroniqué l'an dernier, mais je n'avais pas publié mon billet !)

Dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine.

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184 p

Anne Perry, La Révélation de Noël, 2008

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25/12/2011

Un thé au petit goût d'amande

christie_petit doigt.jpgGrâce à mon amie la terrible Titine, véritable tornade pour ma PAL, j'ai retrouvé cette chère Agatha Christie, que j'avais presque oubliée ! Curieusement, j'ai beau adorer l'Angleterre, me délecter de lectures anglaises, je n'éprouve - ou devrais-je dire n'éprouvais plus - de fascination pour cette sympathique dame. Quand j'avais douze ans, sur les conseils d'une copine, j'ai découvert Mort sur le Nil. J'étais dans ma période égyptienne, j'enchaînais les romans et livres plus sérieux sur l'Egypte ancienne, sur laquelle j'avais même écrit de petits textes. Bref, c'était l'Angleterre de mon adolescence (comme quoi j'ai finalement préféré les climats pluvieux). Mort sur le Nil a été un coup de coeur et j'ai rapidement lu quatre ou cinq Christie qui m'ont tous plu, puis j'ai oublié cet auteur aussi vite que j'y étais venue. J'ai bien fait une petite tentative avec La Maison biscornue mais malgré un bon moment, je n'ai pas non plus eu de révélation. C'était avant Mon petit doigt m'a dit, qui vient de me faire replonger. Si bien que ma PAL s'est alourdie de trois nouveaux Christie (elle en avait besoin, vous vous en doutez !).

Mr & Mrs Beresford, anciens détectives privés, rendent visite à la vieille tante Ada, ce vieux dragon qui prend toujours Tuppence pour une traînée et ne daigne parler qu'à son neveu. A l'occasion de ce court passage en maison de retraite, Tuppence Beresford rencontre une pensionnaire qui lui demande "s'il s'agissait aussi de l'un de ses pauvres enfants" et semble penser qu'il y a un cadavre dans la cheminée. Suffisamment éprouvés par quelques heures passées entre une vieille femme aigrie et une autre folle, les Beresford rentrent chez eux. Peu de temps après, Tante Ada meurt et le médecin de la maison appelle Thomas afin de lui faire part d'un petit souci : il semblerait qu'on meure souvent empoisonné au "Coteau ensoleillé. Mais il n'en fallait pas autant pour que Tuppence reprenne les bons vieux réflexes du métier : ayant hérité d'un tableau représentant une maison qu'elle est certaine d'avoir déjà vu, elle a cherché à se remettre en contact avec la femme ayant fait don de l'oeuvre à tante Ada (et qui n'est autre que la dame dérangée voyant des enfants coincés dans des cheminées)). Or cette pensionnaire a disparu. Son enquête la fera errer dans la campagne et les petits villages anglais (on en redemande !), où potins et histoires troubles ne manquent pas, s'il fallait encore épaissir le mystère.

Un excellent Agatha Christie, je me suis régalée d'un bout à l'autre ! L'histoire est bien ficelée et ne manque pas de ramifications, le ton est délicieusement anglais, le couple Thomas-Tuppence drôle et très attachant. Un petit moment de bonheur, savouré une tasse de thé à l'amande à la main !

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252 p

Agatha Christie, Mon Petit doigt m'a dit, 1968


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mon petit doigt m'a dit.jpgEn revanche le film m'a beaucoup moins plu. J'avais vu ce film ou une autre adaptation de Christie dans la même veine et je n'avais déjà pas trop accroché : beaucoup trop français à mon goût. Ayant lu le roman il y a juste quelques semaines, j'ai malgré tout eu envie de voir l'adaptation diffusée à la télévision depuis. Je reste sur mon sentiment mitigé, même si j'ai regardé le fim avec plus d'intérêt alors que j'avais abandonné en cours de route à chaque tentative précédente. J'aime beaucoup Catherine Frot et la trouve délicieuse et très drôle comme d'habitude, de même qu'André Dussolier. En revanche j'ai trouvé que plusieurs rôles secondaires ou plus mineure sont mal servis par des acteurs au débit mécanique. La transposition du cadre en Suisse n'est pas un problème en soi, si ce n'est que ce qui m'a tant plu dans le roman, c'est cette ambiance si British, que je n'ai bien sûr pas retrouvée. Le scénario prend des libertés avec le récit et extrapole. C'est parfois amusant mais on ne s'étouffe pas non plus de rire... tandis que  l'histoire est un peu difficile à suivre si on ne connaît pas le fin mot de l'histoire, les révélations se succédant brutalement à la fin alors que certains personnages ou passages n'ont été qu'ébauchés précédemment. Bref, un film sympathique mais pour ma part, une petite déception.

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Mon petit doigt m'a dit, un film de Pascal Thomas, 2004

Une chronique rédigée dans le cadre du mois anglais, organisé par CryssildaTitine et moi et du challenge God save the livre d'Antoni.

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Je suis partie quelques jours mais je profite de ce billet pour vous souhaiter un joyeux Noël et de joyeuses fêtes, avec un petit clin d'oeil à mon sapin de cette année !

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24/12/2011

Périr d'ennui à Noël

perry_noel plein d'espoir.gifSi vous ne trouvez rien de mieux à faire cette année à Noël, vous pourrez toujours chercher Charlie, l'âne disparu de Minnie Maude. Ce sera l'occasion de vous promener près de Whitechapel dans la capitale britannique au XIXe siècle ce qui, à défaut d'être une balade passionante, aura le mérite de vous dépayser.

Vous risquez toutefois de vous poser de multiples questions, comme les jeunes héroïnes de ce Noël plein d'Espoir d'Anne Perry qui, deux paragraphes sur trois, répètent inlassablement les mêmes interrogations : mais pourquoi Charlie a-t-il disparu après la mort d'oncle Alf ? Pourquoi oncle Alf, chiffonnier de son état, n'a pas fait sa tournée habituelle ? Et s'il n'a pas fait sa tournée habituelle, pourquoi Charlie aurait disparu ? Mais si Charlie a disparu, pourquoi oncle Alf est mort ? Et si oncle Alf est mort, est-ce que Charlie a disparu ? Mais si Charlie a disparu, est-il toujours vivant ? Et s'il n'est pas vivant, est-il mort ?

Tout comme les petites Minnie Maude et Gracie Phipps qui, en recherchant un âne, se mêlent d'un meurtre déguisé en accident, j'ai pataugé dans les rues de Londres, transie de froid et morte d'ennui, attendant le prochain vendeur de marrons pour me remonter le moral. C'est bien le Noël le plus sordide que j'ai passé en compagnie d'Anne Perry, dans un roman englué dans la boue des bas-fonds de la capitale, avec une enquête qui n'avance pas, des scènes répétitives, une solution sortie  de nulle part (le méchant aristo soupçonné depuis le début est bien le tueur, tandis qu'est confirmée la supposition faite au départ - une histoire de drogue tiré du chapeau comme un lapin de Pâques). Je me suis follement ennuyée et autant je m'étais régalée l'an dernier (billet de circonstance prévu pour le 27 décembre), autant je ne peux que vous recommander de passer votre chemin cette fois-ci, au risque de vous effondrer dans votre bouillon du soir à force de lassitude.

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Sur ce blog, d'Anne Perry également :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici et avec mes amies Cryssilda (qui publie aussi aujourd'hui un billet sur Anne Perry) et Titine, et du challenge God save the livre d'Antoni.

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153 p

Anne Perry, Un Noël plein d'Espoir, 2011

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22/12/2011

Au bout du chemin, pas grand-chose

collins_en-quete-du-rien.gifAvec enthousiasme, je me suis précipitée sur En Quête du rien, nouvelle inédite de Wilkie Collins publiée en octobre par les Editions du Sonneur. In fine je ressors un peu mitigée de cette lecture. Précisons tout de même que je n'ai pas lu ce texte dans de très bonnes conditions, puisque j'attendais que Mr Lou et Papa Lou se décident sur le choix d'une perceuse chez Mr Bricolage. Après Wilkie, j'ai également eu le temps de faire le tour des décorations de Noël et de feuilleter tous les livres de cuisine avant de quitter enfin les lieux, mais nous sommes partis munis d'une perceuse qui devrait en principe fonctionner et les deux heures passées chez Mr Bricolage étaient sans aucun doute justifiées.

Bien que mes séances de shopping soient follement intéressantes, c'est plutôt des aventures fort ennuyeuses du héros d'En Quête du Rien dont j'ai décidé de vous parler.

Le narrateur, surmené, se voit prescrire un repos absolu par son médecin : pas d'écriture, pas de lecture, rien qui pourrait troubler sa tranquillité. Il est heureusement appuyé par sa femme à "l'esprit pratique", qui écrit ainsi pour résumer : "règles pour le rétablissement de mon cher William. Pas de lecture. Pas d'écriture. Éviter excitation, contrariétés, angoisses, pensées. Fortifiant. Grandes joies déconseillées. Bons petits repas. Éviter aussi états mélancoliques. Autres recommandations à mon bien-aimé : courtes promenades (avec moi). Se coucher tôt. Se lever tôt. Nota bene : assurer sa tranquillé. Très important : veiller à ce qu'il ne fasse rien." (p9)

[spoilers]

[Partageant l'opinion de sa digne épouse, le héros se rend dans un village charmant et isolé afin de se reposer. Manque de chance, les bruits ne manquent pas, le couple est sans cesse dérangé, jusqu'à ne pas pouvoir dormir à cause de villageois jurant comme des charretiers. "Onze heures, me répond-il. Inutile de dire que ma femme et moi ne prenons pas le risque de nous coucher avant ce terme ; nous nous retirons alors dans notre chambre, trempés des pieds à la tête, si je puis dire, par cette giboulée d'obscénités." (p23)

Suivant de nouveau l'avis de sa femme, le héros quitte donc le terrible village pour un lieu plus propice à sa cure. "Ce dont je suis sûr à présent, c'est qu'un village isolé est sans doute le dernier endroit où chercher (le silence). Lecteurs, vous que vos pas guident vers ce but qui a nom tranquillité, évitez, je vous en conjure, la campagne anglaise." (p27)

Millais_Wilkie_Collins.jpgMais en bord de mer, notre cher William commence à songer que finalement l'oisiveté peut être une sorte de torture. Il contemple ainsi la mer : toujours les mêmes bâteaux à l'horizon. Il consacre un moment à l'observation des tableaux qui sont dans sa chambre d'hôtel, histoire de gagner du temps. Il admire un bienheureux pêcheur à qui il faut plus d'un quart d'heure pour redresser un clou - quel homme bienheureux qui ne pourra jamais s'ennuyer ! Quant aux heures des repas, elles n'arrivent jamais assez vite ! "Novice que je suis en oisiveté, comment puis-je espérer imiter quelque jour cet artiste consommé ?" (p38) Finalement, notre héros désespère : il ne peut travailler et ne peut paresser... quel dilemme !]

J'ai lu ce texte dans d'assez mauvaises conditions et il ne m'a laissé dans un premier temps qu'un souvenir plus que confus. En le feuilletant pour écrire mon billet, je souris davantage aux traits d'humour. Cette nouvelle n'est certainement pas un coup de coeur, j'ai trouvé certains passages assez drôles mais on voit très vite venir la suite et curieusement, cette nouvelle m'a presque paru un peu lassante. Pourtant, beaucoup de scènes sont savoureuses et dans l'ensemble ce texte très léger est agréable à lire... d'ailleurs je l'ai lu avec curiosité et sans ennui, y compris cette première fois qui m'a laissé si peu de souvenirs. Bref, une petite friandise sympathique, qui pourrait amuser ceux qui souhaitent découvrir Wilkie Collins sans commencer par un de ses longs romans.

Sur ce blog également :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine, qui ont toutes deux beaucoup apprécié cette lecture. Lu également pour le challenge God Save The Livre !

Lecture commune autour de Wilkie Collins

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46 p

William Wilkie Collins, En quête du rien, 1857

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