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28/01/2010

Challenge Virginia Woolf, le come back du retour !

Début décembre, j'ai proposé un challenge Virginia Woolf par ici et, pour enfin commencer moi-même ce défi, je vous propose une lecture commune (avec la complicité de Titine). Je vous propose de lire pour le 1er avril (histoire de laisser du temps à tous les volontaires) Orlando.

woolf_orlando.jpg

Concernant le Challenge, vous pouvez vous inscrire maintenant ou n'importe quand en 2010. Le principe est simple : lire et voir le plus de livres, films écrits par, sur, inspirés de Virginia Woolf et son univers. Et pour venir à bout de ce challenge, il vous suffit de présenter sur votre blog au moins un texte ou film en rapport avec Woolf. Au moins un défi presque impossible à râter ! Pour mettre un lien vers vos billets, c'est ici !

Et pour vous donner envie, n'hésitez pas à faire un tour chez Lilly, qui dévore les livres de Virginia Woolf depuis quelques mois.

Après une période où j'ai un peu dû délaisser ce blog, me voici de retour : par conséquent, j'ai ENFIN répondu aux commentaires sur mon post consacré aux différents challenges et notamment, aux challenges Braddon et Woolf !

Enfin, pour ceux qui ne seraient pas au courant, vous pouvez encore poster des billets dans le cadre du challenge Jane Austen de Fashion.

****

EDIT du 13/05/2010 :

Voici le billet à la suite duquel vous pourrez laisser les liens vers vos avis, que ce soit pour le challenge Mary Elizabeth Braddon ou le challenge Virginia Woolf. J'ai hâte de vous lire !

challenge woolf1 copy.jpgCHALLENGE VIRGINIA WOOLF - les lectures :

Flush : Titine,

La chambre de Jacob : Pascale,

La Maison de Carlyle et autres esquisses : Pascale,

La Scène londonienne : Lou,

La Traversée des Apparences : Keisha,

Le Temps passe (extrait de Promenade au phare) : Delphine,

Les Vagues : PascaleTif,

Le Vieux Bloomsbury : Mea,

Mrs Dalloway : George Sand et moiKeisha, L'Or des Chambres, Maggie, Mango, Mea,

Nuit et Jour : Lou, Cléanthe,

OrlandoAmélie (à recommander à tous ceux qui se demandent s'il faut lire Orlando ou pas...), DeL, Delphine, Titine,

Promenade au phare : Keisha, Pascale,

Une Chambre à soi : Keisha,

Autour de Virginia Woolf :

Virginia Woolf par Alexandra Lemasson : KeishaMaggie,

Virginia Woolf, album de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini :  Lou

J'avais peur de Virginia Woolf par Richard Kennedy : Lou,

Films :

Orlando, un film de Sally Potter : Amélie,

The Hours, un film de Stephen Daldry : Amélie,

 

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : CécileLoula,

Henry Dunbar : ClaudiaLucia, Lou, Loula, Nag,

La Bonne Lady Ducayne : Cécile, Lou, Titine,

Lady Isle : Cécile, Claudialucia,

Le Secret de la  Ferme grise : Cécile, George Sand et moi, Lou, Maggie, Manu, Sabbio, Titine,

La Vengeance de Samuel Logwood : Cécile, Maggie,

Le Mystère de Fernwood : Cécile, Maggie,

Le Secret de Lady Audley : Cécile, ClaudiaLucia, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Visiteur d'Evelyne : Cécile,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette, ClaudiaLucia,

Robert rules !

burns_rob.jpgHier, à l'initiative de Cryssilda, un petit groupe de blogueuses avait décidé de passer une soirée relativement improbable, en tout cas diantrement Scottish, à savoir la soirée Robert Burns. Le lieu du crime était l'Auld Alliance, le pub écossais sur le point de devenir l'un des quelques QG des Victorian Frogs (and Ladies). Et voici mes acolytes : Chiffonnette, Cryssilda, Emma, Fashion, Fée de passage, Isil, Pascale et Titine !

Voilà donc tout un petit groupe de Frenchies dans un pub peuplé d'Ecossais en kilt, lors d'un repas purement écossais entrecoupé de lectures de poèmes, de toasts et de morceaux à la cornemuse. Pour commencer, here was the masterpiece of the night !

 

Address To A Haggis

Fair fa' your honest, sonsie face,
Great chieftain o' the puddin-race!
Aboon them a' ye tak your place,
Painch, tripe, or thairm:
Weel are ye wordy o' a grace
As lang's my arm.

The groaning trencher there ye fill,
Your hurdies like a distant hill,
Your pin wad help to mend a mill
In time o' need,
While thro' your pores the dews distil
Like amber bead.

His knife see rustic Labour dight,
An' cut you up wi' ready sleight,
Trenching your gushing entrails bright,
Like ony ditch;
And then, O what a glorious sight,
Warm-reekin, rich!

Then, horn for horn,
they stretch an' strive:
Deil tak the hindmost! on they drive,
Till a' their weel-swall'd kytes belyve,
Are bent lyke drums;
Then auld Guidman, maist like to rive,
"Bethankit!" 'hums.

Is there that owre his French ragout
Or olio that wad staw a sow,
Or fricassee wad mak her spew
Wi' perfect sconner,
Looks down wi' sneering, scornfu' view
On sic a dinner?

Poor devil! see him ower his trash,
As feckless as a wither'd rash,
His spindle shank, a guid whip-lash,
His nieve a nit;
Thro' bloody flood or field to dash,
O how unfit!

But mark the Rustic, haggis fed,
The trembling earth resounds his tread.
Clap in his walie nieve a blade,
He'll mak it whissle;
An' legs an' arms, an' heads will sned,
Like taps o' thrissle.

Ye Pow'rs wha mak mankind your care,
And dish them out their bill o' fare,
Auld Scotland wants nae skinking ware
That jaups in luggies;
But, if ye wish her gratefu' prayer,
Gie her a haggis!

“Discours à un Haggis”

Salut à ton honnête, à ton aimable face,
Toi qui parmi les puddings es le chef de ta race!
C’est à toi que revient la première des places
Dessus tripoux, panse et abats,
Tu mérite que tous vraiment te rendent grâces
Longues comme mon bras

Tu remplis le tranchoir qui sous ton poids se plaint.
Tes fesses font penser à la colline à la colline au loin
Ta pointe pourrait bien réparer le moulin
Si le besoin en advenait,
Tes pores cependant distillent comme un suint,
De l’ambre en chapelet

Regarde le rustaud essuyer son couteau,
Se mettre à découper avec aise et brio,
Creusant comme un fossé, en excisant la peau
Tendue et chaude de tes miches.
Dans quelle gloire alors tu suscites les oh!
Que ton fumet est riche!

Tous alors, coude à coude, approchent et s’entrepoussent,
Ils s’empiffrent comme s’ils avaient le diable aux trousses,
Jusqu’à ce que leurs ventres tendus et maousses,
Résonnent comme tambours en somme,
Et qu’un vieil échevin, d’éclater plein de frousse,
Entonne un Te Deum.

Y a-t-il être ici-bas aux moeurs dégénérées
Qui irait préférer ragoût ou fricassée,
Un olio propre aux porcs à donner la nausée,
Et qu’ils repousseraient, maussades,
Alors qu’ils peuvent ainsi faire franche lippée
De telle régalade?

Pauvre diable! Voyez-le devant son assiette
Comme un roseau fluet, tout l’air d’une mauviette,
Le poing guère plus gros qu’une pauvre noisette,
Tout flageollant sur ses guiboles.
Comment à l’ennemi peut-il faire sa fête,
Quand vient l’occasion folle?

Mais, nourri au haggis, voyez un peu le gars!
Il fait en s’avançant tout trembler sous son pas,
Dedans son poing robuste une épée plantez-moi,
Il la fera sitôt siffler,
Et toc, comme chardons, têtes, jambes et bras
Il va vite élaguer.

Vous, puissants, qui voulez le bonheur pour la masse
Et veillez que soit bien bon le menu qu’on lui fasse,
L’Ecosse, sachez-le, ne veut pas de lavasse
Qui dans le bol clapote et bruisse.
Mais si vous entendez rester en bonne grâce,
Donnez-lui du Haggis

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Comme vous pouvez le constater, un whisky attendait tous les convives. Ce whisky avait pour but - outre le caractère purement gustatif de la chose, de nous permettre de porter un toast... au Haggis. Alors, pour ceux qui ne connaissent pas cette chose curieuse et qui n'ont jamais vécu une soirée Robert Burns, voilà comment se déroule le cérémonial : une panse de brebis farcie aux abbats (oui, je sais, ça fait saliver d'avance) est présentée, entière, sur un plateau qui est porté à travers toute la salle, tandis qu'un joueur de cornemuse suit religieusement le porteur dudit objet de culte. S'ensuit la lecture du poème de Burns en écossais (nous avons compris en moyenne entre 5 et 10 mots, vu l'accent subitement adopté par un Ecossais jusqu'ici parfaitement compréhensible), puis un toast porté au Haggis (par une assemblée restée debout pendant  tout ce temps).

Puis, parce qu'on était quand même à Paris et que quelques Français un peu bizarres avaient fait le déplacement, nous avons eu droit à la version française sous titrée (l'intégrale avec cornemuse et présentation du plateau, of course).
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Parmi les blogueuses qui étaient là incognito, se trouvaient deux extraterrestres sortis tout droit du Tardis (et déjà bien alcoolisés - les voilà d'ailleurs pris en flagrant délit).
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Nous avons été interviewés par la chaîne Planète. On ne sait jamais, on retrouvera peut-être un jour le programme (et la déclaration d'Emma : c'est un plat pour les vieux Ecossais, non ?). Dans le fond, même si on le voit mal, le joueur de cornemuse en action.
On a donc mangé ça :
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Oui je sais, comme ça ça n'a pas l'air fameux. Mais les Highlanders que nous sommes se sont régalés (et pour ma part j'ai découvert que le Haggis au goût un peu trop corsé combiné aux carottes un peu bouillies faisaient un excellent mélange). ça ne vaut peut-être pas la fricassée, mais aucun Français ne peut prétendre accompagner aussi bien ses petits plats (cornemuse oblige !).
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Je vous rassure tout de suite : contrairement aux apparences, la soirée n'a pas été trop arrosée. Pour ma part, je me suis d'ailleurs contentée de mon whisky, même si le verre ci-dessus le prouve : d'autres ont été plus judicieuses que moi...
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Ce qui a tout de même engendré des sursauts de création artistique inouis. Ici, un portrait façon Blair Witch, magnifique, tout en sobriété. Je vous ai épargné la photo sobrement intitulée "portrait d'une grenouille au verre", de même que les photos de nos jambes et des pieds de table prises par Emma, qui a quelque peu râté sa soirée puisqu'elle n'a pas réussi la mission ultra secrète qu'elle s'était fixée : révéler au grand jour toute LA vérité sur l'affaire du kilt.

Encore merci aux filles pour la soirée vraiment excellente (et ses points culminants : Isil et moi dansant de la techtonique et des choses non identifiées sur des airs de cornemuse et Fashion nous faisant des révélations à propos d'un homme caoutchoux et d'un mariage mouvementé). Et bien sûr un grand merci aux organisateurs de la soirée et à l'équipe de The Auld Alliance ! Je ne leur dis pas "à l'année prochaine", car nous n'attendrons pas autant pour reprendre nos bonnes résolutions et, avec le printemps, nos petits déjeuners écossais !

23/01/2010

Un petit Victorien pour bien commencer l'année...

falkner_moonfleet.gifEn décembre, les Victorian Frogs avaient pour mission de lire un classique victorien de la littérature enfantine. Je rends enfin ma copie sur Moonfleet de J. M. Falkner, roman d'aventures qui m'a réconciliée avec les histoires de garçons, pour les garçons. Parce que quand on y regarde de près, parmi mes lectures d'enfance, on compte pas mal de classiques et de lectures fusionnelles...dans un monde peuplé d'héroïnes : Joe March, Alice la détective, l'héroïne de Papa Longues Jambes, Laura Ingalls, Mathilda... et bien d'autres. Et, à part les héros de Mark Twain, sur papier ou au petit écran (haut comme trois pommes...), je n'ai jamais été particulièrement friande d'histoires à la Stevenson. L'avantage ? Du haut de mes 27 ans et deux jours, j'ai devant moi une perspective alléchante, peuplée de pépites littéraires toutes plus prometteuses les unes que les autres (malgré le mal de mer occasionné par les transports en bâteau, les attaques à la sarbacanne et la présence inquiétante de tigres prêts à bondir sur moi depuis les étagères autrefois sûres de ma bibliothèque).

Dans un petit village du Dorset, John Trenchard vit avec une tante austère qui l'a accepté chez lui en raison de son sens du devoir développé, non par affection. Dans cet endroit situé sur la côte, la mer fait souvent des victimes au rang des pêcheurs et, les nuits où le vent souffle fort, les naufrages ne sont pas si rares. Parmi les villageois se trouve un certain nombre de contrebandiers que le juge Maskew a promis de démasquer pour les conduire à la potence. Amoureux de la fille du juge, John est aussi un garçon aventureux qui, après avoir fait preuve de trop de curiosité, se retrouve mêlé aux traffics et pourchassé à son tour par la justice.

Beaucoup d'aspects méritent le détour dans cette histoire. Tout d'abord, je craignais une histoire de pirates et des pages et des pages passées à fond de cale, ce qui ne me réjouissait pas plus que ça. En réalité, John passe très peu de temps sur l'eau. Ce roman mêle l'aventure aux influences gothiques, le tout saupoudré de sentiments et d'exploits virils (l'amitié, l'amour filial, l'honneur, le courage, le sens du sacrifice). Outre l'action rythmée (peut-être moins vers la fin) et les personnages prompts à susciter l'empathie du lecteur, ce roman met en lumière les conditions de vie sur la côte du Dorset au XIXe, sans faire dans le sentimentalisme. Et pour l'aventure, ce livre avait tout pour me plaire, avec une crypte d'où proviennent des grincements inquiétants, une famille de nobles défunts autour de laquelle flotte un parfum de mystère, sans oublier un passage secret sous une tombe et des galeries hantées dans une ancienne carrière.

Un roman entraînant et dépaysant à lire impérativement avant de se risquer dans les coins abandonnés qui faisaient notre bonheur lorsque nous étions petits (et qui me fascinent toujours autant, que croyez-vous ?).

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239 p

J. Meade Falkner, Moonfleet, 1898

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20/01/2010

"Un esprit à l'envers dans un corps inversé"

marie_contretemps.gifPeu avant la rentrée littéraire, j'ai accepté de chroniquer Contretemps, premier roman publié aux Forges de Vulcain. Une lecture qui s'est faite en deux temps (deux périodes de lecture assidue entrecoupées d'une pause nécessaire), d'où mon billet tardif qui précède tout de même les autres livres dont j'ai promis de parler bientôt par ici.

Premier roman de Charles Marie, jeune avocat parisien, Contretemps suit pendant quelques mois un personnage au nom improbable, Melvin (oui je sais). Un nom d'ailleurs loin d'être le seul élément incongru lorsqu'il s'agit de cet énergumène qui nous entraîne dans un monde où le quotidien se retrouve jeté en pâture à l'absurde et à l'inconcevable.

Vous dire trop précisément de quoi il s'agit pourrait gâcher tout votre plaisir de lecture, aussi je vous dirais simplement que dans ce roman, deux sociétés secrètes se livrent la guerre, que l'une d'elle possède les cacatombes (pas seulement sur le territoire français), que Melvin est poursuivi par ces sociétés et voit soudain sa vie prendre un tour rocambolesque. Vous le verrez ainsi survivre à des armes à feu et au poison, séduire toutes les jolies filles qui passent par là (un mystère qui demeure entier pour moi à la fin de ma lecture), voyager à travers l'Europe tel un fugitif poursuivi par des agents secrets ou recevoir des liasses de billet pour effectuer une mission impossible.

Pourtant, ce héros malgré lui n'a pas grand-chose d'un James Bond, pas plus que ce roman ne ressemble aux hard-boiled novels dont il semble avoir tiré quelques notions en matière d'espionnage. En réalité, il s'agit avant tout d'un livre à l'écriture soignée où les scènes du quotidien se retrouvent brusquement propulsées dans un univers parallèle au sein duquel les faits les plus étonnants sont innocemment évoqués au détour d'une phrase. Le décalage tient en partie au peu d'importance accordée à des événements inattendus, alors que les petits détails de la vie quotidienne sont décortiqués avec minutie et délectation.

Ce roman me laisse une double impression : d'un côté, un roman au héros assez peu attachant (un type peu intéressant doublé d'un côté tombeur à la 007) et une histoire aux multiples ramifications qui, malheureusement, ne tient pas forcément le lecteur en haleine et semble parfois un peu creuse (d'où la lecture en deux temps pour ma part) ; de l'autre, une maison d'édition sérieuse (malgré quelques coquilles qui n'ont ceci dit rien à envier à d'autres maisons d'édition), un style recherché idéal pour les amateurs de phrases bien ciselées et un esprit décalé qui fait de Contretemps un roman plutôt original. Une curiosité qui mérite quoi qu'il en soit d'être découverte !

Les avis de Papillon (déçue) et de Levraoueg, qui a aimé.

Rentrée littéraire : 5/7

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163 p

Charles Marie, Contretemps, 2009

17/01/2010

You've gotta pick a pocket or two !

Les 21 et 22 novembre derniers, j'étais parmi la bande joyeux lurons partie hanter Londres en groupe, histoire d'augmenter radicalement la population de batraciens dans le secteur, de dépenser beaucoup, de s'émerveiller toutes les deux secondes et aussi d'entrer là :

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Pour voir ça :

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Quelques semaines avant, notre équipe de bras cassés (à savoir les Victorian Frogs, un club de lecture où l'on parle de tout SAUF de lecture) avait décidé de lire Oliver Twist pour l'occasion. Résultat des courses : deux personnes seulement l'avaient fini à temps (dont une dans une version pour enfants de 125 pages, court mais efficace !), les autres ayant soit commencé (comme moi, avec trois ou quatre chapitres à mon actif, admirez mon efficacité redoutable), soit renoncé (à leur décharge, elles avaient déjà lu le roman avant dans une version non tronquée, je le souligne car moi aussi j'ai lu au collège Oliver Twist et en anglais s'il vous plaît, dans une superbe édition illustrée d'environ 90 p et interligne 1,5).

Bref, peu importe, nous voilà donc le 21 novembre au soir à Covent Garden, au poulailler, avec une vue magnifique sur la scène et des genoux broyés (sans parler de mes Cadburry éclairs doués d'une volonté propre et bien décidés à s'échouer lamentablement sur la tête de ma voisine de devant). Etaient présentes Cryssilda, royale organisatrice, Emma, Fashion, Isil, Stéphanie et Vounelles.

Que vous dire de cette comédie musicale ? "wahou" relève franchement de l'euphémisme. Typiques du genre, les chansons se laissent facilement fredonner sans chambouler du tout au tout l'histoire de la musique. L'histoire, on la connaît. Oliver, orphelin généreusement élevé par la paroisse, a un jour le culot de demander une deuxième ration de gruau (on aura tout vu). S'ensuit tout un processus pour mettre ledit morveux en apprentissage chez un croque-mort, histoire de lui donner une petite idée des dures réalités de la vie et de lui faire regretter sa précédente pension.

The bowls never wanted washing. The boys polished them with their spoons till they shone again; and when they had performed this operation (which never took very long, the spoons being nearly as large as the bowls), they would sit staring at the copper, with such eager eyes, as if they could have devoured the very bricks of which it was composed; employing themselves, meanwhile, in sucking their fingers most assiduously, with the view of catching up any stray splashes of gruel that might have been cast thereon. Boys have generally excellent appetites. Oliver Twist and his companions suffered the tortures of slow starvation for three months: at last they got so voracious and wild with hunger, that one boy, who was tall for his age, and hadn't been used to that sort of thing (for his father had kept a small cook-shop), hinted darkly to his companions, that unless he had another basin of gruel per diem, he was afraid he might some night happen to eat the boy who slept next him, who happened to be a weakly youth of tender age. He had a wild, hungry eye; and they implicitly believed him. A council was held; lots were cast who should walk up to the master after supper that evening, and ask for more; and it fell to Oliver Twist. Extrait de la David Perdue's Dickens page.

De cette histoire si connue, cette comédie musicale parvient à tirer le meilleur parti possible avec deux atouts de poids : des comédiens impressionnants, à commencer par l'interprète de Fagin (qui a remplacé Rowan Atkinson) et plus encore, les décors et les costumes à couper le souffle. Dès l'introduction (la fameuse scène du réfectoire), sur une scène immense qui s'étend très loin en profondeur, on voit arriver une ribambelle de gamins en habits rapiécés (c'est là qu'on commence à soupçonner le très léger fossé entre les comédies musicales anglo-saxonnes et françaises !). Et là, tout s'enchaîne : les danses dans les rues de Londres avec une quantité phénoménale de figurants, le défilé des costumes et les changements de décors qui s'empilent, s'emboîtent, montent, descendent et coulissent dans tous les sens, faisant apparaître en quelques secondes boutiques, logements et rues entières. Le tout avec une telle précision que l'on se croirait vraiment au XIXe à Londres, ce qui évidemment m'a fait ouvrir grand les yeux pendant toute la durée du spectacle (que je n'ai pas vu passer malgré sa longueur qui m'inquiétait un peu a priori). Un grand moment de bonheur ! Voici le site du musical.

Et puis, si vous avez un doute, si vous êtes du genre soupçonneux, voici la preuve en images de mon voyage à Londres :

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Des bottes pour affronter la pluie, du kitsch parce qu'on est en Angleterre (j'ai failli craquer pour des Docs mais le prix n'était pas le même...).
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Un Union Jack, parce qu'ils sont partout là-bas, et pour montrer qu'on n'est pas en Ecosse admirez en prime le drapeau anglais et les ENGLISH bonbons. Et puis le lion, tant qu'à faire... royal !
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Une boutique rose, qui ne vend que des objets roses. J'ai évidemment pris la photo en pensant à Isil qui manquait ça.
Et puis je suis revenue avec quelques petites choses dans mes valises... (dont évidemment, un DVD avec Colin Firth et un autre sur Queen Victoria):

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En finissant par un gros plan sur Decline of the English Murder (un phénomène qui a apparemment préoccupé un auteur célèbre...), de l'Earl Grey Fortnum & Mason (j'adore cette maison) et deux très jolies éditions de Dickens et James. That's it!

11/01/2010

My Christmas tag, at last !

Certes, j'ai un peu attendu mais il fait toujours froid, il vente, il neige, bref, il était encore temps de répondre au Christmas tag à effet boomerang, Karine:) m'ayant de suite renvoyé l'ascenseur (pfff... si on ne peut même plus être tranquille quand on lance un tag !;)).

Nous sommes le 24, il fait froid, il pleut, il vente, il neige. Vous êtes dans les transports, sur le point d'arriver chez vous après une dure journée de courses de dernière minute. Enfer et damnation ! Vous vous apercevez du fait que vous avez complètement oublié le plat principal et le livre collector en édition ultra limitée dont vous rêviez depuis des mois et qui est sur le point d'être épuisé. L'ennui, c'est qu'il ne vous reste qu'une heure pour préparer le réveillon et que vous aurez tout juste le temps de faire l'une des deux courses. D'ailleurs, rien n'est moins sûr ! Et puis, il faut avouer que votre journée vous a achevé(e). Que faites-vous ?

J'appelle Mr Lou, je lui dis qu'un type qui ressemblait à Fagin a surgi de nulle part, sans doute de la bouche de métro la plus proche, qu'il m'a arraché le sac contenant tous les cadeaux de notre neveu (qui a tout du petit ange blondinet à bouclettes auquel on ne peut pas vraiment résister). Mr Lou comprend tout de suite le problème, j'ai droit à une heure de courses supplémentaire. Mr Lou descend acheter en urgence de quoi faire plus de toasts pour remplacer le plat, tandis que je file m'acheter mon livre collector, histoire d'éviter quelques nuits blanches ! (... puis Mr Lou découvre ces déclarations et ne me laisse plus jamais entrer dans une librairie)

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Vous voilà enfin chez vous ou chez les personnes chez qui vous réveillonnez. Cette année vous avez décidé que l'oncle Fred ferait le Père Noël. Malheureusement, il vient d'appeler pour vous dire qu'il avait rencontré l'amour de sa vie à 80 ans et partait en Indonésie pour sa lune de miel, avec une dulcinée connue deux mois auparavant à son entrée en maison de retraite. Heureusement, vous connaissez des gens célèbres, acteurs, chanteurs, sportifs ou autres (morts ou vivants) qui se couperaient en quatre par amitié pour vous. Qui choisissez-vous pour jouer Santa Claus ?

Comme j'ai beaucoup de relations, Tom Hanks joue les Pères Noël, accompagné de Colin Firth déguisé en Rudolph, son animal fétiche (parfait pour amuser le petit qui cette année a fait bien des misères à son Bourriquet sur roues). Derrière, Meryl Streep, Bill Muray et Dan Ayckroyd font les petits chanteurs de Noël, Mr Lou n'ayant pas laissé entrer Pierce de peur de fêler tous nos miroirs.

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C'est l'heure de distribuer les crackers, je me demande ce qui est inscrit sur le vôtre...

You're invited to Pemberley, get ready to dance ! (évidemment... vous en avez de ces questions, vous !)

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Les enfants sont enfin couchés ! Après avoir bien bu et bien mangé, vous décidez de finir la soirée en beauté en faisant une petite séance de spiritisme. Vous commencez en riant bien, mais soudain le tonnerre gronde, la lumière s'éteint, une lueur bleue vaporeuse s'élève au dessus de la table et vous sentez quelque chose de froid et mou se poser sur votre épaule. Que faites-vous ?

Je me retourne et dis "merci, mais jamais le premier soir" (bon en fait, ce n'est pas très crédible, en réalité je hurlerais mais il faut bien que je préserve ici mon image de wonder Victorian habituée des séances de spiritisme, non ?).

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Et au fait, on pourrait connaître l'identité du fantôme, vrai ou farceur ?

Ma bonne étoile. Et si elle était trop occupée, ma foi, Le Fanu ou Stoker feraient tout à fait l'affaire... à condition de nous raconter une histoire de leur cru !

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Enfin vous voilà le 25 au matin et vous allez déballer les cadeaux qui vous attendent depuis quelques heures sous le sapin. Quel est le cadeau inespéré que vous ne pensiez jamais recevoir et qui est là, devant vos yeux ébahis ?

Ce que j'achèterais si je gagnais au loto : un manoir entouré d'un parc un peu sauvage (avec une vielle fontaine en pierre et un étang !) dans la campagne anglaise, ou bien une petite maison à Notting Hill ou dans le centre de Londres (les jolies maisons victoriennes blanches avec des grilles et un accès à la cave-cuisine par l'extérieur). C'est beau de rêver !

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08/01/2010

Les « Lou Books » 2009

Cette année bloguesque a été une fois de plus riche en événements, et malgré une fin d'année très éprouvante j'ai eu envie de partager à nouveau avec vous quelques coups de coeur.

Avant tout, merci aux blogueurs 'zé blogueuses qui ont ponctué mon année de nombreux moments de bonheur, fou rire et connivences littéraires et variées, à ceux qui animent ce petit "chez moi" avec fougue et panache, à celles que j'ai côtoyées tout au long de l'année, avec qui j'ai fréquenté les librairies, les pubs, les salles de théâtre, les rues louches de Londres et le bois de Vincennes la nuit, celles qui ont décoré mon appartement à Noël, celles à qui j'ai prêté des livres, celles qui m'ont prêté les leurs, celles qui m'ont envoyé des mails, mes swappeuses et mes swappées, les organisatrices de swaps à l'imagination et aux capacités d'organisation à toute épreuve, celles que je lis régulièrement (ces derniers temps, souvent sans me manifester) , les copines baptisées à l'occasion Victorian frogs et les lecteurs discrets et anonymes qui passent aussi par ici.

Cette année a aussi été marquée par deux micro-événements inaperçus et marginaux par rapport à tout ce que je viens de citer plus haut, mais qui font plaisir sur le coup, surtout quand on ne s'y attend pas. Je pense à l'article du Magazine des Livres publié au printemps, dans lequel figurait des interviews de blogueurs, ainsi que le classement des blogs de ELLE qui m'a valu une 7e place et surtout, une trousse de toilette, un magazine féminin gratuit (ce n'est pas tout de lire, il faut aussi pouvoir sortir dans la rue et je suis donc sortie équipée d'un kit de conseils valables au moins une semaine) et m'a permis de voir pour la première fois Leiloona (4e au classement, clap clap clap !). Une rencontre assez amusante d'ailleurs, puisque nous sommes arrivées par hasard en même temps et, cherchant du regard les mêmes personnes, nous avons fini par engager la conversation avant de voir qu'en fait nous nous connaissions déjà, ce qui n'était pas gagné dans une foule anonyme (bon je dirais que la foule comptait au final une quarantaine d'invitées mais tout de même, j'aurais pu parler aux 38 autres blogueuses par hasard).

Enfin, pour la première fois, je me suis jetée à l'eau et, avec enthousiasme et insouciance, je me suis inscrite pour faire partie du jury d'un prix littéraire. J'ai jeté mon dévolu sur Prix des Cinq Continents, histoire de mieux connaître la littérature francophone (et parce que c'est un des rares prix qui m'inspirent confiance). Une expérience en partie réussie, qui m'a donné envie de renouveler l'aventure avec un autre prix l'année prochaine ou la suivante.

Après ces très (ennuyeuses) émouvantes déclarations d'une blogueuse d'humeur bavarde, il est grand temps de décerner de manière totalement arbitraire et subjective les Lou Books de l'année, pour la 2e année consécutive (ici les Lou Books 2008). Roulement de tambours donc !

Notant dans un carnet toutes mes lectures, j'ai fait un petit calcul ce soir et c'est avec mon habituel sourire ironique que j'ai découvert que, comme en 2008, j'ai lu très exactement 81 livres, sans compter quelques lectures inachevées ou en diagonale.

Le Lou Book francophone de l'année :

Encore une fois, ils seront deux cette année. Sylvie Doizelet pour Nos Amis des confins, livre étrange qui risque de diviser ses lecteurs mais qui m'a séduite parce que c'est en quelque sorte un OLNI (objet à lire non identifié - terme déjà employé ou non ? je ne sais plus). Et Fabrice Humbert pour L'Origine de la Violence, qui a su me captiver alors qu'il traite d'une période qui fait couler beaucoup trop d'encre pour ne pas finir par m'écoeurer un peu.

 

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Le Lou Book du meilleur moment anglo-saxon (et il y en a toujours beaucoup avec moi !) :

... très difficile à attribuer, vous vous en doutez. Disons Grain de Grenade d'Edith Wharton (j'en parlerai bientôt), car j'aime particulièrement cet auteur et ai été très agréablement surprise par ce recueil d'histoire de fantômes, qui m'a davantage touchée que Le Triomphe de la Nuit. Mais parmi les découvertes, j'aimerais aussi  faire un clin d'oeil à Flora Mayor et Vita Sackville West.

 

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Le Lou Book "special memory"  de l'année :

Ce n'est pas difficile, les relectures n'ont pas été nombreuses, voire unique. Mais il fallait que je le place quelque part, celui-là, mon livre fétiche, chéri adoré entre tous et d'ailleurs offert à Noël sous le titre charmant de Stolz und Vorurteil à ma belle-soeur qui, comme vous l'avez déjà déduit, est allemande et ne peut pas le lire en anglais. Mais de quoi suis-je en train de parler au fait ? Pride and Prejudice of course !

 

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Le Lou Book du livre le plus poétique :

La Dame blanche de Christian Bobin, sans aucun doute.

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Le Lou Book du classique qui déménage :

Parce qu'il ne pouvait en être autrement, The importance of being earnest d'Oscar Wilde.

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Le Lou Book de la miss Lou la plus déçue également intitulé Lou Book de la surprise la plus pourrie de l'année :

I.B. Singer, La destruction de Kreshev. J'ai malheureusement lu bien pire cette année mais je n'attendais pas grand-chose des livres concernés. Celui-ci traînait depuis cinq ans dans ma PAL et j'avais fini par me faire tout un tas d'idées à son sujet... J'aurais mieux fait de m'abstenir, ou de moins rêvasser au préalable.

 

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Le Lou Book de la meilleure surprise :

Moonfleet de Falkner (je sais je sais, il fait partie des billets en retard). Je m'attendais à un roman d'aventures pour garçons, ce qui n'a jamais été ma tasse de thé hormis une ou deux exceptions. Cryssilda m'avait également alarmée en prétendant avec beaucoup de mauvaise volonté que l'histoire se déroulait sur un bateau (ce qui, bizarrement, nous perturbe en général toutes les deux). Et pourtant, je me suis régalée, malgré une dernière partie à mon avis moins passionnante.

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Le Lou Book de la meilleure adaptation livresque au monde de tous les temps (le docteur est là pour confirmer) :

En toute subjectivité (je veux dire par là encore plus de subjectivité parce qu'objectivement je sais qu'elle a des défauts mais je deviens tout à fait irrationnelle et adopte un comportement très étrange lorsqu'il est question d'elle...) : Pride and Prejudice BBC 1995.

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Et enfin, le Lou Book de l'année :

Attribué cette année à Dominique Fortier pour son Du Bon Usage des Etoiles, pour l'immense plaisir qu'il m'a procuré à la lecture, parce que c'est un livre coup de coeur qui fait de moi une prosélyte convaincue (si je ne l'étais pas déjà lorsqu'il s'agit de littérature). Et parce que je l'adore même s'il se passe sur un bateau.

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Il ne me reste plus qu'à profiter de ce billet pour vous souhaiter de tout coeur une bonne année 2010. Bientôt, de nouvelles chroniques livresques, des réponses aux tags en retard et des photos des livres reçus pour Noël (dont un Wilkie Collins de collection offert par Mr Lou et ses parents, découverte sous le sapin dont je ne me remets pas)... la fin de l'année a été difficile, ces jours-ci le sont tout autant mais dès que j'aurai retrouvé un peu de mon habituelle ironie je serai plus présente ici et ailleurs. En attendant, n'hésitez pas à adresser au  bureau des réclamations vos doléances afin de m'aider à choisir les prochains billets, entre Frankenstein, Dans un jardin anglais, Grain de Grenade, Pronfondeurs glacées, Moonfleet, Une Belle Canaille, Psycopathes (de Tchekov, je précise), Contretemps, les tags en retard dont mon tag de Noël, ou des films - zombiesques ou livresques.

05/01/2010

Another brick in the wall

collectif_ombre mur.jpgDepuis quelques années, et parce que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, je me rends régulièrement à Leipzig, découvrant a posteriori une RDA dont je n'ai jamais vraiment eu conscience du temps où elle existait, le mur étant tombé l'année de mes 6 ans. Je me souviens encore de ma mère m'intimant de regarder le journal télévisé en me disant que c'était une page d'Histoire qui se tournait ; je m'imagine sans doute en train de fixer temporairement mon attention sur le poste en songeant aux activités innombrables auxquelles je pourrais me livrer en allant retrouver mes jouets ; et pourtant, je revois très nettement ce mur et une main tendant à une autre une rose désormais gravée dans mon esprit.

J'ai depuis découvert l'Allemagne et, première surprise pour la Française que je suis, un passé au sein de la RDA fantasmé, parfois regretté par ses anciens habitants. Innocemment, je pensais que l'absence de liberté suffisait à rendre ce régime odieux ; enfant, j'étais heureuse pour ces deux moitiés de pays qui se réunissaient enfin, m'imaginant un flot infini de petits et grands bonheurs, de familles retrouvées, d'Allemands enfin libres et à même de bénéficier des choses merveilleuses dont l'Europe occidentale ne devait certainement pas manquer dans mon imagination de petite fille. Puis j'ai vu ces régions par endroit fantomatiques, des usines délabrées, des quartiers entiers aux immeubles superbes mais vides, des rues désertes, des tags omniprésents dans certaines rues, des portes condamnées, des vitres brisées, de vieux rideaux encadrant des fenêtres sales. Et petit à petit, je me suis intéressée à la vision que les Allemands de l'ex RDA ont de la réunification, d'où mon envie de lire L'ombre du mur, Chroniques du mur de Berlin.

leipzig 01.gifleipzig 01.gifleipzig02.jpgCe livre est composé d'un ensemble de textes écrits par des Allemands et des Européens de l'Est qui, à leur manière, entre chroniques, mémoires et nouvelles (qui évoquent parfois le principe des « docu-fictions »), reviennent sur une Allemagne divisée. La variété prime : variété du style, des thèmes choisis et des perceptions. Le caractère personnel des récits, l'intimité partagée avec le narrateur, le vécu tout à fait palpable font à mes yeux l'intérêt de ce livre. La dimension politique n'est jamais loin ; quant à l'Histoire, il ne s'agit pas seulement de celle de Berlin, mais bien plutôt de l'Histoire européenne, de cette Europe coupée en deux, de ces pays de l'Est soumis à l'influence soviétique. Je dois avouer que je m'attendais à des récits traitant essentiellement de la ville de Berlin et que l'élargissement du cadre aux pays de l'est ainsi que les chroniques traitant davantage de leurs régimes politiques m'ont d'abord un peu déçue. Il me semble aussi que les textes sont parfois inégaux, certains ayant retenu mon attention plus que d'autres, pour des raisons diverses. Voilà pourtant un livre intéressant, d'une maison d'édition exigeante.

leipzig.jpgMon texte préféré est celui de Lutz Steiler, « Le Pèse-temps ». Les appartements inoccupés n'étaient pas chose rare. Dans certaines rues, des enfilades entières d'immeubles avec cours intérieures étaient vides. A cela s'ajoutaient les appartements des habitants censés avoir fui par la Hongrie, certains situés dans les meilleurs quartiers, mais bien plus difficiles à repérer. Quand ils n'avaient pas déjà été pillés ou confisqués, ils avaient encore des rideaux, et les fenêtres elles-mêmes ne pouvaient guère être restées beaucoup plus de neuf mois sans avoir été nettoyées. (p115)

Merci aux Editions des Syrtes (et merci pour le Tchekov dont je parlerai bientôt aussi) et merci à Babelio, en particulier à Guillaume, organisateur d'exception toujours très sympathique.

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309 p

Collectif, L'ombre du mur, Chroniques du mur de Berlin, 2009

03/01/2010

Ode à une poétesse

bobin_dame_blanche.jpgJ'ai récemment repéré sur le blog de Maggie un article consacré à La Dame blanche de Christian Bobin, un auteur que Malice et Lilly m'avaient déjà donné envie de lire. La Dame blanche est un hommage rendu à la poétesse américaine Emily Dickinson, que je connais encore trop peu. Le petit livre de Bobin se présentait comme une parfaite introduction à son oeuvre, une porte d'entrée en quelque sorte. J'ai donc profité de quelques achats de Noël pour me procurer de suite un exemplaire, dégusté dans les jours qui ont suivi.

J'attendais beaucoup de Bobin et de son écriture très justement réputée lumineuse. Malgré tout, je dois reconnaître que la première partie du livre m'a laissée perplexe, en raison des constantes allusions à la religion qui ont fini par me détourner de Dickinson et me peser. Cette omniprésence du divin et des références bibliques intervient presque à chaque page et s'exprime à travers le vocabulaire employé dans les descriptions (on parle d'enluminures, de Bible, de sanctifier), les personnages à l'allure divine (ainsi sur le père : "Le Dieu de l'Ancien Testament, un dimanche matin, à l'heure où la famille mise au garde-à-vous s'apprête à royalement défiler sur le chemin de l'église, s'aperçoit de l'absence d'Emily" (p20); sur Emily : "la colère des saintes" (p27)...), ou de transitions faites par des références à un passage tel que celui-ci "La légende dit que saint Christophe a fait traverser un fleuve au Christ enfant, en le portant sur ses épaules." (p39) Cette autre biographie m'a permis de mesurer la pression qu'exerçaient les Calvinistes sur la côte est à l'époque, et de mieux saisir pourquoi la religion a joué un rôle important dans la vie de Dickinson : Amongst other reasons, Emily could never accept the doctrine of “original sin”. Despite remaining true to her own convictions, Emily was left with a sense of exclusion from the established religion, and these sentiments inform much of her poetry. There is frequent reference to “being shut out of heaven”. Je regrette ceci dit l'écrasante présence de ce thème dans le livre, au détriment d'autres aspects de la personnalité et de l'oeuvre d'Emily qui sont assez rapidement survolés.

Autre thème présent, la mort intervient dès les premières lignes avec la respiration hâchée d'Emily qui finit par s'éteindre. La maison est à deux pas du cimetière et les morts ne manquent pas tout au long de la vie d'Emily. La première scène, très visuelle, arrache le lecteur à son quotidien et permet une immersion immédiate dans ce livre à l'atmopshère particulière, très poétique. Le décès puis l'enterrement constituent deux scènes que l'on a aucune peine à se représenter. Des scènes au demeurant émouvantes qui paraissent curieusement réelles.

Peu avant six heures du matin, le 15 mai 1886, alors qu'éclatent au jardin les chants d'oiseaux rinçant le ciel rose et que les jasmins sanctifient l'air de leur parfum, le bruit qui depuis deux jours ruine toute pensée dans la maison Dickinson, un bruit de respiration besogneuse, entravée et vaillante - comme d'une scie sur une planche récalcitrante - ce bruit cesse : Emily vient de tourner brutalement son visage vers l'invisible soleil qui, depuis deux ans, consume son âme comme un papier d'Arménie. La mort remplit d'un coup toute la chambre. (p9)

De fait, il est impossible de demeurer insensible à l'écriture imagée et soignée de Christian Bobin, dont le récit s'apparente sans doute davantage à une ode à la poésie et à une forme de poésie romanesque qu'à une biographie, romancée ou non. On se délecte de certaines phrases d'une fraîcheur appaisante, aux sonorités parfaitement maîtrisées.

Cette naissance provoque un premier éloignement d'Emily, à peine perceptible -une buée sur un miroir. Ses lettres continuent de battre des ailes devant les fenêtres de Susan - des milliers de mots doués d'une vie impérieuse, suppliants et altiers. (p65)

Depuis l'enfance - jusqu'à son séjour chez Mary Lyon - Emily cueille les fleurs qui rêvent dans les bois et les collines autour d'Amherst. Elle les baptise de leur nom latin puis les couche sous une couverture de papier cristal, dans le dortoir de son herbier où dorment bientôt plus de quatre cents religieuses décolorées d'un autre monde : plusieurs fleurs sur chaque page encadrent la majesté d'une fleur centrale, leurs pétales à peine froissés et leurs tiges maintenues par de luisants papiers collés. En attente de l'époustouflant soleil de la résurrection, elles se souviennent des lumineux souffles de leur ancienne vie. (p76)

Ce travail de la langue, cette façon de jouer avec le sujet sont à mon sens un atout et une faiblesse : on savoure l'écriture de l'auteur, on aime sa prose finement ciselée mais on ressort de cette lecture avec une impression de flou et le sentiment d'avoir eu un aperçu très superficiel de la vie d'Emily Dickinson qui, on s'en rend compte finalement, est plus un prétexte qu'un objectif en soi pour le narrateur.

emily-dickinson.jpgLe portrait qui est fait de Dickinson reste proche de l'image que l'on a souvent d'une femme un peu étrange qui restait terrée dans sa maison, toute de blanc vêtue, adoptant un comportement jugé selon les uns et les autres excentrique, artistique ou théâtral. Quelques anecdotes ne manquent pas d'humour, comme ces retrouvailles avec une amie de longue date qui se font à distance, chacune restant à un étage différent et se contentant de bavarder un long moment sans jamais se revoir.

Dickinson s'inscrit dans la continuité, dans la lignée d'auteurs illustres. La petite Emily manque l'église pour lire Les Confessions d'un mangeur d'opium, se passionne pour Dickens et Emily Brontë. Lorsqu'elle écrit, un certain Rimbaud vient de partir en Orient. Tous deux disparaissent à leur façon. Emily dans sa chambre "interdite"... cette pièce où elle se sent si bien. Arthur "sous le soleil clouté d'Arabie". "Les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (p107) J'ai évidemment beaucoup apprécié ce clin do'eil à la littérature, à ses filliations, aux liens qui se tissent entre les auteurs (parfois seulement dans notre imaginaire, comme ce rapprochement de Dickinson et de Rimbaud).

Le mieux reste toutefois d'écouter la musique d'Emily...

THE DAISY FOLLOWS SOFT THE SUN

  • HE daisy follows soft the sun,
    And when his golden walk is done,
    Sits shyly at his feet.
    He, waking, finds the flower near.
    "Wherefore, marauder, art thou here?"
    "Because, sir, love is sweet!"
    We are the flower, Thou the sun!
    Forgive us, if as days decline,
    We nearer steal to Thee,--
    Enamoured of the parting west,
    The peace, the flight, the amethyst,
    Night's possibility!