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06/10/2010

Holmes, goule nécrophile et phtisique

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Récemment prise au dépourvu par mes compagnons du moment (de longues minutes d'attente en perspective, et pas de livre dans mon sac - chose exceptionnelle), je me suis retrouvée dans une petite maison de la presse où je ne mets presque jamais les pieds, presque sûre de ne trouver aucun livre susceptible de me tenter. Face à la perspective peu réjouissante que m'offrait le rayon littérature blanche et mon envie absolument nulle de lire un polar à ce moment-là, je me suis tournée vers les deux petits étages consacrés à la SF et au fantastique, où je ne risquais pas de retrouver beaucoup de titres connus et où, sans trop y croire, j'espérais trouver un roman aux influences steampunk (genre que je me promets de découvrir depuis un bon bout de temps maintenant).

Tout ça pour dire qu'après avoir fait le tour de l'ensemble des titres proposés, j'ai jeté mon dévolu sur L'Instinct de l'Equarrisseur de Thomas Day. Me disant que, si je m'avérais finalement totalement réfractaire au genre en question, je ne pourrais pas me reprocher ensuite de ne pas avoir "mis le paquet" en choisissant ce titre en guise de mise en bouche.

1888. Une année bien connue par les mordus d'histoire anglaise et de récits victoriens. Ajoutons un cadre, Whitechapel, et vous aurez sans doute tous compris que nous parlons ici des meurtres commis par Jack l'Eventreur. Alors que les assassinats de l'East End sont perpétrés sous le règne de Victoria, Arthur Conan Doyle est entraîné dans un monde parallèle afin d'assister Sherlock Holmes et le Dr Watson pour venir à bout de crimes sordides qui ont lieu en même temps à Londen. Un périple que l'écrivain aurait volontiers évité et dont il est assez coûtumier depuis qu'il écrit ses récits, à la demande d'un Holmes à la recherche d'un biographe correct. On y découvre un enquêteur "maigre, maladif, (aux) yeux injectés de sang, (à l') allure de goule nécrophile et phtisique tout juste déterrée par des étudiants en médecine sans le sou" (p 324-325). Un assassin royal expert en matière de torture "plus doué pour la mise à mort (...) que pour l'observation et la déduction" (p281). Bref, entre l'Eventreur de Londen et notre héros sanguinaire, la frontière est mince.

Cette incursion dans l'univers de Londen permettra à Doyle d'arrêter à son retour le véritable Eventreur victorien. Le reste ? A vous de le découvrir. Sachez simplement qu'il y est question de la lutte à mort entre Holmes et Moriarty, d'une ville historique de York désertée depuis que les femmes y sont devenues stériles et que les enfants n'en reviennent pas, de Worsh, petits oursons extraterrestres habitant le monde parallèle au nôtre, d'une diablesse rousse nymphomane à tendance nécrophage (voire nécrophile), d'une arche mystérieuse perdue en Amérique du Sud depuis la nuit des temps, d'une allusion au vampirisme à la Erzébeth Bathory et de fortes doses d'hémoglobine (sans forcer sur les descriptions glauques). Sans parler de Jack London et de quelques autres protagonistes célèbres - rien que ça.

Un roman qui pourrait facilement avoir un côté "fouillis" quand on  songe à tous les sujets et personnages évoqués, et qui parvient à mélanger tous ces ingrédients disparates avec succès. Une intrigue bien menée, des personnages loufoques (et des moments très drôles), une plume agréable, moderne et pleine d'humour : un petit bijou pour les amateurs du genre et ceux qui, comme moi, font tout simplement une (toute petite) fixation sur l'époque victorienne !

A consommer sans modération.

Les avis de Cafard cosmique, Fashion, Froggy Delight, La Société Sherlock Holmes de France, Vampirisme, plusieurs avis sur Biblioblog...

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420 p

Thomas Day, L'Instict de l'Equarisseur, 2002

 

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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)

Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,

Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants,

Wax

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

 Hilde et  Pink Canary (en image là aussi)

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Tristhenya

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02/10/2010

Dancing with the Devil for Halloween

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Cet été, alors que je savourais les journées passées au bord d'un lac, j'ai entrevu le Grand Dieu Pan et son univers infernal en suivant les pas d'Arthur Machen.

Fin XIXe. Un médecin (que je qualifierais de psychopathe) pense avoir trouvé le moyen de toucher à l'indicible et d'ouvrir les yeux d'un mortel sur un monde jusqu'ici resté invisible. Devant témoin, il réalise une expérience sur la jeune Mary, malgré les mises en garde.

"Que cela tourne mal, et vous voilà malheureux pour le restant de vos jours.

- Non, je ne pense pas, même en mettant les choses au pis. Vous savez que j'ai tiré Mary du ruisseau et de la faim, dans son enfance. Je pense que sa vie est à moi, pour en user à ma convenance." (p19)

La jeune fille sombre dans la folie et décède au bout de quelques mois, après avoir accouché d'une petite fille.

Des années plus tard, une vague de suicides endueille les milieux aisés londoniens, tandis que plusieurs personnes retrouvées sans vie semblent être mortes de peur. Petit à petit, le narrateur établit un rapport entre ces décès et la fréquentation d'une certaine Madame Beaumont. On se doute bien qu'il s'agit là du fruit de l'expérience qui a eu lieu quelques années auparavant, tandis qu'est retracée la sordide histoire de la fille de Mary. Changeant d'identité régulièrement, celle-ci semble semer la mort autour d'elle. Jusqu'à son propre décès, où elle semble se transformer et révéler sa nature monstrueuse.

campbelljones.gifPlusieurs voix se mêlent dans ce récit où l'horreur est donnée à imaginer plus qu'elle n'est réellement décrite. Dans une ambiance plutôt lourde, beaucoup de questions restent sans réponse, le lecteur devant finalement assembler à sa guise les dernières pièces du puzzle. Le cadre victorien se prête très bien à cette histoire au final assez sordide. L'histoire se lit d'une traite et constitue sans doute une bonne introduction pour qui aurait envie de découvrir Machen, dont l'univers m'intrigue désormais (bien qu'inconnu en France - ou presque, il a énormément publié). Et je n'en dirai pas plus car c'est maintenant à vous de choisir (ou non) de voir le Grand Dieu Pan.

Un auteur admiré par Lovecraft, qui va lui aussi bientôt  rejoindre mes billets pour le challenge Halloween.

Les avis de Cafard cosmique, Mr Zombi, Tantale... Et toujours sur le Dieu Pan : Tea Time with a Faun (très joli blog que je viens à peine de découvrir).

Un grand merci à l'incorrigible Lilly qui m'a encore une fois beaucoup gâtée en m'offrant ce petit livre !

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90 p

Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan, 1894



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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde.

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Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse,

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

Hilde, ma complice dans cette sombre affaire !

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Pink Canary

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01/04/2009

Théophanies

lenn_livre des theophanies.jpgJ’ai découvert les Editions Griffe d’Encre grâce à la librairie Neverland, lors d’une séance dédicaces très sympa au printemps dernier. A l’occasion, Magali Duez a proposé aux blogueuses présentes de leur faire parvenir le livre de leur choix ; j’ai bien aimé l’idée de ce buzz plus flexible que la plupart des opérations massives habituelles sur la blogosphère et, après quelques mois, j’ai choisi Le Livre des Théophanies de Jonas Lenn, essentiellement pour cette phrase en quatrième de couverture : « Huit nouvelles en forme de révélations où l’acte littéraire devient une manifestation du divin ô combien humaine ! »

 

Pour être honnête, j’ai peu apprécié ce recueil qui ne me correspond pas, ne me parle pas – j’aurais dû le voir plus tôt. J’ai été d’abord intriguée par la diversité des univers au sein de chacune de ces nouvelles qui croisent des figures classiques de la mythologie et des thématiques beaucoup plus modernes, comme la technologie (assistance médicale, bases où une technologie de pointe permet d’observer une population méconnue, impuissance face à une épidémie, etc). Autant de nouvelles aux allures de conte qui m’auraient très certainement séduite lorsque j’étais adolescente et éprouvais beaucoup d’intérêt pour ces sujets.

Ce livre n’était pas fait pour moi ou, plutôt, je n’étais pas faite pour lui. La plupart des aspects technologiques m’ont rebutée, ce qui ne m’étonne pas car je n’arrive pas à lire des romans de science-fiction « hard » - ce qui n’est sûrement pas le terme consacré. Dès que des machines, des vaisseaux ou des maladies plus ou moins futuristes sont en jeu, mon intérêt a tendance à retomber rapidement. Je n’ai pas non plus été totalement conquise par l’écriture, que j’ai trouvée tantôt agréable et imagée, tantôt un brin scolaire. Cela dit, l’histoire m’aurait emportée, je n’aurais sûrement rien eu à objecter aux tournures de phrase. Je crois simplement que, m’ennuyant un peu, j’ai fini par prêter attention à des petits détails sans grande importance – car l’écriture n’est pas du tout désagréable.

 

Je vous invite à visiter le site de l’éditeur, qui cite d’autres critiques positives bien plus pertinentes d’un public souvent averti (et en matière de SF, fantastique, fantasy, j’ai vraiment tout d’une novice). Beaucoup d’entre vous devraient apprécier le mélange d’influences, la variété des sujets et l’univers très onirique frôlant le cauchemardesque. A ne pas bouder !

 

200 p

 

Jonas Lenn, Le Livre des Théophanies, 2008

03/03/2008

Hocus Pocus

1171503974.gifOui, je suis fatiguée mais non, je n’abandonnerai pas la bataille sans avoir âprement lutté contre les chroniques en attente qui s’amoncellent et menacent à nouveau de m’écraser sous leur poids. Acculée au mur, ma bibliothèque me menaçant de ses tours monstrueuses, je n’ai plus qu’à prendre les armes et à engager l’offensive en commençant par un duel Lou vs Dansons autour du Chaudron !

Petit recueil aux textes très variés, ce livre fait revivre la sorcellerie sous la plume d’écrivains pour la plupart très célèbres : parmi eux Baudelaire, Marcel Aymé, George Sand, Roald Dahl, Victor Hugo, Maupassant, Updike ou encore Shakespeare.

Les textes choisis avec soin offrent un panorama large sur cette thématique. De l’Antiquité à aujourd’hui en passant par des périodes obscures, des plages surpeuplées aux maisons lugubres, de la ville à la campagne, la sorcière apparaît ici sous des visages contrastés. Parfois femme fatale, parfois monstre diabolique ou être étrangement farfelu, ce personnage aux visages multiples retrouve toute sa vigueur dans ce recueil qui dépoussière l’image un peu éculée du vieux chaudron.

On regrette un peu d’abandonner rapidement chaque sorcière et peut-être que quelques passages auraient pu être mieux choisis (je pense en fait à l’extrait du livre de Maryse Condé, que je connaissais déjà), mais l’ensemble constitue une bonne introduction au thème des sorcières dans la littérature et regorge de pistes à parcourir selon ses goûts. Pour ma part, Shakespeare a marqué des points avec l’excellent échange (on ne peut plus bouillonnant) de Macbeth. En somme, voilà un petit guide très sympathique qui devrait ravir les amateurs de filtres d’amour et de potions magiques.

Encore mille mercis à Choupynette pour cette découverte !

Voilà la liste des extraits :

Jules Michelet, "Le Pacte", La Sorcière

Charles Baudelaire, "L'Irréparable", Les Fleurs du Mal

Marcel Aymé, La Vouivre

George Sand, La petite Fadette

Roald Dahl, "Comment reconnaître une sorcière ?", Sacrées sorcières

Victor Hugo,"Trois coeurs d'homme faits différemment", Notre Dame de Paris

Michèle Gazier, "Portrait de femme en rose et rouge", Sorcières ordinaires

Maryse Condé, Moi, Tituba Sorcière...

Guy de Maupassant, "Misti", Contes et Nouvelles, T1 (Pléiade)

John Updike, Les Sorcières d'Eastwick

William Shakespeare, Macbeth

Charles Nodier, "L'épisode", La fée aux miettes. Smarra. Trilby (Folio)

H.P. Lovecraft, "La maison de la sorcière", Dans l'abîme du temps (Folio) ; en anglais, également disponible dans The Dreams in the Witch House and other Weird Stories. J'ai parlé de cette nouvelle l'an dernier : tout est ici !

Apulée, L'Âne d'or, L'Âne d'or ou les Métamorphoses 

 

137 p

Collectif, Dansons autour du Chaudron

26/01/2008

Un peu de magie

75345493057116e007d1d4c1e3b354e8.jpg12h15. Un peu tard pour se réveiller mais voyez là un signe de bonne augure : votre fidèle chroniqueuse est d’excellente humeur après avoir fêté ses 25 ans entre amis, et fraîche et dispose après une bonne nuit de sommeil. Malgré un mois de janvier exceptionnellement calme pour moi côté lecture, cette journée qui a si bien commencé sera l’occasion de vous parler d’un roman découvert pendant les vacances de Noël, La Sève et le Givre de Lea Silhol.

Ce livre m’a été offert par ma cousine adorée, bibliothécaire de son état et amatrice de littérature fantastique. Avec une sélection de son choix, la miss espérait me faire découvrir un genre que je connais très mal. Et voilà une première tentative très réussie (mais pouvait-il en être autrement en étant si bien guidée ?) ! Mais de quoi s’agit-il ?

Entre Finstern, Prince des Ténèbres, et Angharad, fille d’une Dryade et de l’Hiver, va naître une passion dévastatrice qui emportera bientôt tout avec elle. Car Angharad est le défi imposé à Finstern par les Parques : par trois fois il devra se renier et renier les siens pour cet amour. A commencer par son propre fils, amant d’Angharad au moment de leur rencontre.

Mais l’histoire est d’abord celle d’Angharad, arrachée à ses parents et abandonnée dans la forêt par une femme rêvant de vengeance. Pour l’aider à retrouver les siens, la Reine des Neiges lui plante trois échardes de glace dans la poitrine : lorsque les trois échardes auront disparu, Angharad trouvera enfin le chemin qui la ramènera chez elle.

Recueillie par des humains, l’enfant est bientôt adoptée par Shimrod, puis deviendra plus tard son amante. Mais, malgré tout l’amour qui les unit, Shimrod sait quel destin attend son père et reconnaît en Angharad la femme qu’il doit un jour rencontrer. Dès lors, le parcours de la jeune fille sera fait d’embûches, entre son amour passionné pour le père et sa loyauté envers le fils, entre sa volonté et le poids du destin.

Dans un roman intense et captivant, Lea Silhol réussit à allier une intrigue complexe à la description minutieuse de lieux imaginaires envoûtants, dans une symphonie de couleurs qui n’a pas manqué de toucher mon petit esprit plus habitué à des paysages plus classiques. Du monde clair et immaculé de l’Hiver au royaume des Ténèbres à la beauté sanglante,  Angharad entreprend un voyage féerique pour le plus grand bonheur du lecteur. Enfin, à l’histoire dense qui fait appel à la mythologie et aux légendes celtes, il faut ajouter la prose agréable de Lea Silhol, qui fait de chaque scène un tableau voluptueux.

Une belle invitation à la lecture fantastique. A moi de poursuivre maintenant cette quête !

Une très intéressante critique : celle de Chaperon rouge. Et depuis ma note, celle de Kalistina.

332 p

Lea Silhol, La Sève et le Givre, 2003

17:45 Publié dans Fantastique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | |

18/12/2007

Sorcière, sorcière...

8cb7e21aea35e75e1185fc5be0a1fcf3.jpgAvec deux jours de retard, voici une nouvelle critique pour les amateurs de frissons littéraires ! Suite à ma lecture boulimique d’Ariel de Lawrence Block, je me suis rendue dans une librairie pour préparer un petit swap pour Hilde… et là, je suis tombée sur la collection Baleine noire et n’ai pu résister à l’appel angoissant d’Ecole des Monstres de Marc Agapit. Après une immersion tranquille, j’ai finalement lu la 2e moitié du livre samedi soir ou plutôt dimanche matin après le départ à 1h des amis que nous avions invités avec Mr Lou pour fêter Noël. A 3h du matin, donc, j’avais fini ce roman… deux jours plus tard, je vous livre enfin ma chronique monstrueuse.

Né en 1897 et mort en 1985, Marc Agapit (de son vrai nom Adrien Sobra) a écrit  à partir de 1949 pour la collection « Angoisse » au Fleuve Noir. Au passage, la seule photo de l’auteur a tendance à me donner la chair de poule.

Imaginez-vous une maison dans laquelle vit une quinquagénaire dans l’isolement le plus complet. La maison est excentrée, une porte de son garage donne sur un tunnel qui lui-même débouche sur une cour entourée de 5 grottes. Sa maison, toute en hauteur, toute en bois, avec un escalier qui craque au moindre pas, aboutit sur une grenier dont une porte donne sur une sorte de terrasse aménagée en véritable jardin. Au centre du jardin, un puit qui donne tout droit sur la cour mentionnée ci-dessus. Le tout accolé à une falaise, histoire de faire les choses en grand.

Notre narratrice est donc une femme seule qui se sent vieille et semble très pauvre. Si pauvre qu’elle fait des commentaires sur la cherté de la vie, de la nourriture, des loisirs. Elle déballe soigneusement ses aliments pour lire ensuite la feuille de journal qui a servi à les envelopper. Lorsque elle reçoit des invités, elle prétend qu’elle n’a plus de sucre pour ne pas en dépenser inutilement. Plus tard, lorsque ses revenus augmentent de façon inespérée, elle reste tout aussi pingre et l’on comprend que c’est l’avarice et non la pauvreté qui la dirige et motive ses moindres actes.

Maintenant que nous avons bien campé « les » personnages et situé notre histoire, venons-en à la péripétie qui vient bouleverser la petite vie ordinaire d’une petite femme bien ordinaire elle aussi. Une nuit, la narratrice est réveillée par des coups impétueux à sa porte. Les inquiétants visiteurs ne sont autres que ses deux sœurs cadettes, des jumelles avec qui elle a toujours eu de mauvaises relations et avec lesquelles elle est en de très mauvais termes depuis qu’elle a hérité la maison de leur oncle. Les sœurs demandent à louer le garage, le passage et les grottes (plus tard elles demanderont également l’accès exclusif à la terrasse). Le tout pour un prix exorbitant. Toute émoustillée et frétillante à la perspective de gagner autant d’argent, notre bonne vieille Marthe cède, malgré toute l’antipathie que lui inspirent ses deux sœurs. Bientôt, elle découvre que celles-ci sont accompagnée de Lucie, leur servante, et de Suzanne, leur pupille. Mais par dessus tout, ce qui intrigue Marthe, ce sont les bruits étranges qu’elle entend depuis la fenêtre du grenier. Des vagissements ? Des gémissements ? Des cours que l’on récite ? Des cris de souffrance ?

L’arrivée des sœurs coïncide avec une vague de disparition d’enfants. Marthe, trop curieuse, cherche à savoir ce qui se trame derrière son dos. Ses sœurs, vêtues de costumes d’hommes et rasant leur crâne, seraient-elles des vampires ? Où s’enfuit Lucie lorsqu’elle s’absente en voiture plusieurs jours à la suite ? Pourquoi Suzanne a-t-elle des traces de morsure sur ses bras ? Et quel est cet enfant muet qui a désigné à la police sa maison ?

Bref, beaucoup de suspense… si l’on en vient à suspecter immédiatement les sœurs en leur attribuant les enlèvements, le comment du pourquoi reste inattendu et donne un dernier soubresaut au récit qu’on craignait de voir s’épuiser à la fin.

Là encore, ce n’est pas de la grande littérature. Les ficelles classiques du roman d’horreur sont exploitées et, comme le veut le genre, on assiste à un crescendo sur les 50 dernières pages. Sans avoir été aussi conquise cette fois-ci, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à la lecture… parfait pour un moment de détente !

221 p

Marc Agapit, Ecole des Monstres, 1963

14:30 Publié dans Fantastique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | |

16/12/2007

Spooky

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Récemment arrivée dans une maison vieille de plus d’un siècle, Roberta assiste trois nuits de suite à l’apparition d’une femme qui semble flotter dans un coin de sa chambre. Le lendemain de la dernière visite de ce qui semble bien être un fantôme, Roberta retrouve son bébé Caleb mort dans son berceau. S’ensuit une période de deuil insurmontable pour cette femme qui n’avait d’affection que pour cet enfant. Petit à petit, elle en vient à soupçonner Ariel, sa fille adoptive de douze ans. L’adolescente, solitaire, étrange, passe son temps libre dans sa chambre emmurée dans le silence le plus complet, lorsqu’elle ne joue pas à la flûte des airs dérangeants. Roberta ne trouve aucun réconfort auprès de son mari, somme toute plutôt heureux de ne plus avoir Caleb dans leur vie, Caleb l’intrus, le fils d’un autre. Petit à petit, Roberta en vient donc à renouer sa relation adultère avec Jeffrey Channing, avocat marié déjà père de deux filles. Le mari, David, continue à s’isoler, s’enfonçant petit à petit dans l’alcoolisme.

Se lisant d’un trait, Ariel de Lauwrence Block est à la fois un thriller et un roman fantastique, dans le registre classique du roman d’épouvante et de la maison hantée. Les veilleuses de la gazinière s’éteignent sans raison apparente, l’eau du marais sort soudain du robinet, les planchers craquent, la chambre du bébé est saccagée, un portrait effrayant gît dans le grenier. Mais il est difficile de faire la part de l’imaginaire et du réel : Ariel, retrouvée en transe la nuit, pourrait-elle être à l’origine de tout cela ? Ou bien David, le mari bafoué ? Ou encore Roberta, femme antipathique anesthésiée au Valium et qui pourrait bien être schizophrène ? Et comment expliquer tous ces accidents autour d’Ariel ? Les suicides et meurtres à répétition ?

Le roman laisse au final le flou planer. Rappelant à certains égards Carrie de Stephen King (1974), il met en scène une jeune fille plutôt sympathique dont les actes semblent avoir involontairement des conséquences dramatiques pour ceux qu’elle n’apprécie pas. Si Ariel est présentée comme un personnage inquiétant, c’est Roberta qui est de loin la plus désagréable. La multiplicité des points de vue rend notre jugement finalement difficile et les théories restent assez nombreuses une fois le livre refermé.

Ariel est un roman peut-être assez classique, mais le rythme est dense, l’histoire passionnante et par moments franchement angoissante. Bref, un roman qui se lit d’un trait, à déconseiller lors des veillées solitaires dans une vieille maison aux craquements fréquents. Loin d’être réservé aux amateurs d’épouvante (cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu ce type de roman). A recommander !

396 p 

Lawrence Block, Ariel, 1980 

09/12/2007

Délicieusement sombre !

e963c657b6c054ff90da31a4a49c005c.jpgDepuis longtemps je voulais lire La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton. Depuis hier c’est enfin chose faite !

Petites comptines sous forme de poèmes, les histoires de Burton nous plongent directement dans son univers fantastique. Les dessins rappelleront à beaucoup L’Etrange Noël de M. Jack ou ses Noces Funèbres. Certaines histoires se rapprochent davantage des figures mi-humaines, mi-imaginaires d’Edward aux mains d’argent et de Big Fish.

Ces textes sont délicieusement horribles, terriblement noirs, follement drôles tant le magicien Burton sait faire de l’horreur un prétexte à la poésie et à l’humour.

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Pour une petite mise en bouche : 

“Stick Boy and Match girl in Love”

 

Stick Boy liked Match Girl,

He liked her a lot.

He liked her cute figure,

He thought she was hot.

 

But could a flame ever burn

For a match and a stick ?

It did quite literally ;

He burned up pretty quick.

 

9315d466789dd4739247e6a7885ac1f7.jpgIndispensable pour les fans de Burton, les lecteurs de Roald Dahl et les grands enfants (à l’esprit tortueux). Attention : le charme opère vraiment en anglais. Plutôt déconseillé donc aux lecteurs allergiques à l’anglais.

123 p

Tim Burton, La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires, 1997