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30/04/2011

Bloody hell !

square1-187x300.jpgAujourd'hui je vous emmène avec moi dans les années 1930 à Londres près de Holborn, dans une pension qu'il ne fait pas bon fréquenter. Suivons pour commencer Lydia Langstone qui vient de quitter le domicile conjugal après avoir été frappée par son époux Marcus, séduisant (chouette) mais sinistre individu (dommage) sur le point de rejoindre le parti fasciste britannique (no comment).

N'ayant que peu d'endroits où se rendre, ellle emménage avec un père qu'elle ne connaît pratiquement pas, sa mère s'étant remariée avec un aristocrate peu de temps après sa naissance. Habituée à une maison des beaux quartiers un poil lugubre mais toujours entretenue par une armée de serviteurs, Lydia découvre un logement assez sordide, exigu, froid et peu commode, ainsi qu'un père qui prétexte des rendez-vous importants pour se rendre en urgence au pub d'en face où il passe ses journées à se saouler. Bientôt elle fait la connaissance d'un nouvel habitant qui lui fait des révélations troublantes sur le propriétaire : il aurait séduit Miss Penhow, une vieille fille de dix ans son aînée . Puis celle-ci aurait mystérieusement disparu, faisant du séducteur le nouvel heureux propriétaire du petit immeuble de Bleeding Heart Square.

Si ce roman historique vise à faire le jour sur cette mystérieuse affaire, il s'inscrit aussi dans une période intéressante et bien trouble de l'histoire : l'entre-deux-guerres avec la montée du fascisme en Europe et l'essor de l'Union britannique des fascistes. Se pose aussi la question de l'émancipation des femmes, avec Lydia qui décide de quitter son mari dès qu'il se montre brutal et fait preuve d'une grande volonté en acceptant un travail inintéressant et mal payé ainsi que des conditions de vie bien plus précaires que celles auxquelles elle était habituée. Un profil de femme volontaire et courageuse, qui a d'ailleurs pour livre de chevet Une Chambre à soi de Virginia Woolf (que j'aurais dû chroniquer il y a des mois) ! Même si, il faut bien l'avouer, elle ne lit pas bien vite ce court essai qui la suivra tout au long du roman !

Le Diable danse à Bleeding Heart Square reste avant tout un bon gros roman à suspense, parfait pour se détendre et se changer les idées le temps d'une lecture qui vous absorbera sans doute entièrement. Un plaisir britannique à souhait dont on ne devrait pas se priver (et un livre qui m'a été bien utile lors du dernier dimanche pluvieux !). Attention : vous risquez d'oublier l'heure et de passer une nuit très courte en arrivant à la fin !

Quelques avis de lecteurs qui, eux aussi, ont passé un moment en compagnie de Lydia : Canel, Caroline, ChiffonnetteClara et les mots, Cuné, Keisha, L'accro des livres, Mivava, Karine:), StephieTitine

Et si ce livre vous tente, je vous conseille également ceux-ci : Phillips Arthur, Angelica  et Harwood John, La Séance.

Un grand merci à Solène de éditions du Cherche Midi pour ce bon moment passé en Angleterre !

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480 p

Andrew Taylor, Le Diable danse à Bleeding Heart Square, 2009

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Challente God Save the Livre : 4 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

Et parce que je ne résiste pas à ce clin d'oeil British, terminons ce sombre billet sur un happy end (enfin je le leur souhaite) :

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25/04/2011

It happened in 1912

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C'est d'abord Lilly qui m'a fait noter le nom de cette série (suite à une mention dans son blog-it express je crois !). Puis vous avez été plusieurs à publier des billets sur Downton Abbey en peu de temps. Alors évidemment, lorsque je suis allée en Angleterre il y a quelques semaines, j'ai couru au HMV pour me procurer le précieux coffret de la saison 1. Et, ô surprise ! j'ai été complètement séduite à mon tour !

Tout commence en 1912... année qui, comme vous le savez certainement, a vu le Titanic sombrer. Lord Grantham apprend par télégramme le décès de l'héritier du titre et du domaine, qui devait épouser sa fille aînée Mary. Cette nouvelle vient bouleverser les arrangements pris par la famille, et Lord Grantham se voit obligé de chercher le nouvel héritier direct du domaine. Il s'agit de Matthew Crawley, juriste de Manchester et représentant par excellence de la "middle class".

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Invité ainsi que sa mère à résider dans une maison proche de Downton Abbey, Matthew fait ses premiers pas dans un monde tout à fait nouveau pour lui, celui de l'aristocratie et des propriétaires terriens. Il suscite des réactions hostiles de la part de Mary et de la grand-mère de celle-ci, qui le voient  d'abord comme un vulgaire profiteur et espèrent trouver une alternative. Mais les termes de la succession sont clairs : Matthew héritera du titre et du domaine.

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La première saison court sur deux années, du naufrage du Titanic à l'annonce de l'entrée en guerre contre l'Allemagne. Deux années pendant lesquelles ne manquent pas rivalités, calculs, amours et amitiés, aussi bien parmi les maîtres des lieux que leurs domestiques, qui se considèrent pour quelques-uns comme partie intégrante de la famille.

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Downton Abbey est une vraie réussite à bien des égards, à commencer par la restitution d'une époque et d'un lieu : costumes magnifiques (notamment les robes des filles de Lord Grantham, aux coupes déjà assez modernes), mobilier, voitures, maisons et domaine... des éléments auxquels la production a accordé une attention toute particulière. La série présente également un réel intérêt cinématographique de par ses plans soignés et son esthétisme très maîtrisé (ce qui à mon sens fait défaut dans des séries antérieures d'ITV ou de la BBC comme Emma d'ITV ou ma très chère série Pride and Prejudice de la BBC).

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Comme d'autres avant moi, j'ai beaucoup apprécié cette structure inspirée de Gosford Park (et pour cause, le réalisateur de l'un est aussi l'auteur du scénario de l'autre), où les vies des maîtres et de leurs domestiques sont suivies en parallèle et se croisent parfois. La série me rappelle également le très beau film Les Vestiges du Jour, notamment à travers  les attentions délicates et discrètes de Mr Bates et d'Anna.

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Lord Grantham est un aristocrate éclairé qui s'intèresse au bien-être de ses domestiques : il recrute Mr Bates, ancien compagnon de guerre, alors que celui-ci souffre d'un handicap ; il envoie Mrs Patmore à Londres pour la faire opérer des yeux ; de façon générale, il se fie au majordome quant à l'intendance et s'intéresse de près aux éventuels problèmes qui peuvent surgir entre domestiques, cherchant à se montrer juste en toute occasion.

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Un personnage auquel on s'attache facilement donc. Et d'une façon générale, il me semble que beaucoup de personnages sont relativement faciles à cerner, voire parfois un peu manichéens : par exemple parmi les domestiques, les deux antipathiques n'ont pas grand-chose pour tempérer leur conduite (si ce n'est peut-être, pour O'Brien, une once de remord après la fausse couche - mais je n'en dirai pas plus pour ceux qui n'ont pas vu la série).

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Quelques personnalités se révèlent plus troubles, telle la mère de Lord Grantham, qui incarne l'aristocratie victorienne, avec ses idées préconçues, son égoïsme et une certaine tendance à tyraniser son entourage. Peu à peu, sous l'influence des nouveaux arrivants notamment, on la voit évoluer et laisser tomber le masque à plusieurs reprises.

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Parmi les filles, Sybil est pour moi la plus attachante : jeune fille éprise de liberté, s'intéressant à la politique et au droit des femmes, elle aide activement l'une de leurs servantes à trouver un emploi de secrétaire. Elle cherche déjà à s'émanciper en transgressant les interdictions de son père, et son côté frais et moderne me plaît beaucoup.

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Ses deux aînées ont toutefois un caractère plus complexe. Mary, la plus âgée, doit faire face à une situation difficile : si elle n'était pas une femme, elle devrait hériter, or elle voit un illustre inconnu débarquer pour usurper ce qu'elle considère comme acquis. A cause de Matthew, sa situation est désormais précaire et elle n'a d'autre choix que de se marier : doit-elle écouter son coeur ou choisir un bon parti ? Quoi qu'il en soit il lui est recommandé de se dépêcher car des bruits déplaisants courent sur elle et pourraient bien ternir sa réputation. Son caractère est bien trempé et elle incarne elle aussi une certaine idée de la modernité. C'est aussi une enfant gâtée qui a toujours vécu avec l'idée qu'en tant qu'aînée, elle serait à même de continuer à profiter de la fortune familiale : elle est ainsi particulièrement amère à l'arrivée de Matthew (tandis que ses soeurs sont plus philosophes, n'ayant pas eu l'occasion d'entretenir d'espoirs particuliers à ce sujet). Personnellement je trouve le personnage très intéressant mais je ne l'apprécie pas vraiment : elle me serait bien plus sympathique si ses deux soeurs trouvaient à se marier avant elle et lui faisaient de fait perdre ses grands airs.

Car Mary est une vraie peste envers sa soeur Edith : une soeur qui plaît moins aux hommes, qui était amoureuse du fiancé naufragé de Mary et qui sent bien que ses parents eux-mêmes ne nourrissent pas de grands espoirs à son égard. Les relations entre Mary et Edith sont très tendues et l'aînée passe son temps à rabaisser la deuxième (qui traite la première de traînée), semblant prendre un malin plaisir à l'humilier et à lui ôter tous ses espoirs concernant les différents hommes qui les entourent. Plus dépassée, incarnant une image surannée de la femme anglaise, Edith est ainsi victime, mais elle finit par se rebeller en se vengeant de Mary, avec une certaine cruauté également (ce qui n'était pas pour me déplaire, je l'avoue - shame on me !).

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Quoi qu'il en soit, si vous ne l'avez pas déjà vue, allez donc de suite vous procurer cette série hautement addictive, à savourer sans modération !

Et comme je suis curieuse, voici quelques questions pour savoir ce que vous pensez de certains personnages de la série : c'est par ici !

D'autres avis en anglais sur "Downton Abbey" : Behind the Curtain, Enchanted Serenity, Fly High, Nicole Cohen for The Atlantic, The Cozy Page, The Flying Electra... and Grazing for girls, qui vous parle aussi de l'année 1912 (naissance du biscuit Oréo !).

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Downton Abbey, une série de Julian Fellowes, 2010

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23/04/2011

Well, that's a treat !

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M'absentant quelques jours, je vous laisse en compagnie des héros de Downton Abbey, en attendant mon billet sur cette excellente série britannique.

Et comme je suis curieuse, j'aimerais savoir ce que pensent ceux qui l'ont vue des personnages suivants :

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Des trois soeurs, laquelle préférez-vous (let me take a guess... Sybil ?). Et dans le match Edith-Mary, pour qui votre coeur balance ?

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Que va-t-il se passer entre ces deux-là ? (et qu'aimeriez-vous si vous étiez en charge d'écrire le scénario ?)

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Souhaitez-vous bonne chance à Mary avec Matthew ? N'avez-vous pas un instant envisagé un revirement de situation après l'accident de Sybil ?

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Dans les épisodes à venir, les voyez-vous se chamailler ou devenir au contraire des alliées (si ce n'est des amies) ?

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What about her prospects with Mr Bates ?

20/04/2011

Détour américain

grimsley_enfant des eaux.gifEcrit à la première personne, L'Enfant des eaux de Jim Grimsley est l'histoire d'Ellen qui, bien des années plus tard, repense à son enfance misérable en Caroline du Nord. Voyant en rêve sa mère glisser sous la surface de l'eau d'une rivière, croisant régulièrement son fantôme, Ellen est submergée par les souvenirs. Des souvenirs qui prennent possession d'elle plus qu'elle ne les maîtrise réellement.

On retrouve certaines composantes du roman social à l'américaine, dans un cadre qui a été souvent dépeint : un monde où Blancs et Noirs ne se côtoient pas et où la déchéance de la famille d'Ellen est complète lorsqu'elle se voit obligée d'habiter une masure près des habitations dévolues aux Noirs. Ce n'est pourtant pas là le sujet du roman, qui traite davantage de la question du déterminisme social et des caprices de la mémoire, tout en décrivant un milieu particulièrement défavorisé à une période importante de l'histoire mondiale. Les mauvais sont les Jaunes, ces Japonais contre qui les Américains sont en guerre.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman profondément sombre et déprimant : un père alcoolique, une mère lunatique et égoïste, des enfants que l'on frappe à tout bout de champ sans la moindre raison, des allusions à peine voilées aux relations incestueuses, peu de nourriture,  encore moins de loisirs, un entourage grossier en général et, a priori, aucune perspective d'avenir.

Pourtant ce roman comporte de très beaux passages également porteurs d'espoir, à travers les liens d'affection qui unissent malgré tout Ellen à sa famille, l'ambition de cette enfant qui est studieuse, qui profite des occasions qui lui sont données de manger à sa faim et qui veut être une mère complètement différente pour ses propres enfants. Porté par un personnage principal attachant, habité de fantômes que l'on se plait à croiser ici et là, ce livre est une très belle réussite.

Merci aux éditions Métaillé pour ce plongeon dans l'Amérique des années 1940.

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248 p

Jim Grimsley, L'Enfant des Eaux, 1997

17/04/2011

Back to the Past : le recap !

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Parce que c'est tout de même plus pratique, voici le billet que j'actualiserai régulièrement en ajoutant vos publications. Merci de bien laisser vos liens par ici (dans le cas contraire je les ajouterai bien entendu aussi au récapitulatif, mais il n'est pas dit que je n'oublierai pas quelques liens ;)).

J'ajoute dans la colonne de gauche de mon blog un logo du challenge (j'ai choisi un logo de la Tea Cup Special offer, car je ne résiste pas à son côté British très savoureux). En cliquant sur ce logo, vous aurez dorénavent tout de suite accès au billet ici présent, pour laisser vos liens et commentaires.

Si ce billet salon de thé est ouvert pour pouvoir aussi discuter des films et séries pendant que vous les regardez (avec spoilers et réactions à chaud évidemment), vous êtes également invités sur le groupe Face Book du challenge, que je viens tout juste de créer : Le groupe FB Back to the Past.

Vous pouvez retrouver les logos ici.

Un challenge organisé avec Maggie.

 

Back to the Past, le bilan :

ROYAUME UNI

L'Aigle : Choupynette

Brave Heart : Aymeline,

Daniel Deronda - BBC: Titine,

Downton Abbey - BBC (2010) : Lou, Maggie, Titine,

The Duchess : Margotte,

Elizabeth, l'Âge d'or : Maggie,

Emma (1996) : Aymeline, Sabbio,

Emma (2009) : Eiluned,

Frankenstein : Maggie,

Hercule Poirot et Miss Marple : Maggie,

An Ideal Husband (1999) : Lou,

The King's Speech (2010) : Pascale, Sabbio,

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

Mary Reilly : Maggie,

Miss Potter : Maggie,

The Name of the Rose : Choupynette,

Pride & Prejudice (2005) : Eiluned, Miss Alfie,

Retour à Howards End : Céline,

Robin des Bois : Pascale,

Rob Roy : Pascale,

Sense & Sensibilty (1995) : Aymeline,

Shakespeare in love : Maggie,

The Tudors (Saison 3) : Margotte,

The Tudors (Saison 5) : Margotte,

Wilde : Titine,

ETATS UNIS

The house of mirth : Maggie

Pale Rider (1985) : Pascale

Les Quatre Filles du Docteur March : Maggie

CANADA

Iron Road : JainaXF

FRANCE

Beaumarchais L'Insolent : Maggie

Il ne faut jurer de rien : Maggie

Impromptu : Maggie

Marie-Antoinette : Sofynet

ITALIE

Le Guépard / Il Gattopardo (1963) : Sabbio,

HONGRIE

La Comtesse : Margotte,

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16/04/2011

Cauchemar d'écrivain

oates_Folles-nuits.jpgLes derniers instants de Poe, Dickinson, Twain, James et Hemingway revisités par Joyce Carol Oates, un concept qui ne pouvait manquer de me séduire !

En cinq nouvelles, Oates réinvente la fin de cinq grands personnages à travers des textes audacieux et très divers.

Ayant accepté de se confronter à la solitude en devenant gardien de phare, Edgar Allan Poe est soumis - d'abord sans le savoir - à une expérience sur les effets de l'isolement le plus total chez les mammifères. Persuadé d'être un homme exceptionnel, Poe compte relever le défi avec brio mais peu à peu, inévitablement, la folie s'empare de lui : convaincu d'entendre des bruits étranges, incapable de dormir, se négligeant, imaginant que des monstres rampent sur la plage parmi les algues et carcasses pourrissantes qui s'y trouvent, il sombre peu à peu dans la paranoïa.

Dans un futur plus ou moins proche, un couple décide de faire l'acquisition d'un répliluxe, mannequin représentant une célébrité morte et supposée adopter un comportement proche de l'illustre disparu. Mrs Krim rêvant d'avoir chez elle un poète, le couple investit dans l'EDickinsonrépliluxe. De la taille d'un enfant, avec des yeux dépourvus de cils mais des sourcils proéminents, l'EDickinsonrépliluxe n'a a priori pas grand-chose à voir avec la célèbre poétesse. Pourtant Mrs Krim est persuadée d'avoir à ses côtés une personne réelle (même si elle ne peut s'empêcher de la mettre une fois sur pause pour voler un de ses poèmes). Ce n'est pas le cas de Mr Kim, qui finit par ne plus se sentir chez lui à force d'entrevoir le mannequin glisser dans les couloirs à la manière d'un fantôme.

Vient ensuite Mark Twain, vivant avec sa fille possessive, habillé de blanc, fascinant les foules avec son accent du Sud volontairement exagéré. Un Mark Twain fasciné par les jeunes filles, à qui il accorde une attention que sa fille juge assez logiquement déplacée, d'autant plus que la réputation de l'écrivain a déjà quelque peu souffert de cette manie étrange. Si les intentions de l'écrivain ne sont jamais vraiment révélées, il apparaît malgré tout comme un vieillard gâteux et irascible aux préférences malsaines.

Poursuivons dans le temps avec les derniers jours du grand Henry James, le Maître. Celui-ci devient volontaire au St Bartholomew's Hospital à Londres afin d'aider les soldats gravement blessés pendant la première guerre mondiale. Après le premier choc, James se met à éprouver de la fascination pour ces jeunes hommes autrefois beaux, maintenant défigurés, amputés, dont le corps entier est parcouru de balafres dont s'échappent sang, pus et autres sécrétions immondes. Torturé par son amour pour ces soldats auxquels il voue un culte honteux, James adopte un comportement masochiste et autodestructeur.

Enfin Hemingway, vieux débris repoussant et antipathique, se complaît à imaginer son suicide au moyen d'un fusil placé sous le menton. Il repense aux humiliations subies à cause de "la femme", qui l'empêche de boire, de conduire, l'a envoyé en hôpital "se faire cramer la cervelle". C'est un personnage gorgé de haine, méprisant et rendu impuissant par son entourage. C'est la seule nouvelle qui ne m'a pas vraiment intéressée, mais c'est aussi parce que Oates a mis en avant tout ce qui m'a profondément déplu à la lecture de plusieurs romans de Hemingway, à commencer par son approche très fonctionnelle des femmes, idiotes sans cervelles dans ses livres, cons béants devenant insupportables lorsqu'elles se mettent à parler dans la nouvelle.

J'aurais bien entendu adoré lire une nouvelle traitant de Virginia Woolf, dont la mort tragique aurait sûrement été source d'inspiration, mais ce sont les Américains qui ont été à l'honneur dans ce recueil de nouvelles (avec un excellent choix quant aux protagonistes - même si, de façon très subjective, je ne peux pas m'empêcher de regretter que la dernière nouvelle n'ait pas plutôt été consacrée à F.S. Fitzgerald, d'ailleurs mentionné dans "Papa à Ketchum").

Je me suis régalée avec ces nouvelles inventives  qui n'hésitent pas à prendre certaines libertés avec de grands noms de la littérature qui, entre les mains de Oates, deviennent des poupées maléables tout en conservant une trace de leur identité première. Un Oates osé à ne pas manquer !

Merci à Marie-Laure et aux éditions Philippe Rey.

L'avis de Tournez les Pages.

Ici également (de vieux billets mais un réel engouement à l'époque) : Oates Joyce Carol, Beasts et Oates Joyce Carol, I'll take you there.

Sur Emily Dickinson : Bobin Christian, La Dame blanche.

De Twain : Twain Mark, Un majestueux fossile littéraire.

De James : James Henry, Les Dépouilles de Poynton (j'avais complètement oublié l'avoir lu et l'avais mis de côté pour une prochaine lecture...!) et  James Henry, Une Vie à Londres.

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233 p

Joyce Carol Oates, Folles Nuits, 2008

2e lecture dans le cadre du challenge La Nouvelle de Sabbio.

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11/04/2011

Un petit bijou anglais

mayor_rector's daughter.jpgFlora Mayor fait partie de ces auteurs oubliés que les éditions Joëlle Losfeld ont un peu dépoussiérés récement, en publiant La troisième Miss Symons, histoire d'une enfant occupant une place ingrate dans la fratrie et dont la vie s'écoule avec une grande monotonie et de nombreuses frustrations. Une femme solitaire qui n'intéresse personne et reste trop empreignée d'idées dépassées, une femme désuette héroïne d'un roman que je vous recommande chaudement.

Alors lorsque j'ai croisé The Rector's daughter du même auteur l'été dernier, lors de vacances en Angleterre, je me suis bien entendu précipitée sur ce titre que je ne connaissais pas. Pas trop étonnant, quand on voit qu'il figure sur les Ten Best Neglected  Literary Classics du Guardian.

Comme Harriet Devine, j'ai très envie de citer un commentaire d'Elizabeth Buchan figurant sur la couverture, parce qu'il résume parfaitement mes impressions :  "exquisitely written, delicate, passionately felt and haunting."

Il est cette fois question de Mary Jocelyn, trente-cinq ans et déjà un peu fanée, vivant dans un presbytère auprès d'un père auquel elle se consacre entièrement. Un père peu affectueux, avare de compliments, vestige d'une époque victorienne révolueBooks streamed everywhere, all over the house, even up the attic stairs. (...) He kept up his marvellous range of reading till about 1895. Then his mind closed to new ideas. Books published after that date he would not trouble to read. (p9)

Un homme aux opinions tranchées, et souvent peu flatteuses : There was a difficulty with Pascal. He was French, and Canon Jocelyn despised the French. The Revolution, Napoleon, and the Commune still rankled, so he always said of Pascal, "He had a great mind, and I think, much as one respects the brilliance and lucidity of the French, one may say it was an English mind." (p10) (Pour résumer Mary Jocelyn vit avec un vieux barbon).

A un quotidien terne s'ajoute la perte d'une soeur aimée, dont la mort n'a apparemment pas affecté Canon Jocelyn, le père. Peu encouragée, Mary cache ses aspirations d'écrivain, est timide et maladroite en société et préfère la compagnie des pauvres paroissiens qu'elle aime réconforter, ainsi que celle de Cook, la servante, sa confidente. Et presque tout au long du récit, Mary reste totalement incomprise de son père, inapte à voir ses chagrins et son besoin de reconnaissance et d'affection.

Malgré ce confinement et ce mode de vie totalement désuet, Mary fait preuve d'une certaine lucidité et ne partage pas la vision dépassée et profondément victorienne de la plupart des membres de son entourage :

It was late in the afternoon when Mary made her way to Mrs Plumtree. Rain had been falling ; the pavements were reflecting the electric lights in long streams. There is a particular charm in those damp London twilights, a freedom from the weight of the routine, responsibility, and duty, which suited well with Mary's present thoughts.  (p 105)

Mrs Plumtree was a faded specimen of the generation that is almost gone. Mary knew through and through all the views Mrs Plumtree held on the minute range of subjects which interested her - servants, medicines, aspidistras, knitting patterns, sermons, and the wide range of subjects which shocked her and roused disapproval - dogs, barrel-organs, all hymn tunes earlier than 1860, all branches of Christendom (except St James' Church), especially Unitarians, white and magenta flowers, people wearing black (unless they were in mourning), the present fashions in dress, whatever it was - one might almost say the present fashion in anything. Mary could have screamed. She was not far from echoing " Moral indignation is the only sin." They sat and sat. (p106)

Sa vie est sur le point de changer lorsqu'elle rencontre Mr Herbert, le nouveau vicaire d'un village voisin, fils d'un ami de Canon Jocelyn, qui l'accueille ainsi avec enthousiasme. Très vite, Mr Herbert et Mary se rapprochent et leur entente parfaite semble indiquer qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est sans compter sur l'arrivée d'une jeune fille élevée dans une famille de parvenus, qui séduit Mr Herbert par sa beauté et son insouciance. Ce qui débouche sur une union peu prometteuse entre une fille vaine et sans cervelle habituée au luxe et aux attentions d'hommes raffinés, et un vicaire au physique quelconque qui aspire à la tranquillité et à une certaine austérité. Sa promise, qui en a l'intuition, le prévient avant de l'épouser :

She had refused him when he first proposed, intoxicating him with adoration for her by her words, "It wouldn't do. I'm not at all brainy, and you're top-hole. I can't think what on earth you want it for." When she had accepted, she said, "Righto, I'll take the risk if you will, but it's a big risk for you."

S'ensuit un engrenage de frustrations, de petits espoirs et de nouvelles déceptions pour Mary Jocelyn, dans un livre au final triste mais non dénué d'humour, qui s'achève sur un très beau passage et une note plus positive. Un roman extrêmement bien mené, très bien écrit, qui dresse avec brio le portrait de personnages dont la psychologie et l'évolution sont très finement décryptés. Un roman au cadre assez victorien qui incarne très clairement le passage à la modernité, opérant avec succès la transition entre le XIXe et le XXe.

Si j'ai aimé La troisième Miss Symons, The Rector's Daughter a été un immense coup de coeur pour moi, et même une révélation : à l'heure actuelle il figure sans hésitation parmi mes 10 romans classiques britanniques favoris. Un livre que je relirai sans aucun doute, ce que je fais assez peu !

Ses deux autres livres sont difficiles à trouver, et je crois qu'ils sont épuisés, mais je jetterai un coup d'oeil lors de mon prochain séjour en Angleterre.

Un autre avis (written in English) : Harriet Devine.

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347 p

Flora M. Mayor, The Rector's Daughter, 1924

flora mayor,littérature victorienne,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,roman xixe,roman anglais,the rector's daughter,la troisième miss symonsChallente God Save the Livre : 3 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

*****

ça n'a rien à voir mais : BON ANNIVERSAIRE (celle qui est concernée comprendra)

08/04/2011

Have a nice week-end !

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Mon train partira au moment où ce billet s'affichera... See you next week !

05/04/2011

Watch the past with us !

A la recherche d'un nouveau coiffeur ?

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Besoin de faire un peu d'exercice ?

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Le tecktonik c'est dépassé ?

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Besoin d'une pièce en plus ?

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En mal de sex appeal ?

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Envie de faire des économies d'énergie ?

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Ou de frayer avec la crème de la crème ?

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Eh bien ça tombe bien car nous aussi!

Maggie et moi vous proposons de faire un saut dans le temps en plongeant dans le monde des costume dramas (ou encore, des films d'époque), avec notre challenge Back to the Past !

Si vous vous régalez devant les adaptations de Jane Austen, savourez les danses de Moulin Rouge, frémissez en compagnie de Casanova-Tennant, coulez régulièrement avec le Titanic et pourfendez de viles personnages au cours de duels en rêgle (ou pas), nous vous proposons de saisir éventail et mousquet et de voir autant de films et séries que vous le souhaitez, du Moyen-Âge aux années 1930.

Vous avez jusqu'au 30 juin 2012 pour publier au moins un billet (mais aussi beaucoup plus de billets si vous voulez ! - non non on s'en plaindra pas ! ).

Nous vous avons concocté quelques logos pour agrémenter vos billets avec des photos de circonstance :

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Et parce que nous avons un très très très léger penchant pour tout ce qui est British, vous pouvez aussi opter pour l'option Tea Cup Special offer ! Mais pour devenir la reine de la tasse de thé, il vous faudra parler de dix films ou séries se passant en Grande-Bretagne, toujours à la même époque !

Of course, deux logos ont été conçus spécialement pour nos amis British-friendly :

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Pour vous donner quelques idées (y en a-t-il vraiment besoin ?), voici quelques films et séries qui peuvent entrer dans ce challenge :

-Dowton abbey ( GB, 1912), The king's speech ( GB, 1925), Gosford Park (GB, 1932), Picnic at Handing rock, (1900), Une chambre avec vue, (1907), Lady Chatterley, A la recherche du temps perdu.

- XIX : Neverland, Sherlock Holmes, Frankenstein, Oliver Twist, Les hauts de hurlevent, Les misérables, Madame Bovary, La dame de Windsor, Le portrait de Dorian Gray, Barry Lindon, Dracula, Les contes et nouvelles de Maupassant, Germinal, La bête humaine Manfield park ( 1806), Persuasion (1814), Emma, (1815), Jane Eyre (1829), The youg Victoria, (1837), La leçon de piano (1851),  Little women (1861), the portrait of lady (1872), From Hell ( 1888),Tess of the Ubervilles ( 1884)

- Marie Antoinette ( 1769), Valmont, Les liaisons dangereuses ( 1782), Sense and sensibility (1795), Becomming Jane ( 1795), Pride and Prejudice (1797), Northanger abbey ( 1798), Sleepy Hollow (1799)

Vous pouvez aussi aller sur le blog Films en costume...

N'hésitez pas à parler de ce challenge autour de vous :)

So, ready ?

03/04/2011

Être kiltissime, ou ne pas être !

J'en rêvais, on l'a fait ! Cryssilda et moi avons décidé de fêter l'arrivée des beaux jours en abandonnant pantalons et autres accessoires inutiles, pour les troquer contre un article de circonstance : LE KILT. 

Si comme nous vous en avez assez de vos pantalons, si comme nous vous trouvez que Jack et Ewan portent bien le kilt, si comme nous vous avez envie de vous mettre à la cornemuse et même, d'ingérer de la panse de brebis farcie (ce que je ne ferais quand même pas tous les jours !), faites vos valises, prenez le premier avion et rejoignez-nous pour un voyage en Ecosse du 15 juin au 15 juillet, en participant au challenge kiltissime !

Photos de voyage, livres et films écossais, livres et films se passant en Ecosse, musique écossaise et même expériences culinaires inédites : tous les ingrédients à utiliser sans modération pour nous suivre dans cette nouvelle aventure !

Voici déjà quelques idées de lecture, glanées sur le Net : Retour en Ecosse de Rosamund Pilcher, A travers l'Ecosse de Stevenson, Ecosse de Charles Nodier, Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse de Jules Verne, Whisky à Gogo de Compton Mackenzie (et le whisky, c'est important !), Alice en Ecosse de Caroline Quine (parce que dans la vie il faut savoir se cultiver), Ecosse, le Pays derrière les noms (titre nébuleux) de Kenneth White, Voyages dans les Montagnes de l'Ecosse de John Knox, Idylle en Ecosse de Barbara Cartland (no comment)...

Et parce qu'on est kiltissime ou on ne l'est pas, Cryssilda a prévu six logos pour varier les plaisirs !

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Au passage, nous avons désespérément cherché une photo pour faire un logo kiltissime façon Colin Firth... si vous trouvez, nous sommes preneuses !

Last but not least : pour suivre des conversations improbables et vous laissez tenter, voici l'autre lieu du crime : Kiltissime sur fb.

En parallèle, Cryssilda et Lamalie lancent un mois autour de... Cuba ! Il aura lieu du 15 mai au 15 juin, avant notre départ bloguesque pour l'Ecosse !

02/04/2011

In the mood for... Jane perhaps ?

En ce jour de grand soleil, je me dis qu'il ne serait pas désagréable de flâner dans les rues de Paris... peut-être un livre à la main, au cas où je ne saurais résister à l'appel d'un parc aux recoins, petites fontaines et bancs cachés idéaux pour se mettre en quête d'aventures. Même si, en ce moment, c'est un roman plus propice à la réflexion qui m'accompagne, puisque je suis les pas de la jeune Fanny Price, qui porte un regard lucide sur son environnement, et dont les peines se communiquent au lecteur avec bien trop de facilité à mon goût (car les joies, elles, ne sont évoquées qu'avec parcimonie et une grande économie de moyens !).

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Si je lis Mansfield Park, c'est un peu par défaut (quoique le terme s'applique très mal aux textes de Jane Austen). A l'origine de cette lecture, une subite envie (dimanche dernier) de lire Sense and Sensibility... pour découvrir que je l'avais laissé dans ma chambre d'adolescente et ne l'avais pas à portée de main. L'envie de relire enfin Jane étant trop forte, j'ai donc choisi de lire Mansfield Park, l'autre roman que je n'avais pas encore lu.

J'ai au passage réalisé que si j'ai lu quatre romans de Jane Austen, je n'ai parlé ici que de Pride and Prejudice et d'Emma, et qu'il serait grand temps de remédier à cette erreur de jugement évidente... comme je me suis inscrite il y a quelque temps à un nouveau challenge Jane Austen (après m'être régalée pendant le premier, qui m'a fait voir et revoir en quelques mois énormément d'adaptations), je me dis qu'une nouvelle incursion prolongée dans l'univers de ma chère Jane ne ferait pas de mal à ce petit salon qui n'a pas vu passer suffisamment de jolies robes ces derniers mois !

Et si j'ai eu envie de lire Sense & Sensibility, c'est parce que j'ai passé une excellente soirée dimanche dernier, en compagnie des soeurs Dashwood, dans l'adaptation de 2008 par la BBC. J'ai lu sur un blog anglo-saxon un commentaire du type "If I loved Emma Thomson's film, I've fallen in love with this new version." Et j'ajouterais "my sentiments exactly" ! J'ai vu plusieurs fois le film d'Emma Thomson, auquel je trouve de très nombreuses qualités, mais il n'a jamais eu sur moi l'effet de cette mini-série, qui m'a donné follement envie de lire enfin ce roman que je réservais pour plus tard.

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Et en vue de mon prochain séjour en Angleterre, qui approche et sera suivi d'un autre, tout aussi alléchant en compagnie de Maggie, j'ai envie d'amener sur ce blog un peu de pluie, d'ironie et de plats indigestes mais audacieux... parmi les nombreuses chroniques en attente, j'hésite entre ces différents livres :

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Elizabeth Gaskell, North and South

Thomas Hardy, L'homme démasqué

Flora M. Mayor, The Rector's daughter

Sur ce je vous laisse méditer (ou pas !) et comme il est déjà plus de midi, je souhaite à ceux qui passeraient par là maintenant bon appétît, tandis que je vais m'activer un peu, car malheureusement, malgré les progrès technologiques depuis l'ère de Jane Austen, le ménage ne se fait toujours pas tout seul !