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26/02/2009

Soyez constants !

constant.pngAutant vous prévenir : j'entre dans une phase mystique où toute opposition à mon amour naissant pour Wilde (je dis bien toute rébellion, et même le moindre doigt timidement levé) se verra châtiée immédiatement à coup de projections d'Encyclopédie Universalis (et croyez-moi, une fois les multiples tomes réunis l'opération s'avère douloureuse).

Wilde est un génie.

Maintenant que j'ai dit ça je peux aller me recoucher.

Et puis non ce serait trop bête. Voilà dix raisons d'aimer à la folie Wilde et sa pièce The Importance of being earnest, dans laquelle il est question d'être constant mais pas seulement.

1- Parce que l'écriture de Wilde (à consommer de préférence en anglais) est un art en soi, parce qu'on savoure chaque tournure, chaque phrase en succombant tout autant à la musique des mots qu'à la philosophie particulière des personnages.

2- Parce que les déclarations les plus absurdes sont faites selon une logique irréprochable qui titille l'esprit du lecteur, qui est perdu entre sourire moqueur et volonté de suivre les raisonnements les plus incroyables avec une attention religieuse.

3- Parce que les personnages sont exquis, à commencer par les rôles moins importants. Une petite mention spéciale pour Cecily, à l'apogée du charme avec son esprit vif et ses remarques cultes. Mais la concurrence est rude !

4- Parce cette pièce est terriblement drôle et irrésistiblement inconvenante, et les répliques d'une efficacité surréaliste.

5- Qui devrait être numéro 1. Parce que Wilde était victorien.

6- Qui devrait être numéro 2. Parce que nul ne saurait être plus irrévérencieux que lui et que sa critique de la société victorienne est faite sur un ton si léger (voire badin) que les plus concernés l'ont eux-mêmes largement acclamé.

7- Parce que cette pièce nous fait baver d'envie avec ses cucumber sandwiches, son bread and butter et ses muffins (et je n'éprouve pas souvent une envie irrésistible de partager le repas de mes héros victoriens).

8- Parce que Ernest (Constant) et Algernon sont les héros les plus creux qui soient mais nous sont malgré tout profondément sympathiques.

9- Parce que cette pièce paraît légère tout en puisant sa source dans de nombreuses influences. Wilde est érudit, sa pièce géniale s'inspire savamment de grands classiques tout en étant divertissante et surtout,  originale et véritablement moderne.

10- Parce qu'au final, tout tourne autour du langage, que Wilde maîtrise remarquablement. Parce qu'il joue avec les mots et les phrases, que c'est au final l'essence-même de la pièce mais qu'on l'oublie paradoxalement, car Wilde sait comme nul autre multiplier les (fausses) pistes pour nous égarer. Pour notre plus grand bonheur.

Et vous qui passez rapidement par ici, sans doute par hasard, vous avez peu de temps pour lire tout mon baratin et d'autres soucis en tête qu'Oscar Wilde. Pour vous je ferai court, clair et net : The Importance of being earnest est un chef-d'oeuvre unique en son genre, à découvrir impérativement. C'est mordant, intelligent, déconcertant et, cerise sur le gâteau, tout simplement brillant.

Et pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, j'ajouterai juste qu'il est question de mariages contrariés pour des raisons de fortune ou de rang, mais que les rebondissements sont nombreux et que mieux vaut avoir la surprise de la découverte (d'autant plus que la pièce est très bien construite).

« ALGERNON - (...) The doctors found out that Bunbury could not live, that is what I mean – so Bunbury died.

LADY BRACKNELL : He seems to have had great confidence in the opinion of his physicians. I am glad, however, that he made up his mind at last to some definite course of action, and acted under proper medical advice. »

300 p (éditions GF Flammarion, à recommander pour l'excellent dossier et la version bilingue)

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Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest (L'Importance d'être constant), 1895 (année de la première, le jour de la Saint Valentin !)


51CR9A6RDWL._SL500.jpgPour l'adapter au cinéma, on a pensé à Colin Firth (Jack) et Rupert Everett (Algie). Avouez qu'il y a tout de même des castings moins heureux !

Le film est très fidèle à la pièce, hormis quelques petites variantes dont l'utilité me semble discutable. Une première scène montre une poursuite entre Algie et des policiers, son but étant essentiellement de nous faire comprendre qu'il est criblé de dettes. Si la tante d'Algie mentionne ses dettes dans la pièce, ce sont surtout celles contractées par Jack dont il est question. De même, lorsqu'Ernest doit être conduit en prison pour des factures impayées, le dénouement est différent et nous prive d'excellentes répliques. Mais je chipote car ce film rend tout à fait justice à la pièce.

Le casting est une réussite et les acteurs incarnent à la perfection leur personnage, tout en lui insufflant une vie nouvelle. Gwendolen, un peu nunuche tout de même, devient une tigresse sensuelle, déterminée et ridicule, Cecily est fraîche et pétillante, cette pauvre Miss Prism terriblement touchante... tous excellent mais, (presque) en toute objectivité, Colin Firth est peut-être le meilleur d'entre eux, avec une variété d'expressions inouïe et une capacité certaine à passer de l'attitude la plus cocasse à la plus résignée. Les décors et les costumes sont soignés, le déroulement très fluide grâce à des scènes intercalées par rapport au texte d'origine.

Un très bon film, (presque) aussi drôle et original que la pièce elle-même.

Nibelheim en a parlé ici !

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The Importance of being earnest, un film d'Oliver Parker, 2002

 

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23/02/2009

Sous le soleil des tropiques...

maugham.jpgUn vrai billet avec de vrais livres, des héros fougueux, de folles péripéties et un (un)happy end, vous n'y croyiez plus ? Il faut dire que mon défi douteux du nombre de mots à la minute masquait mal mon retard sensationnel et mon manque de temps tout aussi abyssal ! Eh bien, amis lecteurs, grâce à SuperMrLou qui nous prépare un somptueux repas en direct de sa kitchenette, je vais enfin pouvoir prendre le temps de causer littérature (si si, ça m'arrive !).

Et le sujet du jour, mes amis, n'est autre que Le Fugitif, écrit par l'incontournable Somerset Maugham et offert en l'occurrence par Lilly, déjà séduite par un autre roman du même auteur.

 

En échange de ses services, le docteur Saunders embarque à bord du Fenton, voilier dirigé par la pire des fripouilles, le capitaine Nichols, qui navigue selon toute vraisemblance sous les ordres d'un certain Fred Blake. Celui-ci a soi-disant été confié aux bons soins de Nichols pour des problèmes de santé nécessitant un changement d'air. En réalité Blake semble mêlé à de sombres histoires en Australie, son pays natal. Meurtre ? Complot politique ? Les hypothèses ne manquent pas.

La première partie du roman concerne la rencontre entre les trois personnages puis leur voyage à bord du Fenton. Amateur d'opium et fin observateur de l'âme humaine, le docteur souhaite quitter une île où rien ne se passe afin de profiter de vacances inopinées. Foncièrement méchant et crapuleux, Nichols souffre de problèmes de digestion et impose à Blake la présence du docteur. Quant au troisième larron, il est maussade pendant l'essentiel du trajet et ne dévoile presque rien de son passé, malgré une tendance à compulser les journaux anglo-saxons avec frénésie dès qu'il en a l'occasion. Cette première partie où il se passe finalement peu de choses (si ce n'est une tempête) permet de bien cerner les différents personnages à travers des discussions apportant beaucoup d'éléments nouveaux.

Après une tempête, le Fenton arrive en territoire hollandais, sur une petite île autrefois prospère. Les anciennes propriétés cossues tombent à moitié en ruine, beaucoup de propriétaires ont abandonné leur domaine et pourtant, le lieu est étrangement envoûtant. Les trois compères y font escale et rencontrent Erik Christessen. Jeune, dynamique, chaleureux, Erik a le coeur sur la main et gagne immédiatement la confiance de Blake, qui semble métamorphosé en sa présence. Grâce à Erik, le lecteur fait la connaissance d'une famille propriétaire d'une plantation et, en particulier, de Louise. Autour d'elle va se nouer un drame compliqué que je vous laisse découvrir.

J'ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman pourtant assez différent de ce que j'ai l'habitude de lire. Sans être un vrai roman d'aventures, il en emprunte certains codes et l'univers : capitaine roublard, tempête, héros mystérieux, beauté pure et inaccessible, rencontres improbables, dénouements symboliques, îles étranges, moustiques, eau traître et j'en passe. Pourtant très en marge de l'essentiel du récit, l'amour joue un rôle fondamental dont on ne s'aperçoit qu'assez tard ; et encore, ce n'est que l'idéal amoureux qui berce l'un des personnages qui entraîne une série d'actions décisives aux conséquences fatales. L'univers est très masculin, tandis que les relations entre les hommes sont quelque peu ambigües. La force inégalable de leurs relations, leur complicité et plus encore, la manière dont le corps masculin est perçu par le docteur Saunders font de l'homosexualité une thématique sous-jacente. La complexité des personnages rend le roman particulièrement intéressant : moralement répugnant, Nichols est malgré tout amusant et acquiert facilement la sympathie du lecteur, tandis qu'en dépit de ses bonnes actions le docteur laisse entrevoir des pensées peu louables. Très détaché, indifférent au sort de son prochain, Saunders fait penser à un spectateur qui se réjouirait de la scène dramatique à laquelle il vient d'assister.

Au final, la forme est plutôt légère. On part volontiers en voyage à bord de cette coquille de noix qu'est le Fenton, on découvre endroits exotiques et personnages hauts en couleur en jubilant. Pourtant le roman est assez sombre et dresse un portrait dans l'ensemble pessimiste de l'âme humaine. Peut-être faut-il plutôt y voir une volonté de ne pas tomber trop facilement dans le piège du manichéisme. Comme le pressent Louise, on cherche en elle un idéal sans accepter la femme qu'elle est réellement.

Une sombre mais bien belle escapade sous les tropiques, en compagnie d'un auteur que je voulais lire depuis longtemps et que je ne manquerai pas de relire ! Et une très bonne découverte parmi les classiques britanniques !

Merci encore Lilly pour cet excellent choix et ce très beau cadeau !

222 p

Somerset Maugham, Le Fugitif (the Narrow Corner), 1932

 

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21/02/2009

Swap Love is all around... la suite !

La semaine dernière je n'avais pas pu partager avec vous les photos de mon magnifique colis... c'est maintenant possible, alors :

MERCI ENCORE POUR TOUT LILLY !


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21:06 Publié dans Swap | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | |

19/02/2009

Lièvre ou tortue ?

46 mots


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You reached 305 points, so you achieved position 84742 of 680615 on the ranking list


You type 388 characters per minute
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you have 1 wrong words

 

Snif... je suis plus lente que prévu... bon en même temps j'étais sur un clavier allemand où je dois taper séparément tous les accents, et j'ai une dent contre ce clavier en courbes que je trouve désagréable... n'empêche je n'ai pas tapé aussi vite que je l'aurais voulu. Bon je vais quand même m'en remettre je crois :p Ah je suis mauvaise joueuse là ;)

17/02/2009

Le cas Brodie

muriel spark.jpgAyant lu Les Belles années de Mademoiselle Brodie de Muriel Spark, je me suis penchée sur une espèce en voie de disparition de par nos contrées : l'enseignant.

Bien que doutant fortement de l'exactitude des propos tenus par mon encyclopédie, j'ai trouvé ce qui suit :

Enseignant (adjectif et nom commun) :

1. Qui enseigne (cette première définition m'ayant été d'une grande utilité, j'ai poursuivi ma lecture).

2. Autrefois chargé de l'éducation des plus jeunes afin de contribuer efficacement au bien-être collectif de la nation, l'enseignant est devenu une sorte de curiosité pour son prochain. Avec une bonne volonté évidente et un courage inégalé, il part en croisade de septembre à juillet avec pour adjuvantes ses classes de cinquante élèves. En théorie, sa mission est sensiblement la même. Les moyens mis à sa disposition font de son métier un parcours du combattant. (voir aussi ministère de l'éducation, grèves)

3. Mademoiselle Brodie (cas particulier) : l'enseignante Brodie est un modèle de réussite pour le corps enseignant, mais il a fallu attendre les années soixante pour une pleine reconnaissance de ses efforts. Célèbre pour le développement de méthodes expérimentales sur des classes de primaire, Mlle Brodie avait pour but de faire de ses élèves « la crème de la crème ». Afin d'extraire le meilleur des jeunes filles dont elle avait la charge dans les années trente, cette personnalité du monde éducatif refusait d'aborder les matières traditionnellement enseignées à l'époque (arithmétique, orthographe, grammaire, histoire, etc.), leur préférant le partage d'anecdotes choisies et soigneusement développées sur sa vie intime. Bien que ses méthodes peu orthodoxes n'aient pas été adoptées par l'ensemble du corps professoral, Mademoiselle Brodie a encore aujourd'hui une centaine d'irréductibles adeptes surnommés clan Brodie, en hommage aux élèves choisies par l'enseignante pour devenir ses confidentes ou « siennes pour la vie ». (voir aussi rébellion, parasite, contestable, modèle)

 

Voilà qui résume finalement assez bien le cas Brodie. Subversive ? Prête à se battre dans l'intérêt de ses élèves ? C'est ce que je pensais en parcourant le résumé mais, après lecture, les ambitions de Mademoiselle Brodie me semblent peu louables et foncièrement égoïstes. Si le but poursuivi n'est pas noble, mais le résultat positif, est-ce suffisant ? Ou les objectifs qui animent l'enseignante doivent-ils être pris en compte ? En effet son clan réussit très bien une fois « au collège », quoi qu'il soit difficile de dire si sa réussite est due aux aptitudes particulières des élèves ou aux effets bénéfiques de l'influence de Mlle Brodie. C'est une véritable emprise que l'enseignante cherche à avoir sur ses élèves. Au lieu de les laisser libres de penser par elles-mêmes, elle leur apprend à bien penser, c'est-à-dire à acquérir certains automatismes afin que leur comportement soit conforme à celui que Mlle Brodie pourrait elle aussi adopter. Plus encore, si elle refuse un système éducatif qu'elle juge juste bon à bourrer les élèves de connaissances, elle est loin de se contenter d'extraire le meilleur de ses élèves : elle leur inculque des pensées prémâchées que les enfants, influencées et manquant de recul, peuvent difficilement remettre en question. Prêchant certaines idées romanesques assez sympathiques, Jean Brodie présente aussi à ses élèves les vertus du fascisme et l'excellent impact du nazisme sur la société allemande, allant jusqu'à accrocher une photo des chemises noires dans la salle de classe. Paradoxalement, l'enseignante se pose en victime en raison de sa liberté de penser, tandis que c'est justement celle-ci qu'elle tente de retirer à ses élèves. Difficile de se rendre pleinement compte des réelles intentions de Mlle Brodie : manipule-t-elle son clan tout à fait consciemment ou est-elle un peu folle, comme semblent le penser par moments certains personnages ?

Au final, bien que cette fausse héroïne me semble profondément antipathique et condamnable (d'autant plus que la vanité de Mlle Brodie est sans borne), j'ai éprouvé une certaine compassion pour elle, car son comportement est peut-être dû au fait qu'elle est profondément malheureuse. Certes, Jean Brodie est une aventurière qui part en Egypte, en Allemagne ou en Italie, qui emmène ses élèves à l'opéra et qui est admirée par plusieurs hommes. Son histoire commence pourtant par un premier échec, avec le décès de son grand amour au front. Puis, lorsque deux enseignants s'intéressent à elle, elle tombe amoureuse de celui qui est marié et, refusant une histoire sans issue, se condamne d'une certaine manière à la solitude, malgré une aventure purement utilitaire avec le deuxième professeur. Persécutée par la directrice pour ses méthodes curieuses, méprisée par des collègues qu'elle croise inévitablement chaque jour, Mlle Brodie risque de perdre son emploi et reste seule tout au long de sa vie. Son clan lui sert peut-être de filles de substitution mais, plus encore, elle se sert de ces enfants devenues adolescentes afin de vivre par procuration, allant jusqu'à pousser l'une d'entre elles dans les bras du professeur dont elle est éprise.

Le roman en lui-même me semblait un peu léger lorsque je l'ai commencé. Il est en réalité très bien construit, certains passages habilement glissés faisant écho à la scène finale, le tout s'achevant de façon presque circulaire. Si ce n'est qu'au cercle parfait manquent à la fin quelques protagonistes. Les filles du clan Brodie servent l'histoire de leur mentor, une seule d'entre elles finissant par avoir tout autant d'importance que l'enseignante, voire plus, car elle semble finalement avoir plus d'emprise sur sa vie que les autres. L'éloignement de Jean Brodie lui paraît plus envisageable, tandis que ses camarades peinent à s'affirmer malgré les années qui passent.

Voilà un curieux texte écrit par un auteur peu connu en France, pourtant lauréat du prix T.S. Eliot et du British Literature Prize. Assez charmant et léger à la lecture, ce livre reposant met finalement en scène des personnages complexes dont les agissements ne manquent pas d'intérêt (voire de piquant !). Un livre sympathique, à découvrir si vous aimez la littérature anglaise (le ton enlevé fait d'ailleurs un peu penser à Nancy Mitford, même si l'histoire est à mon avis plus subtile que les aventures divertissantes de Linda et Polly).

 

Et pour finir, un passage qui rend Mlle Brodie plus sympathique à mes yeux, car petite je faisais le désespoir de mes proches avec ma manière très approximative de réciter mes leçons de géométrie :

Elle affirmait : «  Il est spirituel de dire qu'une ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, ou qu'un cercle est une figure plane, limitée par une ligne unique et dont chaque point se trouve à égal distance d'un centre fixe. Mais il ne s'agit là que d'un jeu d'esprit. Tout le monde sait en quoi consistent une ligne droite et un cercle.

Lorsque, après les examens de la fin du premier trimestre, elle jeta un coup d'oeil aux questions que l'on avait posées aux élèves, elle lut à voix haute, avec le plus grand mépris, quelques-unes des plus contestables questions : « Un laveur de carreaux transporte une échelle uniforme de 30 kg, longue de 5 m, à une extrémité de laquelle est suspendu un seau d'eau pesant 20 kg. En quel point cet homme doit-il soutenir l'échelle afin de la porter horizontalement ? Où se trouve le centre de gravité de son chargement ? » Mlle Brodie, après avoir lu à voix haute cet énoncé, regarda le papier comme pour indiquer qu'elle n'en pouvait croire ses yeux. À maintes reprises, elle donna à entendre à ses filles que la solution de problèmes pareils serait sans la moindre utilité à Sybil Thorndike, Anna Pavlova et feu Hélène de Troie. (p153-154)

 

239 p

Muriel Spark, Les Belles années de Mademoiselle Brodie, 1961

14/02/2009

Swap Saint Valentin

Avant d'aller plus loin, laissez-moi vous annoncer qu'il n'y aura pas un mais deux billets de swap Saint Valentin sur ce blog. J'espère que cela compensera la mauvaise nouvelle : je n'ai pas encore les photos, pourtant bien prises ! Eh oui, comme le dit très justement Cryssilda, votre fidèle et dévouée chroniqueuse vit encore au Moyen-Âge et n'a plus d'appareil photo numérique en état de marche (mais j'en achèterai un bientôt) ! N'ayant rien pour prendre mes photos (numérique mort, réflex pris en otage par Mr Lou), j'ai donc, figurez-vous, acheté un jetable pour pouvoir prendre des photos de mon colis ! Je pensais avoir le temps de finir la pellicule et de développer les photos d'ici le 14 mais un départ un peu précipité à Barcelone n'a pas arrangé les choses. Mais les photos viendront dans quelques jours, promis !

Cela ne vous empêche pas de savoir que mon exquise swappeuse était Lilly, qui m'a terriblement gâtée et fait des folies ! La demoiselle en question connaissant bien mes goûts, tout était parfait dans ce colis merveilleux !

Mais voyez tout ce qu'il contenait :


6 livres :
- Balzac, Les Chouans
- Boris Pasternak, Le Docteur Jivago
- Irène Némirovsky, Les feux de l'automne
- Somerset Maugham, Le fugitif
- Collectif, Je vous aime (des lettres enflammées écrites par de grands auteurs, rien de moins !)
- Jules Barbey d'Aurevilly, Une vieille maîtresse

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La dernière image ne correspond pas à la bonne couverture mais je ne l'ai pas trouvée sur Internet (sauf en taille minipouce, j'ai donc opté pour l'ancienne).



2 DVD :
- A Room with view (ce qui va immanquablement me donner envie de lire le roman de Forster que j'ai évidemment laissé à Paris... mauvaise idée !)
- The Piano Lesson (vu il y a trèèès longtemps, et j'adorais jouer l'air principal au piano quand je vivais chez mes parents)

Objets amoureux :
- 2 marques-page
- 1 petit carnet "Psyché ranimée par le baiser de l'amour" (soupirs ^^)
- 4 petites pinces de couleur avec de charmantes coccinelles dessus

- des « trucs rouges » qui décoraient le colis ; je ne sais pas à quoi ça sert (Lilly ?) mais c'est tout doux ! J'adore !

Gourmandises :
- 3 thés en vrac : Fleur de Geisha, Thé du Hammam, Thé des Amants... j'ai pour l'instant goûté les deux premiers, très parfumés... ils sentent divinement bons et me plaisent énormément ! Vous saurez ce que je sirote pendant que j'écris mes billets maintenant !
- 2 plaques de chocolat : (attention ! ISIS "Luxury";o)) : Chocolat noir et Belgian Pralinoir (Smooth Dark Chocolate with crispy hazelnut praline, rien que de le lire ça donne faim !... il est tellement bon que je n'aurai dégusté que deux carrés, mes parents s'étant chargés de la suite alors que je passais chez eux avant mon départ...).
- objets associés : deux "soucoupes" en forme de théière, pour poser les sachets et les boules à thé... très mignon et ultra pratique !

... et 1 carte suivie d'une feuille recto verso que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire !

 

J'ai déjà dit à Lilly combien j'étais ravie par email et par courrier mais je ne résiste pas au plaisir de te dire encore une fois un immense merci pour tout ! Tu es vraiment adorable !

 

Eh bien sûr, ne les oublions pas, un grand grand merci aux deux super organisatrices Fashion et Stéphanie pour leur excellente idée de swap et toute son organisation !

Et ma swappée était Romanza, que j'ai été vraiment très heureuse de gâter à travers ce swap !

HAPPY VALENTINE !

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12/02/2009

Chéri, il y a un fantôme dans la baignoire

lurie_femmes et fantomes.jpgIl y a des auteurs que l’on repère, qui restent présents à notre esprit mais qu’on ne lira pas avant des années, voire peut-être jamais. J’ai découvert Alison Lurie au détour d’un blog, puis je l’ai croisée en librairie ou par blogs interposés pendant environ deux ans avant d’être saisie d’une impulsion et de m’emparer du recueil Femmes et Fantômes en prévision d’un voyage en avion. Et qui dit avion dit trajet mais aussi salles d’attente et files à l’embarquement. Je cherchais une lecture raffraîchissante et ne suis pas mécontente d’avoir jeté mon dévolu sur Lurie.

J’avais tellement envie de découvrir cet écrivain que j’avoue ne pas avoir vraiment lu le résumé en couverture. Je pense que la scène s’est à peu près passée comme ça dans ma tête : « Bon, j’ai souvent tendance à préférer les histoires avec des personnages féminins importants ; les fantômes, ah que c’est poétique et mystérieux ! ; oh ! quelle jolie couverture ! ; ah en plus ce sont des nouvelles, c’est parfait pour commencer ! »

Si je dis ça c’est parce qu’en ouvrant le recueil je ne savais franchement pas à quoi m’attendre et, plus encore, je m’étais en quelque sorte persuadée qu’il ne s’agissait de fantômes qu’au sens purement métaphorique… des souvenirs peut-être ? Mais quand la première héroïne a commencé à voir le fantôme de l’ex-femme toujours vivante de son fiancé, j’ai compris mon erreur. Ce sont donc bien des histoires de fantômes qui composent ce recueil. Celui d’une femme a priori jalouse, celui de deux jeunes hommes morts brutalement, d’une commode capricieuse, d’un double mystérieux, d’un lapin à Halloween, d’une déesse indienne et bien d’autres.

A première vue, toutes les histoires peuvent sembler possibles. Pourtant ce n’est jamais qu’un seul personnage féminin qui voit ses propres fantômes, ce qui pose rapidement la question de sa crédibilité. Ainsi ces excellentes nouvelles laissent entrevoir d’autres explications à l’improbable et au fantastique: folie, obsession, culpabilité, superstition, duel entre l’instinct et la volonté plus raisonnable, jalousie, petites ou grandes faiblesses… ces démons peuvent apporter une réponse à l’inexplicable, bien qu’à la fin, le doute plane toujours.

J’ai énormément apprécié ce recueil. Amatrice de nouvelles, j’ai trouvé les histoires très agréables à lire et presque toutes captivantes. L’écriture (bien sûr il s’agit de traduction) est fluide, les personnages intéressants et les sujets originaux et bien exploités. Les héroïnes restent a priori rationnelles malgré les situations étranges qu’elles décrivent, ce qui rend l’ensemble plus intéressant. Leur personnalité est au cœur de chaque histoire, leurs doutes, leurs envies, leurs aspirations étant souvent directement liés aux apparitions fantômatiques. Au passage, j'ai beaucoup pensé à certaines nouvelles pour adultes de Roald Dahl. Un livre qui mérite le détour !


Katell a trouvé cette lecture jubilatoire (et je suis bien de son avis) !

229 p

Alison Lurie, Femmes et Fantômes, 1994

10/02/2009

La plus jeune des Brontë

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Je n’ai pas toujours bonne mémoire quand il s’agit de livres ou de films – d’où en partie le pourquoi du comment de la genèse de ce blog. Pourtant Les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre des sœurs Brontë m’ont laissé une forte impression et, chose assez rare, je me revois très bien en train de dévorer le roman de Charlotte à l’age de treize ou quartoze ans, vautrée sur le tapis au pied de mon lit à une période de ma vie où je boudais les classiques et les pavés – ce qui concernait à peu près tous les livres de plus de 300 pages ! Comme quoi la littérature victorienne a toujours eu une aura toute particulière dans ma courte vie de lectrice…

Pour en revenir à nos moutons, sur ma wishlist au Père Noël figurait cette année le deuxième tome de la Pléiade consacré à la famille Brontë. Bien qu’un peu ronchon à force trimballer dans sa hotte des produits presque exclusivement victoriens, Papa Noël a donc déposé sous le sapin la bible en question. Et quel bonheur ! Car non contente d’avoir dévoré Agnes Grey, je vais pouvoir me ruer bientôt sur un des trois autres romans figurant dans cet excellent livre – outre la tradition familiale, j’apprécie particulièrement cette collection pour les notes très pertinentes ainsi que l’important travail d’édition et de traduction.

Fille de pasteur, Agnes Grey décide de devenir gouvernante pour aider financièrement sa famille. Elle travaille d’abord pour les Bloomfield, qui l’accablent de reproches tout en l’empêchant d’avoir la moindre autorité sur une bande d’enfants stupides et foncièrement mauvais. Cruels avec les animaux, capricieux, violents, irrespectueux, incapables d’apprendre leurs leçons, les enfants n’ont d’égals que leurs parents, absurdes et condescendants. S’ensuit un séjour de quelques années chez les Murray, dont les filles ne sont pas non plus des élèves modèles. Entre l’aînée, jolie, vaine et trop aguicheuse pour une jeune femme bien élevée, et la plus jeune, garçon manqué jurant comme un charretier, Anne doit une fois encore supporter bien des caprices. Puis elle tombe amoureuse de Mr Weston, homme d’église foncièrement bon et intelligent. Tout pourrait s’arranger, jusqu’au jour où, s’apercevant de ses sentiments et persuadée de pouvoir mettre tous les hommes à ses pieds, Miss Murray entreprend de séduire Mr Weston par jeu, empêchant au passage toute rencontre fortuite entre le suffragant et la gouvernante. Miss Murray, vouée à un mariage d’argent, sera-t-elle heureuse ? Mr Weston succombera-t-il au charme de l’une ou à la sincérité de l’autre ? A vous de le découvrir.

Une fois de plus, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’une des sœurs Brontë, bien que ce livre soit assez différent de mes lectures précédentes. Pas de fantastique ou d’influences gothiques par exemple, aucun mystère et une histoire qui semble à première vue un peu moralisatrice, avec des personnages assez manichéens – à l’exception peut-être de Miss Murray, parfois plus touchante malgré son grand égoïsme. Anne est un paragon de vertu et je dois avouer que sa morale irréprochable de fille de pasteur a parfois un petit côté agaçant, y compris lorsqu’elle se dénigre de façon systématique dès qu’il s’agit de sa possible influence sur Mr Weston. Plus ou moins autobiographique, ce charmant roman d’amour avec l’héroïne la moins romantique qui soit peut cela dit passer un trop rapidement pour un texte un peu austère ou un roman pour fleurs bleues.

Regroupé avec les deux titres les plus connus de ses sœurs lors d’une première édition, Agnes Grey a été rapidement jugé un peu trop traditionnel et inférieur aux romans de ses aînées… tandis que Charlotte elle-même fait un portrait peu flatteur d’Anne, la décrivant comme une jeune fille effacée à qui il manque la fougue d’Emily (cf Dominique Jean). Et pourtant !

Outre des qualités de narration indéniables, la trame du récit très bien construite et un discours sur l’éducation peu ennuyeux car il parsème seulement l’histoire de remarques faisant écho à des scènes mémorables, ce roman est plus impertinent qu’il n’y paraît à première vue. De nombreux signes a priori discrets dénoncent avec sévérité la décadence et l’attitude peu élégante des « parvenus » - bien que les propriétaires terriens finissent également par en prendre eux aussi pour leur grade. Les allusions faites aux termes précieux et ridicules choisis par ses employeurs m’ont beaucoup amusée, meme si je dois avouer que sans les notes de mon édition j’aurais laissé passer un certain nombre de remarques très intéressantes.

Agnes Grey est peut-etre un roman a priori discret et effacé comme son personnage principal et, peut-etre, comme son auteur, si on songe à le comparer aux flamboyants et très romanesques Jane Eyre et Wuthering Heights. C’est cependant un roman passionnant qui, malgré un certain pragmatisme, s’appuie au fond sur une très belle histoire d’amour et des personnages attachants ou détestables qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent. L’écriture, très soignée et travaillée, plutôt sèche et précise, est très agréable. J’aurais tendance à penser que ce livre s’adresse plus à un public féminin.

Lilly et Romanza ont elles aussi beaucoup aimé. Et l'avis de Malice, plutôt positif lui aussi.

298 p (chez Gallimard, collection l’Imaginaire)

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Anne Brontë, Agnes Grey, 1847

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06/02/2009

Une drôle de famille !

BD Blaise.JPGLa couverture ne fait pas franchement rêver et, vu que j’ai tendance à privilégier les bandes dessinées historiques ou certains dessins pour le moins différents, je n’aurais peut-être jamais découvert Blaise s’il ne m’avait pas été envoyé par les éditions Glénat. Et heureusement que je bouscule de temps en temps mes habitudes de lecture car voilà un album que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, que je relirai sans aucun doute et dont j’ai déjà commencé à parler autour de moi… c’est dire si je l’ai trouvé sympathique.

 

Quoique. Car sympathique n’est pas vraiment le mot le plus approprié ! Blaise, c’est le petit Blaise aussi charmant (ironique) et apathique (objectif) qu’en couverture. C’est aussi ses parents, leurs collègues de travail, sa mémé, un Président-dictateur et l’idole des jeunes, Dabi Doubane. A travers des sketchs d’une page, ce sont tous les travers de la société contemporaine qui sont dépeints. Et tout le monde en prend pour son grade ! Humour vache et cynique, parfois très provocateur (« maman je peux voir le porno ce soir à la télé ? » peut-être, mais tout dépend de l’heure car le petit a école demain), toujours est-il que le lecteur s’amuse aux dépens de personnages au comportement souvent absurde mais aussi parfois franchement réaliste. Heures sup’ à n’en plus finir, petites hypocrisies, regard de l’autre, société de (sur)consommation, voilà les thèmes de prédilection d’un auteur qui aime visiblement mettre les pieds dans le plat !

 

Enfin le format est intéressant en lui-même. Photomontage avec des couleurs retravaillées et des visages en noir et blanc aux traits peu mobiles insérés dans un décor très coloré, le graphisme est étonnant, mélangeant complètement photo d’origine et dessin. Avec un côté très kitsch, cet album très travaillé a petit côté pop art décalé qui m’a bien plu.

 

Voilà un album original à ne pas bouder !

 

Merci beaucoup aux éditions Glénat et à Sonia Ribeiro pour cette découverte !

 

64 p

 

Blaise, 2009

04/02/2009

Who're U gonna call ? Ghostbusters !

bonnet_bibliothèques pleines de fantomes.jpgJe suis de mauvaise humeur et il y a de quoi ! Pourquoi faut-il que je laisse traîner des livres lus pendant des mois avant de me décider à en parler sur ce blog ? Vous me direz peut-être que je pourrais tout aussi bien jeter l’éponge et renoncer à faire un billet sur ces lectures fantômes, mais alors c’est mon blog qui s’insurgerait avec raison, hautetfort qui se rebellerait, mon clavier qui craquerait mais  résisterait sous mes tentatives acharnées… car bizarrement, les quelques chroniques qui traînent depuis des mois correspondent à de très agréables lectures (de toute façon il y a un Henry James dedans, comment le snober ?).

 

Me voilà donc en train de feuilleter Des Bibliothèques pleines de fantômes de Jacques Bonnet… heureusement, j’avais noté certains passages, ce qui devrait me donner quelques pistes pour un billet qui s’annonce franchement laborieux !

 

Tout commence avec l’amour de la lecture – soupirs et pâmoison ! Car Jacques Bonnet fait rapidement la différence entre deux spécimens différents : le bibliomane qui collectionne l’objet livre, et le lecteur devenu bibliomane en lisant et en conservant une trace de toutes ses lectures. « La lecture démultiplie notre réalité forcément limitée, et nous permet de pénétrer les époques éloignées, les coutumes étrangères, les cœurs, les esprits, les motivations humaines, etc.  (…) La liberté se trouvait à portée de main (…). Il a suffi d’adjoindre à cette curiosité infinie un certain esprit de système poussant à lire tous les livres d’un écrivain, puis les livres sur lui, puis ceux d’un autre écrivain, et aussi tous les ouvrages consacrés à un sujet et la littérature d’une certaine époque, ou d’un pays, et de vouloir, au fur et à mesure,  conserver les livres lus (…), et avec le temps d’accumuler les sujets d’intérêts, pour devenir un lecteur-bibliomane. » p 35-36

 

Le lecteur-bibliomane est en quelque sorte condamné d’avance, comme l’indique cet extrait de La Maison en papier de Carlos María Domínguez (roman évoqué à plusieurs reprises) : « Les livres avancent dans la maison, silencieux, innocents. Je ne parviens pas à les arrêter » p 26-27.

 

Ce livre est avant tout celui du lecteur qui, par amour des livres, peut devenir bibliomane, accumuler et se retrouver confronté à une bibliothèque parfois immense qu’il devra gérer. Les grands bibliomanes, les lecteurs vraiment envahis se retrouveront dans le cas de celui qui finit par se poser des questions métaphysiques pour classer ses milliers de titres. Période ? Ordre Alphabétique ? Collection ? Esthétique ? Thématique ? Date de parution ?

 

On se retrouve dans les cheminements du lecteur qui, parfois rappellent notre propre expérience. Par exemple, en ce qui me concerne, le rejet des lectures obligatoires (non pas scolaires mais ces livres dont on me rabattait les oreilles en en faisant des livres qu’il fallait avoir lus) et la découverte tardive de certains grands classiques. Paradoxalement je me rends compte aujourd’hui que je prends de plus en plus de plaisir à redécouvrir la littérature française du XIXe après avoir passé un certain temps à me plonger dans la littérature victorienne, ayant eu envie de retrouver les Français afin de faire des ponts entre des auteurs écrivant à la même époque, sur Londres ou Paris par exemple.

 

Le livre regorge d’exemples de bibliomanes et tente parfois de répondre à cette question : comment en sont-ils arrivés là (et comment mourir écrasé sous sa PAL ? c’est une question qui me taraude !) ? Il rappelle aussi la grande part d’irrationalité chez le lecteur-bibliomane qui conserve des livres qu’il ne relira jamais ; ou encore cette façon d’offrir un livre lu, apprécié, mais dont on ne garde qu’une vague impression.

 

C’est un bel hommage à la lecture, car l’auteur rappelle qu’un livre ne prend corps qu’une fois ouvert. Prenez un titre au hasard, peut-être le connaissez-vous « de nom », peut-être pas. Quoi qu’il en soit il n’a jusqu’ici aucune consistance à vos yeux. C’est tout au plus une ombre qui entoure le titre de quelques idées vagues. En l’ouvrant, c’est tout un monde qui s’offre à vous, des héros qui naissent, une histoire bien matérielle pour vous. Et, jusqu’à un certain point, des personnages et une vie imaginaire plus réels que le monde qui vous entoure. En quelque sorte, tous les livres se ressemblent sur leurs étagères avant d’être ouverts, à l’image de « coffres de banque ». Lire c’est en quelque sorte conquérir, un univers, un auteur, un savoir, et peut-être, voilà en tout cas mon avis, se découvrir soi-même.

 

J’ai été plus séduite par la première partie du livre, sans doute plus proche de mes centres d’intérêt et de l’idée que je me faisais du livre. Quelques chapitres me semblent passablement ennuyeux, à l’exemple de « Lire les images », qui évoque la partie livres d’art de la bibliothèque de l’auteur et qui rentre dans des détails et des considérations personnelles tels que le monologue sonne un peu creux – du moins n’a-t-il pas trouvé de résonance en moi. Le débat sur Internet est aussi évoqué et les arguments de l’auteur me semblent moyennement convaincants (les livres seraient-ils réellement menacés par le numérique ? comme beaucoup de lecteurs, je suis convaincue que non – je me demande d’ailleurs si les plus optimistes ne sont pas justement des générations plus habituées à se confronter au numérique et donc plus tentées de relativiser son impact sur le cours des choses).

 

C’est un livre que je garderai justement précieusement dans ma bibliothèque. Je relirai certains chapitres avec plaisir, m’y reconnaissant et m’amusant devant les péripéties de lecteurs envahis eux aussi par leur monstrueuse bibliothèque. Les ouvrages cités et les pistes de lectures ne manquent pas non plus. Les propos parfois trop généralistes ou au contraire, trop personnels des derniers chapitres m’ont un peu déçue mais le plaisir que j’ai éprouvé en lisant le début compense largement ce petit inconvénient. Un livre lui aussi chaudement recommandé aux LCA !

 

Et pour finir une phrase en particulier :

 

« C’est avec L’Ecume des Jours que, vers quinze ans, (…) je découvris que les romans pouvaient être plus qu’une histoire pouvant faire rêver et que le mot de « littérature » commença à prendre du sens. » (p25)

 

D'autres avis : Cléanthe, qui a aussi succombé au titre et Leiloona, qui conclut son billet sur un épisode Twilight Zone à ne pas manquer !

 

143 p

 

Jacques Bonnet, Des Bibliothèques pleines de fantômes, 2008

03/02/2009

Musique du Diable

fermine_violon noir.jpgAu XVIIIe, un jeune prodige devient violoniste de renom avant de se retirer de la scène pour se consacrer à son art et composer. Mais Napoléon et ses désirs de conquête conduisent Johannes Karelsky devenu simple soldat en Italie puis à Venise. Hanté par une voix céleste qui l’aurait sauvé de la mort sur le champ de bataille, Karelsky découvre que le Vénitien chez qui il est logé a lui aussi été poursuivi par le souvenir d’une femme à la voix enchanteresse. Au point de concevoir un violon à l’image de la Vénitienne, un violon qui semble depuis porteur d’une malédiction. Chaque soir, au cours de parties d’échecs, les deux hommes communient à travers leur amour pour la musique.

 

Texte court et très poétique au style épuré, Le Violon Noir rappelle Faust ou encore Le Joueur d’Echecs et la folie inhérente à ce jeu. La construction du récit, avec une histoire au sein de l’histoire, est classique mais bien articulée, les péripéties vécues par les deux personnages ayant finalement une importance égale, le tout s’achevant à la manière d’un conte. Le fantastique est de mise, avec cette âme qui peut être emprisonnée dans un objet, tandis que les meilleures intentions ont finalement des conséquences très malsaines, la frontière entre le divin et l’infernal n’étant finalement pas évidente.

 

Un joli tour littéraire qui fait passer au lecteur et aux mélomanes un excellent moment.

 

Merci encore à mon amie de looooongue date Hilde, qui m’a offert ce livre à Noël.

 

127 p

Maxence Fermine, Le Violon Noir, 1999