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26/09/2010

Have you ever seen the rain ?

coe-La-pluie--avant-qu-elle-tombe.jpgJ'ai rencontré Jonathan Coe en début d'année lors d'une interview organisée pour la sortie de sa biographie de B.S. Johnson, écrivain oublié voire inconnu en France. Jusque là je projetais de lire les romans de Coe, sans me presser. L'auteur que j'ai vu ce soir-là m'a intriguée : sa façon de raconter le projet littéraire que constituait cette biographie rédigée de façon originale, ses commentaires sur ce qui l'avait amené à découvrir Johnson, sa façon de présenter cet écrivain et son influence sur ses propres romans, tout cela m'a captivée ce soir-là et c'est en entendant Coe parler d'un autre que j'ai eu envie de le découvrir lui-même en tant qu'écrivain.

J'ai ainsi lu Bienvenue au Club, bon roman agréable à lire, multipliant les histoires parallèles, avec pour toile de fond l'Angleterre des années 70. Puis La Femme de Hasard, sur une femme assez commune dont la vie fade sert de prétexte à une histoire encore une fois très bien racontée. Je viens de lire en quelques jours La Pluie avant qu'elle tombe, roman une fois de plus très différent de mes précédentes lectures et jusqu'ici, de loin mon favori. Je n'avais pas prévu d'en parler aujourd'hui et je crains de le faire bien maladroitement, d'autant plus qu'il m'a laissée dans un état de mélancolie certain, mais je me sens incapable de parler d'autre chose.

Comment résumer cette histoire ? Devrais-je dire qu'il s'agit d'Imogen, une jeune femme dont l'histoire familiale est peu à peu retracée par un membre de sa famille à travers des cassettes enregistrées ? De Gil et de ses filles, qui écoutent ces cassettes suite au décès d'une parente et découvrent l'histoire d'une des branches de leur famille ainsi que les liens qui les relient à elle ? De Rosamond, qui raconte cette histoire en commentant une série de photos avant de mourir, et dont la voix nous accompagne tout au long du récit ? Ou bien de Béatrix et de Théa, les chaînons manquants de l'histoire qui fait d'Imogen et de Gil, deux inconnues, les héritières de Rosamond ?

Le récit débute lorsque Gil, la cinquantaine, apprend le décès de sa tante Rosamond par téléphone. S'ensuit l'enterrement et quelques semaines plus tard, Gil se rend dans la maison de sa tante et découvre des cassettes enregistrées à l'attention d'une certaine Imogen. Ne retrouvant pas cette inconnue, Gil décide d'écouter les cassettes aves ses filles. L'histoire s'achève lorsqu'après avoir découvert leur contenu, Gil reçoit enfin une lettre lui faisant part de ce qu'est devenue Imogen. L'essentiel du roman correspond au récit de Rosamond, qui choisit une vingtaine de photos pour raconter petit à petit à Imogen leur histoire. D'abord l'amitié entre Rosamond et la grand-mère d'Imogen, puis ses relations avec sa mère et, enfin, la façon dont la destinaire des enregistrements a été éloignée d'elle et de sa famille.

La pluie, avant qu'elle tombe est un roman touchant et complexe. La relation entre mères et filles occupe une place importante, à travers les erreurs répétées de génération en génération dans la même famille. Les époques se succèdent et, avec habileté, Coe dresse le portrait d'une famille sur quatre générations, en choisissant un mode de narration original : ces photos espacées de quelques années et dont la description amène la narratrice à raconter une tranche de vie qui s'emboîte parfaitement à la suivante, sans laisser une impression d'inachevé au lecteur ni lasser par une approche un peu répétitive (puisque Rosamond décrit une vingtaine de photos et les scènes qu'elles évoquent pour elle). C'est une histoire poignante, nostalgique et souvent cruelle qui a touché en moi une corde sensible - la beauté désenchantée de ce récit sans doute appuyée par la pluie qui tombe dehors me laisse songeuse et un peu triste.

La Pluie avant qu'elle tombe est celle que préfère la petite Théa, car qu'elle n'existe pas vraiment. "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heurex, pas vrai ?"

Petit à petit, Rosamond parvient à prendre conscience d'une réalité difficile à saisir : "deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps. Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n'aurais pas dû naître. Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses. Tu étais inévitable".

Jonathan Coe m'apparaît de plus en plus comme un écrivain anglais essentiel aujourd'hui. Un bon écrivain, à la plume agréable, qui surtout me frappe par son art de la narration et la manière dont il parvient à entraîner le lecteur à sa suite, jusqu'à parfois le laisser un peu perdu sur la route une fois le livre achevé, comme c'est le cas pour moi ici. En tout cas ma découverte de l'univers de Jonathan Coe cette année s'apparente à une révélation et je n'envisage pas une seconde de ne pas lire l'ensemble de ses romans, une fois que cette dernière lecture aura cessé de me hanter.

D'autres avis : Abeille, Alex-Mot-à-Mots, Aproposdelivres, Bambi SlaughterBellesahi, Betty, Bookomaton, Brume, Cachou, Cathulu, Chaplum, Clara, Dasola, Dominique, Emilie, George Sand et moi, Hathaway, Karine:), Kathel, Keisha, Lapinoursinette, Lily, LN, Marie, Nickie, Plaisirsàcultiver, Restling, SD49, Sentinelle, Soie, Thracinée, Voyelle et Consonne...

Lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin. Au fait, on parle même de Sheffield où je suis allée en juillet (ce qui m'a immédiatement rappelé de très bons souvenirs).

Merci aux éditions Folio pour ce très beau moment de lecture !

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268 p

Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, 2007

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21/09/2010

De la littérature, avec un grand L !

cosse-au_bon_roman.gifAvant de commencer à écrire ce billet, je voulais vous faire part d'un léger souci technique qui me plonge dans des affres d'angoisse : à l'instant où je vous écris mon blog renvoie à une page inexistante depuis ce matin, suite à un problème de serveur que je ne m'explique pas. J'ai bien accès à mon compte et peux préparer de nouvelles chroniques... quant à voir mon blog et répondre aux commentaires laissés pendant la semaine (ce que je m'apprêtais à faire ce matin), c'en est une autre ! Au moment où vous lirez ceci mon problème sera résolu mais avouez que je n'ai pas de chance, comme je peux surtout me manifester le week-end ! [eh oui j'ai fait mon billet samedi dernier]

A la demande de Lilly, qui m'a prêté ce livre il y a quelques mois, je vais comme beaucoup d'autres l'ont fait avant moi vous parler d'Au Bon Roman de Laurence Cossé. J'avais repéré ce livre à sa sortie et avais longuement hésité à me l'offrir : une librairie consacrée aux bons romans, voilà un sujet qui me tentait. J'imaginais qu'il s'agissait d'un prétexte choisi pour défendre une certaine idée de la littérature et débattre de la question de la qualité en la matière. Un pari risqué, qui pouvait faire grincer des dents et glisser à chaque instant vers le pédantisme, l'élitisme primaire ou le "populisme littéraire" parfaitement ridicule lui aussi. Je me méfie depuis l'Elegance du Hérisson qui m'a fait passer un très bon moment mais qui m'a parfois exaspérée par son caractère bien pensant et ses opinions convenues.

Je m'attendais à un tout autre roman : un livre se voulant ambitieux, qui sans doute en avait les moyens et qui avait pour principal sujet la littérature. La surprise a été de taille : il s'agit d'un bon petit roman bien sympathique, parfait pour une lecture à l'ombre d'un cocotier (quand on est particulièrement chanceux) ou plus modestement pour tuer le temps dans les transports en commun, avec des complots et moult péripéties où, il faut bien le dire, la littérature n'occupe pas beaucoup de place.

Bien entendu, il ne faut pas omettre la façon dont cette librairie qui ne propose que de bons romans opère sa sélection : quelques listes exhaustives sont allègrement jetées par-ci par-là, arrosant le lecteur de noms d'auteurs vraisemblablement chers à Laurence Cossé. Inévitablement, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur certains choix. Les classiques peuvent de manière presque indiscutable figurer dans la librairie (encore faudrait-il savoir si on s'en tient aux classiques sérieux à la Proust et à la Forster ou si on introduit le roman populaire à la Sue qui n'agréait sans doute guère à l'intelligentsia de l'époque). Mais lorsque je lis que Nancy Mitford n'a pas sa place dans cette librairie malgré l'intérêt que lui porte la libraire (le bon roman fera mieux que ça), je partage les interrogations d'autres lecteurs quant à ce choix arbitraire que je trouve d'une mauvaise foi étonnante. J'aimerais comprendre ensuite en quoi un auteur comme Eric Chevillard serait plus à même de figurer dans cette librairie, si ce n'est qu'il plaît davantage à Laurence Cossé. Non pas que je n'aime pas cet auteur (au contraire), mais je ne comprends pas bien en quoi sa supériorité sur Mitford serait évidente. Au choix, sur une sélection personnelle de bons romans (et non d'excellents romans), je retiendrais pour ma part Nancy Mitford en ce sens qu'on apprend beaucoup à travers ses livres, qui sont une mine d'or pour qui s'intéresserait à la société anglaise et aux petits détails qui en régissent les conventions.

Sur la forme, voilà un roman qui ne présente aucun intérêt : il n'est pas "mal écrit", mais le style n'est pas particulièrement soigné (ni remarquable, ni flamboyant), ce qui, comme d'autres l'ont déjà remarqué, est un peu étonnant pour un livre qui défend mordicus la belle littérature contre la médiocrité "plumitive" ambiante.

Au final, Au Bon Roman reste une lecture agréable qui m'a fait noter quelques titres inconnus ou que j'avais un peu oubliés (comme Le bateau ouvert de Stephen Crane croisé dans un cours sur la littérature américaine). Ceci dit, la librairie Au Bon Roman ne proposerait sans doute pas ce livre de Laurence Cossé qui, sans m'avoir autant ravie que L'Amour dans un climat froid, m'a fait passer un bon moment.

Au moment où je rédige mon billet, je n'ai pas encore eu le temps de faire le tour de l'ensemble des liens mais voici deux articles complets pour ceux qui hésiteraient encore à lire ce roman : j'ai beaucoup aimé l'avis de Reka qui m'a fait rire en lui taillant un costard (les calculs en matière de livres lus par jour en moyenne notamment). Lilly a elle aussi un avis tranché sur la question.

Et voici une liste plus complète : Amanda, Armande, Bladelor, Cathulu, Chiffonnette, Choco, Clarabel, Cuné, Doriane, Ellcrys, Fashion, Freude, Gambadou, Kalistina, Karine, Keisha, Leiloona, Praline...

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459 p

Laurence Cossé, Au Bon Roman, 2009

16/09/2010

Héroïne, quand tu nous tiens !

braddon-lady-audley.jpgIl y a un an, j'ai lancé un challenge Braddon qui n'a de challenge que le nom, puisqu'il suffit de lire un roman de cette chère Mary Elizabeth d'ici la fin de l'année, et qu'il n'est pas obligatoire de s'inscrire à l'avance pour participer (en résumé : vous avez envie de lire un Braddon d'ici la fin de l'année ? Vous vous décidez en novembre et m'indiquez votre participation au moment de la publication de votre billet ? Voilà, vous avez participé au challenge !). J'avais envie de découvrir et de faire découvrir cet auteur victorien un peu oublié - voire totalement inconnu la plupart du temps.

Hier, sous le coup de ma fiévreuse passion pour Lady Audley (le livre, et non le personnage), je suis allée faire un tour en librairie, histoire de dénicher un Braddon susceptible de me rendre lui aussi insomniaque. N'en voyant pas, je demande à la libraire si par hasard ils en ont un, et on me répond "Mary Elizabeth Braddon ? Je ne vois pas... ah si !" et, ajoute-t-elle avec une flexion du genou et un léger haussement d'épaules évoquant le sautillement, "les petites Anglaises, c'est ça ?". J'ai sans doute dû avoir l'air un peu décontenancé, mais après coup, je me suis surtout dit que la libraire ne savait pas qu'aucune description ne pouvait plus mal convenir à Mary Elizabeth Braddon, à moins que les petites Anglaises qui sautillent en riant (et qu'on imagine bien en train de ricaner bêtement en secouant leurs boucles blondes et en plissant leur nez en trompette) permettent de se faire une idée précise d'une femme qui à l'époque victorienne où le puritanisme de façade était de mise, a décidé d'écrire un roman feuilleton sur une bigame qui cherche à tuer au moins un de ses époux, met le feu à un bâtiment habité et abandonne son enfant.

Autant vous le dire : si vous attendez du Secret de Lady Audley une construction de type classique, avec un coupable à démasquer à la fin, ce livre n'est pas pour vous. Dès les premiers chapitres, on sait que lady Audley est bigame et a vraisemblablement assassiné son premier mari, moins riche que le deuxième. (Aucun spoiler ici donc).

Plus que le roman policier, ce livre évoque le roman feuilleton "à sensation", avec ses rebondissements en fin de chapitre, ses effets d'annonce, son style parfois un peu emberlificoté et, à l'occasion, quelques oublis ou abandons d'une piste qu'on s'attendait à voir développer.

Mary Elizabeth Braddon n'est sans doute pas un très grand écrivain, mais elle excelle dans le roman populaire dont elle maîtrise tous les ressorts, qu'elle emploie sans modération. Vous aimez Dumas, Le Fanu, Wilkie Collins ? Vous devriez vous régaler avec cet auteur dont le roman phare m'a complètement emportée. Pour ma part, outre le fait que j'ai dévoré ce roman,  ce qui montre déjà à quel point il m'a plu, j'ajouterais que Mary Elizabeth Braddon a su me surprendre, là où je n'attendais que des petits chamboulements. Le retournement de situation final me paraissait si peu crédible que je ne l'envisageais pas - j'imaginais plutôt un nouveau développement concernant Lady Audley. J'étais également étonnée de voir l'histoire se poursuivre après les aveux de la coupable, qui mettent en général un point final aux histoires de ce genre. Le tout dernier chapitre est un peu niais (imaginez Pride and Prejudice s'achevant sur un dernier chapitre "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Lizzie faisait de la broderie pendant que Mr Darcy chassait. Ils voyaient souvent les Bingley qui avaient l'habitude de loger chez eux plusieurs mois chaque année"). Mais je chipote un peu, car ce roman à sensation remplit pleinement sa mission. Plus encore, il vient de créer chez moi une addiction à Miss Braddon. Rendez-vous au prochain numéro !

Voici ce que dit mon Oxford Companion to English literature: "The bigamous pretty blonde heroine (...) shocked Mrs Oliphant (que je veux lire depuis au moins un siècle) who credited Miss Braddon as the inventor of the fairhaired demon of modern fiction. (M.E. Bradon) was often attacked for corrupting young minds by making crime and violence attractive, but she won some notable admirers including Bulwer Lytton, Hardy, Stevenson and Thackeray).

Merci beaucoup à Hilde pour ce cadeau !

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474 p

Mary Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley, 1862


challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Ferme Grise : Maggie,

Lady Isle : Cécile

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Karine, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Triomphe d'Eleanor : DViolante,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

 

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****

J'ai choisi ce billet pour le challenge "On veut de l'Héroïne" de Pickwick et d'Emma.

Je me suis dit qu'on attendait plus pour ce challenge des sortes de Cats Eyes ou autres héroïnes des temps modernes mais finalement je trouve que Lady Audley remplit très bien son rôle en la matière. Pourquoi Lady Audley est plus forte que Bella ?

- Au lieu de fantasmer sur un type mort dont le fond de teint excessif révèle des tendances psychopathes, elle épouse un type plus riche qu'elle et, pragmatique, quand l'occasion se présente, change de nom et épouse un type encore plus riche (qui avec un peu de chance décèdera rapidement vu qu'il est nettement plus âgé qu'elle).

- Au lieu de raconter des niaiseries et avec seulement trois ou quatre ans de plus que Bella, lady Audley est une femme d'action : elle tue son premier mari, commence à empoisonner le deuxième et met le feu à une auberge pour se débarrasser d'un ennemi. Pour une nunuche élevée à l'époque victorienne, c'est un sacré palmarès !

- Enfin parce qu'elle ne se drogue pas à l'héroïne mais n'hésite pas à prendre quelques gouttes d'opium à l'occasion.

Comme quoi, même les Victoriennes sont moins ringardes que Bella !

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13/09/2010

Icy cold

vann_sukkwan island.jpgIl y a des romans qui vous sautent aux yeux, comme une évidence. Il y a ces rayons vers lesquels vous vous dirigez infailliblement à chaque passage en librairie, persuadé d'y trouver un livre ami qui saura vous accompagner lors des prochaines veillées nocturnes. Il y a ces titres qui vous rassurent instantanément, et ces auteurs dont vous attendez beaucoup.

Et puis il y a ces romans que vous n'auriez jamais aperçus si vous n'aviez pas reçu un mail le présentant, vu fleurir des billets sur le Net ou dans un magazine quelconque. Des romans que vous avez fini par remarquer mais qui, par leur sujet, ne vous ont pas attiré d'emblée. Que vous avez feuilletés plusieurs fois en librairie, puis reposés.

Jusqu'à ce qu'un déclic se produise. En l'occurrence, dans mon cas, il a fallu pour me décider qu'une libraire à qui j'avais dit que je n'étais pas certaine de lire Sukkwan Island me raconte toute l'histoire, en me disant que de toute façon puisque je n'allais pas le lire elle pouvait bien tout me dire. Et comme très souvent je me moque bien de connaître l'histoire à l'avance (et que j'avais de fortes chances de ne garder qu'un souvenir vague de notre conversation), je me suis décidée à découvrir ce roman, dont la toile de fond (l'Alaska) ne m'enthousiasmait pas particulièrement mais dont le sujet me semblait très prometteur.

Pour ceux qui n'ont pas l'habitude de se promener sur Internet pour chercher des idées de lecture ou pour les Internautes ayant vécu sur Mars en 2010, Sukkwan Island est l'histoire d'un père et d'un fils qui partent un an dans le sud de l'Alaska, dans une cabane achetée pour l'occasion. Le père a râté deux mariages et abandonné son cabinet de dentiste pour vivre une expérience unique avec son fils, cherchant un retour vers la nature en s'installant dans cet endroit où ils seront injoignables et coincés dans leur cabane pendant tout l'hiver.

[Spoilers dans le paragraphe suivant]

Presque immédiatement, on comprend que le fils n'est pas franchement enthousiaste à l'idée de cette nouvelle vie. Que le père n'a pas pris suffisamment de précautions avant de venir, qu'ils vont manquer de matériel et d'expérience pour se préparer pour l'hiver. Assez rapidement, la situation se dégrade. Le père pleure la nuit, se dispute avec son ex en utilisant la radio, traite son fils avec condescendance alors qu'il fait preuve d'une maturité exceptionnelle pour son âge. Egoïste, lunatique, puéril, le père n'est pas un personnage hautement sympathique. Puis se produit un retournement de situation évoqué par beaucoup (la page 113). Le père devient le personnage principal, est contraint d'agir alors qu'il se retrouve dans une situation dramatique.

Hormis quelques pages au cours de la deuxième partie, je ne me suis pas du tout ennuyée avec ce livre qui se lit très facilement et dans lequel se détachent certains passages importants qui m'ont frappée par leur dureté. L'horreur est exprimée en peu de mots, sans affectation mais sans que le narrateur cherche à atténuer l'atrocité contenue dans ses propos. Au final, ce livre constitue pour moi une découverte intéressante même si je ne crois pas avoir été aussi séduite que beaucoup de lecteurs, sans doute en raison de l'écriture et de la fin qui ne m'a pas convaincue (on retrouve le père avec toutes ses faiblesses alors que son expérience l'avait rendu à moment donné plus intéressant). Un roman aux qualités indéniables, mais moins puissant que ce à quoi je m'attendais.

Merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture !

192 p

David Vann, Sukkwan Island, 2008

10/09/2010

Challenge Halloween

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Votre voisin de palier a encore laissé son sac poubelle devant sa porte toute la nuit ? Votre prof de français a décidé de vous infliger une rédaction supplémentaire sur « Les Châtiments » ? Votre petit neveu a déjà cassé le super légo que vous lui avez offert la semaine dernière ? En pleine conversation avec une copine, vous avez croisé Colin Firth dans la rue et ne l’avez pas vu, contrairement à elle qui s’en fiche éperdument et ne vous l’a dit qu’après coup ? Voilà qui est agaçant. Horripilant, même.

C’est donc dans une optique de zénification, de quête du bien-être et de n’importe quoi que Hilde et moi avons eu envie de nous lancer dans un challenge Halloween, histoire de passer un mois d’octobre beaucoup plus sympa en compagnie de personnages attachants, de petits bonhommes mignons et hautement réconfortants face aux petits aléas du quotidien. Ainsi, pour balayer tous les soucis qui arrivent avec la grisaille et les premiers froids, nous avons eu envie d’inviter chez nous vampires, sorcières, fantômes, zombies et monstres à toutes les sauces et, comme plus on est de fous, plus on rit, nous vous proposons de vous joindre à nous.


Vous trouverez ici des menus pour satisfaire, nous l’espérons, les petits appétîts et les candidats affamés :

 

Formule petits monstres 

Au moins un album, vous pouvez montrer vos déguisements ou réalisations d’Halloween 

Formule Scream: 

Un film ou un roman au choix 

Formule Hocus Pocus 

Un film+ un roman sur les sorcières 

Formule  Lestat 

Un film + un roman sur les vampires -

Forumule SOS fantômes:

Un film+ un roman sur les fantômes

Formules Zombieland  

Un film + un roman sur les zombies

Formule les bulles du démon

Une ou plusieurs BD

Formule soupe à la citrouille

Un livre au choix + une photo d'un plat spécial Halloween -

Formule Special Halloween 

Romans, BD, albums, films illimités pour ceux qui veulent fêter Halloween pendant tout le mois d'octobre

Mention spéciale épouvantail: Pour ceux qui changeront le thème de leur Blog pour Halloween

L’objectif est de choisir le ou les menus qui vous font le plus envie et de publier au moins un billet le 31 octobre; vous pouvez bien sûr également publier d'autres billets tout au long du mois d'octobre.

Photos de réalisations et de déguisements de circonstance bienvenues (pour les petits et grands) !

 

Pour vous donner des idées de titres :

Le challenge Halloween de Hilde de 2009

Le swap Halloween de Lou en 2009

Le challenge Romans d’Horreur de Tristhenia

Le Dark Side Challenge de Chrestomanci

Le Challenge Serial Killers d'Alcapone

Le Challenge Stephen King de Neph

 

A tous, bienvenue dans notre château hanté !

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***

Edit du 10/09/2010 :

On ne l'a pas précisé mais vous pouvez choisir de participer jusqu'au 31 octobre, et il suffira de nous laisser votre ou vos liens sur notre billet à cette date pour que nous fassions la liste de toutes les chroniques publiées.

Quant à moi, j'ai envie de vous parler de : L'Abomination de Dunwich de Lovecraft, Le Grand Dieu Pan d'Arthur Machen, Jack the Ripper et pour le reste... we'll see !

 

***

Et ça n'a rien à voir mais un swap de la mort qui tue vous attend chez Loula ! Of course, j'en suis ! Et vous ?

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08/09/2010

A Varsovie

werbowski_hotel polski.jpgEntre le Canada et l'Europe, Hôtel Polski est l'histoire d'Anna et Joachim, elle juive et lui soldat nazi pendant la guerre. C'est aussi celle d'Eva et de Heinrich, leurs enfants, qui revivent à cinquante ans d'écart la rencontre de leurs parents désormais décédés.

J'avais déjà lu un texte de Werbowski et une fois de plus, je suis charmée par le contraste entre l'impression de sérénité et de calme qui se dégage du texte, et la succession de faits importants qui mènent très rapidement le lecteur vers la chute (attendue). Beaucoup de délicatesse en somme chez cet auteur chez qui j'aime me ressourcer. Je n'ai simplement pas adhéré au léger conflit entre les enfants, qui se traduit par l'agressivité d'Eva envers Heinrich pour la simple raison qu'il est allemand. Reprocher à quelqu'un sa nationalité en raison de faits antérieurs à sa naissance ne me semble pas invraisemblable pour deux personnes de la génération des personnages, mais j'ai trouvé le sujet mal amené – un peu trop brusquement et sans être ensuite réellement exploité. Mais il ne s'agit que de quelques paragraphes et hormis cela, je me suis régalée, tout en regrettant que ce roman ne soit pas un peu plus long afin de suivre les personnages après leur écart (là où justement les choses se compliquent réellement).

L'hôtel a vraiment existé.

Et l'avis de Sylvie Germain sur Tecia Werbowski : « Les récits de Tecia Werbowski sont très brefs, très condensés, mais aussi empreints d'une certaine légèreté, d'une sorte de grâce ».

Ici vous pouvez aussi trouver une chronique de lecture sur L'Oblomova.

76 p

Tecia Werbowski, Hôtel Polski, 2008 (réédition)

04/09/2010

Ce n'est pas ma faute

gee_scandale saison.jpgCes derniers mois n'ont pas été de tout repos pour moi et c'est avec un soupir de soulagement que j'ai accueilli mes vacances au mois d'août. Au programme : soleil, mer, balades, baignades, beaucoup de repos et de nature, mais aussi un plongeon dans de bons gros romans convoités avec gourmandise cette année, et enfin un peu de temps pour partager avec vous des coups de coeur (ou pas) dont je mourais d'envie de vous parler.

Commençons par Le Scandale de la saison de Sophie Gee qui n'a pas quitté mon sac à main fin juillet. Malgré ses faux airs de roman à l'eau de rose et l'allusion publicitaire aux Liaisons dangereuses un peu trop racoleuse pour me rassurer, ce roman constitue pour moi LA lecture d'été par excellence : suffisamment léger pour vous accompagner sur les routes ou en voyage, un fond servi par un cadre historique original et un récit captivant à souhait (toute personne ayant déjà vu ses projets de vacances en bord de mer mis à mal par le mauvais temps saura qu'il est indispensable d'avoir un bon page turner en stock dans ses bagages).

gee-arabella.jpegIl est désormais temps de faire la rencontre du célèbre poète Alexander Pope et de découvrir l'histoire qui donna le jour à son poème La Boucle dérobée. De l'arrivée à Londres du poète à son succès, nous le suivons en observateur peu complaisant de la bonne société londonienne où règne la magnifique Arabella Fermor, prête à succomber au charme de Lord Petre.

Trois bonnes raisons d'aimer ce roman :

  • Une intrigue solide et bien menée, exaltante à souhait: un remède idéal aux pannes de lecture et aux nuits blanches ! (“Breathtaking!”, comme l'annoncent souvent les couvertures dithyrambiques de nos amis anglo-saxons)

  • Des personnages bien campés et assez complexes dans une société peu charitable, plus encline aux ragots qu'à la philanthropie.

  • Un fond de toile comme on aimerait en voir plus souvent : Londres au début du XVIIIe, entre complots jacobites, répression et lois anti-catholiques, le tout vu par un milieu privilégié où l'on compte l'élite intellectuelle de l'époque (on croise d'ailleurs Swift sur qui l'auteur a rédigé un ouvrage universitaire)

alexander_pope.jpgLe petit bémol : plusieurs coquilles se sont glissées dans ses pages, au risque d'agacer le lecteur un peu exigeant.

Si vous cherchez pour vous divertir un roman léger, mais point trop, vous trouverez sans doute chaussure à votre pied avec ce livre écrit par un professeur de littérature anglaise classique à Princeton qui a visiblement pris beaucoup de plaisir à imaginer ce récit délicieusement scandaleux !

“Une admirable fantaisie historique” d'après Le Magazine Littéraire.

Un livre qui m'a rappelé Ambre de Kathleen Winsor, énorme coup de coeur il y a quelques années, à peine un ou deux mois avant d'ouvrir ce boudoir pour livrophiles !

Merci encore aux éditions Points !

412 p

Sophie Gee, Le Scandale de la saison, 2007

01/09/2010

Vacances en Allemagne, à Teterow !

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En haut, le lac où nous nous baignions 2 fois par jour, situé à 2 mn de la maison louée par la famille de Mr Lou (ci-dessus). Teterow est situé dans la région des lacs en Allemagne, près de la mer baltique.