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06/11/2012

Etape asiatique pour le Challenge Halloween

ringcover.jpgJ'aurais bien du mal à vous expliquer pourquoi mais, à sa sortie, la version américaine du film The Ring m'a fait une forte impression. Après une séance au cinéma angoissante j'ai été hantée par la cassette video malfaisante, la petite fille monstrueuse sortant de la télé et cette femme se retournant après s'être brossé les cheveux.

Pour l'étape asiatique de notre périple d'Halloween (qui s'achève bientôt) j'ai donc suivi ma fidèle comparse Hilde et lu Ring, le roman original de Suzuki.

Si vous avez vu une adaptation de ce roman vous devinerez facilement son dénouement, malgré les personnages un peu différents. Mais la lecture est loin d'être inintéressante. Le récit s'ouvre sur la soirée d'une adolescente en train de travailler, seule dans une maison. Elle se sent soudain mal à l'aise, se rend dans la cuisine pour boire du coca, sent une menace invisible mais bien présente et imagine quelqu'un dans son dos. On la retrouvera morte un peu plus tard, une expression de peur sur le visage.

Peu de temps après, son oncle journaliste fait le rapprochement entre cette mort mystérieuse et celle d'un jeune motard qui s'est effondré brutalement à un carrefour. Son instinct professionnel stimulé, Asakawa décide de mener l'enquête... ce qui l'amène dans un chalet désert et à une certaine cassette vidéo. Celle-ci est différente de mon souvenir du film : on y voit notamment une vieille femme faire une prémonition, un bébé, un visage d'homme, une éruption. Aidé d'un ami intrépide qui prétend ne pas craindre la mort et décide de voir la vidéo, Asakawa finit par découvrir que la cassette émane de Sadako Yamamura, décédée il y a bien des années.

Hormis le début angoissant, j'ai trouvé que ce roman s'apparentait davantage à un thriller qu'à un roman d'épouvante, dans un cadre pour le moins mystérieux et inquiétant. Ce roman nous tient facilement en haleine et si vous voulez savoir ce qui arrive à une jeune femme étrange assassinée, dont la mère s'est jetée dans le cratère d'un volcan, vous aurez la réponse ici. Cette lecture a été un petit exorcisme pour moi : je tenterai peut-être enfin de revoir les adaptations maintenant que je connais le fin mot de l'histoire, même si celle-ci est sans fin. La soif de vengeance de Sadako Yamamura n'est pas prête d'être assouvie... et d'ailleurs à la fin quelques questions restent sans réponse !

J'ai été interpelée par quelques allusions au statut marital, dont cette première phrase : « Pour la première fois depuis qu'ils sont mariés, Asakawa a envie de battre sa femme. » (p 114) A plusieurs reprises, il est fait allusion à cette violence maritale latente annoncée comme quelque chose d'assez normal, Asakawa étant tout de même un chic type car il n'a jamais levé la main sur son épouse. Cela ne m'avait pas marquée jusqu'ici au cours de mes lectures japonaises mais ces passages m'ont fait m'intrroger sur la place de la femme dans les foyers japonais...

 

Enfin en parlant de citations, mon édition était truffée d'erreurs, une vraie honte ! J'ai noté celles-ci : « on avait estimer à » (p19) ; « lui donne Pair assez miteux » (p26) ; « l'on pourra pas pour autant répondre » (formule élégante s'il en est en p 34) ; « ils pressentaient seulement le son côté étrange » (p 104) ; « tu veux dire, par exemple, que l'on peut transformer donner vie à des idées que l'on a dans la tête ? » (p133) ; « que font les gens en général quand il quitte une troupe de théâtre ? » (p152) ; « tant que nous n'aurons pas trouver comment supprimer ce sortilège » (p 155) ; « allongées sur le pierre » (p199). Voilà qui est bien dommage car le texte lui-même ne manque pas d'intérêt.

Lecture terminée à Londres, et une de mes dernières participations au Challenge Halloween 2012, qui touche à sa fin. Challenge co-organisé avec la très énigmatique Hilde.

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308 p

Koji Suzuki, Ring, 1991

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14/03/2012

Direction le Japon !

OGAWA-Yoko-Amours-en-marge.gifLorsqu'on me demande quel est mon auteur préféré, je ne pense plus à citer Yoko Ogawa, pourtant elle fait définitivement partie des écrivains que j'admire le plus. Je l'ai découverte à la sortie du Musée du Silence puis me suis régalée avec La Formule préférée du professeur. Depuis l'ouverture de ce blog j'ai chroniqué plusieurs de ses textes mais je ne la lis plus qu'occasionnellement alors que j'ai encore plusieurs de ses romans en attente. Il y a quelques semaines j'ai profité d'un week-end au chaud pour ouvrir enfin Amours en marge, son premier roman.

Ogawa m'a séduite dès la première rencontre par son univers bien particulier, sa façon bien à elle de mettre en avant des fractions de vie ou des rencontres intenses et sans lendemain, plongeant le lecteur dans une réalité fragile, précaire et souvent en décalage avec nos repères occidentaux.

Dans ce roman, la narratrice est atteinte d'une maladie qui lui fait percevoir des bourdonnements et amplifie les sons au point de la faire hospitaliser. Les symptômes se sont déclenchés juste après le départ de son mari, qui l'a quittée pour une autre. Le récit débute avec la participation de la narratrice à une réunion pour un journal médical. D'autres personnes ayant souffert de ce type de troubles sont réunies pour faire part de leur expérience, des premières manifestations de la maladie à la guérison. L'héroïne y fait la connaissance de Y, sténographe, et est de suite fascinée par ses mains et le pouvoir que leur confère la sténographie. Le roman nous fait suivre ces deux personnages pendant quelques mois, à travers les rechutes et guérisons de la narratrice et leurs rencontres régulières.

Plutôt qu'une nouvelle qui aurait pu bien se prêter à cette histoire, Ogawa a préféré s'étendre en écrivant ce roman apaisé où plusieurs sujets et thèmes sont exploités de manière récurrente, avec d'infimes variations. L'héroïne semble ne pas beaucoup évoluer du début à la fin, alors que, symboliquement, sa vie a changé grâce à Y qui a sténographié ses propos le temps d'utiliser un bloc entier de papier épais, couleur crème (le tas diminuant inquiétant la narratrice, qui sent qu'ensuite sa relation avec Y lui échappera). Y semble réel mais, lorsqu'on connaît Ogawa, on se doute bien qu'il est vain d'espérer l'accomplissement d'une histoire d'amour (d'ailleurs, ce sont davantage les mains de Y que le personnage, dont on ne sait pas grand-chose, qui intéressent la jeune femme)... les dernières pages sèment le doute dans l'esprit du lecteur. Y, si disponible, parfois là quand on ne l'attend pas, disparaissant à la fin du roman en laissant une fausse adresse, le lieu en question étant malgré tout lié au personnage par un détail troublant. Peut-être peut-on considérer qu'il s'agit d'un roman contemplatif. On le lit dans le calme, en se délectant de scènes banales qui, à travers le regard d'Ogawa et sa plune fluide, prennent un sens, une profondeur insoupçonnés. Sans être mon texte favori de l'auteur, c'est indéniablement un beau récit dont j'ai beaucoup apprécié la lecture.

Wictoria qui aime elle aussi Ogawa a écrit un billet très intéressant sur ce roman, dans lequel elle relève notamment tous les thèmes récurrents chez cet écrivain (tels l'eau, les entraves, le corps humain...).

Sur ce blog, quelques chroniques de textes d'Ogawa :

Une lecture qui tombe à pic puisque le salon du livre 2012 qui aura lieu la semaine prochaine à Paris  met la littérature japonaise à l'honneur... j'espère en profiter pour découvrir de nouveaux auteurs, même si je suis très déçue qu'Ogawa ne soit pas présente !

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Yoko Ogawa, Amours en marge, 1991

01/09/2008

Star-crossed lovers

murakami_sud_frontiere_ouest_soleil.jpgAutant Barbara Kingsolver a été une aventure bien pénible (finalement écourtée), autant cette deuxième découverte dans le cadre du blogoclub de lecture a été couronnée de succès.

 

D’Haruki Murakami je n’avais lu que La Course au Mouton Sauvage, roman drolatique un peu fou que j’avais trouvé fort sympathique (sans en garder un souvenir impérissable). Au passage, je tenterai à l’occasion de l’évoquer ici comme c’est un livre dont on ne parle pas beaucoup sur Internet.

 

Au Sud de la Frontière, à l’Ouest du soleil est un livre bien différent, une sorte de roman initiatique dans lequel Hajime retrace son parcours de l’adolescence à l’âge adulte en plaçant au cœur de son histoire personnelle les relations qu’il a eues avec les différentes femmes de sa vie. De Shimamoto-San, sa jeune voisine de 12 ans perdue de vue, à son épouse, en passant par une première petite amie bafouée, l’histoire montre comment s’est construit un héros assez ambigu (cela dit ses contradictions reflètent sans doute plus justement la réalité et en font un personnage plus complet).

 

S’appuyant sur des principes solides pour adopter un comportement en général éthique dans le domaine professionnel et financier, Hajime n’en est pas moins faible et injuste envers son épouse, s’autorisant des passades qu’il considère sans importance puis entretenant une relation particulière avec son amie d’enfance au point de songer à abandonner du jour au lendemain femme et enfants. A plusieurs reprises, il affirme clairement rester totalement indifférent devant la souffrance de son épouse, pourtant particulièrement fragile. Par ailleurs, Hajime donne sans cesse l’impression de tendre vers un idéal – idéal de vie, idéal moral, idéal amoureux, plans sur la comète – sans se donner les moyens de l’atteindre. C’est un personnage qui, du début à la fin, se cherche, tente de se construire tout en restant un éternel adolescent, sans doute parce que sa vie lui impose de faire des choix douloureux. Alors qu’il approche de la quarantaine, Hajime donne l’impression d’avoir façonné son identité à l’adolescence pour ensuite végéter tout au long de sa vie adulte, saisissant quelques opportunités et se laissant porter sans chercher à garder un tant soit peu le contrôle de sa vie. D’où des objectifs vagues et une impression de vide insoutenable.

 

C’est l’aspect universel de l’histoire d’Hajime que Murakami réussit à souligner avec une certaine sensibilité. Condamné ou condamnable, le héros est dépeint avec un détachement qui  l’expose directement au regard du lecteur, sans que ses faiblesses et ses souffrances soient mises en avant ou au contraire camouflées.

 

Ce roman est aussi celui des femmes qui entourent Hajime, toutes différentes, toutes essentielles. Shimamoto-San, qui boitait autrefois, l’amie aimée en secret devenue une femme superbe, mystérieuse. Toujours entourée d’un parfum de pluie, elle reste insaisissable, incompréhensible et radicale, attachée à Hajime par un lien particulier. Izumi, la petite amie du lycée qui, après avoir accordé sa confiance devient un masque inexpressif, ravagé à vie par le comportement grossier et la trahison de Hajime. Quelques passades aux visages de fantômes et enfin Yukiko, l’épouse qui avait perdu goût à la vie après une déception sentimentale et une tentative de suicide. Fille d’un homme d’affaires à la tête d’un véritable empire financier, Yukiko est douce, aimante et effacée. Si son époux l’aime et trouve en elle la plus parfaite des compagnes, elle ne pourra rien faire face aux retrouvailles avec Shimamoto-San.

 

Au final, voilà l’histoire d’un homme ordinaire saisie par une plume sobre et agréable. Un livre apparemment simple pourtant servi par une narration d’une grande justesse, un regard lucide et désillusionné porté sur un personnage désenchanté. Sans crier au génie (parmi mes lectures japonaises contemporaines Yoko Ogawa reste toujours la plus incontournable à mes yeux), je suis conquise par l’écriture subtile et l’histoire bien menée. Bref, un très bon roman.

 

Extrait :

 

« Au fond de ces ténèbres, je pensai à la mer sous la pluie. Il pleuvait sans bruit sur le vaste océan, à l’insu du monde entier. Les gouttes frappaient la surface des eaux en silence et même les poissons n’en avaient pas conscience.

Longtemps, longtemps, jusqu’à ce que quelqu’un arrive derrière moi et pose doucement sa main sur mon dos, je pensai à la mer. »

 

224 p

 

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du Soleil, 1992

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22/05/2008

En mai, fais ce qu’il te plaît !

1785445482.jpgEh bien soyons fous, amis lecteurs, et rattrapons mon monstrueux retard en enchaînant aujourd’hui avec la présentation d’un livre de Takashi Hiraide, Le Chat qui venait du Ciel.

Vous pourriez me dire que, pour une lectrice dont le petit compagnon idéal est un chien du genre poilu et affectueux, ce livre était un choix un peu curieux. En même temps, vous admettrez que « le chien qui venait du ciel », ça fait tout de suite moins poétique. On imagine facilement un Murakami avec un chien bizarre et une histoire grotesque dans la lignée de La Course au Mouton Sauvage et autres oiseaux à ressort.

Que nenni, chers amis ! Faisant fi de tout préjugé d’ordre canin, votre fidèle lectrice, séduite par le titre poétique, l’aura japonaise (et, il faut bien l’admettre, la ravissante couverture de ce livre), a donc décidé d’ajouter ce texte d’Hiraide à la montagne de titres souhaités à court ou moyen terme. Il ne manquait plus qu’Hilde et son colis surprise pour que votre fidèle chroniqueuse découvre enfin l’objet de sa convoitise.

L’histoire assez simple est celle d’un couple louant une petite maison à l’arrière d’une grande propriété. Bientôt, un chaton ravissant et malicieux fait son apparition. Adopté par leurs voisins, Chibi devient rapidement un compagnon de jeux pour le couple. Relatant de nombreux moments partagés avec l’animal, le mari fait part au lecteur des sentiments qui l’ont habité depuis son arrivée. Devenu le centre des préoccupations du jeune couple, le chat meurt brutalement. C’est une période de deuil qui commence pour le narrateur et son épouse : frustrés de la haine que leur vouent leurs voisins depuis qu’ils se sont aperçus  de la relation spéciale qu’ils nouaient avec le petit chat, forcés de déménager suite au décès du propriétaire, les deux personnages tentent de revivre en l’absence de Chibi.

Petit conte philosophique qui n’est pas sans rappeler les haïkus, ce texte est avant tout poétique. Une écriture agréable s’ajoute à un récit fait d’impressions, d’émotions et de non-dits. Bien que l’histoire soit principalement consacrée au chat, d’autres personnages gravitent autour du narrateur et de son épouse. S’ils apparaissent moins souvent, leur portrait n’en est pas moins réussi. Parmi les non-dits, l’absence d’enfant dans le couple, qui explique leur attachement au petit chat et la place à première vue disproportionnée qu’il occupe dans leur vie. Ajoutons à cela quelques références culturelles, notamment à Machiavel, plusieurs fois cité.

Sans être totalement emportée par cette lecture que j’ai entrecoupée d’autres aventures littéraires, j’ai été séduite par le charme désuet de ce texte. Un peu monotone, peut-être, mais sans conteste un livre intéressant.

Merci encore à Hilde pour ce cadeau !

 

Les avis de Yueyin, Sheherazade, Papillon, tamara, Kalistina, Katell et Flo.

130 p

Takashi Hiraide, Le Chat qui venait du Ciel, 2006

17:43 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook | |

17/10/2007

Horrible vieillesse

ff5fe8cfbbe0512fc13a09ddfe69ed1f.jpgJ’ai lu d’un trait L’âge des Méchancetés de Fumio Niwa, très gentiment offert par Choupynette après un échange sur les auteurs japonais. Bon, d’accord, je l’ai lu samedi et j’aurais dû faire cette petite chronique bien avant. Mais bon, entre l’élevage intensif d’orangs-outans et la traque du marsupilami, il faut dire que je suis une femme occupée ;o)

Le sujet : un couple vit avec une grand-mère dont personne ne veut s’occuper. Depuis trois mois, l’ombre de la vieille plane sur les lieux. Pas moyen de se lever sans entendre une voix appeler dans la nuit. Au moindre passage dans le couloir, l’homme se sent persécuté. Une grand-mère qui geint et l’interpelle, passe encore. Mais si elle n’a besoin de rien, l’appel devient crispant, obsédant. Il emplit la nuit et devient un mal qui ronge toute la maisonnée. L’homme travaille jour et nuit pour ne plus avoir à rentrer chez lui. Lorsque son épouse apprend que la grand-mère les a maudits, sa décision est vite prise : on la renverra immédiatement chez une autre petite-fille.

Lorsque celle-ci voit arriver la grand-mère, portée par une troisième sœur comme un paquet de linge sale, c’est avec fatalité qu’elle endosse le fardeau. Et la grand-mère, que l’on croira un instant mieux traitée, moins martyrisée, devient un être monstrueux, geignard, pourrissant les vies qui l’entourent par de multiples bassesses.

C’est un livre terrible sur la vieillesse. Difficile de choisir entre pitié, compassion ou répulsion. La grand-mère est à la fois fragile et suffisamment envahissante pour imprégner tout son entourage de sa mesquinerie et de ses habitudes rances. Parfois maltraitée, considérée comme un animal, elle se révèle dans toute son horreur lorsqu’elle est bien accueillie. Au quotidien, c’est une empêcheuse de tourner en rond. Parfois handicapée, vulnérable, elle nous touche en tâtonnant pour trouver les toilettes dans la nuit. Puis finit par nous dégoûter, tant elle pourrit les nuits de sa famille en les réveillant par deux ou trois fois, en commettant de menus larcins, volant des couteaux et des torchons pour les cacher, déchirant ses habits avec minutie.

Contrairement à Choupynette, j’ai été véritablement séduite par ce livre, malgré le sujet particulièrement dur. Traité avec brio, le résultat est tout simplement fascinant. Merci encore de m’avoir fait découvrir cet auteur !


101 p

Fumio Niwa, L’Age des Méchancetés, 1947

23:35 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook | |

20/09/2007

Avis détourné

eaee2a1e3961cfa081007719ab8ace3b.jpgCe soir en rentrant chez moi j’ai été lamentablement vaincue 3 à 0 par ma bibliothèque qui 1) s’est écrasée sur moi de toutes la force de sa PAL monstrueuse ; 2) m’a assené au passage trois bons coups sur la tête en mémoire des livres ouverts puis abandonnés précisément là où l’histoire est sans aucun doute potentiellement plus intéressante ; 3) m’a flanqué une belle baffe aller-retour avec les deux livres qui attendent leur petit moment de gloire depuis quelques jours.

Je le sais autant que vous, ces deux-là se font vraiment des illusions et risquent tout au plus de convaincre deux ou trois lecteurs par le biais de la scène que voici… mais, ne voulant pas risquer de me prendre un coup d’Harry Potter, Tome 7, 650 p sur la tête pour abandon et outrage à roman (avec circonstances aggravantes, je le crains), je vais faire de mon mieux pour mettre ce soir sous les feux de ma modeste rampe la dernière parution de Yoko Ogawa chez Babel. En espérant que la longueur du titre ne découragera pas définitivement les quelques téméraires qui sont encore en train de lire ces (quelques) lignes. Car il s’agit ni plus ni moins du récit au titre périlleux Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, suivi d’une nouvelle à l’air bien plus modeste, il faut l’avouer, Un thé qui ne refroidit pas.

(Je précise que, la paresse aidant, je viens de jeter un œil à mes mails non lus – plus de 1000, un record – jusqu’à ce que je tombe sur un mail en allemand auquel je dois maintenant répondre : mon niveau est tel que la perspective de cette note est bien plus clémente comparée aux deux paragraphes en allemand qui m’attendent et viendront, poussivement, certes, mais inéluctablement).

Rentrons enfin dans le vif du sujet !

Les histoires de ce petit livre paru pour la première fois en 1998 chez Actes Sud :
Dans Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, une jeune femme s’installe dans une petite maison et s’apprête à l’aménager avant de se marier. Un soir, un homme et son fils frappent à sa porte. « Vous ne souffrez pas de détresse ? » De cette question insolite naîtra une relation platonique, déconcertante entre l’héroïne et le père et son fils. Observant un réfectoire à l’heure du nettoyage, les deux adultes discuteront de l’étrange relation entre les réfectoires le soir et les piscines sous la pluie.
Dans Un Thé qui ne refroidit pas, l’héroïne retrouve un camarade de classe suite au décès brutal d’un troisième ancien élève (mort noyé dans sa voiture après un plongeon dans les eaux glacées du port). Les deux survivants décident de se revoir. S’enchaînent alors les visites au domicile de l’ancien camarade et de son épouse, incroyablement belle. D’où la fascination de l’héroïne qui se sent irrésistiblement attirée par l’harmonie et le bonheur tranquille qui règnent sans partage sur ce foyer.

Voilà deux histoires dans la veine d’Ogawa, avec ce style et cette élégance inimitables qui la caractérisent. Les deux textes sont eux-mêmes terriblement typiques de cet auteur : une narratrice à qui l’on pourrait donner entre 15 et 40 ans, des hommes fantomatiques (un futur mari qui apparaît au détour d’un paragraphe pour faire quelques travaux ; un compagnon irritant essentiellement présent par les notes qu’il laisse le soir sur une ardoise). Et des sujets bizarres accompagnant une histoire presque inexistante.

Est-il encore besoin de faire la critique d’un récit de Yoko Ogawa? Invariablement, les mots s’enchaînent avec une facilité navrante tant elle est prévisible.

L’écriture d’Ogawa est d’une subtilité désarmante, ses récits ont un charme désuet dont je ne me lasse pas. Il ne se passe souvent rien ou pas grand-chose. Encore une fois je savais à l’avance comment tout cela allait se terminer. Ou plutôt, « s’inachever » dans un dernier écho de pluie, un dernier souffle, un soupir. Rien de plus. Car Ogawa n’a pas besoin d’écrire des romans ou des nouvelles à l’histoire très structurée, avec un départ, un cheminement plus ou moins tortueux et une chute de rideau sans appel. Peu importe l’issue du récit, l’évolution des relations des uns et des autres. S’il y a mouvement, c’est dans l’incroyable poésie de l’écriture, le flot des mots qui s’égouttent tranquillement, bercent et forment peu à peu une palette de couleurs dont les pastels, les demi-tons et les non-dits font toute la beauté. Présentées avec beaucoup de simplicité, les histoires étranges, parfois malsaines de Yoko Ogawa acquièrent une certaine normalité, peut-être déconcertante, voire dérangeante.

Yoko Ogawa évoque pour moi la pluie s’écoulant avec régularité, suivant de ses grosses gouttes ma fenêtre embuée, dessinant des formes étranges devant les fleurs accrochées à une petite rambarde à la peinture écaillée. Etrange, beau, doux, triste, vivant, essentiel. Tel est son monde à mes yeux. Et si cette note ne rend pas justice à Ogawa, c’est sans doute parce que c’est un écrivain dont j’ai intériorisé l’univers depuis trop longtemps, avec toute sa fragilité et sa beauté douloureuse.

106 p

22:50 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | |

20/04/2007

Confessions intimes

medium_ogawa_piece_hexagonale.JPGScène 1 : Les vestiaires de la piscine. Midori est assise sur le canapé. Elle attend une autre nageuse plus âgée. Midori est calme, elle est d’une banalité remarquable, elle semblerait presque s’effacer parmi les objets qui l’entourent. Et pourtant, voici une jeune femme attirée par elle, trouvant Midori intrigante, comme enveloppée d’une aura mystérieuse.

Scène 2 : la jeune femme suit Midori et découvre que celle-ci détient une sorte de meuble que l’on nomme la petite pièce hexagonale. Qu’y fait-on ? Quelles impulsions étranges poussent des inconnus à verser de l’argent à Midori pour entrer dans la cabine ?

Suite : la narratrice découvre le mystère de la petite pièce hexagonale et noue des liens privilégiés avec Midori et son fils. Elle sait pourtant que cela ne pourra durer éternellement.

Difficile de présenter l’histoire sans dévoiler l’essentiel, car peu d’éléments viennent perturber ce récit toute en continuité. Comme toujours chez Ogawa, l’introspection, la patience et un certain détachement des personnages sont de mise. L’histoire pourrait sembler a priori bizarre ; c’est à cette atmosphère étrange que l’on sait reconnaître immédiatement l’univers si particulier de l’auteur.

Au final, la Petite Pièce Hexagonale est une lecture agréable et facile. La narration semble couler de source, les personnages secondaires manquent de relief mais parviennent ainsi à mettre en avant les préoccupations du personnage principal. On retrouve sans difficulté le style doux et poétique d’Ogawa, qui contraste si bien avec les thèmes dérangeants que cet auteur choisit.

Je dois avouer que ma préférence va à ses livres plus sombres, ceux où l’élément le plus troublant vient perturber le récit alors que tout semblait naturel. J’ai été moins convaincue par ce livre-là, bien que la thématique choisie soit intéressante. Ogawa aime flirter avec la banalité et les pensées obscures. Cependant, la routine décrite ici efface en partie l’étrangeté du récit. Moins enthousiaste, j’ai cependant apprécié la façon dont l’auteur nous dévoile les pensées les plus intimes de la narratrice, avec pudeur, tout en finesse.

110 p 

16:15 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | |

19/02/2007

Envoûtant quotidien

medium_ogawa_piscine_abeilles_grossesse.JPGJ’ai récemment remarqué qu’il était parfois bien plus facile de manier l’ironie et de vilipender les auteurs décevants que de trouver les mots adéquats pour encenser les écrivains qui en quelques phrases nous désarment et nous conquièrent… J’essaierai pourtant de faire fi de ma malice disproportionnée ce soir pour vous parler d’un de mes auteurs de prédilection, Yoko Ogawa.

Les récits qui composent le recueil que je viens de lire sont ceux qui ont fait la renommée d’Ogawa… autant dire que j’attendais cette lecture avec impatience !

Premier récit, La Piscine est de loin mon préféré. Une adolescente vit depuis des années dans un orphelinat avec ses parents, responsables de l’établissement. Déracinée, l’héroïne éprouve une certaine haine envers ces orphelins qui lui volent ses parents. Elle ne peut s’empêcher de les envier, car contrairement à elle, ils auront peut-être un jour la chance d’être accueillis par une famille prête à leur accorder toute l’attention qu’ils méritent. Lasse d’être une enfant parmi d’autres, l’adolescente se rebelle et adopte un comportement cruel envers l’orpheline la plus jeune et la plus vulnérable. Elle compense ses tendances sadiques par une fascination pour le jeune Jun, un autre orphelin. Particulièrement bon envers la petite que l’héroïne martyrise, Jun s’entraîne tous les jours à plonger dans la piscine municipale. Chaque plongeon dans l’eau chlorée aide l’adolescente à oublier sa cruauté. Jusqu’au jour où Jun semble la percer à jour.

La deuxième nouvelle, les Abeilles, relate l’histoire d’une jeune femme qui retrouve son cousin après des années de séparation et l’aide à s’installer dans son ancienne pension universitaire à Tokyo. Désertée depuis la disparition d’un de ses pensionnaires, l’endroit semble être le centre d’un étrange processus de dégradation. La tâche inquiétante qui obscurcit peu à peu le plafond du responsable des lieux en est l’un des symptômes. De même que l’absence du cousin à chaque visite de la narratrice…

La Grossesse est le récit le plus connu de Yoko Ogawa. Il lui a valu le prix Akutagawa en 1991. Une étudiante tient son journal et annote méticuleusement tous les événements relatifs à la grossesse de sa sœur. Là encore, le malaise apparaît lorsque la narratrice fait tous les jours de la confiture aux pamplemousses importés d’Amérique en pensant que ceux-ci auront un effet néfaste sur le fœtus. L’histoire s’achève après l’accouchement, alors que la narratrice s’élance vers la chambre de sa sœur en se demandant à quoi peut ressembler le bébé nourri aux pamplemousses contaminés.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Yoko Ogawa, ces trois textes permettent de découvrir « en douceur » son univers étrange peuplé de personnages insolites. Comme toujours, Ogawa sait décrire le quotidien et ses gestes les plus simples en leur conférant un intérêt tout particulier, parfois élégant, parfois malsain.

La Piscine est peut-être le texte le plus représentatif de l’œuvre d’Ogawa. Poétique et envoûtant, ce texte relate une histoire à première vue banale qui s’achève avec force grâce à un bref échange d’une simplicité déconcertante.

A mes yeux, ce recueil n’est pas le meilleur d’Ogawa. Ces trois textes restent cependant très agréables et surtout, fort dérangeants.

196 p

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08/02/2007

Lectures douteuses

medium_yoshimura_jeune_fille_suppliciee.JPG

« Sujet repéré sur la ligne 1 à 8h23. Stop. Sujet en possession de l’objet délictueux. Stop. Dois-je appréhender le sujet ? »

SCOOP ! Frayeur dans le métro !

« Jeudi, une jeune étudiante a été arrêtée dans le métro en possession d’une hache à 5 lames et d’un cure-dent explosif. Le sujet, repéré par d’autres voyageurs en possession d’un livre suspect, se prétend chroniqueuse officielle de l’obscure confédération Lou Book. Inculpée pour lecture frauduleuse et tentative d’homicide sur la personne d’un autre usager des transports en commun, ladite chroniqueuse clame son innocence et prétend lutter au nom de la poésie. La prévenue risque une peine de 50 ans de cure forcée dans un centre de lobotomisation anti-culturelle suivie d’une expulsion du territoire pour blâme collectif. »

 

Chers lecteurs,

Je suppose que vous vous interrogez sur la raison d’un tel scoop et que, scandalisés, vous vous apprêtez à sortir flambeaux et banderoles pour défendre farouchement votre chroniqueuse outragée. Je vous rassure tout de suite,  ce scoop est une pure invention, un simple exutoire après deux journées de frustration et d’agacement intenses.

Pourquoi ? Essayez donc de lire La jeune fille suppliciée sur une étagère dans les transports en commun, de poser ce petit livre sur votre table de cours ou légèrement en évidence lorsque vos amis arrivent chez vous pour dîner.  Laissez-moi vous présenter la situation :

Cas de figure numéro 1 : effrayé, votre voisin de table s’écarte de deux rangs, vos amis se lancent des coups d’œil lourds de sous-entendus, l’homme sur le strapontin d’en face vous dévisage ouvertement avec un rictus débilissime.

Cas de figure numéro 2 : ne voyant que les mots « fille supplici… », vos compagnons d’infortune se contorsionnent, tordent leur cou et louchent sur votre livre à tel point que les yeux ne sont pas loin de leur sortir de la tête… pour finalement vous demander sur un ton faussement innocent : « au fait, tu lis quoi ? ». Le tout pour ensuite afficher un air horrifié, dégoûté, bien sûr monstrueusement hypocrite vu leur curiosité morbide précédente.

Ai-je donc lu un roman d’horreur cette semaine ? Serais-je friande de massacres à la tronçonneuse ? J’en doute fortement. Et je mets en garde ici les pauvres lecteurs qui se verront couvrir d’opprobre en lisant ce même recueil, tout comme les voisins peu scrupuleux qui auraient tendance à s’imaginer que le lecteur à leurs côtés est un psychopathe aux lectures d’une morbidité fascinante.

La jeune fille suppliciée sur une étagère de Yoshimura est un livre particulier, fascinant, qui traite de la mort avec poésie et détachement, choisissant les sujets les plus audacieux sans tremper dans le scandale ni le vulgaire.

La première nouvelle de ce recueil retrace le parcours de la jeune Micko Mizuse après son décès. Allongée sur un tatami dans la maison parentale, Micko voit ses parents recevoir une somme d’argent pour confier son corps à la science. Elle assiste avec détachement à la dégradation de son corps, dépouillé de ses organes, plongé dans l’alcool puis incinéré. Subissant une dernière honte lorsque sa mère refuse de recueillir ses cendres, l’adolescente finit auprès des restes d’autres disparus, pensant trouver le repos dans les profondeurs du bâtiment funéraire… pour finalement entendre les bruissements provoqués par d’autres disparus.

La seconde nouvelle, le Sourire des Pierres, évoque les retrouvailles d’Eichi et Sone, deux amis d’enfance autrefois habitués à jouer dans le cimetière attenant à leur maison. Sone vit de la revente illégale de statues funéraires anciennes et semble avoir causé le suicide d’une jeune fille. Eichi s’interroge sur Sone ; le malaise grandit lorsque sa sœur se rapproche de lui.

Ce recueil rappellera à certains la grâce et la poésie des récits de Yoko Ogawa. Sans être totalement conquise, j’ai apprécié le rythme et la musicalité des textes de Yoshimura, la mélancolie de ces récits où l’éveil des sens est peut-être le thème central. Beauté et détachement sont les maîtres mots de ces nouvelles traitant avec subtilité d’un thème pourtant grave. Là encore, je suis fascinée par la maîtrise avec laquelle les auteurs japonais font de la mort un sujet envoûtant, nous troublant sans pour autant gâcher le plaisir de la lecture.

 140 p

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