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25/07/2010

Etudier à Oxford

Zuleika.gifÂmes sensibles, passez votre chemin ! Car si vous ne supportez pas l'idée de voir les héros des romans que vous lisez maltraités, sachez que dans Zuleika Dobson de Max Beerbohm, le narrateur annonce la couleur dès la page 39 en glissant lors de se description du duc, principal personnage de l'intrigue (hormis l'héroïne éponyme): «Il est hors de doute que sans sa mort prématurée, il eût, là encore, fini brillant premier de l'année commencée.»

Max Beerbohm fait partie de ces classiques anglais un peu oubliés que je suis toujours ravie de découvrir. Malgré tout, je dois avouer que ma lecture a parfois été laborieuse car l'auteur se donne beaucoup de peine pour rendre Zuleika antipathique et réussit si bien que j'avais parfois envie de jeter mon livre dans la Seine en souhaitant bon voyage à la demoiselle en question.

Nous sommes à Oxford au début du XXe. Prestidigitatrice rendant amoureux tous les hommes qu'elle croise, Zuleika rend visite pour la première fois à son grand-père, recteur. Sans surprise, tout Oxford tombe amoureux d'elle, jusqu'au duc qui s'était pourtant enorgueilli jusque-là de n'avoir jamais succombé au chant d'une quelconque sirène. Mais si Zuleika est vaniteuse et met un point d'honneur à attirer tous les regards, elle est aussi suffisamment blasée pour ne pas accorder beaucoup d'intérêt à ses soupirants. Aussi, lorsqu'elle rejette le duc, celui-ci décide de mourir pour elle, honneur oblige. Ce que la coquette en question accepte de suite, mettant ceci dit un point d'honneur à régler quelques détails cruciaux : « A propos, murmura-t-elle, j'ai une petite faveur à vous demander. Demain, au moment suprême, voudrez-vous, s'il vous plaît, prononcer mon nom à haute voix, pour que tout le monde l'entende ? (…) De sorte que nul ne puisse jamais dire que ce n'est pas pour moi que vous êtes mort, vous comprenez ». (p 148)

Agréablement traduit, très bien illustré, ce livre est une curiosité dont j'ai apprécié de nombreux passages même si, au final, je reste un peu dubitative. Avec un récit qui tient la route malgré son absurdité – ce qui n'était pas gagné à première vue, Max Beerbohm construit une fable moderne volontairement ridicule, le ton érudit et les références classiques servant à alimenter une farce macabre et une histoire sans queue ni tête. Un principe séduisant mais un roman auquel je reprocherais en ce qui me concerne quelques longueurs, avec un récit parfois un peu monotone, peut-être en raison de la description « clinique » que le narrateur fait de ses personnages irréels, qui manquent un peu d'épaisseur. Là où le peu d'action aurait pu être compensé par la psychologie, j'ai parfois trouvé l'effet rendu un peu trop artificiel – effet sans doute recherché par l'auteur. C'est sans doute également parce que Zuleika m'horripilait que l'attitude absurde des étudiants m'a un peu agacée.

Mais si vous cherchez un classique oublié, un peu d'originalité ou une plume soignée, ne boudez pas Zuleika Dobson, qui mérite d'être découvert – de même que l'éditeur dont la présentation pleine d'humour a éveillé ma curiosité.

Et pour finir, une réplique de Zuleika que j'adore, lorsqu'elle s'adresse à un garçon ne s'étant pas noyé pour elle comme il l'avait promis :

« Quant à vous, Seigneur Foie jaune qui vous penchez là, et, je vous le dis franchement, qui ne ressemblez à rien tant qu'à une gargouille qu'aurait sculptée un maçon ivre pour une chapelle méthodiste de l'un des plus vils faubourgs de Leeds ou de Wigan, je félicite le dieu des eaux et ses nymphes, dont le royaume aquatique a échappé aujourd'hui, grâce à votre poltronnerie, à la pollution de votre contact. » (p324)

Un grand merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture et à Babelio pour cette découverte.

L'avis de Aloysa, Amélie, Folfaerie, Maggie, Mangeclous, Paikanne,

349 p

Max Beerbohm, Zuleika Dobson, 1911

 

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Et je suis de retour d'Angleterre, après cinq jours idylliques dont je compte vous parler bientôt, photos à l'appui. Je n'ai presque pas accès à Internet (et plus de logement fixe) mais je programme quelques billets pour cet été.

Et n'oubliez pas notre lecture commune autour de Nick Hornby pour le 1er août (proposée avec Pickwick) !

hornbyallbooks.jpg

13/07/2010

Tiens, et si on faisait un petit tour en Angleterre ?

Femme-de-hasard-Coe.jpgMa chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de  Testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard*. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence était peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".

Et puis passé les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser.  Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle perte de temps ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou va-t-il te tomber des mains ?

Maggie.

 

Dear Maggie,

C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes et de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée). Je suis donc courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.

Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff).

Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.

Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisserait presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait par le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !

Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah).

PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…

 

Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,

Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit ( ?!) : tout d’abord je suis ravie de voir que ce livre t’a plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées pas inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !

Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.

Maggie

* Il s'agit du premier roman de l'auteur.

183 p

Jonathan Coe, La Femme de Hasard, 1987

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Une lecture partagée avec Maggie (dont les neurones ont visiblement moins souffert de la chaleur que les miens). Et l'avis de Pitou (chez qui j'ai d'ailleurs trouvé la photo de l'auteur).

Et ici, le site et blog de Jonathan Coe.

 

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Avis aux amis blogueurs, lecteurs et passants occasionnels :

Je profite de notre fête nationale pour partir quelques jours chez nos amis britanniques. Je serai souvent absente cet été mais je pointerai le bout de mon nez par ici de temps en temps, of course !

En attendant, bonnes vacances à tous ceux et toutes celles qui partent bientôt ! Quant à moi, je prépare maintenant les quelques heures que je passerai demain à Londres avant de partir pour le Yorkshire, aussi folle de joie qu'une petite fille (et plus encore !). Ci-dessous, des photos de lieux que nous envisageons de découvrir si nous avons le temps (Sherwood Forest, Haworth où vécurent les Brontë, la ville de York). Départ à 8h demain !

sherwood-forest.jpg
School Haworth Bronte.jpg
york.jpg

02/07/2010

Et si on plantait un petit crysanthème ?

fine_jardin_anglais.jpgDepuis quelques mois j'ai entassé plusieurs romans dans un coin sans en parler par ici, ce qui finit par me désespérer compte tenu de ma mémoire parfois défaillante en la matière et de mon manque de temps chronique. L'heure étant aux cartons, j'ai décidé de m'armer de courage et de faire baisser ce petit tas de livres récalcitrants et de mettre fin à leurs récriminations en leur accordant l'espace d'un instant un grand moment de babillage sur mon blog.

Revenons donc à cette petite promenade effectuée dans un jardin anglais en compagnie d'Anne Fine en octobre dernier. Anne Fine est plus connue pour ses romans jeunesse et c'est avec surprise que j'ai découvert ce titre, complètement par hasard.

Le jardin, c'est celui de Lilith Collett, qui chaque année désole son fils William en massacrant méthodiquement les plantes qui en faisaient tout le charme. Lilith est un stéréotype de l'Anglaise d'âge mûr que l'on peut retrouver dans les romans où l'humour anglais fait rage, à commencer par La route sanglante du jardinier Blott (avec une châtelaine énergique et bien armée) et Halloween, où à la suite d'un décès une ménagère psychopathe s'inquiète avant tout de la tâche de sang qui risque de s'agrandir sur la moquette. Ici, Lilith s'amuse à rabaisser ses enfants, à commencer par Barbara, jeune femme au grand coeur sur le point d'annoncer ses fiançailles avec un mystérieux inconnu.

Un roman très léger qui constitue un parfait divertissement en cette période de canicule. Avec un humour caustique, des situations cocasses et un faux drame familial sur fond de petits complots entre amis, Dans un jardin anglais reste un très bon souvenir de lecture malgré les mois qui ont passé. N'hésitez pas à le faire sortir de l'étagère sur laquelle il est certainement en train de s'ennuyer à mourir, faute d'être lu. Et amusez-vous bien !

Et sinon je quitte mon appartement dans quelques jours avant de partir pour le 14 juillet... c'est pour ça que je suis un peu longue à la détente par ici, mais promis, je vais faire de mon mieux pour publier de nouvelles chroniques et répondre à vos commentaires !

jardin-anglais.JPG

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229 p

Anne Fine, Dans un Jardin anglais, 1995