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30/06/2009

Miss Lou, par les couleurs alléchée...

marienske_degre supreme tendresse.jpgA tous ceux qui comme moi, malgré leurs professions de foi et leurs bonnes intentions, succombent devant une couverture affriolante comme on se pâmerait devant un joli minois (ou un Colin Firth en Darcy), voici une petite piqûre de rappel :

Non !, il ne faut pas forcément donner sa chance à un livre en fondant de la sorte, car l'habit ne fait pas le moine, les titres sont parfois trompeurs, les couvertures encore plus.

Lisant les romans proposés par le Livre de Poche depuis environ un an et jusqu'ici plutôt contente de mon sort, j'ai fait aveuglément confiance au joli titre Le Degré suprême de la tendresse (charmante définition du cannibalisme par Dalí), à la cerise appétissante, à la bouche suggestive et au rose bonne humeur, bonbons et baisers. Mais ensuite, quelle galère !

Partant d'un fait divers sordide (une fellation imposée et une bouche avide qui croque hardiment le membre impertinent), Héléna Marienské propose ici plusieurs pastiches, réécrivant cette histoire avec des variantes, « à la »... et c'est là que ça ce gâte.

Car votre fidèle et dévouée est un esprit curieux, une exploratrice des territoires vierges ou pas, une aventurière de la phrase qui était prête à se laisser embarquer dans ces histoires coquines finissant sur un mode insalubre, quitte à laisser pour ce faire Pemberley où elle se la coulait douce depuis quelques mois. Mais... et là oui, il y a un mais, les références, que dis-je, les modèles de l'auteur sont à peu près tout ce que Damoiselle Lou abhorre dans la scène littéraire actuelle, pour ne pas dire la production verbeuse, narcissique, nombriliste, misogyne et auto-thérapeutique très en vogue dans les têtes de gondole des grands magasins.

Voilà donc une rencontre ratée, malgré l'originalité du procédé employé par Marienské (il y avait bien Fioretto mais en voilà un qui a largement humé le bon air des blogs avant de pondre son livre-conserve ou alors il y a des fois de ces coïncidences dans la vie......!), sans parler des qualités évidentes de son écriture, qui sait ma foi très bien s'adapter aux contraintes des différentes formes et références qu'elle s'impose. Un exercice de style réussi donc (peut-être un brin caricatural mais avec certains de ses modèles, ce n'est guère difficile), cependant pour moi, hormis la lecture de La Marquise Héloïse à la manière de Gédéon Tallemant des Réaux – son nom me rend ce monsieur tout à fait sympathique – une lecture ennuyeuse au possible. J'ai lutté contre Houellebecq (j'ai même ri une fois p39 mais j'ai le plus souvent pleuré), enragé contre Angot et, arrivée à la moitié, j'ai dû déclarer forfait. Dommage, d'autant plus cette exercice me donne finalement envie de relire Héléna Marienské. Avec un genre bien à elle. Et après m'être assurée du peu de rapport entre sa prose et celle de quelques autres que je ne nommerai pas.

Un livre à ne pas bouder, sauf s'il y a pour vous aussi contre-indication.

Et oui, je verse particulièrement dans les parenthèses aujourd'hui. So what ? (Lou, de bon poil)

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216 p de catastrophe absolue pour mon équilibre naturel.

Héléna Marienské, Le Degré suprême de la tendresse, 2008

28/06/2009

Les Enquêtes de Murdoch

inspecteur murdoch 01.jpgDepuis deux semaines, France 3 diffuse une nouvelle série policière qui se passe au Canada à la fin du XIXe siècle. Très victorienne, cette série a évidemment attiré mon attention et je dois bien avouer, amis lecteurs, que je suis tout à fait prête à suivre l'inspecteur William Murdoch et ses collègues lors des saisons à venir.

 

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Je ne doute pas que certaines seront interpellées par le physique avantageux de Yannick Bisson ; pour ma inspecteur murdoch 05.jpgpart, je le trouve très sympathique avec la voix de Tom Hanks en VF (eh oui pour l'instant je n'ai pas vu la VO, une fois n'est pas coutume) et ses cils décidément très dessinés. Le casting est très réussi, les personnages complémentaires, les intrigues variées et sympathiques, les enquêtes plutôt bien menées, le tout surtout saupoudré d'une bonne dose d'humour, qui donne tout son charme à cette série un brin décalée et franchement pittoresque. Plus que l'énigme, c'est surtout l'ambiance qui m'a séduite.

inspecteur murdoch 07.jpgMais ce n'est pas tout. Librement inspiré du personnage de Sherlock Holmes, Murdoch rend en quelque sorte hommage au célèbre limier, au point de le rencontrer dans le deuxième épisode. Et puis, pour les amateurs de littérature policière, sachez que cette série a pour origine les Murdoch Mysteries de Maureen Jennigs.

On passe un très bon moment !

 

 

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Le guide des épisodes. Un article intéressant présentant la série.

Ci-dessous, le début d'un épisode, avec le générique :

 

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Murdoch Mysteries, série, 2008

25/06/2009

Au secours Miss Bennet !

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J'ai décidé d'ajouter quelques impressions à mon billet sur Pride and Prejudice 2005 (17/03/09), ayant depuis revu la série de 1995 et relu le roman. Un poil ironique, toujours second degré et volontairement enflammée dans ma précédente chronique, j'ai fait partie des nombreux détracteurs de ce film (et suscité un débat qui amuserait sans doute Lizzie si elle était aussi réelle que l'affection follement débordante des janéites). Je laisse ci-dessous l'arme du crime avant de vous retrouver plus bas.

Billet d'origine (âmes sensibles s'abstenir) :

J'avais éte mise en garde par Fashion mais, étant un peu comme Saint Thomas, il me fallait le voir pour le croire. Veni, Vedi, Vinci (enfin j'ai des doutes sur ce dernier point) mais je préfère vous mettre en garde à mon tour: sans être très fleur bleue, il faut être follement téméraire pour consacrer 129 mn au film de Joe Wright Pride and Prejudice.

A sa décharge, je nourrissais déjà des soupçons à l'égard de ce film, que j'ai abordé avec des préjugés dont je n'ai pas réussi à me défaire :

1) une inquiétude certaine devant le nom du réalisateur : Atonement (Reviens-moi) m'a récemment fait pousser des soupirs exaspérés et râler à deux ou trois reprises quand l'histoire n'avançait pas ou dégoulinait de bons sentiments, comportement inédit chez moi, même devant Angélique Marquise des Anges – peut-être parce que j'avais dans les dix ans quand je l'ai vu.

2) un agacement persistant à la vue de Keira Knightley. Sa performance dans Atonement m'avait fait périr d'ennui et me l'avait rendue assez antipathique.

J'ai lu Pride and Prejudice il y a assez longtemps pour avoir oublié de nombreux détails. Ce n'est donc pas tellement l'adaptation que je trouve ratée, mais plutôt le film dans son ensemble.

Première épreuve : la famille Bennet. A force de vouloir faire ressentir le fossé qui sépare les Bennet de Bingley ou Darcy, Joe Wright se lance dans une parodie semble-t-il involontaire (le contraste entre le premier bal, très villageois, et le second, très guindé, en est un bon exemple). Les plus jeunes soeurs d'Elizabeth et sa mère sont terriblement vulgaires et stupides, gloussant comme des poules sentant le coq approcher. Les scènes à la ferme rendent souvent la famille plus ridicule encore, en particulier lorsque la mère sourit en voyant passer un cochon et ses testicules bien en vue.

Deux scènes avec la famille Bennet et j'éprouvais déjà le besoin de sortir baillons et fusils à pompe afin d'éviter la crise de nerfs – à la place Mister Lou et moi avons sorti le chocolat. A ce sujet, peut-être qu'un spectateur n'ayant pas vu les films délicats de la BBC ou ne s'intéressant pas aux moeurs du XIXe trouverait la scène irrésistiblement drôle. J'admets donc que je partais d'un mauvais pied.

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Les costumes et les coiffures m'ont déconcertée (Fashion en avait parlé aussi) : Elizabeth est particulièrement négligée. A l'exception de quelques scènes, son chignon est rapidement fait et des mèches s'en échappent en désordre ou pire encore, ses cheveux sont lâchés, sans chapeau. Sa tenue est elle aussi relâchée. Darcy avec sa chemise au col ouvert est charmant mais très débraillé et, à force de vouloir faire à tout prix une scène à la Darcy en chemise mouillée, le personnage perd de sa crédibilité.

Beaucoup de petits détails ne s'accordent pas du tout avec l'idée que je me fais de l'époque, à l'exemple de ces regards osés en public, des échanges presque familiers entre inconnus ou encore des soeurs pouffant grossièrement dans les pires situations.

Mais le pire reste le casting catastrophique – à quelques rares exceptions près. Malheureusement pour cette pauvre Keira Knightley, j'ai revu Love Actually quelques jours avant de subir ce Pride and Prejudice. Charmantes dans une comédie romantique où son nombre de répliques et son temps passé à l'écran sont limités, les trois expressions faciales pride and prejudice film 2005 02.jpgde cette actrice ont un effet désastreux lorsqu'elle joue Elizabeth. Concentration, petit sourire mignon, grand sourire (malencontreusement souvent accompagné d'un rire bête), regard à peu près inchangé du début à la fin : les sentiments sont communiqués selon un code répétitif qui ne laisse passer aucune émotion. Il en va de même pour ce cher Darcy qui, s'il est mignon, m'a fait à peu près le même effet qu'un tas de choux de Bruxelles refroidis. Soyons honnêtes : je n'attendais déjà plus rien de lui après la première scène, où, pour paraître austère et torturé, il affiche un air morne indiquant l'ennui profond qu'il éprouve – et qu'il communique rapidement au spectateur.

J'ai apprécié quelques scènes (Bingley répétant sa demande en mariage notamment) mais, dans l'ensemble, j'ai trouvé ce film ennuyeux à mourir. J'ai beaucoup baillé, à part deux crises de fou rire lors de scènes ridiculement mièvres (dont Elizabeth sur une colline, regardant le vide, une musique épouvantable nous rappelant que oui ceci est un film romantique et que oui, elle est amoureuse). Souvent exaspérée, j'ai trouvé que ce film est un parfait exemple de mauvais goût, ne le trouvant ni drôle ni romantique. L'histoire d'Elizabeth et de Darcy pâtit du jeu des deux acteurs, l'humour propre aux comédies romantiques n'a pas eu d'effet sur moi. J'ai trouvé ce film beaucoup trop mielleux. Quant au rapport avec Jane Austen, il est plus que vague.

Au passage, les Golden Globe Awards prennent un sacré coup dans mon estime puisque je viens de découvrir que Keira Knightley avait été nominée pour sa performance (au secours !).

Ce film n'est pas abominable et je comprends qu'il plaise, mais je ne pense pas du tout faire partie du public visé, étant trop attachée à certains codes propres aux films et romans ayant lieu au XIXe.

Malheureusement pour moi, un journaliste du Guardian a écrit après avoir succombé au charme de l'actrice : « Only a snob, a curmudgeon, or someone with necrophiliac loyalty to the 1995 BBC version with Colin Firth and Jennifer Ehle could fail to enjoy her performance. » J'assume.

Je vous recommande l'avis d'Allie, à l'opposé du mien, avec un billet très complet.

 

So what ?

 

prideandprejudice 04.jpgAouch ! Si Lou sort parfois ses griffes, il lui arrive aussi d'écouter les arguments adverses (si si) et de revenir parfois sur sa position. Quand en plus Lamousmé menace Colin Firth et se sent incomprise par ses fidèles groupies, il ne reste plus qu'à accorder le bénéfice du doute à un film qui a lui aussi ses adeptes. C'est donc diablement téméraire et prête à distribuer tous les bons points du loubook à Joe Wright que j'ai revu cette semaine ce sublime film qu'est Pride and Prejudice, version 2005.

 

Générique. Lou avec une tasse de thé et un grand sourire presque confiant.

Film + 10 mn. Premier bâillement étouffé.

Film + 15 mn. Cinquième bâillement et activation de l'opération "touillage de thé et résistance à l'appel du terrible pc-sudoku-téléphone-télé-finalement je sors".

30 mn plus tard. Appel au secours de SuperIsil, à la rescousse depuis sa base top cammouflage, en pleine phase de documentation (le Roundup est nocif pour l'homme, pas plus d'un verre par jour mes amis, soyez attentifs).

et ainsi de suite.

 

pride and prejudice film 2005 06.jpgAlors non, je n'ai définitivement pas été conquise par le film de Joe Wright, même si je lui trouve quelques qualités. Joe Wright a un goût certain pour les plans purement esthétiques ou vaguement symboliques : Lizzie sur sa colline, Lizzie sur sa balançoire – deux plans que je trouve longs et sans intérêt, mais aussi de jolies scènes marquant des moments charnière, comme celle  des draps et rideaux qui suggèrent un Netherfield abandonné par Bingley.

Contrairement à la minisérie, cette adaptation prend beaucoup de libertés avec le pride and prejudice film 2005 03.jpgroman. La plupart des personnages secondaires ont un rôle réduit à une peau de chagrin (l'affaire Wickam, les exquises répliques de Mr Bennet), tandis que l'histoire d'amour est traitée avec fougue, à la Brontë comme l'ont dit d'autres avant moi. Par ailleurs, je ne retrouve pas l'évolution très graduelle des sentiments que l'on ressent bien dans la série, les scènes entre Darcy et Lizzie ayant ici à peu près toujours la même intensité et conduisant souvent au même échange de regards entre les personnages.

prideandprejudice 2005 01.jpgMes plus gros reproches tiennent d'abord à la réalisation, qui fait de ce film un ensemble très artistique, assez beau mais avec quelques longueurs qui ne me paraissent pas justifiées alors que tant d'excellentes réparties et de passages importants du roman sont sacrifiés. Enfin, je ne reviens pas sur mon avis concernant les acteurs. Matthew MacFayden m'a seulement convaincue à partir de la deuxième moitié du film, tandis que Keira Knightley me déplaît presque de bout en bout, hormis quelques très rares exceptions. Je continue à trouver les gloussements et énormes sourires pénibles et ridicules, d'autant plus qu'ils n'embellissent pas franchement l'actrice à mon avis (que je trouve pourtant jolie dans d'autres films, mais tout ça est bien sûr terriblement subjectif). Par ailleurs je n'aime pas sa façon de débiter ses phrases à toute allure, sur un ton égal ou énervé. Dernier détail : pourquoi la filmer tout le temps, en particulier lors de la déclaration de Darcy, où l'on voit beaucoup moins ce pauvre garçon que sa future moitié ?

Ce film ne pouvait pas me plaire, parce qu'il est trop mélodramatique et que l'amour est trop immédiat, le tout manquant de l'humour ou des nuances que je recherche dans ce type d'histoire. Sans compter qu'il s'agit plus d'une oeuvre cinématographique originale que d'une adaptation, ce qui se défend mais me dérange un peu, surtout lorsque cela concerne une oeuvre à laquelle je suis attachée.

Ceci dit, je dois reconnaître que malgré mon ennui, j'ai beaucoup apprécié des éléments ponctuels, que je citerai ici en toute bonne foi prideandprejudice2005 02.jpg(histoire de relancer le débat ?!) :

  • Plusieurs personnages, en particulier ceux de : Charlotte Lucas (vraiment parfaite dans ce rôle, je la préfère à la Charlotte de 1995 que j'apprécie pourtant), Bingley, Caroline Bingley, Mary Bennet (moins caricaturale et plus touchante que dans la version 1995 – et toujours séduite par l'option Collins), Mr Collins (que j'aurais épousé si Jane avait déjà rencontré Bingley, car non seulement il n'est pas horrible mais il est plutôt timide et touchant avec ses fleurs, bien que toujours ridicule), Mrs Bennet (presque un contre-sens par rapport au roman, mais elle offre une autre version du personnage, plus humaine, plus agréable, un choix que j'ai trouvé intéressant).

  • L'arrivée de Jane à Netherfield, ponctuée par un éternuement.

  • Le désordre et l'anarchie qui règnent dans la bibliothèque de Mr Bennet ou lors des repas, donnant un peu plus d'animation aux scènes d'intérieur ; les jolis décors qui vont avec.

  • L'entrée des officiers dans le village.

  • Mr Collins se grattant la gorge dans le dos de Mr Darcy, au moment de se présenter.

  • Les fidèles endormis à l'église lors de l'intervention (dominicale ?) de Mr Collins.

  • Le passage où Darcy dépose la lettre dans la pièce où se trouve Lizzie. Oui, Joe Wright prend encore des libertés mais c'est une belle scène, qui à mon sens ne nuit pas au déroulement de l'histoire.

  • La préparation de la demande en mariage de Bingley et la demande elle-même, drôle, agréablement filmée et très touchante.

 

That's all folks ! Une chose est sûre : 1995 ou 2005, Jane Austen n'est pas prête d'être oubliée !

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Pride and Prejudice, Joe Wright, 2005

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22/06/2009

From this day you must be a stranger to one of your parents

P&P cover.jpgVoilà une chronique que je repousse depuis des mois (ce n'est pas une mince affaire !) mais, après avoir l'avoir vue trois fois cette année, je me suis enfin décidée à vous parler de l'adaptation de Pride and Prejudice par la BBC en 1995.

Cette mini-série a peut-être un peu vieilli, tout comme Emma filmé l'année suivante pour ITV ; mais, si les couleurs sont certainement plusP&p darcy 01.jpg ternes que celles du film de 2005, si les plans purement esthétiques sont absents et que cette série n'offrirait sans doute qu'un moment de divertissement aux cinéphiles non-janéites, c'est de loin mon adaptation austenienne favorite. Il s'agit d'une adaptation extrêmement fidèle à l'esprit du livre ; et même plus encore, hormis quelques détails, c'est pour moi une transcription parfaite à l'écran d'un roman riche auquel il est très difficile de rendre justice (comme le dit très bien Isil, c'est presque une « mise en images » du livre). Mais soyons fous, amis austeniens, et revenons sur l'excellent casting de cette série désormais culte.

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C'est un couple incontournable du petit écran et du monde austenien. Sans eux, impossible d'imaginer la série. Sans lui, difficile d'envisager Darcy. Et pour cause, Jennifer Ehle et Colin Firth incarnent à la perfection Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy, dont les échanges de regard pourraient faire à eux seuls l'intérêt de la série.
lizzy_bennet_pride_prejudice_bbc_400.jpgOn reproche parfois à Jennifer Ehle de ne pas être assez jolie pour le rôle. Mais si elle est selon les rumeurs rapportées par Miss Bingley une « local beauty », sa beauté ne frappe pas d'emblée Mr Darcy, qui ne prend conscience de ses attraits que graduellement. Pour moi, le charme de cette Elizabeth aux sourires en coin et aux yeux pétillants fait tout son intérêt. Pleine de fraîcheur, elle joue avec une large palette d'expressions qui lui permet de rendre avec beaucoup de subtilité les émotions éprouvées par le personnage.
Colin Firth est un bon acteur mais c'est pour moi ce rôle qui lui a permis de montrer toute l'ampleur de son talent.P&p darcy in london.jpg Peut-être plus encore qu'Ehle, parce qu'il incarne un personnage pour le moins réservé, Firth est impressionnant tant il parvient à exprimer des sentiments très divers tout en restant immobile et froid, avec une expression quasiment inchangée. Imperceptible mouvement de sourcil, regard ardent l'espace d'une seconde, naissance d'un sourire presque invisible sur un visage qui tente de rester impassible : ces infimes variations rendent ce Mr Darcy extrêmement convaincant. A côté, le couple choisi par Joe Wright me paraît fade ; il me semble en tout cas que le jeu des deux autres acteurs est peu nuancé et donc paradoxalement plus monotone (je dis paradoxalement car je les trouve beaucoup plus démonstratifs).

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Mr Bingley fait partie de mes personnages préférés, avec sa coiffure aussi amusante que son air perpétuellement ahuri. Dans le making of, l'acteur raconte que le réalisateur passait son temps à lui demander de sourire, tandis qu'il avait déjà l'impression de ne faire que ça. Ses quelques mouvements de sourcils en période de crise (impolitesses de Darcy ou de Mrs Bennet notamment, sans parler de l'excellente scène où Kitty demande à sa mère : «why do you keep winking at me ? ») me le rendent particulièrement sympathique. L'actrice de Jane Bennet est pour moi un choix assez surprenant. Je lui trouve un air un peu bovin, même si le but est sans doute d'exprimer la douceur et le caractère réservé de ce personnage généreux...

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P&p mrs bennet.jpgTrès mal assorti dans le livre, le couple Bennet est assez crédible à l'écran. Mrs Bennet est parfois irritante avec son goût immodéré pour les cris suraigus frisant l'ultrason mais elle est plutôt amusante la plupart du temps.

Quant à Mr Bennet, Benjamin Whitrow est pour moi son meilleur interprète si on le compare à celui du film deP&P mr bennet.jpg Joe Wright (pour moi un peu trop croulant tout de même, même si habituellement j'aime bien l'acteur) ou de Lost in Austen. Voilà un Mr Bennet plein d'humour qui donne à ses répliques ironiques beaucoup de naturel, les glissant avec un air bonhomme très approprié. Le ton choisi pour dire à Elizabeth « Read on » lorsqu'elle découvre la lettre de son oncle suite à la fuite de Lydia est un bon exemple de la performance de Whitrow dans ce rôle.

 

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Tout comme Jane, Caroline Bingley n'a pas été épargnée par le coiffeur de l'équipe, avec les immondes boucles très frisées qui encadrent son visage. Mis à part ce détail physique, l'actrice joue à merveille les langues de vipère. Les Hurst sont assez transparents, mais j'ajouterais, de même que dans le roman. J'avoue un petit faible pour les scènes d'ivrognerie en compagnie de Mr Hurst.

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mrcollins.JPGMr Collins est répugnant mais rend tout à fait le caractère fourbe, obséquieux et profondément stupide du personnage. Ceci dit, dans le making of, l'acteur s'exprime à peu près de la même manière. Et là, c'est vraiment flippant.

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Physiquement, les deux De Bourgh me semblent bien choisies. L'amusante, l'effrayante Lady Catherine est à mon avis infiniment supérieurecatherine de bourgh.jpg à l'actrice d'habitude excellente qui a été choisie pour la version de Joe Wright. Il me semble qu'elle parvient à créer un personnage à part, dans l'excès et la caricature, apportant une touche assez personnelle à ce rôle de femme de pouvoir nombriliste et désagréable. La musique qui accompagne les visites de cette grande dame est génialement appropriée : pompeuse, de mauvais augure, elle ajoute une dimension ironique à ces scènes. Delightful !

 

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Wickam est moins séduisant que dans Lost in Austen ou le film de 2005. Son jeu n'est pas passionnant mais il faut dire que je trouve le personnage un peu falot de manière générale (tout comme Willoughby, le jeune premier de Sense and Sensibility). Quant au colonel Fitzwilliam, je suis étonnée qu'aucune janéite ne le cite parmi les meilleurs partis austeniens.

 

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les darcy.jpgLe reste du casting est globalement aussi bien choisi, si on pardonne à Mr Gardiner le sourire figé qui ne le quitte presque jamais et si on oublie la légère tendance de Lydia à ouvrir la bouche trop longtemps, à rester les bras ballants ou à réagir trop vite dans certaines scènes. En général je lui trouve une spontanéité et une fraîcheur d'ailleurs vaguement copiées par la version de 2005. Il me semble aussigeorgiana 2.jpg que l'accent mis sur l'intérêt de Mary pour Mr Collins est un parti pris intéressant, servi par des regards et des échanges discrets, souvent au second plan de scènes importantes (comme la danse d'Elizabeth et de Mr Darcy). Petite question: ne trouvez-vous pas un petit air de ressemblance entre les portraits de Jane Austen et Mrs Gardiner ?

 

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Outre le casting, pourquoi cette P&P lake.jpgversion me plaît-elle autant ? Le scénario d'abord, suivant donc de près le roman, avec quelques scènes ajoutées qui ne me paraissent pas incohérentes (Lydia en tenue légère ou encore le fameux plongeon de Mr Darcy dans l'étang), à l'exception de deux regards à mon avis trop appuyés d'Elizabeth à Mr Darcy (lorsqu'elle est près de Georgiana au pianoforte et le moment où elle se retourne nettement dans la voiture qu'elle partage avec les Gardiner en quittant Pemberley ; ces deux scènes durent un peu trop longtemps).

P&p fin.jpgDe même, la façon de mettre en scène les différences sociales entre les Bennet, les Lucas, les Collins et leurs plus riches voisins sans pour autant trop exagérer.  Par exemple avec le choix de robes à imprimés pour les soeurs Bennet et de plumes et de soie pour les soeurs de Bingley. Les nuances entre les familles les plus proches sont  aussi assez bien vues (les De Bourgh ou les soeurs Bingley font étalage de leur fortune dans les vêtements ou la décoration, tandis que Bingley et peut-être plus encore Darcy sont beaucoup plus raffinés et discrets).

Les costumes sont pour certains moins chatoyants queP&P05.jpg dans d'autres adaptations, mais ils sont très soignés et changent souvent (dans le film de 2005, malgré les très beaux tissus, les superbes robes de Caroline et les habits colorés de la plupart des acteurs, la garde-robe vraiment terne de Keira Knightley me fait penser que la pauvre n'a vraiment pas été gâtée).

 

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Sans tourner au mélodrame, avec pudeur et une certaine dose d'humour, cette série est à mes yeux un exemple d'adaptation de roman très difficilement égalable. Il faut dire que le format long se prête parfaitement à la restitution fidèle du roman ; ce n'était certes pas suffisant pour exceller, mais cet aspect pratique joue certainement en faveur de la série. Sa découverte a été pour moi un coup de foudre. Je la connais maintenant sur le bout des doigts ou presque et j'ai un attachement tout particulier pour cet univers dans lequel j'éprouve un immense plaisir à me plonger. Peut-être cette adaptation a-t-elle quelques défauts... mais c'est  encore et toujours celle avec laquelle je préfère m'évader. Le coeur a ses raisons...

lake district england.jpgLe roman de Jane Austen ; l'adaptation par Joe Wright en 2005. A ce sujet, je vais revenir sur mon billet sur ce film car si je n'ai pas aimé, j'aimerais profiter de la relecture du roman et de la redécouverte de la version 1995 pour en reparler. J'avais vraiment détesté mais n'ayant parlé que des aspects négatifs la première fois, j'ai envie de revenir sur des qualités auxquelles j'ai repensé depuis, à force de débattre et de voir l'autre version.

La version Bollywood de 2004, les Bridget Jones inspirés librement de Pride and Prejudice et Becoming Jane, fausse biopic très influencée par Pride and Prejudice.

 

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Pride and Prejudice, Simon Langton, 1995 (minisérie en 6 épisodes de la BBC)

20/06/2009

Oh Susanna

austen_lady susan.jpgContinuons avec les chroniques austeniennes et parlons un peu de Lady Susan, roman épistolaire bien plus influencé par la tradition littéraire du XVIIIe que ne le seront les livres suivants de notre chère Jane Austen.

Veuve joyeuse de 35 ans, Lady Susan se tourne vers son beau-frère Mr Vernon après avoir fait l'objet d'un scandale en séduisant deux hommes (l'un marié, l'autre sur le point de se fiancer) chez ses hôtes du moment. Arrivée chez les Vernon, Lady Susan fait tout son possible pour se faire passer pour une veuve respectable malheureusement blessée par la méchanceté d'un monde cruel, prêt à suspecter les plus innocents et à médire sans la moindre raison. Si Mrs Vernon n'est pas dupe, il n'en va pas de même de son frère, Mr De Courcy. Prédisposé à jaser lui aussi, pensant rencontrer la pire coquette d'Angleterre, le jeune homme est immédiatement conquis par les manières douces fort bien calculées de Lady Susan. Arrive enfin la fille de celle-ci, Frederica. Effacée, timide, terrifiée par sa mère, celle qui a été présentée comme une personne non fréquentable s'attire rapidement l'affection des sympathiques Mr and Mrs Vernon. Quant à Mr De Courcy, qui ne la laisse pas indifférente, il semble bien plus enclin à passer ses prochaines années avec Lady Susan, de plus de dix ans son aînée.

Mrs Vernon to Lady de Courcy, Letter 3 (p194) : « I always imagined from her increasing friendship for us since her Husband's death, that we should at some future period be obliged to receive her. »

J'ai été assez étonnée par la noirceur du personnage principal, n'ayant pas l'habitude de rencontrer une héroïne austen_lady susan 02.jpgaussi vile chez Austen. Annonciatrice de Lucy Steele et de Mary Crawford, Lady Susan est particulièrement mise à mal par le mode narratif. L'échange de points de vue ainsi que l'écart flagrant entre son comportement et les lettres adressées à sa confidente londonienne permettent de mesurer toute la fausseté d'un personnage extrêmement désagréable et foncièrement calculateur. D'un côté, Lady Susan est la mère attentionnée d'une enfant difficile dont l'éducation a été négligée par son défunt mari, paix à son âme ; de l'autre, elle parle de Frederica en utilisant des expressions telles que « the greatest simpleton on earth » ou encore « a simple girl, and has nothing to recommend her ». J'ai évidemment pensé aux Liaisons Dangereuses, Lady Susan faisant une Madame Merteuil excessivement venimeuse quoiqu'au final, un peu moins libertine, tandis que de Courcy est un parfait chevalier Danceny, bébête et valeureux à souhait.

austen_lady susan 03.gifMon édition* comprenait quelques commentaires intéressants. Sur la forme, dans les années 1790, les romans épistolaires sont devenus classiques, pour ne pas dire démodés. Ceci dit le procédé permet comme indiqué plus haut de dresser le portrait le plus complet possible de Lady Susan. La fin qui (comme dans les Liaisons Dangereuses au passage) punit l'héroïne, n'a pas forcément de portée morale. La conclusion à la troisième personne ainsi que le sort finalement plutôt agréable de Lady Susan donnent à l'ensemble un air totalement fictif, plus exactement « a cartoonish world where the consequences of violence and sociopathic depravity are never seriously felt » (xxvii, Oxford World's classics, introduction de Claudia L. Johnson). Autre remarque à mon avis intéressante : entre la prose de Lady Susan et celle du narrateur à la troisième personne de la conclusion, le ton est sensiblement le même. « (They) share a pleasure in linguistic mastery and a witty detachement from conventional pieties. Marvin Mudrick went so far as to suggest that Austen was much like Lady Susan, cold, unfeminine, uncommited, dominating. » (xxviii) Après la mort de sa soeur, inquiet de l'image qu'elle pouvait donner, son frère Henry a d'ailleurs précisé que tel n'était pas le cas, même si elle était prompte à relever les faiblesses des autres dans ses écrits. Entre un auteur, un narrateur et des personnages, il y a tout de même souvent un fossé (peut-être pas toujours dans la production massive de certains, notamment aujourd'hui, mais c'est un autre sujet). Ceci dit j'ai été intriguée par la remarque que je voulais partager ici.

Un roman finalement assez inattendu pour moi (qui connais donc Emma, P&P, NA, The Watsons ainsi que les adaptations de S&S et de austen_lady susan 04.gifMansfield Park). Un peu surprise par la bassesse profonde du personnage et le mordant de l'écriture, à mon avis plus froide ici, j'ai encore une fois été impressionnée par la grande maîtrise de Jane Austen dans l'étude des caractères.

 

* Oxford World's Classics, incluant Northanger Abbey, Lady Susan, The Watsons, Sanditon

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1794 (probably written in)

Jane Austen, Lady Susan, 80 p (Dover Publications)

 

Niouz du front austenien :

Je revois P&P 1995 en ce moment pour faire mon billet. J'ai revu la semaine dernière Emma d'ITV pour les mêmes raisons. J'ai également commencé Mr Darcy's Diary mais je n'aurai sûrement pas le temps de le lire prochainement.

Austen et moi :

Mon questionnaire austenien

Textes de/sur Jane Austen :

Jane Austen, Northanger Abbey – LU, à relire.

Jane Austen, Pride and Prejudice (1813)

Jane Austen, The Watsons

Jane Austen, Emma

Dérivés :

Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009)

Adaptations :

Pride and Prejudice (BBC 1995) – REVU

Pride and Prejudice (2005)

Sense and Sensibility (1995, film de Ang Lee) - REVU

Emma (1996) - VU

Emma (ITV 1996) – VU

Northanger Abbey (ITV) – VU

Mansfield Park (ITV) – VU

Films dérivés :

Clueless – VU

Bridget Jones’s Diary (2001) / The Edge of Reason (2004)

Bride & Prejudice (2004)

Becoming Jane (2007)

Lost in Austen (ITV) - REVU

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17/06/2009

Princesses, fées et licornes

goudge_Secret de Moonacre.01jpg.jpgAyant repéré récemment l’affiche du film Le Secret de Moonacre, j’ai décidé de découvrir Elizabeth Goudge avec ce roman (The little white horse en VO) avant de me diriger d’un pas décidé vers les salles de cinéma.

What’s going on ? : Epoque victorienne. Maria Merryweather se rend chez un oncle inconnu après le décès de ses parents. Accompagnée de sa gouvernante Miss Heliotrope (sujette aux indigestions et grande consommatrice de bonbons à la menthe), la jeune fille découvre un monde enchanteur, peuplé de personnes exubérantes et d’animaux franchement étranges (dont un chat géant, un chien qui ressemble à tout sauf à un chien et une licorne). Si la joie de vivre semble régner sur le domaine et au sein du village tout proche, une vieille malédiction fait peser sur les habitants une menace bien réelle, avec les terribles Hommes de la Forêt des ombres qui monopolisent l’accès à la baie et pillent leurs voisins. Je suis certaine que vous ne serez pas surpris de savoir que selon la légende, seule une princesse de la Lune pourra réconcilier les Merryweather et les hommes de la Forêt et que celle qui parviendra à rétablir la paix dans la vallée n’est autre que Maria, notre héroïne (accompagnée de quelques adjuvants, dont un charmant jeune garçon – bizarre bizarre !).

Le Secret de Moonacre (apparemment rebaptisé ainsi pour la sortie du film) est un roman jeunessegoudge_Secret de Moonacre.02.jpg charmant qui m’a fait agréablement rêvasser pendant quelques heures. L’époque, les lieux (le manoir, la propriété et les collines alentours sont tous entourés de mystère et de magie) ainsi que les personnages aux rôles très définis (pour ne pas dire stéréotypés) font de cette histoire une aventure très mignonne qui rappelle d’ailleurs quelques classiques pour enfants. Notamment Peter Pan et Robin des Bois via l’un des personnages ainsi qu’Alice au pays des Merveilles (avec la chute dans un trou qui n’est pas sans évoquer un certain terrier), sans oublier une fuite qui fait penser à celle de Blanche-Neige dans la forêt. Bref, nous voilà plongés dans une sorte de conte de fées un tantinet modernisé, avec une galerie de personnages sympathique et une ambiance ma foi fort « doudouesque ».

goudge_Secret de Moonacre.03.jpgCe livre vaut très certainement beaucoup de romans d'aventures contemporains et devrait plaire à tous ceux qui aiment l’univers victorien des histoires à la Burnett et à la James Matthew Barrie, même s’il ne renouvelle pas franchement le genre. J’ai évidemment savouré les influences très marquées et passé un bon moment, mais je regrette des défauts tout de même évidents : l’absence quasi-totale de surprise, aussi bien dans le déroulement passées les 100 premières pages que lors de la fin (je pensais que l’orpheline atterrirait chez un oncle déplaisant mais c’est bien le seul point sur lequel je me suis trompée) ; une certaine lenteur dans le récit, notamment due à la répétition de quelques journées plus ou moins semblables ; enfin, une tendance insupportable à la profusion de bonnes intentions, avec quelques moments terribles de « bisounours'itude ». Exemple: « Je suis née dans les Cornouailles, où la mer tonne contre les falaises rocheuses et où les géraniums sont les plus beaux de la terre » (p231). Mais surtout vers la fin : «  Se disputer ne servira à rien, dit-elle. Si vous pardonnez à Sir Wrolf d’avoir voulu prendre la terre de William Le Noir, Sir Benjamin vous pardonnera de vous être livré au vol et au braconnage. Et si vous promettez de ne plus être méchant, nous deviendrons amis pour toujours… » (p271). Joli programme.

Le Secret de Moonacre n’est donc pas un exemple impérissable de littérature jeunesse réussie, mais c’est tout de même un roman féerique qui se défend (pour les plus grands) et se dévore (pour les plus petits). Amateurs de romans pour enfants/ados, parents de petits lecteurs et amoureux d’ambiances victoriennes, ce livre devrait vous plaire !

Quelques extraits :

goudge_Secret de Moonacre.04.jpgA la Alice : "L'escalier aboutissait à une porte si minuscule qu'aucun adulte de taille normale ne pouvait la franchir. Mais pour une jeune fille de treize ans, elle était parfaite. Maria l'examina le coeur battant. Bien que petite, étroite, basse et manifestement vieille de plusieurs centaines d'années, elle semblait avoir été spécialement faite pour elle. En effet, si Maria avait eu la possibilité de choisir sa porte, c'est assurément celle-ci qu'elle aurait prise. (...) En chêne vert, ornée de clous argentés, elle avait en guise de heurtoir un délicat fer à cheval, si poli qu'il jetait des éclats. A sa vue, Maria repensa immédiatement à l'adorable petit cheval blanc qu'elle avait cru apercevoir dans le parc et qu'elle avait voulu montrer à Miss Heliotrope." (p33)

A la Peter Pan : "Mais Robin avait disparu de sa vie deux ans auparavant ; dès qu'elle avait commencé à coiffer ses cheveux en chignon et à adopter des allures de dame, il avait cessé de venir." (p50)

"La baie de Merryweather avait la forme d'un croissant de lune. De magnifiques falaises, trouéesgoudge_Secret de Moonacre.05.jpg de grottes, enserraient une petite plage de galets multicolores, bordée par une bande de sable blond, où des rochers retenaient des flaques peuplées d'anémones aux couleurs éclatantes, de coquillages et d'algues qui s'étiraient comme des rubans de satin. Au loin, la mer était d'un bleu profond, parsemée de crêtes blanches qui ressemblaient à des chevaux au galop, des centaines de chevaux blancs s'élançant vers l'horizon dans un déferlement de lumière." (p280)

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334 p

Elizabeth Goudge, Le Secret de Moonacre, 1946


15/06/2009

Esprit es-tu là ?

kipling_plus belle histoire monde.jpgKipling n'était plus qu'un vague souvenir lorsque j'ai ouvert La plus belle histoire du monde, nouvelle tirée du recueil Many Inventions (Tours et détours). Prix Nobel en 1907, Kipling m'a fait penser à Stevenson par la forme et le fond. La présentation du texte par l'éditeur évoque d'ailleurs le rapport entre les deux auteurs: pour Stevenson, l'inspiration vient des rêves dont l'écrivain se souvient malheureusement peu de temps au sortir de ses songes, tandis que Kipling met ici en scène Charlie, un personnage qui semble trouver son inspiration lorsqu'il rêvasse et s'identifie à ses pensées fugaces.

Pour faire court, le narrateur décide de s'approprier les idées de Charlie – gratte-papier de jour et écrivaillon le soir. Si le jeune homme paraît à première vue stupide et maladroit, il possède  un don rare dont il ne sait rien : il a le pouvoir de se souvenir de ses vies antérieures. Entre l'histoire de l'esclave trimant dans une galère pendant l'Antiquité et celle du Viking à bord de son vaisseau, le narrateur espère pouvoir écrire la plus belle histoire du monde grâce au matériau unique qui est à sa portée. Malheureusement pour lui, au bout d'un certain temps, Charlie rencontre une fille insignifiante qui devient sa nouvelle obsession et referme les portes de son inconscient. A cause d'une histoire d'amour jugée sans importance par le narrateur, la plus belle histoire du monde ne s'écrira pas (Kipling, un brin misogyne ? En tout cas, la femme empêche ici l'homme de se réaliser et nuit à la création).

Les deux analyses qui encadrent ce texte apportent quelques éléments intéressants pour le novice: comme rudyard_kipling.jpgsouvent chez Kipling, la nouvelle est à la fois ancrée dans la tradition de la « short story » anglaise et très influencée par la culture orientale (ainsi qu'un certain nombre de ses compatriotes, Kipling est né en Inde – à Bombay). Le texte est rédigé à l'époque où la nouvelle « prend (...) un essor remarquable » (après réflexion je me demande exactement ce que cette phrase signifie : référence à des textes majeurs ? Nombre de textes publiés ? Succès auprès du public ? Reconsidération du genre et évolution de la forme ?). Ironisant sur la littérature, l'histoire est clairement ancrée dans son époque. La métempsychose y occupe une place essentielle. Or, en 1870 est créée la société psychique d'Edimbourg ; c'est aussi l'époque où les recherches sur l'hypnose et le magnétisme laissent espérer de grandes découvertes. Cela m'a fait penser à la série Grands détectives de Fabrice Bourland mais aussi au Crime de Lord Arthur Savile de Wilde, plus lié à la superstition et au goût de l'époque pour les sciences occultes.

Cette nouvelle traite de façon assez ironique de la création littéraire et d'un sujet intéressant : entre celui qui a les idées et ne peut les mettre en forme et celui qui fait tout le contraire, qui est le créateur ? On sent un esprit critique, peu complaisant pour ses contemporains. Je dois avouer que je n'ai tout de même pas pris de plaisir particulier à lire cette nouvelle, qui m'a fait penser à mes débuts difficiles avec Stevenson. Voilà tout de même un texte qui présente sans aucun doute de nombreuses pistes de lecture sur les plans littéraire et historique. La collection a d'ailleurs choisi une ligne éditoriale originale qui permet de découvrir de courts textes fondamentaux, parfaits lorsque l'on souhaite aborder en douceur un auteur. Je ne regrette pas cette lecture instructive, mais j'espère être plus séduite par Just So Stories et Le Livre de la Jungle, lus quand j'étais très jeune et dont je ne me souviens pas du tout.

L'article de Leiloona ; de Cécile.

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93 p

Rudyard Kipling, La Plus Belle Histoire du Monde, 1893

12/06/2009

Jane, Thomas, Mr Darcy and Wickham

becoming jane affiche.jpgJ'ai abordé Becoming Jane avec une petite appréhension, ayant lu plusieurs avis mitigés qui ne me faisaient pas attendre grand-chose de ce film. Et c'est finalement très positif puisque cette biopic romancée a été une bonne surprise.

Julian Jarrold a choisi de faire le portrait d'une Jane Austen encore jeune et non publiée, lors de sa rencontre avec son grand amour (présenté comme tel) Thomas Lefroy. Des débuts chaotiques où Lefroy provoque et taquine une Jane au sens de la répartie (ironique) développé, jusqu'à la fuite à deux pour un mariage qui n'aura finalement pas lieu, nous suivons l'histoire au final malheureuse de ce couple très épris. La scène finale est celle de leurs retrouvailles, des années plus tard : Jane Austen est alors un auteur réputé marqué par les années ; Thomas, que la vie semble aussi avoir fatigué, est accompagné de sa fille Jane et semble plus amoureux que jamais.

Symbolique, cette dernière partie est représentative du parti pris par le réalisateur. Ce film n'est pas BecomingJane 03.jpgtout à fait fidèle à la réalité (à ce sujet je vous invite à découvrir le passionnant article de Lori).

Il s'agit plutôt ici d'utiliser la biographie d'Austen comme un matériau brut pour la magnifier ensuite et en faire un vrai roman cinématographique, « à la manière de ». Et, en effet, le  scenario semble s'inspirer librement de Pride and Prejudice – que Jane Austen commence d'ailleurs à écrire pendant sa courte histoire avec Thomas Lefroy. Le héros est un mélange de Darcy (peu impressionné par Jane, blasé en compagnie de ces ruraux et assez brutal dans ses propos) et de Wickam (lâche, peu déterminé, d'une droiture douteuse). Il est aussi plus fougueux et cabotin, faisant penser aux soldats de BecomingJane 05.jpgMeryton et aux héros plus impétueux du XVIIIe. De même, on retrouve un peu Lizzie dans certaines répliques de Jane et dans la relation privilégiée qu'elle entretient avec sa soeur. Les parents font eux aussi penser aux Bennet (le père un peu moins décalé et la mère moins hystérique, restons crédibles) et Lucy Lefroy rappelle Mary : moyennement jolie, elle joue au piano et chante à peu près aussi mal que la 3e fille Bennet.

BecomingJane 07.jpgJ'ai vraiment beaucoup apprécié ce film, même s'il s'est un peu éloigné de la vérité historique – je crois même que le mélange entre la biographie et l'influence littéraire austenienne est un de ses points forts. Le casting est irréprochable. Anne Hathaway réussit à se couler dans ce rôle avec élégance, suffisamment pétillante pour rappeler l'esprit ironique des écrits de Jane Austen et assez sobre pour incarner une femme indépendante, intellectuelle, au physique assez quelconque – ce qui n'était pas forcément évident pour une actrice ravissante que j'ai toujours vue dans des rôles très légers de fille jolie, BecomingJane 09.jpgsouriante et bien habillée. James McAvoy, très beau mais un poil soporifique dans Atonement (Reviens-moi) de Joe Wright (mais j'en suis désormais persuadée, c'est ce réalisateur qui est très ennuyeux malgré son sens de l'esthétique développé)... bref je reprends, James McAvoy est tout simplement excellent. A la fois séducteur, malicieux puis malheureux, il parvient à exprimer beaucoup d'émotions, tout en finesse. Et n'oublions pas Julie Walters (Mrs Austen), James Cromwell (Mr Austen), Maggie Smith (Lady Gresham), tout aussi doués que d'habitude, ainsi que Laurence Fox (Mr Wisley) et Lucy Cohu (La Comtesse de Feuillide) dont j'ai maintenant très envie de voir la prestation dans Rebecca.

BecomingJane 01.jpgLes seuls reproches que je pourrais peut-être adresser à ce film tiennent à l'esthétique (les décors et les costumes sont soignés, mais peu de plans sont particulièrement mémorables de ce point de vue-là) et à l'aspect relativement traditionnel de la mise en scène. C'est un très joli film, une charmante comédie romantique – très entraînante et drôle au début, mais il lui manque un petit plus pour se démarquer tout à fait des classiques du genre (Emma de Douglas McGrath est pour moi un bon exemple de réalisation très réussie pour un film d'époque).

Un de mes 2 ou 3 films austeniens préférés pour l'instant (parmi 13 films).

Quelques liens : le Becoming Jane Fansite, une interview de l'équipe du film et les avis de Nameline, Emjy, Alwenn, Plaisirs à cultiver, Hydromielle.

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Becoming Jane, Julian Jarrold, 2007

 

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Austen et moi :

Mon questionnaire austenien

Textes de/sur Jane Austen :

Jane Austen, Northanger Abbey – LU, à relire.

Jane Austen, Pride and Prejudice (1813)

Jane Austen, The Watsons

Jane Austen, Emma

Dérivés :

Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009)

Adaptations :

Pride and Prejudice (BBC 1995) – REVU

Pride and Prejudice (2005)

Sense and Sensibility (1995, film de Ang Lee) - REVU

Emma (1996) - VU

Emma (ITV 1996) – VU

Northanger Abbey (ITV) – VU

Mansfield Park (ITV) – VU

Films dérivés :

Clueless – VU

Bridget Jones’s Diary (2001) / The Edge of Reason (2004)

Bride & Prejudice (2004)

Lost in Austen (ITV) - REVU

10/06/2009

Mariage pluvieux, mariage heureux

easy virtue 05 affiche VF.jpgLes conditions climatiques foncièrement impertinentes de cette exquise journée de juin me laissent penser qu'il est grand temps de vous parler du film Easy Virtue, vu le mois dernier. A part le titre de la VF qui aurait fait fuir toute madeleine de Proust ou d'hyper qui se respecte (Un Mariage de Rêve), ce film avait quelques atouts de poids pour prendre dans ses filets votre fidèle chroniqueuse :

  • Un manoir en Angleterre, dans les années folles, quand les Victoriens étaient à peine dépoussiérés par quelques autos ma foi tout à fait charmantes.

  • Un casting prometteur.

  • Des costumes de rêves sur l'affiche, à faire pâlir d'envie toute Miranda Priestly qui se respecte, malgré les quelques décennies d'écart.

  • Ah oui, j'allais oublier. Colin Firth. Vous savez, ce type qui a joué dans une série méconnue de la BBC il y a quelques années. Un petit détail tout à fait insignifiant, je vous l'accorde. Mais bon...

Tiré d'une pièce de Noël Coward (à l'origine d'un autre film de Hitchcock en 1928), ce film traite du retour au easy virtue 01.jpgbercail de John Whittaker pendant les années folles. John est l'héritier de propriétaires terriens anglais sur le déclin, une famille visiblement portée sur les traditions aristocratiques anglaises et le respect des conventions sociales. La surprise est donc de taille lorsque John revient de Monaco marié à une certaine Larita. Une épouse idéale, vous pensez bien : américaine, très directe, blonde platine, déjà mariée, Larita est une héroïne moderne qui aime participer à des courses automobiles, passe son temps à fumer et n'a de cesse de mettre un terme à la visite familiale. Vous vous en doutez déjà, Mrs Whittaker mère n'entend pas les choses de cette façon.

easy virtue 02.jpgC'est donc cette guerre impitoyable que se livrent la nouvelle épouse et sa belle-mère qui est au cœur de l'histoire et donne lieu à des scènes très drôles, à des répliques excellentes et des moments cultes – à commencer par le chien involontairement écrasé, les fleurs offertes en masse à une allergique au pollen, ou les conseils de lecture (Sodome et Gomorrhe et Lawrence) judicieusement prodigués à une belle-soeur un peu trop innocente.

Ce film offre un excellent moment de dépaysement au spectateur. Outre l'humour, j'ai easy virtue 03.jpgparticulièrement apprécié les décors et les costumes soignés, la musique entraînante et toujours à propos, sans parler des scènes rythmées qui s'enchaînent pour notre plus grand plaisir.

easy virtue 04.jpgLe casting est sans aucun doute le point fort de Easy Virtue. Kristin Scott Thomas est parfaite dans le rôle de la mère et de l'épouse incomprise qui doit gérer seule son domaine et lutter bec et ongles pour sauvegarder le peu qui lui reste. Colin Firth est franchement sympathique en mari méprisé par son épouse, en sauvageon barbu affable cachant une blessure secrète – comme c'est romanesque! On est loin de Darcy ou des multiples comédies romantiques dans lesquelles on est habitués à le retrouver. Et si je trouve que les photos de Firth mal rasé ne le flattent pas, il m'a totalement charmée dans ce film où il est de toute manière parfaitement convaincant dans son rôle délicieusement décalé.

easy virtue 06.jpgDu majordome aux enfants, en passant par tous les membres de la famille, tous les acteurs ont été particulièrement bien choisis – même si le jeune mari est un peu inconsistant, il me semble que cela correspond parfaitement à son tempérament et rend le duo père (Colin Firth) / fils plus intéressant. Mais la surprise vient pour moi de Larita, incarnée par Jessica Biel. Gardant le souvenir d'un personnage franchement soporifique dans Sept à la maison (7th Heaven), je n'aurais pas été voir le film pour les beaux yeux de Jessica Biel envers qui j'avais quelques a priori. Et pourtant, sa seule performance vaut le déplacement : Biel incarne une Larita flamboyante, easy virtue 07.jpgrendant aussi bien justice à la provocatrice qu'à la facette plus fragile du personnage. Superbe, drôle, très expressive, cette Larita entraîne ses partenaires (et le spectateur!) dans son sillage, avec brio.

Attention : produit très addictif !

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Easy Virtue, Stephen Elliott, 2008

 

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08/06/2009

Et on rempile… avec plaisir !

greggio_mains nues.jpgComme l’an dernier où j’ai eu la chance de lire les romans finalistes du prix Landerneau (et aimé un livre qui a fait couler beaucoup d’encre, en bien comme en mal), je m’apprête à découvrir les six livres en liste pour le prix 2009. Cette année, c’est Jérome Ferrari avec Un Dieu un animal qui a obtenu cette récompense mercredi dernier – lors d’une remise de prix à laquelle je n’ai malheureusement pas pu assister.

Avant de me lancer dans mon premier billet, j'ajoute un lien vers les blogs présentant aussi tous ces livres : Katell, Le Bibliomane, Caro[line], Anne, Joëlle, Michel, Fashion, Anne, Lily, Cathulu, Stéphanie, Clarabel, Isabelle, Vanessa et Sylire.

Avec Les Mains nues, Simonetta Greggio raconte à la première personne l’histoire d’une femme approchant de la cinquantaine, accusée d’avoir abusé d’un mineur. En réalité, malgré l’accroche de l’éditeur (« LA DIABLE AU CORPS ») absolument racoleuse et mensongère, ce roman n’a pour moi rien d’une enième version de Lolita. La relation amoureuse entre Emma et le fils de son ancien compagnon n’est presque qu’un sujet parmi d’autres. Je n’ai d’ailleurs pas été particulièrement sensible à cet aspect du récit, vu le peu d’importance qui lui est accordée et la superficialité avec laquelle l’auteur a choisi d’aborder cette relation, aussi bien sur le plan sentimental que  sur les plans physique et psychologique. Et, sans les dernières lignes qui remettent le jeune homme à l’honneur, on pourrait presque penser que cette aventure n’est qu’un accident dans la vie d'Emma.

J’ai lu ce roman rapidement, avec un certain intérêt, mais mon avis est plutôt mitigé. Comme d’autres avant moi, j’ai éprouvé une certaine sensation de déjà vu et regretté les nombreux clichés : les deux femmes malheureuses en amour qui se retrouvent à la montagne, l’une vétérinaire de campagne, l’autre jeune cadre dynamique devenue éleveuse de chèvres (rien que ça !). La vision que la narratrice a de la solitude est à mon sens un peu éculée : au final, si je résume, seul l’amour et la vie à deux peuvent apporter le bonheur, le vieil ours solitaire s’épanouissant grâce à sa toute nouvelle vie conjugale, les solitaires se plaignant finalement de leur solitude et les quelques couples semblant tous plutôt heureux, à l’exception de l’ex d’Emma mais on l’a compris, son mariage était une erreur et Emma la femme de sa vie. D’où l’aspect légèrement ridicule de la relation avec le jeune Gio, qui a tout d’un transfert affectif  caricatural bien que sans doute hautement symbolique. Je me le demande encore : que veut nous démontrer la narratrice ?

Si ce livre ne m’a pas renversée, je lui ai trouvé certaines qualités. J’ai d’abord jugé le déroulement de l’histoire un tantinet poussif, faisant des retours en arrière et des bonds en avant sans vraiment réussir à aiguiser ma curiosité. Mais on suit tout de même les pensées de la narratrice, qui nous laisse entrevoir des bribes de sa vie en suivant son propre fil conducteur, donnant  quelques indications sur son état d’esprit et sa personnalité. Ceci dit, ce que j’ai sans doute réellement apprécié tient à la sensualité qui se dégage de certains passages pourtant anodins et rarement liés à l’aventure d’Emma avec un adolescent. Les mains nues évoquées dans le titre sont aussi mises à l’honneur à plusieurs reprises, mais c’est à mon avis le corps dans son ensemble qui occupe une place importante dans ce récit, avec quelques descriptions courtes mais symboliques, servies par une écriture assez souvent musicale. Enfin, selon moi, Emma incarne aussi le passage du temps, se questionnant sur la façon dont les années qui passent l'ont marquée. Son rapport à la mort est aussi  mis en avant et, malgré une impression d'inachevé, cette esquisse est un point fort du roman - d'où le rôle joué par le corps.

Au final, voici un roman globalement agréable mais pour moi un poil figé, une toile où les personnages seraient collés dans une attitude dont ils ne parviennent pas à se dépêtrer, ce qui est bien dommage parce que votre fidèle et dévouée a un peu ramé elle aussi.

Les avis positifs de Lily, Malice, Clarabel ; négatifs de Fashion, Calepin, Caro[line] ; et mitigés de Cathulu, Papillon.

Merci à Elodie Giraud, contact des blogueurs pour ce prix, organisatrice d’enfer et consultante très sympa dont l’enthousiasme mériterait un award à lui tout seul ;)

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170 p

Simonetta Greggio, Les mains nues, 2009

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05/06/2009

Venez mes petits...

doizelet_amis confins.jpgNos amis des confins est sans doute le roman le plus étrange que j’aie lu depuis longtemps. Debbie vient de quitter les Etats-Unis pour s’installer sans son époux dans la ville de Grays. Travaillant à Londres, la jeune femme rentre chaque jour dans cette banlieue un brin glauque, embrumée, blottie contre la Tamise et flanquée d’un réservoir à gaz qui constitue une menace permanente pour les habitants de ce coin perdu. Elle s’est installée au cottage de Mary Seddon, dont la présence est encore palpable au cœur de la nuit.

Et il y a plus curieux encore. Debbie s’attache immédiatement à un groupe d’amis inséparables plus âgés whistler_nocturnes.jpgqu’elle. Tous plus insolites les uns que les autres. Henrietta, qui organise une Ghost Walk deux fois par jour et semble voir l’invisible à chaque instant. G.M., qui reprend régulièrement ses amis sur les termes qu’ils emploient, avec une obsession de la précision touchante, puis déconcertante. Ewan, obsédé par les ondes qui nous parasitent et nous détruisent peu à peu. Reginald, fugitif sans raison. Sans parler des absents, ces personnages incontournables qui semblent avoir bizarrement disparu juste avant l’arrivée de Debbie.

Voilà un roman un brin contemplatif qui ne saurait satisfaire ceux qui cherchent à tout prix l’action ou la logique dans leurs lectures. Pour aimer ce livre, il faut accepter de perdre ses repères, de se laisser bercer par une balade qui n’a peut-être pas de but en soi. Sans doute faut-il aimer laisser courir son imagination et être sensible au rythme assez lent de l’histoire. Toujours est-il que Nos amis des confins m’a totalement séduite. Peut-être n’est-ce pas un roman parfait mais j’avoue ne pas m’être Turner-rain-steam-and-speed.jpgattardée sur ses éventuels défauts, préférant rester sous le charme d’une lecture envoûtante. J’ai adoré le cadre froid, un peu paradoxal car il est laid et fascinant à la fois (sans doute l’ambiance mystérieuse n’y est pas pour rien). J’ai été assez hypnotisée par les personnages improbables et surréalistes et finalement, outre l’aspect poétique indéniable de cette histoire, j’ai aimé l’habileté de l’auteur en matière de fantômes. Faux sujet principal de ce roman, le fantôme se joue du lecteur : jamais on ne prouve l’existence des âmes errantes qui semblent omniprésentes, tandis que les fantômes des vivants (les absents, les disparus, ceux qui sont là et ailleurs à la fois) sont, eux, bien réels. Voilà qui est déconcertant et vraiment savoureux. Que dire de plus ?

Un très joli voyage. Question de sensibilité sans doute. Ce livre me correspond parfaitement et je le relirai avec plaisir.

Un petit clin d'oeil à Malice qui voulait lire ce livre elle aussi et qui a parlé de fantômes sur son blog, grâce au Prix des Cinq Continents qu'elle a récemment mis à l'honneur.

J’en profite pour faire un petit appel à tout le monde, amis lecteurs, auteurs, éditeurs : j’ai repéré d’autres titres de Sylvie Doizelet mais je peine à trouver des résumés. Quelqu’un pourrait me renseigner et pourquoi pas, me recommander un titre en particulier ? Je suis preneuse de conseils en matière de fantômes aussi...

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à l'éditeur et à Babelio, en particulier Guillaume, interlocuteur toujours très sympathique ! J'ai été très gâtée avec ce roman.

138 p

Sylvie Doizelet, Nos amis des confins, 2009

04/06/2009

Le monstre du placard...

husson_peuraveugle.jpgJe ne suis pas une grande spécialiste en matière de thrillers, amis lecteurs : méfiez-vous de mon avis (encore) plus que de coutume (on n'est jamais trop prudent, surtout lorsqu'un détraqué lumineux rode dans les parages).

Mattieu a perdu la vue dans un accident de voiture qui a coûté la vie à sa mère. Sur le point de fêter ses onze ans avec sa grande sœur, son père et la nouvelle compagne de celui-ci, Mattieu commence à ressentir les premiers effets de la greffe de cornée réalisée par sa belle-mère, ophtalmologue. Tâches, ombres, la vue semble lui revenir, accompagnée par la terreur du mystérieux « Monstre lumière ». Bien que les adultes traitent cette nouvelle phobie avec indulgence, Mattieu sait que le danger est bien réel. Et s’il n’est pas fantastique, c’est peut-être parce qu’il a une origine bien plus concrète, à commencer par ce chauffeur de camping-car aux allures de psychopathe que la famille croise plusieurs fois sur la route des vacances.
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On se laisse rapidement emporter par cette lecture, thriller hitchcockien d’après l’éditeur, roman à suspense honnête selon votre fidèle et dévouée, un peu plus réservée. Malgré quelques longueurs, on se prend facilement au jeu : les sensations effrayantes de Mattieu, le vacancier fou furieux, la nuit passée sur une route déserte en raison d’une panne d’essence, voilà quelques éléments qui entretiennent le mystère et donnent envie de savoir ce qui va bien pouvoir arriver à la famille. J’ai pourtant été déçue par la fin, un peu trop bâclée à mon goût. Les quelques passages en italique qui séparent les chapitres n’apportent pas grand-chose au récit mais c’est un détail purement anecdotique. En fait, je reproche à ce roman une tendance au cliché et des ficelles assez grossières, d’où le peu de surprise lors de la chute. Par ailleurs, peut-être que ce livre correspondrait davantage à un public adolescent en raison du ton employé.

A noter que p 100, "Alice (...) entraîna son mari" quelque part, ce qui est fort intéressant (une nouvelle piste ?) car le mari en question ne semble pas au courant de son passage devant monsieur le maire. Vous avez dit bizarre ?

En somme, un livre qui se laisse volontiers lire mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Les avis plutôt positifs souvent assez proches du mien, de : Madame Charlotte ("Une lecture agréable, atmosphérique, prenante, MAIS, trop courte, et qui aurait gagné à plus de développement, en tous cas à mon goût, mais qui mérite la comparaison avec un thriller hitchcockien"), Joëlle ("l'ensemble, avec son rythme enlevé et assez graphique, se lit facilement et rapidement, permettant de passer un bon moment, même si je crains qu'il soit vite oublié de mon côté"), Mr Bellesahi ("Paul-François HUSSON parvient à tenir son lecteur en haleine. Mieux, il lui permet de voir  le monde de Matthieu, et sentir dans l’obscurité cette indicible et prégnante peur"), Delphine ("P.-F. Husson nous mène totalement en bateau, créant des situations imbriquées à l'affectif, au quotidien, jouant sur cette panique liée à la perte de repères"), Stéphanie ("un exercice d’équilibre difficile mais qui remplit parfaitement son rôle").

Offert par l'éditeur.

264 p

Paul-François Husson, Peur Aveugle, 2009