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18/05/2012

L'Observatoire, ex domaine de Tearsham

carey_observatoire.jpgIl suffisait d'un auteur anglais inconnu et d'une allusion à Mervyn Peake pour que je me retrouve embarquée dans une visite pour le moins ubuesque, celle de L'Observatoire d'Edward Carey. 429 pages lues avec avidité, un roman que j'ai trouvé tout à la fois passionnant, intelligent, drôle, cruel, et qui occupera désormais une place de choix dans ma bibliothèque. Pas la peine de lire la suite, n'attendez plus, tentez vous aussi l'aventure !

Le narrateur, Francis Orme, est issu d'une longue lignée de Francis Orme, propriétaires du domaine de Tearsham, peu à peu rattrapé par la modernité et une mauvaise gestion qui lui a valu d'être grignoté par une ville tentaculaire, bien déterminée à ne faire qu'une bouchée de ce bastion d'un autre temps qui lui résiste encore. Le domaine s'appelle désormais l'Observatoire : un manoir amputé de ses dépendances, encerclé d'un ridicule mur d'enceinte, sans jardin, un manoir découpé en appartements.

victor newman.jpgA remonter le fil du temps aux côtés de Francis Orme, on comprend que la transformation du manoir en résidence a été souhaitée par sa mère et incarnait pour elle une nouvelle vie et la modernité. Pourtant, lorsque le récit débute, les appartements ont perdu la fraîcheur des premiers jours ; la plupart des habitants sont morts ou ont quitté les lieux, l'endroit est sale, le rez-de-chaussée envahi par les déchets urbains. Quant aux habitants restants, avec lequel tenterez-vous une collocation ? Claire Higgs, vieille femme scotchée devant sa télé toute la journée, idolâtrant un personnage qui de par sa description, me fait fortement penser à Victor Newman des Feux de l'Amour (remarquez l'étendue surprenante de mes connaissances, je peux ainsi saisir la subtilité de telles influences) ? Peter Bugg, ancien précepteur adepte des coups de règle, suant, transpirant pour expier on ne sait quelle faute ? Numéro 20, la Femme-chien ? Le Portier, qui chuinte au lieu de parler ? Ou bien les Orme ? Le père et la mère, enfermés dans leur silence depuis des années ; le fils, cleptomane, incapable de vivre sans gants blancs et maniaque à leur égard, auteur d'une étonnante et sordide collection (dont vous ne connaîtrez l'Objet, le clou de la collection, qu'à la fin du récit) et vivant de son métier de statue humaine ? Comme tous ceux-là sont assez dérangés, il serait préférable de renoncer à tout emménagement intempestif. Mais voilà qu'une certaine Anna Tapp décide de s'installer dans l'appartement 18. Elle n'est certainement pas la bienvenue, et c'est par sa présence que les souvenirs vont remonter à la surface, troublant puis détruisant le petit équilibre monotone de ces résidents qui avaient renoncé à vivre...

Sur le déclin de l'aristocratie, un passage exquis, sur Lord Pearson, contraint de se séparer de son château pour venir habiter à L'Observatoire : "Lord Pearson aimait inviter chez lui les autres résidants pour leur faire visiter son modeste appartement comme s'il s'agissait d'un château. Il disait : Voici le salon où Lord Pearson regardait la télévision. Voici la salle-de-bains, c'est dans cete baignoire en plastique que Lord Pearson se lavait avec un savon parfumé au citron. Voici la cuisine, c'est à cette table que Lord Pearson buvait son potage. Et ainsi de suite. Lord Pearson s'éteignit après avoir absorbé une dose massive de somnifères. Il n'avait plus un sou. Il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir. Sur son corps élégamment vêtu d'un costume de tweed était épinglée une note : Voici Lord Pearson, Noble vestige du début du siècle. Enterrez-le dans son caveau de famille." (p249-250)

Merci aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

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429 p

Edward Carey, L'Observatoire, 2000

09/05/2012

En poussant les grilles de Mansfield Park

austen-mansfield park.jpgMansfield Park est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré Northanger Abbey, mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans Mansfield Park, que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de coeur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire de l'unanimité. Et lorque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.

Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repend peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
austen-mp.jpgLa petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre comfort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son oeuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa soeur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un oeil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
NewbyHall.jpgCe roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants Pride and Prejudice ou Northanger Abbey, habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur :  les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.

La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

Mon billet sur l'adaptation du roman en 1999 par Patricia Rozema.

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

D'autres billets sur Mansfield Park : Lilly, Cafebook, Coeur de Camomille, Alice in Wonderland, Pimpi, le forum Boulevard des Passions, Lecture/Ecriture (plusieurs avis), Critiques libres (plusieurs avis)...

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice, du challenge un classique par mois de Cécile et du défi Je lis en anglais de Miss Bouquinaix.

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492 p

Jane Austen, Mansfield Park, 1814

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05/05/2012

Séjour éprouvant à Mansfield Park

film-mansfield park 1999_04.jpgJe viens tout juste de refermer Mansfield Park de Jane Austen, et j'ai eu envie de voir enfin l'adaptation de Patricia Rozema, qui faisait partie de mes quelques DVD austeniens en attente. J'avais déjà vu il y a trois ans la version d'ITV, quand je passais mes soirées à regarder des adaptations  des romans d'Austen. Cette version d'ITV ne m'a pas laissé une grande impression, si ce n'est que j'avais trouvé Billie Piper hautement improbable dans le rôle de Fanny Price. Je savais que la version de Patricia Rozema n'était pas fidèle au roman et j'ai essayé de ne pas m'attacher à ce point en voyant le film, pour éviter une déception du type Pride and Prejudice de Joe Wright. Bon, il faut bien le dire, c'est un véritable échec, car je me suis franchement ennuyée et suis complètement passée à côté des subtilités de la réalisation.

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Mais quelques mots sur le sujet : Fanny Price a été recueillie petite fille par son oncle et sa tante Bertram. Cette dernière a fait un mariage plus réussi financièrement que Mrs Price qui, ayant suivi son coeur, se retrouve dans une situation financière peu enviable. Fanny grandit ainsi auprès de ses cousins et tombe amoureuse d'Edmund, qui doit entrer dans les ordres. Le petit cercle est soudain perturbé par l'arrivée dans le voisinage de Mr Henry Crawford et de sa soeur Mary, séduisants, ambitieux, bien décidés à tirer profit de leurs nouvelles connaissances.

film-Mansfield-Park-1999-mansfield-park-14359543-640-480.jpgRepartant sur cette même base, le film n'a malgré tout pas grand-chose en commun avec le roman, si ce n'est le nom des personnages et quelques traits communs, ainsi que l'attachement de la jeune Fanny Price pour son cousin Edmund. Mais je m'y étais préparée et ce n'est pas tant ça qui m'a posé problème.

La réalisation est pour moi complètement décousue : là où Joe Wright (dont les films me font mourir d'ennui) sait exceller en plans de toute beauté, le film est d'un esthétisme douteux, voire franchement décevant, malgré quelques idées sympathiques comme cette caméra qui s'envole à la fin de scène en scène, avec une narration non dénuée d'humour. Quel intérêt y avait-il à multiplier les voix superposées (comme par exemple le sermon de Sir Bertram, dont les échos se perdent de scène en scène) ou les ralentis (danse au bal, ou encore Fanny partie à cheval une nuit sous un orage parce qu'elle n'est pas contente) ? Certaines scènes manquent de crédibilité : Lady Bertram reniflant sa petite fiole (il s'agirait d'opium), Sir Bertram ne réagissant pas franchement à l'annonce de l'échec du mariage de sa fille aînée par la presse, Mary Crawford enlaçant Fanny dans une étreinte sensuelle en répétant une pièce de théâtre ou encore fumant une cigarette, quand elle n'assiste pas aux conseils familiaux des Bertram chez qui décidément, tout le linge sale est lavé en public (à noter ce commentaire fort judicieux « This is 1806 for Heaven's sake ! »). Enfin l'esclavage, l'un des thèmes évoqués car la fortune de la famille en dépend, est introduit à plusieurs reprises mais, à mon avis, sans lien clair avec le reste de l'histoire. Quelques scènes viennent ainsi nous dire que l'esclavage est un commerce monstrueux, ce qui est certes vrai mais ne fait qu'ajouter une dose de bons sentiments au milieu de ce méli-mélo de passages à l'eau de rose, le film étant beaucoup trop fleur bleue pour moi je crois.

film-mansfield park 1999_01.jpgEn tout cas j'aurais eu beaucoup de mal à me laisser tenter par le roman en voyant d'abord ce film, qui me déçoit finalement beaucoup plus que ce que j'avais anticipé. Et c'est vraiment dommage, car je n'avais pas vraiment envie de quitter Mansfield Park ! A noter cependant la bonne prestation de Frances O' Connor qui campe une Fanny très différente de celle du roman, apportant beaucoup de fraîcheur au personnage.

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Un nouvel article dans le cadre du challenge Back to the Past organisé sur ce blog et avec Maggie, et du challenge Jane Austen judicieusement proposé par Alice de Jane is my Wonderland.

Billets : Peachy Reviews (qui n'est pas tendre avec l'adaptation), et plus positifs Lilly (enthousiaste),  Nataka...

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Mansfield Park, un film de Patricia Rozema, 1999

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