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06/11/2016

Valérie Martin, Mary Reilly

martin_Mary-Reilly.jpgIl y a quelques années, j'ai découvert le film Mary Reilly avec Julia Roberts et John Malkovich, variation autour du roman L'Etrange cas du Docteur Jekyll & de Mr Hyde... sans savoir qu'il était adapté d'un roman. J'ai donc découvert ce dernier à l'occasion de sa publication aux éditions Phébus Libretto.

Tout le monde connaît plus ou moins l'histoire du docteur Jekyll, qui engage un assistant à la personnalité trouble. Inquiétant, mauvais, Hyde finit par commettre un meurtre. Mais chacun sait qu'in fine, Jekyll & Hyde ne forment qu'une seule et même personne.

Dans son roman, Valérie Martin choisit le point de vue d'une femme de chambre pour raconter cette histoire. Mary Reilly est une jeune femme de basse extraction qui a eu la possibilité d'être éduquée via une institution caritative. Fille d'un alcoolique qui la tourmentait et d'une mère vivant aujourd'hui dans la misère grâce à des travaux de couture, Mary est heureuse de la place qu'elle occupe chez le Dr Jekyll. Elle voit en lui un bon maître mais pas seulement : on s'aperçoit rapidement de sa fascination pour le docteur, dont elle guette chaque menue marque d'attention avec avidité. Certaines scènes entre eux sont empreintes d'un certain érotisme, dans la limite des barrières dressées par leurs positions respectives et leur sens moral élevé - au regard des normes de l'époque.

Mary consigne dans son journal son quotidien de femme de chambre et fait la part belle aux échanges avec le docteur. Jekyll est aperçu plus furtivement, de nuit ou dans le brouillard. Il est d'emblée présenté comme un personnage sinistre, dont la présence inquiète les domestiques, navrés de voir leur bon maître abusé par un individu aussi grossier.

La position privilégiée de Mary auprès du docteur lui permet d'avoir avec lui plusieurs discussions "de fond", et notamment des considérations sur la nature humaine. Elle ne se contente donc pas de simplement observer des faits, ce qui aurait pu conduire à une redite du roman de Stevenson. Valérie Martin n'opère pas seulement un changement de point de vue : Mary livre ses réflexions avec honnêteté mais ne vit pas uniquement à travers l'histoire de Jekyll & Hyde. Son passé douloureux ainsi que des évènements malheureux au moment du récit permettent de faire d'elle un personnage intéressant, non un simple témoin.

Le roman décrit bien également les relations entre domestiques ainsi que le quotidien de ceux-ci. Malgré quelques échappées (parfois sous la pluie ou le brouillard), j'ai eu l'impression de lire une sorte de huis-clos, tant l'atmosphère m'a semblé étouffante parfois, à force de voir Mary limiter ses sorties au perron et au bout de jardin entre la maison et le laboratoire (à l'exception du jour où elle dispose d'une après-midi de congé).

Un roman soigné, à recommander à tous ceux qui s'intéressent à l'époque victorienne et au roman de Stevenson. Il me reste à relire ce dernier pour comparer les scènes telles qu'elles sont décrites dans chacun des romans. 

Je vous recommande cet article très intéressant d'une enseignante anglo-saxonne, sur Reveries under the sign of Austen.

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec : Pedro Pan Rabbit, Nahe et Titine.

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250 p

Valérie Martin, Mary Reilly, 1990 (2016 pour la présente édition)

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14/10/2016

Charlotte Riddell, The Old House in Vauxhall Walk

collectif_virago book of ghost stories.jpgFaute de temps, je me contente d'une nouvelle victorienne pour cette journée consacrée aux fantômes britanniques. J'ai ainsi enfin découvert Charlotte Riddell, auteur prolifique notamment connue pour ses "ghost stories" - des écrits quelque peu tombés dans l'oubli, Mrs Riddell étant peu lue du grand public aujourd'hui... et force est de constater qu'il est difficile de se procurer ses recueils et romans.

"The Old House in Vauxhall Walk" met en scène Master Graham, désespéré après une terrible dispute avec son père et prêt à passer sa première nuit à la rue. Par hasard, il rencontre une personne de sa connaissance à Vauxhall Walk. Cet homme est en train de déménager mais offre l'asile à Graham pour la nuit. Le jeune homme fait alors un rêve étrange dans lequel une vieille femme répugnante joue avec des pièces d'or et éconduit des malheureux. On apprend que la soeur du propriétaire a été assassinée dans cette maison pour avoir caché un joli magot resté introuvable... Entre d'étranges rêves et l'intervention d'un spectre, Graham va trouver l'argent tant convoité...

charlotte riddell.JPGUn classique du genre, dont on n'attend pas de vraies frayeurs mais une ambiance, qui est en effet bien posée. Outre le choix de l'apparition (une sorte de Scrooge féminin sans scrupule ni remord), l'originalité tient au croisement entre le surnaturel et la réalité, qui permettent in fine la résolution d'un mystère bien terre-à-terre (l'emplacement du trésor). Une première rencontre avec Mrs Riddell plutôt concluante dans l'ensemble... reste à trouver une édition de ses romans ou nouvelles pour en découvrir davantage !

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Charlotte Riddell, The Old House in Vauxhall Walk, 1882

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07/10/2016

Daniel Corkery, The Eyes of the Dead

collectif_irish ghost stories.jpgAujourd'hui, pour le rendez-vous "classique d'inspiration gothique", j'ai commencé plusieurs textes avec plus ou moins de succès, pour finalement vous présenter "The eyes of the dead", une nouvelle de Daniel Corkery. Je dois avouer que je ne connaissais pas cet auteur irlandais, dont le texte le plus connu est The Hidden Ireland. 

Le texte s'ouvre sur le retour à la maison du marin John Spillane, après trois ans d'absence. Victime d'un naufrage qui a causé la mort de tous ses compagnons, Spillane est resté aux Etats-Unis pendant trois ans sans donner de nouvelles. Il revient tout aussi mystérieusement et s'enferme dans sa chambre, parlant peu à sa mère et sa soeur, qui le veillent comme un malade. John semble en proie à certaines terreurs. Son naufrage est tabou.

[Spoilers] Un soir, à la suite d'une tempête, un autre marin apparaît. Livide, très éprouvé, il explique être lui aussi le seul survivant d'un naufrage. Il permet à John de sortir de sa léthargie et de faire découvrir au lecteur la raison de ses tourments : ses camarades morts le regardant en mer et lui reprochant silencieusement ce qui est arrivé.

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Marine de Ivan Aivazovski

Une nouvelle courte qui m'a laissée plutôt indifférente, même si l'entrée fracassante du deuxième marin ainsi que la conversation hachée qui s'ensuit sur les naufrages rend bien l'horreur des deux évènements. Deux passages intéressants mais une entrée en matière un peu longuette, qui laisse la place à peu de développements. Je suis passée à côté - mais il faut dire que je ne suis pas particulièrement friande d'histoires de bateaux, alors cela vaut peut-être aussi pour les histoires de marins (?). 

Un article sur Daniel Corkery ainsi qu'un lien vers le texte "The eyes of the dead".

Daniel Corkery, "The Eyes of the Dead", irish ghost stories, collector's library, challenge halloween, challenge halloween 2016, irlande, marin, naufrage, fantômes

 

 

p 525-537 (in Irish ghost stories, Collector's library)

Daniel Corkery, "The Eyes of the Dead" (year ?)

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21/09/2016

Anita Diamant, The Boston Girl

diamant_boston girl.jpgC'est avec ce roman offert par Mr Lou (qui se doutait bien que je n'aurais rien contre un souvenir de la librairie des presses de Harvard) que je poursuis mes lectures américaines du moment.

Née au début du XXe à Boston, la narratrice est issue d'une famille d'immigrés juifs pauvres, dont les débuts aux Etats-Unis ont été marqués par la perte de leurs deux garçons. Des trois filles restantes, Betty, l'aînée, a quitté la maison et s'en tient à distance à cause de Mameh, une mère pour le moins acariâtre ; Celia est plus fragile, elle s'efface devant ses parents et ne parvient pas à s'épanouir ; Addie est la troisième de la fratrie et la narratrice du récit. Dans ce "coming of age novel", nous accompagnons Addie de la fin de l'adolescence à l'âge adulte et voyons comment elle parvient à s'émanciper de son environnement sinistre. C'est aussi pour le lecteur une traversée de l'Histoire, puisque l'on suit Addie à des périodes marquées par les guerres ou encore le krach boursier.

Ce livre aurait pu être un coup de coeur et je l'ai lu avec grand plaisir, avalant les courts chapitres rapidement - dès que je le refermais à la fin d'un chapitre, j'étais tentée de le rouvrir pour parcourir quelques pages de plus. Ce roman a cependant ses failles, ce qui n'en fait au final qu'une lecture très agréable ; il lui aurait fallu un peu plus de consistance pour en faire le coup de coeur espéré.

- L'ambiance est agréablement rendue : l'institution / foyer de jeunes femmes qui permet à Addie de faire des rencontres marquantes et de s'élever dans la société ; les vacances à Rockport Lodge, accueillant certaines d'entre elles ; Boston, ses rues, ses lieux de sortie, son dynamisme contrastant avec la crasse et la misère sociale des quartiers immigrés... Néanmoins on passe à côté des évènements majeurs de l'Histoire, et lorsqu'ils affectent certains personnages, leur évocation reste assez superficielle. A ce titre, la comparaison n'a pas été flatteuse entre le cas de "shell shock" (traumatisme des vétérans) de ce roman et celui évoqué par Anna Hope dans le superbe roman Wake dont je ne vous ai pas encore parlé.

- On suit le parcours d'Addie, ses efforts pour s'instruire, son expérience dans la presse... puis elle rencontre l'homme de sa vie et dès lors, c'est le néant. On ne s'intéresse plus qu'à sa famille pendant les derniers chapitres. Addie devient une femme au foyer (ce qui peut être étonnant malgré l'époque, car Addie fait preuve de beaucoup d'audace pour faire ses propres choix lorsqu'elle est plus jeune). Elle finit par écrire un livre, mais à vrai dire, cette partie de l'histoire ne semble plus trop intéresser Anita Diamant.

- Certains personnages sont caricaturaux ou insuffisamment exploités. Je pense en particulier à la mère d'Addie, qui passe sa vie à critiquer, faire des récriminations et à manifester beaucoup d'aigreur et d'hostilité envers le pays qui l'a accueillie et envers sa famille. J'ai trouvé le personnage insupportable et soupiré de soulagement quand elle s'est décidée à faire un malaise lors d'une fête familiale. Pourtant, traité avec plus de subtilité, le personnage aurait pu être intéressant : Mameh refuse de parler anglais, elle est venue à contrecoeur aux Etats-Unis, a perdu un enfant lors de la traversée et le suivant à Boston. Elle est complètement dépassée dans ce nouveau monde trop moderne et éloigné de ses origines. Il y avait là matière à étoffer un peu ce personnage et à le rendre plus ambigu et moins antipathique. 

- La structure un peu maladroite : le prologue indique qu'Addie s'adresse à sa petite fille, qui s'apprête à l'enregistrer. On a du mal à vraiment y croire, l'histoire est trop bien organisée pour que la vieille femme ait pu spontanément raconter sa vie. Le style simple évoquant le caractère oral du récit ne suffit pas à masquer la superficialité du procédé. On aurait pu largement se passer du prologue et des quelques références à l'auditrice supposée.

Malgré ces bémols qui peuvent paraître nombreux, je réitère : j'ai lu ce roman avec avidité et passé un très bon moment. Le fond historique était intéressant, malheureusement pas autant qu'il aurait pu l'être mais suffisamment pour donner un peu de matière à l'histoire somme toute classique d'une jeune immigrée pauvre qui fait son petit bout de chemin dans la société. Si comme moi vous aimez les romans où les personnages féminins prennent leur envol, dans un cadre historique de préférence, ne boudez pas votre plaisir !

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320 p

Anita Diamant, The Boston Girl, 2014

willa cather,le pont d'alexandre,roman américain,classique américain,mois américainwilla cather,le pont d'alexandre,roman américain,classique américain,mois américain 

14/09/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval

beaton_agatha-raisin-enquete-t2-remede-de-che.jpgJ'ai poursuivi fin juin ma découverte d'Agatha Raisin, personnage haut en couleur menant des enquêtes qui ne la regardent pas dans un petit village des Costwolds. Après La Quiche fatale, fatale pour un juge de concours de village mais jouissive pour le lecteur en mal d'humour, nous voici partis sur les traces d'un tueur de vétérinaire à travers ce deuxième tome, Remède de Cheval.

Le petit village où notre Londonienne de choc s'est installée pour sa retraite anticipée est remué par l'arrivée d'un (relativement) jeune et sémillant vétérinaire, qui, après l'ancien militaire James Lacey, déchaîne les passions parmi la gent féminine du village. Et voilà toutes ces braves dames soudain particulièrement préoccupées par la santé de leurs chats et faisant la queue pour rencontrer le nouveau venu. Cependant, peu de temps après le cabinet est désert, car notre sujet principal ne supporte pas les chats (un comble pour un vétérinaire) et prend un malin plaisir à leur faire passer un mauvais quart d'heure en les oscultant.

Alors qu'il s'apprête à opérer un cheval chez le gentleman du coin, le vétérinaire succombe à une injection. La police locale semble croire à un accident et classe rapidement l'affaire. C'est sans compter sur notre héroïne Agatha qui décide une nouvelle fois de mener l'enquête, aidée cette fois-ci par son séduisant voisin James Lacey.

Dans la même veine que le précédent tome, ce deuxième opus offre au lecteur un moment délectable où le cadre tellement anglais, l'humour et les personnages décalés se mêlent pour faire un joyeux mélange. S'il ne fait visiblement pas bon vivre dans les Costwolds, le lecteur a bien envie de s'y arrêter un peu pour suivre l'intrépide, l'autoritaire, l'improbable Agatha dans ses recherches, armée d'un culot sans limite et prête à mener des interrogatoires sans subtilité ni discrétion aucune. On a du mal à comprendre comment elle peut être à l'origine d'une longue série étant donné que, vu son comportement, on s'attendrait plutôt à la voir trépasser à tout moment dans le cadre d'un malencontreux accident... mais curieusement, les héros ont toujours beaucoup de chance.

Un page turner so British, à mettre entre toutes les mains !

Un petit extrait noté lors de ma lecture : [James Lacey] écrivait un livre d'histoire militaire et, comme la plupart des écrivains, il passait ses journées à chercher des excuses pour ne pas travailler (p 64).

Le billet de ma copine Cryssilda qui a elle aussi rencontré Agatha pendant le Mois anglais.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte.

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266 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval, 1993

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11/09/2016

Ann Granger, Le Témoignage du Pendu

granger_temoignage pendu.jpegAh... qu'il fait bon retrouver un petit polar victorien à l'occasion - et même les consommer sans modération. C'est donc avec un plaisir anticipé que j'ai ouvert le cinquième tome des aventures de Ben & Elizabeth Ross d'Ann Granger.

Dans ce nouvel opus, Ben est appelé un soir au chevet d'un condamné à mort, qui doit être pendu lendemain. Celui-ci ne remet pas en cause le jugement le concernant mais dit souhaiter alléger sa conscience d'un poids avant d'être exécuté. Des années plus tôt, alors qu'il était un marchand prospère à la recherche d'un abri lors d'un orage près de Putney, il a été témoin du meurtre d'un vieillard par une jeune femme. Si les supérieurs de Ben ne souhaitent pas ouvrir d'enquête dans un premier temps, l'inspecteur accepte que son épouse mette à profit ses talents de détective amateur pour enquêter en toute discrétion. En parallèle, Ben doit retrouver la famille d'un bourgeois pour le moins odieux qui ne cesse de lui rappeler qu'il paye ses impôts et entend bénéficier des services d'une police efficace. Son histoire d'enlèvement semble cependant quelque peu tirée par les cheveux...

Une nouvelle fois, Ann Granger nous livre une enquête rythmée grâce aux récits croisés de Ben et Lizzie, un système toujours aussi efficace qui permet de varier les points de vue et de mêler deux enquêtes en parallèle. Une série qui doit aussi beaucoup à ce couple moderne et attachant, dont la complicité est particulièrement bien exploitée dans ce cinquième tome où ils travaillent de concert.

Cette fois-ci, Ann Granger varie également les lieux, ce qui donne plus d'intérêt encore au récit pour ceux qui comme moi sont sensibles au cadre historique. Comme toujours, elle porte un regard plutôt féministe sur la condition de la femme à l'époque victorienne.

On se régale, on en redemande... une lecture qui m'a donné envie de me plonger de nouveau tête baissée dans mes lectures victoriennes et néo-victoriennes.

Une LC partagée avec :

Mes précédentes lectures d'Ann Granger, en VF ou VO selon les tomes :

Il me reste à lire le tome 3 qui figure déjà dans ma PAL. Si une lecture commune vous tente, I'm in !

ann granger, Le Témoignage du Pendu, editions 10-18, grands détectives, romans policiers, romans époque victorienne, angleterre xixe, angleterre époque victorienne, ben & elizabeth ross

 

 

335 p

Ann Granger, Le Témoignage du Pendu

ann granger, Le Témoignage du Pendu, editions 10-18, grands détectives, romans policiers, romans époque victorienne, angleterre xixe, angleterre époque victorienne, ben & elizabeth ross

 

08/09/2016

Willa Cather, Le pont d'Alexander

Cather-pont Alexander.jpgC'est ici une relecture d'un roman que j'avais lu pour un précédent Mois américain sans réussir à le chroniquer. En le feuilletant, je me suis aperçue que j'en gardais un souvenir trop vague pour partager avec vous cette jolie découverte. Je l'ai donc ouvert une deuxième fois.

Publié en 1912, Le Pont d'Alexander est le premier roman de Willa Cather, lauréate du Pulitzer en 1923. 

Bartley Alexander est un ingénieur à l'apogée de sa carrière. Ayant conçu des ponts défiant toujours plus les lois de la physique, il a rapidement gravi les échelons de la société. Heureux en mariage, confortablement installé dans une belle maison à Boston, Bartley est le symbole même de la réussite à l'américaine. Néanmoins, dès les premières pages, on pressent sa chute à venir. De fait, son ancien professeur et ami Wilson lui dit: Bartley, je vous l'assure, je n'ai jamais douté de vos capacités. Et cependant, j'avais autrefois le sentiment qu'il y avait en vous une faiblesse qui se révérait dans un moment de crise (p17).

Rapidement, lors d'un voyage d'affaires à Londres, Bartley va retrouver par hasard son amour de jeunesse, Hilda Burgoyne, rencontrée à Paris. Hilda a réussi sa carrière d'actrice, elle est désormais promise à un bel avenir mais n'a pas oublié Bartley, malgré les nombreux prétendants qui l'entourent. Dès lors, Bartley sera divisé entre Boston et Londres, entre la stabilité et le soutien que lui apporte son épouse et l'ardeur de la jeunesse que lui rappelle sa maîtresse. En parallèle, il rencontre des soucis sur un chantier, celui du plus grand pont jamais construit, exécuté avec des moyens insuffisants selon Bartley, qui est bien conscient d'être ici un pionnier en testant certaines limites techniques.

Roman court alternant les chapitres américains et anglais, fait d'ellipses et de sauts dans le temps, Le Pont d'Alexander repose une narration efficace qui conduit inexorablement le personnage principal à sa perte. Ses faiblesses, ses tourments sont décrits de telle sorte qu'il est loin d'être antipathique au lecteur, pas plus que Hilda, alors même que Mrs Alexander est touchante elle aussi. Un récit également poétique, qui porte l'empreinte des soirées brumeuses et des couchers de soleil sur la ville (objets de descriptions courtes mais élégantes).

C'était l'une de ces rares après-midi durant lesquelles toute l'épaisseur, toute la pénombre de Londres se transmutent en une atmosphère particulière, lumineuse, palpitante. Alors les fumées se font nuées d'or, voiles nacrés de rose et d'ambre; la pierre grise et lugubre, la brique sale et terne frémissent dans un halo vermeil et tous les toits, tous les clochers et la coupole immense de Saint-Paul émergent d'une brume cuivrée. En ces moments si rares, la plus laide des villes se pare de la plus grande poésie , les mois d'humidité s'oublient en un instant miraculeux (p 97).

Un classique qui mériterait d'être davantage connu.

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141 p

Willa Cather, Le Pont d'Alexander, 1912

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11/08/2016

Herman Raucher, Un été 42

raucher_ete 42.jpgRécit autobiographique à l'origine d'un film, Un été 42 met en scène trois adolescents, Hermie, Oscy, Benjie, en vacances sur l'île de Nantucket. Bien que certains membres de leurs familles respectives ou de leurs connaissances aient été mobilisées, les trois adolescents ont bien d'autres préoccupations. Leurs journées monotones s'écoulent tranquillement, parfois égayées par de petites bêtises : chapardage, provocations viriles entre copains, tentatives de fuite devant une mère qu'on ne voit jamais mais dont la voix omnisciente retentit toujours là où on ne l'attend pas. C'est aussi l'été des obsessions pour ce trio et, en particulier, pour Hermie le rêveur et Oscy le meneur et gros dur, qui n'ont du sexe qu'une idée pour le moins vague et fantaisiste.

Mais pour Hermie, cet été sera aussi celui d'une rencontre et du premier amour. Une relation pourtant vouée à l'échec puisque Dorothy, un peu plus âgée que lui, est mariée et amoureuse. Hermie sait par ailleurs qu'il ne fait pas le poids face à l'époux, Pete, beau, viril, appelé à combattre au cours de l'été.

Ce roman d'apprentissage est d'abord celui d'une amitié entre trois garçons gauches, immatures et un peu provocateurs qui se cherchent. Ces gamins un peu à côté de la plaque, en plein âge ingrat, vont vivre leur première fois cet été-là, après bien des questionnements et mises au point de tactiques de séduction issues d'un manuel sur la sexualité. On peut rire du manque d'à propos de leurs méthodes, se gausser doucement de leur ignorance en la matière, il n'en reste pas moins qu'Un Eté 42 retranscrit avec justesse les tourments, questionnements et maladresses de l'adolescence.

Ce sera aussi le roman du passage à l'âge adulte pour Hermie, qui, tourmenté par une occasion manquée, s'aperçoit que ses ardeurs ne suffisent pas à concrétiser la chose car son coeur est ailleurs - alors qu'Oscy ne s'encombre pas de ce genre de problèmes.

Une lecture intéressante, dont le retournement de situation final permet au récit de gagner en intensité. J'ai trouvé la partie "centrale" du roman un peu plus monotone et aurais aussi dû compter le nombre de fois où le mot "baiser" (le verbe, pas le nom) est employé car le terme a fini par m'agacer prodigieusement. Malgré ces quelques bémols, je ne regrette pas d'avoir découvert ce "classique moderne", reflet d'une époque et d'une étape de la vie courte mais  faite de nombreux bouleversements.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

352 p

Herman Raucher, Un Eté 42, 1971

23/07/2016

Mois anglais 2016 : résultat des concours

Nous avons eu le plaisir de vous proposer plusieurs concours dans le cadre du Mois anglais grâce à la gentillesse des éditeurs partenaires de nos deux blogs. Entre une fin d'année scolaire bien remplie pour Cryssilda, notre English teacher de choc, et l'agrandissement de la famille Lou, nous avons attendu juillet pour vous annoncer les gagnantes des quatre derniers concours.

Voici les résultats :

Gagnantes du concours nº2 - Editions Héloïse d'Ormesson : Le Célibataire de Stella Gibbons

FondantGrignote

Romanza

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Gagnantes du concours nº3 - Editions Albin Michel : 1er tome des enquêtes d'Agatha Raisin,  La Quiche fatale

Félicie

Estelle

Rachel

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Gagnantes du concours nº4 - Editions Points : Henry James, La coupe d'or (collection Signatures) / Stella Gibbons, Westwood / Elizabeth Gaskell, Mary Barton

Kathel

Jessica

Sylvie

james_coupe or.jpg gibbons_westwood_points.jpg gaskell_mary barton.jpg

Gagnantes du concours nº5 - Editions du Nil / Robert Laffont : L'été avant la guerre d'Helen Simonson

Keisha

Jessica

Framboise 

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Un grand bravo à vous toutes ! 

Il ne vous reste plus qu'à nous envoyer vos noms et adresses postales aux mails suivants : cryssilda@hotmail.com et myloubook@yahoo.com.

N'hésitez pas à nous proposer des lectures communes de ces livres si jamais vous le souhaitez, à la suite de notre billet ou sur notre groupe facebook...

Et surtout, nous vous souhaitons de belles lectures !

Have a lovely summer !

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07/07/2016

Bilan du Mois Anglais 2016

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Nous étions nombreux à l'attendre avec impatience mais il est passé à toute vitesse comme toujours, ce mois de juin ! Il est temps de faire le billet de clôture du mois anglais 2016 (5e édition, déjà !), particulièrement riche en lectures et billets pour moi car cette année j'ai eu plus de temps pour m'organiser. Un mois anglais tristement marqué par le référendum britannique et le Brexit, qui ne nous aura cependant pas empêchés de témoigner notre attachement à notre voisin européen comme chaque année.

Avant de dresser le bilan de mes participations, je tenais d'abord à remercier tous les participants et participantes pour leur enthousiasme renouvelé, leurs très nombreuses participations, leurs commentaires sur la blogo et sur le groupe facebook du challenge, ainsi que les nombreux messages très sympas pour les organisatrices. Merci aussi à ma complice Cryssilda avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à organiser une nouvelle fois ce rendez-vous, qui nous demande beaucoup d'investissement mais nous fait vivre aussi beaucoup de bons moments en échange. Grâce à vous tous et à votre bonne humeur, j'ai passé un excellent mois de juin sous le signe de l'Angleterre... you rule !

Ce mois anglais gardera également une saveur particulière pour moi puisqu'il a été marqué par un grand évènement sur le plan personnel, avec la naissance de ma deuxième lectrice en devenir en fin de mois.

*****

Revenons à mes billets et chroniques du mois...

De quoi a été fait mon mois anglais ?

Cliquez sur les visuels

De lectures pour la plupart très réussies (romans, nouvelle, théâtre, biographie) et d'une série

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De beaux livres

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De lectures, comptines et moments partagés avec Baby Lou

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De souvenirs de promenades anglaises

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De scones et de litres de thé dans des mugs et services à thé anglais

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Et de cinq concours pour vous gâter !

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james_coupe or.jpg gibbons_westwood_points.jpg gaskell_mary barton.jpg

beaton_agatha raisin t1 quiche fatale.jpegsimonson_ete avant guerre.jpg

*****

Je vais poursuivre mes lectures anglaises mais aussi bien d'autres cet été, notamment à travers le challenge Femmes de Lettres de George auquel je me suis inscrite pendant le mois anglais ainsi que le challenge Feel Good de Soukee que je n'ai pas encore honoré.

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Je profite de ce billet de bilan pour vous faire part du projet de Cryssilda d'organiser un mois nordique en décembre. Il fera écho aux challenges de Marjorie (challenge nordique, un hiver en Suède).

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Marjorie qui, d'ailleurs, propose à nouveau le RAT a week, pour la "Summer edition". Je ne sais pas comment participer sérieusement mais je suis plus que tentée, d'autant plus que Marjorie nous a préparé de superbes logos.

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Pour ma part, je vais replonger avec plaisir dans quelques polars et récits étranges britanniques et irlandais en vous accompagnant dans le cadre du challenge British Mysteries. Vous pouvez nous rejoindre à tout moment, j'espère que j'aurai le plaisir de vous retrouver pour partager papotages, idées de lecture et billets communs. Si vous êtes tentés, je vous propose déjà de premiers rendez-vous autour d'Ann Granger (n'importe quel tome) et d'Enola Holmes (roman ou BD). Voici le billet de lancement du challenge. Vous pouvez aussi nous retrouver sur le groupe facebook.

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*****

Bye bye le Mois anglais, mais... 

Rendez-vous le 1er juin 2017 pour la 6e édition !

(et même un peu avant comme d'habitude pour commencer à organiser nos rendez-vous du mois) !

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27/06/2016

V. H. Leslie, Bodies of Water

leslie_bodies of water.jpgAu mois de mai, j'ai découvert tout à fait par hasard Bodies of Water - roman tout récent d'une jeune femme actuellement en train de travailler à sa thèse. Attirée par la couverture, j'ai vu que les chapitres alternaient les histoires de deux personnages : Kirsten, à notre époque, et Evelyn, à la fin du XIXe. Ajoutons à cela la thématique de l'eau (fascination pour l'eau et hydrothérapie à la mode au XIXe) et je me suis emparée dudit roman sans chercher beaucoup plus loin. Bien m'en a pris !

1871. Evelyn est envoyée par son père à Wakewater house pour y suivre un traitement basé sur le principe d'hydrothérapie alors en vogue. La jeune femme s'est beaucoup engagée pour aider des prostituées des bas-fonds de Londres à changer de vie et s'est particulièrement attachée à l'une d'entre elles, dont on comprend rapidement qu'elle s'est noyée. Comme beaucoup de filles sans espoir, elle a sauté dans la Tamise pour mettre fin à ses tourments. Il est donc ironique qu'Evelyn se retrouve dans un établissement prônant les effets curatifs de l'eau et ayant une vue plongeante sur la Tamise. Autour d'Evelyn, les "invitées" comme aime à les appeler le médecin sont là pour des raisons diverses et variées. L'eau semble soigner tout ce que les Victoriens associent aux troubles féminins, qui englobent un spectre large de maladies, physiques ou psychologiques. Il ne faisait pas bon être une femme à l'époque.

Aujourd'hui. Après une rupture, Kirsten a choisi de s'éloigner de Londres pour se rapprocher du fleuve, qui la fascine. Elle s'installe dans un appartement neuf à Wakewater House, acheté alors que l'ancien établissement commençait à être rénové. A son arrivée, elle découvre avec surprise que les travaux se sont arrêtés et que seule une autre femme s'est installée à l'étage du dessus, le reste du grand bâtiment restant vide, et en partie laissé à l'abandon. L'ambiance est étrange, voire inquiétante. Des fuites commencent à apparaître rapidement sans raison. Elle aperçoit une silhouette de femme dehors qui l'intrigue. Puis visite une ancienne partie de l'hôpital et découvre des pièces dédiées à l'hydrothérapie, autrefois splendides, désormais délabrées et d'une beauté mystérieuse mais dérangeante.

Je m'attendais au début à un roman traitant plutôt de la folie et des méthodes pour la traiter par le passé, sujet qui m'intrigue et que j'ai déjà croisé dans deux romans : The Painted Bridge de Wendy Wallace (à l'époque victorienne, une femme est enfermée sur un motif douteux par un mari soucieux de se débarrasser d'elle ; il la place dans un asile privé au directeur peu scrupuleux) et La Chambre des âmes de F. R. Tallis (dans les années 1950, un jeune docteur prend la direction d'un asile isolé du Suffolk, où plusieurs patientes sont soumises à une cure de sommeil ; des phénomènes étranges commencent à se produire).

C'est le cas, mais l'ambiance va rapidement prendre une autre dimension à travers l'apparition du surnaturel. Celui-ci intervient d'abord par petites touches avant de dominer le récit.

Bodies of Water est un roman d'inspiration gothique envoûtant, original et plutôt subtil, à l'atmosphère sombre mais poétique. L'eau est omniprésente, on la voit, on l'entend, on la pressent à chaque instant. On sent qu'il y a eu un vrai travail de documentation sans que cela ne pèse sur la narration. Si le sujet vous intéresse je le recommande sans hésiter. Espérons que ce premier roman sera suivi d'autres tout aussi réussis.

Quelques liens : Une interview de V. H. Leslie ainsi que son blog.

Lu dans le cadre du Mois anglais et des challenge British Mysteries et Femmes de Lettres.

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130 p

V. H. Leslie, Bodies of Water, 2016

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25/06/2016

Nell Leyshon, Bedlam

leyshon_bedlam.jpgIl y a quelques mois j'ai découvert La Couleur du Lait de Nell Leyshon, roman très original mettant en scène une jeune paysanne soumise à la volonté d'un pasteur hypocrite. Voulant lire d'autres titres de cet écrivain, je suis tombée sur Bedlam lors de mes recherches. Il y est question du tristement célèbre asile de Bedlam au XVIIIe. Ayant un penchant marqué pour les romans historiques anglais et m'intéressant à ce sujet, j'ai donc jeté mon dévolu sur ce titre, qui s'est avéré être une pièce de théâtre présentée pour la première fois au public au Globe en 2010.

Parmi les principaux personnages de Bedlam figure le Dr Carew, médecin en chef de l'asile, qui incarne le "mad doctor" à l'ancienne et a succédé à son père. Il forme - si tant est qu'il ait grand-chose à apprendre - son fils Matthew, qui devra un jour le remplacer... même si ce sympathique jeune homme semble visiblement empoté, pour ne pas dire franchement lent. 

Leur façon d'exercer leur métier va être remis en question par l'arrivée d'un nouvel administrateur, le Dr Maynard, qui porte un réel intérêt aux patients.

Cette pièce résume de manière très efficace ce qu'était alors Bedlam ainsi que la façon de traiter la folie. Les médecins se déclarent volontiers impuissants à guérir réellement les patients (ils ne s'en préoccupent pas non plus), le personnel évoquant davantage des geôliers qu'une quelconque équipe médicale.

Ainsi, le docteur Carew déclare : "We have moved on from feeding patients roasted mouse, and subjecting them to exorcism, but their state remains a mystery" (p26) ou encore My task is not to analyze insanity, but to protect the world from him and him from his own self (p45). Et lorsque son épouse Annabelle lui demande s'il rend visite aux patients pour de se distraire, le docteur rétorque : "Why else would I see them ? I can't take their madness away" (p107).

Les traitements sont sommaires : saignées, bains froids, laxatifs... Et les admissions et sorties acceptées pour des motifs parfois douteux. Citons surtout Stella, internée par son époux pour avoir eu un enfant de son amant. Le docteur Carew juge inutile de donner la parole aux patients, considérant qu'il serait parfaitement ridicule d'écouter les dires d'un fou... bien que l'on puisse se demander qui, du médecin ou du patient, est le moins cohérent dans ses raisonnements. Enfin, chaque semaine, l'asile est ouvert au public et les patients exhibés en échange de quelques pièces. A aucun moment le docteur Carew ne semble considérer qu'au-delà de l'aspect financier, cette expérience peut s'avérer traumatisante et humiliante et, à ce titre, néfaste pour les patients.

D'autres sujets sont traités dans la pièce, qui donne à voir une société plutôt "dépravée" : le gin coule à flot et les relations sexuelles ont toujours une connotation négative (harcèlement sexuels, relations hors mariage se traduisant pour l'une par la déchéance sociale, pour l'autre par une maladie vénérienne). La place de la femme dans la société est également dénoncée, à travers notamment l'internement abusif cautionné par le médecin : The woman is clearly mad. If she can speak that clearly and argue that reasonably then she has no business being on the outside world. Imagine the damage she would wrought (p87)... ou encore le mépris qu'il affiche en public à l'égard de sa femme : "My wife, sir, is a bore" (p27).

A travers cette pièce, Nell Leyshon réussit à faire revivre Bedlam en s'appuyant sur des personnages hauts en couleur, qui aident à planter clairement le contexte historique. Malgré le burlesque et la bouffonnerie qui caractérisent certaines scènes, voilà une pièce qui ne manque pas de profondeur et qui constitue une entrée en matière intéressante pour qui s'intéresserait à ce sujet.

Sur le traitement de la folie en Angleterre et les pratiques douteuses des siècles précédents, voici également deux romans qui m'ont beaucoup plu : The Painted Bridge de Wendy Wallace ; La Chambre des Âmes de Frank Tallis. Enfin, le sympathique roman jeunesse Twelve minutes to Midnight de Christopher Edge se déroule en partie à Bedlam.

Lu dans le cadre de la lecture commune autour du Théâtre anglais.

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128 p

Nell Leyshon, Bedlam, 2010

21/06/2016

Mois anglais : Concours n°5

Pour clôturer notre série de cadeaux, nous vous proposons aujourd'hui de gagner aujourd'hui trois exemplaires de L'été avant la guerre d'Helen Simonson grâce aux Editions NiL.

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Pour remporter ce roman, pas de travail de création cette fois mais une petite recherche... Si vous étiez à Rye en 1914, qu'auriez-vous des chances de trouver comme auteurs sur les étagères poussiéreuses de la douillette petite librairie de la ville ?

Vous avez jusqu'au 28 juin pour nous envoyer vos réponses sur nos deux adresses : myloubook@yahoo.com et cryssilda@hotmail.com

Good luck everyone !

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20/06/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T1, La Quiche Fatale

beaton_agatha raisin t1 quiche fatale.jpegAgatha Raisin a le vent en poupe en ce mois anglais ! Et ce n'est pas étonnant, car voilà une petite série bien sympathique. Les éditions Albin Michel viennent de publier les deux premiers tomes, écrits au début des années 1990 ; les quelques petits signes de décalage temporel (auxquels je ne m'attendais pas car je croyais la série plus récente) m'ont bien amusée.

Self-made woman, directrice d'une agence de communication londonienne, Agatha a pris une retraite anticipée pour venir s'installer dans les Costwolds. Un choix très réfléchi, puisqu'il repose essentiellement sur un souvenir de voyage d'enfance ! Notre héroïne a donc acheté un beau cottage dans un charmant village et confié ses clefs à un décorateur qui a eu la main lourde sur les outils agricoles historiques et autres extrémités. 

Habituée à réussir, à diriger son petit monde, à manipuler et cajoler pour arriver à ses fins, Agatha est un peu perdue à son arrivée. Les villageois sont tous charmants mais à part un sourire, un bonjour et un bref commentaire sur la météo, elle sent que son intégration ne sera pas facile. De toute façon, à moins d'être née sur place, on reste toujours un étranger. Son cottage continue d'ailleurs à être nommé en fonction d'un propriétaire décédé  bon nombre d'années auparavant. Ainsi, on lui dit de son antipathique voisine Mrs Barr : "Elle est nouvelle ici ! (...) Ça fait vingt ans qu'elle est là."

Lorsqu'elle découvre qu'un concours de quiches va se tenir dans le village, Agatha y voit une occasion de se démarquer en gagnant. Petit problème : elle a toujours mangé au restaurant ou acheté des plats cuisinés. Ni une ni deux, la voilà partie pour Londres, pour acheter une quiche aux épinards à un traiteur. En parallèle, elle invite le juge du concours et son épouse à un mauvais dîner affreusement cher dans le restaurant de leur choix, pensant l'amener à la choisir de même qu'elle a su mener par le bout du nez ses relations dans les affaires publiques. Peine perdue, c'est la gagnante habituelle qui remporte le concours. Il semblerait d'ailleurs que l'arbitre de la compétition ait ses favorites dans plusieurs villages et les récompense à travers divers concours (confitures, chiens...). Manque de chance, le voilà qui décède dans la nuit après avoir mangé des restes de la quiche d'Agatha.

S'ensuit une enquête qui conclut rapidement à un empoisonnement accidentel. Mais Agatha n'est pas convaincue, continuant à poser des questions... et à se faire quelques ennemis au passage.

Ce roman n'est pas un whodunnit classique. L'intégration d'Agatha Raisin dans le village, ses interventions aux réunions du comité féminin local, ses virées au pub, son organisation d'une vente de charité nous intéressent tout autant que le fait de savoir ce qui est vraiment arrivé au juge. C'est un roman frais, léger, qui nous permet à l'occasion de découvrir un peu les Costwolds. Une lecture vraiment plaisante. J'ai hâte de découvrir le 2e tome, même s'il semble un peu en dessous du premier d'après ce que j'ai pu lire de vos avis. 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte !

Cryssilda et moi vous faisons gagner ce premier tome des aventures d'Agatha Raisin pour le mois anglais. N'hésitez pas à aller voir les concours que nous vous proposons grâce aux éditeurs partenaires de nos blogs. Nous avons seulement annoncé les gagnantes du premier concours et pourrons nous poser ensemble sur les concours suivants la semaine prochaine ; vous pouvez donc toujours y participer ! 

Lu dans le cadre de la LC consacrée aux auteurs contemporains sur le Mois anglais, ainsi que pour les challenges British Mysteries et Femmes de Lettres.

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320 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T1, La Quiche Fatale, 1992

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18/06/2016

Mois anglais : Concours n°4

Aujourd'hui, grâce aux Editions Points que nous remercions, nous avons le plaisir de faire gagner à trois d'entre vous un lot comprenant les trois titres suivants :

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- Henry James, La coupe d'or (collection Signatures)

- Stella Gibbons, Westwood - mon billet par ici

- Elizabeth Gaskell, Mary Barton

Pour remporter ce lot, nous vous proposons d'imaginer une scène inspirée des trois couvertures ci-dessus. Prolixes ou minimalistes, on espère que vous vous amuserez bien !

Les auteurs des trois scènes qui nous marqueront, nous amuseront, nous étonneront le plus recevront chacun ces trois romans.

Vos réponses sont à nous envoyer par mail au plus tard le 25 juin prochain sur nos deux adresses : cryssilda@hotmail.com et myloubook@yahoo.com.

Bonne chance à toutes et à tous !

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