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30/12/2008

Cluedo à la victorienne

lefanu.jpgHappy blogueurs,

desde Barcelona je profite d'un petit moment libre pour mettre (un peu) à jour mon blog. J'espère que Noël a été agréable pour vous tous et que Santa Claus a réussi à porter sa besace pleine de livres sans trop pester contre les Lecteurs Compulsifs Anonymes que nous sommes, histoire de commencer 2009 avec une poussée de PAL incontrôlable !

Lu il y a dix jours, Comment ma cousine a été assassinée de Joseph Sheridan Le Fanu suivait la lecture des Mystères de Morley Court du même auteur, excellent roman d'aventures découvert pendant le swap victorien. Cet autre récit de Le Fanu reprend à peu près les mêmes ingrédients, dans une version courte et moins aboutie que je trouve néanmoins très agréable à lire.

Lady Margaret y raconte ce qui lui est arrivé à la mort de son père, il y a bien longtemps. Envoyée chez un oncle soupçonné de meurtre et banni de la haute société, Margaret découvre un homme affable qui semble justifier toute la confiance que son frère avait placé en lui en faisant de lui le tuteur et l'héritier de Margaret, si celle-ci venait à mourir sans enfant. Pourtant, lorsqu'elle rejette la demande en mariage de son cousin, l'attitude de l'oncle à son égard change brusquement. Aurait-il l'intention de la tuer ?

Avec quelques répétitions et une histoire assez prévisible (lorsque l'on sait que la cousine et l'héroïne dorment dans deux chambres voisines et que l'on lit le titre, le comment du pourquoi est facilement deviné), Comment ma cousine a été assassinée est un texte assez léger mais à mon avis approprié pour découvrir Le Fanu et divertissant pour ceux qui le connaissent déjà. Mille et Nuits, dont la couverture me plait énormément, a ajouté à cette nouvelle une postface sur l'oeuvre de Le Fanu, une courte biographie, quelques notes explicatives et une bibliographie. D'après ce qui est indiqué par l'éditeur, ce dossier complémentaire accompagne chaque livre de la collection ; celui-ci est en tout cas très intéressant. Sont notamment évoqués l'influence de Le Fanu sur les maîtres de la littérature fantastique et son rôle de « créateur » de la short story à l'anglo-saxonne.

On découvre également les étonnantes correspondances entre les différentes oeuvres de Le Fanu : éternel insatisfait, celui-ci retravaillait ses textes en les adaptant à de multiples reprises. Passage in the Secret of an Irish Countess (1838) a donc été transformé en The Murdered Cousin, nouvelle à l'origine de Uncle Silas.

Le dossier met aussi en avant les thèmes de prédilection de Le Fanu que l'on retrouve dans ce récit : l'enfermement, la noblesse terrienne hypocrite, le jeu des apparences et les affreuses machinations. Ces aspects sont aussi très présents dans Les Mystères de Morley Court et les points de comparaison entre les deux textes sont innombrables : la vieille propriété isolée et gothique dans les deux cas ; la soeur Mary ou la nièce Margaret finalement enfermées dans une chambre pour que d'horribles personnages mettent à exécution leurs plans machiavéliques ; le frère ou le cousin, aristocrate décadent brutal et mauvais ; l'oie blanche, incontournable ; le vieux propriétaire terrien faussement engageant lorsqu'il doit parvenir à ses fins, en réalité faux et abject ; la famille complotant contre la jeune femme effarouchée ; ou encore, les nouveaux domestiques remplaçant les fidèles adjuvants et servant de complices aux manipulateurs.

Fabuleuse pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Le Fanu, cette édition de Comment ma cousine a été assassinée devrait séduire beaucoup de Victoriens. Et, si le charme suranné et les ficèles assez grossières du récit peuvent rebuter quelques lecteurs, j'ai passé un excellent moment en compagnie de Le Fanu, que je retrouverai avec plaisir en 2009 !

3,5coeurs.jpg

 

 

80 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Comment ma cousine a été assassinée, 1851

22/12/2008

Clôture du swap

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Victoriens dans l’âme, que l’esprit de Noël soit avec vous !

Voilà une denière note pour clôturer le swap. Vous trouverez les liens vers les blogs de tous les participants. A l’heure où j’écris le billet il manque encore cinq billets, correspondant notamment à trois paquets encore dans la nature, mais confiés dans les délais avec moult espoirs à madame la poste. Partant demain matin je ne vais plus avoir accès à Internet pendant les prochains jours mais Cryssilda actualisera la liste sur son blog.

J’ai passé un temps fou à faire cette liste de liens, prenant le temps de lire chacune de vos notes et de laisser un petit commentaire afin de vous souhaiter de bonnes fêtes (sauf problème technique sur un ou deux blogs). D’où cette note un peu tardive !

La découverte des paquets a été un vrai bonheur pour Cryssilda et moi. Vous vous êtes beaucoup impliqués dans ce swap, le tout premier que nous organisons. Encore une fois, vos messages, votre enthousiasme et votre satisfaction a été une joie pour nous. Nos délires partagés sur la barbe de Wilkie, le duel féroce entre Dickens et Thackeray, les questions métaphysiques sur la reine de coeur d’un certain Lewis, l’innondation de Christmas pudding, de shortbreads, de thé et de lemon curd (un peu moins présent)... bref tous ces éléments highly British et définitivement victoriens ont comblé les Victorian lovers que nous sommes (rien de moins !). Le fait de partager notre passion pour le Royaume-Uni et l’époque victorienne en particulier a été une énorme récompense pour nous... et quand nous voyons quelques personnes découvrir cette époque et sa littérature avec curiosité et impatience, c’est encore plus passionnant ! Mais le plus gratifiant dans tout cela c’est de voir que globalement ce swap restera un chouette souvenir pour beaucoup d’entre vous !

Encore désolées pour les quelques participantes qui ressortent déçues de cette aventure... nous aurions vraiment aimé que ce swap soit un sans faute et nous espérons avoir fait notre possible pour répondre à vos interrogations.

Un grand merci et un grand bravo mesdames et monsieur !!

A titre personnel, encore merci à ma swappée et à ma swappeuse, toutes deux adorables !

And now

MERRY CHRISTMAS !

Alwenn

Armande

Betty

Capucine

Choupynette

Cryssilda

Edea

Emma

Erzébeth

Fashion

Hilde

Isabelle (sans blog)

Isil

Julliann

Jumy

Karine:)

Katell

Keltia

Laetitia la Liseuse

Lamalie

Lavinie

Léthée

Levraoueg

Lilly

Lou

Loula

Loulou

Lucie

Lune de Pluie

Madame Charlotte

Maijo

Malice

Manu

Marie

Milena

Mo

Nag

Nibelheim

Praline

Restling

Saxaoul

Séverine

Sylvie

Tiphanya et Flamel

Virginie

Wictoria

Like a virgin when your heart beats next to mine

guernalec levy_ amant inachevé.jpgJe n’aurais sans doute jamais découvert L’Amant inachevé sans Lilly et l’échange qu’elle a eu avec son auteur il y a quelques mois. Le sujet ne me tentait pas plus que ça mais, comme je suis de naturel curieux, j’ai été ravie quand elle a proposé de me le prêter. En feuilletant le livre comme je le fais souvent, je suis tombée à peu près uniquement sur des scènes érotiques très crues. Ce n’est pas franchement ma tasse de thé et ce n’est pas sans appréhension que j’ai abordé ce livre.

 

En intercalant des chapitres décalés dans le temps, Claire raconte à la première personne son initiation à la vie sexuelle par D. et sa vie sexuelle présente. Au collège, Claire découvre la sexualité avec D., dans une relation qui ne se veut pas ouvertement amoureuse. Aujourd’hui, juriste d’une trentaine d’années et mère de famille, Claire mène une vie a priori harmonieuse avec son mari, émaillée de-ci de-là par des sorties dans des clubs échangistes.

 

Simple roman érotique ? Pas vraiment. Pour moi, les descriptions détaillées qui frisent l’obsession suggèrent que D., plus qu’un partenaire idéalisé, est l’objet d’une fascination amoureuse. Cela expliquerait notamment pourquoi Claire se souvient de D. et non du garçon avec qui elle a perdu sa virginité l’année suivante.

 

Et puis il y a scène osée et scène osée. En lisant L’amant inachevé j’avais à l’esprit Glamorama (et American Psycho dans une moindre mesure) de Bret Easton Ellis où les scènes de sexe interminables n’apportent à mes yeux pas grand-chose au récit. OK, les générations américaines décadentes, la bisexualité… certes. Mais les scènes s’enlisent et une fois qu’on a compris les chemins et moyens empruntés par les protagonistes le phénomène de répétition finit par m’exaspérer. Ici, l’écriture est travaillée, c’est cru sans être bassement vulgaire et les scènes alimentent réellement l’histoire au lieu de la desservir en l’entrecoupant inutilement.

 

C’est aussi une autre histoire d’amour qui est évoquée, avec pudeur, ce qui l’a rendue plus émouvante pour moi. Car dans cette histoire il y a aussi ce mari qui, peut-être moins libertin qu’il n’y parait, accepte le ménage à trois et invite sa femme à rappeler D. pour de bien nobles raisons : pour qu’elle puisse s’épanouir mais aussi pour lui montrer qu’il lui fait confiance, afin de lui laisser l’espace de liberté dont elle a besoin et qu’elle pourrait être tentée de retrouver sans son accord. Pour moi, ce mari n’est pas si indifférent. Il est même jaloux mais accepte de s’effacer et de partager son épouse en espérant qu’ainsi il ne la perdra pas – car il a bien compris la nature de la relation entre D. et Claire.

 

Un roman intéressant et subtil à mon humble avis.

Merci à Lilly pour ce prêt. (Je te renvoie les livres dès mon retour en janvier)

141 p

Gaëlle Guernalec-Levy, L’amant inachevé, 2008

21/12/2008

Une drôle de maison

riel_maison des celibataires.jpgEtant tombée par hasard sur La maison des célibataires, j’ai décidé de profiter de ce court racontar pour découvrir Jørn Riel, dont je n’ai lu jusqu’ici que des critiques positives il me semble.

 

Cinq célibataires vivent depuis des années dans une maison abandonnée par des missionnaires. Le plus jeune d’entre eux travaille pour tous, ses camarades se la coulant douce dans la bicoque délabrée, laissant les jours filer en profitant de leur vie paisible – et buvant un petit coup de temps en temps. Un jour, une idée leur vient à l’esprit : que feront-ils de leur vieux os ? Kernatoq, le plus vaillant de ces bras cassés a une brillante idée : pourquoi n’épouserait-il pas la veuve Bandita qui possède une ferme, de vastes champs et de nombreux animaux ? D’abord horrifiés à cette idée – car la veuve aurait battu son premier époux à mort, les quatre célibataires plus âgés finissent par accepter de se rendre avec Kernatoq chez Bandita. Une fois le mariage organisé, ils vivront sans doute tous heureux, jusqu’à la fin des temps ou du moins, de leurs vieux jours. Pourtant, le projet est tout de même risqué. Et Kernatoq finirait par leur manquer. Il faudra donc trouver une autre solution, quitte à éconduire la fiancée aux bras spectaculaires.

 

Ce texte multiplie les absurdités, enchaîne les idées saugrenues, prend tout au pied de la lettre et s’amuse à tourner les logiques les plus implacables en cheminements totalement grotesques. Il avait donc tout pour me plaire mais je ressors un peu déçue de cette lecture. J’ai aimé le côté loufoque mais je suis restée insensible à l’humour de Riel. L’histoire se lit bien, rapidement. Ce petit livre présente par ailleurs une qualité essentielle : court, donc fin et peu encombrant, il a pu m’accompagner dans le métro, m’occupant l’esprit le temps de parcourir quelques stations. Format très pratique pour les transports et situations d’urgence donc, lecture divertissante mais à mon avis assez dispensable. Dommage, j’adorais l’ours et son grog en couverture. Je les laisse maintenant voyager vers d’autres horizons…

 

76 p

 

Jørn Riel, La maison des célibataires, 1979

20/12/2008

Colis d'Isabelle (sans blog)

Message d'Isabelle :

Qui, mais qui allait jouer le père Noël? Eh bien, deux personnes en une : Ursula-Tiphanya et Sylvain!
Pas facile pour eux, le choix des livres, apparemment, mais ils s'en sont superbement sortis.
"La reine Victoria" de Lytton Strachey, "Contes de la rose pourpre" de Michel Faber (j'ai lu la Rose pourpre et le lys, mais pas ce petit livre), "Le voyageur de Noël" de Anne Perry. Très victoriens...
Un petit livre de cuisine tout mignon "Brunch et lunch" de Héloïse Martel et une bougie que je mettrai sur ma table de Noël.
Deux puddings victoriens que je suis arrivée à garder pour régaler mes hommes à Noël et des petits gateaux faits maison qui ont déjà disparu.
Et puis, bien sûr, la touche personnelle avec un petit sac déjà employé et une jolie carte peints à la main.
Merci Sylvain et Tiphanya de m'avoir ainsi gâtée avant Noël.
Merci aux super organisatrices et à leurs petits mots réguliers.
Joyeuses fêtes victoriennes à tous.
Isabelle sans blog

Le tout en photo maintenant :

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Victorian Christmas Swap : here we are again!

Chers swappeurs et swappés,

Cher vous qui passez par ici,

TADAM !

 

Le grand jour est arrivé et nous allons enfin découvrir les paquets de tous les participants du Victorian Christmas Swap, ce qui est follement excitant pour Cryssilda et moi qui organisons là notre premier Swap.

Dans l’ensemble tout s’est parfaitement déroulé et je voudrais vraiment remercier les participantes et le participant pour leur incroyable spontanéité, leurs encouragements, leurs mails très sympas et la façon dont ils ont fait de leur mieux pour satisfaire leur swappé(e). Beaucoup nous tenaient informées de l’avancement des colis et nous étions aussi impatientes que chaque swappé(e) lorsqu’il s’agissait de découvrir l’aboutissement de tous ces efforts. Car nous avons eu des exclus, eh oui ! C’est ça l’effet Victorian Christmas VIP ;)

 

Ma swappée était Alwenn, inscrite en urgence suite à un désistement (merci encore de ton retour de questionnaire dans des temps record !). J’étais vraiment ravie de faire son colis et j’ai découvert au passage plein de points communs entre nous, ce qui a facilité certains choix mais ne m’a pas empêché de passer un temps fou à la recherche de tel ou tel article. Le pire ayant été le steampunk, le magasin où j’étais ayant séparé les différentes collections de SF, ce qui m’a fait reprendre ma liste d’auteurs soigneusement présélectionnés sur le Net à trois ou quatre reprises, avant de trouver la perle rare ! Mais c’est aussi ça qui fait le charme du swap !

 

Ma swappeuse était quant à elle Nibelheim et son colis m’a fait ENORMEMENT plaisir ! Mais d’abord un petit aperçu :

 

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Et rentrons dans le cœur du sujet puisque vous êtes sûrement curieux de savoir ce que cette énorme boîte contenait (moi aussi je l’étais) :

 

 

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Des livres (eh oui, weird, ain’t it ?) :

Barry Lyndon de Thackeray, auteur que je veux découvrir depuis longtemps et dont j’ai La Foire aux Vanités que j’ai seulement feuilleté à plusieurs reprises jusqu’ici. Du coup je vais profiter du fait que Barry Lyndon fait 500 pages de moins (et 500 p seulement) pour l’aborder en toute sérénité… j’ai déjà commencé à le parcourir : my God ! Nous sommes faits pour nous entendre !!

Le Portrait de Madame Charbuque, qui n’est pas tout à fait victorien puisque l’action se déroule à New York mais, de même que Lilly, ça ne me dérange pas le moins du monde car comme l’avait remarqué Nibelheim, j’avais une folle envie de lire ce roman depuis que j’avais découvert l’existence du steampunk. La couverture est superbe en plus, vous ne trouvez pas ?

Le Prestige de Christophe Priest. Comme je l’ai dit à Nibelheim, je sais maintenant qu’elle m’a espionnée ces derniers temps car je l’ai offert à ma propre swappée après une lecture scrupuleuse d’une dizaine de résumés de romans steampunk. En le feuilletant je me suis dit que ce livre qui devrait plaire à Alwenn me tentait aussi énormément et je me suis dit que je me l’offrirais sans doute à l’occasion après le swap car décidément, il avait l’air excellent ! La fée Nibelheim s’est penchée sur mon berceau et me voici donc prête à plonger dans l’univers fantastique de Priest !

 

Côté friandises, une marmelade d’oranges au miel, pas encore goûtée mais dont je compte bien me régaler à Noël avec ma moitié et mes proches… et plein d’exquis chocolats au lait (avec des variantes : praliné, légèrement alcoolisé, un avec un enrobage chocolat blanc…). Je suis partie à la pêche aux chocolats, qui étaient en vrac dans le paquet avec les petites boules de protection. Ça avait un petit côté chasse aux trésors très sympa… et je dois dire que j’ai déjà mangé les trois quarts de ceux qui étaient dans ce colis. Ils sont vraiment délicieux,  à tel point que pour ne pas prendre quinze kilos avant Noël j’ai largement allégé tous mes repas pour savourer quelques chocolats nibelheimiens tous les jours !

 

J’ai eu en plus le plaisir de trouver dans mon paquet tout un tas de décos d’esprit classique et victorien : trois petits oiseaux kitsch rappelant les sapins de Noël chargés de petits objets autrefois, quatre petites locomotives… s’accordant fabuleusement avec un petit train offert par Papa Lou pour décorer mon appartement. (La preuve ci-dessous) Des stickers et d’autres décos à accrocher, toutes adorables, en particulier cette chaussette vraiment trop mignonne !

 

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Encore une fois, MERCI 1 0000 00000 000000000 fois Nibelheim ! Tout dans ton colis m’a fait énormément plaisir, tout me plait et j’ai adoré toutes les touches personnelles et les petites surprises (par exemple les oiseaux je n’y avais pas pensé, ou le fait de mettre les chocolats en vrac, qui donnait un côté encore plus festif à l’ouverture du colis). J’espère que tu as toi aussi éprouvé beaucoup de plaisir à participer à ce swap et j’ai hâte maintenant de voir ton billet tant attendu !!

 

Et puis un petit mot pour Cryssilda, à qui j’ai proposé de co-organiser le swap sur un coup de tête. Aussi enthousiaste et aussi folle que moi, elle a partagé tous les moments de joie et de stress avec moi, sans parler de nos moments de concertation intense sur msn (émaillés de smileys et de blagues victoriennes). Ça a été un plaisir d’organiser le swap avec toi… et de te rencontrer grâce à lui !

 

Au passage j'avais des problèmes avec la livebox d'où cette note postée en... quatre heures !! J'ai dû m'y reprendre à quinze fois pour ajouter les photos, arrivées petit à petit !

 

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19/12/2008

La vie rêvée des plantes

seung-u_vie revee des plantes.jpgAmis lecteurs, vous êtes jeunes, vous êtes beaux, vous êtes rebelles, vous êtes fougueux ! Alors peut-être serez-vous tentés par un souffle d’air frais en provenance de Corée, un livre assez curieux qui me fait découvrir un autre pan de la littérature asiatique – car en dehors de quelques Japonais vénérés, j’ai de nombreuses découvertes à faire de ce côté-là !

 

La vie rêvée des plantes m’a été offert fin novembre. Je voulais découvrir depuis longtemps  les Editions Zulma et, intriguée par le titre fort bucolique, je n’ai pas tardé à sortir ce livre de ma PAL. Miraculeusement, il n’a pas eu le temps d’attendre avec espoir pendant quelques jours, soupirer pendant de longs mois, pleurer au bout d’un an jusqu’à désespérer totalement et tenter un vain suicide en sautant de son étagère – Jane Austen a joué les rebelles ce week-end en s’effondrant lourdement sur le parquet, après deux mois d’attente seulement ; régnant en maître absolu et tyrannique sur ma bibliothèque, je lui ai vite remis les idées en place en la coinçant au fond d’un rayon sous un gros Thackeray, ce qui est légèrement tendancieux et mesquin, mais j’assume.

 

Bref. Difficile de planter le décor sans en dire déjà un peu trop, car les trente ou quarante premières pages annonçant la couleur m’ont particulièrement tenue en haleine, bien plus qu’une bonne partie du roman. Mais autant vous donner envie d’emblée et il est difficile de donner une petite idée du sujet du livre sans évoquer le début (vous vous empresserez ensuite d’oublier ceci et ne lirez surtout pas le résumé de l’éditeur avant de découvrir le livre).

 

Le héros est chargé d’enquêter sur sa mère par un mystérieux inconnu. Il découvre en la suivant qu’elle emmène régulièrement son frère dans un bordel du Marché aux Lotus. Ayant perdu ses deux jambes au cours de son service militaire, le frère s’est replié sur lui-même depuis son retour à la maison. Autrefois un jeune homme brillant, photographe amateur engagé, le frère est devenu l’ombre de lui-même et a perdu sa petite amie. Assez rapidement, le héros laisse entrevoir un drame inattendu : amoureux de la petite amie de son frère, il culpabilise pour des raisons obscures par rapport à la situation de ce dernier. Y serait-il pour quelque chose ?

 

Après un début prometteur qui a vite fait de susciter la curiosité du lecteur, j’ai trouvé le livre sympathique mais un poil décevant avant de comprendre que le cheminement de notre héros avait un but bien précis.

 

L’entrée en matière fracassante laissait peut-être entendre que le livre serait fait de rebonds et que le suspense régnerait en maître. Peut-être que je pensais que plus de secrets ombrageux seraient dévoilés. Ou que les situations incongrues se multiplieraient. Pourtant, le roman semble ensuite suivre un long fleuve tranquille. Les révélations sont sans surprise pour le lecteur, le développement suit son cours avec sérénité (un peu trop ?), les grands mystères familiaux font place aux souvenirs d’une histoire d’amour qui n’a pas abouti, ce qui est touchant mais déjà nettement moins passionnant. Ce n’est pas tant le manque d’action qui m’a gênée que le ronronnement d’un texte où l’action ne crée pas la surprise, loin de l’effet d’annonce trompeur de l’introduction.

 

Bref, j’étais sur le point de me dire que La vie rêvée des plantes est un roman divertissant sans rien de spécial, avant d'aborder la dernière partie, que je trouve de toute beauté. Car les nombreux détails glissés auparavant n’ont bien sûr pas été évoqués par hasard. Après avoir suivi passivement le héros de bout en bout, le lecteur détient toutes les clefs pour saisir la magie d’une fin toute symbolique. Les derniers chapitres, très poétiques, sont emplis d’amour, d’humanisme et d’un respect profond et intuitif du monde des plantes, tandis que le titre trouve toute son explication.

 

Les thématiques de ce livre apparemment facile d’accès sont nombreuses. Parmi elles, l’engagement et la résistance face à un pouvoir répressif, thème cher à l’auteur (Transfuge).

 

L’amour, la fidélité et la notion de moitié, joliment exprimée par une métaphore renvoyant au monde des plantes.

 

Les relations complexes entre membres d’une même famille : amour, non-dits, compréhension, secrets, connaissance et compréhension de ses proches. Ainsi, si les parents du héros vivent en étrangers dans la même maison, leur apparente indifférence ne marque pas forcément l’absence d’amour ou d’harmonie. L’amour fraternel est mis à l’épreuve et des similitudes entre générations apparaissent au fil du récit.

 

La nature enfin est un thème a priori marginal qui prend soudain toute son importance et confère un caractère sacré aux amours humains décrits dans le roman. On pense bien sûr à la forêt peuplée de dieux, vivante et fantastique propre à certains pays asiatiques, mais les références à la mythologie sont nombreuses elles aussi.

 

L’ensemble est décrit avec beaucoup de sensibilité et la fin est d’autant plus touchante que le héros ne ressort pas victorieux de la confrontation avec sa famille. Perçu comme un éternel raté, il fait presque toujours l’objet du mépris de ses parents malgré son dévouement sans bornes. Le roman s’achève d’ailleurs sur ces dernières phrases : « Les rayons du soleil se métamorphosent en larmes tombant dans la mer. Des larmes qui scintillent comme des diamants. Moi, je ne verse jamais de larmes. »

 

300 p

 

Lee Seung-U, La vie rêvée des Plantes, 2006

18/12/2008

ZE « Almost » Classics Challenge !

winterclassicschallengegn6.jpgJe ne compte plus mes billets en retard sur ce blog mais voici un petit aperçu des lectures dont je prévois de parler en 2009. Pas de vrai challenge, car je ne les tiens pas, mais un « Almost » Classics Challenge composé de 26 titres classiques de mon choix. Les lectures anglo-saxonnes, un peu négligées pendant quelques mois, vont aussi faire un superbe come back du retour !         

Classiques dans ma (presque) PAL… quelques titres seulement :

 

Jane Austen, Sense and Sensibility / Pride and Prejudice (relecture) / Northanger Abbey (relecture) / Lady Susan

Truman Capote, In Cold Blood / Summer Crossing

Charles Dickens, … nombreux et variés !

William Faulkner, As I lay dying

Paul Féval, Les Mystères de Londres

F. Scott Fitzgerald, Tendre est la Nuit (relecture) / The Great Gatsby

Gustave Flaubert, Trois Contes / Madame Bovary

Goethe, Les Souffrances du jeune Werther

Hermann Hesse, Siddartha / Le Loup des Steppes / Demian (relecture)

Huysmans, A Rebours

Henry James, Nouvelles T1 (Pléiade) / Nouvelles T2 (Pléiade) (tomes commencés) / What Maisie knew / Washington Square / The Turn of the Screw (relecture)

Franz Kafka, Le Château

Heinrich von Kleist, La Marquise d’O

Thomas Mann, La Mort à Venise

Guy de Maupassant, Boule de Suif et autres nouvelles

Benito Pérez Galdós, Tristana (1892, un roman du XIXe espagnol, eh oui !)

Alexandre Pouchkine, La Dame de Pique et autres nouvelles

Marcel Proust, Un Amour de Swann

Thomas de Quincey, De l’Assassinat considéré comme des Beaux Arts / Les Confessions d’un Mangeur d’Opium Anglais

Walter Scott, La Fiancée de Lammermoor / Waverley / Rob-Roy

William Styron, Les confessions de Nat Turner

W. M. Thackeray, Barry LyndonLa Foire aux Vanités

Anthony Trollope, Barchester Towers

Edith Wharton, The Reef / The Age of Innocence / Vieux New York / Grain de Grenade / Le Fruit de l’Arbre / Ethan Frome / Les Chemins parcourus

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

Tennessee Williams, Cat on a hot tin roof

Virginia Woolf, Les Années / Mrs Dalloway (relecture) / The Waves / To the Lighthouse (relecture) / Orlando

  

17/12/2008

Et Picachu dans tout ça ?

BD Manga_Emma T1.jpgLe 17 décembre est la journée mondiale de l’éclectisme, comme chacun le sait. Et si vous ne le saviez pas, eh bien c’est chose faite, très chers blogueurs et non blogueurs qui passez par ici. Après avoir mis un terme à une histoire d’amour qui commençait par une filature et un petit tour dans un love hotel, j’ai fait un peu d’échangisme grâce à Lilly (que personne ne soupçonnait jusqu’ici) pour finalement abandonner mes activités matinales et me téléporter une fois de plus à l’époque victorienne – enfin, ça reste à voir, avec le premier tome de la série de mangas Emma.

 

Si vous aimez Marcus Levinus, Anita Cavana et autres platitudes particulièrement niaises, quoique rafraîchissantes, je vous recommande chaudement Emma, manga à l’eau de rose à la croisée entre Barbara Cartland, Les Feux de l’Amour et Candy. Mélange sulfureux, isn’t it ?

 

Sans être mortellement ennuyeuse, l’histoire banale n’est pas crédible pour un sou. Une soubrette censée être particulièrement jolie (j’emploie ce mot car le dessin est loin de rendre la chose évidente) est régulièrement sollicitée par divers prétendants. Jusqu’au jour où se présente chez sa maîtresse un certain William, venu présenter ses respects à son ancienne gouvernante. La vieille femme, plutôt sèche a priori, s’adoucit rapidement au fil du récit – on dirait un gâteau en train de ramollir. Devenant une adjuvante pour sa servante Emma, elle semble penser qu’un mariage avec un riche héritier comme William pourrait la mettre à l’abri après sa mort. Depuis quand l’avenir des domestiques était à ce point important à l’époque victorienne, drôle de question ! Bref, dans ce premier tome, Emma tombe amoureuse, William tombe amoureux, tout le monde est content. Oui mais voilà : le père de William a en tête un autre mariage, ce qui devrait compliquer la chose dans les tomes suivants.

 

C’est gentillet, ça se lit pour passer le temps mais ne présente à mon avis aucun intérêt. Je lirai peut-être la suite si je la trouve en bibliothèque, par curiosité, mais j’avoue être bien déçue après avoir lu des bandes dessinées beaucoup plus convaincantes sur cette période (Monsieur Noir, Fog, Blue Hope notamment). Aucun respect des conventions sociales, quantité de dialogues improbables, situations absurdes, sans parler des gouttes de transpiration caricaturales et des exclamations du style « hi hi » ou, dans un magasin, cette phrase follement victorienne : « excusez-moi d’avoir pouffé ». Je ressors avec une question métaphysique : y a-t-il eu des promenades à dos d’éléphant à Londres à cette époque (on ne sait jamais) ?

 

Si ce manga n’est pas une franche réussite, j’ai aimé la « Tadaam Manga Postface », intervention directe de l’auteur qui nous explique pourquoi elle a fait tel ou tel choix (y compris ceux que je citais plus haut). On sent le plaisir qu’elle a pris à mettre ce manga à sa sauce, ajoutant parfois n’importe quoi selon l’envie du moment. Cette conclusion simple, amusante et pleine d’autodérision m’a bien plus amusée que tout le reste et fait partie des quelques points positifs qui me donnent envie de lire, peut-être, la suite de cette série.

 

Merci beaucoup à Lilly qui m’a permis de découvrir ce manga dont j’avais beaucoup entendu parler !

 

190 p

 

Kaoru Mori, Emma Tome 1, 2002

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16/12/2008

The Addams Family ?

BD_Monsieur noir.jpgVoilà longtemps que je n’avais pas parlé de BD par ici. En farfouillant dans ma bibliothèque ce week-end j’ai eu une soudaine envie de lire l’édition intégrale de Monsieur Noir. Bien m’en a pris !

Le résumé évoque l’Angleterre au siècle dernier. Le cadre étonnant pourrait en réalité s’étendre à d’autres pays, les personnages portant d’ailleurs souvent des noms très français, pour le moins connotés (les affreux jumeaux Mambo et Tango, le jeune domestique Passepied, Carmagnole le fossoyeur…). Toujours est-il que j’ai plongé avec délice dans un tableau qui m’a immédiatement rappelé Titus d’Enfer de Mervin Peake : château immense et monstrueux, pièces et dédalles innombrables, lieu régi sans la moindre logique par des lois surnaturelles dont on pressent facilement le caractère malsain.

On est rapidement fasciné par le décor qui évolue constamment, passant de pièces sombres et misérables – pour ne pas dire glauques, à des salles richement décorées, confortables et largement éclairées. Des douves au grenier en passant par les chambres, les cuisines, la bibliothèque, les passages secrets ou le cimetière, les lieux sont innombrables et parfaitement servis par un dessin ambitieux un brin fou. Judicieusement choisies, reposant sur un fort contraste entre les vignettes ou les planches et s’appuyant au sein de chaque ensemble sur quelques notes majeures aux nuances subtilement travaillées, les couleurs restent très sobres et servent aussi merveilleusement l’environnement fantastique.

L’histoire est celle de Fanny, jeune orpheline recueillie par son oncle Lord Charleston dans l'étonnante propriété d’un certain Monsieur Noir. Soumis à un curieux bail d’une durée de 7 ans, Lord Charleston, sa famille et leurs fidèles doivent signer le contrat avec une plume particulière pour rester maîtres du château. L’arrivée de Monsieur Noir étant imminente, tous les habitants sont dès lors à la recherche de ladite plume, perdue depuis la signature précédente. S’ensuit une lutte sans merci entre les Tohu, favorables aux maîtres actuels, et les Bohu, qui veulent s’emparer du pouvoir. Tous les moyens sont bons pour retrouver la plume, à commencer par le meurtre.

Me voilà totalement séduite par cette BD que j’ai eu la bonne idée d’acheter dans une très jolie édition (couverture épaisse, introduction intéressante…). Entre Gormenghast, Grimm, roman du XIXe et vampirisme, ce conte a une portée symbolique et fait référence aux forces obscures de la politique, à la valse des dirigeants et à l’absurdité d’un pouvoir dont les limites sont de moins en moins définies (cf intro). La satire s’étend à d’autres domaines : le flegme à toute épreuve de lord Charleston, l’attirance des hommes de la maison pour la toute jeune Fanny, le fossé entre les classes dirigeantes et les classes laborieuses (représenté par l’épouse de Lord Charleston, plongée dans Karl Marx qui lui a fait découvrir avec horreur l’existence de la pauvreté). Le Bien et le Mal s’opposent mais, contrairement aux apparences, finissent par se rejoindre lorsque les aspirations des uns et des autres sont poussées à leur extrême. Monsieur Noir, machiavélique, joue avec ses locataires et les déchoit sans pitié de leurs droits. Sa façon de déterminer la signature du bail pousse aux pires atrocités. Néanmoins il y a une certaine justice dans ce procédé, qui laisse à chacun la possibilité de gouverner un jour sur le domaine de Blacktales. Quant aux personnages les plus sympathiques, ils sont souvent ridicules et ont tous leurs petites faiblesses… ou plus si affinités.

Cette bande dessinée s’inscrit parmi les indétrônables de ma bibliothèque : un régal pour passer quelques heures en compagnie de personnages passionnants et plusieurs niveaux de lecture qui font de Monsieur Noir une excellente découverte !

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Un lien intéressant évoquant les différentes thématiques et présentant les personnages.

141 p

Griffo et Dufaux, Monsieur Noir, Edition Intégrale, 1999

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10/12/2008

Une maison, un mystère… what else ?

newbery_set in stone.jpgRepéré il y a quelques mois, Set in Stone de Linda Newbery* me semblait particulièrement indiqué dans le cadre du Victorian Christmas Swap. Lilly l’a fini alors que je venais de le commencer et je suis persuadée que c’est un livre qui, comme The Thirteenth Tale, va faire le tour de la blogosphère.

En saisissant tout à l’heure La Dame en Blanc de Wilkie Collins, lecture à venir, j’ai découvert avec surprise que le sujet était sensiblement le même. Difficile de faire le lien entre les deux textes mais, côté forme, Set in Stone a tout du page turner contemporain et, à vrai dire, pas grand-chose de victorien. Le style est simple, direct, à mon avis ni remarquable ni désagréable ; l’histoire très bien ficelée mais nettement moins tortueuse que dans les romans du XIXe. Pourtant les influences sont là et ce roman a de quoi tenter beaucoup de lecteurs !

1898. Etudiant aspirant à devenir peintre, Samuel Godwin se voit obligé de subvenir aux besoins de sa famille à la mort de son père. Il est engagé par Mr Farrow pour enseigner le dessin aux deux filles de la maison, Marianne et Juliana. Arrivé dans la propriété de Fourwinds, il découvre une demeure superbe mais étrange, coupée du monde, ainsi que deux élèves déstabilisantes. Jolie, Juliana est effacée et mélancolique, ne semblant pas se remettre d’une maladie de nerfs qui a suivi le décès brutal de sa mère. Marianne est quant à elle un personnage fantasque, une adolescente sublime mais visiblement perturbée, peut-être folle. Dès son arrivée, Samuel est subjugué par cette jeune femme fascinante qu’il rencontre alors qu’elle est à la recherche du West Wind (du Vent de l’Ouest). Ses propos incohérents font référence à un mystère particulier lié à la maison.

Difficile de ne pas trop en dévoiler car les événements s’enchaînent très rapidement. Je me contenterai donc d’évoquer quelques thèmes et éléments centraux de ce roman pour ne pas gâcher votre plaisir.

Parmi les personnages principaux, celui de la gouvernante Charlotte est particulièrement intéressant. Image même de l’employée modèle, celle-ci s’efface et ne laisse paraître aucune émotion, faisant du bien-être de ses protégées une priorité. Son caractère s’affirme pourtant peu à peu au fil du récit, les chapitres alternant les points de vue de Charlotte et de Samuel. Femme intelligente au profil bien plus complexe qu’il n’y parait, elle séduit par sa force de caractère et sa détermination sans faille. Elle rappelle ainsi Jane Eyre par certains aspects – également par l’intérêt qu’elle pourrait porter à son employeur. Tout aussi sympathique, Samuel se présente d’abord comme le stéréotype du jeune héros au cœur pur. Quelques aspects plus sombres de son caractère en font finalement un personnage attachant, mais authentique. Quant aux Farrow, tous trois énigmatiques, ils fascinent le lecteur qui a bien du mal à deviner tous les secrets que leur maison semble abriter.

Ajoutons à cela de nombreux ingrédients à mon avis exquis : l’art, à travers les leçons de Samuel, les enseignements qu’il tirera plus tard de son succès mais aussi grâce à l’architecture de la fabuleuse maison et aux statues qui lui ont donné son nom, Fourwinds. L’ambiance gothique : un lac aux profondeurs angoissantes, l’isolement de la maison où Mrs Farrow est décédée, la folie de Marianne ou encore de nombreuses scènes nocturnes.

Un petit regret cependant : la notice nécrologique du Times, à mon avis peu crédible puisqu’elle évoque en détail la vie des proches de la personne concernée. Le chapitre sur le mode « Vingt ans après » satisfait notre curiosité mais reste un peu maladroit.

Linda Newbery est un auteur de littérature jeunesse. Difficile de dire si ce roman s’adresse plutôt aux adolescents ou aux adultes. A juste titre, Valentina fait remarquer que si deux adolescentes jouent un rôle clef dans ce roman, leurs points de vue ne sont pas connus du lecteur, ce qui est pourtant habituellement le cas en littérature jeunesse. Ce livre reste cependant très abordable. Il est à mon avis moins complexe et peut-être moins abouti que The Thirteenth Tale de Diane Setterfield. Il reste un très bon roman, idéal pour une lecture compulsive. L’histoire est riche en rebondissements, le cadre délicieux, les personnages intéressants. A recommander aux amateurs de gothique, aux fervents victoriens et à tous ceux qui aiment savourer un récit palpitant !

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358 p

Linda Newbery, Set in Stone, 2006

* traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre

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05/12/2008

La rose, l’épée & le vilain champignon

mysteres morley.jpgDe Le Fanu je connaissais Carmilla – ou Camilla, selon les éditions. D’où une assimilation de cet auteur au gothique, au roman populaire et à un petit côté sulfureux et sensuel. Les excellents Mystères de Morley Court sont d’un genre tout à fait différent et, si le titre et la couverture annoncent plutôt des histoires de fantômes et de jeunes filles séquestrées à la Dumas ou à la Radcliffe, ce livre s’ancre dans la tradition du roman d’aventures cher au XIXe.

S’il y a une chose que j’adore et dont je ne me lasse pas, c’est le grand manichéisme des personnages, si parfait, si symbolique qu’il caractérise le paysage aussi sûrement que le fog a marqué les rues de Londres. On pourrait tous les mettre dans des petites cases ou, plus victorien, dans de charmantes petites maisons de poupées compartimentées : dans le salon, les femmes jeunes, faibles, sans défense, sujettes aux évanouissements et n’ayant pas la moindre once de jugement quand il s’agit d’envisager les perfidies de ce monde de brigands… ; dans la cour, les hommes valeureux, intelligents, bons, justes, prêts à sacrifier leur vie pour une question d’honneur… si possible de sang noble, c’est encore mieux – et s’ils sont a priori pauvres et de basse extraction, on leur trouvera très souvent comme par hasard une généalogie faite de particules ou un oncle millionnaire à la fin du roman ; au grenier, les fourbes, en majorité très laids et effrayants – mais pas toujours, dont l’âme a atteint une noirceur telle qu’ils deviennent incapables de la moindre bonne action ; au milieu, dans la cuisine, quelques adjuvants du bien ou du mal, insignifiants ou amusants, au choix.

Les Mystères de Morley Court ne dérogent pas à la règle. Début XVIIIe, en Irlande. Le jeune O’Connor, parti guerroyer pendant trois ans, revient épouser sa belle, la jeune Mary, gentille, douce, musicienne et insipide. Ayant désormais un protecteur prêt à lui accorder une rente très confortable et à le faire hériter de sa fortune, O’Connor pense obtenir le consentement de l’horrible Lord Richard Ashwoode, le père de Mary. Mais le baron en question a d’autres projets pour sa fille et parvient à brouiller les deux jeunes gens en interceptant les lettres enflammées qu’ils se transmettent. Ah ! Que la vie d’héroïne au XIXe est difficile ! Dès lors, les complots se multiplient, les retournements de situation s’enchaînent. La question étant : Mary et O’Connor vont-ils se retrouver, se marier, vivre heureux etc ? Les plans infâmes des Ashwoode père et fils vont-ils aboutir ? Je n’en dirai pas plus sur le déroulement de l’histoire, pourtant riche en péripéties – à ce sujet le résumé de l’éditeur donne à mon avis beaucoup trop d’indications et, si vous le lisez, vous vous attendrez comme moi à un décès immédiat qui ne surviendra qu’au bout de 150 ou 200 p.

Autant le dire tout de suite : nos héros jouent de malchance, tout semble se retourner contre eux, ce qui va inquiéter le lecteur tout au long des quelques 450 p qui ne semblent presque jamais annoncer un revirement positif de façon durable.

Cette lecture a été pour moi une excellente surprise car je ne m’attendais pas du tout à ce type de texte de la part de Le Fanu. J’ai pensé à Pauline de Dumas ou aux Chroniques du Règne de Charles IX de Mérimée, dont les rebondissements et les personnages n’étaient pas si différents. Le style, la construction évoquent les parutions en feuilleton chères au XIXe – j’imagine que c’est le mode de publication utilisé ici aussi.

Si j’adore les personnages caricaturaux à la Dickens et trouve le jeune héros vaillant séduisant bien qu’un peu ridicule, je dois avouer que je supporte difficilement l’oie blanche traditionnelle. J’ai donc pris un malin plaisir à suivre les réactions de Mary face au complot qui se tramait (« oh ! mais comment se fait-il que mon frère ne comprenne pas que je n’aime pas trop son ami par ailleurs un peu mal élevé ? Je ne vais pas du tout imaginer qu’il va comploter contre moi ! Non non non, si mon frère est tout le temps désagréable avec moi c’est parce que c’est un homme, il cache sûrement ses sentiments réels mais je sais qu’au fond de lui il m’aime vraiment et me protégera contre tous les vilains méchants pas beaux jusqu’à la fin des temps, juste parce que je suis sa sœur fidèle et dévouée ! »). Lorsque, grâce à sa nouvelle femme de chambre, gentille mais plus dégourdie, Mary commence à se rebeller, j’ai commencé à revoir mon jugement. Mais le sursaut de l’insupportable créature falote a été bien bref. Damn it !

Heureusement pour moi, Le Fanu trouvait sans doute son héroïne assez ennuyeuse lui aussi. Nous ne la voyons pas beaucoup donc eLeFanu.JPGt, le reste du temps, l’histoire est palpitante, sombre, drôle, parfois grotesque, le tout dans un environnement délicieux (manoirs, routes désertes la nuit, vieilles auberges tenues par des gens peu fréquentables, tripots, combats de coqs, jeux de carte, duels). Intrigue et héroïsme s’opposent de bout en bout pour notre plus grand plaisir. Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires irrésistibles et pleins d’humour et nous aurons brossé un portrait rapide de ce roman passionnant, classique méconnu à redécouvrir, à lire et, dans quelques années, à relire.

Cryssilda l’a lu (après avoir écouté des histoires de fantômes écossais à vous glacer le sang) et a été conquise.

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460 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Les Mystères de Morley Court, 1873

(première version sous un autre titre en 1845)

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03/12/2008

Rock the vote : Spooky or so Funny ?

wilde_crime de lord arthur savile.jpgPuisque souffle en ce moment un vent victorien sur la blogosphère, je profite de ma lecture du Crime de Lord Arthur Savile (recueil) pour parler un peu d’Oscar Wilde, personnage fascinant que j’ai toujours associé à James Matthew Barrie et Lewis Carroll, bien plus qu’aux autres monstres de la littérature victorienne que sont Charles Dickens ou Wilkie Collins. Parce qu’il incarne pour moi le dandy dans toute sa splendeur ? Pour son côté mystérieux et les légendes qui courent autour de lui (ses problèmes avec la justice connus de tous, mais très vaguement ; sa mort à la suite d’une méningite, qui a suscité des interrogations chez certains scientifiques) ? Quoi qu’il en soit, Oscar Wilde est un personnage que je connais encore bien mal mais qui me fascine (… au point d’abandonner lâchement cette chronique depuis début novembre, hum !).

Le crime de Lord Arthur Savile est un recueil composé de quatre nouvelles, bien plus passionnantes que ce billet que je n’arrive décidément pas à écrire.

-« Le Fantôme de Canterville, histoire hylo-idéaliste » : découvert en anglais quand j’avais douze ou treize ans, voilà une histoire qui m’a laissé un souvenir pour le moins vague, mais excellent. Au passage je me souviens avoir vu une adaptation télé à cette période. J’ai fait quelques recherches mais les adaptations sont nombreuses et les informations sur le Net assez vagues. Impossible de retrouver celle dont je gardais un bon souvenir, donc, mais j’ai découvert au passage qu’Alyssa Milano avait joué dans une adaptation de 1986. Comme quoi, du fantôme de Wilde aux sorcières de Charmed il n’y a qu’un pas ! A la relecture, j’ai apprécié la légèreté de ce conte qui présente un fantôme affreusement méchant mais follement sympathique, un squelette habitué à effrayer tout le monde depuis sa mort atroce. Mais l’arrivée d’une famille de riches Américains à Canterville Chase annonce le triomphe de la modernité et de la science. A tel point que le revenant, jugé pittoresque, drôle et tellement British (quoiqu’un peu trop bruyant avec ses chaînes mal huilées), manque de sombrer dans la dépression…

-« Le Sphinx sans Secret » : l’histoire d’un homme torturé par les mystères qui entourent la femme qu’il aime. Avec une chute un peu brutale mais une jolie conclusion que je ne dévoilerai bien sûr pas ici.

-« Le Millionnaire modèle » : l’avais-je déjà lue ? Ou avais-je lu une histoire semblable ? Toujours est-il que cette histoire, très plaisante par ailleurs, avait un goût de déjà vu. Elle rappelle Un Pari de Milliardaires de Mark Twain, histoire de deux milliardaires confiant un bon de 5 millions de dollars bien encombrant à un homme sans le sou, qui devra faire preuve de beaucoup d’astuce pour utiliser le bon sans passer pour un voleur. Si les deux histoires sont assez différentes, elles reposent toutes deux sur les extravagances d’un homme fortuné.

-« Le crime de Lord Arthur Savile » : une histoire absolument jubilatoire, savourée de bout en bout par votre chroniqueuse adepte de l’ironie et des situations absurdes qui peuvent l’accompagner. Il s’agit ici d’un jeune homme un peu trop parfait sur le point d’épouser une femme un peu trop parfaite. Jusqu’au jour où, à travers les prédictions d’un chiromancien, il découvre avec horreur qu’il va commettre un crime abject. C’est fort fâcheux pour cet homme qui juge la tâche en question tout à fait déplaisante. Certes. Mais si tel est le destin, alors tel est son devoir, et notre héros n’est pas homme à se dérober devant lui. Tuer après le mariage pouvant fortement compromettre son bonheur conjugal, le voilà qui décide de retarder la cérémonie pour venir à bout au plus vite de l’odieux impératif. Mais qui tuer ? Et comment ? Une nouvelle délicieuse, à savourer en surveillant les gâteaux (empoisonnés ?) offerts par votre voisine ou, peut-être, votre chaîne Hi-Fi (qui cache peut-être une bombe à retardement depuis son séjour chez le réparateur).

Courez donc vous procurer ce fabuleux petit recueil si vous ne l’avez pas encore découvert !

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153 p

Oscar Wilde, Le Crime de Lord Arthur Savile, 1891

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