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28/01/2009

Trick or Treat

glaister_halloween.JPGParmi les temples de perdition qui voient souvent défiler Miss Lou, il est une enseigne bleue en haut du Boulevard Saint-Michel dont les dangers égalent au moins ceux du fameux temple dans lequel Indiana Jones brava un jour pièges et vieux squelettes avec aplomb. Cet endroit a une fâcheuse tendance à brader à 1€ d’excellents livres et, depuis qu’elle a repéré cette stratégie sournoise, Miss Lou sait que la meilleure solution est d’éviter le plus souvent possible le quartier latin. Mais il est bien sûr des moments d’égarement. Dont un qui a entraîné la découverte de Halloween de Lesley Glaister, occasion « rouge » au titre assez intrigant pour que, résumé et prix confondus, votre chroniqueuse dévouée glisse (comme par inadvertance) ledit objet dans une PAL déjà frémissante (pendant que beaucoup d’autres livres alentours semblaient sautiller et lui dire « moi ! moi ! moi ! »).

Vous l’avez déjà constaté, la couverture est moche, disons-le franchement. Oui mais « de vieux souvenirs reviennent à la surface, et un drame s’aiguise, une farce funèbre se prépare dans l’ombre des gestes de chaque jour. »

Lesley Glaister était jusque-là une illustre inconnue pour moi. Figurez-vous qu’après avoir dévoré son Halloween, j’ai découvert qu’elle a publié de nombreux titres dont un couronné par le Sommerset Maugham Award. Ouf ! Je vais encore pouvoir me régaler !

Ici il est question de voisins dont les destins s’entrecroisent. Là-bas, cette énorme vieille dame, statue impressionnante aux lèvres moustachues couvertes de caramel, c’est Olive. A son côté, le vieillard frêle qui la soutient, c’est Arthur, son compagnon. Tous deux sont d’anciens militants et croquaient la vie à pleines dents. Il faut dire qu’à l’époque ils étaient bien différents, un brin fous et superbes tous deux.

Derrière eux, cachée par l’imposante Olive se tient Nell. Boucles impeccables, tenue soignée, un seau d’eau javellisée à la main, voilà l’ancienne rivale d’Olive : voisines, fausses amies, toujours en compétition. Aujourd’hui Nell est bien plus en forme, même si elle doit supporter le retour de son grand balourd de fils, sorti de prison récemment et parlant de lui à la troisième personne.

Au fond, dans une maison isolée, un type peu recommandable qu’on ne voit pas bien mais qui nous observe à travers ses rideaux tirés.

Et là, un peu débordés par l’organisation de la soirée de Guy Fawkes, Petra, Tom et les enfants s’agitent dans un remue-ménage insupportable, vous dirait Nell. Les petits ont de drôles de noms mais, Olive le sait bien, c’est la mode : Buffy, Bob et Loup. Ajoutons le chaton Rien, le chat Mao (à la peau translucide et sans le moindre poil) et le chien Kropotkine (Potkins), et nous aurons dressé le tableau de cette galerie de personnages pour le moins loufoque.

Tout commence à Halloween où l’on découvre les personnages, entre les enfants qui vont réclamer des bonbons et les voisins âgés qui se terrent dans leur maison la peur au ventre. Au fil des jours, Petra et sa famille font la connaissance des deux maisons qui les entourent : celle de Nell et celle d’Olive et Arthur. L’histoire prend fin après la soirée de Guy Fawkes. Entre-temps des amitiés se créent, de vieilles rancoeurs ressurgissent, certains démons ressortent de leur placard, une menace pèse et le passé des plus vieux est plus ou moins révélé. La tendresse et la mesquinerie ne sont pas loin non plus.

Voilà une histoire émouvante, parfois cruelle, souvent drôle, dans laquelle les personnages révèlent leurs faiblesses et où il est difficile de ne pas s’attacher un peu aux uns et aux autres, quels que soient les conflits qui les opposent. A cela s'ajoute un brin de suspense, avec le doute qui plane sur le retour du fils de Nell, dont je ne dévoilerai pas les penchants. Il s'agit presque d'un huis clos où la psychologie des personnages transparaît peu à peu à travers les petites manies, sous la plume d’une marionnettiste qui manie parfaitement les ficelles de son art. Précisons maintenant que le décor est profondément britannique (ces héros qui ne mangent presque que des sandwiches en buvant du thé, ça m’a rappelé des souvenirs…) et vous comprendrez mon petit coup de cœur !

Voilà un véritable page-turner, charmant bien qu’un peu sombre, un livre qui devrait notamment plaire aux amateurs de littérature anglo-saxonne et aux lecteurs de Kate Atkinson – j’ai retrouvé sa manière de mettre en scène les personnages. En ce qui me concerne, quiconque tentait de me détourner de ce roman risquait d’être rapidement écharpé. Le message est passé et me voilà ravie de cette rapide lecture et surtout prête à replonger dans un nouveau Lesley Glaister ! Chaudement recommandé !!

Ici on parle de son livre Partial Eclipse et de Soleil de Plomb. Là, on a aimé C’est la curiosité qui tue les chats (encore une couverture bien ratée).

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233 p

Lesley Glaister, Halloween, 1991

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25/01/2009

La philosophie hors du boudoir

une education libertine.jpgC’est avec soulagement que je viens de terminer Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo, reçu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio. Avec cette entrée en matière un peu brutale, il vaut mieux préciser que je souhaitais vivement découvrir ce roman et que je ne regrette pas du tout ma lecture, malgré un accouchement pour le moins douloureux.

Une éducation libertine rappelle bon nombre de classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mettant en scène un jeune homme prêt à tout pour conquérir sa place dans la haute société. Parti de rien, Gaspard a quitté Quimper et la ferme familiale pour Paris : de la Seine à l’atelier d’un perruquier, des bordels aux meilleurs salons parisiens, il gravit rapidement les échelons de la société.

Il rencontre tout au long de son parcours plusieurs personnages qui joueront un rôle clef, influençant sa réussite ou déterminant les changements qui s’opèrent en lui. Parmi eux: Lucas, qui lui trouve un premier métier ; Billod, maître perruquier émoustillé par le jeune provincial ; le comte de V., amoral et qui, sans avoir la prestance d’un Valmont, est le personnage qui m’a le plus séduite ; Emma, la prostituée au grand cœur ; les d’Annovres, sans autre intérêt que leur fortune et leur cercle d’habitués ; Adeline, leur fille, qui devine l’imposture de Gaspard ; enfin le baron de Raynaud, décati mais plein d’ardeur.

D’abord un peu trop simple, trop grossier pour le raffinement de la vie qu’il ambitionne, Gaspard apprend l’art et la manière de s’exprimer et de se comporter en société. Il découvre à ses dépens que les hommes ne sont pas toujours fiables et, avant d’atteindre son but, passe à plusieurs reprises de l’espoir à la déchéance avant de décider de prendre son destin en main.

Personnage ambitieux, Gaspard évoque Rastignac, dans un roman aux influences littéraires multiples – et lorsqu’il n’y a peut-être pas de rapport direct, on peut malgré tout faire quelques rapprochements : Balzac, mais aussi Maupassant et son Bel-Ami ; Zola avec l’expression récurrente « ventre de Paris » et des scènes évoquant les parvenus des Rougon-Macquart ; Le Parfum de Süskind, notamment avec l’introduction de Paris, personnage à part entière, ville monstrueuse, bassement humaine, éructant, exhalant un remugle immonde ; évidemment Laclos et Sade, dont les Infortunes sont vendues sous le manteau, tandis que le comte Etienne de V. semble issu d’un accouplement sulfureux entre Valmont et Dolmancé. J’ai aussi pensé à Ambre, l’héroïne du roman éponyme de Katrin Winsor qui évoque la détermination d’une jeune campagnarde prête à tout pour conquérir titre et fortune dans l’Angleterre de Charles II. Peut-être y a-t-il également dans ce roman une influence de Jean Teulé, d’après ce que j’ai pu lire de son récit sur François Villon.

J’ai beaucoup apprécié l’aspect ambitieux de ce texte à l’écriture soignée, au langage savamment travaillé, au vocabulaire assez riche (malgré un champ lexical du corps et de ses sécrétions peut-être trop récurrent), aux métaphores nombreuses. C’est un roman fleuve comme on en trouve finalement assez peu aujourd’hui dans la littérature française – du moins c’est mon impression. Moins de poésie, d’introspection. Plus de narration, dans la tradition des grands classiques. J’ai vraiment savouré ce choix qui confère un caractère assez inédit à ce roman. A noter que quelques personnages évoluent en marge du récit, le temps de quelques pages. Ce focus sur d’autres habitants de la capitale tentaculaire suscite la curiosité du lecteur et relance parfois l’action en observant la scène sous un angle inattendu.

Pourtant je ne suis pas totalement convaincue : Une éducation libertine rappelle énormément Le Parfum par son introduction (voire même en général, par le caractère vampirique et autodestructeur de Gaspard). Il peine à s’affranchir de ses nombreuses influences. Les personnages sont à mon avis un peu stéréotypés et ont pour beaucoup un petit air de déjà vu. Antipathique au possible, Gaspard m’a fait mourir d’ennui avant de jouer les arrivistes. Et c’est au final cette première partie (environ 200 p) que j’ai trouvée très longue, en particulier lors de l’apprentissage de Gaspard et de sa relation avec Etienne, avec des descriptions qui me semblaient redondantes et un héros qui ramait, brassait de l’air mais n’avançait certainement pas. Plus séduite par d’autres personnages que l’on ne connaît que superficiellement, j’ai mis trop de temps à m’intéresser au destin de Gaspard, malgré une deuxième partie lue d’une traite et vraiment appréciée (à part les descriptions de la chair mutilée du héros, qui m’ont finalement donné la nausée – mais cela ne m’était jamais arrivé lors d’une lecture et doit très certainement compter parmi les réussites du roman).

J’attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore.

Merci beaucoup à Gallimard et à Guillaume Teisseire, chef d’orchestre organisé et toujours très sympathique !

Le site de l'auteur.

D'autres avis : Lau, Ys, Flora, Laurent, Le Vampire Ré'Actif, Manu néo-libraire, Cali Rise, Site En Marge, Nibelheim, Ameleia (allez voir chez elle ce qu'est une opération commando - réussie - à la FNAC), Delph, la page de Babelio, Titine et Lucile.

434 p

Jean-Baptiste del Amo, Une éducation libertine, 2008

20/01/2009

God Bless the Queen

bennett_uncommon reader.jpgLorsque j’ai repéré ce livre, j’ai immédiatement su qu’il fallait que je le lise... après un petit saut rue de Rivoli (librairie sympa, vendeuse – libraire ? ce jour-ci très souriante, mais qu’est-ce que c’est cher !), j’ai dû attendre jusqu’au lendemain pour lire, non, pour dévorer ce court roman en un rien de temps.

Vous aimez lire ? Vous aimez l’Angleterre ? Sa Majesté vous amuse avec ses sublimes tenues rose fushia et ses chapeaux ultra glamour ? N’hésitez plus, mes amis, jetez-vous à votre tour sur The Uncommon Reader d’Alan Bennett, débranchez le téléphone, dites à vos amis que vous êtes malades, préparez-vous un bon thé… and enjoy !

Un peu par hasard, la Reine découvre une librairie ambulante aux portes de son palais (ou devrais-je dire, de ses cuisines). Se sentant obligée d’emprunter un livre, elle fait une première tentative… ratée, avant de découvrir Nancy Mitford. C’est la révélation, le début de la fin, sa Majesté aime lire et comme toute Lectrice Compulsive Anonyme qui se respecte, la reine n’a bientôt plus qu’une idée en tête : lire ! Et que dire de l’âge avancé auquel elle se met enfin à découvrir les joies de la lecture ? Tant de retard à rattraper ! Tant d’auteurs rencontrés par le passé sans avoir un mot à leur dire !

« E.M. Forster figured in the book, with whom she remembered spending an awkward half-hour when she invested him with the CH. Mouse-like and shy, he had said little and in such a small voice she had found him almost impossible to communicate with. Still, he was a bit of a dark horse. Sitting there with his hands pressed together like something out of Alice in Wonderland, he gave no hint of what he was thinking, and so she was pleasantly surprised to find on reading his biography that he had said afterwards that had she been a boy he would have fallen in love with her. »(p20-21)

Guidée par Norman, un ex-plongeur propulsé des cuisines au staff rapproché de la Couronne, Elisabeth II découvre pêle-mêle (et là j’ai fait une liste à peu près exhaustive) :

Ivy Crampton-Burnett, Ackerley (My Dog Tulip), E.M. Forster, Masefield, Walter de la Mare, Rose Tremain, Ishiguro, Beckett, Nabokov, Philip Roth, Mary Renault, Denton Welch, Isherwood, Balzac, Tourgueniev, Fielding, Conrad, Jane Austen, Dostoievski, TS Eliot, Priestley, Philip Larkin, Ted Hughes, Robert Frost, James Tait Black, Ian McEwan, A.S. Byatt,  Dylan Thomas, John Cowper Powys, Jan Morris, Kilvert, Vikram Seth, Salman Rushdie, Sylvia Plath, Lauren Bacall (Memoirs), Winifred Holtby, Henry James, Dr Johnson, Genet, Pepys, Alice Munro, Dickens, Virginia Woolf, Thackeray, George Eliot, The Brontës et Proust, sa nouvelle marotte.

Ah ! Tous ces auteurs, ça fait rêver n’est-ce pas ? Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une lectrice pas comme les autres, et que ses lectures sont loin d’enchanter un premier ministre et un secrétaire qui n’ont plus l’attention de la reine, sans parler du manque d’enthousiasme évident de notre héroïne lorsqu’il s’agit d’inaugurer une cantine ou de baptiser un bateau. Ainsi, durant ses tournées, la Reine ne demande plus à ses sujets s’ils ont fait bonne route et autres lieux communs. Elle s’interroge plutôt sur leurs lectures ! Après un vent de panique, les assistants prennent l’habitude de briefer en amont les personnes qui rencontreront la Reine :

At this most people looked blank (and sometimes panic-stricken) but, nothing daunted, the equerries came up with a list of suggestions. Though this meant that the Queen came away with a disproportionate notion of the popularity of Andy McNab and the near universal affection for Joanna Trollope, no matter ; at least embarrassment had been avoided. And once the answers had been supplied the audiences were back on track and finished on the dot as they used to do, the only hold-ups when, as seldom, one of her subjects confessed a fondness for Virginia Woolf or Dickens, both of which provoked a lively (and lengthy) discussion. There were many who hoped for a similar meeting of minds by saying they were reading Harry Potter, but to this the Queen (...) invariably said briskly, “Yes. One is saving that for a rainy day” and passed swiftly on. (p42-43)

Parmi les changements de comportement qu’a entraînés la découverte des joies de la lecture, notons simplement qu’Elisabeth II applique une nouvelle technique depuis son carrosse :

She’d got quite good at reading and waving, the trick being to keep the book below the level of the window and to keep focused on it and not on the crowds. (...) the Duke waving viciously from his side. (p32-33)

Au final, les conséquences sont désastreuses :

The equerry, with whom she’d never shared such confidences before and who ought to have been flattered, simply felt awkward and embarrassed. (...) And whereas the Queen herself thought that such feelings probably arose out of her reading books, the young man felt it might be that she was beginning  to show her age. Thus it was that the dawn of sensibility was mistaken for the onset of senility. (p 80-81)

Ce livre est un vrai rayon de soleil en ce mois de janvier bien gris et pluvieux. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre mais bien un pur moment de bonne humeur, à lire et à relire le sourire aux lèvres. Entre l’amanuensis (assistant littéraire) gay, le secrétaire « kiwi » qui n’aime pas qu’on le lui rappelle, l’ancien secrétaire qui s’endort pendant les entretiens au sommet, les responsables de la garde-robe traumatisés par la soudaine désinvolture de la reine, le Duc surpris d’entendre son épouse rire à voix haute alors qu’il passe devant sa chambre une bouillotte à la main, difficile de ne pas s’amuser ! Légèrement irrévérencieux, parfaitement British, ce livre parlant de lecture et de lecteurs devrait séduire beaucoup de LCA !

Livre repéré la semaine dernière chez Emeraude (grâce à qui j’ai évité de lire ce roman en français) et Yspaddaden. Et depuis, j'ai découvert le billet d'Amanda.

Et chez nos amis anglo-saxons : Marg, qui renvoie vers d'autres liens.

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121 p

Alan Bennett, The Uncommon Reader, 2007

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17/01/2009

Pâtés de sable

gunn_garcon et mer.jpgComment rater un bon gâteau ? C’est la question que je me pose à la lecture du roman de Kirsty Gunn Le garçon et la mer. Prenons donc la recette : les ingrédients rappellent Pluie, premier roman de toute beauté. L’adolescence et ses blessures, le rapport à l’eau, la multitude d’impressions et un crescendo dramatique que l’on pressent dès les premières pages. Est-ce la sauce qui n’était pas assez liée ? Le glaçage qui gâtait une pâtisserie jusque-là prometteuse ? Toujours est-il que je n’avais aucune envie de faire un billet mitigé sur Kirsty Gunn, d’autant plus que je n’ai lu que des critiques positives sur Le garçon et la mer et que je me demande pourquoi je suis la seule à être sceptique.

Ici il est question de Ward, que nous suivons au cours d’une journée déterminante pour lui. Il aime le surf, ne se sent pas à l’aise avec les jeunes de son âge, recherche la solitude et accepte avec difficulté de suivre l’exemple de son meilleur ami, qui vit pleinement son adolescence. Plus encore, le garçon est obsédé par le père adulé de tous qui lui a appris à surfer et semble l’ignorer royalement. S’il ne supporte pas de marcher dans l’ombre de son père, Ward est aussi gêné par les démonstrations de tendresse de sa mère et la complicité entre ses parents qui l’exclut de son foyer. Le rapport à la mère s’efface avec l’entrée en scène de la mer, presque incestueuse. Ou peut-être que la relation malsaine ne se limite pas au simple contact de l’eau ? L’ambiguïté n’est jamais vraiment levée.

« Allez viens »…

Et voilà son fils maintenant, là-bas au large, dans ses rêves il dérive au loin…

Un peu plus profond, dit la mer.

Il fait frais ici, il fait bon…

« Mais je ne veux pas ! »

Et la mer, elle commence à voir des trucs, souviens-toi…

L’un chancelant sur sa planche, l’autre debout et sûr de lui… « Allez viens maintenant ! Ne fais pas le bébé ! »

La femme sursaute dans son sommeil : « Je vous aime tous les deux ! »

Parce qu’un garçon, deux garçons…

Père ou fils…

Pour la mer ils reviennent au même.

Ils sont à moi…

Elle ouvre la bouche et tous les garçons s’y engouffrent en glissant.

Cet extrait me plait beaucoup mais pour être franche, je n’ai pas du tout retrouvé la poésie de Pluie. Les descriptions sont moins abouties, le style haché intéressant mais finalement moyennement agréable. On pense à La Baie de Katherine Mansfield (mais le charme n’est pas le même), avec ses familles se retrouvant à la plage, ses bains de soleil, ses souffrances et l’évocation d’une mer sublime. Un garçon torturé découvre les affres de l’adolescence, avec une histoire personnelle particulièrement douloureuse. Difficile de rester insensible, malgré tout je n’ai pas apprécié l’écriture cette fois-ci et, après avoir relu des extraits de Pluie, je continue de penser que Le garçon et la mer est malheureusement nettement moins réussi que cet autre roman de Kirsty Gunn. Je renouvellerai l’expérience malgré tout, sans doute en anglais pour éviter le biais de la traduction.

Beaucoup d’avis positifs, tous séduits par l’exercice de style de Kirsty Gunn : Louisa, qui parle d’un « texte oedipien » et d’un « récit court, haché, brutal » ; la Matricule des Anges ; Clarabel, qui évoque avec raison l’atmosphère accablante ; André Clavel pour Le Temps ; Julie Coutu pour Chronicart, rappelant la « longue litanie d’émotions, de silences intériorisés » ; Beaucoup de bruit pour rien ; Citrouille, librairies sorcières.

Mon billet sur Pluie.

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166 p

Kirsty Gunn, Le garçon et la mer, 2006

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14/01/2009

Oblomovons !

werbowski.jpgInspiré de l’Oblomov de Gontcharov (qu’il va me falloir enfin lire), L’Oblomova est un curieux récit dont la narratrice cherche à tout prix la tranquillité. Orpheline polonaise devenue traductrice, elle est désormais veuve d’Andrzej, un homme d’affaires fortuné nettement plus âgé qu’elle. Celui-ci lui ayant laissé sa fortune à condition qu’elle travaille, l’héroïne provoque un accident de voiture pour justifier l’utilisation d’un fauteuil roulant et simuler une maladie plus ou moins fictive.

Assez contemplatif (cela m’a d’ailleurs fait penser à une autre histoire de chat), ce livre a pour thème principal la paresse, qui se traduit par l’indolence, les petites manies, le quête de repos, la fuite des ennuis ou de toute activité non souhaitée par la narratrice. Un exemple amusant pourrait être celui-ci : « Le soir, j’ai commencé à lire le récit de Roald Dahl The Landlady. Ça m’a fait penser que je pourrais au fond, louer une chambre avec salle de bains : la maison est si grande et parfois, la nuit, je ne me sens pas à mon aise. » (p 32) L’indifférence apparente de la narratrice touche jusqu’à la trame du récit qu’elle est en train de lire, puisque l’histoire d’une tueuse en série empaillant ses locataires lui suggère un simple rapprochement avec sa condition actuelle de personne isolée ayant une chambre à louer. Le fait que cette lecture lui fasse penser à la location comme un pas vers la tranquillité est délicieusement ironique !

Ce personnage excentrique est obsédé par certains sujets, à commencer par les animaux, avec les chats Minou et Professeur Blum, que l’héroïne enchaîne dans son jardin pour les empêcher de s’aventurer sur la route… sans parler de ses dons à la SPA ou de ses impulsions protectrices. Les hommes font aussi partie des fixations de l’Oblomova : sensible au charme des hommes d’action canadiens, elle a un faible pour les pompiers ou les policiers, devant lesquels elle adopterait presque un comportement possessif. C’est peut-être la raison qui la pousse à enfermer dans la cave la grossière employée qui a remplacé le charmant jeune homme de la compagnie des eaux, qu’elle se faisait une joie d’accueillir pour la vérification du compteur. Cette scène un brin sadique illustre bien son rapport difficile aux personnes qui l’importunent – les femmes relevant visiblement toujours de cette deuxième catégorie.

La narratrice a une vision finalement assez cynique du Canada, qu’elle oppose à plusieurs reprises à l’Europe qui, outre quelques souvenirs de l’orphelinat, est aussi décrite comme une terre plus personnelle, comme lorsqu’elle évoque brièvement les cimetières entretenus par les proches dans un cas, par une entreprise dans l’autre.

« L’automne canadien, c’est une explosion de toutes les couleurs impressionnistes possibles. Le jaune, on dirait l’œuf d’or du conte russe. Le bronze discret et le rouge agressif se fondent en une couleur de vin séculaire, bordeaux ou sang de taureau, un extraordinaire arc-en-ciel fixé dans ce feuillage. Un miracle de la nature. » (p41)

Les saisons passent, et la narratrice est fascinée par l’hiver, qui lui permet de garder ses chats auprès d’elle et de rester au lit à paresser. Toujours avec la crainte d’être dérangée dans son havre de paix. « Une chose doit arriver, quelqu’un viendra. Et puis, ce soulagement : personne ne viendra, rien ne se passera. » (p13)

La mélancolie finit par aboutir à une autre obsession : celle du suicide, en particulier en faisant référence à des personnalités mortes de cette façon comme Romain Gary. Cet acte que la narratrice envisage de commettre pour enfin goûter au grand sommeil est abordé avec détachement, indifférence, passivité. Enfin, le destin frappe à sa porte, ponctuant joliment ce récit où le temps échappe à celle qui cherche à contrôler toute sa vie… bien que le temps n’ait pas d’importance pour elle.

Emaillé de références littéraires et musicales, ce livre m’a vraiment plu. C’est un texte court mais, s’il évoque le laisser-aller et le temps qui semble filer entre nos doigts, il est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Les thèmes qu’il aborde sont nombreux et son Oblomova est moins satisfaite de son sort qu’elle ne le semble a priori. Ecrit simplement mais avec élégance, ce récit où il ne se passe apparemment rien est en fait si séduisant qu’on peine à s’en arracher avant la fin. Un texte très fin qui m’a fait un peu méditer mais qui surtout a été un moment exquis où, paresseuse, allongée sur mon lit, j’ai savouré ces quelques pages en éprouvant moi aussi un sentiment de volupté à ne « presque » rien faire…

Malice en parle aussi, ainsi que de deux autres textes publiés chez Actes Sud puis réédités par Les Allusifs récemment – j’en parlerai aussi prochainement car ils figurent dans ma PAL.

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47 p

Tecia Werbowski, L’Oblomova, 1997 pour la première parution en France

13/01/2009

Ella NO baila sola

baldes viperes.jpg J’ai découvert Horacio Castellanos Moya à la Maison de l’Amérique latine, grâce à Malice. Quelques jours plus tard, je l’ai revu lors du Festival America, alors que je passais et repassais auprès de ses stands par hasard, toujours chargée de livres et, après quelques échanges en espagnol :

 

1)  J’ai décidé que ce cher Horacio est un auteur décidément très sympa et plein d’humour ;

2) Je suis devenue la traductrice attitrée de Malice, qui a succombé à son bal des vipères avec raison (si la raison a quelque chose à voir avec les impulsions qui font et défont ce récit) ;

3) J’ai appris que plusieurs amies de l’auteur s’étaient fâchées après la publication d’un récit où les vipères, sensuelles et expressives, leur ressemblaient un peu trop. Il semblerait qu’elles n’avaient pas tort…

La littérature latino-américaine a un côté décoiffant. Qui s’y frotte s’y pique. C’est le cas avec Le Bal des Vipères, drôle de « road story » dans laquelle un jeune homme disparaît brutalement. On se souvient l’avoir vu discuter avec un SDF vivant dans sa voiture jaune, déglinguée, une ceinture en serpent à la taille et une bouteille de gnôle à portée de main. On est loin de se douter que le jeune sociologue au chômage s’est approprié l’improbable caisse. S’ensuit une virée étonnante à travers la ville, en compagnie de quatre vipères et d’un curieux chauffard qui sèment ensemble la terreur. Invasion de serpents ? Œuvre d’un psychopathe ? Approche du Jugement dernier ? Complot politique ? Sursaut des narcotrafiquants ? Les hypothèses vont bon train mais la police ne parvient pas à prévenir les attaques de serpents qui engendrent des mouvements de panique dans différents quartiers de la ville. Quant à la relation entre le conducteur et ses vipères, elle est on ne peut plus charnelle, à divers degrés !

Je n’étais pas certaine de survivre aux passages faisant référence aux vipères, ayant moi-même une peur bleue des serpents. Autant dire que Valentina, Carmela, Loli et Beti ressemblent étrangement à quatre femmes et, morsure à part, pourraient tout à fait faire oublier leur caractère ophidien.

La course poursuite rocambolesque est racontée tour à tour par les fuyards, les flics dépassés et une presse sur les dents. Points de vue divergents, hypothèses absurdes et décalage donnent plus de dynamisme à un récit déjà mouvementé. L’écriture est fluide, sympathique, le style parfois un peu gouailleur. Outre le conducteur de la vieille Chevrolet et ses quatre concubines de choc, quelques personnages importants: la journaliste ambitieuse, son supérieur aux émanations de bouche d’égout, le responsable de l’enquête et surtout un de ses subordonnés, à la voix aiguë pas crédible pour un sou. Enfin n’oublions pas la critique du pouvoir en place, avec un Président incompétent, lâche et franchement ridicule.

Beaucoup de second degré et d’humour dans ce récit décalé et original avec lequel je découvre enfin Les Allusifs (dont j’ai cela dit un certain nombre de livres en attente).

Ah oui : lors de la conférence à la Maison de l’Amérique latine, un problème de traduction intéressant a été soulevé. Le titre original est Baile con Serpientes (et non Serpenties, petite coquille dans mon édition). Problème : on dit « una » serpiente mais « un » serpent, ce qui est très fâcheux pour les quatre sirènes de notre anti-héros. D’où le passage au mot « vipères » en français.

D’autres avis à ne pas manquer : Malice, Caro[line], Mapero sur Lecture/Ecriture, Valedebaz et un texte intéressant que je viens de trouver en espagnol, de Leonor Abujatum.

Gangoueus a également parlé de la rencontre avec Horacio Castellanos Moya à la Maison de l’Amérique latine.

161 p

Horacio Castellanos Moya, Le Bal des Vipères, 2001

10/01/2009

Splendide

eglise.jpgAfrique du Sud, au fil du XXe siècle. Tout commence en 1990, quand des ossements sont déterrés et semblent être au cœur d’un secret qui unit Catherine, propriétaire blanche et Maria, la domestique noire, en réalité sa meilleure amie. Puis l’histoire revient en arrière, dévoilant les liens qui se sont tissés entre les deux femmes depuis leur enfance, leur histoire atypique et l’événement mystérieux qui les relit finalement à la macabre découverte faite sur leurs terres.

Que dire de ce texte que j’ai littéralement dévoré et qui est sans doute pour moi l’une des lectures les plus frappantes de ces dernières années ? L’Eglise des Pas perdus évite les nombreux écueils qui pourraient découler de l’histoire d’une amitié entre une blanche et une noire sous l’apartheid : pas de scènes toutes faites ni de passages larmoyants, mais bien au contraire, une relation décrite avec beaucoup de sensibilité. Bien qu’au cœur du récit, cette amitié n’est qu’un sujet parmi d’autres, dans ce roman où les thématiques sont nombreuses : drame familial, quête de soi et du « chez soi », amours impossibles ou voués à l’échec, trahison, haine, commérages et mesquineries du voisinage – lui aussi décrit de manière sobre, avec ses faiblesses mais aussi ses espoirs, ses doutes et ses souffrances. Ajoutons à cela l’alcool, qui plane comme une menace sur les personnages : ceux-ci, sans être vraiment alcooliques, semblent trouver naturellement réconfort dans une bouteille de vin ou de whisky qui les suit presque partout. La peinture, dans toute sa complexité et sa façon de transcender la réalité, est mise en concurrence avec les descriptions d’une nature superbe et omniprésente, qui procure aux personnages volupté et dangers. Car entre les sauts depuis les rochers et les baignades par temps d’orage, les héros semblent parfois chercher à se perdre en bravant la mort. Si la poésie est au rendez-vous dans les belles descriptions, un brin de fantastique vient couronner l’ensemble d’un vent mystérieux : dans l’Eglise des pas perdus, qui sont ces enfants dont les chuchotements et les mouvements ne sont perceptibles que de quelques-uns ? Peu exploité, cet élément un peu étonnant trouve son apogée dans les derniers paragraphes qui constituent une fin très originale – c’est peut-être la scène qui me marquera le plus.

Au final, je suis complètement tombée sous le charme de ce roman qui ne cède pas à la facilité. Le style sobre, la simplicité des descriptions, la trame de l’histoire très bien construite, la richesse des thématiques et des personnages m’ont vraiment conquise. Ce texte de toute beauté est pour moi une rencontre fracassante avec l’Afrique du Sud et me donne envie de sortir rapidement de ma bibliothèque Coetzee et Brink, qui attendaient leur tour depuis longtemps.

D'autres avis : Brize, Solenn, Amanda, Joëlle, Lorraine, Praline, Malice, Annie, Uncoindeblog, La Mer à Lire

Merci au Livre de Poche et à Elise Davaud pour cette nouvelle opération qui m’a permis de découvrir cet excellent roman !

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284 p

Rosamund Haden, L’Eglise des Pas Perdus, 2003

08/01/2009

I ain't afraid of no ghost

collins_dame en blanc.jpgPremière lecture loubookienne 2009, premier victorien !

De Wilkie Collins, j'avais commencé (difficilement) The Moonstone et lu Voie sans Issue, co-écrit avec l'immense Charles Dickens... mais peu convaincant. J'attendais néanmoins beaucoup de Collins, autre monstre sacré de la littérature victorienne, et je dois avouer que j'ai passé un très bon moment avec La Dame en Blanc.

Ayant décidé de faire face à de vieux démons et de plonger corps et âme dans le débat orageux qui oppose en France les partisans du fameux plan en trois parties à ceux du plan en deux parties (souvenez-vous de vos devoirs de philo, de français...), je vais faire ce billet en revenant à mes premiers pas dans le monde des plans pré-formatés. Ce sera donc thèse, antithèse, synthèse, ou, comme j'aimais les nommer il y a quelques années : oui, non, enfin peut-être.

 

Mais commençons par une rapide mise en situation : jeune professeur de dessin, Walter Hartright se rend dans le Cumberland pour enseigner son art à deux jeunes filles de la bonne société. Il tombe amoureux de Laura, la plus jolie des deux, puis découvre qu'elle est déjà fiancée à un baronnet, Sir Percival. Dépité, Walter part en Amérique latine pour une mission dangereuse qui doit l'éloigner de Laura.

Vous vous demandez peut-être qui est donc la Dame en Blanc ? Cet étrange personnage, une femme du nom de Anne Catherick, apparaît pour la première fois à Walter avant son séjour dans le Cumberland. Echappée d'un asile, la Dame en Blanc réapparaît quelques mois plus tard et cherche à persuader Laura Fairlie de renoncer à son mariage avec Sir Percival, qui serait un homme fourbe et dangereux. Peine perdue, Laura épouse le baronnet. Comme vous vous en doutez, la Dame en Blanc avait vraisemblablement raison de mettre en garde la jeune héroïne.

 

Pourquoi lire la Dame en Blanc ?

Si j'ai mis du temps à lire ce roman, c'est parce que je n'avais pas une minute à moi. Car autant le dire tout de suite, La Dame en Blanc est un bon roman à suspense, qui reprend toutes les ficelles du genre : multiples rebondissements, même minimes ; une galerie de personnages importante, composée notamment de traitres perfides très divertissants ; un grand mystère, avec cette Dame en Blanc fantomatique, peut-être folle ; des lieux énigmatiques, comme la vieille demeure de Sir Percival, qui comprend notamment une aile élisabéthaine abandonnée.

Certains personnages donnent une nouvelle dimension à l'histoire : « l'homme de la situation », Marian Halcombe, soeur aînée de Laura, gracieuse mais laide, dotée d'une volonté de fer et d'une grande intelligence. Sir Percival, un peu caricatural mais désarmant dans son rôle hypocrite de fiancé valeureux. Et que dire du Comte Fosco, ce « gros homme » séduisant, qui semble attacher beaucoup d'importance au bien-être des deux soeurs tout en tramant un sombre complot dans leur dos ? Attaché à ses canaris et à ses souris blanches, suivi d'une épouse fidèle et dévouée dont il se sert avec habileté, Fosco cache bien des secrets et mérite à lui seul la découverte de ce roman. Je vous recommande au passage le billet de Julien qui présente justement les personnages.

Et bien sûr, l'intérêt de ce roman repose largement sur l'alternance entre différents narrateurs : compte-rendu de l'un, journal de l'autre... les observateurs sont multiples et permettent de découvrir de nouveaux éléments, couvrant la plupart du temps des événements connus d'eux seuls – ce qui évite les répétitions multiples.

 

Mes réserves :

Un petit problème de fond, sans grande importance cela dit car on se laisse facilement prendre au jeu : l'histoire repose sur la ressemblance frappante entre Laura Fairlie et Anne Catherick, en théorie deux parfaites inconnues. Autant dire que malgré l'explication finale, difficile de trouver les hypothèses de base très crédibles.

Si toute l'histoire tourne autour de Laura Fairlie, c'est bien l'un des personnages les moins intéressants. Walter est lui aussi très agaçant dans son rôle de jeune premier vertueux et, évidemment, extrêmement courageux. Tous deux sont si parfaits et si transparents (en particulier Laura) qu'au final, ce qui leur arrive n'a pas grande importance. Une histoire tumultueuse entre la soeur de Laura, Marian, et le machiavélique Comte Fosco aurait été bien plus passionnante ! Et s'il ne sert à rien de ré-écrire un livre à sa sauce, disons simplement que ce qui arrive à tous les personnages secondaires a bien plus d'intérêt que les aventures de nos deux héros en pâte de guimauve.

Collins a beau être le maître du suspense, le rythme inégal du livre m'a un peu lassée vers la fin. Parfois tout s'enchaîne brutalement, un peu trop même. Et, puisque le complot est révélé au bout de 300 p environ, on se demande bien ce qui nous reste à découvrir dans les 200 dernières pages... quelques événements majeurs mais beaucoup de passages un peu longuets. La fin, qui permet d'établir la vérité sur Laura Fairlie devant tout le village, et qui s'achève par une acclamation de la demoiselle en question par tous les bons villageois présents, est parfaitement ridicule.

 

So what in the end ?

Un bon roman populaire, habilement mené, tenant le lecteur en haleine la plupart du temps. Ayant lu récemment Les Mystères de Morley Court, je trouve certaines ressemblances entre les deux romans, même si je préfère au final celui de Le Fanu. A noter que De Pierre et de Cendre / Set in Stone de Linda Newbery rend hommage à la Dame en Blanc et, si les deux livres n'ont pas grand-chose en commun, le plus récent est lui aussi fort sympathique.

J'ai trouvé ma lecture un peu longuette mais je pense que c'est plus dû au peu de temps que j'avais devant moi. J'ai dévoré de nombreux passages et compte bien poursuivre ma découverte de Wilkie Collins cette année.

 

Beaucoup d'avis dans le cadre du blogoclub de lecture (j'étais moi-même en retard, d'où le billet sur Anne Perry) : les liens sont chez Sylire ou Lisa.

Mais aussi : Lilly, déçue et Isil, qui se remet avec plaisir d'une première déception avec le même auteur.

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476 p

Wilkie Collins, La Dame en Blanc, 1860

 

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06/01/2009

Les « Lou Books » 2008

En ce début d’année, comme le veut la tradition, j’ai décidé de faire preuve d’une originalité folle en faisant un petit bilan de mes lectures en 2008, histoire de m’aider à suivre le droit chemin en 2009 avec tout un tas de bonnes résolutions que je risque bien entendu de ne pas tenir (mais c’est bien pour ça qu’existent les résolutions, non ?).

2008 en chiffres (parce qu’un peu de chiffres chez nous autres littéraires ça fait parfois du bien ;-)), c’est : 81 romans/novelles/recueils de nouvelles lus ; 1 livre d’art découvert, feuilleté et choyé ; 1 manga et 6 BD (presque toutes me laissent un excellent souvenir !).

nohant_ancre_reves.jpgUn changement notable cette année : j’avais dit vouloir découvrir un peu plus la littérature francophone actuelle. C’est chose faite, avec beaucoup de textes intéressants et quelques révélations, comme Les Maîtres de Glenmarkie (Jean-Pierre Ohl) ou Qui touche à mon corps je le tue (Valentine Goby) (mes deux Lou Books francophones – oui je sais, je triche !), lus à leur sortie il y a quelques mois ou encore Cécile Ladjali avec Les Vies d’Emily Pearl. J’ai envie de citer aussi Véronique Ovaldé et Antoine Laurain, dont les livres originaux m’ont vraiment séduite. Et parmi ces découvertes, j’ai craqué pour la couverture de L’Ancre des Rêves de Gaëlle Nohant.

 

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Et continuons avec les Lou Books !

Le Lou Book du meilleur moment anglo-saxon :

Les Mystères de Morley Court de Sheridan Le Fanu, dont je ne connaissais que Carmilla, très différent. Je pensais continuer avec du gothique et du sulfureux, je découvre avec étonnement un roman d’aventures tout aussi prometteur !

 

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Le Lou Book du livre le plus poétique :

Pluie de Kirsty Gunn, découvert grâce à Malice. Les descriptions de la nature sont de toute beauté et me poursuivent des mois après cette lecture.

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Le Lou Book du classique français le plus palpitant :

Mérimée, Chronique du règne de Charles IX

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Le Lou Book de ZE déception de l’année :

Chroniques de Mudfog de Charles Dickens (j’aurais pu citer l’un des deux livres ultra daubesques de mon année 2008, nettement pires que celui-ci, mais là, c’était un Dickens, il n’avait pas le droit de me décevoir, nah !)

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Le Lou Book de la meilleure surprise :

Franz Kafka et La Métamorphose (et non "L'Insecte"!!), que j’avais détesté au collège (peut-être que je ne l’avais pas fini) et que j’ai trouvé fascinant.

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Et au final, le Lou Book le plus difficile à attribuer,

Le Lou Book de l’année :

Kveta Legatova, La Belle de Joza. Superbe texte tchèque, à la fois symbolique et très bien écrit. Et une magnifique histoire d’amour.

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Ce qui conduit aux Résolutions 2009

- Lire plus de classiques, y compris des français !

- Revenir aux sources : 2009 sera anglo-saxonne !

- Me remettre à lire en espagnol et lire plus de textes en VO de façon générale (gros relâchement cette année, même si c’est aussi dû à mes lectures plus francophones).

AND MOST OF ALL

- Arrêter de prendre des résolutions !!

04/01/2009

Dans la famille irlandaise je demande la petite-fille

985454828.jpgIl y a des rencontres qui doivent à peu près tout au hasard. Celle de Miss Lou, petite LCA, et de La Visiteuse de Maeve Brennan fait partie de celles-là. Ayant découvert ce livre en farfouillant parmi les occasions à 1 € d'une librairie, je l'ai lu en quelques heures avant mon départ en vacances... une excellente entrée en matière pour la période de Noël.

Ayant récemment perdu sa mère, avec qui elle vivait à Paris, Anastasia revient en Irlande chez sa grand-mère paternelle, dans la maison de son enfance. S'attendant à pouvoir s'installer définitivement auprès de la seule famille qui lui reste, la jeune femme découvre qu'elle n'est pas la bienvenue et que son séjour ne saurait se prolonger au-delà d'une certaine durée.

Personnage a priori dur et amer, sa grand-mère ne parvient en effet pas à lui pardonner le fait d'avoir suivi sa mère lorsque celle-ci avait déserté le foyer conjugal, pas plus que son absence lors du décès de son père quelques années plus tard. Privée de son enfant unique, la grand-mère peine à faire son deuil et rend Anastasia largement responsable du malheur qui s'est abattu sur sa famille.

En parallèle, une autre femme au destin bien triste intervient à l'occasion dans la vie d'Anastasia et de la grand-mère. Cette femme âgée, Mlle Kilbride, vit seule après la mort d'une mère despote. Souffrant d'un amour de jeunesse jamais oublié, cette vieille fille est l'incarnation de la solitude dans ce qu'elle a de plus dégradant : ridicule avec sa perruque noire, Mlle Kilbride vit dans l'attente d'une visite d'Anastasia, la seule à qui elle pourrait peut-être demander d'exaucer ses dernières volontés.

Sorte de huis clos à l'atmosphère pesante, ce roman semblerait particulièrement représentatif de l'oeuvre de Maeve Brennan, « trois notes (formant) un accord récurrent – la rancune dévorante, la nostalgie dévorante et le besoin d'amour dévorant ».* Difficile d'abandonner ce livre assez angoissant, triste et fait d'espoirs sans cesse contrariés. Devant la froideur de la grand-mère, on continue à attendre un sursaut d'amour, un changement d'attitude qu'un moment d'approbation et de complicité entre elle et Anastasia semble rendre possible. Les revirements d'humeur de même que le retour invariable du rejet peinent autant le lecteur que la jeune héroïne en quête d'un foyer. Mélancolique et hivernal, le cadre a ce charme britannique désuet qui accompagne si bien la narration que je trouve très poétique. La cruauté et la folie ne sont pas loin non plus et tout en attristant le lecteur par sa solitude si parfaite, Anastasia effraie aussi par ses impulsions et son comportement à de rares moments irrationnels. Cette intrusion de l'insolite gagne en intensité en raison du contexte par ailleurs réaliste.

C'est aussi un récit où les hommes sont totalement absents, où les femmes se battent pour le souvenir irréel d'une présence masculine, tâchant de contrôler le présent en se ré-appropriant la réalité afin de la façonner à leur envie.

Un livre délicat et sombre ainsi qu'un excellent roman psychologique !

 

J'apprécie beaucoup les Editions Joëlle Losfeld (aussi bien la ligne éditoriale que les dossiers complémentaires et les couvertures très réussies). J'espère qu'elles continueront à faire sortir Maeve Brennan de l'oubli dans les pays francophones.

*Note de l'éditeur

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93 p

Maeve Brennan, La Visiteuse, 1940's (milieu)

01/01/2009

Meurtre en rase campagne

anne perry,noel anne perry,noel,angleterre,polar historique,charlotte et thomas pitt,époque victorienneL'an dernier, j'avais découvert pour la première fois une cuvée Noël d'Anne Perry avec La Détective de Noël, court roman sans surprise, pas crédible pour un sou mais parfaitement approprié aux heures de repos imposées par la digestion de la traditionnelle dinde aux marrons.

J'ai récidivé cette année avec Le Secret de Noël : tout en s'abstenant de solliciter de manière excessive mes neurones, ce Christmas pudding un peu sombre (mais pas trop) est fort agréable. Anne Perry semble, quant à elle, presque au top de sa forme.

On retrouve Dominic Corde, l'ancien mari de Sarah, la soeur de Charlotte Pitt assassinée dans le premier tome d'une longue série... N'ayant pas lu l'ensemble des quelques vingt tomes en question, j'ai découvert que notre charmant Dominic était devenu pasteur – j'adore les revirements de situation chez Anne Perry, chez qui les pires grands-mères peuvent se transformer en mamies adorables et les séduisants maris volages en hommes d'église repentis. Bref, Dominic, remarié, s'installe pour quelques semaines dans un village pour remplacer le pasteur parti en vacances. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : l'ancien financier rentre du bois pour les vieilles gens, tient la main aux uns, réconforte les autres et angoisse à l'idée du sermon de Noël qu'il doit préparer. De son côté, sa tendre épouse issue d'une famille aisée coud, repasse, frotte, polit, cuisine... jusqu'au jour où, le charbon manquant, elle descend à la cave armée d'un sceau et découvre le cadavre du pasteur que son mari remplace. Mort accidentelle ? Meurtre ? Les Corde sont les seuls à défendre la deuxième théorie. Les voilà donc prêts à s'improviser détectives amateurs, au sein d'un village où bien évidemment, chacun a ses secrets.

Ce récit est servi par des personnages assez sympathiques, une histoire à peu près crédible et un tableau champêtre qui ravira les amateurs du genre et amusera les lecteurs prêts à se laisser prendre au jeu, malgré la tranquillité désarmante des polars à la Anne Perry. De la neige en ce paysage hivernal, du changement dans les personnages, un brin d'Angleterre et quelques repas britanniques... cela suffisait pour me faire passer un bon moment, en ce 25 décembre 2008 trop frais pour mettre un chat dehors !

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Ce billet, qui remplace La Dame en Blanc (en cours de lecture), correspond au thème du roman policier choisi par les organisatrices émérites du blogoclub de lecture. Le prochain thème (1er mars 2009) portera sur le Nobel de Littérature (en particulier Le Clézio).

 

Bilan de lecture à venir la semaine prochaine. Et en attendant, je vous souhaite à tous du fond du coeur une EXCELLENTE ANNEE 2009 !!

anne perry,noel anne perry,noel,angleterre,polar historique,charlotte et thomas pitt,époque victorienne 


187 p

Anne Perry, Le Secret de Noël, 2008