Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/04/2009

Au temps des Nations

meur_vivants et des ombres.jpgVoilà déjà un an que je voulais lire Les Vivants et les Ombres de Diane Meur, livre dont le titre rêveur, l’histoire, le point de vue et l’éditeur m’avait convaincue que oui, nous étions faits pour nous rencontrer ! Car il en va des livres comme des hommes : on se découvre rapidement des atomes crochus avec certains. Ici, une étincelle, un éclair, et voilà que ce roman m’emportait déjà après les quelques premières pages.

 

Fresque familiale en Pologne au XIXe, ce récit présentait déjà des caractéristiques que j’aime particulièrement retrouver en littérature : une galerie de personnages charismatiques, dont on découvre peu à peu les relations, les aspirations et les motivations, ainsi que le passage du temps, avec le glissement d’une génération à une autre et les époques un jour révolues. Ici, deux aspects présentent un intérêt supplémentaire : l’évocation de l’histoire mouvementée, à l’époque du réveil des peuples, de l’émergence de la Nation au centre de l’échiquier géopolitique ; enfin, un point de vue original, puisque l’histoire nous est racontée par une maison qui voit l’Histoire avec un grand H à travers la petite histoire de ses habitants.

 

Ce livre avait déjà tout pour me plaire et je n’ai pas été surprise de me régaler. J’ai apprécié l’écriture maismeur_vivants et des ombres 02.jpg plus encore, c’est l’histoire que j’ai trouvée très bien construite. Malgré les quelques 700 pages dans l’édition d’origine, on ne s’ennuie pas un instant : l’histoire est toujours captivante, riche en événements, tandis que la maison s’intéresse tour à tour aux multiples personnages, dont les préoccupations différentes enrichissent la narration. Quant à l’aspect historique intéressant, il se fond complètement dans le récit, ne l’alourdissant pas et ne gênant pas la lecture par l’étalement de connaissances à la mode dictionnaire que je crains parfois avec ce type de projet littéraire.

 

J’ai pris un immense plaisir à découvrir ce roman ambitieux. Dommage que la littérature française ne produise pas aussi souvent des livres aussi foisonnants de personnalités éclatantes, de récits entrecroisés et denses, bref ! de passionnantes histoires comme ont su les écrire de nombreux écrivains du XIXe (en particulier), avant la mode des livres de 100 p en police 40, de l’introspection sans fin (vais-je aller au supermarché ou non ?) et de la psychologie pour la psychologie, avec plus ou moins d’intérêt.

 

Sur ce blog, pour un bon roman hautement, véritablement, brillamment romanesque, je vous recommande Les Maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl, énorme coup de cœur de votre fidèle chroniqueuse (rentrée littéraire 2008).

Ce roman m’a aussi fait penser à Lajos Zilahy avec son excellent livre Les Dukay, immense fresque familiale en Hongrie, un des livres dont je garde un souvenir délicieux (et que je relirai sans doute).

 

711 p (Sabine Wespieser)

633 p (Livre de Poche)

 

Diane Meur, Les Vivants et les Ombres, 2007

27/04/2009

Marguerite

fuentes_instinct inez 01.jpgUne fois n'est pas coûtume, je vais publier en avance mon billet sur le roman choisi par le blogoclub de lecture pour le mois de mai, L'instinct d'Inez de Carlos Fuentes. Et quel roman !

 

Deux histoires s'entrecroisent, deux amours impossibles : d'un côté, au XXe entre Londres et le Mexique, la cantatrice Inez Prada et le maestro Gabriel Atlan-Ferrara se rencontrent à trois reprises pour représenter la Damnation de Faust de Berlioz, ne vivant pas une histoire en réalité jamais vraiment commencée ; de l'autre, une femme toute semblable à Inez est tirée de sa solitude par son semblable masculin, quelques millénaires plus tôt. Le narrateur choisit de consacrer un chapitre à chacun de ces destins tragiques, dont l'alternance au sein du récit suggère rapidement quelque lien mystérieux et intime entre Inez et son double du passé.

 

Ce livre est extrêmement curieux. Il se lit d'une traite, mais l'impression reste assez confuse une fois le roman refermé lorsque, happé fuentes_instinc inez 02.jpgpar le style harmonieux, le lecteur n'a pu s'empêcher de déflorer cet Instinct en quelques heures. C'est le troisième roman d'un cycle intitulé Le Mal du Temps, ce qui me fait penser que ce n'est peut-être pas avec ce livre qu'il aurait fallu découvrir Carlos Fuentes. Si L'instinct d'Inez a sa propre identité et ne fait a priori pas appel à une lecture antérieure, c'est un roman déroutant, très complexe, demandant une connaissance minimale de l'histoire de Faust et offrant une trame assez opaque au lecteur. Comme bien souvent chez les auteurs hispano-américains, le fantastique s'immisce subrepticement dans le texte. La frontière entre réalité et illusion n'a pas de contours nets et le lecteur doit être prêt à s'embarquer à bord d'un étrange voilier, devant renoncer pour cela à ses réflexes cartésiens (si européens !). Au final, c'est une lecture difficile allant de soi : impossible à saisir totalement mais envoûtante grâce aux superbes images mises en scène par une plume séduisante (la traduction devant d'ailleurs s'approcher du texte d'origine, l'espagnol et le français ayant des structures presque identiques et un vocabulaire souvent proche). J'aurais sans doute préféré un livre moins étonnant pour découvrir Fuentes (mais les grands auteurs ne doivent-ils pas savoir ébranler les certitudes ?) ; ce n'est que partie remise, car je lirais bien un autre de ses romans prochainement !

 

Criez, hurlez d'épouvante, hurlez comme l'ouragan, criez comme les forêts profondes, que les rochers croulent, que les torrents se précipitent, hurlez de peur parce qu'en cet instant vous voyez passer dans l'air les chevaux noirs, les cloches s'apaisent, le soleil s'éteint, les chiens gémissent, le Diable s'est emparé du monde, les squelettes sont sortis de leurs tombes pour saluer le passage des sombres coursiers de la malédiction. Il pleut du sang ! Les chevaux sont prompts comme la pensée, inattendus comme la mort, c'est la bête qui nous a toujours poursuivis, depuis le berceau, le spectre qui frappe la nuit, à notre porte, l'animal invisible qui gratte à notre fenêtre, criez tous comme s'il y allait de votre vie ! (p33)

 

Ne vous fiez pas à la couverture immonde de Folio (je vous assure, de près c'est très laid) et ouvrez ce livre dès que vous en aurez l'occasion !

 

D'autres avis : Thierry Guinhut, qui revient sur l'oeuvre de Fuentes et son projet « balzacien »; l'article de l'Humanité, qui insiste sur la musique et l'image de toutes les femmes (et donne une idée plus précise de l'histoire).

 

197 p

 

Carlos Fuentes, L'instinct d'Inez, 2000

blogoclub.jpg

23/04/2009

Ci-gît un cimetière pas comme les autres :

gaiman_graveyard book.jpgDans la série des livres qui se morfondaient dans le tas des billets en retard, The Graveyard Book de Neil Gaiman arrive en bonne place, avec plus d'un mois d'abandon (sans compter le fait qu'entre le moment où j'ai lu les 100 premières pages et celui où j'ai lu la suite se sont écoulés près de deux mois). Il faut dire que la magie a seulement vraiment opéré la deuxième fois.

Ce roman est celui de Nobody Owens, recueilli par les habitants d'un cimetière après le meurtre de sa famille. Poursuivi par l'étrange Man Jack à son arrivée, on le sait menacé dans le monde réel et on se charge de le cacher. On ? Des fantômes vieux de plusieurs siècles, dont un couple autrefois sans enfant, ainsi que Silas, ni mort, ni vivant (mais très vampirique). « Bod » grandit donc au milieu des « siens », apprend à traverser les murs, à se faire invisible, à connaître les étoiles et la manière d'appeler à l'aide dans des langues fantastiques. Ses expressions datent parfois de plusieurs siècles, et ses connaissances sont souvent décrites à coup d'épitaphe : « here he lyes in the certainty of the moft glorious refurrection », « they sleep to wake again », « son of the above » ou encore « As I Am So Shall You Be ».

Le roman est composé de chapitres consacrés chacun à une aventure propre, qui pourrait presque se lire séparément comme un conte, à l'exception des premier et deux derniers chapitres qui sont liés à l'histoire de Nobody et de ses vrais parents. Chaque histoire a ses propres créatures : loup-garou, gobelins, oiseaux fantastiques, gardiens éternels d'un mausolée. Neil Gaiman crée un univers facile à se représenter, dans un décor étrange mais plutôt sympathique facilement transposable au cinéma.

The Graveyard Book (dont le titre fait allusion à The Jungle Book, cher à Gaiman) est un très bon roman jeunesse, parfait pour les 10-14 ans (c'est en tout cas le genre de livres que j'aimais à cet âge), vraiment agréable à lire pour les plus grands. Outre les péripéties palpitantes de Bod et de ses amis funèbres, ce livre évoque le passage à l'âge adulte, l'amitié, la nécessité de tracer sa propre route. Le ton est souvent empreint d'humour et que voulez-vous, entre Caius Pompeus et Thackeray Porringer (1720-1734), sans parler des derniers Victoriens à avoir peuplé le cimetière, le mélange des siècles dépayse judicieusement : on ne s'ennuie pas un instant !

Un court extrait :

« On the north-western side of the graveyard things had become very overgrown and tangled, far beyond the ability of the groudsman or the Friends of the Graveyard to tame, amd he ambled over there and woke a family of Victorian children who had all died before their tenth birthdays, and they played hide-and-go-seek in the moonlight in the ivy-twined jungle. »

Pendant que je lisais tranquillement ce livre en VO, j'ai été contactée par les éditions Albin Michel qui m'ont proposé de m'envoyer la version française. J'ai accepté gaiman_vie de nobody owens.gifpar curiosité et reçu les épreuves non corrigées puis le livre publié en mars (je n'ai découvert ce dernier que très récemment, n'étant pas chez moi lorsqu'il est arrivé). J'ai lu quelques extraits et, très honnêtement, même si je préfère lire systématiquement les livres jeunesse en VO, il est tout aussi agréable de lire ce roman en VF. Le changement majeur tient au choix des illustrations. En anglais, j'ai choisi la version pour le jeune public, préférant les dessins de Chris Riddell qui me rappelaient certains livres de mon enfance et que je trouvais à la fois amusants et monstrueux. La VF contient les dessins de Dave McKean, plus modernes. Ils m'évoquent les comics à la Batman et Spiderman, malgré un style personnel. Quant à la couverture, j'adore !

On trouve les illustrations et beaucoup d'autres détails passionnants (ou pas) sur le site consacré au livre. Notamment ceci : « The Graveyard Book has just won the The John Newbery Medal for the most outstanding contribution to children’s literature ».

D'autres avis : Cocola, « adorable, impossible d'y résister » ; Fashion – qui me l'a fait découvrir, « roman formidable, (...) sombre comme une nuit sans lune au-dessus d'un cimetière » ; ,Karine:) « Le monde créé par la plume de Gaiman a une magie certaine. » ; Marie, « Quel talent ce Neil Gaiman ! » ; Pimpi, « J’ai lu le livre d’une traite. Et j’ai adoré!!!! » ; Yueyin, « Une très belle et magique parabole du passage de l'enfance à l'âge adulte » ; Ofelia, "les neophytes se regaleront d'un roman qu'on a du mal a lacher, les connaisseurs retrouveront avec plaisir l'univers fantasmagorique (mais qui a souvent l'air tellement reel) de Gaiman." ; Isabelle, dans un billet judicieusement intitulé La mort vous va si bien, conclut : « Un très joli roman donc, plein de poésie, que je vous recommande chaudement. »

294 p

Neil Gaiman, The Graveyard Book, 2008

(En France : L'Etrange vie de Nobody Owens, 2009)

****

2009.03.19 concours bd 4.jpgPetits blablas en passant :

Colin Firth (que je connais très bien et qui m'a évidemment tout raconté) va embellir l'année 2009 en jouant dans A Christmas Carol ET Dorian Gray (je retiens de justesse un «hiiiiiiiiiiiiii » hystérique que je réserve pour la sortie en salle).

*

gaudi_batllo_noche.jpgAujourd'hui, c'est La Diada de Sant Jordi ou le Lovers Day à Barcelone. Et sachez mes amis que les Catalans sont parfois des gens décidément vraiment (mais alors vraiment) bien. Car pour fêter ça, les couples échangent traditionnellement une rose (pour la fille) et un livre (pour le garçon). Mieux encore, il paraît qu'aujourd'hui le garçon offre la rose ET le livre à la fille (là Mr Lou proteste, on a donc décidé de s'offrir mutuellement les deux raisons du conflit). Il devrait y avoir des livres et des roses partout, notamment sur les Ramblas (et la foule aussi, malheureusement). Je n'en sais pas plus pour l'instant mais sachez que j'ai déjà hâte d'y être ! D'ailleurs, qu'est-ce que je fais encore ici, moi ?

diada sant jordi.jpg

 

21/04/2009

ô Romeo, mon Romeo, pourquoi es-tu donc Romeo ?

bagieu_vie tout a fait fascinante cover.pngTiens ! Une note en retard ! Quelle surprise !

Anyway mes amis, dans un moment d'intense courage et de folle intrépidité, j'ai décidé que le temps était venu de vous révéler quelques petits secrets.

Penelope Bagieu a été très à la mode sur les blogs l'an dernier, mais il a fallu attendre 2009 pour que votre chroniqueuse dévouée s'aventure sur le blog de ladite Penelope. Et là, qu'est-ce que j'ai ri ! (et oui c'est un compliment, et non je ne suis pas mauvaise langue – pas toujours)

Evidemment, j'aime le coup de crayon et le sens de l'humour qu'on retrouve sur tous ses dessins. Of course ! But, la raison secrète de mon engouement pour Penelope Jolicoeur c'est que : moi aussi je peux rester des mois sans lumière quelque part, bagieu penelope 1.pngjusqu'à l'intervention héroïque d'un représentant du sexe masculin ; moi aussi j'ai parfois des impulsions bizarres en consultant ma boîte mail (actualiser, actualiser, actualiser, actualiser... Damn it ! Toujours rien et j'ai envoyé mon mail il y a déjà 5 mn ?????!!!) ; j'adore concocter des soupes thaï au lait de coco et curry vert (et ajout de piment quand mon cher et tendre gère tout seul)... vous savez, ces soupes qui font pleurer vos amis qui, en se mouchant bruyamment, vous disent « si si c'est vachement bon, c'est juste un tout petit peu piquant mais on s'y habitue très vite » !

Le livre reprend des dessins présents sur le blog de Penelope, en tout cas certains, alors oui, on peut se contenter du blog. Mais en même temps, j'ai remarqué que mon exemplaire (qui traîne évidemment n'importe où, à savoir devant le pc) fait le bonheur de tous ceux qui s'en approchent. Oui c'est très girlie, oui, c'est loin de l'image classique que veulent donner certaines féministes. N'empêche, c'est drôle (et pas tout à fait faux). Un petit concentré d'auto dérision, à feuilleter sans se priver !

Et pour l'aspect technique, la version du Livre de Poche est très sympa, plus large qu'un format classique, avec un papier plus épais, le tout en couleur.

Offert par Le Livre de Poche.

94 p

Penelope Bagieu, Ma vie est tout à fait fascinante, 2008

bagieu_vie tout a fait fascinante 02.png
bagieu_vie tout a fait fascinante 03.png

 

17/04/2009

Will his name be Junior ?

altman_the darcys and the bingleys.jpgAprès avoir longuement délibéré avec mon moi-même intérieur, j'ai décidé de faire mon billet sur The Darcys and the Bingleys au plus vite afin de satisfaire la curiosité de plusieurs lectrices que le résumé de ce livre avait fortement intrigué – et pour cause!

 

Parce que je suis dans mes bons jours, amies lectrices (let us not pretend anymore, le public austenien est essentiellement féminin), et que je sais que même celles qui ont développé un comportement compulsif à tendance darcyiste ne peuvent pas toujours se souvenir de tous les produits dérivés qui hantent les librairies, j'ai prévu une petite piqûre de rappel :

 

« Three days before their double wedding, Charles Bingley is desperate to have a word with his dear friend Fitzwilliam Darcy, seeking advice of a most delicate nature. Bingley is shocked when Darcy gives him a copy of the Kama Sutra, (petit sacripant!) but it does tell him everything he needs to know... Eventually, of course, Jane finds this remarkable volume, and in the utmost secrecy shows it to her dear sister Elizabeth, who goes searching for a copy in the Pemberley library... By turns hilarious and sweet, this book also presents an intriguing view of Miss Caroline Bingley, who has such good reasons for being the way she is that the reader can t help but hold her in charity (saperlipopette, j'en perds mon latin). Georgiana Darcy makes a most eligible match, and in spite of his abhorrence of being asked for advice, Darcy s friendship with Bingley is solid and full of fun. » Vous remarquerez que j'ai laissé mes commentaires d'une profondeur abyssale.

 

Avant tout, sachez que j'ai rarement vu un résumé aussi mensonger et une telle propension à racoler le lecteur avec tout et n'importe quoi. Jane ne trouve pas le volume en question mais demande à son cher époux d'où lui est venue une certaine idée, ce qui pousse Charles à extirper le Kama Sutra d'une pile au pied de leur lit. Jane le lit mais n'en parle pas à Elizabeth, qui ne va pas chercher une copie à Pemberley, même si elle découvre par la suite un autre livre instructif (ou alors un chapitre entier devait manquer dans mon édition !). Concernant Miss Bingley, on apprend qu'elle est en passe de devenir vieille fille et doit se marier vite fait, mais après tout, ne le savait-on pas déjà ? Enfin Georgiana Darcy fait son entrée dans le monde avec un premier bal organisé par un frère bien décidé à ne pas la laisser se marier de si tôt. Certes, mais il n'est question d'aucun prétendant en particulier, Georgiana étant une simple adjuvante dont on imaginait déjà la fortune et le rang avant de découvrir dans ce résumé qu'elle est un bon parti (ça c'est une révélation ! on attendait Marsha Altman pour le savoir).

 

Alors chères ami(e)s, vous pensez peut-être que j’ai détesté cette suite de Pride and Prejudice. Non point. Au contraire, je l’ai dévorée, même si j’avoue une nette préférence pour les 200 premières pages (et l’envie d’arriver à la conclusion rapidement à partir de la page 300). J’ai pourtant vu un avis nettement opposé au mien car à vrai dire, si je n’ai pas trop aimé la deuxième moité, c’est que l’histoire relativement crédible se transforme presque en un roman de cape et d’épée où l’action ne manque pas… quel que soit le rapport avec les personnages et l’influence de Jane Austen.

 

pride and prejudice bbc 1995 wedding.jpgLa première moitié du livre porte sur les quelques jours précédant le double mariage puis sur la première grossesse des deux sœurs. J’ai beaucoup aimé cette partie pour de nombreuses raisons, que je tiens à citer pour faire justice à ce livre (car croyez-moi je ne vais pas me priver d’évoquer ensuite le côté obscur de la force). J’avais lu plusieurs commentaires qui me faisaient penser que cette histoire de Kama Sutra était plutôt amusante et que ce roman était assez soigné, loin des suites apparemment très explicites de Linda Berdoll. Je n’ai pas été déçue sur ce point, au contraire ! Malgré quelques maladresses (qui me semblent presque inévitables), les conversations liées au livre ou à la sexualité sont malicieuses mais sobres et, contrairement à ce que laisserait penser le résumé, les « relations » ne sont pas le sujet principal de ce livre, même si quelques allusions reviennent de temps en temps après la nuit de noce (qui n’est pas racontée, heureusement). Outre l’humour, j’ai apprécié le traitement de la sexualité et de la maternité comme un sujet important mais particulièrement délicat à une époque où les filles étaient souvent maintenues dans l’ignorance pendant leur adolescence. Sans parler des discours maternels rassurants qui présentent les fameuses « relations » comme un mal nécessaire pour amener la paix au sein du mariage. J’aurais tendance à trouver préférable le choix d’autres personnages pour une telle thématique mais finalement, Marsha Altman réussit à évoquer ce sujet sensible sans nuire aux héros. Cette partie est pour moi cohérente, très agréable à lire. Le style est neutre, plutôt approprié, les répliques souvent bien choisies.

 

[SPOILER entre les crochets, à déconseiller à celles qui ont déjà acheté le livre mais peut-être pas à celles qui se demandent si ce livre est fait pour elles.

La deuxième moitié repose sur l’arrivée du grand méchant loup qui éclipse Wickam, Lord Kincaid. Cette partie rocambolesque se lit assez bien car les péripéties ne manquent pas, mais l’ensemble est franchement tiré par les cheveux. Sans dire qui fait quoi ni comment, sachez qu’il y a notamment : un blessé par balle, une arrestation, des coups de chandelier sur le crâne, des points de suture et de l’opium, la visite d’un château écossais, des voyages entre le Derbyshire et Londres, le retour d’un frère endetté, une menace de viol. Le passage au roman d’aventures est divertissant mais paradoxalement, j’ai trouvé cette partie plus ennuyeuse parce qu’elle me semble un peu bâclée. J’ai eu l’impression que l’auteur, après avoir passé des soirées entières à réfléchir à de bonnes répliques et aux phrases adéquates, a trouvé que son manuscrit n’avançait pas et a voulu parer au plus pressé. Je n’en sais rien et ne le saurai jamais, toujours est-il que je trouve que le vocabulaire contemporain ressort plus, les répliques sont un peu lassantes, les scènes caricaturales et les personnages complètement décalés.

 

De manière générale, j’ai trouvé le traitement des personnages inégal, même si je crois m’être offusquée plus fréquemment dans la deuxième partie où Darcy est Caroline bingley 2005.jpgméconnaissable (et puis, pour vous rappeler que ce type bizarre est Darcy et qu’elle sent bien que la lectrice que vous êtes est sur le point de l’oublier, Altman utilise une expression du type :« il avait un air austère, parce que c’était Darcy » - on sent que l’expression « Darcy-like » la démange).

Certains personnages n’ont rien de commun avec leurs homologues chez Jane Austen, hormis le nom. Jane Bingley n’est pas la douce et innocente créature que nous connaissons : les allusions coquines entre Elizabeth et Darcy m’ont moins surprise que celles faites par Jane devant un Bingley empourpré ; je précise aussi qu’elle essaie tout de même d’étrangler son mari pendant un accouchement. Darcy a du mal à tenir l’alcool et se ridiculise lorsqu’il n’a pas tous ses esprits. Quant à Caroline Bingley, on voudrait presque l’avoir pour grande sœur, surtout lorsqu’elle lutte à coup de balai contre un type armé d’une épée.

Cela dit, Altman interprète certains silences de Pride and Prejudice pour donner une autre dimension à plusieurs protagonistes. Mary est par exemple très indépendante et part étudier sur le continent, Anne de Bourgh est sympathique et proche de Darcy, tandis que le couple Bennet est plus uni et Mrs Bennet visiblement plus lucide, même si leurs interventions ne sont pas trop alterées et restent amusantes et plausibles.

]

 

La fin est prévisible mais, malgré tout ces défauts, j’ai globalement passé un très bon moment avec ce livre plein d'humour et j'ai adoré la réplique finale du petit Geoffrey Darcy (et la réaction du père, si improbable soit-elle). Je lirai peut-être la suite (une série est en cours apparemment).

 

Extraits :

 

“ I say, my daughters seem to be in some sort of a competition ,» Mr. Bennet said. “The first husband I must pay; the second I have no obligations to; and the third pays me. Mary, if this pattern is to continue, I will consent to you marrying a man of no less than twenty thousand pounds a year. And Kitty, nothing less than royalty will do. I perhaps will settle for Scottish royalty, but only if he truly loves you.” (p102)

 

“ My dears, my dears,” their mother said nervously. “Oh, there is so much to say now and so little time to say it. Always be good to your husbands, and be careful never to irritate them with your fits.”

“Wise advice,” said Mr Bennet.

“And if they ever do make some quiet comments at your expense, it will suit your marriage to pretend that you do not hear,” she replied. (p109)

 

Autres avis en anglais : Austenprose ; Becky ; Jane Austen Today ; Bookfool ; Romance Rookie.

Blog de l’auteur.

 

413 p

 

Marsha Altman, The Darcys and the Bingleys, 2009

 

 

Et comme l’auteur remercie Dieu (sans qui le Kama Sutra et Darcy ne seraient pas), j’ai décidé de remercier Madonna, dont le titre Like A Prayer me suit partout depuis mes quatorze ans (eh oui, pourquoi pas ?).

 

 

 

 

 

 

 

Austen et moi :

 

Mon questionnaire austenien

Pride and Prejudice : le livre, le film de 2005.

The Watsons

Bride and Prejudice

Bridget Jones’s Diary / The Edge of Reason

 

Northanger Abbey – LU et à relire !

Emma (ITV) – VU

Northanger Abbey (ITV) – VU

Lost in Austen (ITV) - VU ET REVU !

Pride and Prejudice (BBC 1995) – VU ET REVU !

 

Next reading : peut-être Emma car je viens de voir le film d’ITV que j’ai adoré.

 

 

challenge jane austen 2009.jpg

16/04/2009

We're having a miracle

huston_prodige.jpgFlexions du poignet, petit échauffement et quelques gammes sur mon clavier, légère pression sur la pédale, telles sont les techniques que je suis bien décidée à employer pour enfin sortir Prodige de Nancy Huston du lot des chroniques qui refusent de pointer le bout de leur nez sur ce blog.

 

Le prodige c'est Maya, née prématurément et qui s'accroche à la vie contre toute attente, faisant la joie de ses parents et s'attachant pour toujours sa mère Lara, prête à tout donner à son enfant pour lui promettre une vie merveilleuse.

C'est aussi l'enfant prodige que devient la petite en grandissant. Formée dès le plus jeune âge par une mère pianiste, Maya excelle et surpasse son guide. La musique est son élément naturel, elle la comprend mieux que quiconque et s'exprime parfaitement au moyen de son piano. C'est un véritable don que semble lui avoir insufflé Lara lors des premiers mois, lorsqu'elle se trouvait entre la vie et la mort.

 

D'abord amis lecteurs, sachez que je veux lire Nancy Huston depuis au moins deux ans et que je suis vraiment heureuse d'avoir enfin découvert sa prose. Très honnêtement je m'attendais à un coup de coeur immédiat, à une révélation époustouflante, des tempêtes dans ma chambre et des coups de tonnerre follement romanesques annonçant le début de la fin et jetant votre chroniqueuse dévouée par terre dans un état de choc et de béatitude avancé. De grandes espérances qui ne facilitaient pas la tâche de Nancy Huston, dont j'ai cependant apprécié ce court roman.

 

Plus que la forme, que je trouve plaisante mais que j'espérais plus vibrante, j'ai vraiment apprécié le contenu. Alternant les voix par de courtes interventions précédées du nom du personnage dont on découvre les pensées, ce roman reprend beaucoup d'ingrédients auxquels je suis particulièrement sensible, à commencer par les relations entre membres d'une même famille (en particulier mère-fille) et la musique, qui occupe une place à part dans ce récit. Le piano est un lien entre Maya, sa mère et sa grand-mère ; il lui permet aussi de nouer de nouvelles relations, tout comme il a rapproché ses parents quelques années plus tôt. C'est un moyen d'expression qui, une fois dompté, reste encore magique et inaccessible, Maya étant la seule à savoir dépasser les limites techniques pour vraiment s'approprier le piano et en faire son complice. Enfin, outre les thèmes abordés, j'ai apprécié les personnages qui, en peu de pages, gagnent indubitablement en intensité et rayonnent malgré leur contour assez flou et vaporeux. Lara m'a particulièrement touchée avec son esprit combatif, son amour pour sa fille et la frustration teintée de fierté qu'elle éprouve en voyant Maya triompher là où elle-même a échoué. L'écriture des passages de Lara m'a d'ailleurs plus marquée : Tu te mettras sous le piano, ce sera ta petite maison tout en bois, et tout autour de toi ça résonnera quand je joue, boum, les graves, la pédale, un orage, un déluge, un ouragan de musique se déchaînant dans le bois ! (p137)

 

Merci à Lilly grâce à qui je me suis enfin décidée ! Les avis de Malice, Sylvie, et Karine.

 

Et sur ce blog, si vous aimez Nancy Huston, voilà quelques textes susceptibles de vous intéresser :

-sur le thème de la musique : Le Violon Noir ; L'incroyable histoire de Mlle Paradis.

-sur le thème des relations mère-fille-grand-mère : L'Elegance des veuves (superbe livre) ; (roman irlandais) La Visiteuse.

 

173 p

 

Nancy Huston, Prodige, 1999

15/04/2009

Pour changer !

books.jpgJ'ai été taggée par Rachel pour parler (encore et toujours, mais c'est si doux!) de livres :

Plutôt corne ou marque-page? Marque-page, of course, ou tout ce qui passe à portée de main !

As-tu déjà reçu un livre en cadeau? Oui depuis mon plus jeune âge, mes proches sachant que c'est un cadeau risqué (car je lis beaucoup) mais qui me fait particulièrement plaisir.

Lis-tu dans ton bain? Oui. Et partout d'ailleurs...

As-tu déjà pensé à écrire un livre? Ado j'écrivais des nouvelles et même 100 p d'un roman jamais terminé... aujourd'hui j'éprouve plus de plaisir à lire mais peut-être qu'un jour l'envie me reprendra de faire travailler mon imagination.

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes? Je ne suis pas une adepte mais c'est aussi parce que je lis assez peu de SF ou fantasy où les séries sont plus courantes. Je lis tout de même quelques séries comme celle de Charlotte et Thomas Pitt d'Anne Perry et je suis ravie de retrouver des personnages que j'apprécie, mais je suis souvent un peu découragée lorsqu'une même histoire est divisée en cycles publiés séparément.

As-tu un livre culte? J'aurais tendance à dire Les Fleurs du Mal de Baudelaire (que j'ai en plusieurs exemplaires et lis auausten_pride and prejudice book cover.jpg hasard des pages) ou un livre comme Mrs Dalloway mais ces dernières semaines Pride and Prejudice de Jane Austen m'occupe tellement que je pense que ce livre est en passe de devenir mon livre culte number 1.

Aimes-tu relire? Quand j'étais petite je relisais très souvent mais ce n'est plus le cas. Cela dit, la relecture toute récente de Pride and Prejudice (encore!) m'a justement fait penser que je devrais peut-être relire plus souvent, car j'ai éprouvé un immense plaisir à retrouver ce roman, que j'aime peut-être plus encore qu'avant.

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimé ? J'aime bien échanger avec les auteurs et la plupart du temps j'ai rencontré des personnes accessibles et ravies de parler de leurs écrits. Cela dit j'ai toujours une appréhension, car il y a toujours le risque de trouver l'auteur moins intéressant que son livre ou tout simplement pas sympa, ce qui gâche un peu l'ensemble quand on a tendance à tout idéaliser en matière de littérature.

the hours affiche.jpgAimes-tu parler de tes lectures ? Oui d'ailleurs c'est pour ça que j'ai ouvert mon blog (surprise surprise !). Mais dans la vraie vie j'adore parler bouquins aussi, et le fait de tenir un blog m'a notamment permis de rencontrer des gens aussi fous que moi, prêts à parler bouquins sérieusement ou plus souvent, à dire n'importe quoi pendant des heures... quand on trouve des personnes prêtes à faire comme vous des blagues étranges sur Wilkie Collins, Darcy ou l'Austenator et à se bidonner devant les yeux ébahis de voisins de table ou de personnes présentes à la même expo, c'est bon signe !

Comment choisis-tu tes livres ? Ouh là j'ai déjà répondu à cette question plusieurs fois sur ce blog... je ne vais pas être très originale : je repère de nombreux titres sur les blogs, quelques-uns sur les magazines (peut-être moins de 5% de tout ce que je lis, en général les magazines me permettent plus de préciser l'idée que je me fais d'un auteur ou d'un livre) ; le hasard des découvertes en librairie et la recherche de livres d'auteurs déjà lus ou repérés depuis longtemps font le reste (ce qui n'est pas rien).

Une lecture inavouable ? Je lisais au collège des romans à l'eau de rose (Danielle Steel et un Barbara Cartland, plus quelques autres déjà oubliés)... mais ça ne compte peut-être pas. Mmh tiens, une découverte en prepa, quand mes acolytes m'ont offert pour mon anniversaire le Guide du zizi sexuel (j'adore ce bouquin au passage) !

Des endroits préférés pour lire ? Curieusement j'aime bien lire dans les transports en commun, car souvent mon livre me sauve la vie lorsque je cumule les problèmes : mourir d'ennui, mourir écrasé par la personne à côté de vous, mourir en respirant le moins possible sous les aisselles du grand type accroché à la barre au dessus de vous, la trilogie infernale ! En des temps plus cléments, j'apprécie particulièrement mon lit, mon bain, un fauteuil ou un canapé confortables et, pour les urgences, l'endroit de prédilection de Miller.

Un livre idéal pour toi serait : celui qui sait parfaitement correspondre à l'état d'esprit du moment... mais je pourrais aussi dire celui qui fait battre mon coeur, celui qui virginia woolf.jpgest à la fois intelligent, captivant et bien écrit, avec des personnages incontournables.

Lire par dessus l’épaule ? Toujours. Mais parfois aux regards méchants que je reçois je me demande si je ne passe pas pour une vicieuse précoce cherchant à reluquer sans vergogne la poitrine de la lectrice en question (car souvent les collections choisies par ces dames attirent plus mon attention que les Stephen King et SF hard plus fréquemment préférés par ces messieurs).

Télé, jeux vidéos ou livre ? Par goût, le livre, of course ! Je pourrais vivre dans un monde sans télé ou jeux vidéos, mais un monde sans livres, impossible ! Cela dit, si le livre est indispensable à ma survie, je ne vais pas prétendre que je passe toutes mes soirées à me cultiver en me nourrissant de livres et d'eau fraîche. J'aime regarder la télé pour me délasser ou lorsque je suis seule au moment du repas, j'adore tout un tas de séries (policières ou nanaesques) ; quant aux jeux vidéos Mr Lou a une Wii et mon rapport avec la bête évolue au gré des saisons... entre abstinence et pratique frénétique de lapins crétins, de boxe et de création artistique de bordel avec le jeu Eledees.

Lire et manger ? Je suis parfois limitée par la taille du bouquin et j'ai tendance à laisser mon plat refroidir, ne voulant pas manger en regardant le livre (sinon on entend un gros « splouch ! » et voilà le livre plein de sauce tomate). Mais en théorie je suis adepte de la pratique !

Lecture en musique, en silence, peu importe .. Peu importe en fait. La musique me gêne si le volume est trop fort mais je n'aime pas les silences qui s'éternisent. Par contre j'aime autant lire dehors avec le seul bruit de la brise ou des vagues lorsque c'est possible.

Lire un livre électronique ? Il ne manquerait plus que ça !

edithwharton_1.jpgLivres empruntés ou livres achetés ? Je préfère posséder les livres que je lis car lorsque je les aime vraiment j'ai tout simplement tendance à les racheter plus tard s'ils ne sont pas à moi. Mais les prêts permettent de découvrir d'autres univers, ce que je ne regrette pas ! Quant à la bibliothèque je n'y vais plus mais pourquoi pas, surtout pour les BD et les mangas ? Bref, j'y songe !

Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ? Je lis The Darcys and the Bingleys, une suite de Pride and Prejudice publiée récemment (quand je vous disais...). Quant au prochain je ne suis pas certaine mais ce sera un des livres pour la présélection du prix des cinq continents. Peut-être bien La Bohème ou Ce qui s'endigue. Je prévois ensuite un retour rapide aux classiques anglais !

As-tu déjà abandonné la lecture d'un livre? J'ai beaucoup de livres « mis en attente » depuis longtemps, avec l'idée de les reprendre. Parmi les vrais abandons il y a eu l'an dernier Anna Gavalda avec Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part.

Quel est le premier livre que vous avez adooooooré d'amour ? Peut-être pas le tout premier (ce serait JK Toole-La conjuration des imbéciles.pngsûrement mon livre de contes bleu), mais en tout cas un premier amour qui a duré longtemps (enfin un ou deux ans, le temps de tout lire) : presque tous les livres de la Comtesse de Ségur, découverte avec Les Malheurs de Sophie. Après il y a eu énormément de coups de foudre et de relectures (La Petite Maison dans la Prairie (toute la série), Les Quatre Filles du Docteur March, Papa Longues Jambes, les Roald Dahl, Le Jardin Secret, les Alice – un peu moins tout de même, mais j'en ai lus tellement que je trouve que ça compte...).

 

Je tague tous ceux et celles qui ont envie... et quelques noms, si le coeur vous en dit : Lilly, Neph, Malice, Léthée, Ameleia, Titine, Pimpi, Ofelia, Praline, les Book Travellers...

14:05 Publié dans Tags | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook | |

14/04/2009

Papy fait de la résistance

Lavantderniere.jpgVous l'avez peut-être remarqué mais mon obsession pour Pride and Prejudice a pris de nouvelles proportions ces derniers jours. Ayant tout un tas de lectures assez urgentes devant moi, j'ai eu le malheur de commencer The Darcys and The Bingleys, et si je le pouvais, je passerais ma journée plongée dans les préparatifs du double mariage. Ajoutons à cela l'usage compulsif de DVDs (Lost in Austen revu cette semaine, de même que Pride and Prejudice BBC 1995 vu deux fois en deux semaines, sans parler des deux Bridget Jones), et me voilà totalement perdue entre Netherfield et Pemberley, avec quelques passages à Longbourne, mais pas trop – je préserve mes pauvres nerfs.

 

J'ai pourtant eu l'idée de glisser L'avant-dernière chance de Caroline Vermalle dans mon sac avant de prendre l'avion mercredi dernier. Bien m'en a pris !

 

Profitant de l'absence de sa fille, Georges, 83 ans, décide de faire en voiture le Tour de France avec son voisin Charles. Ce voyage de deux mois ne reste pas secret longtemps : la petite fille de Georges Adèle a décidé de refaire surface et l'appelle depuis Londres où elle travaille sur le tournage d'une adaptation d'Agatha Christie. Son coup de fil provoque un petit accident, obligeant Georges à mettre Adèle dans la confidence. Si la jeune femme accepte de ne rien divulguer à sa mère, c'est parce que son grand-père s'engage à lui envoyer chaque jour un sms pour lui dire où il se trouve et la rassurer. De cet accord tacite va naître une nouvelle relation entre Adèle, stagiaire non payée corvéable à souhait dans une maison lugubre de Brick Lane et Georges, qui malgré sa santé fragile revit en découvrant la Bretagne, en tombant amoureux et en enfilant excès gastronomiques et tournées de cidre.

 

Amis lecteurs, j'ai passé un excellent moment en compagnie de ces deux adorables grands-pères, d'Adèle et de la vieille maison de Brick Lane qui a éveillé ma curiosité (est-elle inspirée d'un bâtiment se trouvant réellement dans le quartier ?). Ce roman assez court se lit d'une traite et pour cause : le voyage est simple et très agréable, les personnages attachants, tandis que l'histoire crédible alterne de drôles de situations et des scènes très touchantes – au point de me faire verser une petite larme à la fin, ce qui n'arrive pas souvent lorsque je lis ! Si les seniors vous font peur, si vous craignez l'invasion de maisons de retraite et de déambulateurs (eh oui le senior est un animal inquiétant avec lequel les auteurs ne sont pas toujours tendres), rassurez-vous : L'avant-dernière chance est un livre plein de vie, de rebondissements et d'énergie, tant et si bien que la fin du périple est douloureuse pour le lecteur – qui peut cela dit se reposer de toutes ces émotions et souffler après tant de palpitations littéraires. Une jolie leçon de vie, où l'on voit bien que la solitude et le désir de vivre pleinement n'ont pas d'âge.

 

Quant aux sms, ils égayent le voyage comme autant de cartes postales mais restent toujours en marge du récit, ayant leur utilité propre sans alourdir le roman ou prédominer sur l'histoire. A noter qu'ils sont systématiquement écrits en langage sms puis traduits en « bon français de France » (et d'ailleurs) pour les néophytes – je ne voyais pas l'intérêt en lisant mais je me dis que si je prête ce livre à mes parents par exemple, la traduction ne sera pas inutile.

 

Bref, un page-turner à l'écriture très fluide, aux interrogations humaines et pleines de tendresse ; en somme amis lecteurs, un livre que je vous recommande chaudement – parfait d'ailleurs pour accompagner vos valises à Pâques ou cet été, avec un texte rafraîchissant ET intéressant (ce qui n'est pas toujours facile à trouver).

 

 

 

Prix Nouvent Talent de la Fondation Bouygues Telecom – Metro 2009.

 

Merci à Caroline Vermalle, chez qui on trouve également un extrait du livre.

 

Autres avis, tous positifs : Lo, Saxaoul, Praline, Lune de Pluie, Chris89.

 

Et un lien vers mon billet sur 1-TOX, lauréat 2008.

 

246 p

 

Caroline Vermalle, L'avant-dernière chance, 2009

11/04/2009

Résolution numéro 1 : revoir Bridget Jones

bridget jones affiche 01.jpgJ’avais complètement oublié le rapport entre Bridget Jones et Jane Austen et ne gardais pas un souvenir impérissable du premier volet, vu en faisant au moins trois millions de choses à la fois. Mais là, je me suis régalée !

 

Tout le monde connaît à peu près l’histoire, celle de Bridget qui écrit dans son journal ses mésaventures amoureuses et ses considérations métaphysiques : Daniel Cleaver ou Mark Darcy ? Je ne développerai pas plus sur le sujet (qui n’a rien de prodigieusement original en soi). Par contre, j’ai bien envie de vous dire pourquoi je m’éclate en regardant Bridget Jones – et pourquoi après avoir vu le dernier film toute seule chez moi j’ai enchaîné en beauté avec une sublime performance sur l’Ultimate Collection de Madonna, dans un pyjama qui ne dépareillerait pas l’armoire de Bridget et le set de pulls faits maison de Marc.

 

bridget 22 pyjama.pngEvidemment, les quelques allusions à Pride and Prejudice ajoutent un peu de piment à ce qui n’est tout de même qu’une (grosse) comédie (un peu) romantique. Colin Firth reprend du service en jouant Mark Darcy, un avocat intègre et un homme idéal qui se cache sous l’apparence d’un type coincé et désagréable. Hugh Grant incarne Daniel Cleaver, sorte de Wickam, dragueur impénitent et beau parleur. Fâché avec Darcy depuis son aventure avec l’ex Mrs Darcy, Daniel se fait passer pour la victime dans l’histoire… bridget 14.jpgbref, on n’est pas trop loin d’un certain scénario bien connu. Pour les allusions, je ne me lasse pas du clin d’œil fait à l’attitude de Darcy vis-à-vis d’Elizabeth lors du bal (« she’s tolerable, but not handsome enough to tempt me »), lorsque Bridget entend Mark la traiter de vieille fille alcoolique qui s’habille comme sa mère.

 

bridget 10.jpgJ’ai préféré le premier film, Bridget Jones’s Diary, reprochant au deuxième des redites et quelques longueurs. Colin Firth, tellement fidèle au personnage, fait revivre un Darcy de 200 ans plus jeune – toujours aussi flegmatique, toujours aussi séduisant (bon, si vous ne l’avez pas déjà remarqué j’avoue un léger penchant pour Fitzwilliam Darcy, mais qui pourrait s’en étonner ?). bridget 01.jpgHugh Grant est assez différent du beau type plutôt timide qu’il incarne souvent (Love Actually, Coup de foudre à Notting Hill, Sense and Sensibility). Abandonnant ses mimiques empotées, il convainc tout à fait en jouant un séducteur et un faux romantique que l’on sait intéressé, coureur de jupons mais qu’on ne peut s’empêcher de trouver malgré tout très sympathique ! C’est bridget 18.jpgpourtant Bridget qui rend le film si drôle et assez nouveau – du moins à sa sortie. Non seulement elle est très crédible dans son rôle de fille lambda qui lutte contre les kilos, qui n’a pas un maquillage impeccable ni un déshabillé sexy en toutes circonstances (surtout en période de célibat), qui occupe un appart assez bordélique et ne suit pas les lois de la décoration ultra branchée du moment, mais elle a aussi un rapport presque crédible (disons un tantinet catastrophique) avec les hommes qu’elle rencontre. Mauvais choix de sous-vêtements au moment critique, remarque complètement stupide en raison d’un état de nervosité avancé… bref, Bridget c’est un peu vous et moi (parfois en pire), ce qui rend l’histoire encore plus amusante.

 

bridget jones affiche 02.jpgDans Bridget Jones : The Edge of Reason, on retrouve les mêmes ingrédients et des personnages qui n’ont pas du tout évolué. Je regrette un peu la similitude entre les deux histoires, alors que tout pourrait être différent puisque Bridget sort avec Darcy au début du deuxième film… mais non, on ne peut pas éviter la rupture, le retour de Daniel Cleaver qui tente une approche à peu près similaire pour reconquérir Bridget. La fin est presque la même aussi. Bref, côté cœur, pas grand-chose de nouveau à l’horizon ! J’ai aussi trouvé certaines scènes franchement lassantes, comme l’intrusion répétée de Bridget aubridget 20 rebecca.png mauvais moment dans le bureau de Darcy ou ses énormes bourdes lorsqu’elle rencontre les personnes haut placées qu’il fréquente (une fois c’est amusant, trois ou quatre fois on commence à se fatiguer). Le passage en prison est aussi un peu longuet et l’humour un peu lassant. J’ai tout de même bien aimé ce deuxième film. Finalement, j’ai presque autant apprécié le chassé-croisé entre Cleaver et Darcy ; j’ai adoré la chute concernant la charmante Rebecca – chez qui je voyais une réplique plus sympathique de la première rivale de Bridget ; quant à la BO, elle a eu un effet détonnant sur moi. Il faut dire que Madonna est évoquée plusieurs fois (avec Material Girl, Lucky Star, Holiday et Like a Virgin si je me souviens bien), ce qui n’est pas pour me déplaire (eh oui !). J’ai beaucoup apprécié le happy end dans un cimetière et j’ai un scoop pour vous : j’ai découvert que Bridget et moi avons la même télé. C’est peut-être un signe… mais je ne sais pas si je devrais m’en inquiéter ou me réjouir !

 

bridget 15.jpg

Voilà deux films très légers, un peu lourds… que je risque de revoir encore bien souvent. Pour le côté loufoque. Et puis parce que, si j’ai horreur des déclarations sirupeuses, les échanges entre Bridget et Mark ne me laissent pas tout à fait indifférente…

 

 

 

bridget 08.jpg
bridget 05.jpg
bridget 12.jpg
bridget 19.jpg
bridget 07.jpg

bridget 23 affiche 1 2e version.png

Et la Bridget joke :

bridget joke.jpg

 

Voilà les liens directs vers mes articles du Challenge Jane Austen sur ce blog pour l’instant :

Mon questionnaire austenien

Pride and Prejudice : le livre, le film de 2005.

Bride and Prejudice

The Watsons

 

challenge jane austen 2009.jpg

09/04/2009

Momo à l'écran

flipo_film va faire un malheur.jpgLe film va faire un malheur. Tout un programme. Généralement je ne succombe pas à la vue de ce genre de titre un peu racoleur et pragmatique. Eh oui, ma préférence va plus souvent aux romans qu’entoure une aura de mystère, à l’exemple de ces quelques titres pris (presque !) au hasard dans la pile qui est devant moi : L’Ecueil, Amours en marge, Prodige, Inversion (mais je ne citerai surtout pas Le Grand Livre des Gnomes). Bref, tout ça pour dire que le dernier livre de Georges Flipo m’attirait peut-être moins que sa Diablada et que, sans le livre voyageur lancé dans la nature par l’auteur, je ne l’aurais sans doute pas lu avant des mois – au mieux.

 

Jeune réalisateur vaguement prometteur espérant décrocher une récompense à un festival, Alexis est plus ou moins contraint de projeter son film (« Zoubeida l’Africaine » !) à la prison centrale de Caen. Il y rencontre Sammy, taulard sur le point de recouvrer sa liberté et cinéphile rêvant d’être le sujet du prochain film d’Alexis. S’ensuit une relation étrange entre les deux hommes et sans en dire trop, laissons juste entrevoir quelques aspects de l’histoire : des dîners « littéraires » au cours desquels un Alexis orgueilleux doit partager sa maigre culture avec un Sammy tout ouïe ; un scénario à étoffer qui finit par influencer la vie du truand ; une femme entre les deux hommes ; des bides, de la rivalité, des spots publicitaires, des braquages, des meurtres, du jus de tomate et des olives farcies.

 

Si j’ai quelques réserves, j’ai globalement passé un très bon moment avec ce page-turner lu en quelques heures. Plutôt compliquée dans ses rebondissements, son développement et le rapport instauré entre réalité et cinéma, l’histoire est peut-être un peu trop bien ficelée et donc un peu lisse, ce qui ne l’empêche pas d’être assez originale. Plus encore, je me suis amusée en songeant à l’imagination débordante de l’auteur qui multiplie les rencontres et relations plus ou moins probables en suivant une logique que l’on sent implacable. Au final, cette impression d’orchestration parfaite et de détachement est plutôt positive, permettant à mon avis une certaine connivence entre narrateur et lecteur. J’ai été progressivement happée par l’histoire, car autant je n’éprouvais aucune empathie pour les personnages au début, autant Sammy m’a tout de suite été sympathique avec ses influences corse, juive et arabe, son côté killer-nounours, truand ultra dangereux et brave type. Sans parler de sa curiosité intellectuelle et de son honnêteté (contrairement à Alexis qui place ses quelques pauvres références dans des phrases d’une vacuité insoupçonnée - quoique).

 

Alors oui, c’est gentiment grinçant : le milieu de la pub et celui du cinéma en prennent pour leur grade mais finalement, le roman est surtout léger et drôle - ce n’est pas une critique au vitriol de milieux qui, c’est vrai, aiment se prendre au sérieux et faire preuve d’une fausse autodérision (à moitié convaincus, en pensant plutôt au collègue ou au concurrent). Comme l’ont dit d’autres avant moi, on imagine bien une adaptation au cinéma… et pour rester dans le décalage, aurons-nous un film exact, un film hyperexpressionniste ou un nouveau Bal des Actrices (après le Vertige des Auteurs) ?

 

314 p

 

Georges Flipo, Le film va faire un malheur, 2009

07/04/2009

Une petite danse ?

BD_ D tome 1 Lord Faureston.jpgAmis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.

Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.

Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.

Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.

Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !

Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.

PS : D, tout simplement pour Drakul ?

62 p

D, Tome 1, Lord Faureston

BD_ D tome 1 Lord Faureston 01.jpg
BD_ D tome 1 Lord Faureston 02.jpg
BD_ D tome 1 Lord Faureston 03.jpg

04/04/2009

Questionnaire austenien

JaneAustenPortrait.jpg1) Com ment avez-vous découvert Jane Austen ?


J’attendais à la gare Montparnasse une de mes plus vieilles amies pour aller voir en concert un ex groupe d’ados à cheveux longs qui avait profondément marqué nos années de lycéennes (et nos parents, qui subissaient posters et CDs en boucle). Arrivée un peu en avance, j’ai décidé de tuer le temps en librairie, comme d’habitude. J’ai jeté mon dévolu sur deux romans dont Northanger Abbey, dont je n’avais jamais entendu parler. Quant à Jane Austen je connaissais bien le nom mais je crois me souvenir que je l’associais à une ambiance à l’eau de rose.  J’ai commencé ma lecture sur place et je n’ai pas pu me séparer de ce livre pendant quelques jours alors que j’étais en période d’exams, exposés etc et que je délassais tous mes livres.


2) Avez-lu tous ses romans jusqu'ici ?


Non point ! J’ai lu Northanger Abbey, Pride and Prejudice (twice), The Watsons et commencé Mansfield Park, abandonné au bout de quelques dizaines de pages… ce qui ne veut pas dire grand-chose, car ma bibliothèque regorge de livres à moitié lus et souvent plutôt appréciés – mais pas assez pour résister aux appels de phare d’un livre plus séduisant sur le moment.


northanger-abbey gravure.jpg3) Avez-vous un préféré ?

Ma réponse n’a pas trop de sens pour l’instant mais les deux romans comptent beaucoup pour moi. Pride and Prejudice fait partie de mon petit panthéon livresque personnel mais j’ai un attachement particulier pour Northanger Abbey, sans lequel je ne serais peut-être pas venue vers Jane Austen. C’est un roman malicieux et plein d’esprit que j’ai vraiment adoré et que j’ai hâte de relire !


4) Combien d'adaptations avez-vous vues ?p&p 1995 09.jpg

Assez peu : Pride & Prejudice version BBC 1995, P&P 2005 de Joe Wright, Sense & Sensibility 1995.


5) Lesquelles sont vos préférées ?

P&P BBC 1995, sans hésitation ! L’interprétation de Colin Firth n’y est pas pour rien mais ce n’est pas la seule raison de mon « béguin » pour cette série !


6) et lesquelles aimez-vous le moins ?

austen_house_600.jpgJ’ai vu récemment le film P&P de 2005 qui m’a paru ennuyeux et « slimy », même si après avoir relu le roman je lui ai trouvé quelques points positifs en tant qu’adaptation (je vais même le revoir pour faire preuve de bonne volonté mais je crains de m’endormir malgré tout). Quant à Sense and Sensibilty, je l’ai vu deux fois et l’ai moins apprécié en le revoyant. J’attends de lire le roman et de revoir une fois de plus le film pour en parler.


7) Avez-vous vu des films inspirés ou dérivés de son oeuvre ? (Becoming Jane, Miss Austen regrets, Coup de foudre à Bollywood, Clueless, Bridget Jones, The Jane Austen Book Club etc) Qu'en avez-vous pensé ?

Pour l’instant j’ai vu Coup de foudre à Bollywood, Lost in Austen  et Bridget Jones (le premier). Je crois que c’est tout. J’ai passé un bon moment à chaque fois. Lost in Austen est mon préféré ; je trouve cette série très originale, pleine d’humour et j’adore les références à P&P 1995. Et l’interprétation de Darcy !


7) Qu'aimez-vous le plus chez Jane Austen ?

Je pourrais faire une réponse très longue mais puisque la question concerne ce qu’on aime « le plus », je dirais en ce qui me concerne le style exquis, très particulier, notamment pour son ton ironique et plein de fraîcheur.


Austen- cambridge introduction.jpg8) Avez-vous ce qu'on peut appeler une collection Jane Austen ? (inclure photos si vous le souhaitez)

Tout est en divers endroits (quatre exactement) donc je renonce aux photos… mais voilà ce que j’ai pour l’instant :

Textes de/sur Jane Austen :

-les six romans dont 5 dans deux versions différentes (et une des éditions de Northanger Abbey comprend également The Watsons, Sanditon, Lady Susan) ; The Watsons dans une édition à part (tout en VO)

-la biographie de Carol Shields

-The Cambridge Introduction to Jane Austen

Dérivés :

-Stephanie Barrow, Jane Austen and the Barque of Frailty

-Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys

-Karen Joy Fowler, The Jane Austen Bookclub (commencé mais abandonné, le temps de lire tous les Austen)

-Helen Fielding, Bridget Jones’s Diary

Films, adaptations :

-DVD P&P BBC 1995

-DVD Sense and Sensibility 1995

-Coffret ITV Northanger Abbey, Persuasion, Mansfield Park

-DVD Lost in Austen

-Bride & Prejudice

-P&P 2005

- Bridget Jones 1&2

 

Voilà les liens directs vers mes articles sur ce blog pour l’instant :

Pride and Prejudice : le livre, le film de 2005.

Bride and Prejudice

The Watsons

 

Merci à Emjy pour ce questionnaire austenien.

 

 

lost-in-austen1.jpg

02/04/2009

Ailleurs

leigh_disquiet.jpg« Julia Leigh is a sorceress. Her deft prose casts a spell of serene control while the earth quakes underfoot. » Toni Morrison

 

Olivia revient dans le château familial avec ses deux enfants après avoir quitté un mari violent. Un retour inattendu, d’autant plus que la famille s’est opposée à son mariage et à son départ quelques années plus tôt. Cet événement imprévu est rapidement suivi par l’arrivée du frère et de sa femme Sophie, accompagnés de leur bébé mort-né.

 

Disquiet de Julia Leigh (Ailleurs) est un curieux texte court qui rappelle un peu l’atmosphère de The Turn of the Screw d’Henry James et du film Les Autres. D’abord par la demeure imposante, auréolée de mystère au début du récit ; puis par l’étrangeté des relations qui lient les personnages. Faits de non-dits, les échanges tacites sont parfois déconcertants. La douleur, le long apprentissage de deuil de Sophie sont compris par le reste de la famille, au point de la laisser se promener avec le bébé mort, chercher à le nourrir et à le tenir dans ses bras à proximité des enfants d’Olivia.

Malgré tout, l’ambiance qui se dégage de ce court roman est très particulière et la comparaison avec James me semble assez imparfaite. La tension qui est créée ne repose pas tant sur l’incursion du fantastique dans le récit ; la folie est présente mais moins palpable. Pour moi, les personnages sont sans cesse au bord d’un gouffre qui pourrait en effet les pousser à accomplir des actions à première vue irréfléchies. Cependant c’est surtout en raison de la douleur que tous éprouvent, pour des motifs différents et de diverse manière ; cette souffrance profonde leur permet aussi de se comprendre mutuellement et les rapproche.

 

Voilà un texte curieux qui m’a séduite pour le style sobre et élégant associé à un univers frôlant toujours l’irréel, le fantasmagorique. Tout est pourtant extrêmement réaliste, tout dépend toujours du monde que construisent autour d’eux des personnages que rien ne distingue vraiment de nous. J’ai aimé cette capacité à créer une impression d’étrangeté à partir d’un récit pragmatique, parfois même banal.

 

The next moment she turned toward her son. My child. He was ancient and implacable, a boy most beautiful. But no boy is mountain and lake and knowing this – knowing that mountain is rock and lake is water, that even rock sheds fine grains and water shapeshifts, knowing it impossible to be rock or water, and knowing the disappointments she had visited upon herself – she made a wish for him. Hold, hold.”

 

Quelques avis : Lamousmé, qui a vu dans ce texte une forte influence de Lewis Carroll (notamment avec Sylvie et Bruno) ; Lilly ; Isil...

 

121 p

 

Julia Leigh, Disquiet, 2008

 

 

leigh_disquiet VF.jpg

01/04/2009

Théophanies

lenn_livre des theophanies.jpgJ’ai découvert les Editions Griffe d’Encre grâce à la librairie Neverland, lors d’une séance dédicaces très sympa au printemps dernier. A l’occasion, Magali Duez a proposé aux blogueuses présentes de leur faire parvenir le livre de leur choix ; j’ai bien aimé l’idée de ce buzz plus flexible que la plupart des opérations massives habituelles sur la blogosphère et, après quelques mois, j’ai choisi Le Livre des Théophanies de Jonas Lenn, essentiellement pour cette phrase en quatrième de couverture : « Huit nouvelles en forme de révélations où l’acte littéraire devient une manifestation du divin ô combien humaine ! »

 

Pour être honnête, j’ai peu apprécié ce recueil qui ne me correspond pas, ne me parle pas – j’aurais dû le voir plus tôt. J’ai été d’abord intriguée par la diversité des univers au sein de chacune de ces nouvelles qui croisent des figures classiques de la mythologie et des thématiques beaucoup plus modernes, comme la technologie (assistance médicale, bases où une technologie de pointe permet d’observer une population méconnue, impuissance face à une épidémie, etc). Autant de nouvelles aux allures de conte qui m’auraient très certainement séduite lorsque j’étais adolescente et éprouvais beaucoup d’intérêt pour ces sujets.

Ce livre n’était pas fait pour moi ou, plutôt, je n’étais pas faite pour lui. La plupart des aspects technologiques m’ont rebutée, ce qui ne m’étonne pas car je n’arrive pas à lire des romans de science-fiction « hard » - ce qui n’est sûrement pas le terme consacré. Dès que des machines, des vaisseaux ou des maladies plus ou moins futuristes sont en jeu, mon intérêt a tendance à retomber rapidement. Je n’ai pas non plus été totalement conquise par l’écriture, que j’ai trouvée tantôt agréable et imagée, tantôt un brin scolaire. Cela dit, l’histoire m’aurait emportée, je n’aurais sûrement rien eu à objecter aux tournures de phrase. Je crois simplement que, m’ennuyant un peu, j’ai fini par prêter attention à des petits détails sans grande importance – car l’écriture n’est pas du tout désagréable.

 

Je vous invite à visiter le site de l’éditeur, qui cite d’autres critiques positives bien plus pertinentes d’un public souvent averti (et en matière de SF, fantastique, fantasy, j’ai vraiment tout d’une novice). Beaucoup d’entre vous devraient apprécier le mélange d’influences, la variété des sujets et l’univers très onirique frôlant le cauchemardesque. A ne pas bouder !

 

200 p

 

Jonas Lenn, Le Livre des Théophanies, 2008