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30/03/2009

Au pied Comtesse !

mesnier_petits desordres au chateau.jpgPetits désordres au château est un livre qui porte ma foi fort bien son titre. Le comte Ysambart des Rancins mène une vie paisible peuplée de légumineux en tout genre qui font la joie de cet amateur de graines follement épris de son potager. Au grand damne de son épouse Astrid qui le verrait bien faire carrière dans la politique afin de clouer le bec à sa sœur, au mari plus ambitieux. Seulement, il est bien connu que l’habit ne fait pas le moine. Derrière une façade mollassonne et légèrement excentrique, le comte cache un passé très compromettant. Car c’est sous le nom de Tequila qu’on le connaissait avant son mariage et, outre la révélation de ses frasques innombrables, son journal pourrait compromettre le gratin des élites parisienne et ecclésiastique. Vous vous doutez bien que ce journal va circuler et semer la zizanie chez les Des Rancins !

Au sein d’un décor sympathique peuplé de « conservateurs modernes », de particules et de fonctionnaires aux prétentions toutes royales, on croise avec plaisir une myriade de personnages plus loufoques les uns que les autres : un majordome admiratif des années folles de son employeur mais trop éthique pour garder sa place ; une domestique rêvant d’intégrer la Starschool ; un faux majordome, psy (tout à fait dérangé) de son état ; une actrice de Broadway ; une millionnaire persuadée de converser avec ses défunts maris et une cuisinière alcoolique qui n’hésite pas à lancer des œufs sur le facteur.

C’est un livre léger mais très plaisant, parfait pour un bon divertissement. Les expressions incongrues sont pléthore et m’ont souvent fait sourire. L’écriture est fluide et pleine d’humour. On plonge au cœur d’un monde profondément de droite (où voter pour les ex UDF serait faire preuve d’un bolchevisme acharné) ; les préoccupations sont assez parisiennes et élitistes et l’humour très français fleure l’autodérision, mais on n’est finalement pas si loin des romans amusants sur la bonne société anglaise qui m’attirent en général beaucoup plus.

Roman avalé en un rien de temps !

Livre offert par l’éditeur.

260 p

Stéphanie Mesnier, Petits désordres au château, 2008

26/03/2009

Austen suit la route des Indes !

bride_and_prejudice affiche.jpgJe ne connaissais pas son existence il y a quelques jours mais voilà un film qui vaut son pesant de cacahouètes. Bride and Prejudice (ou pour la version française au titre très recherché, Coup de foudre à Bollywood) est l'histoire d'un jeune Indien de retour au pays afin d'être témoin au mariage d'un ami. Il est accompagné de Darcy, issu d'une riche famille américaine propriétaire de nombreux hôtels, et de sa soeur, plus habituée à la société chic de Londres qu'aux danses exubérantes de Bombay. Au cours d'un bal, les deux hommes rencontrent deux femmes charmantes issues d'une famille relativement modeste. La mère est vulgaire, les filles jolies à l'exception de l'une d'entre elles, Darcy et la soeur de son ami s'amusent des traditions populaires du coin tandis que leur compère est déjà sous le charme de la fille aînée... does it ring a bell ?

Outre un scénario proche de l'histoire de Jane Austen, Bride and Prejudice ponctue çà et là le film de quelques phrases tirées du roman. On retrouve la plupart des personnages, entre l'Inde, l'Angleterre et les Etats-Unis. Avec une Lalita (Eliza) pleine d'esprit et un Darcy fier de sa culture américaine, une « Bingley » peau de vache et un Collins à l'intellect proche de celui de « Mrs Bennet », le spectateur se trouve en terrain familier. Côté Bollywood, il paraît que le film n'est pas fidèle au genre, ce qui ne m'étonne pas particulièrement car je l'ai trouvé très américain parfois (musiques, valeurs, remarques...). Je n'avais jamais vu de film bollywoodien jusqu'ici et pour ma part, m'attendant à une avalanche de kitch, de couleurs et de chansons, j'ai beaucoup ri – évidemment, c'est un film à prendre au second degré (sous peine de le trouver trop guimauvesque). Autant les scènes trop « romantiques » du Pride & Prejudice de Joe Wright m'ont fait rendre l'âme à force de pousser des soupirs endormis, autant les aspects ridicules de Bride & Prejudice m'ont plu pour leur côté complètement décalé. Et puis, si les chansons font très « musique de resto indien » et que les paroles sont bêtes à se rouler par terre, les danses dégagent une bonne humeur incroyable. Alors oui, on rigole quand Lalita chante « we will be friends for ever » en balançant les hanches et la tête en rythme, suivie par ses copines, mais avouez que vous aussi vous aimeriez parfois chanter et danser dans la rue avec les passants, les chiens et votre boulanger, façon Mamma Mia (et si vous me dites non je ne vous croirai pas, sauf peut-être Isil – je te vois venir) !

A recommander en cas de déprime, d'hiver persistant ou simplement autour d'un apéro entre copines, pour passer un bon moment sous le soleil artificiel des studios de Bollywood.

Un article négatif.

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Mr Collins, dans les rêves les plus fous de Lalita...

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Et si vous ne voulez pas voir le film, voici deux petites vidéos pleines de musique. Ne ratez pas la première, avec la chorégraphie époustouflante de notre nouveau Mr Bingley et la performance embarrassante de « Mrs Bennet ».

 


 

 

Bride and Prejudice, Gurinder Chadha, 2004

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altman_darcys and bingleys.pngJe voulais signaler à tous les lecteurs d'Austen une curiosité, The Darcys and the Bingleys, au titre au passage bigrement anodin.

L'auteur :« Marsha Altman is a historian and expert on Jane Austen sequels, having read nearly every single one that's been written. » Ah, une historienne et une experte ! Chouette ! Voici une étude académique ou une suite sérieuse ou... :

« Three days before their double wedding, Charles Bingley is desperate to have a word with his dear friend Fitzwilliam Darcy, seeking advice of a most delicate nature. Bingley is shocked when Darcy gives him a copy of the Kama Sutra, (petit sacripant!) but it does tell him everything he needs to know... Eventually, of course, Jane finds this remarkable volume, and in the utmost secrecy shows it to her dear sister Elizabeth, who goes searching for a copy in the Pemberley library... By turns hilarious and sweet, this book also presents an intriguing view of Miss Caroline Bingley, who has such good reasons for being the way she is that the reader can t help but hold her in charity (saperlipopette, j'en perds mon latin). Georgiana Darcy makes a most eligible match, and in spite of his abhorrence of being asked for advice, Darcy s friendship with Bingley is solid and full of fun. »

 

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23/03/2009

Darcy, of course, mais pas seulement !

austen_pride and prejudice book cover.jpgJe dois atteindre des records dans la blogosphère en matière de challenges totalement râtés et, plutôt que de continuer avec mes voeux pieux, j'ai décidé de ne pas faire de challenge ABC 2009, anglo-saxon ou pas, classique ou pas, comptant seulement suivre mes envies. A savoir pour 2009, plus de classiques et plus de littérature anglo-saxonne. Suivant mes envies depuis janvier, j'ai donc commandé en ligne quelques adaptations de classiques (Wilde, Gaskell, Austen) ainsi que trois Austen dans la collection Red Classics de Penguin, ayant décidé de lire ou relire enfin « our dear Jane » cette année (j'ai craqué pour le format et les couvertures de cette édition). Quelques semaines après surgissait chez Fashion l'idée d'un challenge Jane Austen et, le but étant de se faire plaisir et de suivre ses envies, je me suis inscrite pour une fois sans hésiter ! Je suis depuis plus motivée que jamais et viens donc de relire avec un plaisir infini Pride & Prejudice.

Ce livre est un peu trop souvent réduit à la magnifique histoire d'amour entre Mr Darcy et Elizabeth Bennet. mr bingley.jpgParallèlement à l'affection qu'éprouvent immédiatement l'un envers l'autre Jane Bennet et Mr Bingley, l'ami de Darcy, les deux personnages principaux passent par beaucoup d'états avant d'assumer les sentiments qu'ils éprouvent. Leur histoire est la plus belle qui soit à mes yeux et sans doute la seule à m'avoir émue à ce point jusqu'ici (mais sur ce point j'attends beaucoup de North and South depuis que j'ai vu l'adaptation de la BBC). Détestant les tirades dégoulinant de romantisme et les étalages passionnés trop niais, je me réjouis du sens de l'ironie de Jane Austen et de la subtilité avec laquelle elle fait évoluer graduellement la relation entre Darcy et Elizabeth.

elizabeth.jpgTous deux sont de fortes personnalités. Elevés dans un milieu différent, ils ne partagent à première vue pas les mêmes valeurs et ont bien peu de choses en commun, si ce n'est cet orgueil ou cette fierté si souvent reprochés au premier. Taciturne, critique, Darcy trouve la compagnie des Bennet trop vulgaire à son goût. Elizabeth est enjouée, intelligente et sans aucun doute impertinente, au point de taquiner sans la moindre hésitation des personnes dont le rang est supérieur au sien. Elle ressent toute l'injustice des différences de condition mais reste lucide sur la valeur de chacun indépendamment de sa fortune, ce qui lui permet de porter un regard assez ironique sur ceux qui l'entourent. Malgré sa politesse et ses bonnes manières évidentes, cette indépendance d'esprit lui permet de tenir tête à des personnages aussi imposants que Lady Catherine de Bourgh. Parce qu'elle est vive, spontanée, spirituelle et sincère à la fois, Darcy porte rapidement son attention surdarcy.jpg Elizabeth. Il est pourtant très sollicité par la soeur de Bingley et fiancé depuis le berceau à sa cousine, miss de Bourgh. Extrêmement riche, habitué à fréquenter la meilleure société, Darcy n'approuve pas les manières des habitants de Meryton, pas plus que les déclarations très matérialistes de Mrs Bennet, qui ne cesse de faire étalage de tout ce qu'un bon mariage pourrait apporter à son aînée. Darcy se montre particulièrement désagréable, malgré l'attirance qu'il éprouve très vite pour Elizabeth. Tout l'intérêt du personnage tient aux transformations qui s'opèrent peu à peu en lui lorsque luttent ses sentiments, ses convictions personnelles, son obstination et son orgueil.

Malgré tout, comme je le disais en guise de préambule, Pride & Prejudice ne s'arrête pas à cette histoire, aussi passionnante soit-elle. L'orgueil et les préjugés dirigent la plupart des relations dont il est question, tandis que nombre de personnages éclipsent régulièrement le tandem Darcy-Elizabeth.

Mr Bennet s'est marié en succombant un peu trop facilement au charme d'une jolie femme. D'où cette remarque lorsqu'Elizabeth accepte d'épouser Darcy : « My child, let me not have the grief of seeing you unable to respect your partner in life. You know not what you are about. » Le couple étant très mal assorti, Mr Bennet cherche autant que possible la tranquillité de sa bibliothèque et pose un regard philosophe sur son entourage, à commencer par sa propre famille et ses trois dernières filles, qu'il juge insensées. Presque tout ce qui pourrait le contrarier est source d'amusement pour lui. Cela le rend très drôle mais fait de lui un père assez irresponsable.

mrs bennet.jpgMrs Bennet est irritante, même si son personnage prête plutôt à rire. Très vaine, elle veut à tout prix marier ses filles. Si le souhait est légitime, l'art et la manière lui font défaut et suggèrent au fond son manque d'éducation. A force de se vanter auprès de ses voisines (qui font de même), elle finit par ridiculiser ses filles et à être la première à retarder leur union. Sa grossièreté et sa bêtise la poussent à complimenter un prétendant de manière exagérée ou à parler argent et unions favorables là où l'on risque de répéter rapidement ses propos au principal intéressé. Passant des rires aux larmes facilement, Mrs Bennet réclame l'attention de tous et se donne beaucoup d'importance en son foyer. Alors que son mari ne semble pas lui reprocher le fait de ne pas avoir produit un héritier mâle qui leur permettrait de conserver leur propriété à sa mort (ce qui pourrait sans doute être naturel à l'époque), Mrs Bennet passe son temps à se lamenter sur son sort et à envisager le jour où elle devra survivre à son époux pour être chassée de sa maison. Ce qui donne lieu à un savoureux dialogue :

« Indeed, Mr Bennet », said she, « it is very hard to think that Charlotte Lucas should ever be mistress of this house, that I should be forced to make my way for her, andBennetFamily.jpg live to see her take my place in it! »

« My dear, do not give way to such gloomy thoughts. Let us hope for better things. Let us flatter ourselves that I may be the survivor ».

Très partiale dans son amour maternel, Mrs Bennet est si impressionnée par la valeur de l'argent et des belles propriétés qu'elle finit par se montrer plus affectueuse que jamais envers Elizabeth lors de son mariage particulièrement avantageux, la plaçant au-dessus de ses soeurs alors qu'elle a toujours été l'enfant qu'elle aimait le moins.

jane bennet.jpegLes filles Bennet sont toutes très différentes. Jane, l'aînée, est la plus douce. Lizzie, sa confidente, est la préférée de Mr Bennet. Au milieu, Mary n'est proche d'aucune de ses soeurs et, moins jolie qu'elles, tente désespérément de se mettre en avant en chantant ou en jouant au piano, passant sinon le plus clair de son temps à lire. Ses remarques sont peu nombreuses mais d'une sévérité et d'un recul tels que ce personnage si particulier est un de mes favoris. wickham.JPGViennent enfin Kitty et Lydia, au tempérament très proche de celui de leur mère. Frivoles et stupides, encouragées dans leurs flirts par Mrs Bennet, elles courent après les officiers arrivés récemment à Meryton. Mr Wickam fait partie de ceux-là. Après avoir charmé Elizabeth et dit le plus grand mal de Darcy, il fait à plusieurs reprises l'objet des potins du village.

charlotte.jpgCitons encore pour le plaisir Mr Collins et son langage obséquieux irrésistiblement drôle ainsi que Charlotte Lucas, l'amie d'enfance d'Elizabeth vieille fille à 27 ans (sans doute le personnage le plus à plaindre de l'histoire).

Tous ces personnages évoluent dans un univers assez impitoyable : les proches sont les premiers à médire, au point de compter les années restant à Mr Bennet avant de mourir et de laisser enfin Mr Collins maître de sa propriété. Conventions et hypocrisie ne sont pas en reste, même si certains sont trop mal élevés ou trop envieux pour se montrer discrets au lieu de clamer leurs aspirations sur tous les toits ou de laisser libre cours à leur jalousie.

La variété des situations et les personnalités si différentes qui se croisent font de Pride & Prejudice un roman d'une richesse incroyable. D'une grande qualité littéraire, écrit avec finesse et beaucoup de sensibilité, ce livre pose un regard critique mais non acerbe sur la société. Du mariage dépend tout l'avenir des femmes ; s'il est essentiel, le chemin vers la félicité conjugale est source de questions. Jane Austen traite de ce thème avec brio, adoptant un ton léger, distant et ironique qui fait tout le charme de son style. Ajoutons à cela la création de deux personnages incontournables qui continuent à nous enchanter près de 200 ans après, et nous voilà en présence d'un chef-d'oeuvre, rien de moins. Une lecture exquise que je renouvèlerai (encore!).

Juste un petit mot sur la traduction : je n'ai jamais lu Austen en français mais j'ai entendu dire récemment que les versions Omnibus et 10-18 sont amputées de quelques passages (vérifié par Isil) ; il paraît aussi que la traduction date et n'est pas très fidèle au texte original. Je n'en ai aucune idée mais au cas où...

NB : pour les photos j'ai choisi quelques acteurs dans chaque "version", parmi mes préférés.

Je parlerai bientôt de l'adaptation de la BBC, de Lost in Austen et de Bride & Prejudice, après mon avis (plutôt) négatif sur le film de Joe Wright. Pour l'instant voici deux liens austenien sur ce blog :

 

pride and prejudice film 2005 affiche.jpgausten the watsons.jpg

 

427 p

Jane Austen, Pride & Prejudice, 1813

challenge jane austen 2009.jpg

classics challenge.jpg

22/03/2009

Wouldn't it be nice

haigh_condition.jpg

Saga familiale couvrant la période 1976 – 2001, La Condition de Jennifer Haigh débute avec la découverte de la maladie de la jeune Gwen, atteinte du syndrome de Turner. Petite taille, absence de puberté, stérilité, telles sont les principales caractéristiques de cette maladie.

Vingt ans après le diagnostic et le divorce des parents, Paulette et Frank, nous retrouvons les personnages qui, tour à tour, nous laissent peu à peu entrevoir leur vie présente et reviennent sur les années qui se sont écoulées, éloignant ou rapprochant certains membres de la famille.

Paulette, un peu coincée et étroite d'esprit, vit à Concord dans une vieille maison splendide où elle maintient la température à 13 degrés afin de protéger une collection de porcelaines de grande valeur. (Soit dit en passant, elle me rappelle par certains côtés un personnage de Halloween, où une retraitée légèrement névrosée passe son temps à javelliser sa maison et pense uniquement à une tache de sang sur son tapis un jour où son fils est à deux doigts de rendre l'âme. Livre très sympathique et chaudement recommandé !)

Son ex-mari Frank espère être bientôt récompensé dans le milieu scientifique après un beau parcours au M.I.T. Passant pour un obsédé aux yeux de Paulette, ce Dom Juan s'est récemment fait plaquer par une compagne plus jeune pressée de se marier ; il commence à souffrir de la solitude.

Billy, leur aîné, le fils prodigue, médecin vivant à New-York dans un superbe appartement, cache son homosexualité à sa famille. Proche de Gwen et attaché à sa mère, il semble a priori avoir définitivement fait une croix sur Frank (un salaud, un égoïste et un mauvais père) et sur son petit frère Scott (un looser).

Prof d'anglais dont les compétences sont souvent dictées par les collections « Profil », Scott enseigne vaguement dans un établissement minable aux objectifs purement commerciaux. Ancien accro à l'herbe, Scott est coincé dans un lotissement immonde avec son épouse Penny (un peu sotte) et leurs deux enfants difficiles.

Quant à Gwen, elle s'est emmurée dans le silence et se cache dans des sweat-shirts trop grands pour elle. Son travail d'assistante au sein d'un musée est vraisemblablement son seul centre d'intérêt. Si sa maladie sert de point de départ, elle n'occupe qu'une place relative dans cette histoire aux sujets nombreux.

La Condition est un bon page-turner qui se lit sans aucun doute avec plaisir. Alternant les points de vue, ce roman éveille sans cesse notre curiosité et pose un regard sensible et passionnant sur les membres d'une même famille, sur les non dits et les malentendus qui rendent facilement maladroit. Malgré des années de silence et de reproches implicites, parents et enfants éprouvent de l'affection les uns envers les autres, même s'ils sont souvent incapables de s'aimer comme il le faudrait et de satisfaire les attentes de l'autre – si ce n'est « des autres », car il convient aussi de ménager les susceptibilités. Les qualités principales de ce roman tiennent à mon avis à l'attention portée à la psychologie des personnages. Rendant parfaitement compte de la complexité des rapports humains, Jennifer Haigh a trouvé un ton juste qui ne dessert pas ses personnages. On pourrait peut-être lui reprocher la trop grande diversité de situations au sein de la famille et l'accumulation de malheurs, qui manquent un peu de crédibilité. Mais après tout, depuis quand un roman devrait forcément se borner à rendre compte de la réalité dans ce qu'elle a de plus banal ? Les péripéties s'enchaînent, le traitement du sujet est convaincant. Parce qu'il peut être interprété de plusieurs manières, le titre rend justice à la variété des situations qui font la richesse de ce texte. Au final voilà un roman qui ne manque pas d'intérêt et qui m'a donné envie de lire un des précédents romans de Jennifer Haigh.

Merci à Louise Leguay et à Silvana Bergonzi pour cette découverte.

Les avis de : Cathulu, Cuné, Géraldine.

416 p

Jennifer Haigh, La Condition, 2009

Cape Cod, où tout commence

 

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19/03/2009

Run run Rudolph !

La semaine dernière, j’ai posé une question foncièrement stupide d’une importance toutefois cruciale. Souvenez-vous :

Dans Bridget Jones, un acteur méconnu - et il faut le dire, tout à fait transparent - porte un pull immonde au motif improbable. Pourquoi arborer un renne en particulier et avoir un pull aussi laid ou encore pourquoi lui a-t-on offert cette chose ridicule ?

 

colin firth renne.png

Et maintenant, les réponses, qui changeront définitivement mon regard sur cette scène désormais Kulte dans l’histoire du cinéma.

Je me suis rapidement prêtée au jeu :

Avec cette réunion de famille, notre cher ami ne s’attendait pas à faire une rencontre torride ni même à se trouver en présence de personnes plus saines d’esprit que sa grand-tante Lydia et sa cousine éloignée Drucilla. Car le spécimen dont il est question est curieux, mais il n’est pas tout à fait dépourvu de bon-sens et de savoir-vivre.

Avant d'assister à ce repas, il a donc revêtu cet étrange pull, comme il le fait chaque année à la même date avant de se rendre à la réunion des Anciens Rudolphes d’Eton. Cette confrérie ancestrale a vu ses membres et ses pratiques évoluer au fil des siècles. Néanmoins, le renne a toujours été son animal fétiche, le nez rouge représentant l’état d’ébriété avancé des membres au cours des réunions, dont le principe repose essentiellement sur la pratique assidue du beer-pong. Deux adversaires s’affrontent, chacun tentant de souffler la balle qu’il a dans la bouche dans la chope de bière de celui qui se trouve en face de lui. Si le but est atteint, l’adversaire doit boire sa bière avant de poursuivre. Les rounds durent trois heures et déterminent à la fin le nom des personnes chargées de payer les tournées de la séance suivante.

Ne s’attendant pas à retrouver la civilisation de manière aussi abrupte en se rendant au repas où nous l’avons pris en flagrant délit, notre héros n’a pas pris la peine de se changer avant d’arriver, trop éméché pour entreprendre une activité quelconque. Priorité à ses tentatives appliquées pour paraître normal, digne et flegmatique – en bon Ancien d’Eton. Vous observerez que la réunion ayant été écourtée, le sujet tient un verre à la main afin de célébrer dignement cette journée en poursuivant son œuvre alcoolique. En toute glamouritude, of course !

Fashion, qui ne jouait pas, avait quand même sa petite idée sur la question:

Pour me séduire.

What else ?

:))

Isil, pragmatique :

Parce que son pull fétiche qui porte la tête de Mickey était au lavage, c'est l'évidence même.

Oriane, qui ne perd pas le nord :

Alors on a offert cet affreux pull à Colin pour dissimuler "LA chemise mouillée" qu'il porte toujours sous ses vêtements (genre Superman, mais version Supercolin!). Je suppose que c'est sa copine qui a dû le lui offrir parce qu'elle en avait assez de recoudre la fameuse chemise que des fans en furie déchiraient chaque fois qu'elles apercevaient Colin.

Neph, qui elle aussi aime les symboles :

Après des heures d’intense réflexion, je pense que ce pull a été choisi parce que c’est un animal cornu et que ça symbolise le cocufiage qu’on évoque ensuite dans le film entre Hugh Grant et la copine de l’époque de Colin Firth.

Sid.djcv, fidèle aux traditions :

Alors voilà moi je dis que notre cher ami Mark, porte un pull avec un renne horrible pour les raisons suivantes:

Sa chère maman, très attentionnée a commencé son pull en juillet (ben oui 6 mois il faut bien ça!) pour lui offrir en décembre!

Manque de pot, dans ses "burda" en stock, elle n’avait que celui de décembre 1960 spécial modèle enfant. Après avoir fait les pages unes par unes, elle a choisi le modèle rennes qui était plus sympa que le modèle tintin devant son sapin de noël, ou bien quick et fluck sur une luge.

Amoureusement et maman poule, la voilà qui agrandit le dessin et tricote le pull!

Arrivé le 31 au soir (ben oui le père janvier existe aussi en Amérique, on le fête le 31 au soir et on offre un cadeau utile), Mark ouvre donc son cadeau! et rho surprise un joli... pull tricoté par maman depuis des mois, mais avec un renne dessus (pas top le dessin, mais il lui va le pull!). Tout le repas se passe bien jusqu'à l'arrivée de la mousse au chocolat, et le malheur... une tache de chocolat est si vite faite!

Le repas terminé, Mark essaye tant bien que mal de laver sa tache, qui au lieu de diminuer s'étale de plus en plus sur son beau pull.... et comme c'est le seul qu'il a apporté, ça va être compliqué d'être beau le lendemain...

Mais non, super maman lui a offert un super pull renne!!!! Il se résout donc à porter le 1er janvier son joli pull renne et à faire un immense honneur au talent de tricot de sa mère (et à passer pour ridicule aussi).

Ps : le père janvier est une tradition du côté de st etienne, et donc au premier janvier on offre un petit truc, dans certaines familles c'est des livres, dans d'autres des choses utiles telles que des chaussettes..

Hilde, future agent du FBI, n’écarte aucune piste :

Réponse1:

Sa bonne vieille tante Roberta lui tricote chaque année un magnifique pull en laine d'Alapaga et lui offre au moment de Noël, sauf qu'il n'a plus 14 ans et ne s'apppelle pas Harry Potter ou Ron Weasley. Comme c'est un garçon bien élevé, il le porte au moins une fois en présence de sa tante et en fait don à Emmaus la semaine suivante.

(Petite question angélique à ma vieille compère au collège : le prénom Roberta serait-il un choix innocent ?)

Réponse2:

Ses parents déséspérés par son célibat lui ont offert ce pull en espérant qu'il favoriserait les rencontres, le renne étant un symbole incontestable de virilité.

Cécile de Quoide9, intrépide aventurière :

Ta passionnante question ramène le mystère des pyramides d’Egypte, des statues de l’Ile de Pâques, l’énigme du masque de fer, du trésor de l’Abbé Saunières, de l’assassinat de Kennedy et de l’affaire Grégory sans oublier la paradoxe de l’œuf et de la poule ni le doute raisonnable sur l’existence de Dieu et des extra-terrestres au rang de peccadilles pour désoeuvré(e)s, d’enfantillages obsessionnels pour adulescents névropathes à tendance schizo-paranoïdes.

La réponse est aussi bête que le motif du pull et figure dans le tome 3 des aventures de Bridget Jones non publié à ce jour et sobrement intitulé « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Bridget Jones sans jamais oser le demander ».

J’explique. 6 ans plus tôt, la mère de Darcy s'est piquée d'une étonnante lubie : elle a ouvert une mercerie. Son sens des affaires calamiteux et ses goûts de chiotte manifestes ont vite fait le reste : le commerce a périclité et elle s'est retrouvé avec sur les bras quelques emprunts à rembourser plus des tas de pelotes aux textures synthétiques, aux couleurs criardes et à la qualité douteuse.

Elle écoule son stock lentement en rendant hommage aux origines canadiennes de son mari et en tricotant horreur sur horreur sur fond de paysages enneigés, de drapeaux rouges et blancs, de feuilles ou pots de sirop d'érable, de portraits de la famille Dion.

Chaque année, à Noël, elle envoie sa dernière création par la poste à son fils unique et préféré. La première fois, il a tellement été effaré par l'affreuseté du résultat qu'il a prétendu ne pas avoir reçu le colis. Cela n'a servi à rien qu'à attrister sa tricoteuse de mère qui, opiniâtre, a recommencé à l'identique... Ainsi possède-t-il deux pulls vert pomme représentant la carte du Canada et ses fleuves !

Depuis, il joue le jeu à la Saint Sylvestre et songe philosophe que le ridicule ne tue pas en enfilant sa tenue de réveillon.

… mais aussi plus philosophe parfois :

A le voir comme ça, on donnerait le bon dieu sans confession à Monsieur Darcy. Son air sérieux, son regard impassible, son attitude constamment réservée lui confèrent la patine terne d'un gendre idéal aux yeux de parents sans folie.

Mais, derrière les apparences, la vérité est toute autre. Dans le milieu de la nuit, Darcy est affectueusement surnommé "Dark Saw" ("la scie sombre" pour les non anglophones) et dans certains clubs échangistes près de la City, on le Shaw mieux sous le nom de "Dear Sex".

Le soir de la Saint Sylvestre, il était convié à une soirée "back to wild" chez un producteur de video érotiques et la nuit promettait d'être aussi sauvage et dévêtue que les déguisements exigés à l'entrée se devaient d'être ridicules et embarrassants. Les filles coulaient à flots, la coke se consommait à la paille et le champagne était en libre service et inversement toutes choses égales par ailleurs.

Darcy plongea dans la soirée comme un gardien de but plonge pour arrêter un penalty : résolument, carrément, éperdument. Il oublia le temps, son corps et jusqu'au nom de sa mère dans les bras de Gina-Lolo Bridge-Idea, de Jenny the genious, de Cherry Blossom Girl, dans le verre de Lily la tigresse, dans la bouche experte d'une certaine Sonja, une grande transsexuelle slave. Surfant de corps en mains, de bras en membres, Darcy enivrait ses sens à la hauteur de sa réputation de débauché : il était à fond.

Trop peut-être puisque vers 7h00 du matin, après une Nième séance d'un érotisme plus barbare que torride, il s'effondra dans le coin d'une chambre du 2e étage, oublié parmi le dernier carré d'invités, cuvant, récupérant seul d'un nuit blanche et agitée. Il ne se réveilla que vers midi alerté par les voix de Jamie (8 ans) et Clay (5 ans), les deux enfants de son hôtes, tout juste rentrés de chez leur baby sitter.

Darcy se rhabilla à la hâte, doublement affolé, à l'idée tout d'abord que Clay et Jamie puissent le surprendre nu comme un ver une menotte en fourrure rose encore accrochée au poignet gauche, par l'heure ensuite : il n'avait plus le temps de rentrer chez lui pour se changer avant de se rendre au traditionnel buffet de nouvel an organisé par les meilleurs amis de ses parents. Tant pis, il irait avec son pull à tête de rêne acheté suite à un pari perdu à Camden Market le soir où il n'avait pas réussi à ramener chez lui cette contractuelle revêche qui venait de coller une prune à son meilleur ami. Ce pull était ce qu'on imagine de mieux en matière de ridicule et il avait dû le porter au stade pour un match Liverpool-Arsenal !

Heureusement, cette horreur possédait des manches longues qui lui permettraient de camoufler ces satanées menottes dont les clefs demeuraient introuvables.

(vous noterez qu'on ne voit pas la main gauche de Darcy sur la photo !)

Merci à toutes pour vos réponses qui m’ont bien fait rire !

Et le but étant de gagner une bande-dessinée, après brassage de petits papiers et tirage au sort en regardant le plafond et en cherchant à tâtons le nom de l’heureuse gagnante, je vais enfin lui annoncer son nom (eh oui, elle ne le connaissait pas encore – aujourd’hui c’est terrible par ici, je dois arrêter de lire Jane Austen, les effets sont curieux) :

NEPH

Qui a choisi Dimitri Bogrov !

 

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13/03/2009

Premier amour suivi de guerre (et paix ?)

bd dimitri bogrov.jpgAmis lecteurs,

Plongée en ce moment dans un roman (tout en lorgnant sur North and South), je suis d'une lenteur infernale. A qui la faute ? Eh bien je dirais peut-être à Fashion, Stéphanie et Lilly qui semblent avoir déclenché chez moi une sorte de frénésie depuis le swap Saint Valentin. Plus probablement, je suis la seule responsable de ces soirées passées à voir des comédies romantiques et des adaptations d'Austen, Gaskell et Forster – j'avoue (hier soir Mr Lou et moi avons vu le dernier DVD en attente ; il était soulagé jusqu'à ce que je lui annonce qu'on allait nous envoyer mon adaptation de la BBC de Pride and Prejudice dans quelques jours – oui oui je suis impitoyable, d'autant plus que mon cher et tendre commence à faire une allergie au symptôme Colin Firth). Bref, n'étant d'habitude pas très fleur bleue je tente de compenser un peu (j'avais même accepté de mettre le match FC Barcelone – O. Lyon mercredi, mais la télé espagnole ne le retransmettant pas, nous nous sommes rabattus sur Love Actually). Par le plus pur des hasards, la bande dessinée dont je vais vous dire quelques mots est aussi une histoire d'amour mais cette fois-ci, beloved readers, je vous assure qu'il s'agit d'un pur hasard.

Avec Dimitri Bogrov, nous plongeons en 1911 dans une Russie au climat politique agité. Les opposants au Tsar restent nombreux, des attentats sont prévus et les réunions clandestines sont étroitement surveillées par la police.

Jeune avocat issu d'une famille de juristes très aisée, Dimitri Bogrov fait la connaissance de la jeune Loulia : déconcertante, la demoiselle a la répartie facile et des manières originales qui séduisent immédiatement notre héros. Lorsqu'il cherche à la revoir, Dimitri découvre qu'elle est la cousine d'un opposant au pouvoir très actif et bien connu des services de police. Et visiblement, le petit groupe prépare un attentat.

C'est un album très personnel puisqu'il a été inspiré à Marion Festraëts par ses origines et son histoire familiale.

J'ai apprécié cet album avec lequel on passe un bon moment, malgré le contexte assez sombre et un premier épisode dramatique qui nous suit pendant toute la lecture – mais que je ne vous révèlerai pas ! Le scénario m'a semblé un peu léger et certaines répliques assez plates. L'histoire est tout de même intéressante, tout comme l'épilogue revenant sur cette période de l'histoire que je ne connaissais pas du tout (enfin, ce n'était qu'un vieux souvenir de cours). La force de cet album tient au dessin, que j'ai réellement adoré. Très différentes du type de graphisme assez net qu'on attend souvent en ouvrant une bande-dessinée, les illustrations m'ont séduite par le travail des couleurs, les contrastes, les traits de crayon apparents. Les planches sont tour à tour dans des tons rouges, bleu froid ou pastels, faisant toujours allusion à un univers : la révolution qui gronde, les nuits froides de Russie, le cocon familial.

Tamara a également apprécié cet album (et parle aussi de ces couleurs si particulières).

128 p

Dimitri Bogrov, 2009

 

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Et maintenant parlons de choses sérieuses (ça arrive). Dans un élan fougueux, j'ai décidé d'organiser un tirage au sort pour vous permettre de gagner une bande dessinée au choix parmi ces deux titres : Dimitri Bogrov ou Le Réveil du Zelphire (lu la semaine dernière et pour faire court mes amis, c'est très chouette).

NB le 14/03/2009, pour les petits étourdis : vous pouvez recevoir AU CHOIX une de ces DEUX BDs (et non uniquement Dimitri Bogrov).

Pour participer, il vous suffit de :

- Répondre à la question stupide que je suis sur le point de poser avant le 16 mars à 23h59.

- M'envoyer un mail avec votre réponse (qui sera publiée sur mon blog lors de l'annonce du nom du petit chanceux qui repartira avec une bande dessinée). L'email : myloubook[at]yahoo.com

- M'indiquer dans ce mail quel album vous souhaitez recevoir.

- C'est tout !

Ayant envie de joindre l'agréable à l'agréable (oui oui), je vais vous demander tout simplement d'imaginer une réponse farfelue, drôle, pragmatique, etc à la question métaphysique suivante :

Dans Bridget Jones, un acteur méconnu - et il faut le dire, tout à fait transparent - porte un pull immonde au motif improbable. Pourquoi arborer un renne en particulier et avoir un pull aussi laid ou encore pourquoi lui a-t-on offert cette chose ridicule ?

(n'hésitez pas à vous éloigner du film pour répondre)

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10/03/2009

L'affaire Kitty Genovese

decoin_ainsi que les femmes meurent.jpgSi une chose me contrarie en ce moment où je ne suis pas sur Paris, c'est le fait de manquer des rendez-vous comme le Salon du Livre et la rencontre avec Didier Decoin autour d'un petit-déjeuner aux Deux Magots. Outre le cadre symbolique et l'aspect gustatif très alléchant de l'affaire, je regrette d'avoir eu à décliner une invitation à échanger avec l'auteur d'un livre que je qualifierai d'entrée de jeu excellent (allons-y franchement !).

Didier Decoin revient sur le meurtre de Catherine « Kitty » Genovese, jeune new-yorkaise d'origine italienne habitant le quartier de Queens. Gérante d'une boîte de nuit, elle se fait agresser lorsqu'elle rentre chez elle une nuit de mars 1964. Kitty est poignardée à de nombreuses reprises, puis le tueur abuse d'elle alors qu'elle est mourante. Déjà atroce en soi, le fait divers ne s'arrête pas là : 38 personnes assistent au calvaire de Kitty Genovese et, malgré les cris et les râles qui se poursuivent pendant une demi-heure, une seule personne se décide à prévenir la police et les secours, lorsqu'il est déjà trop tard. Plus surprenant encore, ceux qui n'ont pas agi sortent de leur tanière dès l'arrivée des autorités, pressés d'agir en citoyens responsables en aidant la police par leur témoignage. Certains ont vu l'agresseur et son couteau, d'autres ont assisté au début de l'agression, presque tous ont entendu Kitty Genovese appeler à l'aide en hurlant qu'on l'assassine. Alors que le tueur achève Kitty dans l'entrée de son immeuble, un voisin entrouvre sa porte et vient sur le palier à plusieurs reprises sans pour autant agir.

 

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Ecrit pour la collection « Ceci n'est pas un fait divers » (Grasset), ce texte revient sur le parcours du meurtrier et sur le procès en posant un regard critique sur ces témoins passifs responsables eux aussi de la mort de Kitty Genovese. Pour ce faire, il invente un narrateur idéal : voisin absent lors du drame, il découvre à son retour la lâcheté de ses voisins lors de l'enquête du journaliste qui couvre l'affaire pour le New York Times. Très humain, bouleversé par le sort de sa petite voisine, le narrateur a toute notre sympathie, même si une question reste en suspens : si gentil soit-il, qu'aurait-il fait s'il avait été présent ?

Ce cas illustre ce qui est depuis devenu le syndrome Kitty Genovese ou bystander effect, vérifié lors d'expériences à l'Université de New York. Plus il y a de témoins d'un appel au secours, moins les chances d'intervention sont nombreuses, chacun espérant que l'autre prendra les devants. Cet aspect m'a particulièrement remuée au regard de mauvais souvenirs. Et ce pathétique voisin qui conclut à une querelle d'amoureux après avoir constaté la violence des coups portés à sa voisine m'a ramenée quelques années en arrière : agressée dans le métro devant un étudiant avec qui je parlais l'instant d'avant, dans une rame bien remplie, j'ai réussi à ne pas me laisser entraîner sur le quai où on essayait de me tirer. Tranquille une fois les portes fermées, j'ai vu tous les occupants du métro me regarder placidement. Avant que mon camarade ne dise en guise d'excuse « je pensais que c'était ton copain ». Ce n'est pas mon seul souvenir en matière de bystander effect, et si je sais maintenant que cela porte un nom, cela ne me laisse pas moins amère. En lisant ce récit, j'avais parfois à l'esprit les regards bovins surpris dans ce genre de situation ; c'est sans doute en partie pour cela que l'histoire de Kitty Genovese m'a révoltée.

Très proche des faits, très documenté, ce roman est construit avec habileté grâce à ce narrateur aux premières loges qui émaille son récit de réflexions et de souvenirs personnels. Un autre narrateur met en scène l'assassin, se glisse dans sa peau, cherche à lui faire prendre corps, quitte à le rendre parfois un peu banal. Il évite ainsi le manichéisme, rendant le personnage plus crédible. L'écriture est factuelle, claire, très visuelle, le style extrêmement agréable. Certaines scènes n'épargnent pas le lecteur, et tant mieux. On perçoit très bien l'injustice de ces morts violentes, la cruauté de leur déroulement, la panique des victimes, on devine malgré tout leur courage, leur volonté de vivre, l'impossibilité dans laquelle elles se trouvent d'abandonner. Le récit se lit d'une traite ; les faits macabres éveillent une curiosité sans doute morbide et, plus encore, on se questionne au sujet de ces témoins inertes.

Un livre tout simplement brillant.

Je ne connaissais pas du tout l'auteur mais j'ai repéré quelques titres que je chercherai à mon retour en France, comme La Femme de Chambre du Titanic et Meurtre à l'anglaise, ou encore les textes plus new-yorkais.

Quelques avis, tous positifs : Malice, Lily, Jules

Un article intéressant sur l'affaire (en espagnol). Il y aurait un lien avec Danse Macabre de Stephen King – lequel ?

Merci aux éditions Grasset pour l'envoi de ce livre remarquable et pour ce petit-déjeuner manqué auquel j'aurais tant aimé assister !

227 p

Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, 2009

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08/03/2009

We could be heroes forever and ever

bd zelphire cover.jpgVoilà une BD fantastique qui devrait plaire aux amateurs de X-Men et de steampunk. Presque tous dotés de super pouvoirs, les héros du Réveil du Zelphire se métamorphosent en femme-pieuvre, en arbre vengeur ; certains usent de leur chevelure tentaculaire pour survivre, d’autres ont le pouvoir de tuer ou de sauver leur prochain d’un simple geste.

Dans un cadre qui n’est pas sans rappeler Dickens et une Londres victorienne, on découvre une source au miraculeux pouvoir de guérison, on suit les émois amoureux d’un Sylvan d’écorce et de sève, on rencontre un drôle de savant fou et une sombre famille qui, du haut de son repère, assassine des innocents au nom d’une quête mystérieuse. Vous vous en doutez, après moult péripéties, bons et méchants s’affrontent. Certains perdront la bataille, mais pas la guerre ! A quand le tome 2 pour connaître la suite ?

Un album qui se lit avec grand plaisir et que j’ai trouvé bourré de qualités : dessins adorables (parfois aux airs de manga), personnages sympathiques ou exquisément atroces, beaucoup d’humour, des décors charmants, une histoire haletante… ajoutons à cela certaines vignettes caractérisées par une économie de moyens dont l’illustrateur tire très bien partie et nous voilà forcés de conclure avec enthousiasme. Sans parler des dernières pages où figure notamment une parodie de Goya. Décidément, j’en redemande !

Egalement lu et approuvé par Mr Lou.

Merci aux éditions Bayou et à Sonia pour ce délicieux moment de détente !

D’autres avis : Tamara (qui a organisé un jeu-concours pour recevoir cette bande-dessinée) ; la rédaction de WART ; Benjamin Roure.

128 p

Le Réveil du Zelphire, Tome 1, 2009

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06/03/2009

Imagine all the people...

frain_tromelin.jpgEn ces derniers jours d’hiver, même en Espagne, une petite escapade sous les îles a quelque chose de tentant. Mon souhait s’est réalisé, même si le caillou sur lequel j’ai suivi Irène Frain n’a rien de paradisiaque. Pas plus que l’histoire de ce naufrage qui, au XVIIIe, a tristement illustré la condition des esclaves et le peu de cas qu’on faisait de ces vies marchandées.

Après une présentation de l’île qui vise à montrer à quel point l’endroit est inhospitalier, le récit retrace les dernières heures de l’Utile, navire de la compagnie des Indes transportant clandestinement des esclaves pour le compte du capitaine Lafargue. Pressé d’arriver à bon port et de débarquer sa cargaison illégale avant une éventuelle chute des cours, Lafargue s’entête à faire cap sur l’est, en dépit d’une carte récente qui évoque l’existence d’une île entourée d’un récif de corail sur lequel le navire pourrait bien se fracasser. L'inévitable se produit, le naufrage coûte la vie à une vingtaine de marins et à la majorité des esclaves parqués dans la soute au moment du drame. S'ensuivent plusieurs mois au cours desquels le second, Castellan, s'emploie à sauver les vies des rescapés. Chercher de l'eau, se protéger du soleil et construire un navire pour partir, telles sont devenues les priorités sur cette langue de sable et de roche invivable. Séparés au quotidien, Noirs et Blancs finissent par s'unir lors de la construction d'un bateau trop petit pour tous les contenir. On arrive là à la terrible injustice qui a poussé Irène Frain à écrire ce livre : les Blancs embarquent, les esclaves restent sur l'île à attendre que Castellan revienne les chercher. Cela n'arrivera pas, car l'administration est complètement indifférente au sort réservé aux esclaves. Toutes les raisons sont bonnes pour différer le départ, jusqu'à l'arrivée des premiers cyclones qui condamnent définitivement les survivants. Ils seront huit à être retrouvés quinze ans plus tard, après avoir organisé leur survie avec les restes de l'épave et beaucoup d'ingéniosité.

Après un premier chapitre que j'ai trouvé assez pénible en raison du style un peu brutal, très moderne, parfois familier, ma curiosité l'a emporté et j'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'ensemble du récit ainsi que les précisions qui suivent au sujet des missions archéologiques organisées récemment. Ce style qui m'avait semblé si rude m'a finalement beaucoup plu ; une fois habituée, je l'ai trouvé très agréable et approprié au récit factuel de cette aventure (in)humaine.

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Et ce style qui m'effrayait était le seul point susceptible de me décourager. L'aspect très documenté fait la force de ce récit, qui a cependant l'allure d'un roman en raison du narrateur omniscient qui s'immisce dans les pensées d'une série de personnages mis en avant. La subjectivité qui en découle n'a à mon avis rien de contestable : un accord tacite entre le narrateur et le lecteur met ce dernier en garde, les suppositions vont bon train mais il est toujours possible de rester attentif et de faire la part entre faits réels et conjectures du narrateur. Ce parti pris ne m'a pas du tout gênée et je trouve au final qu'Irène Frain a réussi à résoudre une équation délicate : porter à la connaissance du lecteur une histoire réelle établie à la suite de recherches historiques minutieuses, sans pour autant pondre un livre aride et fastidieux qui aurait très bien pu ne s'adresser qu'à un lectorat réduit. Parce que les implications de cette histoire ont été nombreuses et soulèvent encore des questions, cette ouverture à un public plus large me semble effectivement plus pertinente.

tromelin1.jpgAprès avoir lu cette histoire, le point qui me taraude le plus est le suivant : Castellan fait figure de héros dans ce roman. Oubliée la couleur de peau, il se sent subitement proche de ces Noirs qu'il abandonne à contre-coeur. Mais, si le sentiment de fraternité était tel, pourquoi ne pas appliquer la dure loi qui le poussait à récompenser depuis le début les marins les plus méritants, notamment au moyen des rations d'eau ? Pourquoi ne pas avoir embarqué en priorité les personnes ayant construit le bateau au lieu d'abandonner les soixante Noirs volontaires au profit d'autant de Blancs ayant refusé de lever le moindre petit doigt ? Les tentatives de Castellan pour obtenir le droit de repartir sur l'île n'étaient-elles pas dues au remord et au sentiment du devoir moral, sans forcément impliquer la prise de conscience de leur égalité ?

Je vous recommande le site consacré au livre, dont je viens de découvrir les superbes photos.

Merci aux Editions Michel Lafon et à Suzanne de Chez Les Filles sans qui je n’aurais pas découvert ce livre.

Deux articles que je viens de retrouver (mais il y en a beaucoup plus) : Cathulu, Delphine.

370 p

Irène Frain, Les Naufragés de l’île Tromelin, 2009

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05/03/2009

The TAGs Day !

Car Lou accumule les tags en retard... celui des photos de la PAL devra encore attendre (juste une mini PAL sur Barcelone et pas d'appareil – moi me défiler ? jamais !).

 

Ofelia m'a fait passer un certain temps (ou devrais-je dire un temps certain) à mettre ma/la vie en musique. Parfois les paroles n'ont presque rien à voir mais allez savoir, j'ai suivi mes impulsions !

 

Et pour commencer en musique, une chanson qui me met toujours de bonne humeur (merci à mon dernier film Kulte Mamma mia, dont le DVD trône à proximité du lecteur DVD depuis décembre)


 


 

Générique : I'll be there for you – The Rembrands
Naissance : Born in the USA - Bruce Springsteen
Le réveil : Wake up - Hanson
Un jour normal : Take Five - The Dave Brubeck Quartet

La ville : San Francisco - Scott McKenzie
Printemps : Perfect Day - Lou Reed & Bono & Dr. John & Elton John & D. Bowie & Duran Duran
Eté : Middle of the Summer – Panic at the Disco ***
Automne : Have You Ever Seen The Rain? - Creedence Clearwater Revival

Hiver : Frozen – Madonna ******
Tomber amoureux : I want you to want me – Cheap Trick
Etre amoureux : The power of love – Frankie goes to Hollywood (et un clin d'oeil à Mr Lou)
Se marier : Highway to Hell – ACDC (si si avec mon sens de l'ironie je songe déjà à la passer le jour de mon mariage... mais pour la première danse, ce sera : Nothing Else Matters - Metallica & San Francisco Symphony Orchestra )
Jalousie : You oughta know - Alanis Morissette ***
Se quitter : Breaking up – Rilo Kiley (merci Grey's Anatomy !) ***
Se réconcilier : Erase and rewind – The Cardigans ***
Une longue nuit seul (e): One love – U2 *
Cassure : The Wall – Pink Floyd *
Pétage de plomb : Rebellion – Arcade Fire *****
En conduisant : Johnnie be good – Chuck Berry ou Just a girl – No Doubt *****
Sur la plage : In our Lifetime – Texas *
Une pensée profonde : Pump and circumstance – Edward Elgar
Tout va mieux : Feeling good – Michael Buble
Crépuscule : The World is not enough – Garbage ***
La nuit : This is the Life – Amy McDonald ***
A l'aube : The House of the Rising Sun – Arlo Gutherie
Danse : Twist and Shout – The Beatles *****
Retomber en enfance : J'traine des pieds.... - Olivia Ruiz
Regrets : I'm a foul to want you – Billie Holiday ***
Espoir : Tear in your hand – Tori Amos *****
Mélancolie : Empty – The Cranberries *****
Nostalgie : Hotel California - Eagles
La mort : Not an addict – K's Choice ***
Générique de fin : Soñaré – La Oreja de Van Gogh ***

 

****** mes incontournables depuis des années

*** ils me suivent depuis longtemps, de façon plus irrégulière, ont tous été ou font partie de mes nouveaux « sweethearts » et ont une place de choix dans ma discothèque

* ils me suivent aussi, mais seulement avec quelques titres en particulier


 

A ne pas manquer !!

Avec 4 accords (est-ce affligeant ou tordant?), voilà une série de titres incontournables qui ont vraisemblablement quelque chose en commun...

J'attends avec impatience votre retour sur cette vidéo qui m'a bien fait rire (Mr Lou a également adoré hier soir, alors qu'il s'attendait au pire – il était rentré alors que j'écoutais Mamma Mia, la soirée ne promettait rien de bon pour lui):

 

 

 

Et maintenant, roulement de tambours et suspense insoutenable, six manies de votre fidèle et dévouée :

Enfin non, pas de manies, j'avais déjà répondu à des tags similaires il y a longtemps et je n'ai pas trop envie de radoter. Ofelia, j'espère que tu ne m'en voudras pas si je le change en 6 révélations, honteuses ou pas :


 

J'ai été fan des Spice Girls. J'étais en 4e, j'avais des posters partout, j'adorais « Wanne be » et chantais « 2 Bcome 1 » sans en comprendre le sens. C'était aussi l'époque où je chantais « Voulez-vous coucher avec moi ? » et « I'm horny » à tue-tête avec ma corres anglaise Babs, dans la voiture de ses parents, en route pour la plage ! La découverte du girl power n'a pas d'âge !

 

firth.jpgJe ne connais pas la moitié des sexy men que je croise sur vos blogs, et je me dis que soit je vois toujours des films avec les mêmes acteurs, soit je les ai déjà oubliés. Du coup j'ai l'impression d'être coincée dans un repli spatio-temporel où seuls Darcy, Valmont et Jack du Titanic règnent en maîtres. Il y a de l'espoir, je passe progressivement des Lumières aux Géorgiens et à l'année 1912. Dans dix ans j'en serai peut-être aux X-Men (j'ai quand même des doutes). Je précise que Jack a été mon little crush en 4e, maintenant je m’en tiendrais plutôt aux deux premiers (ah zut, je suis mal partie pour les X-Men alors).

 

Je crois que mon pire souvenir télévisé reste « Dolmen » (pourtant j'ai vu une quantité phénoménale de mauvaises séries françaises, mais celle-ci m'a particulièrement marquée). Je crois qu'Ingrid a fait mieux depuis mais je n'arrive plus à voir un téléfilm ou autre dans lequel elle serait présente. Je revois toujours la cruche pulpeuse qui sort avec difficulté des répliques d'une débilité profonde dans une mise en scène caricaturale, avec des histoires de dolmens qui saignent et de phares sous la tempête, sans parler de crabes qui envahissent la voiture. La révolte des mutants a sonné !

 

Brad Pitt a de grosses lèvres bizarres et un nez encore plus hasardeux. A part les yeux et le charme qu'il peut avoir dans certains films, je ne comprends pas l'ampleur de son succès auprès de la gente féminine. De même pour Docteur Mamour de Grey's Anatomy, avec son drôle de nez, sa barbe de deux jours et l'air de traîner en permanence un mauvais rhume.

 

D'ailleurs je ne raffole pas de Meredith Grey. Je préfère la flamboyante Callie Torres et adore la scène culte du duel se préparant au self entre Torres et Izzie. Tout ça pour les beaux yeux d'un George complètement dépassé...


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Je n'ai pas vu certains films cultissimes. J'ai attendu le lycée pour découvrir « Dirty Dancing » ou « Top Gun » (et c'était en 2000 a priori) et je n'ai toujours pas vu « Pretty Woman ». Allez, avec un peu de chance je le verrai avant mes trente ans...


 

 

Et le dernier tag, grâce à Lucie :

 

* Nommer la personne qui vous a tagué

* Ouvrir le dossier IMAGES le plus récent de votre PC et prendre la sixième photo ..

ou

* Ouvrir le sixième dossier IMAGES de votre PC et prendre la sixième photo.

* Et désigner à votre tour six autres personnes.

 

Là encore je vais devoir tricher car, n'étant pas chez moi, je n'ai pas mes dossiers photos. Du coup je voulais prendre la sixième photo en général... mais il s'agit d’une photo de la sortie des blogueuses parisiennes pour l'expo sur Victoria et Napoléon III à Compiègne et je me suis engagée solennellement à ne pas diffuser lesdites photos [Isil et Lamousmé pourraient bien être les plus terribles dans leur vengeance (d'autant plus que la 6e photo les concernait directement) mais je me méfie tout de même de Lamalie, Cryssilda et Malice qui, sans avoir l'air d'y toucher, pourraient elles aussi s'avérer dangereuses...]. Ne me restait plus qu'une photo de la cérémonie des oscars, conservée parce que la robe de l'actrice en question est splendide. A vous d'en juger...

 

 

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Je tague Hilde, qui a supporté les attaques de Tori Amos hier ainsi que tous ceux qui voudront se prêter au jeu. Tiens, pourquoi pas Isil d'ailleurs ? (je suis certaine qu'on aurait droit à quelques révélations sulfureuses, notamment sur Edward qui regarde Bella dormir la nuit).

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02/03/2009

Four lumps of sugar and a slice of teacake

amour comme par hasard.gifThe Lost Art of Keeping Secrets d’Eva Rice est devenu en français L’amour comme par hasard ce qui, accompagné d’une couverture rose et or ou d’un immense soleil couchant pourrait faire fuir beaucoup de lecteurs encore soucieux de leur santé mentale. Mais non, il ne s’agit pas d’un livre à l’eau de rose épouvantable, l’amour est une chose un peu compliquée qui n’arrive pas tout à fait par hasard et, si tendances guimauvesques il y a, il s’agit de sucreries de qualité, rien de moins. Je crois avoir lu quelque part que ce livre était une sorte de chick lit version fifties. Là non plus je ne suis pas franchement d’accord, car si les préoccupations de l’héroïne tournent très souvent autour de ses robes, de garçons ou de bals, le style et le déroulement de l’histoire ont plus de charme et de consistence. Les personnages font aussi preuve d’un peu moins d’humour et de superficialité (je trouve que le terme « léger » caractérise mieux nombre de scènes de ce roman).

Dans les années cinquante, Penelope Wallace rencontre Charlotte à un arrêt de bus et, sans la connaître, accepte de l’accompagner chez sa tante Clare afin de prendre le thé. De cette aventure inattendue naît une amitié qui amène les deux jeunes femmes à passer les mois suivants ensemble. Leurs rencontres se font souvent chez l’irrésistible Tante Clare mais aussi lors de soirées mondaines au Ritz ou ailleurs et, surtout, au sein de Milton Magna Hall, la superbe demeure des Wallace. Bâtie au Moyen-Âge, agrandie par la suite, Magna recèle de nombreux trésors mais a beaucoup souffert de la guerre, agonisant lentement, couvrant ses habitants de dettes.

johnnie ray.pngAutour des jeunes femmes et de Clare gravitent d’autres personnages : Harry, cousin de Charlotte et magicien aux yeux bicolores ; Inigo, petit frère de Penelope et apprenti chanteur pop ; Talitah Wallace, leur mère si jeune et si malheureuse depuis le décès de son mari au front. Sans parler de Johnnie Ray, chanteur pop et tombeur de ces dames, des Teddy Boys et de quelques personnages renversants qui font leur apparition un peu plus tard.

Sans écrire un chef-d’œuvre, Eva Rice signe à mon avis ici un très bon livre qui s’inspire de beaucoup d’auteurs britanniques : on pense à Pym et ses conversations de salon, beaucoup plus à Nancy Mitford, à laquelle une scène fait allusion et dont l’impétueuse Linda a sans doute influencé les descriptions de Charlotte ; citons encore Lewis Caroll et son Alice, un brin de Setterfield pour l’univers de Magna et Wilde – avec une allusion claire à Gwendolen de The importance of being earnest, lorsqu’elle déclare ne jamais voyager sans son journal pour avoir quelque chose d’intéressant à lire.

Malgré sa légereté, ce roman est aussi emprunt de tristesse et de nostalgie. Il finit cependant sur une note très optimiste et tourne toujours autour des notions d’amour et d’amitié, de la possibilité pour chacun de trouver sa moitié, la nécessité d’aller de l’avant et de croquer la vie à pleines dents. Il traite aussi du fossé qui sépare les adolescents de l'après-guerre et leurs parents, ce qui est notamment représenté par l'influence grandissante des Etats-Unis et l'apparition du rock qui vient progressivement remplacer le jazz.eva rice. amour par hasard.jpg

Outre ce mélange savamment dosé de folie douce amère, de joyeuse insouciance et de confrontations plus ou moins faciles avec la réalité, j’ai savouré le cadre cosy et très britannique, entre Londres et sa banlieue, les grands magasins, Fortnum, les salons, l’heure du thé, les vieilles demeures un peu hantées et un esprit enjoué qui m’a touchée. Attachée aux personnages, j’ai eu l’impression de vraiment les accompagner dans leurs aventures. Je regrette seulement les coquilles de l’édition d’origine (Flammarion) : une faute grave notamment et, plusieurs fois, une tante Clare devenue tante Clara ou tante Charlotte, ce que je trouve horripilant !

Dans l’ensemble un très joli roman, délicat, assez fin et, malgré des situations récurrentes, palpitant !

Et en prime, des Teddy Boys, un snapshot de la seule image où je trouve Johnnie beau garçon et une prouesse de ce chanteur que je trouve personnellemt ringard mais amusant et pas fatigant pour un sou !

Merci à Elise du Livre de Poche pour cette lecture très appréciée !

N.B : le titre vient de mon obsession grandissante pour Wilde, car vous n'avez pas fini d'en entendre parler si vous passez par ici !

379 p

Eva Rice, L’Amour comme par hasard, 2005

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