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26/09/2011

L'heure du thé à Bloomsbury

ACH002772997.0.580x580.jpgVirginia Woolf fait partie des auteurs qui me fascinent et peut-être est-elle celle qui m'intrigue le plus. Je connais encore mal son oeuvre dense, ambitieuse, parfois assez insaisissable : d'elle je n'ai lu que, dans l'ordre de lecture, To the Lighthouse, Mrs Dalloway, La Scène Londonienne, les premiers chapitres de L'Art du Roman et l'essai Une Chambre à soi (j'ai également lu quelques pages de Orlando et les premiers chapitres de La Chambre de Jacob que je projette de reprendre depuis des mois). Ce que j'aime chez Woolf mais qui me fait aussi souvent remettre mes lectures à plus tard, c'est qu'il s'agit d'une lecture exigeante : Woolf crée un univers à soi, plutôt troublant au premier abord, et si l'on ne lui consacre pas suffisamment d'attention, si les petits riens de la vie viennent polluer la lecture, alors il ne s'agira sans doute que d'une rencontre manquée. C'est un peu comme essayer de lire Proust dans un métro bondé : désespérant.

J'ai donc profité d'un séjour en Grèce pour lire Nuit et Jour, mon compagnon de voyage au cours de ces dix jours où, si je n'ai pas passé mes journées à lire (loin de là), j'ai trouvé refuge dans ce roman avec un immense sentiment de félicité à chaque fois qu'une pause me le permettait. J'associerai sans doute toujours Nuit et Jour à la traversée des Cyclades en ferry, aux charmantes plages de Sifnos et à quelques moments perdus lors de ce très beau voyage.

Si je vous raconte ma vie au demeurant follement passionnante, je n'en doute pas, c'est avant tout parce que ce roman est pour moi associé à une atmosphère spécifique bien difficile à retraduire. Ce livre m'a fait l'effet d'une pluie d'impressions : j'entends par là les impressions produites sur les personnages par le quotidien, par quelques échanges. C'est aussi une lecture qui me touche personnellement car je me suis énormément retrouvée dans ce livre : j'avais ainsi parfois le sentiment de me noyer dans le questionnement incessant des personnages, tandis qu'à d'autres moments je trouvais un semblant de réponse (était-ce du réconfort ?) dans les chemins qu'ils empruntaient. J'ai trouvé chez Ralph et Katherine deux âmes soeurs, soumises comme moi à des volontés impérieuses et incontrôlables qui régulièrement les arrachent à la terne réalité et les conduisent dans des mondes parallèles, façonnés à leur goût ; j'ai également suivi avec angoisse la définition progressive du rapport au travail de Ralph (qui travaille par nécessité et souffre de ce que son métier l'éloigne de ce qui réellement l'intéresse) et de Mary (qui voit dans le travail une manière de s'émanciper et de trouver une raison d'être, aussi pragmatique soit-elle).

Deuxième roman de Virginia Woolf, Nuit et Jour met en scène quatre jeunes gens : Katherine Hilbery, petite fille d'un écrivain célèbre approchant de la trentaine, dont on attend un beau mariage et qui, quant à elle, souhaite gagner une liberté qui lui permettrait de faire ce qu'elle aime réellement (car se consacrer aux mathématiques et à l'astronomie dans une famille de littéraires est tout à fait impossible) ; Mary Datchet, fille de pasteur, travaille dans une association militant pour l'obtention du droit de vote pour les femmes et rencontre régulièrement d'autres jeunes gens éclairés visant à changer le monde ou à parler art et littérature ; Ralph Denham, fils aîné d'une famille nombreuse d'origine modeste, est voué à une carrière d'avocat prometteuse... mais l'idée de bénéficier de ce confort petit bourgeois dans quelques années et de subvenir aux besoins de sa famille ne le satisfait pas, car il aspire à d'autres activités plus littéraires ; enfin William Rodney, amoureux de Katherine, apparaît d'abord comme un petit bourgeois obséquieux et ridicule, mais dévoile rapidement un caractère complexe, plus généreux, intelligent et torturé qu'il n'y paraît à première vue - un personnage qui reste malgré tout à mes yeux profondément égoïste et perdu par son souci des conventions. Au fil du récit, ces personnages vont se croiser et apprendre par ces rencontres à mieux définir leurs désirs pour trouver enfin l'équilibre et plus simplement, se découvrir eux-mêmes.

Bloomsbury.pngComme l'indique Camille Laurens dans sa préface, ce roman est de facture plus classique : plus abordable que d'autres textes de Virginia Woolf, il n'est pas sans évoquer Jane Austen de par l'analyse des sentiments qui y est faite (mais on ne retrouve pas tant l'humour et l'ironie d'Austen, tandis que ce roman édouardien met quant à lui un pied dans la modernité, avec des personnages aux moeurs beaucoup plus libres et une approche de leurs pensées intimes assez romanesque... peut-être justement plus universelle et moins marquée par une certaine époque). J'ai été séduite par l'époque décrite : Katherine me paraît infiniment moderne et libre par rapport aux jeunes filles du XIXe et même, à celles d'autres textes de la même époque, à travers la possibilité qu'elle a de sortir comme bon lui semble sans chaperon dans les rues de Londres, de ramener des amis chez elle, de s'absenter en plein milieu d'une soirée en famille. J'ai également été charmée par le personnage fantasque qu'est Mrs Hilbery (à qui Katherine ressemble davantage qu'elle ne semble l'imaginer) : incapable de mener un projet à bien, Mrs Hilbery vit dans l'ombre de son père, célèbre poète ; comme moi elle fait une fixation sur certains auteurs... dans son cas il s'agit de Shakespeare, qu'elle évoque à tout moment et dont elle va voir la tombe à Stratford-Upon-Avon (par contre je ne comprends pas d'où lui viennent ces fleurs cueillies sur la tombe de Shakespeare, car la tombe du Barde se situe à l'intérieur de l'église locale) ; elle semble vivre dans une aute réalité, se trompe de pièce, se perd en ville comme à la maison et paraît ne pas prêter attention au monde qu l'entoure, mais la fin montre qu'elle est en réalité très perspicace et surtout, que sa grande sensibilité littéraire n'est pas vaine et lui a ouvert les yeux sur beaucoup de choses ayant échappé aux autres.

Je pourrais parler indéfiniment de ce roman alors que je ne savais pas encore ce matin comment l'aborder. Je lui reconnais des maladresses et comme le dit très bien Lilly, on sent bien que Virginia Woolf ne parvient pas tout à fait à  atteindre ses objectifs : le monde si particulier qu'elle crée reste encore un peu confus et le roman mélange les influences littéraires (alors que ses romans ultérieurs sont absolument uniques, celui-ci m'a fait penser aussi bien à ceux d'autres membres du groupe Bloomsbury qu'à Austen, et plusieurs passages me rappellent très clairement The Rector's daughter de Flora Mayor, roman merveilleux que je vous conseille vivement). Malgré tout cela reste un immense bonheur de lecture et, à titre personnel, un roman qui m'a beaucoup marquée.

Les avis de : Allie, Lilly, Dominique, Le Pandemonium littéraire, Ivredelivres, Perrine

Merci encore à Jérôme de chez Points pour ce beau moment passé en compagnie de Virginia Woolf.

A noter que le challenge Virginia Woolf, que j'ai un peu délaissé, se poursuit : n'hésitez pas à participer (un billet ou plus selon les humeurs, l'envie du moment...).

 

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536 p (qu'on ne voit pas passer)

Virginia Woolf, Nuit et Jour, 1919

 

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ann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienChallenge God save le livre : 17 livres lus

 

21/09/2011

L'homme qui n'aimait pas les armes à feu

bd du mercredi,l'homme qui n'aimait pas les armes à feu,far west,western,bande dessinée,xixeVous n'aimez pas les Western ? Peu importe, vous vous laisserez emporter par l'album L'homme qui n'aimait pas les armes à feu et son premier volet "Chili Con Carnage", dont le titre annonce déjà la couleur : une bande-dessinée qui allie l'action et un cadre tout droit sorti du Far West à une bonne dose d'humour. 

bd du mercredi,l'homme qui n'aimait pas les armes à feu,far west,western,bande dessinée,xixeTout commence avec deux excentriques gentlemen trimballant dans leur carriole un otage qui, rapidement mort, sera tout aussi vite expédié dans un canyon. Deux hommes qui semblent motivés par la vengeance et sont sur les traces de la belle Margot, jeune femme de la haute sur le point d'être détroussée lorsque des bandits mexicains s'attaquent à son train. Mais ce serait mal connaître la belle, qui a plus d'une corde à son arc et parvient à convaincre le chef de s'associer à elle pour détrousser les (mal)honnêtes gens  de leurs titres d'actions et autres papiers précieux. Ajoutons à cela un employé de la gare, tombé sous son charme et bien décidé à la sauver, et vous aurez devant vous les ingrédients de ce melting-pot réjouissant, dont on attend la suite avec impatience !

Un premier opus prometteur, qui séduira les amoureux de l'époque mais aussi ceux qui, comme moi,  bâillent à la simple annonce du nom de Clint Eastwood et n'aiment les Westerns que lorsqu'ils sont bien dépoussiérés...

Le site consacré à l'album.

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47 p

L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu, 2011

Lu dans le cadre de la BD du mercredi de Mango.

18/09/2011

Qu'il faisait doux au matin de ma mort !

carole martinez,rentrée littéraire 2011,du domaine des murmures,gallimard,roman,roman francais,moyen-âgeEn raison de mon vieil esprit de contradiction, j'ai tendance à fuir les livres qui font l'objet d'un enthousiasme collectif, incroyable, en somme louche (oui je sais)... je me réjouis donc d'avoir lu le dernier Carole Martinez avant que ne fleurissent 150 articles à son sujet - et déjà, en faisant ma modeste chronique, je vois que ce roman sera de ceux qui marqueront la rentrée (si ce n'est les esprits, du moins en s'illustrant par la quantité de fois où ce titre surgira devant les yeux du lecteur vierge et innocent, animal fantastique qui, d'ailleurs, n'existe pas). Le livre de Carole Martinez est déjà très présent en tête de gondole, dans les relais H et autres instruments et lieux merveilleux de notre formidable époque où l'on prend souvent le lecteur pour un mouton sans cervelle qu'il convient de guider sur la route difficile menant aux bonheurs de la lecture. Heureusement pour l'innocent lecteur achetant rapidement sa nourriture spirituelle hebdomadaire dans ces antres de la culture moderne, Du Domaine des Murmures est un roman ma foi très agréable à lire et, s'il sert d'alternative aux derniers crocodiles de Londres et autres spectres omniprésents dans les transports en commun (quand ils ne hantent pas les serviettes de plage), je me réjouirai personnellement. N'allez pas croire que j'aie quoi que ce soit contre les lecteurs de best-sellers (il y a d'ailleurs de bons best-sellers et certains de mes chers classiques ont cartonné à leur époque!) mais vous n'imaginez pas comme une année entourée par Katherine Pancol dans le bus peut nuire à la santé mentale !

Deuxième roman de Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (puisque c'est bien de lui que je voulais parler) a éveillé mon intérêt en raison de l'époque dont il traite : le Moyen-Âge. N'ayant rien d'autre en tête en ouvrant ce livre, j'ai donc éprouvé le plaisir de me laisser entraîner dans une histoire très curieuse, où le merveilleux n'est jamais loin.

Promise à Lothaire, jeune homme belliqueux violant régulièrement les paysannes du domaine, la jeune Esclarmonde se refuse à lui le jour de leur mariage ; se tranchant l'oreille, elle demande à être emmurée vivante dans une chapelle, afin de se consacrer jusqu'à sa mort à Dieu. Si la foi de la jeune femme est sincère, sa décision a priori terrible est aussi motivée par un puissant désir de liberté : se consacrer à Dieu, s'isoler à jamais, c'est aussi se refuser aux hommes et ne pas dépendre du bon vouloir d'un mari après avoir longtemps obéi à un père aimant mais exigeant. Enfermée entre quatre murs, Esclarmonde apprendra à se connaître et à dépasser ses propres limites : un tombeau à ses yeux salvateur. Mais le jour où elle doit être enfermée, la jeune femme est violée à l'orée du bois, lors d'une dernière promenade libératrice.

De ce drame caché puis quelque peu oublié naîtra neuf mois plus tard un enfant, alors qu'Esclardmonde est désormais enfermée. Les gens des environs choisissent de croire au miracle, mais la position de la jeune sainte reste précaire.

J'ai été séduite par le souffle romanesque qui porte ce récit : avec un véritable talent de conteuse, Carole Martinez nous entraîne à sa suite dans cette forêt, aux abords de ce château en ruine. C'est avec grand plaisir qu'on écoute avec elle les pierres murmurer l'histoire d'Esclarmonde, de son père devenu fou, d'un homme qui l'a tendrement aimée, d'un fée verte et de nombreux fantômes qui revivent le temps d'une lecture. Sa réflexion sur la place faite aux femmes en ce lieu dominé par les hommes est intéressante et la prophétesse n'est pas la seule à influencer la population (citons déjà celle qui, par ses formes rondes, sait mener les hommes par le bout du nez).

N'étant pas moi-même historienne, je ne sais pas à quel point ce récit est fidèle à l'époque décrite ; il m'a paru parfois assez moderne, mais je dirais que cela n'a pas grande importance, l'essentiel étant de se laisser porter par le récit et de croire aux légendes si séduisantes qui sont présentées. Assez réfractaire aux textes excessivement mystiques, je n'ai pas été gênée un instant par les interrogations d'Esclarmonde, ses accès de foi, sa communion secrète avec son père parti guerroyer en terre sainte.

Voilà in fine un très joli roman qui saura vous emporter le temps d'une pause, un texte que l'on savoure et que l'on regrette un peu d'avoir ensuite derrière soi.

Les nombreux avis de : Antigone, La petite marchande d'histoires, Clara, Bricabook, Kathel, Pierre Jourde, Là où les livres sont chez eux, Aifelle, Isabelle, Emeraude

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201 p

Carole Martinez, Du Domaine des Murmures, 2011

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14/09/2011

Adieu Victoria !

GrannyWebsterCarolineBlackwood.jpgMoi qui me suis jetée sur Granny Webster à sa sortie en France (je l'ai découvert par hasard en librairie), j'ai bien tardé à en parler... mais voilà enfin un billet que je voulais écrire depuis quelques mois !

Granny Webster est le titre tronqué de Great Granny Webster, plus fidèle au texte, car il y est question de l'arrière-grand-mère de la narratrice.

Envoyée se repose chez son arrière-grand-mère, la narratrice se retrouve emprisonnée dans un monde archaïque, où l'arrière-grand-mère Webster règne avec une résignation douloureuse sur une maison sans vie. Ce fossile vivant incarne la période victorienne révolue dans ce qu'elle a de plus rigide et ne peut se résoudre à l'inexorable progression d'une modernité dans laquelle elle ne trouvera pas sa place. "L'idée du chauffage central a toujours été la bête noire de la vieille Mrs Webster, poursuivit-elle d'un air ravi. La pauvre femme l'a vu se répandre comme la peste dans toutes les maisons d'Angleterre." (p65)

Ainsi, pendant ce court séjour de convalescence, les bienfaits de l'air marin sont appréciés à coup de promenades quotidiennes en voiture au cours desquelles le temps semble s'être arrêté et qui, au final, sont une des pires épreuves pour la jeune fille. Alors que son aieule est a priori fortunée, la maison est glaciale, les repas sans saveur et le service assuré par une pauvre femme âgée que l'on s'attend régulièrement à voir s'écrouler en portant des plateaux bien trop lourds pour elle dans des escaliers qui ne sont pas non plus faits pour son âge avancé. L'arrière-grand-mère Webster a choisi d'endurer cette vie austère avec résignation et met un point d'honneur à se torturer en restant assise des heures sur une chaise à dos droit au lieu de se reposer dans un bon fauteuil : "Elle-même était restée dans un silence courageux et stoïque à endurer sans plainte l'atroce inconfort de sa chaise au dos si dur. Je me demandais comment elle arrivait à supporter ce siège sans hurler. Il était évident qu'il la faisait souffrir. Il suffisait de voir l'air sinistre et cependant résolu qu'elle prenait en s'y asseyant." (p 20-21) La vieille dame n'a pourtant plus de comptes à rendre à qui que ce soit, sa famille et ses relations  l'ayant oubliée.

Curieusement, elle semble juger la narratrice plus fiable que le reste de son entourage et décide un jour de lui annoncer qu'elle héritera de son lit à colonnes et devra superviser le déménagement de ses affaires après son décès. Et de conclure : "Je suis très contente d'avoir abordé ce sujet avec toi, dit-elle. Cela fait longtemps que j'y pense." (p34)

 
Puis nous quittons la côte pour regagner l'animation des villes, et avec elle, faire la rencontre de tante Lavinia, être frivole et attachant, en réalité personnage écorché et fragile qui cache derrière une apparente insouciance un profond mal-être. "Un jour tante Lavinia me téléphona pour dire que c'était trop rageant, elle était en prison. Quand j'exprimai ma surprise, elle avoua que ce n'était pas exactement une prison, mais que c'était tout comme, car elle était retenue dans un hôpital où elle avait été emmenée par la police. Puis elle m'expliqua qu'elle avait essayé de se suicider deux jours auparavant - que ça avait été exaspérant, car tout avait raté." (p40) Les échanges avec Lavinia sont l'occasion de découvrir d'autres membres de la famille : le père, mort à la guerre, la grand-mère folle, qui a tenté d'étrangler le petit frère lors de son baptême ; et la priopriété familiale en perdition, entre un grand-père peu organisé et amoureux de sa femme complètement folle, voire dangereuse, et une nouvelle génération qui ne prendra pas la relève.

Enfin, la boucle est boublée avec le décès de l'arrière-grand-mère Webster, qui disparaît dans l'indifférence la plus totale. La narratrice, pour qui la vieille femme semblait éprouver un léger intérêt, est elle-même indifférente et s'oblige à se rendre à des funérailles dont elle n'a que faire. Lorsque les cendres de la vieille dame sont répandues sur le sol, une bourrasque souffle et c'est dans un total manque de dignité que la pauvre femme tire sa révérence, horrifiant la narratrice qui se retrouve couverte de fines pellicules blanches. Avec ce passage tellement navrant pour ce vieux corbeau que l'on a pris en pitié : "Sur notre gauche, une église hideuse aux allures de caserne dominait son cimetière de ses murs en silex. Toutes les pierres tombales autour de nous étaient couvertes de glace. Le silence désolé particulier à l'arrière-grand-mère Webster semblait planer alentour. Tout ce qui se trouvait là était si sinistre, gris et menaçant qu'on aurait dit que l'endroit avait été créé dans le but de la recevoir." (p129)

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris : j'ai bien évidemment pris un énorme plaisir à lire ce court roman où j'ai retrouvé un cadre qui m'est cher et un ton si propre aux écrivains britanniques de cet époque... je ne pouvais que me régaler. Un livre à la fois triste et drôle, et une première rencontre avec Caroline Blackwood particulièrement réussie !

Née en 1931, Caroline Blackwood est une héritière de la famille Guinness. Elle épouse en premières noces Lucian Freud, un peintre dont l'oeuvre assez dérangeante m'intrigue beaucoup. Je n'ai donc pu résister au plaisir d'ajouter une photo du jeune couple.

Caroline Blackwood, Lucian Freud

L'avis de Cécile...

Photos issues de Modernsafari et  The Guardian (article sur un livre de la fille de Caroline Blackwood ; si comme moi vous prenez plaisir à lire cet article je vous recommande celui-ci, sur Stella Gibbons).

Pour plus d'informations sur Caroline Blackwood, une série d'articles ici.

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135 p

Caroline Blackwood, Granny Webster, 1977

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Challenge Vintage Novels : 3 livres lus

 

 

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11/09/2011

New York New York

deux-artistes-au-chomage.jpgJe ne sais pas si la chaleur écrasante de Barcelone ou l'air conditionné qui y sont pour quelque chose, mais je ne sais comment partager avec vous ma dernière lecture, Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez.

Ce roman très curieux fait un peu figure d'OVNI dans cette rentrée littéraire. Plutôt expérimental, ce texte a pour cadre New York New York. Ce "déplacement" (je reprends ici un terme employé par l'auteur) est assez emblématique du récit, et si je voulais faire un énorme raccourci, je dirais qu'il résume à lui seul Deux jeunes artistes au chômage. New York New York, une manière de nous placer dans un cadre mental assez précis pour aussitôt nous en arracher ; une perte de repères qui se poursuit avec la rencontre d'Andy et de John, que l'on associe immédiatement à deux artistes des années soixante, pour ensuite découvrir qu'il ne peut s'agir de l'époque en question lorsqu'un téléphone portable fait soudain son apparition. Ce roman est un curieux mélange de chapitres qui se lisent comme autant de  pièces formant un tout mais laisse au lecteur la vague impression d'avoir pénétré dans plusieurs univers parallèles, tous semblables et décalés à la fois. Le passé évoque un futur presque inquiétant, au cours d'une introduction qui n'est pas sans évoquer le roman d'anticipation : des artistes s'installent dans un quartier de New York New York qui devient de plus en plus un ghetto de luxe dans lequel il convient de vivre pour devenir artiste, mais auquel on ne peut accéder sans être auteur de best-sellers, d'où une montée des prix et un quartier d'abord (trop?) élitiste qui devient purement mercantile.

Le roman, pourtant court, évoque par ailleurs de nombreux sujets, dont l'accueil faits aux immigrants (intégrés à condition de venir "travailler" et non "vivre" sur place), accueil absurde qui, on le pressent, n'annonce pas de meilleurs lendemains. Un autre sujet m'a interpelée et je regrette de ne pas avoir profité d'une rencontre avec l'auteur pour l'évoquer : l'un des personnages est atteint du syndrome de la Tourette et passe son temps à jurer. Un personnage qui prête à rire... est-ce là sa raison d'être dans le livre (malgré un côté sinistre dès qu'il s'agit de faire du profit) ? Un personnage qui me fait par ailleurs penser à L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks, que je vous recommande si la question des troubles nerveux vous intéresse.

Un livre qui ne ménage pas son lecteur et suscite de nombreuses interrogations, ce que j'ai trouvé très raffraîchissant !

Merci à Denis et aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture et la rencontre très sympathique avec l'auteur autour d'un pique-nique !

Les avis de : Livresse, Sophie, Moby Livres, Skritt, Avalon

 

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128 p

Cyrille Martinez, Deux jeunes artistes au chômage, 2011

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07/09/2011

Aveuglement et pur gâchis

lefanu-desir-de-mort.jpgImaginez une jeune fille de bonne famille, Ethel Ware, vivant dans un domaine isolé avec pour seule compagnie sa gouvernante. Songez ensuite à un naufrage, qui mettra sur son chemin un jeune homme sombre au tempérament orageux. Ajoutez à cela une gouvernante un peu mystérieuse, la mort d'une jeune soeur et l'apparition de plusieurs personnages louches dans les environs, et vous aurez une bonne idée des 100 premières pages de Désir de Mort de Le Fanu, qui prend un certain temps à camper ses personnages dans ce roman. Je l'avoue, j'ai d'abord eu quelques difficultés à me laisser emporter par l'histoire, ce qui n'était pas pour me plaire sachant que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Heureusement, et c'est là que je reconnais bien mon cher Le Fanu, le roman prend un nouvel élan lorsque, arrivée à l'âge de faire son entrée dans le monde, Ethel gagne Londres et retrouve ses parents, qui daignent enfin s'occuper d'elle. S'ensuivent de très nombreuses péripéties, que je ne voudrais pas dévoiler de peur de vous gâcher le plaisir. Sachez que ce roman dense regorge de sombres machinations, d'héritages menacés, de dettes accablantes, de "papistes" dans l'ensemble franchement fourbes. Avec un peu de chantage, un soupçon d'amour, une bonne dose de traîtrise, quelques voyages et quelques crimes, nous avons là un roman populaire très sympathique,  bien qu'assez différent des autres textes de Le Fanu que je connais déjà. Un récit particulièrement sombre, qui commence mal, qui finit assez mal également, dans la plus grande solitude. La pauvre Ethel ne peut se fier qu'à peu de gens dans le monde sordide et mesquin dans lequel elle évolue !

Ce n'est pas un coup de coeur mais une lecture très agréable. Passé le premier tiers j'ai dévoré Désir de Mort, j'ai enragé, espéré, souffert avec l'héroïne, plus que je ne l'avais fait depuis longtemps ! Et quoi qu'il arrive, si vous n'avez pas encore lu cet écrivain, je ne peux que vous recommander ses textes !

Déjà lus : Carmilla, Les Mystères de Morley Court et Comment ma Cousine a été assassinée

L'avis de The Irish Eyes.

Sur Carmilla : Carolune / sur les vampires en général : Xulux 

Merci beaucoup à Denis des éditions Phébus pour cette très agréable lecture !

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358 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort (Willing to die), 1873

 

ann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienChallenge God save le livre : 15 livres lus

03/09/2011

Bienvenue, Willkommen, Welcome

ann featherstone, que le spectacle commence, walking in pimlico, roman victorian, 10-18, roman historique, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre XIXe, époque victorienne, spectacle victorien, cirque victorienVoilà un roman que j'avais repéré avant sa sortie et sur lequel j'ai finalement jeté mon dévolu récemment, ne pouvant résister aux clins d'oeil répétés que me faisait le charmant gentleman en couverture !

East end, XIXe. Dans un cabaret minable où la jeunesse aisée de Londres vient s'encanailler, la jeune Bessie, actrice, voleuse et prostituée se fait assassiner par un client un peu trop pressant aperçu par deux collègues. S'enchaînent des chapitres écrits par deux narrateurs différents : Corney Sage, humoriste témoin de la scène, et l'assassin, dont on ne tarde pas à connaître l'identité.

Ce récit fait figure d'ovni parmi les Grands Détectives de 10-18, car il s'agit moins à mon avis d'un roman policier (d'autant plus que les romans de la collection que je connais sont des "whodunnit") que d'un roman de mystère à la Sarah Waters (tel que Du bout des Doigts). L'intrigue ne repose pas sur la traque du criminel, mais sur les aventures qui font se croiser le meurtrier et les témoins gênants, qu'il conviendra peut-être d'éliminer. Un bref descriptif qui donne une piètre idée d'un roman très dense où les personnages ne sont pas ce qu'ils prétendent être, où la duplicité caractérise tout un chacun, où l'on pénètre dans le monde du spectacle, croise des gens de tous les milieux... sans compter que l'on voyage en compagnie de nos héros et anti-héros, qui se fuient et se traquent de ville en ville.

Un pur régal que ce nouveau roman victorien chez 10-18 ; un récit haletant, tout à fait impossible à lâcher, et que j'ai quitté à grand regret ! J'ai plongé avec enthousiasme dans un monde que je ne connaissais pas, celui du spectacle, des cirques, des cabarets (souvent miteux) qui faisaient le bonheur des quartiers populaires victoriens. Un livre que je vous recommande sans réserve. Je me réjouis de savoir qu'il y aura une suite !

D'autres avis : Cassiopée, Bonheur de Lire, Nini, Blog Librairie Mollat, Présentation sur le site de la Royal Holloway...

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380 p

Ann Featherstone, Que le spectacle commence !, 2009

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