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31/10/2008

Swap USA

usa flag.jpgJe n’y croyais plus mais j’y suis arrivée : grâce à l’opération sauvetage de SuperMarine, dont je suis allée chercher l’appareil photo à midi, je peux enfin vous faire découvrir en images le superbe colis reçu de la part de Kroustik.

Avant tout, laissez-moi vous raconter les affolants périples de votre chroniqueuse à la réception de son swap.

-Mardi : réception d’un avis de passage du facteur (alors que j’étais chez moi), comme toujours. Le swap, ce ne sera pas pour aujourd’hui ! Snif.

-C’est donc guillerette et pleine d’impatience que je me rends à la poste le lendemain. Après une attente à n’en plus finir, après avoir résisté aux coups de cadis de la mémé derrière moi, aux respirations bruyantes d’un autre client et aux remarques impolies d’une nana qui parlait en chuintant tant la dernière opération avait incliné un des coins de sa bouche selon un angle bizarre, je récupère enfin mon colis.

Toute heureuse je file chez moi. Je sais que je récupérerai le lendemain le câble de mon appareil photo que mon cher et tendre avait malencontreusement embarqué lors de son déménagement. Je m’apprête donc à faire des photos en pensant les publier le lendemain une fois le câble défendu récupéré. Je fais une première photo du paquet fermé. Je l’ouvre, souriante, impatiente, le cœur palpitant follement… je saisis mon appareil… et là plus de batterie. Je renonce donc à ouvrir mon paquet et, le vague à l’âme, attends avec impatience de récupérer mon câble et mon chargeur le lendemain.

-Jeudi : je vois l’amie qui avait récupéré le matériel dont il est question ici. Après une journée bien remplie, je m’installe donc à plus de minuit sur le sol, pour faire de superbes photos sur mon parquet. Et là, manque de bol, je découvre que Mr Lou a eu la judicieuse idée de me faire parvenir le câble de son dictaphone, ce qui est particulièrement pertinent étant donné qu’il a le dictaphone en question et mon chargeur tandis que j’ai gardé l’appareil photo et que je suis désormais en possession du chargeur dont il a besoin. Heureusement qu’il ne s’agit là que d’une séparation géographique car je n’ose même pas imaginer le chaos d’une répartition de nos possessions communes !

-Aujourd’hui, après avoir envoyé un mayday à mon amie Marine, j’ai donc reçu pour 24h son appareil photo, qui m’a enfin permis d’ouvrir le paquet sur lequel je louchais en soupirant depuis plusieurs jours !

 

J’avais déjà remercié Kroustik hier en lui racontant mes terribles aventures. Maintenant que j’ai découvert le contenu de son colis je peux donc la remercier à nouveau, ce que je fais avec un immense plaisir tant tout ce qu’elle m’a envoyé me fait plaisir ! Mais voyez par vous-mêmes :

 

-Une très jolie carte de Kroustik

-Côté lecture, deux livres qui ont l’air tout à fait passionnants : d’une part Les Confessions de Nat Turner qui vont me permettre de découvrir enfin Styron avec un sujet qui m’intéresse beaucoup et que je connais peu ; de l’autre, Lettres d’Amérique, un ouvrage qui traite de plusieurs grands noms de la littérature américaine et que j’ai hâte de consulter afin de poursuivre mes découvertes made in USA et de mieux comprendre les auteurs que j’ai déjà lus.

-Côté petits objets excessivement sympathiques, un marque-page et un crayon que je trouve totalement adorables ainsi qu’un carnet qui non seulement est superbe mais qui est dans des couleurs que j’aime particulièrement !

-Enfin, côté dégustation, que dire ?? Je salive déjà d’avance devant deux chocolats que je ne connais absolument pas mais qui titillent déjà ma curiosité et font frémir mes papilles ! Avec un chocolat noir au citron et un chocolat au lait… à la lavande ! J’adore les chocolats un peu originaux et j’ai hâte de savourer ces deux variations fort tentantes !

Le tout en photos...

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Vraiment encore une fois un grand merci Kroustik pour ce très beau colis, tes excellents choix, ton gentil mot… ! Et merci beaucoup à Laconteuse, l’organisatrice, pour avoir lancé cette très bonne idée de swap et avoir géré toute cette opération so américaine !

Au passage j'ai oublié l'anniversaire de ce blog (le 29/10)... il avait deux ans ce jour-là... voilà c'est émouvant, mais il a été totalement éclipsé par le lancement du Victorian Christmas swap alors ce n'est pas plus mal ;)

17:48 Publié dans Swap | Lien permanent | Commentaires (21) |  Facebook | |

29/10/2008

Victorian Christmas Swap

christmas-tree-with-gifts-flipbook- daily green.jpg

Amis lecteurs et chers vous qui passez en ce moment par ici,

Vous qui gardez un souvenir ému du swap Scandinavie de Noël dernier,

Vous qui aimez le XIXe siècle, ses ruelles sombres et tortueuses,

Vous qui frémissez de plaisir au contact du fog anglais,

Vous qui ne savez pas trop ce que nous sommes en train de raconter et qui vous demandez ce que vous faites là,

Nous espérons fêter Noël avec vous ! (eh oui…)

Mais qui se cache derrière ce "nous" ? (Non non je ne parle pas encore à la première personne du pluriel ;)) Il s'agit de Cryssilda, co-organisatrice du swap.

 

Qu’est-ce qu’un swap ?

Vous vous engagez à envoyer un colis à une autre personne, votre swappé(e), que vous ne connaissez pas forcément. Vous recevrez vous aussi un colis de votre swappeur, qui n’est pas la personne à laquelle vous adressez votre colis.

 

Pourquoi un Victorian Christmas Swap ?

Parce que Noël approche, que l’heure est bientôt venue de songer au sapin, aux chaussons et chaussettes emplis de cadeaux et aux présents eux-mêmes. Et qu’il est bien agréable de se mettre dans l’ambiance des fêtes en préparant et en recevant un petit colis surprise quelques jours avant Noël.

Parce que de nombreux auteurs victoriens ont été inspirés par Noël... Rappelez-vous Charles Dickens et ses Chants de Noël… Ou encore Le géant égoïste d’Oscar Wilde ! (et s’il y en a d’autres, on va les trouver !) Saviez-vous que c’est grâce aux Victoriens que l’on mange de la dinde à Noël d’ailleurs ? Non ? Ben sachez-le !

Parce que les Anglais ont toujours eu le chic pour fêter Noël, que, on ne se lasse pas de le rappeler, Dickens a écrit de superbes récits pour l’occasion et que les décorations rouges, vertes et dorées des Noëls victoriens sont follement romantiques – ce qui se prête d’ailleurs merveilleusement aux principes hautement décoratifs et manuels du swap ;)

Et enfin parce qu’il est doux de lire un bon roman victorien, au coin du feu alors que Noël s’agite… Nous proclamons ici, qu’il n’y a pas de meilleure période ! Les hauts de Hurlevent (Emily Brontë)… le vent souffle dehors (et c’est bientôt Noël, rappelez-vous) mais votre théière fumante vous accompagne. Le pauvre Jude (Thomas Hardy) arpente les chemins de campagne plongé dans un livre…. Mais vous êtes chaudement installé dans votre canapé… La pauvre Femme en blanc (Wilkie Collins) erre en quête de vérité, seule la nuit, elle a peur… et vous, vous dégustez des tartines de marmelade d’orange devant votre sapin…

Ah oui ! Sans compter sur le fait que, amis lecteurs, il n'y a pas que les Victoriens eux-mêmes à avoir écrit sur leur période. Eh oui, le roman historique raffole des allusions à Jack the Ripper, à Scotland Yard ou à la Tamise... (mais il faut bien dire que c'est normal pour une époque objectivement irrésistible !). Parmi les récits d'inspiration victorienne, vous connaissez donc sans doute L'Infortunée de Wesley Stace ou bien Le Cercle du Phénix de Carolyn Grey. Sans parler des incontournables polars d'Anne Perry, par exemple. Ah… Anne Perry, dont on savoure les aventures d’un Thomas qui tourne souvent en rond et qui n’irait pas loin sans les puddings maison et les commérages de salon dont Charlotte l’abreuve. Sans parler de vos lugubres plongeons dans les prisons fort humides de Londres avec Sarah Waters, qui vous font délicieusement frissonner pendant que Mamie met à la télé la messe de minuit et que le chien réclame avec insistance des restes de dinde aux marrons.

C’est ça l’esprit « Victorian Christmas Swap » !!!

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Qui peut participer au Swap ?

Il faut pour cela avoir un blog ou être connu de la blogosphère (si vous laissez régulièrement des commentaires ou si vous connaissez un blogueur à titre privé par exemple). Les lecteurs et lectrices ayant fermé leur blog sont les bienvenus.

 

Que doit contenir mon colis ?

-Entre 2 et 3 livres. Les livres envoyés sont généralement au format poche. Ils doivent être en parfait état. Ces livres doivent avoir un rapport avec l’époque victorienne : livres écrits à l’époque ou livres plus récents dont l’histoire se déroule à cette période. Tous les genres de littérature peuvent être représentés (y compris les polars et le fantastique).

-Quelques gourmandises : thé en vrac, friandises anglaises, confitures…

-Un objet de votre choix, en rapport avec Noël et plutôt traditionnel (rose fluo pourquoi pas ? mais ce n’est pas highly dickensien)

 

When ? Where ? Why ? How ?

Inscriptions jusqu’au 10 novembre par mail à victorian.xmas@googlemail.com (pensez à indiquer votre pseudo et votre blog si vous en avez un)

Questionnaires à retourner avant le 17 novembre

Envois des colis entre le 1er décembre et le 15 décembre

Publication de vos billets en photos le 20 décembre

 

Dear readers, you’re all very welcome now ! Les inscriptions sont ouvertes, dans la limite de 50 participants.

Et bien sûr, n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions.

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24/10/2008

All you need is love

mitford_poursuite_amour.jpgCes derniers jours votre fidèle chroniqueuse a éprouvé un besoin soudain de partir défricher les terres anglo-saxonnes. Plantant là toutes mes lectures en cours, j’ai donc opté pour La poursuite de l’Amour, fatiguée d’entendre la voix plaintive de Linda qui me criait depuis la bibliothèque : « lis-moi, lis-moi ! ». Celles qui ont lu ce roman savent à quel point cette demoiselle peut être exigeante et comprendront qu’elle ne m’aurait laissé aucun répit !

Avant d’aller plus loin, je propose de former un comité de « Protection de l’Intégrité Austenienne » afin de lutter contre l’appropriation (plus ou) moins justifiée du nom d’Austen par tout ce qui a un rapport avec l’Angleterre et porte des jupons. Quoique, l’Angleterre est une définition bien étroite puisqu’il existe maintenant une Jane Austen iranienne. Et si Nancy Mitford parle de jeunes filles en fleurs à la recherche du grand amour, le rapprochement avec Jane Austen me semble plutôt hasardeux.

Ici on découvre Linda, issue d’une famille d’aristocrates délicieusement décadente et pittoresque. Racontée par Fanny, sa cousine, cette histoire très amusante m’a fait passer un moment franchement jubilatoire. Entre la Trotteuse aux mœurs légères, Oncle Matthew et ses dentiers régulièrement renouvelés, le placard des Honorables, le fantasque voisin Merlin et un domaine digne des romans de Radcliffe, difficile de s’ennuyer ! Terriblement anglais, ce roman ne pouvait pas ne pas me plaire.

Il reste cependant léger : j’ai pensé au cadre plus ou moins contemporain des romans de Forster ou de Virginia Woolf mais, hormis l’époque et l’aspect profondément britannique, difficile de comparer Mitford et son humour exquis à ces auteurs.

Attention, le roman présente de nombreuses qualités. Le style est agréable (du moins à la traduction), les personnages bien campés et la narratrice pose un regard assez ironique sur l’histoire de sa cousine préférée, dont la quête de l’âme sœur est loin d’être évidente ! Ajoutons à cela un portrait malicieux de la haute société anglaise et nous voilà avec un très bon roman, divertissant et plein de charme !

La suite très bientôt !

 

Quelques extraits savoureux :

Le Mariage de Louisa (sœur aînée de Linda) :

« Tout à coup, il y eut un mouvement de foule. John et son témoin, Lord Stromboli, surgis comme deux diables d’une boîte, se trouvaient au pied de l’autel. Dans leurs jaquettes, les cheveux copieusement enduits de brillantine, ils étaient vraiment éblouissants, mais à peine eûmes-nous le temps de les regarder que Mrs Wills attaqua un grand jeu d’orgue, pendant qu’Oncle Matthew remorquait le long de la nef, à une folle allure, Louisa, dont le visage était voilé. En cet instant je crois que Linda eût volontiers changé de place avec Louisa, fût-ce au prix très lourd de vivre heureuse à jamais avec John Fort-William.

Nous n’eûmes pas le temps de nous ressaisir que Louisa redescendait la nef, remorquée par John. Elle avait rejeté son voile en arrière et Mrs Wills faisait presque sauter les vitraux avec une Marche nuptiale tonnante et triomphale. » (p74)

Oncle Matthew parlant à la mère de son futur gendre, d’origine allemande :

« Ma chère Lady Kroesig, je n’ai lu qu’un seul livre de toute ma vie, et c’est Croc-Blanc. C’est tellement bien que je ne me suis jamais donné la peine d’en lire un autre. » (p101)

Et sachant qu’il a assommé un certain nombre d’Allemands avec sa pelle-pioche pendant la guerre :

« … nous vîmes qu’on montait deux plateaux pour sir Leicester et Lady Kroesig.

« Non, vraiment, ça dépasse la mesure, que diable ! dit Oncle Matthew. Jamais je n’ai entendu parler d’un homme qui prend son petit déjeuner au lit ! »

Et il jeta un regard nostalgique à sa pelle-pioche. » (p103)

Elles ont aimé : Emjy, enthousiaste ; Malice (qui a lu les deux Mitford de 10/18 dans le cadre du swap Eternel Féminin) ; Lilly (avec quelques réserves) ; Anne, qui comme Clarabel, trouve que Nancy Mitford c'est "Waouh" ; Nanou, dont j'avais oublié la note pourtant indiquée sur son billet sur L'amour dans un climat froid...

Elles sont plus déçues : Papillon a trouvé ce roman « drôle et joliment écrit » mais a été déçue par la fin du roman ;  Caro[line], encore moins convaincue.

In Cold Blog a également parlé d’un livre sur ces incroyables sœurs Mitford… voilà qui me tente bien !

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254 p

Nancy Mitford, La Poursuite de l’Amour, 1945

20/10/2008

Thé ou Xeres ?

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Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu de romans spécialement écrits pour un public jeune (à l’exception de la relecture de La Sorcière de Midi, à recommander aux enfants qui ne sont pas sages et dont je fais partie). Mais quand Lilly a parlé de cette histoire de vieille dame entourée de bouquins dans une bicoque branlante, ma curiosité a été piquée.

Albert, le narrateur, est un adolescent mal dans sa peau, solitaire à l’école et incompris à la maison. Avouez, charmants lecteurs, que ce garçon sort sacrément du lot (mais n’est pas héros qui le veut… quoique, mais c’est une autre histoire) : nul à l’école, aux abonnés absents côté activités extrascolaires, Albert aime : 1) son chat (qui m’est particulièrement sympathique) ; 2) l’horticulture (passe-temps sans aucun doute peu prisé par la majorité des adolescents habitant près de New York) ; 3) la littérature, en particulier Shakespeare (rien que ça !).

Dans une maison où l’orage n’est jamais bien loin, Albert a renoncé depuis longtemps à communiquer avec sa mère – névrosée, et son père – alcoolique. Puis il rencontre une voisine, Orpha Woodfin. A 80 ans, celle-ci vit seule dans une maison menaçant de s’effondrer, un lieu envahi par la crasse et les livres. Albert se prend rapidement d’affection pour cette femme qui, après avoir été une grande actrice de théâtre en Europe au début du XXe, a choisi de vivre simplement et l’aide à donner plus de sens à sa vie.

Ecrit avec simplicité, à travers la voix d’un adolescent, ce roman est très agréable à lire ; il est sans aucun doute bien adapté à un public de 10-15 ans mais fait aussi passer de bons moments quelques années plus tard. S’il est très abordable et semble assez simple à première vue, il donne à réfléchir sur les valeurs essentielles à chacun, ouvre une porte sur la littérature classique et questionne la notion de l’amitié à travers l’exemple de ce tandem peu conventionnel. Fashion souligne à juste titre le côté intemporel de cette histoire, que j’avais d’ailleurs tendance à transposer vingt ans plus tard. Ecrit en 1968, classique mais pas trop, ce roman n’a pas mal vécu le passage du temps avec ses effets de mode parfois dévastateurs à long terme. En ce qui me concerne, les collections pour ados étaient très peu présentes quand j’étais au collège et le passage des livres pour enfants aux livres pour adultes ne m’a pas toujours satisfaite à l’époque. J’aurais adoré connaître un éditeur de ce type pour mes lectures nocturnes, sous ma couette avec ma lampe torche !

Ce livre-voyageur a été prêté par Lilly (merci !) et lu par Fashion, Karine et, avant par Clarabel et Gawou. A mon tour de le faire parvenir à l’un(e) d’entre vous, petits chanceux ! Who’s next ? Yueyin (il me semble…) ?

Extraits 50% félins, 100% tordants :

« Je suis resté couché là, sur mon lit, à réfléchir à tout ça. Jusqu’à ce que je remarque qu’Orson était de nouveau assis dans la penderie. Dans le noir. Il y a deux ans environ, il a attrapé une souris à cet endroit et il ne s’en est jamais remis. Depuis, il passe une grande partie de ses journées assis là, comme si la même souris allait revenir. » (p 60)

« En chemin, j’ai aperçu Orson caché sous une haie et j’ai tout de suite compris que les geais bleus en avaient encore après lui. Orson doit être le seul chat d’Amérique pourchassé par des oiseaux. Il faut dire qu’il y a trois mois de cela, il s’est introduit dans un de leurs nids et ils ne l’ont jamais oublié. Depuis, chaque fois qu’ils le voient, ils fondent sur lui en poussant des cris de déments, et ça le traumatise. Parfois, il est obligé de rester caché toute la journée.

Il m’a regardé passer sans remuer une moustache. Prudent. » (p 154)

167 p

Barbara Wersba, Notre petite vie cernée de rêves, 1968

16/10/2008

Flower Power

chatelet_femme_coquelicot.jpgAlors que je n’avais pas lu beaucoup de livres sur le sujet – pour ne pas dire aucun, le prix Landerneau et l’opération du Livre de Poche m’ont amenée cet été à plonger à deux reprises dans le monde merveilleux des maisons de retraite. Sur les conseils de Malice (qui me l’a prêté), j’ai récemment lu La Femme Coquelicot de Noëlle Châtelet. Ce livre aborde la question encore assez taboue de l’amour chez les plus de 70 ans.

Retraitée, veuve, mère de deux enfants et grand-mère, Marthe mène une existence tranquille dans son appartement parisien. Entre thé et infusions – surtout pas de café, cachets et goûters en famille le dimanche, elle s’ennuie après des années de mariage tout aussi assommantes. Un après-midi, elle rencontre Félix dans le café où elle a ses habitudes. Ce vieux monsieur, « l’homme aux mille cache-col », savoure en la regardant un café, dans un moment poétique et sensuel qui marque le début d’une relation tendre et passionnée. Amoureuse pour la première fois, Marthe devient cette femme coquelicot qu’elle aurait pu être sans un mariage raté. Elle s’épanouit, multiplie les petites folies, aime et souffre comme une adolescente. Cette relation change son rapport à la vie : c’est cette évolution qui va servir de fil conducteur à l’histoire.

« Tout est semblable pourtant, mais avec un degré de plus.

Par exemple, elle met davantage de sel dans ses aliments, laisse se multiplier les rondelles de pain du petit déjeuner, règle à la hausse le son de la radio ou de la télévision. Elle veut amplifier les bruits. Voir éclater les couleurs. Même les objets usuels ont pris une autre épaisseur, une autre tangibilité. Marthe a besoin de sensations plus concrètes, de plus de proximité avec les choses et les gens. »

« Ce degré, cet échelon, gravi dans les sensations lui permet aussi d’éprouver certains faits de la quotidienneté comme des espèces d’événements. L’automatisme des gestes a fait place à quantité de petits ravissements. » (p15)

« Et Marthe veut brûler, comme avec Rossini et dans son flamboiement. » (p54)

« Et si c’était le désir qu’elle venait de rencontrer dans la rue, le désir coquelicot ? » (p77)

Le roman soulève avec naturel certaines questions comme la sexualité des personnes âgées ou le regard que leurs enfants portent sur elles. C’est aussi une jolie histoire d’amour écrite simplement, un texte assez court agréable à lire. La vieillesse est à mon avis abordée avec plus de spontanéité et moins de clichés que dans Nous vieillirons ensemble et Ces petites choses, deux lectures cependant très sympathiques. Plus centré sur l’intimité des personnages, La Femme Coquelicot apporte un regard dépouillé, sobre sur le sujet. Une lecture rafraîchissante, ce qui est plutôt signe de réussite vu le sujet, n’est-ce pas ?

chatelet_femme_coquelicot adapt TV.jpgJe venais à peine de finir cette lecture lorsque l’adaptation en téléfilm a été diffusée sur France 3. Les deux acteurs parviennent à rendre toute la sensibilité qui émane de leurs personnages mais le téléfilm est à mon avis assez navrant. A part les extraits d’opéra (également un thème récurrent du livre), la musique, déjà rare, est particulièrement mièvre. Quelques changements ont été opérés, ce qui n’apporte à mon avis rien à l’affaire, tandis que le réalisateur ne se réapproprie pas du tout le texte et se contente de transposer maladroitement à l’écran une histoire qui devient tout à fait soporifique. Un parfait téléfilm de grands-mères, réducteur à souhait !

152 p

Noëlle Châtelet, La Femme Coquelicot, 1997

14/10/2008

Lentement mais sûrement

ben sadoun_fausse veuve.jpgVoilà une lecture que je repoussais depuis un peu plus d’un mois, après avoir parcouru les premières pages sans parvenir à me plonger sérieusement dans le texte. Je me reprochais la mise en ligne tardive de mon billet (car ce livre m’a été envoyé par Chez Les Filles) mais je crois que ce délai a eu quelque chose de positif puisque j’ai repris hier ma lecture avec beaucoup plus d’intérêt.

Dans ce texte d’une centaine de pages, Florence Ben Sadoun revient sur l’accident cérébral qui l’a brutalement privée de son compagnon. Ce dernier était devenu célèbre pour le livre qu’il avait écrit à l’hôpital, frappé du locked-in-syndrome et s’exprimant seulement par battements de paupières. C’est justement ce regard si intime sur une histoire qui n’a rien de fictif qui m’a au début fait hésiter. Les premières pages me donnaient la désagréable impression d’assister à un déballage de linge sale qui ne me regardait pas. Pourtant, en reprenant ma lecture, j’ai trouvé que cette mise à nu d’une relation devenue publique était faite avec une certaine pudeur. Contrairement à ce que je craignais, je trouve que ce texte ne se limite pas à un règlement de compte ou à un étalage de la vie privée du plus mauvais goût.

La narratrice se présente comme la « fausse veuve », cette femme illégitime occupant une position inconfortable : à l’origine de la séparation de son compagnon marié et père de famille, elle n’a vécu que quelques mois avec lui avant son accident. Une fois son homme hospitalisé, elle devient transparente pour beaucoup : la femme, l’officielle, est celle vers qui se tournent logiquement les médecins. L’histoire d’amour du malade devient une aventure, une parenthèse dans un mariage et une longue vie commune. L’épouse devient logiquement celle que l’on plaint, celle qui sera veuve dans peu de temps.

On sent évidemment la rancœur, l’amertume de celle qui disait vivre une belle histoire d’amour, qui croyait refaire sa vie mais qui devient pour beaucoup la « pute », celle qui rend la situation gênante par ses visites incessantes à l’hôpital… sans aucun doute celle qu’on préférerait oublier. Ce livre, fiction ou pas, est écrit par une narratrice qui a fait son travail de deuil : ce texte est l’hymne à la vie d’une femme qui relate son histoire perdue alors qu’elle a aujourd’hui trouvé le bonheur dans les bras d’un autre. Sans doute tourne-t-elle la page avec ce discours qu’elle adresse au disparu, une tirade qui laisse transparaître le ressentiment mais aussi le souvenir d’un amour sincère durement mis à l’épreuve. Se faire justice à coup de best-sellers est un procédé qui ne me plaît pas vraiment. Voyeurisme ? Littérature ? Je ne trancherai certainement pas la question. Mais j’ai finalement trouvé ce texte subtil et, bien qu’au début un peu déstabilisée par le passage fréquent du « tu » au « vous », j’ai beaucoup aimé l’écriture de Florence Ben Sadoun dont je serais ravie de lire un nouveau livre… si possible un vrai roman cette fois-ci.

Merci beaucoup aux éditions Denoël et à Violaine dechez les filles.jpgqui m’ont fait découvrir ce livre.

108 p

Florence Ben Sadoun, La Fausse Veuve, 2008

12/10/2008

Mangez-moi, mangez-moi…

pirzad_on_sy_fera.jpgVous avez sans doute déjà lu un certain nombre de billets sur On s’y fera de Zoyâ Pirzâd. Pas étonnant : il s’agit de la nouvelle opération du Livre de Poche, que je remercie pour cet envoi ! Alors, alors…

Avec ce titre peu évocateur, on peut s’attendre un peu à tout en ouvrant ce roman. Après lecture, on comprend mieux le choix de l’auteur (ou du traducteur) pour cette phrase vaguement philosophique, un brin défaitiste, un poil optimiste.

L’histoire est celle d’Arezou, une femme iranienne dont la vie est loin d’être simple : responsable d’une agence immobilière, Arezou doit subvenir aux besoins de sa famille et gérer les sautes d’humeur d’une mère acariâtre et d’une fille insupportable. Rien n’est au goût de la mère qui joue les grandes dames, tandis que la fille négocie tout à coup d’ « achète-moi ci » et d’ « achète-moi ça ». Entourée de quelques épaules fidèles, Arezou est dynamique et plutôt attachante, malgré une façon assez pessimiste d’aborder la vie, entre kilos en trop et manque de reconnaissance. Jusqu’au jour où elle rencontre Zardjou, un client agaçant qui devient en peu de temps un chevalier servant plutôt cocasse. Reste le poids des traditions. Sans parler de la réaction des proches d’Arezou qui, entre jalousie ou réprobation, risquent de ne pas lui faciliter les choses.

On s’y fera est à mes yeux un livre plaisant mais un peu léger. Beaucoup de personnages secondaires restent assez inconsistants comme Shirine, la meilleure amie, ou Nosrat, qui a toujours travaillé dans la famille d’Arezou.

Les scènes se répètent, entre restaurants, goûters, trajets en voiture, visites de logements et papotage à l’agence. Pleine d’abnégation, Arezou est un personnage intéressant mais qui, malheureusement, tourne un peu en rond jusqu’à une fin laissant bien des questions en suspens. Tant et si bien qu’on a presque l’impression de ne pas avoir avancé d’un pouce malgré l’entrée en scène de Zardjou, l’élément perturbateur.

Certaines scènes sont difficiles à transposer dans le contexte français auquel le lecteur lambda est habitué ; ainsi, le tutoiement exprimant la hiérarchie entre deux personnes choque un peu et aurait peut-être pu être exprimé en français par le vouvoiement (par exemple dans un magasin, entre un client et un employé). Même l’héroïne, plutôt sympathique, m’a profondément agacée dans sa relation avec Naïm, vieux domestique de la famille chargé de toutes les corvées et peu respecté. Comme lorsqu’à la fin du livre, pour la première fois, Arezou demande à Naïm de faire cuire son déjeuner pour le partager avec elle, juste avant de changer d’avis et de déjeuner avec une employée, lançant à un Naïm interrogatif : « Tu peux tout manger ! » (p 302)

Au final, ce roman est une fenêtre ouverte sur l’Iran et offre à ses lecteurs un agréable voyage, assez rapide et malheureusement quelque peu superficiel. Une lecture facile et dépaysante, donc, qui tient cependant de Jane Austen et de ses héroïnes à peu près autant que Mamma Mia ! rappelle Pride and Prejudice (cette pauvre Jane doit se demander ce qu’elle a bien pu faire pour figurer sur tant de quatrièmes de couverture et de synopses de films) !

Quelques avis de lectrices : Sylire (qui évoque l'annonce brutale d'un mariage avec un petit ami très chaste qui n'a pas encore été présenté à la famille), Praline, Malice, Tamara, Brize, Miss Alfie (toutes un peu déçues), Saxaoul, Clarabel, Anne, Lina Ribeiro (nettement plus convaincues) et Fashion (qui a souligné avant moi l’incongruité de la référence à Jane Austen).

317 p

Zoyâ Pirzâd, On s’y fera, 2008

11/10/2008

Le pourquoi du comment (et vice versa)

Livre - Montecore.jpgLa scène : Lou, devant son bureau, l’ordinateur allumé depuis un certain temps. La protagoniste a l’air perplexe, voire désespéré.

En arrière-plan, des livres, des bibliothèques surchargées, des piles de bouquins en cours de lecture (piles sur le point de s’effondrer), une théière fumante, des photos espagnoles et des peintures de Mr Lou.

Au premier plan, le livre de Jonas Hassen Khemiri qui semble narguer notre héroïne en panne devant son clavier.

Et tout ça pourquoi ?

Depuis que j’ai refermé la dernière page de Montecore, Un tigre Unique, je me demande comment parler de cette lecture qu’on pourrait symboliquement comparer à ce que les grands hommes pleins d’imagination fictive ont appelé les montagnes russes (merci Kadir, source d’inspiration).

Procédons donc avec un minimum d’ordre (on fait ce qu’on peut) et un maximum de méthode.

Contexte :

Petit 1 – où comment Lou a décidé de lire un roman qui serait sans doute passé inaperçu sans une intervention extérieure probablement divine/supranaturelle/due au plus grand hasard : Jonas Hassen Khemiri sera à Paris le 16 octobre 2008. Il sera présent à une réunion qui devrait notamment réunir les participants des dîners livres-échanges et ceux du club des théières. Apparemment il y aura à cette occasion un apéro et la rencontre a été orchestrée par l’éditeur français de J. H. Khemiri, mais je ne suis pas tout à fait certaine du déroulement de la soirée. Plus d’infos sur le site des dîners livres échanges de Cécile de Quoide9.

Petit 2 – où tout le monde s’est mis à lire Jonas Hassen Khemiri : les éditeurs ont fait parvenir un exemplaire au club des théières et un autre à Cécile de Quoide9. Je n’ai pas trouvé toutes les notes mais j’ai notamment vu que La Lettrine, Fashion et Malice étaient enthousiastes ; quant à Cécile de Quoide9, serait-elle amoureuse ?

Le hic :

Au bout d’une dizaine de pages – « mouarf » (dubitatif).

Au bout d’une trentaine de pages – « pffffffff » (malheureux).

Au bout d’une centaine de pages – « les papas… les papas… (ronflements) QUOI ? Ah oui… les papas… ».

Et là Lou, triste de ne pas prendre plus de plaisir à sa lecture, déçue de ne pas aimer ce qui avait été une révélation pour d’autres lecteurs sans aucun doute dignes de confiance… bref là Lou décide de prendre le taureau par les cornes et de relire l’avis dithyrambique de Cécile afin de : 1) comprendre pourquoi ce livre sort de l’ordinaire ; 2) trouver de bonnes raisons d’être motivée à la perspective des quelques 270 p qui l’attendent encore ; 3) trouver un certain réconfort en lisant un billet divertissant qui, au moins, la réveillera enfin.

Je ne vous cite qu’un extrait et vous invite à lire la suite : « Indépendamment de nos propres goûts, il est des livres qui apportent incontestablement quelque chose à la littérature, d'autres moins ou pas du tout. L'idéal est évidemment de tomber (sans se faire mal) sur un livre qu'on aime ET qui apporte quelque chose à la littérature. "Montecore, un tigre unique" fait partie de ces livres marquants que j'ai refermés avec regret et la sensation de les avoir lu trop vite. »

Entrée dans l’arène – rounds suivants et combat final :

La progression plus que poussive qui a caractérisé la lecture de la première moitié de ce livre a précédé une période particulièrement exaltante où, la tendance s’étant inversée, Lou a savouré avec plaisir la suite du roman, malgré un petit essoufflement lors la prise des quelques dix ou quinze dernières pages.

Le dilemme :

Une alternance entre une lecture asthmatique et un échange particulièrement jouissif, soit 50% de calme plat et 50% d'effervescence. Sans doute du jamais vu dans mon parcours de lectrice mais là n’est pas la question. Le fond du problème : une fois les tenants et aboutissants présentés, comment présenter ce roman de façon équitable ?

Faisons ce qu’on peut.

Voilà un livre en partie autobiographique qui a le mérite de détourner immédiatement ses lecteurs de la réalité et de faire de l’art d’écrire l’un des principaux sujets. S’apparentant au montage le plus improbable qui soit, Montecore, Un Tigre unique réunit la correspondance fictive du jeune écrivain Jonas Khemiri et de Kadir, le meilleur ami de son père Abbas. Dans un échange de mails a priori douteux, les deux hommes dressent peu à peu le portrait d’Abbas, photographe cosmopolite de cœur aux réalisations très incertaines. A la vision idéalisée de Kadir succèdent les descriptions désabusées d’un fils devenu très amer après le départ de son père. L’effet est parfois explosif, notamment lorsque Kadir demande à Jonas de supprimer des passages entiers ou de remplacer « la silhouette des papas s’est élargie autour de la taille et les racines de leurs cheveux ont commencé à se retirer » par « sont impressionnants, musclés et masculinement poilus de la tête aux pieds ». (p 267)

J’ai mis tellement de temps avant de me laisser séduire par ce tigre qu’il serait malhonnête de ma part de ne souligner que les aspects les plus réussis du roman. Commençons donc par ce que je lui reproche. La première partie repose essentiellement sur les écrits de Kadir, qui s’exprime dans un suédois approximatif influencé par l’arabe, sa langue maternelle. En découlent quelques phrases et jeux de mots amusants comme cette image que Kadir souhaite intégrer au roman : « Notre duo ressemblait à des lézards courant à toute vitesse à travers le plafond de la vie sans jamais sentir leurs dos chuter vers ce qu’on appelle le sol. » (p58)… Malgré tout, j’ai trouvé ces passages rapidement lassants. Par ailleurs, on ne sait pas toujours si certaines fautes ou approximations sont dues au suédois de Kadir ou aux fautes des traducteurs. Voici quelques exemples : « l’exhibition » pour « l’exposition » (p46) ; « ce trou de rat » (p51) ; ou encore « l’an 1972 était acquis lorsque ton père et moi prîmes congé (…), remplîmes (…) et entrèrent… » (p57). Plus j’y repense, plus je crois que j’aurais été plus indulgente en relisant la première partie après avoir savouré tout l’échange entre les deux personnages. Quoi qu’il en soit, la lourdeur volontaire des expressions de Kadir (divertissante ou pas) concerne peut-être plus la première partie, le style gagnant en fluidité par la suite : est-ce dû à sa pratique du suédois ? à l’influence de Jonas ? à mon regain d’intérêt ?

Malgré ses défauts, ce livre me laisse finalement une impression positive. L’auteur fait preuve d’un sens de l’ironie délicieux – notamment lorsque Kadir fait remarquer à Jonas que son style et ses compétences littéraires ne lui permettront certainement pas de mener tel ou tel projet à bien. L’introduction est un bon exemple du jeu constant entre auteur, narrateur et lecteur : « Hé Toi ! Hé toi ! Lecteur ! Là dans la librairie, qui feuillette ce livre ! Laisse-moi t’expliquer pourquoi tu vas sacrifier ton temps et ton argent dans ce livre-là ! » (p9) Quelques expressions de Kadir valent tout de même le détour : « les filles touristiques étaient suspendues devant nous comme des raisins qui aspirent à goûter nos bananes » (p59) même si l’intéressé tente de se défendre : « Tu augmentes le volume de mes bizarreries linguistiques. Tu asperges le texte de métaphores embarrassantes. Pourquoi suis-je obligé de me référer sans cesse aux déserts et aux dunes ? » (p 372)

Ce roman est aussi un remarquable hommage aux relations parfois difficiles entre pères et fils. Jamais Jonas ne se déclare vaincu, prêt à s’excuser. Pourtant, en écrivant deux points de vue opposés, l’auteur parvient à souligner l’intensité de ces relations, à dresser un portrait complet du père, presque cubiste - étiré selon des angles opposés, reflétant le meilleur comme le pire.

L’écriture à deux est presque inimaginable à première vue en raison des tensions entre les deux écrivains. Le résultat est effectivement un patchwork étonnant laissant visibles les traces d’écriture et de réécriture. C’est ce mélange incertain qui au final m’a véritablement séduite, en particulier lorsque le doute s’installe et que la figure du père semble plus présente que jamais. « La dernière chose que le lecteur entend c’est ton père qui dit : « Mon isolation de la famille était trop forte. Je devenais si gravement déprimé que j’étais prêt à tout pour retrouver la relation avec ma famille. J’étais même prêt à te faire envoyer des lettres électroniques par un ami antique qui a peut-être un peu exagéré le statut actuel de mon succès. Tout cela, pour que tu comprennes les décision que j’ai prises dans ma vie. » » (p 369).

Enfin l’aspect social et politique de ce roman est indéniable. Père et fils sont en désaccord quant aux démonstrations de racisme de plus en plus fréquentes en Suède dans les années 1990. Là où le père tente de s’intégrer et de condamner les immigrés qu’il juge responsables de la réputation désastreuse des Suédois d’origine étrangère, le fils, dont la mère est pourtant suédoise, s’identifie totalement aux groupes étrangers visés et se rebelle au risque de devenir le marginal que son père refusait de devenir – tout en l’étant sans doute malgré lui. Outre le contexte particulier rendu avec une intensité certaine, ce roman a sans aucun doute un écho singulier chez les lecteurs français d’aujourd’hui : un livre qui va à l’encontre de certaines idées reçues et qui donne matière à réflexion.

Alors si ce roman n’est pas parfait, si je ne fais pas partie des lecteurs 100% enthousiastes, je conclurai simplement sur tous ces atouts qui font de Montecore, un Tigre unique un (peut-être très) bon livre.

376 p

Jonas Hassen Khemiri, Montecore, Un Tigre unique, 2006 *

* édition originale

07/10/2008

Ennui mortel à Mudfog

dickens_chroniques_mudfog.jpgJ’ai une faille, une fêlure. Puisque c’est Pierre Gripari qui le dit. Et Gripari, c’est celui qui a peuplé mon imaginaire avec sa sorcière de la rue Mouffetard (sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière – phrase que j’évitais de prononcer en entier, parce qu’on ne sait jamais). Alors quand Gripari dit quelque chose, je lui accorde toute mon attention. Quoique.

Parce qu’il prétend qu’il manque quelque chose à ceux qui n’aiment pas Dickens. Or j’adore le Dickens de David Copperfield. Ou celui des Récits de Noël. Mais mon amour inconditionnel avait peut-être en fait ses limites. Et celles-ci se situent sans doute au niveau de la petite ville de Mudfog.

Œuvre de jeunesse publiée entre 1837 et 1839, les Chroniques de Mudfog ont été brutalement interrompues par Dickens alors qu’il entretenait des relations tendues avec son éditeur et que les longs romans étaient à l’époque bien plus en vogue que les chroniques. Dickens (heureusement pour moi) n’était pas particulièrement fier de ces écrits qu’il ne confia d’ailleurs pas aux éditions Hachette lors de la publication de ses œuvres en français. Au passage je me demande parfois pourquoi les éditeurs exhument à tout prix des textes oubliés depuis longtemps et nettement inférieurs à l’ensemble de l’œuvre d’X ou Y, qui plus est lorsque l’auteur lui-même avait renié les textes en question.

Les Chroniques de Mudfog mettent en scène une ville insignifiante où l’eau stagne, où le brouillard est omniprésent, une ville avant tout caractérisée par la bêtise de ses occupants et de ses visiteurs. Joyeux bordel, ce livre rassemble plusieurs textes très différents : des considérations sur tel événement mondain, l’ascension et la chute d’un homme devenu vaniteux ou encore ces descriptions d’assemblées pseudo scientifiques dont les savants portent des noms édifiants (comme le professeur Empoté ou le professeur Flémard).

Textes engagés, sombres, moqueurs, irrespectueux, ces Chroniques de Mudfog annoncent de nombreux thèmes chers à Dickens. La vanité, le pouvoir, l’argent et les conditions de vie des pauvres (avec cet exemple de l’homéopathie appliquée à l’alimentation) sont notamment dénoncés ici.

Si je cherchais ce livre depuis assez longtemps, je suis au final très déçue. Non seulement je n’ai pas goûté aux traits d’humour de Dickens qui m’ont laissée insensible, mais je me suis passablement ennuyée, attendant du début à la fin de retrouver un déclic qui ne s’est jamais produit – hormis un certain intérêt pour l’histoire du maire M. Tulrumble. Je regrette aussi les coquilles qui, sans être très nombreuses, ont parfois gêné ma lecture. Et, à titre d’illustration, je ferai remarquer que le nom de l’auteur figurant sur la tranche du livre est un inconnu dénommé « Charles Dikens ». Enfin, quelques notes supplémentaires auraient sans doute rendu ces Chroniques plus intéressantes, car il est visiblement fait allusion à des événements ou à des personnages aujourd’hui oubliés et j’ai eu l’impression de passer à côté de bien des détails.

Madame Charlotte et Loïc Di Stefano sont moins sévères que moi.

2,5coeurs.jpg

 


193 p

Charles Dickens, Chroniques de Mudfog, 1837-1839

06/10/2008

I love your blog as well !

Après quelques jours silencieux dus à la rébellion soudaine de mon portable, je viens de découvrir avec beaucoup de plaisir les tags de Brize, Karine :), Lilly, Emmyne, Thaïs , Choupynette et Laetitia la liseuse. Enfin… j’avais vu ceux de Brize et de Karine :) juste avant de me retrouver sans toile et sans mulot ! D'autres blogueuses m'ont taguée depuis... merci encore, c'est vraiment adorable ! : Cryssilda, Charlie Bobine, Nibelheim, Praline et Jumy.

i love your blog.png

Alors d’abord merci pour ce tag un peu particulier qui, outre la joie immense qu’il me procure (promis j’inscris vos noms sur un miroir et j’allume sept bougies en votre honneur ce soir), me donne une petite idée concernant le billet que je vais maintenant publier sur mon blog (en fait, il m’évite plutôt de réfléchir sérieusement à la façon dont je vais présenter mes trois dernières lectures, dont un Dickens que je n’ai pas aimé – ce qui me traumatise profondément !).

Le plus difficile maintenant est de déclarer « I LOVE YOUR BLOG » à sept autres blogueurs. D’abord parce que je suis un nombre assez impressionnant de blogs ; ensuite parce que je les apprécie pour des raisons différentes difficiles à hiérarchiser ; enfin parce que les tags cités plus haut changent aussi le billet que j’avais pensé faire (c’est d’ailleurs diablement vicieux de votre part !).

J’aurais pu taguer des blogs ayant déjà publié cette note ou extrêmement fréquentés… mais ce ne serait pas aussi drôle. Et puis 10 parce que 7 c’est moins marrant. D’où, TADAM ! :

Canthilde : … qui lit beaucoup de classiques et donne envie de les lire, qui m’a fait découvrir un certain nombre d’auteurs, qui est exigeante avec ses lectures et qui en parle très bien !

Cléanthe : … dont le blog est une autre mine de (re)découvertes classiques ! Cléanthe a également des goûts littéraires peu représentés sur la blogosphère et rend passionnante la lecture de billets sur Dumas, Sand et d’autres auteurs moins abordables, souvent réputés difficiles. Voilà qui me donne sans cesse des pistes de lecture… et me rappelle tout ce que les classiques ont à nous offrir !

Aelys : … qui est en mode silence radio depuis sa rentrée à l’IUFM mais que je trouve adorable et dont j’aime beaucoup le blog éclectique qui, lui aussi, met souvent à l’honneur des auteurs du XIXe.

Emjy : parce que Jane, parce que Charlotte et parce que l’Angleterre. Et parce que ses billets sont toujours détaillés et très intéressants. Un blog que j’ai découvert assez tard mais que j’apprécie beaucoup !

Malice : parce que je détiens en otage une certaine partie de sa bibliothèque, parce qu’elle est très sympa, parce qu’elle aime le thé, parce qu’elle fait souvent dans ses billets des rapprochements intéressants entre plusieurs œuvres et parce que ses notes synthétiques adoptent un format peu prisé, j’aime beaucoup l’esprit de son blog !

Romanza : voilà une blogueuse absolument adorable qui, en plus, lit tout un tas de textes qui m’attirent au plus haut point ! Ses billets pleins de fraîcheur achèvent souvent de me convaincre… ce qui est très mauvais pour ma PAL mais là encore, je lui pardonne bien volontiers ! 

Cryssilda : voilà un blog créé en juin 2008 par une lectrice hautement anglo-saxonne, au point de gérer une liste consacrée à la littérature victorienne sur Yahoo !. J’aimais échanger avec elle sur les listes littéraires et maintenant j’aime beaucoup son blog pour ses photos britanniques et des lectures assez peu influencées par la blogosphère… d’où de nombreuses découvertes ! Où l’on sait également pourquoi elle a un jour demandé en magasin L’Art de péter

Joëlle : parce que c’est une blogueuse vraiment très sympa, parce que je trouve ses billets spontanés et pleins de sincérité, parce que son blog respire la bonne humeur, parce qu’elle est encore plus en retard que moi avec le Prix Landerneau et qu’elle m’a fait découvrir récemment une excellente BD, etc etc etc.

Hilde : parce qu’on a écrit des histoires d’horreur ensemble quand elle avait 15 ans et moi 13. Parce que je sais beaucoup de choses compromettantes sur elle (et que (mal)heureusement c’est réciproque) et parce qu’elle m’explique dans chacun de ses mails qu’elle est un peu à la masse avec son blog. D’où un tag qui lui donne déjà des pistes pour son prochain billet !

Carolyn Grey : parce que son ancien blog était un des premiers que j’ai découverts, que Carolyn et moi avons des goûts assez proches, que je trouvais ses billets très intéressants, qu’elle a toujours mis Kate Atkinson à l’honneur sur son blog et qu’elle m’a fait lire mon premier Edith Wharton. Et parce que je prends toujours beaucoup de plaisir à lire son nouveau blog, même si je me fais toute petite parce que je n’ai pas encore lu Le Cercle du Phénix, commencé avant de partir en vacances, interrompu pour cette raison et pas encore repris… mais ça ne saurait tarder ! (Au passage j’ai voté pour Andrew)

Et je remarque certaines similarités entre le tag d’Isil et le mien, ce qui ne manque pas de m’amuser ! (Non non, nous ne nous sommes par concertées !)

Bon, je suis désolée de limiter cette note qui aurait pu se prolonger indéfiniment... et si elles n'ont pas été taguées, je serais ravie d'adresser aussi ce tag à Cécile de Quoide9, Praline, Anne, Nanne... notamment.

PS : j'ai utilisé le mot "découverte" (au singulier ou au pluriel) un nombre incalculable de fois dans cette note... j'implore votre pardon et j'espère que vous voudrez bien m'excuser !