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29/03/2013

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street

perry_etrangleur de cater street.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec les romans d'Anne Perry sur ce blog. Après une découverte délicieuse il y a près de dix ans, j'ai fini par me lasser un peu d'éléments récurrents (les passages un peu moralisateurs sur les différences de classe sociale qui me semblaient copiés d'un livre à l'autre, le rappel constant des origines de Charlotte et Thomas pour ne pas déstabiliser le lecteur qui viendrait à débarquer en plein milieu de la série), puis certaines intrigues m'ont paru franchement légères.

Pourtant ma première lecture, Le Mystère de Callander Square, avait été un petit coup de coeur. J'avais même acheté d'un coup près de dix tomes (!) pour pouvoir me délecter de la suite sans avoir peur de ne plus avoir de Charlotte ou de Thomas Pitt sous la main. L'Etrangleur de Cater Street, lu juste après, m'avait un peu moins conquise en raison de l'intrigue plus simple. Récemment, avec le lancement du challenge British Mysteries, l'envie m'a pris de relire certains des premiers Charlotte et Thomas Pitt et notamment le tout premier, qui est aussi celui de leur rencontre.

Ce roman nous fait pénétrer dans le foyer de la famille Ellison, un couple d'âge mûr, leurs trois filles, Sarah Corde, l'épouse Dominic, ainsi que Charlotte et Emily, en âge d'être mariées. Sans parler de la grand-mère, qui intervient par intermittence. Alors que le récit débute, la bonne des Ellison se fait assassiner ; il s'agit de la dernière victime d'un étrangleur qui commence à vraiment inquiéter ce quartier tranquille, dont les paisibles et respectables habitants ont bient du mal à réaliser que le tueur peut être l'un des leurs et non une personne issue des bas fonds de Londres.

L'intrigue policière n'est pas particulièrement développée, même si je trouve le mobile du meurtrier assez original - l'issue du roman m'avait suffisamment marquée pour que je m'en souvienne, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Si j'ai donc apprécié cette lecture, c'est surtout parce qu'elle m'a permis de me remémorer la rencontre des Pitt et leur famille, qui intervient au fil des tomes de cette série. Je me suis trouvé un petit côté fleur bleue car j'ai réalisé que plus les pages défilaient, plus j'attendais le retour de Thomas Pitt dans le cadre de scènes avec sa future épouse !

Les personnages sont assez intéressants, entre une Charlotte au caractère bien trempée, très droite mais trop franche pour trouver un mari de son rang et une Emily extrêmement tactique et froide, mais pourtant sympathique. Sarah, la soeur aînée, manque cependant de relief, si ce n'est que sa vie conjugale compliquée lui fait se tourner vers la religion et l'influence nauséabonde du pasteur très puritain (et très préoccupé par les péchés d'ordre charnel) de Cater Street.

Une lecture vraiment très plaisante, qui m'a d'ailleurs beaucoup plus séduite cette fois-ci, sans doute parce que j'en attendais quelque chose de différent. Certes il ne faut pas espérer lire le thriller du siècle mais c'est un plongeon sympathique dans l'époque victorienne et un passage presque obligé avant de poursuivre avec la série, dans lequel la famille de Charlotte apparaît régulièrement. Mon seul bémol tient aux attitudes un peu caricaturales de certains personnages, telle la vieille Mrs Ellison qui est assez ridicule lorsqu'elle empoisonne la vie de ses proches, ou encore lorsque ses petites filles se mettent à l'insulter et à la traiter d'espèce d'idiote ou je ne sais quel autre nom d'oiseau, ce que j'ai du mal à concevoir lorsqu'on songe à l'époque (1881) et au milieu social décrit.

Les billets d'Emily, George, Asphodèle...

Une LC avec : (j'actualiserai les liens à mon retour de vacances)

Et mes précédents billets sur Anne Perry (beaucoup n'ont pas été chroniqués) :

Une nouvelle participation au challenge British Mysteries organisé avec Hilde et ici-même (je deviens ainsi résidente de Baker Street) et une toute première au challenge Anne Perry de Syl (ça y est j'ai succombé au beau logo !).

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381 p

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street, 1979

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24/03/2013

Salon du Livre 2013

salon du livre logo.jpgAmis lecteurs,

Cette année mon petit compte-rendu sur le salon du livre sera plus court que d'habitude, et pour cause : je n'y ai passé que quelques heures cet après-midi et voulais juste partager des petites photos avec vous rapidement avant de m'envoler pour ma destination de vacances...

Un salon du livre en demi-teinte car exceptionnellement je n'avais pas eu le temps de m'organiser pour repérer les événement m'intéressant. Certains auteurs que j'aime retrouver régulièrement n'étaient pas présents non plus et j'ai davantage souffert que d'habitude de la foule, qui m'a fait renoncer à profiter du stand Barcelone, en dépit de la présence de Javier Cercas et d'une conférence en cours qui avait l'air intéressante.

J'ai quand même succombé à l'appel des éditions Phébus et Buchet-Chastel (j'avais envie de lire le J.M. Erre depuis longtemps, le Daniel Arsand est une totale découverte et le dernier, une impulsion subite)...

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Puis j'ai profité de la présence de Julie Wolkenstein pour faire dédicacer deux romans que j'ai hâte de lire (depuis le temps que je louche sur L'Excuse, j'ai trouvé le moyen de choisir deux autres titres !). Moment très sympathique avec cet écrivain, j'étais ravie  de ce rapide passage au stand de P.O.L !

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Et j'ai brièvement échangé quelques mots avec Kate Summerscale, dont Mrs Robinson's Disgrace vient de sortir en français. J'avais pris mon exemplaire londonien, qu'il me reste encore à découvrir... j'en profite pour dire ici que dans le cadre du Mois anglais, nous sommes plusieurs à lire son premier ouvrage, L'Affaire de Road Hill House. N'hésitez pas à vous joindre à nous pour nous aider à résoudre cette enquête !

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*****

Je n'aurai pas accès à mon blog (ou très difficilement) pendant quinze jours, à mon retour j'actualiserai les dates des lectures communes dans le cadre du Mois anglais, les billets recap des Challenges British Mysteries et Virginia Woolf et, bien sûr répondrai à vos commentaires et serai heureuse de retrouver enfin de temps pour lire tous les billets en retard (notamment ceux de Cranford !). Je suis très heureuse de partir mais le serai également de vous retrouver. Je publierai aussi rapidement mon billet sur Entre les Actes de Virginia Woolf que je n'ai pas eu le temps de rédiger pour le 1er avril. En attendant, j'ai prévu un petit billet sur Anne Perry dans une semaine...

A très bientôt !

20/03/2013

Le Mois Anglais is back !

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Vous l'avez suivi avec passion et flegme, vous avez sorti vos plus beaux services à thé, passé des soirées délicieuses en compagnie de Thornton et Mr Darcy, fait des expériences culinaires improbables... et depuis, plusieurs d'entre vous nous ont réclamé un nouveau voyage (dés)sorganisé. C'est avec plaisir que nous avons cédé (surtout moi comme le rappelle ma comparse de choc Titine - à qui nous devons ces fabuleux premiers logos) :

Le Mois anglais is Back !

Au mois de juin, nous comptons de nouveau sur vous pour prendre ensemble le ferry en direction des côtes anglaises. Au programme, des lectures, des films, des photos et récits de voyage, des recettes... soyons fous et pleins d'imagination comme nos amis d'Outre-Manche et rendons leur ensemble un hommage enthousiaste et pourquoi pas décalé !

mois anglais, angleterre

Quelques lectures communes sont déjà en prévision, n'hésitez pas à vous joindre à nous si elles vous tentent également :

-Les Forestiers de Thomas Hardy pour Cléanthe et moi

-L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale pour Titine, Miss Léo et  moi-même

-Une autre histoire de Londres de Boris Johnson pour Maggie et Titine

Quelqu'un serait également tenté par "Sense ans Sensibility" de Jane Austen et par Barbara Pym ?

Vous pouvez vous inscrire dans les commentaires chez Titine ou ici et vous pourrez ensuite nous rejoindre pour papoter sur notre groupe facebook.

Enfin j'arrive à écrire mon billet après un début de semaine épique... qui ce soir se solde pas un lancement du Mois anglais et une lecture d'Anne Perry... voilà qui va beaucoup mieux !

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16/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeCranford fait partie de ces livres que je voulais découvrir depuis longtemps et qui dorment paisiblement dans ma bibliothèque. Alors quand la perspective d'une lecture commune s'est profilée à l'horizon, motivée par la lecture réjouissante des Confessions de Mr Harrison, j'ai décidé de faire enfin préparer mes affaires et de prendre la prochaine malle-poste en direction de Cranford, pour une douce et paisible retraite.

Je me suis ainsi retrouvée dans un environnement où les rares hommes se font suffisamment discrets pour ne pas porter ombrage à la gente féminine , dans un monde où le mariage est présenté comme la pire des calamités par les vieilles filles mises en lumière par Mrs Gaskell. Ainsi, lorsqu'un mariage vient finalement perturber le cercle d'amies de la narratrice : « One does not know whose turn may come next. Here, in Cranford, poor Lady Glenmire might have thought herself safe », said Miss Maty, with a gentle pity in her tone. (p 223) 

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeElizabeth Gaskell s'amuse à dépeindre avec précision un monde qui pourrait paraître quelque peu insignifiant, celui de simples femmes célibataires ou veuves de la société respectable mais parfois peu aisée de Cranford. Ce sont donc les petites économies, les vieilles manies, les mondanités entre voisines ainsi que les bavardages et petits ragots qui sont ici dépeints. Malgré leur vulnérabilité et bien que l'on se prenne parfois d'affection pour elles, on sourit ainsi devant ces femmes : celles qui coupent des carrés de papier journal pour protéger un tapis neuf un jour où elles reçoivent ; celle qui en impose à ses voisines, leur sert leur thé après avoir donné toute la crème du goûter à son chien mais qui n'ose pas sonner son domestique ; et toutes celles qui, sans doute en raison de leur grande solitude, s'imaginent que des bandits dangereux rôdent à partir de quelques menus larcins.

We used to make a regular expedition all round the kitchens and cellars every night, Miss Matty leading the way, armed with the poker, I following with the hearth-brush, and Martha carrying the shovel and fire-irons with which to sound the alarm ; and by the accidental hitting together of them she often frightened us so much that we bolted ouselves up, all three together in the back kitchen, or storeroom, or wherever we happened to be, till, when our affright was over, we recollected ourselves and set out afresh with double valiance. (p175)

I had wondered what we should all do if thus awakened and alarmed, and had proposed to Miss Maty that we should cover up our faces under bedclothes, so that there should be no danger of the robbers thinking that we could identify them ; but Miss Matty, who was trembling very much, scouted this idea, and said we owed it to society to apprehend them, and that she should certainly do her best to lay hold of them and lock them up in the garret till morning. (p182)

Notez que les Français n'ont pas le vent en poupe à Cranford. Ces terrifiants mangeurs de grenouille ne valent pas un Anglais (un des personnages pourrait combattre deux Anglais et quatre Français) mais sont comparés à d'inquiétants Peaux-Rouges, lorsqu'on ne fait pas référence à leurs exécrables habitudes, qu'il s'agisse de leur alimentation ou de leur goût prononcé pour les révolutions.

« I wish he would not go to Paris », said Miss Matilda anxiously: « I don't believe frogs will agree with him, he used to be very careful what he ate, which was curious in so strong-looking a young man. » (p 83)

He might have lived this dozen years if he had not gone to that wicked Paris, where they are always having revolutions. (p86)

Prochain voyage en compagnie de Mrs Gaskell avec l'adaptation de Cranford, et le texte « Lady Ludlow ».

Illustrations photographiées sur mon édition de Cranford, dans la Collector's Library.

Une lecture commune (un peu en retard, j'en suis désolée) avec : George, avec qui nous avons lancé cette idée de lecture commune ; Anis ; ClaudiaLucia ; Emma ; Jelydragon Plumetis Joli ;  Syl. ; Titine Virgule ; Alexandra ; Céline ; Christelle ; Emily ; Paulana ; Sharon ; Solenn ; Valou.

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318 p

Elizabeth Gaskell, Cranford, 1853

15/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford (LC)

Amis co-lecteurs de Gaskell, pour cause de boulot chronophage et bien malgré moi je n'ai pas réussi à faire mon billet pour le 15 mars... mais il ne saurait tarder ! En attendant j'ai hâte de vous lire !

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Bonne journée sous le signe de Gaskell !

10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

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03/03/2013

Un week-end royal / Hyde Park on Hudson

WEEKEND ROYAL_1.jpgBillet mystérieux, tout un tas de modifications faites hier et vues hier  en ligne n'apparaissent plus. J'adore.

J'ai de nouveau beaucoup de billets en retard, très envie de partager avec vous mes dernières lectures, films et pièces vus, je commencerai aujourd'hui par une sortie récente au cinéma.

[Contient des spoilers]

Je voulais faire un billet mensuel sur mes sorties cinéma puisque depuis janvier j'y suis allée régulièrement, mais pour l'instant je me contenterai juste de vous parler d'Un Week-end royal, que j'attendais avec impatience. Comme d'habitude je m'étais contentée de la bande-annonce (parfois je me contente de moins) car j'aime bien me réserver des surprises ; il s'est avéré qu'il y avait cette fois-ci un grand décalage entre l'idée que je m'étais fait de ce film et ce qu'il est en réalité.

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Week-end Royal traite de la venue du couple royal George VI et Elizabeth aux Etats-Unis en 1939. Le roi se connaît peu d'alliés et s'attend à entrer en conflit avec Hitler. Il vient ainsi demander à Roosevelt son assistance en cas de conflit. Alors que beaucoup d'Américains sont hostiles à l'idée d'intervenir dans une nouvelle guerre et que la récession touche toujours sévèrement la population, Roosevelt décide de recevoir le couple dans un cadre moins formel et les invite chez sa mère, à Hyde Park on Hudson (un nom qui perturbe la reine, pour qui Hyde Park est évidemment à Londres). En parallèle de ce week-end politique, Roosevelt se rapproche de sa cousine Daisy, avec qui il entretient une relation très particulière. C'est ainsi Daisy qui sera la narratrice du film.

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Je pense que j'avais en tête Le Discours d'un Roi en allant voir ce film, dont j'attendais une ambiance en partie britannique et des scènes intéressantes entre Roosevelt et George VI, un film traitant essentiellement des subtilités diplomatiques d'un tel week-end. Je ressors de ce film très partagée, même si je ne regrette pas du tout d'être allée le voir.

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Ce film disposait de nombreux atouts grâce au casting brillant : Bill Muray très convaincant en homme politique ; Samuel West (Howards End) fait un excellent George VI et soutient tout à fait la comparaison avec Colin Firth auquel on ne pouvait pas ne pas penser après son interprétation récente du rôle (qui, certaines d'entre vous le savent, est un acteur que j'apprécie énormément) ; Olivia Colman, parfaite en Elisabeth (et pour le coup, bien plus crédible que Helena Bonham Carter qui pour moi constituait un choix discutable). Laura Linney et Olivia Williams incarnent très bien le rôle de la cousine-maîtresse pour l'une et de la femme pour l'autre. Toutes les scènes dans lesquelles interviennent George VI et son épouse sont une réussite et correspondent à ce que j'attendais, si ce n'est que tout est traité avec beaucoup de légèreté et que la diplomatie intervient ici bien peu ; en revanche, le choc des personnalités est intéressant, entre un Roosevelt exubérant, drôle, accessible et qui pourtant domine sans cesse la situation, et un George VI conscient de ne pas avoir été choisi par son peuple, complexé par son bégaiement, régulièrement comparé à son frère par son épouse, et pourtant plein de charme, drôle et très attachant. La reine est d'abord choquée à leur arrivée en découvrant que Madame Roosevelt veut l'appeler Elizabeth, que dans la chambre de son mari figurent des caricatures de soldats anglais et que le lendemain l'attend un pique-nique avec hot dogs et danse indienne. Elle voit dans tous ces signes de l'irrespect et une façon détournée de leur faire sentir qu'ils ne sont pas les bienvenus, quand en réalité leurs hôtes Américains bien moins subtils (mais plus sincères) n'ont vu nulle part la moindre insulte dans leur organisation, si ce n'est peut-être un brin de provocation humoristique.

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S'il n'y avait que ça, j'aurais été absolument conquise mais mon plaisir a été gâché par le fait que plus de la moitié du scénario repose sur les affaires personnelles de Roosevelt. On apprend donc que sa femme était lesbienne et vivait dans une autre maison, qu'il a trois maîtresses en même temps et n'est qu'un beau parleur. Si ce n'était que mentionné au passage cela ne m'aurait pas gênée mais une très grande partie du récit repose sur l'évolution de sa relation avec sa cousine, puis le fait qu'elle découvre qu'il a une autre maîtresse, ne veut plus le voir, etc. Le jour même du pique-nique est en partie consacré aux relations entre Roosevelt et Daisy alors que c'est l'apogée de la rencontre américano-britannique. Enfin la scène de la colline n'apporte rien, 1 mn pour nous faire comprendre que Roosevelt incite sa cousine à lui procurer certaines caresses sur fond de jazz, quel intérêt ? Citons enfin la scène dans laquelle Roosevelt demande à Daisy de mettre de la moutarde sur le hotdog du roi et qu'elle se met à consciencieusement enduire toute la saucisse de moutarde : un mauvais goût absolu !

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Sur Cliomuse, un article intéressant faisant la part entre la réalité et la fiction ; chez The History chef, l'anecdote du hot dog sur le plan historique.

Dans le cadre du challenge Back to the Past, organisé avec  Maggie.

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Week-end Royal / Hyde Park on Hudson, un film de Roger Mitchell, 2012

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