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29/07/2009

Coraline

coraline affiche.jpgDe Neil Gaiman, je ne connais que The Graveyard Book (livre jeunesse globalement sympathique et bien ficelé) et American Gods. Je pense encore lire Neverwhere étant donné le cadre mais pour ce qui est de Coraline, j'étais plutôt attirée par l'adaptation au cinéma après avoir vu un reportage sur les marionnettes créées pour le tournage et le remarquable travail d'animation.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, la petite Coraline vient d'emménager avec ses parents dans coraline 01.jpgune vieille baraque isolée, au sein d'une région où il pleut (beaucoup) et, plus précisément, au cœur d'un appartement qui a besoin de quelques (petites) réparations. Les parents écrivent un guide sur les plantes qui a l'air follement passionnant, surtout pour ce couple qui n'a pas de jardin, fait des repas avec un morceau de munster et trois radis, ne déballe pas ses cartons et laisse foyer et fille chérie à l'abandon. Sans parler de Maman, un poil dominatrice !

coraline 02.jpgBref, vous l'avez compris, il y a des décors plus sympa et des parents plus funky. C'est alors qu'une nuit, guidée par de petites souris, Coraline découvre un passage secret qui conduit dans un double de sa maison. Un double idyllique, où tout est fait pour le bonheur des yeux, le confort et les papilles de la petite qui découvre des copies de ses parents prêts à tout faire pour rendre leur petit ange heureux. Et, malgré les boutons cousus dans leurs yeux, Coraline s'adapte rapidement à ce nouvel environnement et décide de l'explorer régulièrement.

 

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coraline 04.jpgJe me suis régalée avec ce film extrêmement bien réalisé et techniquement très réussi. Il faut dire que j'ai gardé mon âme d'enfant et guette avec impatience les nouveaux films d'animation (d'ailleurs cette semaine je vais voir Up). Les décors sont soignés, fourmillant de détails ; les silhouettes, expressions et mouvements des personnages sont quant à eux très réalistes – dommage que seule Coraline ait vraiment un rôle important, les autres personnalités n'étant pas toujours assez exploitées. Mais je pinaille. L'histoire rappelle à la fois les contes de fée classiques et les terribles aventures des enfants héros de Roald Dahl. Quant à la réalisation, elle est très largement imprégnée de l'univers de Tim Burton, qui a visiblement influencé le film pour la musique et sur le plan esthétique. Pas étonnant, puisque le réalisateur est aussi celui de L'étrange Noël de Monsieur Jack (écrit et produit par Burton). On rit, on s'émerveille... on aurait presque un peu peur pour Coraline. Enfin, que vous dire ? Si vous aimez les films d'animation, ne manquez pas celui-ci, malgré une fin assez facile et un déroulement tout de même un peu prévisible (mais après tout on passe un si bon moment qu'on s'en fiche !).

 

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Au passage, je n'ai pas spécialement envie de lire le roman mais j'ai assez aimé l'histoire pour être tentée par la bande-dessinée si les dessins me plaisent.

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Coraline, un film de Henry Selick, 2009

 

Vite fait, vite fait :

Ils n'ont aucun rapport avec la lecture mais bon, soyons fous.

age de glace.jpgSi vous devez choisir en ce moment entre plusieurs films le dimanche soir au ciné, oubliez L'Âge de Glace 3 : le Temps des Dinosaures qui pourra largement attendre la sortie en DVD à moins de pouvoir le voir en 3D évidemment. C'est mignon, plutôt drôle, Sid est toujours la catastrophe ambulante qu'on adore, l'histoire tient la route, mais le tout a un petit goût de déjà vu et les gags rappellent les premiers films. Une légère déception.

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L'Âge de Glace 3 : le Temps des Dinosaures, un film de Carlos Saldanha, 2009

good morning england.jpgPar contre, si vous êtes plutôt pop and rock, ne laissez pas passer Good Morning England dont la BO monopolise mon lecteur CD ces derniers temps. Années soixante. Les radios pirates font vibrer l'Angleterre, ce qui n'est pas au goût du ministre de la culture, prêt à les faire disparaître. Alors que Radio Rock vit ses derniers instants, le jeune Carl est envoyé sur le bateau-radio par sa mère, histoire de le remettre sur le droit chemin après son renvoi du lycée. Drôle d'idée quand on sait que le bateau est un lieu de débauche et de douce folie entre mélomanes. Voilà un excellent film, plein d'humour et de fraîcheur, rythmé par une BO absolument génialissime.

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Good Morning England, un film de Richard Curtis, 2009

26/07/2009

Lancement du Bloody Swap d'Halloween

dracula-photo-dracula-6206222.jpgOyez, oyez braves gens !

J'ai décidé de mettre en pratique une idée qui me trottait dans la tête depuis un petit bout de temps, à savoir lancer un swap pour Halloween: le Bloody Swap consacré en toute simplicité aux vampires et autres créatures de la nuit.

 

Je prévois un autre billet rapidement pour vous donner plus de précisions, mais voici les dates approximatives :

- inscription à compter d'aujourd'hui et ce jusqu'au 6 septembre à minuit.

- environ 15 jours - 3 semaines pour envoyer les colis, avec une date limite pour les envois de la France à la France le 21 octobre.

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Le colis devra contenir :

- 1 DVD vampiresque ou autrement monstrueux.

- 2 livres (pouvant comprendre une BD ou un manga).

- la traditionnelle gourmandise.

- un objet en lien avec le thème du swap.

- 1 carte d'Halloween, of course !

 

Hocus-Pocus.jpgJe compte publier une liste de titres de films ou de livres, des idées de sites ou de boutiques pour vous aider. Et bien sûr, je prévois un questionnaire détaillé pour permettre à chacun d'explorer à sa façon le terrible monde de la nuit et de découvrir de nouveaux titres, récents ou classiques, après les folles aventures de Bella, suivies de près par la blogosphère :)

Les places sont limitées à 30 participants. Il faut que vous ayez un blog ou que je vous connaisse (commentaires réguliers sur les blogs, participation à d'autres swaps par exemple) etc. Surtout, l'essentiel est d'avoir envie de faire plaisir et de s'amuser ! Plutôt agréable, non ?

Ce swap est aussi ouvert aux blogueurs résidant en dehors de la France (précision du 27/07)

Pour vous inscrire, voici le mail créé rien pour vous, c'est'y pas beau tout ça ? : bloodyswap@gmail.com

WELCOME TO MY CASTLE, CREATURES OF THE NIGHT !


13:28 Publié dans Swap | Lien permanent | Commentaires (58) |  Facebook | |

23/07/2009

Et l'homme dans tout ça ?

ferrari_dieu animal.jpgJe profite de mon rythme d'été pour programmer en priorité des notes sur les romans reçus dans le cadre du Prix Landerneau et d'autres reçus eux aussi fort gracieusement, dont il serait grand temps de parler. Dans la suite de mes lectures des livres finalistes du Prix Landerneau*, je viens de découvrir Un dieu un animal, lauréat 2009. Curieusement, l'an dernier comme cette année je m'attendais à ce que les deux lauréats remportent effectivement ce prix en recevant la sélection, sans doute en raison des thématiques choisies. Je ne me suis pas trompée mais, comme l'an dernier, je n'ai pas vraiment été conquise par le choix du jury. En revanche, autant l'an dernier je n'adhérais pas à de nombreux aspects du livre de Yasmine Char, qui m'avait profondément ennuyée, autant cette année je reconnais volontiers que je suis passée à côté d'un bon roman.

Un dieu un animal est l'histoire de ce « tu », mercenaire dans une région où les attentats et les exécutions publiques barbares ne manquent pas. Voilà un homme en quête d'aventure, de sang et de liberté qui semble ne pas attacher beaucoup d'importance à la vie humaine. Il reprend pourtant contact après de longues années avec Magali, sa première amourette, dont le souvenir a pris avec le temps une dimension sacrée, presque divine. De son côté, l'adolescente est devenue une jeune cadre dynamique consacrée corps et âme à son entreprise.

D'autres lecteurs plus enthousiastes que moi ont très certainement déjà rendu justice à la structure ambitieuse et au rythme particulier de ce roman. J'ai surtout apprécié le superbe travail sur la langue qui donne au texte une sonorité presque sensuelle. Jérôme Ferrari signe là un récit dense et exigeant, comme le sont d'ailleurs souvent les ouvrages proposés par Actes Sud. Malgré tout, j'ai failli abandonner ce livre à plusieurs reprises car il ne me correspond absolument pas et m'a laissée insensible sur le fond, malgré de jolis moments très poétiques. Les martyrs, les terroristes, les mercenaires et autres nouveaux guerriers des Moyen et Proche Orients sont un sujet très à la mode depuis le 11 septembre, de même que les visions très critiques du monde de l'entreprise et de son mode de fonctionnement (en particulier dans le marketing et la publicité). Ce sont des thèmes qui ne m'attirent que très modérément ; plus encore, je ne suis pas toujours d'accord avec les clichés véhiculés et, lorsque certaines questions soulevées sont pertinentes, j'ai toujours l'impression d'avoir lu ou vu les mêmes images au préalable. Je n'ai donc pas du tout été convaincue par le décor planté par le narrateur, même si, avec des thèmes pour moi un peu éculés et revisités cent fois, Jérôme Ferrari arrive à innover par la forme et à soulever des questions plus fondamentales sur Dieu, l'être humain, son fonctionnement et sa place dans le monde. Un récit très sombre qui ne m'a pas vraiment conquise mais qui me donne envie de découvrir les précédents écrits du même auteur.

Les avis des autres blogueurs participant à l'opération de communication autour du Prix Landerneau (j'ai essayé de retrouver tous les billets) : Anne «Et incontestablement, indéniablement ce livre n'est pas fait pour moi » , Caro[line] «Ce roman n’est donc pas une lecture coup de cœur ou coup de poing mais cela reste une belle lecture » ; Cathulu « 110 pages puissante et cruelles », Fashion « la description sans concession et terrifiante d'une humanité qui court à sa perte », Le Bibliomane « Un roman essentiel, peut-être l'un des plus marquants qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps », Lily « Un vrai grand coup de coeur ! », Michel "Son roman est extrêmement bien écrit, les phrases sont très belles, mais je n’ai pas accroché pour autant », Papillon « un texte magnifique et dur » mais « j'ai du mal à adhérer à une telle désespérance », Sylire « Un "presque" coup de coeur. Il manque peut-être à mes yeux, dans ce texte désespéré, une petite note d'espoir, même infime... ».

J'arrive à mi-chemin dans ces lectures des finalistes du Prix Landerneau. Ce livre a été celui que j'ai eu le plus de mal à lire pour les raisons citées plus haut, mais il est à mon avis plus abouti que les deux romans lus précédemment, Les Mains nues et A l'angle du renard. Trois lectures en demi-teinte donc ; je viens à peine de commencer L'Origine de la violence dont les premières pages me laissent espérer un réel coup de coeur ; j'avais aussi lu une centaine de pages de L'Homme barbelé mais je l'ai laissé de côté depuis plus d'un mois, un peu effrayée par les critiques lues çà et là et moyennement captivée par l'histoire (il en allait de même des trois autres lectures achevées, cela dit).

* Ami lecteur qui passes par ici, ne connais pas bien la blogosphère et encore moins le Prix Landerneau, il s'agit d'un prix mis en place avec les Espaces culturels Leclerc. Le lauréat est déterminé par un jury extérieur à la blogosphère mais les livres finalistes sont proposés à quelques blogueurs dont j'ai fait la liste . Plus d'infos sur le prix chez Bibliza.

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110 p

Jérome Ferrari, Un dieu un animal, 2009

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***

sense and senibility and sea monsters[7].jpgEt pour les amateurs, signalons un nouveau livre à la couverture et au titre pour le moins improbables, dans la veine des Zombies qui pour l'instant n'ont pas vraiment convaincu les janéites (cf description Amazon UK) :
Sense and Sensibility and Sea Monsters is expanded edition of the beloved regency romance--with thrilling all-new scenes of giant lobsters, rampaging octopi, two-headed sea serpents, and other biological monstrosities. As our story opens, the Dashwood sisters are evicted from their childhood home and sent to live on a mysterious island full of savage creatures and dark secrets. While sensible Elinor falls in love with Edward Ferrars, her romantic sister Marianne is courted by both the handsome Willoughby and the hideous man-monster Colonel Brandon. Can the Dashwood sisters triumph over meddlesome matriarchs and unscrupulous rogues to find true love? Or will they fall prey to the tentacles which are forever snapping at their heels? With many strange and wonderful illustrations throughout, Sense and Sensibility and Sea Monsters invades the prim and proper world of Jane Austen with the outrageous mythology of Jules Verne, H.P. Lovecraft, Lost, Spongebob Squarepants, Red Lobster, and Popeye the Sailor. Let the monster mash-up begin.

18/07/2009

Fantômes, spiritisme et Victoria

phillips_angelica.jpgRepéré chez la très enthousiaste Madame Charlotte, Angelica avait tout pour me plaire et ne m'a pas déçue. Oubliez la critique du Washington Post racoleuse qui vous lorgne depuis la couverture (« Un puzzle infernal par l'un des meilleurs écrivains d'aujourd'hui ! », voilà qui est effrayant!) et laissez-vous tenter si :

  • Vous êtes un tantinet obsédé par l'époque victorienne, ou si ce cadre ne vous rebute pas particulièrement, puisque c'est là que Phillips nous entraîne. Ceci dit, assez peu de scènes sont précisément marquées par l'époque et le lieu ; il pourrait s'agir d'un roman historique au contexte plus vague.
  • Les histoires de fantômes faisaient votre bonheur lorsque vous faisiez 1m12 et aviez quelques années de moins.
  • Le fait d'être le jouet d'un narrateur ne vous dérange pas, pas plus que le fait de lire plus de 400 pages et 4 versions différentes d'une même histoire pour finalement devoir vous faire votre propre idée.

Madame Charlotte parlait du Tour d'Ecrou d'Henry James. Le principe est peu le même, dans le sens où l'on est confronté à une histoire de fantômes qui semble très réelle, pour finalement voir cette même histoire remise en cause ou corroborée de différentes façons, le doute subsistant toujours à la fin. Personnellement, j'ai trouvé le roman de James plus effrayant en raison de l'atmosphère oppressante qu'il rend si bien, tandis que Angelica repose davantage sur un système de rebondissements, de manifestations nettement fantastiques et joue davantage sur les différents points de vue, ce qui permet de mieux comprendre les incohérences observées dans le comportement des uns et des autres. S'il est difficile d'égaler Henry James avec ce qui est pour moi son chef-d'oeuvre machiavélique, Angelica relève assez bien le défi sur le plan narratif.

Au final, il ressort des complots d'Arthur Phillips un page-turner convaincant, dont le plus grand mérite est de tenir le lecteur en haleine avec un faux thriller et un faux roman historique, un plat d'autant plus savoureux que l'écriture est assez soignée, malgré quelques coquilles à imputer malheureusement à l'éditeur (exemple: « à quiconque te la réclameras » p310). Rien de bien méchant ceci dit, mais cela m'agace toujours.

Je n'avais pas lu un roman de ce genre depuis assez longtemps et, amis lecteurs, je me suis régalée. J'ai du coup écouté sagement les conseils du Magazine Littéraire (particulièrement palpitant ce mois-ci d'ailleurs, entre Dracula, Holmes, les collections livre+CD de l'Imaginaire et un autre article que je n'ai pas encore lu mais qui me semblait tout aussi anglo-saxon et bien sûr tout à fait prometteur) : je lirai bientôt un autre thriller victorien. Voilà qui est dit !

Et voici les premières phrases de ce roman :

J'imagine que le pensum qui m'a été donné à faire devrait commencer sous la forme d'une histoire de fantômes, puisque ce fut sans doute ainsi que Constance vécut les événements. Je crains toutefois que le terme n'éveille en vous des espérances déraisonnables. Je ne m'attends certes pas à vous fiare peur, vous moins que quiconque, dussiez-vous lire ces lignes à la lueur grimaçante d'une chandelle et sur des planchers grinçants. Ou moi gisant à vos pieds. (p 13)

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423 p

Arthur Phillips, Angelica, 2007

13/07/2009

Les folles aventures de Miss Lou en compagnie de Marie-Henri

stendhal_vanina+coffre mon edition.jpgJe ne sais pas pourquoi mais Stendhal passe chez moi comme un nuage, mes souvenirs en la matière étant toujours particulièrement brumeux. Le Rouge et le Noir avait été une lecture d'été plaisante pour mes 19 ans, mais je crois que c'est l'un des classiques dont je me souviens le moins aujourd'hui ; quant aux nouvelles Vanina Vanini et Le Coffre et le Revenant lues il y a environ un mois, on dirait bien que le sort qui leur est réservé n'est pas plus enviable. Je serais étonnée de me souvenir encore de leur trame dans six mois.

Dans Vanina Vanini, l'héroïne se prend de passion pour une jeune femme cachée par son père et soignée en cachette. Lorsqu'elle découvre qu'il s'agit d'un carbonaro poursuivi par les autorités, elle croit avoir trouvé son héros après avoir refusé maintes demandes en mariage. Mais le jeune amant est partagé entre la belle Vanina Vanini et son sens de l'honneur. Leur histoire n'est donc pas de tout repos.

Dans Le Coffre et le Revenant (et je me souviens que j'avais choisi ce livre au collège ou au lycée en raison du mot « revenant », qui n'en est pas un mais il m'a fallu dix ans pour le découvrir !), il s'agit du malheureux mariage d'une douce jeune femme avec le terrible directeur de la police qui, jaloux et possessif, entend bien écarter définitivement l'ancien fiancé de sa pauvre épouse. L'amoureux éconduit à contrecœur tente de retrouver sa belle en se cachant dans un coffre censé contenir des étoffes. Au péril de sa vie, car le mari-tortionnaire veille.

Voilà deux textes qui se laissent lire mais qui ne vont pas franchement constituer une révélation dans ma vie de lectrice ; ils auraient pour moi stendhal_vanina+coffre.jpgparfaitement trouvé leur place dans une feuille de chou publiant en épisode des histoires rythmées pour un public avide de sensations (feuilles de chou qui ont ceci dit publié des romans incontournables). Stendhal ne nous épargne rien, pas même l'improbable, à commencer par cette Vanina Vanini qui prend son futur amant pour une fille malgré de nombreux échanges. Je sais bien qu'autrefois au théâtre il suffisait à un homme de porter la robe et une perruque pour jouer le rôle d'une femme, mais j'ai trouvé l'étonnement de Vanina Vanini assez grotesque. Certes, Stendhal est un passionné, ses personnages sont magnifiés par la force de leurs émotions et patati et patata mais vraiment, que c'est mal ficelé ! Au final, je n'ai trouvé aucune des deux histoires crédibles (ce qui dans le fond ne me dérange pas car ce n'est sans doute pas le but), tandis que ni le style, ni l'impression de mouvement ne m'ont réellement emportée. La très courte introduction suggère le choix d'un réalisme (ah bon ?) politique, soulignant le fait que Stendhal a été chassé d'Espagne et d'Italie, les lieux décrits, pour ses convictions. C'est un point intéressant mais qui ne me convainc pas tout à fait de l'intérêt de ces nouvelles.

J'avoue que Vanina Vanini est intéressante : maîtresse passionnée, on pourrait attendre d'elle un dévouement total alors qu'en réalité, il s'agit d'un personnage profondément égoïste qui ne soutient les projets de son amant que lorsque cela sert son propre intérêt. C'est une femme pragmatique, qui après sa malheureuse histoire, choisit de se marier à un autre, se plaçant bien loin des clichés romantiques. Quant à la deuxième nouvelle, dont la fin est catastrophique pour l'héroïne, on peut s'étonner du peu de moralité de l'histoire et de la manière crue avec laquelle en quelques phrases coupantes comme ce qu'elles énoncent, on apprend le meurtre de la femme malheureuse, une fin brutale qui finalement rétablit l'équilibre, laissant le tortionnaire dans sa situation de célibat initiale et mettant fin au désordre matrimonial occasionné par le retour de l'ancien fiancé. Malgré tout, je ne peux m'empêcher d'avoir l'impression que ces textes sont un peu légers. J'ai surtout bien ri et lu rapidement l'ensemble pour satisfaire ma curiosité. Je suis comme vous vous en doutez un peu déçue car après tout, c'est Stendhal, que diable !

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108 p

Stendhal, Vanina Vanini, 1829 / Le Coffre et le Revenant, 1830

10/07/2009

Once you put your hand in the flame

cortanze_belle endormie.jpgAprès l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.

Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.

Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.

A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.

Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !

(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

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122 p

Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009

08/07/2009

Absolutely fabulous

... c'est le nouveau petit nom de Madame Charlotte pour ceux qui ne le savaient pas encore. Car non seulement Madame Charlotte aime Wilkie Collins, Dickens et les Victoriens et joue avec moi les helpdesks de rêve alors que je projette de créer un nouveau blog, mais elle me conseille en plus des bouquins super chouettes (je laisse planer le suspense d'ici ma chronique) ET a créé en exclusivité pour votre fidèle et dévouée un superbe logo pour ceux qui comme moi, souffrent de wildite aiguë.

 

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Merci Lady Charlotte et n'oublions pas :

OSCAR POWA !! ;)

Mozart VIP à Saoû

dollinger_visiteur saou.gif... et Mary Dollinger en guest star.

Ceux qui visitent régulièrement mon antre livresque ont sans doute remarqué les bons moments passés en compagnie de Mary Dollinger, avec cette drôle d’histoire de bébés réchauffés et surtout, la rencontre tragi-comique d’illustres auteurs et du très ténébreux monde de l’édition. Je poursuis tranquillement ma balade en ces douces contrées avec, modestement je vous l’accorde, une soirée en compagnie de Mozart (l’un des personnages portant d’ailleurs le vrai petit nom caché de Miss Lou, je saluerai au passage l’auteur pour cette délicate attention qui n’est pas passée inaperçue et qui me va droit au cœur, en toute simplicité).

Aujourd’hui s’ouvre le Festival de Saoû, manifestation consacrée à Mozart et sévissant depuis vingt ans pour le plus grand plaisir des mélomanes et le désespoir sans fin des fans de Justin Timberlake.

Alors que le comité composé d’admirateurs dévoués (corps et) âme à Mozart planche sur la programmation, le tonnerre gronde à chaque fois que le mot « Requiem » est prononcé. Serait-ce Dieu venu manifester sa colère ou au contraire son bonheur à l’idée de voir cette pièce magistrale devenir le clou du spectacle ? Non point. C’est tout simplement Mozart qui vient se mêler de la programmation et rappeler que franchement, ce Requiem, bu, mangé, cuisiné à toutes les sauces, que dis-je ? ce Requiem donc, lui sort par les oreilles.

Miracle ? Imposture ? Dieu (le directeur) et ses apôtres (Martial, Quentin, Marie-Laure et Cécile) sont partagés, entremozartpg.jpg les conquis (une héroïne rougissante est née), les sceptiques (armé d’arguments scientifiques : taille, couleur des cheveux, âge du défunt fraîchement débarqué) et les diplomates.

Evidemment je ne vous en dirai pas plus, car il faut que vous alliez ce soir à Saoû pour découvrir Mozart par vous-mêmes ou, si vous êtes un brin paresseux, dans la librairie la plus proche pour commander cette petite pièce de théâtre, cette « comédie pour mélomanes ».

Voilà en tout cas une pièce légère et amusante qui ouvrira le Festival avec un esprit enjoué et beaucoup de fraîcheur. L’humour en fait une lecture agréable mais il me semble que la mise en scène et le jeu des acteurs seuls permettront à ce texte de vivre pleinement, comme cela arrive souvent (je pense notamment à Good Canary complètement emporté par la mise en scène de Malkovich et le jeu tantôt drôle et touchant, tantôt bouleversant des rôles principaux).

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Et voici le coupable :

http://www.deezer.com/track/1025083

A venir bientôt, encore grâce aux bons soins de Mary Dollinger qui en plus me conseille des films et des romans victoriens (how weird !) : Au Secours Mrs Dalloway.

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71 p

Mary Dollinger, Le Visiteur de Saoû, 2009

06/07/2009

My bloody Valentine

curtis klause_solitude 02.gifSuite aux conseils de Laëtitia La Liseuse, j'ai découvert récemment La solitude du buveur de sang d'Annette Curtis Klause. Dans la collection Frissons de Pocket Junior qui a marqué mon année de CM2 et mon entrée en 6e (souvenirs souvenirs), ce roman est celui de Zoé, une adolescente qui rencontre un vampire alors que sa vie semble sur le point de s'écrouler. Entre l'agonie de sa mère à l'hôpital et le déménagement de sa meilleure amie, Zoé est une adolescente en souffrance. Lorsqu'un soir elle voit un étrange garçon dans son parc favori, elle est loin de se douter qu'il s'agit d'un adolescent changé en vampire en Angleterre au XVIIe. A la même époque, une vague d'assassinats sauvages perturbe la tranquillité de la petite ville où vit l'héroïne : des jeunes femmes sont retrouvées la gorge tranchée dans des passages obscurs. Zoé emprunte un soir une ruelle dans laquelle on a retrouvé peu de temps avant le cadavre d'une femme égorgée. Elle y découvre Simon, le vampire, des plumes dans les mains et le visage barbouillé de sang.

Je garde un excellent souvenir de cette collection, qui proposait une large gamme de textes et des histoires très bien menées. Ce titre ne fait pas exception à la règle, même si j'ai été surprise de repérer plusieurs fautes d'orthographe, ce qui me gêne particulièrement dans une édition qui vise un jeune public. Et, si quelques conversations entre Zoé et sa meilleure amie sont peut-être un peu artificielles, j'ai trouvé ce roman plein de qualités. Je l'aurais adoré 15 ans plus tôt. Et, du haut de mes 20 et quelques années, même si j'ai ressenti un certain décalage, j'ai dévoré ce livre, passant un excellent moment en compagnie de Zoé et de Simon.

Ce texte s'appuie finalement beaucoup sur une vision classique du vampire. La transformation se fait par l'échange de sang (c'est le cas curtis klause_solitude buveur 01.jpgdans Anne Rice, en revanche si on repense à LA référence Dracula, toute victime de vampire devient vampire à son tour après sa mort), les croix éblouissent les vampires que l'on peut parfaitement tuer en les transperçant de pieux, ces mêmes vampires qui vivent la nuit, portent avec eux un peu de leur terre natale et brûlent au contact du soleil.

Si j'ai apprécié l'héroïne et suivi avec intérêt ses passages à l'hôpital, les échanges avec sa meilleure amie et autres éléments récurrents de son quotidien, c'est surtout la partie consacrée au vampire qui m'a intéressée. Bien que bref, le récit de la transformation dans l'Angleterre de Cromwell et de Charles II a fait mon bonheur. J'ai trouvé les vampires de ce roman très crédibles, y compris dans leurs échanges avec les mortels et leur intégration dans la société d'une petite ville américaine dans les années 1980-1990.

Et comme je vous aime bien, amis lecteurs, je vous parlerai très certainement bientôt de deux autres romans « jeunesse »* sur le même thème (tant qu'à faire je les lis dans la foulée pour pouvoir comparer). Normal, après la redécouverte de Je m'appelle Dracula, un grand bonheur de lecture à une époque où je portais encore des couettes et gardais dans ma chambre des cassettes de Dorothée, et un plaisir vraiment renouvelé cette année ! Si c'est pas formidouble, ça...

* A ce sujet, je vous invite à lire le très joli billet de Malice qui revient sur la notion maladroite de « littérature jeunesse ».

Et pour le fun, ce montage qui permet à Buffy de tuer Edward et de mettre fin au pire maquillage de l'histoire du cinéma (depuis le film sur Michael Jackson avec un acteur noir maquillé uniquement au visage et ayant en plus l'air gris !).


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214 p

Annette Curtis Klause, La solitude du buveur de sang, 1990

04/07/2009

V'là l'bon p'tit gars Arsène !

juhel_angle renard.gifA L'Angle du renard est un texte assez curieux, raconté à la première personne par un agriculteur d'âge moyen, Arsène le Rigoleur. Très attaché à sa terre, enraciné dans sa propriété, il commence par évoquer le décès d'un voisin et l'arrivée d'un couple avec enfants qui symbolise assez bien ces gens de la ville qui débarquent avec leurs idées de bon air et leur conception bourgeoise et propre de la vie à la campagne. Notre narrateur se lie rapidement d'amitié avec la fille de ses nouveaux voisins, son « feu follet », une petite Juliette qui a décidé de l'appeler tonton et de s'inviter régulièrement chez lui. Si on peut penser au début que c'est là la principale histoire, et que l'hostilité des parents sera sûrement à l'origine de la plupart des péripéties, on découvre une plus sordide réalité au bout d'une centaine de pages (après quelques indices glissés au préalable). Fini le narrateur plutôt sympathique bien qu'un peu rustre sur les bords. Place à de sombres secrets auxquels Arsène semble intimement mêlé.

Voilà pour l'histoire. Pour le reste, j'ai un avis très mitigé sur ce roman qui ne m'a pas vraiment convaincue. Alternant des chapitres courts, ce livre se lit facilement et c'est sans problème que j'ai pu le découvrir, me forçant à finir les chapitres qui ne m'intéressaient que modérément pour découvrir une nouvelle scène qui me séduisait plus. Et de chapitre en chapitre, j'ai fini par lire d'un trait les 80 dernières pages, ce que je n'aurais sans doute pas fait si je m'étais vraiment ennuyée. Malgré tout, j'ai nettement préféré certains passages à d'autres. Les scènes consacrées au renard (en particulier le piège et la mise à mort) sont symboliques et parfois caractérisées par une intensité presque douloureuse qui m'a touchée. Le passé du Rigoleur est un moteur pour le lecteur qui a besoin de découvrir la fin, étant forcément poussé par la curiosité. Malgré tout je n'ai pas trouvé le récit franchement renversant, ce qui aurait été nécessaire pour compenser le style qui a été pour moi une épreuve vraiment désagréable. Adoptant un ton familier, « du terroir », un ton à mon avis surfait et artificiel, Arsène ne m'a pas semblé crédible un seul instant. Il est très difficile de faire adopter à un personnage un langage très différent du sien. Et de surcroit, lorsqu'on choisit de faire parler un agriculteur, on risque aisément de verser dans la caricature. Malheureusement, ce pauvre Arsène m'a fait de la peine avec sa mentalité de vieux garçon des années soixante, coincé dans une époque révolue. Non seulement le langage employé a rendu pour moi cette lecture pénible (malgré quelques passages très joliment tournés et un beau prologue), mais j'ai eu l'impression de revoir de vieux films avec des Depardieu ou je ne sais qui dans le rôle du paysan arriéré qui parle du Père et de la Mère comme au XIXe siècle, avec des tournures qui me rappellent les expressions de paysans nettement plus âgés. J'ai souffert pour ce pauvre Arsène, personnage drôlement archaïque planté dans son champ comme une patate moisie au milieu d'un bon gratin dauphinois.

Je me demande aussi d'où lui vient la comparaison d'un sourire avec ceux des hôtesses de l'air, puisqu'il insiste sur le fait qu'il ne veut pas sortir de son patelin. Je sais bien qu'il peut les avoir vues à la télévision mais cette évocation spontanée me semble un peu curieuse. Là, je l'avoue, ce n'est pas impossible et c'est peut-être le contexte qui m'a rendue plus sceptique.

A noter deux expressions étonnantes : "c'était CES histoires à Marilou, pas les miennes" et "ce renard, il en venait précisément de chez les sauvages, et le Père, il l'était bien un peu aussi à CES heures, il faut l'avouer". Arsène aurait-il un problème avec CES possessifs à lui ?

Cette lecture a donc été pour moi une déception, d'autant plus que le sujet aurait pu m'intéresser et que j'ai aimé le clin d'œil à deux reprises mccoy_they shoot horses.gifà l'excellent They shoot horses, don't they ? de Horace McCoy. Sans parler de thèmes bien exploités, comme le rapport à l'animal avec l'odorat aiguisé du narrateur, qui perçoit aussi le moment où les cloches de l'église vont sonner au grattement de l'aiguille de l'horloge.

 

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D'autres avis, globalement positifs : Caro[line], Anne, Fashion, Papillon, Cathulu, Lily, Clarabel et Katell.

Deuxième lecture de la sélection finale du Prix Landerneau, qui a été remis à Jérome Ferrari pour Un Dieu, un Animal.

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235 p

Fabienne Juhel, A l'angle du renard, 2009

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01/07/2009

A real Victorian

mayor_3e miss symons.jpgHenrietta était la troisième fille et le cinquième enfant des Symons, si bien que, lorsqu'elle arriva, l'enthousiasme de ses parents pour les bébés avaient décliné. (…) Quand elle eut deux ans, un autre garçon naquit et lui ravit son honorable position de cadette. A cinq ans, sa vie atteignit son zénith. (…) A huit ans, son zénith fut révolu. Son charme la quitta pour ne jamais revenir, elle retomba dans l'insignifiance. (p7-8)


Avec précision et détachement, voilà comment le narrateur introduit Henrietta, La troisième Miss Symons de Flora M. Mayor. Henrietta est une petite fille victorienne malheureusement arrivée au mauvais moment dans sa famille, trop tôt pour jouir du statut privilégié de cadette, trop tard pour vraiment susciter l'enthousiasme de ses parents. D'où cette phrase cruelle :

Une grande famille devrait tant être une communauté heureuse, or il arrive parfois qu'une des filles ou un des garçons ne soit rien d'autre qu'un enfant du milieu, n'ayant sa place nulle part. (p 9)

D'abord jolie, l'enfant devient rapidement quelconque et surtout, sujette à des accès de mauvaise humeur qui finissent par l'isoler de tous. En manque d'amour, la petite Miss Symons cherche à tout prix à se faire remarquer et à être la favorite d'une seule personne. Ses soeurs aînées l'excluent, sa seule amie à l'école est très populaire et ne pense pas plus à elle qu'à une autre, l'enseignante qu'elle vénère est indifférente et l'aura oubliée quelques années plus tard.

Là était le problème : pourquoi personne ne l'aimait ? - elle pour qui l'affection comptait tant que si elle en était privée, rien d'autre ne comptait dans la vie. (p19)

De plus en plus triste et grincheuse, Miss Symons devenue jeune femme se fait ravir son seul prétendant par une de ses soeurs. Cet événement a priori mineur a une incidence catastrophique sur son parcours : blessée par cet échec, Henrietta Symons va se replier sur elle-même et laisser libre cours à sa mauvaise humeur, devenant un sujet de moqueries pour son entourage.

Henrietta continua de les aider longtemps après que tout le monde se fut lassé de leurs soucis financiers. Elle n'attendait aucune gratitude, et du reste personne ne lui en témoignait. En dépit de ce soutien concret, Louie donnait une image négative d'Henrietta et ses enfants la considéraient comme un fardeau.

« Ah, c'est l'année de Tante Etta, quelle plaie ! Dire qu'il va falloir la supporter trois semaines. » (p101)

Il est vrai que c'est un personnage a priori peu sympathique – et le lecteur compatit d'autant plus qu'il sait pourquoi Miss Symons est devenue si aigrie et malheureuse. Henrietta est en particulier très "vieille Angleterre" et conserve une vision largement dépassée des différences de rang et des classes sociales les plus démunies. Il y avait les gens de maison, bien sûr, mais à l'exception d'Ellen, elle les considérait surtout comme des machines au service de son confort et susceptibles de tomber en panne à moins d'une surveillance constante. (p68) Quoi qu'il en soit, les remarques acides à son égard vont bon train et fusent de tous côtés, comme lorsque le fiancé miraculeux rencontré tardivement rompt son engagement : Elle ne rompit pas, mais le colonel ne tarda pas à le faire, ayant découvert que sa fortune n'était pas aussi conséquente que ce qu'on lui avait donné à croire. Il y avait un solide petit quelque chose, il est vrai, mais compte tenu des qualités de la promise, plus de première jeunesse et décidément hargneuse (Henrietta s'imaginait tout miel avec lui), il estimait avoir droit à un petit quelque chose de beaucoup plus considérable. (p95) Sans parler du moment où le prétendant d'autrefois disparu, elle apprend qu'il n'aurait cessé de l'aimer : Elle était ravie. En réalité, c'était une fausse bonne nouvelle : il n'avait jamais repensé à elle. (p115)

Voilà un auteur que je ne connaissais pas mais que j'ai vite repéré en découvrant que Flora Mayor était née en Angleterre en 1872, était (à prendre avec des pincettes) l'« enfant littéraire » de Jane Austen et avait été remarquée et éditée par Virginia Woolf. Ce qui ne me surprend pas, car ce livre m'a beaucoup fait penser à Toute passion abolie de Vita Sackville-West en raison de l'analyse très précise des membres d'une même famille et du ton employé. Tout comme les aînés du roman de Sackville-West, les proches d'Henrietta sont égoïstes et assez mesquins, tout en se cherchant eux aussi des justifications pour se donner bonne conscience.

Henrietta avait toujours été généreuse, et ses soeurs en vinrent très vite à considérer comme un dû qu'elle vole à leur secours en cas de nécessité.(...) De leur point de vue, si une femme avait eu la chance de se voir épargner les désagréments du mariage, le moins qu'elle puisse faire était d'aider ses soeurs moins chanceuses. (p58) Y compris celle qui a fait s'envoler tous les espoirs de mariage d'Henrietta afin de ne pas avoir à se marier après une plus jeune soeur.

Finalement voilà un personnage très touchant, en souffrance, en somme une vieille bique réactionnaire à laquelle on s'attache, faute de pouvoir l'aimer. Disséquée par un narrateur omniscient peu complaisant, son histoire est une micro tragédie, d'autant plus amère que Miss Symons est parfaitement consciente des sentiments qu'elle inspire. Ainsi, vers la fin, elle prononce cette déclaration terrible : Je ne pense pas qu'il y ait grand-chose d'aimable en moi. Personne ne m'aime. Je suppose que si personne ne nous aime, c'est qu'on ne mérite pas d'être aimé. (p105)

J'ai choisi de citer de nombreux passages pour vous montrer la richesse de l'analyse et la dureté (je dirais presque la violence) de phrases d'apparence anodine, voire amusante. Ce livre est sombre et après avoir lu les quelques commentaires sur le zénith révolu à l'âge de huit ans, autant dire que le lecteur n'a guère plus d'espoir. Il ne reste plus qu'à attendre la fin forcément tout aussi joyeuse et découvrir la fascinante évolution d'un caractère que rien ne prédisposait vraiment à la solitude. Voilà un roman à mon avis habilement construit, ironique et très agréablement écrit, un livre subtil qui devrait plaire aux lectrices de Woolf et de Sackville-West et de manière plus générale, à tous les amateurs de littérature classique anglaise. Il occupera une place privilégiée dans ma bibliothèque.

Lu dans le cadre du blogoclub de lecture, dont le sujet ce mois-ci était la famille.

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128 p

Flora M. Mayor, La troisième Miss Symons, 1913

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