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05/10/2012

Les Fantômes des Victoriens

collectif_Fantomes-des-victoriens--cover.jpgJe crois que je compte vous parler de ce livre depuis le premier Challenge Halloween en 2010, mais longtemps il a résisté ! Il faut dire qu'une nouvelle de Dickens m'a donné du fil à retordre l'an dernier et m'a fait passer l'envie de poursuivre ma promenade en territoire victorien. Mais cette année, voyant notre première étape irlando-grande-bretonne (!) approcher à toute allure et mon roman de 700 pages avancer bien moins vite, j'ai opté pour une stratégie de repli visiblement hautement efficace puisque, aujourd'hui, pour mon plus grand bonheur, j'arrive enfin à vous parler du recueil Les Fantômes des Victoriens publié par les excellentes éditions José Corti (qui comme Phébus ont le don d'exhumer de vrais petits bijoux).

Beaucoup de grands écrivains victoriens dans ce recueil, mais aussi quelques-uns que je ne connaissais que vaguement de nom, encore moins de réputation. Cela donne une suite de nouvelles très variées, pour tous les goûts !

Wilkie Collins, « Neuf heures ! » : pendant la révolution française, des hommes attendant leur exécution dans une prison festoient pour la dernière fois et s'interrogent sur l'heure à laquelle ils approcheront de la guillotine. L'un d'eux confie à un autre qu'il sait qu'il mourra à neuf heures le matin... et c'est bien ce qui arrivera. Une nouvelle concise qui frappe l'esprit (la preuve c'est que j'en parle un an après sa lecture et que je garde encore le souvenir d'un texte glaçant et très précis).

Charles Dickens, « Le Fantôme dans la Chambre de la Mariée » : un mari attend avec impatience le décès de sa femme et lui intime de mourir... j'avais lu ce texte l'an dernier mais il ne m'avait pas vraiment plu à l'époque et je n'ai pas eu envie de le relire. Tant pis !

Patrick Kennedy, « Les Fantômes et la partie de Football » : un fantôme cherche à réparer ses erreurs passées mais lorsqu'il propose une partie de foot à ses hôtes ceux-ci sont bien incapables de lui adresser la parole. Difficile dans ce cas de passer le message !

Anonyme, « Le Spectre de la Visiteuse » : un jeune homme à la vie dissolue vient mourir chez ses parents. Dans la pièce isolée et lugubre qu'il occupe, une étrange femme apparaît chaque nuit, causant au mourant un profond trouble... son comportement scandaleux semblerait l'avoir rattrapé.

Joseph Sheridan Le Fanu, « Le Fantôme et le Rebouteux » : Ce n'est pas le meilleur Le Fanu mais malgré tout cette nouvelle est bien sympathique. Un rebouteux est forcé de passer la nuit dans un château réputé hanté. On s'en doute, le redouté fantôme sortira de son tableau pour venir taquiner notre héros... A noter que le récit débute par une parenthèse historique ; autrefois, certains Irlandais pensaient que la dernière personne enterrée dans un lieu était obligée d'aller chercher de l'eau pour tous les autres habitants des lieux, pour étancher leur terrible soif ; par conséquent si deux enterrements se suivaient les cortèges faisaient la course pour mettre en terre leur mort en premier, au point d'aller jusqu'à jeter le cercueil par dessus le mur pour éviter de faire un détour par le portail !

Sir Arthur Conan Doyle, « Comment c'est arrivé » : un accident de voiture qui se finit mal (très court mais très bien mené).

Vincent O' Sullivan, « Quand j'étais mort » : Un jeune homme décède et se retrouve fantôme dans sa propre maison, incapable de se faire entendre de ses domestiques affolés ou éplorés selon les cas.

Bernard Capes, « La Maison qui s'est évanouie » : Dans le froid des musiciens gelés décident de jouer pour se réchauffer. Apparaît alors une maison et une jeune femme leur propose une étrange boisson... mais mieux vaudrait s'abstenir !

Arthur Quiller-Couch, « La Chance du Laird » : une nouvelle un peu plus longue, à la construction classique mais efficace. Un jeune homme tombé pendant les guerres napoléoniennes fait l'objet de mémoires et d'une étrange histoire. Juste avant sa mort on l'a soupçonné de tricher aux cartes (et comme au XIXe on ne plaisantait pas avec ça c'est son honneur qui est mis en cause, une affaire qui devait briser sa carrière et sa vie, voire se solder par un duel !). Vous vous en doutez bien, c'est un petit lutin qui a fait le coup ! J'ai beaucoup aimé le coup classique du Victorien sérieux et respectable (ici dans l'armée qui plus est) capable de gober avec facilité toutes les histoires de fantômes les plus abracadabrantes... c'est ça qui fait le charme de l'époque !

George Moore, « Un Théâtre dans la Lande » : aussitôt lu, aussitôt oublié, c'est fâcheux ! J'ai été assez réfractaire au style, d'où un intérêt modéré pour le contenu. A la campagne, une mère règle de façon expéditive l'accouchement honteux de sa fille, dont l'enfant hantera la lande.

E.M. Forster, « L'Omnibus Céleste » : un omnibus conduit par d'illustres cochers (tel  Dante) amène ses occupants dans un au-delà merveilleux... mais tout le monde n'en revient pas indemne. Une histoire qui relève davantage du merveilleux que de l'épouvante, malgré une fin pour le moins sombre.

2341141959.jpgUn très bon recueil, certaines nouvelles m'ont davantage plu que d'autres mais avec autant d'auteurs et d'approches différentes, ce n'est pas étonnant ! Chaudement recommandé pour les arrêts  en territoire maléfique !

Et je poursuis mon voyage anglais en compagnie des Radley...

Etape 1 du voyage d'Halloween : UK et Irlande

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie la redoutable sorcière Hilde, et du challenge victorien d'Arieste

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201 p

Collectif, Les Fantômes des Victoriens, XIXe
Halloweem 2012.jpglogo-challenge-victorien.png

30/09/2012

E.L. Doctorow, Homer et Langley

doctorow-homer.jpgJ'avais promis à ma chère Titine de participer au mois américain mais j'ai eu bien du mal à le faire entre une première semaine de septembre très dense puis mon départ loin, bien loin de chez moi – bizarrement je n'ai pas eu l'occasion de tenir parole jusqu'à aujourd'hui.

J'ai lu deux romans dans le cadre de ce mois américain mais la seule chronique que je vais faire à temps porte sur Homer & Langley de E.L. Doctorow, roman qui m'a fait de l'oeil pendant un moment en librairie. J'ai fini par succomber à la couverture et au sujet : deux frères assez riches pour vivre dans la Cinquième avenue retrouvés morts « ensevelis sous des piles de journaux et de livres » (je vois déjà quelques bibliomanes pâlir et jauger d'un oeil inquiet les piles branlantes envahissant désormais jusqu'à leur salle de bain).

e.l. doctorow,homer & langley,collyer brothers,actes sud,new york,etats-unis,etats-unis xxe,new-york xxeNarré par Homer, le « frère aveugle », le récit évoque peu les années d'enfance mais porte davantage sur la façon dont les deux frères ont reconstruit leur vie après la mort de leurs parents. Homer et Langley sont habitués à vivre dans le faste et héritent de la maison parentale, mais chacun a subi un traumatisme qui vient perturber le fonctionnement du foyer. Homer a perdu progressivement la vue alors qu'il était encore jeune, quant à Langley que l'on croyait mort, il revient changé de la guerre de 14-18, ses poumons et sa peau attaqués par le gaz. Les deux frères restent très soudés mais mènent une vie excentrique, voire débauchée pour l'époque, loin du carcan social dans lequel ils ont grandi. Petit à petit la maison se vide de ses domestiques et les frères sont livrés à eux-mêmes, devenant de plus en plus marginaux.

Sujet fascinant servi par une plume très agréable à la traduction, mais un roman en peu en deçà de mes attentes. On voit les deux frères s'isoler de plus en plus mais ce glissement progressif se fait au prix d'une narration un peu monotone à mon sens. On voit malheureusement un peu trop vers où tend le récit et, bien qu'ayant trouvé beaucoup de qualités à ce roman (notamment une intéressante traversée du XXe), j'ai trouvé sa lecture parfois un tantinet monotone. Un ressenti bien subjectif cela va de soi, je ne peux que vous inviter à pousser la porte de cette maison étonnante pour en découvrir les drôles de trésors !

Clara a beaucoup aimé et explique très bien pourquoi.

Vous trouverez beaucoup de photos de la maison si vous tapez "Collyer brothers" sur un moteur de recherche ; ce blog évoque aussi leur histoire et leur fin tragique.

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229 p

E.L. Doctorow, Homer et Langley, 2009
(2012 pour l'édition française)

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24/08/2012

Anthony Trollope, Aaron Trow

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowAprès une magnifique série de rencontres victoriennes au sommet au cours desquelles nous avions toutes fait nos devoirs, la séance Trollope a marqué un petit ralentissement. Je faisais partie des deux mauvaises élèves... Cryssilda avait lu 69% de son roman (eh oui elle en est même venue à calculer de tête son rendement victorien mensuel). Quant à moi, j'avais deux lectures en cours : le début de Miss Mackenzie et, comme je voyais que Miss Mackenzie n'aurait pas le temps de se marier avant la prochaine rencontre des frogs, j'ai jeté mon dévolu sur Aaron Tarow Trow (oui, notre rencontre dans le métro fut brève et intense, mais pas assez pour me permettre de me souvenir de son nom lorsque, attablée devant ma Caledonian, j'ai dû parler de lui). Je suis heureuse de dire qu'après avoir réalisé que je n'avais que la moitié du texte dans la version que j'avais trouvée, puis attendu quelques mois histoire de tout oublier j'ai finalement relu le texte en entier grâce à mon Reader tout beau tout neuf .

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowBref, de quoi parle cette nouvelle ? Comme vous ne la lirez pas, je ne vais pas y aller par quatre chemins, sachez que ce billet est 100% spoiler (décidément ça fait beaucoup de calculs aujourd'hui, mais rassurez-vous mon cerveau ne tiendra pas longtemps à ce rythme).

 



bermuda.jpgAaron Trow (et non Tarow) est un ouvrier et père de famille anglais. Malheureusement, dans une ville industrielle sympathique comme l'Angleterre savait les faire au XIXe, Aaron est à l'origine d'une émeute au cours de laquelle il tue un policier. “At a period of great distress in a manufacturing town he had led men on to riot, and with his own hand had slain the first constable who had endeavoured to do his duty against him”. Il est ainsi banni et envoyé aux Bermudes. Comme ce père de famille est très malheureux de son sort, il finit par s'enfuir. Avec quelques autres, mais seul Aaron disparaît pour de bon. Qu'il est doué cet Aaron.

En parallèle, Anastasia Bergen vit avec son père, trop égoïste pour la laisser se marier. La voilà donc empêtrée dans de longues fiançailles. Mais ce n'est pas tant ce qui nous intéresse ici. Car Anastasia est souvent laissée seule la nuit dans la maison familiale et ce qui devait arriver arriva : Aaron arrive.

Anthony_Trollope.jpgLà où j'ai été surprise, c'est que j'attendais quelque chose de classique : elle tombe amoureuse de lui ou l'aide de suite, le cachant et le nourrissant par pure charité chrétienne. Aaron est bon, il ne fait que subir l'injustice de la société victorienne. En réalité, Aaron est un type toujours follement sympathique, qui la menace, la prive de son dîner (en même temps ce qui l'attendait n'était pas folichon, je peux déja vous dire qu'elle ne râte pas grand-chose), lui vole son brandy. Pour finir, il menace de la tuer à moins qu'elle ne lui donne de l'argent. “Murder you, yes ; why not ? I cannot be worse than I am, were I to murder you ten times over. But with money I may possibly be better.” Et là, manque de chance, Anastasia n'a pas la somme requise et Aaron, le fourbe, refuse de la croire puis menace d'attenter à sa vertu. Heureusement pour elle, Anastasia n'est pas de ces Victoriennes pleurnicheuses qui sanglotent en attendant l'intervention d'un mâle plus qualifié pour gérer ce genre de situation. Mais si la jeune femme réussit à se sauver, Aaron Trow n'aura pas la même chance. Le texte finit ainsi sur ces mots : “That the ghost of Aaron Trow may be seen there and round the little rocky inlet of the sea is part of the creed of every young woman in Bermuda.”

Bref. C'était ma première rencontre avec Trollope ; dans la foulée j'ai découvert The Château of Prince Polignac. La prochaine concernera peut-être une vieille fille devenue subitement plus attirante après un héritage conséquent.

Lu dans le cadre du challenge Trollope d'Urgonthe et du challenge victorien d'Arieste

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Environ 50 p

Anthony Trollope, Aaron Trow, Originally published in Public Opinion, December 1861.victorian frogs.jpgchallenge_trollope.jpg

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17/08/2012

Shocking ! Les filles Darcy risquent leur vertu à Londres

aston-les-filles-de-mr-darcy.jpgChère Lady Ludlow,

Ma chère amie, je viens de recevoir votre lettre envoyée le mois dernier depuis Cadix. Il faut croire que le courrier s'achemine de plus en plus mal car je suis certaine que lorsque Sir Edward et moi nous sommes rendus en Espagne il n'y a pas plus de cinq ans, je recevais si rapidement vos réponses à mes lettres que je n'avais guère le temps de me languir dans ce pays peu civilisé, sans la moindre modiste digne de ce nom – si bien que comme vous j'avais fini par faire venir ma couturière sur place pour plus de simplicité.
J'espère que vous ne vous ennuyez pas à mourir. Il est vrai que Cadiz est une ville bien plus petite que Madrid où je déplorais déjà le peu d'activités, mais vous appréciez tellement tous ces livres aux titres compliqués que je suis persuadée que vous êtes ravie de ce séjour, et je m'en réjouis. J'ose espérer toutefois que les quelques nouvelles de Londres que j'ai à vous communiquer sauront vous divertir, d'autant plus que vous ne pouvez pas rentrer sans connaître les derniers événements, sans quoi vous passeriez pour une excentrique !

Vous vous souvenez bien sûr du mauvais mariage qu'a fait Fitzwilliam Darcy, de Pemberley, et du scandale qu'a causé cette mésalliance. Alors qu'il aurait pu épouser n'importe quelle jeune femme de haut rang, voilà qu'il avait préféré une fille quelconque sans titre ni fortune, dont les manières laissaient qui plus est à désirer (je tiens cette dernière information d'une amie intime de ma tante, Lady Catherine, qui a eu bien des raisons de regretter cette triste affaire).

Vous savez aussi que les Darcy ont eu cinq filles : vous ne serez pas étonnée de savoir que la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ! L'aînée était fiancée à un jeune homme de bonne famille, bien que sa famille soit assez peu connue dans nos cercles, mais il a disparu au cours d'une bataille. On dit que depuis la jeune femme jouait les veuves éplorées (ce qui a beaucoup fait rire par ici) et pour l'avoir rencontrée j'ai bien constaté que c'était l'héritière la plus assommante qui soit. Eh bien figurez-vous que son cher fiancé est réapparu, qui plus est marié ! Il prétend l'amnésie mais personne ici n'est dupe et, après avoir échangé quelques mots avec elle, tout le monde s'accorde à s'amuser de la présence d'esprit du fiancé et de la façon dont il a su se tirer de ce mauvais pas !

Mais je gardais le meilleur pour la fin : la deuxième fille, qui ressemble paraît-il à sa mère comme deux gouttes d'eau, s'est éprise de Sir Sidney, qui avait fait fuir sa dernière fiancée peu avant de la conduire à l'autel, Sir Sidney dont le statut de célibataire endurci commençait à se confirmer. A peine arrivée à Londres, cette demoiselle Darcy a manifesté son intérêt pour Sir Sidney sans la moindre discrétion, pour le rejeter publiquement après la demande en mariage que personne n'osait imaginer ! Vous vous doutez que ce petit scandale a alimenté toutes les conversations, mais à peine la nouvelle avait-elle fait le tour de Londres que le pot aux roses était découvert : Sir Sidney est (j'ose à peine l'écrire et il n'y a bien qu'avec vous que je peux permettre de divulguer aussi clairement une telle nouvelle sans passer pour une bavarde indiscrète) un sodomite, parti avec son valet favori à l'étranger qui plus est !

Ma chère amie, je tremble à l'idée de vous annoncer de tristes événements dans les missives à venir mais je crains que Fitzwilliam Darcy et son épouse n'aient de bien mauvaises nouvelles en guise d'accueil à leur retour de ce voyage en Perse ou en Turquie (un pays de ce genre). Il est évident que leurs filles ont été confiées à des mains bien peu expérimentées pour les accompagner pendant ce séjour londonien et leur entrée dans le monde. Mais lorsqu'on  laisse ses filles quitter le confort d'une propriété campagnarde pour les bals de Londres sans les surveiller de près, on peut s'estimer heureux s'il ne leur arrive rien de fâcheux !

Donnez-moi des nouvelles de vous ou parlez-moi de vos arides lectures si vous n'avez rien d'autre à me communiquer, j'en déduirai que vous vous ennuyez à mourir et veillerai à vous écrire aussi souvent que possible pour vous tenir informée des incontournables de cette saison ! Certes mes lettres ne valent pas vos lectures favorites, mais j'espère qu'elles auront au moins le mérite de constituer pour vous un agréable divertissement !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice3coeurs.jpg

 

 

475 p

Elizabeth Aston, Les filles de Mr Darcy, 2003

(2012 pour la parution française)

austen.jpg Oui je ne suis pas trop présente sur mon blog en ce moment : mariage, voyages, travail, j'ai un peu de mal à tout suivre mais je continue à lire et prévois des billets pour la rentrée et surtout, pour le challenge Halloween. A très vite !

16/07/2012

Jane Eyre de Cary Fukunaga

film-jane eyre2.jpgIl y a quelques jours j'ai eu la chance de découvrir en avant-première l'adaptation de Jane Eyre par  Cary Fukunaga. Curieusement je n'ai pas vraiment parlé des Brontë ici mais Jane Eyre a été une de mes premières incursions dans la littérature anglaise. Lu à l'adolescence, à une époque où je n'appréciais guère les classiques, Jane Eyre a éte une révélation pour moi. Je me vois encore vibrer au côté de la jeune femme, pleinement absorbée par ma lecture. Il y a deux ans lorsque je me suis rendue dans le Yorkshire, il m'a donc semblé évident de visiter Haworth et la maison des Brontë ; cela a été pour moi un voyage vraiment émouvant et, depuis, je revois régulièrement en pensée le petit village et la lande alentours et les associe toujours en pensée à la famille Brontë, qu'on imagine si facilement vaquer çà et là lorsqu'on découvre ces lieux.

jane_eyre_poster.jpgJ'étais ainsi particulièrement curieuse de découvrir cette nouvelle adaptation., à laquelle j'ai été assez sensible dans l'ensemble.

Fukunaga nous livre tout d'abord un splendide film d'époque : superbes costumes victoriens, décors d'intérieur minutieux, paysages spectaculaires et de magnifiques jeux de lumière restituant l'atmosphère romantique, gothique, souvent orageuse. Ne serait-ce que pour l'esthétisme et l'immersion dans un cadre si victorien, ce film avait déjà de fortes chances de me plaire !

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Le choix des acteurs m'a également plu. Certes, Rochester est plus séduisant que dans le roman, mais Fassbender n'a pas non plus un physique de jeune premier et a suffisamment de relief pour incarner ce fauve tourmenté et passionné sans faire pâle figure. Son jeu est excellent et il parvient à faire passer toute une palette d'émotions dans un regard ou un sourire – un regard en particulier lorsqu'il discute avec Jane au coin du feu m'a fait penser à Darcy regardant Elizabeth au pianoforte dans l'adaptation de la BBC, une de mes scènes préférées (c'est dire !). J'étais au tout début un peu dubitative quant à Jane, mais c'est davantage dû à la scène d'introduction qu'à l'actrice, Mia Wasikowska. En réalité j'ai trouvé que, physiquement, elle correspondait parfaitement au personnage. Son jeu est sans doute un peu plus monotone que celui de son principal partenaire mais elle reste très convaincante malgré tout.

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J'ai quand même quelques réserves. Le scénario est dans l'ensemble réussi et fidèle au roman tel que je m'en souviens (mais ma lecture date maintenant, j'ai d'ailleurs prévu une relecture). Malgré tout, j'ai été moyennement séduite par l'utilisation des flash-backs, surtout dans la scène d'introduction où l'on voit Jane errer dans la lande par temps orageux et pleurer, pleurer, pleurer à n'en plus finir. J'ai aussi trouvé que les scènes amoureuses arrivaient beaucoup trop vite et brutalement, surtout la première, alors que je gardais le souvenir d'une histoire évoluant plus lentement – mais le format film n'aide pas. L'un des personnages secondaires, celui de la petite protégée de Rochester, est joué par une piètre actrice – je sais bien qu'il s'agit d'une enfant mais j'ai vraiment été gênée par son jeu surfait, que l'on peut sans doute en partie imputer à la vision de la langue française qu'a le réalisateur (pour comprendre Jane Eyre lorsqu'elle parle français il faut activer plus d'un neurone...). Enfin, si j'ai d'abord beaucoup apprécié la musique, j'ai fini par me lasser du thème principal qui revient, et revient, et revient encore, si bien qu'à la fin j'en avais par dessus les oreilles !

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Evidemment comme j'ai évoqué les points négatifs à la fin vous devez vous dire que je ne suis pas enthousiaste. Certes, ce n'est pas un coup de coeur absolu mais j'ai trouvé qu'il s'agissait d'un beau film et, lorsque je suis sortie, une part de moi-même était restée perdue dans la lande en compagnie de Jane et de Rochester...

Dans le cadre du challenge Back to the Past organisé par Maggie et moi, ainsi que du Challenge Victorien

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Jane Eyre, un film de  Cary Fukunaga, 2011
Sortie française dans quelques jours, le 25 juillet

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13/07/2012

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley

pd james,la mort s'invite à pemberley,austen,jane austen,angleterre,angleterre xixe,roman anglais,polar anglais,polar historique,darcy,elizabeth bennet,orgueil et préjugés,pride and prejudice,pemberleyCes derniers temps, je suis régulièrement invitée chez les Darcy et, cela ne vous étonnera pas, j'en suis absolument ravie. Si mes errances livresques me conduisent en ce moment à Londres où je fais la connaissance des filles de Mr Darcy, j'ai d'abord mis un point d'honneur à m'arrêter à Pemberley pour résoudre un crime infâme. Ma chère Titine était du voyage et nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer les Miss Marple pour rétablir la vérité.

Mais de quel crime suis-je donc en train de parler ? Amis lecteurs, si vous découvrez en ce moment Pride and Prejudice de Jane Austen, sachez que le capitaine Denny n'est plus. Eh oui, lors d'une promenade ma foi fort agréable sous la pluie et le vent en compagnie du colonel Fitzwilliam, nous avons découvert le fringant militaire à terre, le visage ensanglanté. Denny avait rendu l'âme (ceux qui espéraient le voir déclarer sa flamme à Mary Bennet en seront donc pour leur compte).

Comme Darcy n'a jamais eu de chance à ce sujet, il fallait que le coupable tout désigné fut Wickam, ce beau-frère également persona non grata à Pemberley. Et parce que Darcy est un chic type (un homme grand et très anglais – dixit sa fille dans Les Filles de Mr Darcy, vous l'aurez donc compris c'est quelqu'un de bien), le voilà obligé de contribuer financièrement au bien-être de Wickam en prison, tandis que, fort heureusement pour lui et sa chère Elizabeth, Lydia Wickam est invitée à séjourner chez les Bingley (déjà un problème en moins). C'est aussi une menace qui pèse sur la respectabilité de la famille et, querelles ou pas, il n'est jamais très agréable de savoir son beau-frère en mauvaise posture dans un procès pour meurtre (surtout en Angleterre au début du XIXe).

Heureusement, grâce à nos capacités de déductions hors du commun, Titine et moi avons deviné bien vite que Wickam n'était pour rien dans ce vil assassinat. Que le comportement de Fitzwilliam, soudain pris d'une envie d'aller faire un tour dehors un soir de tempête, n'avait rien de normal. Qu'il se passait quelque chose de fort suspect dans la maison du bois. Et que le fantôme aperçu par deux domestiques dans la forêt cachait lui aussi quelque chose de louche.

Je ne vous dirai point comment nous avons résolu cette palpitante affaire, sachez seulement que, si l'envie vous prenait d'ouvrir La Mort s'invite à Pemberley, vous passeriez un charmant moment en compagnie de gentlemen fort respectables, dont la culpabilité serait écartée de suite par le magistrat en charge de l'affaire. Entre quelques tasses de thé et conversations viriles au coin du feu, vous auriez certes peu l'impression de découvrir un polar classique et plein d'hypothèses, mais le charme de Pemberley et de l'Angleterre de ce début de XIXe risquerait fort de vous séduire une fois de plus. Bien sûr on ne retrouve ni l'humour ni l'ironie de Jane Austen, et l'intrigue policière n'est sans doute pas ce qui intéressait P.D. James mais, sans être éblouissant, ce livre se classe parmi les suites honnêtes de Pride and Prejudice : pour ma part j'ai passé un très agréable moment, une tasse de thé à la main (du moins lorsque je le pouvais). Une lecture qui correspondait tout à fait à mon état d'esprit du moment !

Une balade austenienne pour laquelle je remercie les éditions Fayard... et puisque je ne parvenais plus à quitter les Darcy, j'ai commencé à lire Les Filles de Mr Darcy, dont je vous parlerai donc bientôt.

PS : Et si Mr Darcy avait quelque chose à se reprocher ?

Et sur ce blog, de Jane Austen :

Autour d'Orgueil et Préjugés :

Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009) - une autre suite au roman !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice

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393 p

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley, 2011

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08/07/2012

Irlande, quand tu nous tiens !

trevor_Cet-ete-la_5228.jpegAh que de joie, de bonheur et d'émotions depuis deux semaines, mais votre fidèle et dévouée a bien du mal à atterrir et à écrire une nouvelle chronique, tant elle a la tête dans les nuages ! Mais avant de retrouver P.D. James et Pemberley, je me suis décidée à enfin vous parler d'un très beau roman découvert lors des préparatifs du mariage (d'où la chronique tardive).

Il s'agit de Cet été-là de William Trevor, un auteur dont j'oublie toujours le nom mais dont les écrits m'attirent visiblement beaucoup puisqu'en farfouillant dans ma bibliothèque ces derniers jours j'ai exhumé deux autres de ses titres, que je savais avoir dans ma PAL sans avoir fait le rapprochement avec l'auteur (qui plus est sans m'en rendre compte j'ai acheté le premier lors de mes dernières vacances en m'offrant une petite séance en librairie anglaise et dix jours plus tard, en cherchant un roman sur l'Italie à l'aéroport de Florence, j'ai jeté mon dévolu sur le deuxième... toujours sans remarquer qu'il s'agissait du même auteur). En lisant Tourgueniev me fait aussi envie depuis bien longtemps... j'ai franchi le pas sans le savoir ! (Tout ça pour vous dire à quel point je maîtrise ma PAL)

Bref après avoir réussi à vous raconter ma vie pendant deux paragraphes, je me dis qu'il serait peut-être utile d'aborder le coeur du sujet. Cet été-là met en scène l'Irlande rurale, entre un petit village et les fermes et maisons plus isolées qui l'entourent. Le roman s'ouvre sur l'enterrement de la femme la plus aisée du village, connue de tous. Ses funérailles attirent ainsi beaucoup de monde, dont quelques personnes qui remarquent un photographe inconnu. Ce jeune homme s'apprête à vendre sa maison pour refaire sa vie ailleurs avec l'argent de la vente. Mais, alors que quelques mois seulement le séparent de son départ, il rencontre Ellie, jeune femme mariée à un fermier. L'attirance est immédiate, mais l'enjeu n'est pas le même pour les deux amoureux. D'un côté Florian y voit une jolie amourette, de l'autre Ellie, orpheline, ancienne employée de son mari, veuf à l'époque, risque bien de perdre sa respectabilité et une situation sûre lorsqu'elle tombe amoureuse pour la première fois. Leur relation est observée et commentée par Miss Connulty, la fille de la respectable défunte évoquée au début du roman : interviendra-t-elle pour tenter de mettre un terme à cette relation ?

Merveilleusement écrit, Cet été-là est un roman au rythme lent, qui prend le temps d'instaurer une certaine ambiance, de donner à découvrir ses personnages, pour finalement les abandonner dans une situation ambiguë, en quelque sorte inachevée : un roman que l'on ne lit par pour avoir des certitudes mais pour partager les interrogations troubles de personnages réalistes, peu romanesques ou idéalisés – même si Florian est assez bohème.

Ce livre a été lu dans le cadre du mois irlandais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet à temps !

Merci beaucoup aux Editions Phébus qui m'ont permis de faire cette belle découverte.

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252 p

William Trevor, Cet été-là, 2009

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17/06/2012

Meeting Molly Keane

fragiles-serments.jpgJe raffole de littérature britannique (souvent anglaise) dès qu'il s'agit de petites histoires de famille, de potins de voisinage, lorsque le châtelain du coin s'intéresse plus à ses chevaux qu'à son domaine et que sa digne épouse part en guerre contre sa meilleure ennemie si celle-ci tente de la détrôner lors de la fête caritative organisée par la femme du pasteur. Et c'est un peu cet esprit que j'ai retrouvé chez Molly Keane, irlandaise que je lis pour la première fois.

Fragiles Serments s'ouvre avec l'arrivée d'Eliza chez les Bird, le jour du retour de leur fils aîné, soigné dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Vieille amie de la famille, Eliza vient régulièrement séjourner dans le superbe domaine ; amoureuse de Julian Bird depuis toujours, elle supporte avec bonne grâce Lady Bird, beauté extravertie, pas très fine, un brin tyrannique et bien déterminée à se faire passer pour bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, au risque de paraître ridicule. Durant un séjour mouvementé, Eliza va se faire tour à tour la confidente des uns et des autres : Julian qui aime profiter de sa présence sans trop se soucier du mal qu'il peut lui causer ; Lady Bird ou Olivia, qui pérore à n'en plus finir pour valoriser son jardin, sa jeunesse, la formidable complicité qui l'unit à ses enfants – qui tous la détestent et se moquent d'elle en permanence ; John, l'aîné, déraciné depuis  son retour ; Sheena, folle de son Rupert et bientôt obligée de s'en éloigner pour une sombre histoire d'hérédité ; enfin Markie, enfant magnifique à qui l'on passe tout et dont la cruauté sans bornes ne semble déranger personne. Et puis, en marge de toutes ces tragédies familiales plus ou moins grandes, circule Mrs Parker, la gouvernante barbue et solitaire, condamnée à vivre au sein du foyer sans jamais en faire partie. Alors que les jours passent, la belle façade se fissure et chaque personnage connaît son lot de malheurs (si l'on peut considérer pour Markie que les problèmes de mathématiques sont un drame en soi).

ashford castle.jpgFragiles Serments est au choix une histoire familiale, un divertissement à l'humour British ou une superbe galerie de personnages un brin tordus, d'aristocrates d'un autre monde, un roman où mesquineries, secrets honteux et trahisons se mélangent allègrement. N'attendez rien de ces Bird un brin vampiriques si vous ne voulez pas connaître le sort de cette « chère Eliza », mais n'hésitez pas à faire un petit détour par chez eux pour assister à la petite garden party d'Olivia. Vous pourriez sans doute surprendre quelque personnage en flagrant délit d'exubérance et, rien que pour cela, le voyage est justifié.

Lu dans le cadre de Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions du Quai Voltaire !

C'est aussi ma première participation au Mois irlandais organisé par ma copine Cryssilda !

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285 p

Molly Keane, Fragiles Serments, 1935

(2012 pour la présente édition)

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13/06/2012

Ouvrir une librairie en Angleterre

Fitzgerald_Bookshop.jpgJ'avais plusieurs fois hésité à me procurer les livres de Penelope Fitzgerald, alléchée par leur résumé et la maison d'édition dont j'aime beaucoup les choix éditoriaux (Quai Voltaire), mais c'est surtout The Bookshop qui me faisait furieusement envie depuis que je l'avais repéré dans une librairie barcelonaise... en espagnol. Bref, lorsqu'après avoir savouré une journée ensoleillée à Highgate et Hampstead et après avoir découvert la maison de Keats, j'ai eu la chance de tomber sur une librairie indépendante dont la moitié des livres mis en avant correspondait à mes goûts, je n'ai même pas tenté de résister à The Bookshop lorsque mon oeil s'est arrêté sur sa jolie couverture.

Florence Green, qui vit depuis huit ans sur une petite somme versée suite au décès de son mari, envisage d'accomplir quelque chose de sa vie et décide d'ouvrir une librairie dans The Old House, très vieille bâtisse délabrée et hantée par un esprit-frappeur peu discret. Curieusement, son projet se heurte à la mauvaise volonté, voire à l'hostilité de certains habitants du village. Le notaire fait preuve de mauvaise volonté, le banquier se montre peu encourageant, quant à Mrs Gamart, la dame patronnesse du coin (vous savez, ces horribles femmes qui dans la plupart des romans se déroulant dans la campagne anglaise jouent les bons samaritains en pourrissant la vie de leurs voisins – prenons par exemple La Dernière Conquête du Major Pettigrew), bref, Mrs Gamart choisit ce moment pour vouloir installer un centre artistique dans le bâtiment choisi par Mrs Green pour sa librairie, n'hésitant pas à lui recommander la poissonnerie du coin dont le propriétaire souhaite se défaire. Malgré tout, Florence parvient à ouvrir sa librairie, reçoit quelques témoignages d'amitié et obtient un certain succès... ce qui n'est pas pour plaire à Mrs Gamart, bien décidée à remporter ce duel.

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Si vous voulez ouvrir une librairie, je vous déconseille ce roman qui montre comment vous pouvez être attaquée par à peu près tout (n'oublions pas notre esprit-frappeur), trahie et finalement laissée sans le sou. Ceci dit, The Bookshop est empreint d'un certain charme et ne manque pas d'humour, il séduira les amoureux de littérature anglaise qui n'ont pas encore croisé son chemin. On y parle curieusement assez peu de livres, mais bien plus de relations entre villageois... un texte plein de fraîcheur, parfois doux amer mais dans tous les cas, une immersion follement téméraire en zone à risque.

Un très bon article sur Open Letters Monthly vous donnera très envie de le découvrir, et j'ai découvert depuis ce billet également chez I prefer reading (ces deux articles sont en anglais).

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156 p

Penelope Fitzgerald, The Bookshop, 1978 (shortlisted for the Booker Prize)

03/06/2012

En découvrant Philip Roth

roth indignation.jpegChers amis lecteurs,

ce blog est en semi-pause depuis quelques semaines pour bien des raisons (thé à Windsor, défilé du jubilé en tutu rose, explorations du Highgate cemetery à la nuit tombée, manifestations pour la réhabilitation de Mr Collins et de Lady Catherine de Bourgh) et depuis juin, la désertion de ce boudoir so bookish ne fait que s'accentuer, car à la liste de mes engagements divers et variés hautement time costly vient s'ajouter un petit événement de rien du tout, car amis lecteurs, votre fidèle et dévouée is getting married ! Tout ceci pour expliquer l'alllure fantomatique de mon blog, le peu de chroniques et mon absence de la toile, mais je serai bientôt de nouveau présente. En attendant, je lis toujours et compte bien vaincre les éléments déchaînés pour rédiger ici quelques billets en juin malgré le peu de temps.

Commençons par Indignation de Philip Roth, un auteur que je voulais découvrir depuis un certain temps sans jamais me jeter à l'eau – difficile de prioriser lorsqu'on a une PAL longue comme le bras (doux euphémisme).

Racontée à la première personne, Indignation est l'histoire de Marcus Messner, jeune juif athée, brillant étudiant, jeune homme ambitieux dont les motivations universitaires sont liées à la guerre de Corée. Influencé par un père surprotecteur, Marcus cherche à éviter de partir se battre et tente d'obtenir un grade universitaire suffisant pour s'éloigner des premières lignes du front. Mais le destin en a décidé autrement et très rapidement, le narrateur nous fait comprendre que ce récit sera celui de sa chute, celui de la série de micro-événements qui, mis bout à bout, le conduiront à la tombe.

Texte assez court mais dense, resserré, Indignation est de ces livres qui tiennent leurs lecteurs en haleine de bout en bout et qui marquent une fois la dernière page tournée. Outre le style impeccable et le récit maîtrisé, j'ai été particulièrement convaincue par les portraits que dresse Roth. Une famille de bouchers kasher respectables qui peu à peu se défait, une jeune femme suicidaire, un milieu universitaire hypocrite stigmatisant les minorités religieuses ou raciales. Et d'une certaine manière, ce roman est aussi le portrait d'une Amérique en partie disparue, pétrie d'un système de valeurs omniprésent qui, lui, me semble-t-il, a en partie survécu. Roth, un auteur à lire de toute urgence !

Merci à Lise et aux éditions Folio.

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238 p

Philip Roth, Indignation, 2008

18/05/2012

L'Observatoire, ex domaine de Tearsham

carey_observatoire.jpgIl suffisait d'un auteur anglais inconnu et d'une allusion à Mervyn Peake pour que je me retrouve embarquée dans une visite pour le moins ubuesque, celle de L'Observatoire d'Edward Carey. 429 pages lues avec avidité, un roman que j'ai trouvé tout à la fois passionnant, intelligent, drôle, cruel, et qui occupera désormais une place de choix dans ma bibliothèque. Pas la peine de lire la suite, n'attendez plus, tentez vous aussi l'aventure !

Le narrateur, Francis Orme, est issu d'une longue lignée de Francis Orme, propriétaires du domaine de Tearsham, peu à peu rattrapé par la modernité et une mauvaise gestion qui lui a valu d'être grignoté par une ville tentaculaire, bien déterminée à ne faire qu'une bouchée de ce bastion d'un autre temps qui lui résiste encore. Le domaine s'appelle désormais l'Observatoire : un manoir amputé de ses dépendances, encerclé d'un ridicule mur d'enceinte, sans jardin, un manoir découpé en appartements.

victor newman.jpgA remonter le fil du temps aux côtés de Francis Orme, on comprend que la transformation du manoir en résidence a été souhaitée par sa mère et incarnait pour elle une nouvelle vie et la modernité. Pourtant, lorsque le récit débute, les appartements ont perdu la fraîcheur des premiers jours ; la plupart des habitants sont morts ou ont quitté les lieux, l'endroit est sale, le rez-de-chaussée envahi par les déchets urbains. Quant aux habitants restants, avec lequel tenterez-vous une collocation ? Claire Higgs, vieille femme scotchée devant sa télé toute la journée, idolâtrant un personnage qui de par sa description, me fait fortement penser à Victor Newman des Feux de l'Amour (remarquez l'étendue surprenante de mes connaissances, je peux ainsi saisir la subtilité de telles influences) ? Peter Bugg, ancien précepteur adepte des coups de règle, suant, transpirant pour expier on ne sait quelle faute ? Numéro 20, la Femme-chien ? Le Portier, qui chuinte au lieu de parler ? Ou bien les Orme ? Le père et la mère, enfermés dans leur silence depuis des années ; le fils, cleptomane, incapable de vivre sans gants blancs et maniaque à leur égard, auteur d'une étonnante et sordide collection (dont vous ne connaîtrez l'Objet, le clou de la collection, qu'à la fin du récit) et vivant de son métier de statue humaine ? Comme tous ceux-là sont assez dérangés, il serait préférable de renoncer à tout emménagement intempestif. Mais voilà qu'une certaine Anna Tapp décide de s'installer dans l'appartement 18. Elle n'est certainement pas la bienvenue, et c'est par sa présence que les souvenirs vont remonter à la surface, troublant puis détruisant le petit équilibre monotone de ces résidents qui avaient renoncé à vivre...

Sur le déclin de l'aristocratie, un passage exquis, sur Lord Pearson, contraint de se séparer de son château pour venir habiter à L'Observatoire : "Lord Pearson aimait inviter chez lui les autres résidants pour leur faire visiter son modeste appartement comme s'il s'agissait d'un château. Il disait : Voici le salon où Lord Pearson regardait la télévision. Voici la salle-de-bains, c'est dans cete baignoire en plastique que Lord Pearson se lavait avec un savon parfumé au citron. Voici la cuisine, c'est à cette table que Lord Pearson buvait son potage. Et ainsi de suite. Lord Pearson s'éteignit après avoir absorbé une dose massive de somnifères. Il n'avait plus un sou. Il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir. Sur son corps élégamment vêtu d'un costume de tweed était épinglée une note : Voici Lord Pearson, Noble vestige du début du siècle. Enterrez-le dans son caveau de famille." (p249-250)

Merci aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

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429 p

Edward Carey, L'Observatoire, 2000

09/05/2012

En poussant les grilles de Mansfield Park

austen-mansfield park.jpgMansfield Park est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré Northanger Abbey, mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans Mansfield Park, que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de coeur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire de l'unanimité. Et lorque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.

Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repend peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
austen-mp.jpgLa petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre comfort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son oeuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa soeur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un oeil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
NewbyHall.jpgCe roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants Pride and Prejudice ou Northanger Abbey, habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur :  les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.

La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

Mon billet sur l'adaptation du roman en 1999 par Patricia Rozema.

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

D'autres billets sur Mansfield Park : Lilly, Cafebook, Coeur de Camomille, Alice in Wonderland, Pimpi, le forum Boulevard des Passions, Lecture/Ecriture (plusieurs avis), Critiques libres (plusieurs avis)...

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice, du challenge un classique par mois de Cécile et du défi Je lis en anglais de Miss Bouquinaix.

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492 p

Jane Austen, Mansfield Park, 1814

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05/05/2012

Séjour éprouvant à Mansfield Park

film-mansfield park 1999_04.jpgJe viens tout juste de refermer Mansfield Park de Jane Austen, et j'ai eu envie de voir enfin l'adaptation de Patricia Rozema, qui faisait partie de mes quelques DVD austeniens en attente. J'avais déjà vu il y a trois ans la version d'ITV, quand je passais mes soirées à regarder des adaptations  des romans d'Austen. Cette version d'ITV ne m'a pas laissé une grande impression, si ce n'est que j'avais trouvé Billie Piper hautement improbable dans le rôle de Fanny Price. Je savais que la version de Patricia Rozema n'était pas fidèle au roman et j'ai essayé de ne pas m'attacher à ce point en voyant le film, pour éviter une déception du type Pride and Prejudice de Joe Wright. Bon, il faut bien le dire, c'est un véritable échec, car je me suis franchement ennuyée et suis complètement passée à côté des subtilités de la réalisation.

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Mais quelques mots sur le sujet : Fanny Price a été recueillie petite fille par son oncle et sa tante Bertram. Cette dernière a fait un mariage plus réussi financièrement que Mrs Price qui, ayant suivi son coeur, se retrouve dans une situation financière peu enviable. Fanny grandit ainsi auprès de ses cousins et tombe amoureuse d'Edmund, qui doit entrer dans les ordres. Le petit cercle est soudain perturbé par l'arrivée dans le voisinage de Mr Henry Crawford et de sa soeur Mary, séduisants, ambitieux, bien décidés à tirer profit de leurs nouvelles connaissances.

film-Mansfield-Park-1999-mansfield-park-14359543-640-480.jpgRepartant sur cette même base, le film n'a malgré tout pas grand-chose en commun avec le roman, si ce n'est le nom des personnages et quelques traits communs, ainsi que l'attachement de la jeune Fanny Price pour son cousin Edmund. Mais je m'y étais préparée et ce n'est pas tant ça qui m'a posé problème.

La réalisation est pour moi complètement décousue : là où Joe Wright (dont les films me font mourir d'ennui) sait exceller en plans de toute beauté, le film est d'un esthétisme douteux, voire franchement décevant, malgré quelques idées sympathiques comme cette caméra qui s'envole à la fin de scène en scène, avec une narration non dénuée d'humour. Quel intérêt y avait-il à multiplier les voix superposées (comme par exemple le sermon de Sir Bertram, dont les échos se perdent de scène en scène) ou les ralentis (danse au bal, ou encore Fanny partie à cheval une nuit sous un orage parce qu'elle n'est pas contente) ? Certaines scènes manquent de crédibilité : Lady Bertram reniflant sa petite fiole (il s'agirait d'opium), Sir Bertram ne réagissant pas franchement à l'annonce de l'échec du mariage de sa fille aînée par la presse, Mary Crawford enlaçant Fanny dans une étreinte sensuelle en répétant une pièce de théâtre ou encore fumant une cigarette, quand elle n'assiste pas aux conseils familiaux des Bertram chez qui décidément, tout le linge sale est lavé en public (à noter ce commentaire fort judicieux « This is 1806 for Heaven's sake ! »). Enfin l'esclavage, l'un des thèmes évoqués car la fortune de la famille en dépend, est introduit à plusieurs reprises mais, à mon avis, sans lien clair avec le reste de l'histoire. Quelques scènes viennent ainsi nous dire que l'esclavage est un commerce monstrueux, ce qui est certes vrai mais ne fait qu'ajouter une dose de bons sentiments au milieu de ce méli-mélo de passages à l'eau de rose, le film étant beaucoup trop fleur bleue pour moi je crois.

film-mansfield park 1999_01.jpgEn tout cas j'aurais eu beaucoup de mal à me laisser tenter par le roman en voyant d'abord ce film, qui me déçoit finalement beaucoup plus que ce que j'avais anticipé. Et c'est vraiment dommage, car je n'avais pas vraiment envie de quitter Mansfield Park ! A noter cependant la bonne prestation de Frances O' Connor qui campe une Fanny très différente de celle du roman, apportant beaucoup de fraîcheur au personnage.

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Un nouvel article dans le cadre du challenge Back to the Past organisé sur ce blog et avec Maggie, et du challenge Jane Austen judicieusement proposé par Alice de Jane is my Wonderland.

Billets : Peachy Reviews (qui n'est pas tendre avec l'adaptation), et plus positifs Lilly (enthousiaste),  Nataka...

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Mansfield Park, un film de Patricia Rozema, 1999

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29/04/2012

Harry Potter ne peut rien contre les fantômes anglais

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxeAprès avoir lu le roman de Susan Hill, j'avais très envie de découvrir l'adaptation cinématographique et voir ce que pouvait donner Harry Potter lorsqu'il ne s'agissait pas de sorcellerie. En compagnie de Titine, bien plus résistante que moi à l'épreuve des maisons hantées, j'ai fait la connaissance d'un Arthur Kipps dépressif, dont l'histoire est assez différente de celle que je connaissais déjà.

Contrairement au roman qui fait de Kipps un homme plus âgé et respectable, brusquement rappelé à d'effroyables souvenirs lorsque les enfants du foyer réclament une histoire de fantômes, e film ne nous présente pas Kipps une fois plus âgé... et pour cause.

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Dans le roman, Kipps est un jeune notaire ambitieux et apprécié de ses supérieurs, fiancé à une charmante jeune femme. C'est alors que la vie lui sourit qu'il part régler la succession d'une vieille femme excentrique au fin fond des marais. Dans la plus pure tradition du roman du XIXe, c'est un homme éclairé, qui fait peu de cas des superstitions qui l'accueillent, et qui sera contraint bien malgré lui de reconnaître l'existence des fantômes et du surnaturel. Dans le film, Kipps a perdu sa femme à la naissance de leur fils. Kipps est donc dépressif, prend une flasque d'alcool en prévision du voyage et au lieu de partir en conquérant, c'est menacé d'être renvoyé par ses supérieurs si son travail laisse encore à désirer que Kipps doit régler la succession. Autre version de l'histoire, qui ceci dit ne gêne pas vraiment et tient la route.

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Les petites variantes par rapport au roman continuent ensuite, certaines scènes sont supprimées au profit d'autres, plus spectaculaires, dont l'une des toutes premières : des soeurs, enfants, jouent à l'étage lorsque leur attention est attirée par quelqu'un que nous ne voyons pas. Main dans la main, elles se dirigent vers la fenêtre et se suicident. Et en effet, les cas de morts brutales d'enfants se sont multipliés : elles surviennent lorsque l'on a vu La Dame en Noir, qui rôde autour de la maison dans laquelle Kipps doit se rendre.

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Comme le héros du roman, le Kipps du film est intrépide. Lorsqu'il entend des bruits inquiétants dans la maison, lorsqu'alors que la maison est isolée par la marée des coups brutaux retentissent à la porte d'entrée, le voilà qui sort dehors. Il cherche sous les lits, ouvre les portes de pièces condamnées et n'hésite pas à entrer dans une pièce dans laquelle il entend un bruit retentissant (un fauteuil à bascule se balançant violemment tout seul).

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Le réalisateur a misé sur une ambiance de film d'horreur et est certainement bien parvenu à créer une atmosphère angoissante déjà présente dans le livre, en y ajoutant nombreuses scènes visant à nous faire sursauter (j'étais crispée toutes les deux minutes dans la salle de cinéma). Le fait d'avoir choisi la chambre de l'enfant et ses horribles jouets était tout indiqué pour moi qui, petite, avais une peur bleue des automates.

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Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi à mon avis, en raison de cette angoisse permanente que l'on ressent (j'avoue être particulièrement sensible aux histoires de fantômes) mais aussi des décors et costumes très travaillés, un régal pour ceux qui est aiment les films d'époque (période comparable à celle de Downton Abbey).

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Malheureusement, James Watkins s'enflamme un peu et finit son film dans une ambiance hollywoodienne assez grotesque : le fantôme est largement mis en scène au lieu de rester présent et invisible ; un cadavre retrouvé dans la boue après cinquante ans est parfaitement conservé et à la fin, nous avons droit à la suite de Ring ; même si Kipps enterre le fils mort dans les sables mouvants avec sa mère (le fantôme), la terrible Dame en Noir n'est toujours pas satisfaite et ne pardonnera jamais. C'est ainsi que, comme on le voyait arriver depuis le début (et plus encore en ayant lu le roman qui annonce la triste fin de la première famille de Kipps), c'est au fils du notaire que la Dame en Noir décide de s'en prendre. Heureusement pour la famille Kipps, passer sous un train leur permettra de retrouver épouse et mère. Finalement, tout va pour le mieux.

Autres avis : Titine, Le passeur critique, Legolegitislegimus, Kecha...

Le roman de Susan Hill dont est tiré le film.

Un film Back to the Past, challenge lancé avec ma chère Maggie.

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The Woman in Black, un film de James Watkins, 2011

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25/04/2012

Cher journal...

david lodge, pensees secretes, samuel labarthe, isabelle carré, théâtre david lodge, théâtre pensées secrètesJe connais peu pour ne pas dire pas David Lodge car j'ai commencé deux de ses livres pour remettre à plus tard ma lecture, assez curieusement d'ailleurs compte tenu de mon enthousiasme lorsqu'il s'agit de littérature anglaise. Alors me rendre au Théâtre de la Gaité pour voir Pensées secrètes, c'était l'occasion de passer un bon moment entre amies, et peut-être de m'ouvrir enfin à l'univers de Lodge.

Comme son titre l'indique, la pièce va nous livrer les pensées secrètes de deux personnages : Messenger, directeur d'un centre de recherche en sciences cognitives et Helen Reed, romancière et nouvelle enseignante à l'Université.

Messenger se livre à une nouvelle expérience et enregistre ses pensées à l'aide d'un dictaphone. L'exercice, un peu artificiel, n'est pas pleinement satisfaisant ; il faut dire que les pensées du scientifique reviennent régulièrement vers Alison, maîtresse aux orgasmes bruyants (dont un enregistré sur dictaphone), morte depuis – ce qui n'empêche pas Messenger de revenir avec nostalgie et délices vers le souvenir de leurs ébats et de ses formes très agréables.

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Helen est en panne d'écriture depuis la mort brutale de son mari à la suite d'une rupture d'anévrisme. Elle écrit son journal et ainsi partage avec nous ses premiers jours à l'Université, où elle ne connaît encore personne.

david lodge,pensees secretes,samuel labarthe,isabelle carré,théâtre david lodge,théâtre pensées secrètesMessenger ne tarde pas à la remarquer et la courtise avec assiduité, en dépit de l'amitié d'Helen avec sa femme. Leur histoire sera riche en rebondissements, successivement platonique, sexuelle, amoureuse, interrompue. Il faut dire que tout oppose ces deux personnages : Helen, fidèle à son mari décédé, Helen la littéraire, admiratrice d'Henry James, pour qui les émotions et la description des pensées et sentiments font partie du quotidien ; Messenger, cynique, matérialiste, volage, séducteur, imbu de sa personne et toujours prêt à rationnaliser, rêvant de savoir ce qui se passe réellement – et non fictivement – dans la tête des gens.

Une relation compliquée, par journaux interposés, mais aussi à travers des rencontres, des appels et, alors que la relation devient plus régulière, des scènes de ménage. Une pièce servie par le jeu d'Isabelle Carré et Samuel Labarthe, tous deux très convaincants, parfois drôles, souvent touchants.

Une pièce vue avec Titine et Isil... mais c'est aussi Alice qui parle de Pensées Secrètes (le roman) en ce moment.

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En ce moment au Théâtre de la Gaité à Montparnasse