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27/02/2012

La dame de fer

Iron_lady_film_poster.jpgJe l'attendais depuis plusieurs mois, je me suis précipitée pour le voir à sa sortie... et je ressors un peu partagée.


Comme vous le savez déjà (ce film ayant bénéficié d'une bonne couverture médiatique, il serait difficile de passer à côté), il s'agit d'une biopic consacrée à la très controversée Margaret Thatcher, ancien premier ministre anglais conservateur ayant marqué les années 80 par sa politique dure, dans un contexte difficile (crise économique, attentats de l'IRA...).
Comme on pouvait s'y attendre Meryl Streep incarne presque à la perfection Margaret Thatcher. La transformation physique est très réussie, les mimiques, l'attitude – et les tailleurs - sont là. Et même si on parle moins d'elle, on peut tout autant saluer Alexandra Roach, qui incarne Thatcher dans ses jeunes années (pendant les bombardements de Londres puis ses premières campagnes politiques). Malgré tout, au-delà de la performance personnelle, le scénario m'a semblé un peu fragile et j'ai trouvé que ce film s'essoufflait rapidement.

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Au lieu de suivre par exemple un ordre chronologique plus classique, le film se construit autour du présent, avec une Thatcher âgée qui n'a plus toute sa tête. Elle se souvient de certains événements et c'est donc essentiellement par le biais de flash backs que nous découvrons son ascension politique. Cette construction ne m'a pas gênée en soi ; le principe me semblait plutôt intéressant. Cependant, la réalisation reste assez maladroite, accordant à mon sens trop de place à la Margaret d'aujourd'hui, au détriment des autres séquences.

film-damefer3.jpgLa vie de Thatcher est abordée dans les grandes lignes, à travers un portrait plutôt flatteur : la jeune femme courageuse qui va remettre une cloche à beurre à sa place pendant un bombardement, au lieu de rester cachée ; l'influence de ce père épicier très engagé, qui lui inculque le sens de la réussite individuelle ; ses premiers pas de candidate au niveau local, alors que les femmes sont exclues du débat politique ; la belle histoire d'amour ; la réussite et l'accession au poste de premier ministre ; et de ces années, on retient quelques événements, telle la guerre des Malouines, la fermeté face aux grèves, l'attentat à la bombe et une attitude dominatrice vis-à-vis de ses collaborateurs, qui sera l'une des causes de son déclin.

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Les réformes mis en place sont peu abordées et les quelques décisions polémiques portées à l'écran sont traitées de façon assez superficielle : les collaborateurs contestant ses choix ne le font pas avec fermeté et les arguments qu'ils avancent ne sont pas forcément convaincants. Ce qui fait qu'in fine, hormis son caractère trop autoritaire, on finit presque par sortir en se demandant ce qu'on pouvait bien reprocher à cette femme de caractère, fidèles à ses opinions, ayant dû faire preuve de beaucoup de courage pour s'imposer pendant toute sa vie. Autant je n'aurais pas apprécié à l'inverse un film « anti Thatcher » cherchant à montrer à quel point cette femme était épouvantable, autant je regrette beaucoup que les choix politiques de Thatcher et les débats qu'ils ont suscité n'aient pas été abordés avec plus de sérieux, afin d'avoir un rôle informatif, voire engagé, avec des questionnements permettant  par exemple d'apporter un éclairage intéressant sur des thématiques actuelles.


film-dame fer-Streep-Thatcher.jpgAutre point qui m'a gênée : pour traiter de Thatcher aujourd'hui et de sa maladie d'alzheimer, on voit régulièrement le fantôme de son mari, qui lui rend souvent visite et qu'elle est la seule à voir. J'ai trouvé qu'un peu plus de subtilité aurait largement suffi à nous faire comprendre que l'ex premier ministre est aujourd'hui complètement sénile... alors que le reste du film manque d'engagement lorsqu'il s'agit de politique, ces séquences actuelles se complaisent dans un portrait niais et dégradant de Thatcher. Qu'avons-nous besoin de la voir marmonner toute seule toutes les vingt minutes ? Est-ce vraiment là un aspect important à aborder de manière récurrente lorsqu'on évoque la vie d'un chef d'Etat  ou d'un leader ayant marqué son parti et son pays, au point de survoler  ses années d'exercice ? Paradoxalement, alors qu'on sent la fascination de Phyllida Lloyd pour Thatcher, je crois qu'elle n'aurait pas pu livrer un portrait plus humiliant de l'ex premier ministre.

Certes, le film ne tient pas toutes ses promesses, mais je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. J'ai passé un très bon moment (mais le fait que l'action se déroule en Angleterre a peut-être joué pour beaucoup), j'ai apprécié de très nombreuses scènes et le reverrai volontiers à l'occasion... mais ce n'est pas non plus le coup de coeur que j'espérais, d'autant plus que j'ai été à deux doigts de m'ennuyer à une ou deux reprises. Je conseillerais ce film :
- Aux admirateurs de Meryl Streep
- Aux personnes faisant une légère fixation sur l'Angleterre (je ne fais pas du tout partie de cette dernière catégorie, n'essayez pas de m'accuser, je vous vois venir)
- Avec plus de réserves : à ceux qui veulent découvrir Margaret Thatcher à travers ce film : compte tenu des nombreuses lacunes et du parti pris ce film vous servira tout juste d'introduction mais vous n'en saurez pas beaucoup plus après qu'avant.

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The Iron Lady, 2012, un film de Phyllida Lloyd

24/02/2012

My Lou Book dans mon sac

Cette fois c'est taguée par Eliza de Passion Lectures, dont le sac contenait des objets bien sympathiques, que je rédige ce nouveau billet...

Voici les règles de ce tag :

  • Vous devez, en bon blogueur, avoir entre 5 et 10 outils et/ou sources d’inspiration et/ou indispensables dans votre sac ou à proximité.
  • Vous devez ensuite taguer au moins 7 personnes, indiquer le site qui vous a tagué, et l’informer de la remise de votre copie. :)
  • Titrer le post « Nom de votre site » dans mon sac…
  • Remettre ces règles dans le post

Alors, y a-t-il au moins 5 outils ou sources d’inspiration pour mon blog dans mon sac ?

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Je n'ai pas pris mon sac mais les objets du quotidien qui m'accompagnent chaque jour, notamment dans mes moments de lecture.

1/ Mon portable, avec quinze onglets toujours ouverts, entre plusieurs blogs, mes mails...

2/ Mes tasses de thé et mugs, beaucoup très British dont la nouvelle recrue, Lie Back and think of England, offert par mes adorables copines victoriennes.

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3/ Du thé, c'est essentiel... comme mes bons thés anglais dont celui-ci de Fortnum and Mason, un endroit que j'aime beaucoup à Londres.

4/ Un marque-page, ou plus : beaucoup sont anglais, comme ici Anna Hathaway, Sherlock Holmes et Austen (bizarre, n'est-ce pas ?).

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5/ le carnet sur lequel je note tous les titres que je lis (enfin j'ai eu des oublis parfois).

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6/ mes post-its, qui parfois abondent dans les livres qui m'inspirent ou m'intéressent particulièrement

Je tague une nouvelle fois Rachel, mais aussi Perrine, Pascale, Joelle, Emilie, Emeraude, L'or des chambres, Dominique.

20:50 Publié dans Tags | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | |

23/02/2012

Le tag des onze questions

Je prends enfin le temps de répondre aux tags, et voici déjà une première réponse à l'adorable Perrine qui me posait 11 questions...


Les règles du tag
Poster les règles du tag sur sa page
Décrire 11 choses à propos de soi
Répondre aux 11 questions posées et en créer 11 nouvelles pour les personnes taguées
Taguer 11 personnes et mettre un lien vers leurs blogs
Prévenir les personnes que l'on a taguées
 
Me, Myself and I

1.L'an prochain je change de dizaine. Du coup j'ai beaucoup de bonnes résolutions pour cette année. Me marier (that's on the right track). Faire de beaux voyages (on va tout faire pour). Et plus prosaïquement, faire de belles lectures et découvrir ou lire davantage les auteurs que j'aimerais mieux connaître, notamment les classiques et mes chers Anglais. En espérant vaincre Madame Bovary à ma cinquième lecture (un vieux traumatisme).
2.J'adore le thé fumé le matin et me régale de Lapsang Souchon.
3.Je commence à avoir une sacrée collection de mugs anglais : le mug Virginia Woolf, le mug London break, le mug “think of England”, le mug Darcy...
4. J'ai un petit côté féministe (mais certains d'entre vous l'auront sans doute déjà remarqué). Surtout depuis que je travaille. Enfin qu'est-ce que vous voulez, je fais partie d'une génération élevée aux Spice Girls alors devant tant de convictions, je ne pouvais que m'incliner. Bref, miss Lou à l'époque victorienne (oui oui, l'époque qui me fascine tant), ça aurait fait un cocktail intéressant.
5.Mes premières révélations britanniques datent de l'adolescence. Je me fichais bien de savoir que je lisais des classiques ou pas, ce qui comptait c'était le plaisir de la lecture et c'est sans connaître la famille Brontë que j'ai lu par hasard Les Hauts de Hurlevent dans une belle édition de ma grand-mère (cela faisait tout de suite très romantique). Quelques mois plus tard j'ai remarqué une autre Brontë à la bibliothèque et j'ai lu Jane Eyre ; je n'imaginais pas pouvoir surpasser le premier coup de coeur de l'été passé pour Emily mais pourtant ça a été le cas et je me revois encore dans ma chambre assise par terre à dévorer les 200 dernières pages. Ce qui me fait dire qu'il est grand temps de redonner la place qui revient de droit aux soeurs Brontë dans ce petit salon ouvert aux amoureux des livres...
6. La deuxième fois que je suis allée en Angleterre j'étais en voyage scolaire. Nous avions une grande chambre avec immense fenêtre donnant sur une grande maison en brique qui ne semblait pas habitée et que je revois encore tant j'avais adoré son aspect désolé. En revanche il faisait tellement froid que j'ai pensé la première nuit à poser mes habits sur le radiateur placé à proximité de la fenêtre. Mauvaise idée, j'avais oublié qu'en Angleterre il fait trop chaud pour songer à mettre le chauffage et le lendemain j'ai retrouvé des affaires glacées... entre ça et le ballon d'eau chaude trop petit pour que les Français aient le droit de se laver à l'eau chaude, on peut dire que ce voyage m'a donné très tôt une petite idée des délices de la vie anglaise.
7.Je crois que je fais une allergie à Keira Knightley. Je croyais que c'était à cause de Joe Wright qui ferait mieux de la demander en mariage directement (la pauvre il a beau faire des gros plans à n'en plus finir sur elle elle n'a toujours pas compris qu'il était fou d'elle), mais finalement je ne l'aime pas non plus dans le premier Pirate des Caraïbes (je n'ai pas trop eu envie de voir les suivants) et le trailer de Dangerous Method m'a coupé toute envie d'aller voir ce film qui avait beaucoup pour me plaire. Je me suis dit que Knightley a suffisamment l'air hystérique en jouant Miss Bennet alors je n'ai pas pu me résoudre à la voir feindre avec encore plus de subtilité l'hystérie dans ce nouveau film. Finalement, à part The Duchess et Love actually (oui je sais), j'ai bien du mal avec cette actrice. Dommage vu qu'elle joue dans tout un tas de films qui devraient me plaire si elle ne faisait pas partie du casting.
8.Je n'ai pas encore lu Proust. Je sais, c'est très mal. Cela fait partie de ma to-do-list de l'année : lire Proust.
9.J'écoute de la pop / soul britanniques, surtout toutes ces filles comme Amy Whinehouse (j'étais à Londres quand elle est décédée, même dans son quartier et j'ai toujours du mal à m'en remettre), Gabriella Cilmi, Kate Nash... mais aussi du rock (indé surtout, mais j'adore les vieux groupes de pop rock, hard rock, des Beatles à Kiss en passant par Marilyn Manson que j'écoutais beaucoup dans ma folle jeunesse – enfin il y a quelques années quand je vivais encore chez mes parents et passais ma vie à écrire des romans et nouvelles inachevés).
10. J'adore la technologie : oui alors pas le smartphone, je n'en ai pas encore, mais je ne me lasse pas d'entendre ronronner la machine à laver et le lave-vaisselle. Surtout pendant qu'ils travaillent à ma place tandis que je vous raconte des choses follement passionnantes par ici! (vous comprenez, cela ne fait pas si longtemps que j'ai un lave-vaisselle tout court, et une machine à laver qui ne fait pas de bonds en avant de 50 centimètres en mode essorage).

En prime, quelques photos de mon frigo, aux accents très British (surprising, isn't it ?).

DSC07444bis.jpgEt maintenant je réponds aux questions de Perrine :
1-Quel paysage te représenterait le mieux ?

Une rue de Londres sous la pluie, avec au carrefour une petite île typique des Cyclades !
2-Quels sont les + que tu aimes retrouver dans un livre ?

Une écriture a minima agréable et des personnages à la psychologie intéressante. Après, comme vous le savez si vous venez régulièrement, par ici j'ai un gros faible pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'Angleterre contemporaine ou sur fond historique, that's my cup of tea !
3-Quel "way of life" as-tu ? 

Working girl le jour (a long long day), grande rêveuse le reste du temps.
4-Quel est ton jeu préféré ? Pourquoi ?

“Qui a tué tante Agathe ?” un jeu de survie où il faut tuer les autres héritiers pour partir avec le plus gros pactole... j'adore le plateau de jeu et l'esprit familial !
5-Quel est le premier geste que tu fais qui te rassure, te calme ?

Quand je suis stressée, soit je me calme en me plongeant dans un roman ou en faisant un karaoke toute seule chez moi, soit je me tourne vers ma moitié, ma cellule psychologique personnelle.
6-Quel est ton souhait le plus cher ?

Les souhaits les plus chers doivent rester secrets pour pouvoir s'exaucer... mais si je dis de nombreux voyages et des séjours prolongés en Angleterre je ne mentirai pas tout à fait.
7-Quelle est ta maxime ?

Je n'en ai pas, il faudrait que j'en cherche une tiens !
8-Comment vois-tu la vie ?
Comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber... non à vrai dire non mais j'ai toujours aimé ce moment de Forrest Gump que j'adorais adolescente. Je vois la vie en rêve, parfois je ne suis pas certaine que les choses ont rééllement lieu et parfois je vis dans un monde parallèle, dans mes pensées, qui m'entraînent dans des lieux improbables (oui s'imaginer à l'époque de Virginia Woolf quand on se promène dans un parc londonien, ce n'est sans doute pas un comportement courant).

9-Si ta vie faisait l'objet d'un livre, quel en serait le titre ?

Walking on the moon
10-Quand tu regardes par la fenêtre le matin, à quoi penses-tu ?

Au choix : est-ce que je vais prendre mon bus à 20 ou c'est trop tard ? Est-ce que j'arrosé mes orchidées cette semaine ? Est-ce qu'elles ont assez de lumière ? Est-ce que j'ai le temps de descendre la poubelle ou est-ce que ça va me mettre en retard ? Le plus souvent je pense tout ça à la fois. (Je sais je devrais dire que je pense à la profondeur  de l'oeuvre de Shakespeare ou de l'âme humaine mais ça ça vient plus tard dans la journée).
11-Si tu devais jouer une pièce de théâtre, quelle serait-elle et qui interpréterais-tu ?
Arcadia, le principal personnage féminin.

Mes questions
1/ Si tu devais assassiner un personnage de fiction, de qui s'agirait-il et pourquoi ?
2/ Si tu devais écrire un livre, de quoi parlerait-il ?
3/ Si tu devais jeter un livre, lequel serait-ce ?
4/ Si tu devais ouvrir une librairie, comment la verrais-tu ?
5/ Si demain tu rencontrais un auteur que tu as aimé ou pas mais auquel tu as quelque chose à reprocher, que lui dirais-tu ? (auteur mort ou pas)
6/ Si tu devais créer une couverture de livre, qu'aimerais-tu faire (la couverture que tu rêverais d'avoir chez toi) ?
7/ Si tu devais lire un auteur européen non français et non britannique, qui choisirais-tu ?
8/ Si tu devais monter une bibliothèque itinérante et voyager de ville en ville en Europe avec ton van, où irais-tu en premier lieu ?
9/ Si tu devais créer un musée que choisirais-tu pour commencer votre collection ?
10/ Si tu devais enlever un auteur (par exemple dans le monde de Jasper Fforde), à qui t'en prendrais-tu et pourquoi ?
11/ Si tu devais me poser une question en rapport avec la lecture après tout cet interrogatoire, ce serait...?

Je tague les onze personnes à avoir laissé un commentaire sur mon blog au moment où j'écris mon billet  (et qui maintenant sont ravies de l'avoir fait) : Rachel, Ys, Perséphone, Niki, Maggie, DeL , jeneen, Titine, Nymphette, Pascal Djemaa, The Bursar. Liliba

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10:49 Publié dans Tags | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | |

19/02/2012

Was Shakespeare a fraud ?

anonymous-movie-poster-01.jpgSi vous voulez en savoir plus sur Edward de Vere, 17e comte d'Oxford, vous ne devriez manquer sous aucun prétexte Anonymous, film hautement intellectuel réalisé par celui qui avait déjà marqué l'histoire du cinéma d'auteur avec Independance Day et Godzilla. Et il fallait bien un maître pour aborder la question de la paternité des oeuvres shakespeariennes.

Ce film débute à Broadway. Derek Jacobi arrive sous la pluie dans un théâtre, passe par les coulisses, il est en retard, presque essoufflé mais il est là. Le rideau s'ouvre et le voilà se posant en narrateur, introduisant ce récit. Et hop ! Le temps d'une transition remarquablement maîtrisée, nous voilà plongés dans l'Angleterre élisabéthaine. Et les révélations commencent !

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Le film repose sur la thèse qui vit le jour dans les années 1920 et selon laquelle Edward de Vere serait le véritable Shakespeare. Le comte d'Oxford aurait en effet été dans l'incapacité d'assumer la paternité de ses oeuvres (pièces engagées, art condamné dans une famille puritaine, notamment par son beau-père, Robert Cecil, conseiller de la reine). Mais la thèse développée par le film ne manque pas d'humour.

anonymous,film anonymous,william shakespeare,comte d'oxford,edward de vere,elisabeth 1,époque elisabethaine,angleterre élisabethaineImaginez une reine Elizabeth portée sur le théâtre et les hommes, fortement influencée par ses conseillers, plutôt gâteuse sur le tard (au point de se déboutonner en public et de fourrer sa main sous son corsage). Une reine vierge qui, sachez le, serait parvenue à accoucher au moins deux fois en toute discrétion lors de tournées à travers le pays. Mais s'il ne s'agissait que de cela : Edward de Vere tombe sous le charme de la reine alors qu'il n'est qu'un très jeune homme ; leur passion est ardente, la reine tombe enceinte mais de Vere a été contraint d'épouser la fille de Robert Cecil et, sous les conseils de celui-ci, la reine renonce à exiger d'épouser de Vere et accepte d'abandonner son fils. Bien des années plus tard, de Vere découvre que lui-même était le fils de la reine... une reine Vierge qui a un fils (et un petit-fils) de son fils inconnu, il fallait toute la subtilité de Roland Emmerich pour avoir cette idée.

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anonymous-rafe-spall.jpgQuant à Shakespeare, le vrai William Shakespeare, nous avons découvert qu'il s'agissait d'un acteur médiocre et suffisant, presque illettré, maître chanteur complètement stupide, bref, un râté de première.

Le film s'achève avec l'incendie du théâtre de Shakespeare, dans lequel étaient cachés les manuscrits du comte d'Oxford, tout juste mort et contraint de soustraire ses écrits à une famille hostile au théâtre et à la littérature. Heureusement, grâce à l'invention récent du coffre ignifugé (remarque fortement pertinente de notre Miss Marple de choc, Isil), les manuscrits sont sauvés des flammes (en plein jour, sachant que celui qui les cherche vient de quitter la tour de Londres, où il vient de passer un bon moment (scène tout à fait plausible, surtout lorsqu'il ouvre le coffre encore fumant à mains nues).

Bref, ce film ne repose sur aucune logique ; impossible d'aller le voir pour en savoir plus sur Shakespeare et l'époque car les nombreux rebondissements hollywoodiens ôtent toute crédibilité à l'histoire. Malgré tout j'ai passé un très bon moment. Les costumes sont très soignés, le casting impressionnant, l'histoire amusante, les reconstitutions de rue sentant un peu l'image de synthèse mais nous faisant malgré tout voyager. Un divertissement bien agréable, même si la trame est cousue de fil blanc. Un film qui nous aura fait découvrir que le fauteuil roulant existait déjà à l'époque, et même bien avant (au moins un détail historique que nous aura appris Anonymous).

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Sur les thèses concernant la paternité des oeuvres de Shakespeare, voici le lien Wikipedia (rubrique "la question de l'identité").

Vu dans le cadre du challenge Shakespeare de Maggie et Claudia.

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Anonymous, un film de Robert Emmerich (2011)

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11/02/2012

La carte du monde invisible

aw tash carte monde invisible.jpgLa Carte du Monde de Tash Aw m'éloigne temporairement de mes promenades anglaises ; c'est même une lecture bien différente des romans vers lesquels je me tourne spontanément et pourtant j'ai passé un excellent moment.
Ce récit nous plonge dans l'Indonésie de 1960, lorsque le jeune Adam voit son père adoptif d'origine hollandaise se faire embarquer par des soldats. En fouillant dans la maison, il trouve la trace d'une certaine Margaret, qui aurait beaucoup compté pour son père ; l'adolescent part à sa recherche en quittant sa petite île pour Jakarta. C'est une ville tentaculaire, fascinante et sordide à la fois, dans laquelle les ressortissants étrangers ne se sentent plus tellement en sécurité, alors que le Président tend à se rapprocher de ses alliés communistes et que les manifestations se multiplient.
Plusieurs voix en alternance retracent l'histoire d'Adam, orphelin, de son frère Johan, adopté en Malaisie, de Karl, le père, amour de jeunesse de Margaret, elle-même enseignante américaine dont le collègue Din est soupçonné d'être à la tête d'un groupe extrémiste. Souvenirs et présent se mêlent, avec en toile de fond un contexte politique agité.
Je ne raffole pas des romans politiques mais cette dimension ne m'a pas du tout gênée et nourrit le récit intelligemment, s'invitant dans l'histoire personnelle des différents protagonistes. Outre la question du régime politique préférable et la perte d'illusions de ceux qui avaient cru à une nouvelle Indonésie, c'est aussi la société qui est dépeinte ici, avec le gouffre séparant les plus riches du reste de la population, presque miséreuse et sans avenir. Comme l'a déjà écrit mon amie Cryssilda, "le texte est en dialogue constant avec lui même" : chaque chapitre fait écho à un autre, les histoires  s'entrecroisent et le contexte historique explique le parcours atypique des personnages.
Malgré les apparences, ce roman pose un regard éclairé sur une époque trouble et ne sombre pas dans le pessimisme ; pour preuve la fin plutôt heureuse pour les principaux personnages.
Très agréablement écrit, ce roman offre de beaux tableaux d'un pays qui parviennent à émouvoir le lecteur tout en le mettant mal à l'aise. Il pose aussi la question passionnante de l'identité : Margaret, américaine de nationalité, a bourlingué dans de nombreux coins du monde et a choisi de s'installer à Jakarta, parlant d'ailleurs parfaitement indonésien ; mais lorsque les tensions entre les deux pays montent, Margaret et ses compatriotes ne sont soudain plus les bienvenus. Adam a la peau plus claire que les enfants de l'île dans laquelle il grandit et reste ainsi un peu à part ; fasciné par l'Europe, il aimerait apprendre le néerlandais mais Karl refuse de parler sa langue natale et veut vivre en respectant autant que possible la culture indonésienne, alors qu'il est toujours perçu comme un Hollandais par la population locale. Au final, à quel pays, quelle nation, quelle culture appartenons-nous ? A celle qui figure sur notre passeport, à celle de nos parents ou bien à celle que nous choisissons ?

Un roman vraiment intéressant que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
Merci à Christelle des éditions Robert Laffont pour cette belle découverte... je regrette vraiment de ne pas avoir pu assister à la rencontre avec l'auteur, je me serais régalée !

Les avis de Cryssilda, Titine

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442 p

Tash Aw, La carte du monde invisible, 2009

07/02/2012

Happy birthday Mr Dickens !

ohl- charles dckens.gifJe ne sais même pas comment commencer ce billet, à vrai dire je sens déjà qu'il sera aussi intéressant que le discours de la crevette quand la marée monte mais si je ne le fais pas maintenant, je ne vous parlerai jamais de la magnifique biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl

J'ai pris tant de notes, décoré mon exemplaire de tant de post-its à la lecture que je pourrais tout aussi bien écrire un billet sans fin. Coupons la poire en deux : j'évoquerai surtout ici quelques aspects de la personnalité de Dickens qui m'ont paru particulièrement intéressants. 

Cette biographie suit de façon assez classique le parcours de Dickens au fil des années, mêlant son histoire personnelle à son travail et indiquant ainsi en quoi tel ou tel événement marquant a eu une influence sur ses écrits. Sur la vie personnelle de l'écrivain, Ohl cherche à se montrer objectif et ne porte pas de jugement ni ne se prononce lorsqu'il s'agit de définir la nature de ses relations avec l'actrice Ellen Ternan ou ses deux belles-soeurs, qui ont finalement sans doute davantage compté pour lui que sa femme. Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, d'autant plus que Dickens est lassé des multiples grossesses de son épouse et sera d'ailleurs un père autoritaire et dur, sans doute pour éviter chez ses enfants l'échec de son père et de ses frères, assistés financièrement.

Le livre s'achève ainsi sur le Mystère d'Edwin Drood et recense les différentes hypothèses émises quant à la nature de la disparition de Drood et à l'éventuel assassin ; j'étais en pleine lecture de ce roman inachevé lorsque j'ai lu ce dernier chapitre qui a apporté un éclairage nouveau sur les personnages, à commencer par Jasper en qui on pouvait peut-être voir un Jasper-Hyde avant l'heure. Un chapitre particulièrement passionnant (j'ai évoqué quelques suppositions dans mon billet sur Edwin Drood), mais ce constat pourrait s'étendre à l'ensemble de cette biographie.

Ohl insiste beaucoup sur les paradoxes qui caractérisent Dickens : son intérêt pour les malheureux oubliés par la société mais son manque d'empathie lorsqu'il est vraiment confronté au peuple tel qu'il est en réalité (Ohl parle de sa « croisade grotesque contre les musiciens de rue qui jouent sous ses fenêtres ») ; la tentation du dandysme lorsqu'il est jeune, sa volonté farouche de réussir sur le plan social et sa critique de la bourgeoisie ; ses espoirs lors de l'avènement de la reine Victoria, ses convictions fortes (ainsi Oliver Twist est un « brulôt » en réponse à la nouvelle Poor Laws) mais son aversion pour toute forme de politique ou d'organisation pouvant justement mener à bien les réformes qui lui tiennent à coeur. Curieusement, alors que Dickens est un gentleman « éclairé », sensible aux progrès sociaux qui doivent impérativement voir le jour sous le règne de la jeune reine Victoria, Dickens est comme beaucoup de ses contemporains fortement conservateur sur certains sujets : ainsi il dresse un portrait bien peu flatteur des Juifs dans ses romans (tel Fagin dans dans Oliver Twist), même s'il prend conscience de son erreur et tente de rétablir un semblant de vérité en dressant bien maladroitement le portrait d'un Juif exemplaire à la fin de sa vie, dans l'Ami commun (à ce sujet, un autre texte en ligne) ; de même il se prononce en faveur de la répression suite à une révolte des Noirs en Jamaïque. 

ohl.jpgAvec beaucoup de facilité, Ohl nous captive, fait vivre devant nous un Dickens bien réel, parfois antipathique mais fascinant, tout en faisant en sorte de nous donner envie de lire tous ses romans, y compris ceux dont il a relevé les faiblesses. Ce texte est si dense qu'il me faudra sans doute le relire plusieurs fois pour mieux appréhender la genèse de l'oeuvre de Dickens, mais c'est sans aucun doute avec plaisir que je relirai ces passages. Ce livre apportera un éclairage intéressant à ceux qui ont déjà lu les romans de Dickens et constituera sinon pour les autres une clef d'entrée idéale pour les guider dans l'étonnant monde dickensien.

murail- bio dickens.gifPour une autre biographie de Dickens adaptée à un jeune public, je vous recommande le livre de Marie-Aude Murail (un régal) ; quant à Jean-Pierre Ohl, son roman Les Maîtres de Glenmarkie est un des romans français que je préfère, si vous ne l'avez pas lu je vous recommande très fortement de le faire (non ce n'est pas une hache que je cache derrière mon dos au cas où vous douteriez encore de l'intérêt de cette lecture, je suis persuadée que nous n'avons pas besoin d'en arriver là).

Aujourd'hui Charles Dickens fêterait ses 200 ans. Elles le fêtent aussi : Cryssilda avec Les Chroniques de Mudfog (j'étais passée à côté de ce texte mais mon édition était aussi plein de coquilles), Karine:) et Titine avec cette biographie de Jean-Pierre Ohl... mais aussi depuis Isil, Kikine, Sabbio, Mélodie, Ellcrys, Allie, DeL ...

4,5coeurs.jpg



286 p

Jean-Pierre Ohl, Charles Dickens, 2011

dickens 2012.jpg jean pierre ohl,charles dickens,biographie de charles dickens,angleterre,angleterre xixe,angleterre victorienne,romans anglais

04/02/2012

Holmes ? Such nonsense !

Sherlock Holmes 2 Film.jpgJe voulais parler ici de meurtres entre soeurs anglaises, lire enfin le roman de Tash Aw, passer des heures à me prélasser sur mon canapé, mon pc sur les genoux et une delicious cup of tea à portée de main, mais le manque de temps me fait privilégier les sorties cinéma de week-end et parler de films hautement intellectuels.

Sherlock Holmes 2 Film5.jpgPour lutter contre le froid, j'ai opté cet après-midi pour une petite escapade en compagnie de Guy Ritchie et de son nouveau Sherlock Holmes, A Game of Shadows. La semaine dernière j'avais déjà passé un moment assez improbable en compagnie de William Shakespeare, mais je vous raconterai ça d'ici quelques jours. Cette fois-ci, comme le titre le journal Marianne (article croisé sur le Net), j'ai vu Sherlock Holmes version grosse baston ou, ajouterais-je, version tout et n'importe quoi (et surtout n'importe quoi). J'avais été très bon public lors de la sortie du premier Sherlock, ne connaissant de Ritchie que son video clip publicitaire avec Madonna. J'espérais une suite un peu originale mais j'ai l'impression d'avoir vu une version infiniment plus caricaturale, définitivement moins subtile et positivement grotesque du premier opus (pour ceux qui ont déjà frémi la première fois, je conçois le caractère quelque peu inquiétant de mes propos). Pour résumer, c'est la même chose, sans beaucoup d'inventivité, le tout assaisonné d'un humour bien lourd.

Sherlock Holmes 2 Film2.jpgOn retrouve les ressorts de tout bon “navet d'action”. Sherlock sauve son ami, évite une guerre mondiale, saute dans des chutes d'eau mais ne meurt pas, suivant un scénario servi par la grâce exquise du réalisateur. Réalisateur qui ne peut s'empêcher de ressortir de son placard les ralentis avant vraie castagne. Mais si je me suis un peu ennuyée pendant ces passages (oui encore une fois je trouve ce type de scène follement soporifique), je n'ai pas été déçue du voyage...

Sherlock Holmes 2 Film6.jpgJ'ai ainsi découvert : que Sherlock avait un penchant pour les vêtements féminins et le maquillage (la question de la nature de sa relation avec Watson étant évoquée avec beaucoup de finesse) ; que lorsqu'il ne pouvait pas s'habiller en femme il adorait les déguisements ridicules (notamment longue barbiche et grosses barbes – Shakespeare et son faux nez à moustache est en comparaison la discrétion même dans Anonymous) ; qu'il buvait du formol (rien de plus naturel) et mettait des combinaisons de camouflage entre sous-vêtements victoriens et pyjama moulant. Quant à Stephen Fry, vous ne le verrez plus du même oeil après l'avoir découvert (tout nu) en Mycroft Holmes. On ne mentionnera pas la liste complète des aberrations et scènes peu crédibles, il faudrait pour ça copier presque intégralement le scénario ici. Les décors (Paris, Londres, Strasbourg...) et les acteurs sont exquis, mais ce film montre bien l'importance du réalisateur, sans qui les meilleurs ingrédients peuvent se transformer en plat bien fade.

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(Voilà qui peut compter pour la prochaine séance des Victorian frogs, au cas où j'aurais besoin d'un plan B)

Sur ce blog : le premier Sherlock Holmes de Ritchie. Une autre version hallucinée de Holmes dans L'Instinct de l'Equarrisseur de Thomas Day. Et de Doyle : Le Pacte des Quatre.

Vu dans le cadre du challenge Back to the Past organisé avec Maggie.

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Sherlock Holmes A game of Shadows, un film de Guy Ritchie (2011)

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