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29/06/2008

Soooo glam !

Pink_attitude.jpgAmis lecteurs,

Ce billet ainsi que ceux à venir la semaine prochaine ont été rédigés à l’avance car en ce moment, votre chroniqueuse dévouée est sans doute en train de siroter una caña et de grignoter cien montaditos (enfin presque) ou des croquetas de bacalao (dans le café réputé exclusivement pour ces fameuses boulettes)… ou peut-être encore en train de savourer d’exquis churros con chocolate en terrasse… miam ! Je salive d’avance en repensant à mes endroits favoris et assidûment fréquentés il y a quelques années. (Autre option – beaucoup moins glamour : en ce moment même, miss Lou est en train de cramer et de transpirer à grosses gouttes en allant au Retiro chercher un peu d’ombre… c’est que j’ai perdu l’habitude des 40°, moi !) Tout ça pour expliquer mon absence momentanée et vos commentaires restant sans réponse pendant quelques jours.

 

Pink_attitude 02.jpgRevenons donc à nos moutons ! En l’occurrence, il s’agit aujourd’hui de Pink Attitude, le tout premier d’une série consacrée aux couleurs, aux Editions Liz.

Le principe : prenant le rose pour thème, ce livre regroupe une multitude de photos sélectionnées parmi la foultitude anonyme des blogs. Uniquement des photos « amateur » donc, pour un recueil aux sujets et styles plutôt variés.

Le format : couverture souple, papier glacé, Pink Attitude est d’abord un livre très agréable à feuilleter. Côté contenu, les photos sont de tailles variées, chaque page comprenant entre 1 et 6 photos. Contrastant avec les couleurs vives des photos, le fond choisi est le noir, tout à fait approprié.

Pink_attitude 03.jpgEt le résultat ? Sur fond de melting-pot stylistique, culturel et thématique, le rose sert de prétexte à un rassemblement des photos les plus diverses – parfois, le rose ne joue qu’un rôle marginal. On constate une volonté de regroupement par thème, (plus ou) moins respectée : ici les voitures, là les coiffures et le maquillage (visuels qui prédominent) ou plus loin encore la fête foraine. L’effet général reste cependant assez « fouillis », les thématiques ne faisant pas nécessairement des blocs solides et incontournables, l’ensemble des photos formant un joyeux bazar. Pourtant, cette cacophonie de couleurs, cette explosion de vie anarchique ne dessert en rien l’album.

Pink_attitude 04.jpgLa société de consommation est largement mise en avant ; le collage a priori assez aléatoire des différents visuelsPink_attitude 06.jpg confère à ce livre un certain pouvoir représentatif et donne à celui qui le parcourt plus de liberté d’appréciation. On pourrait peut-être reprocher la qualité inégale des photos et l’aspect répétitif de certains clichés. En ce qui me concerne, j’ai justement apprécié la richesse de ce livre qui a le mérite de poser un regard global sur les modes, tendances et phénomènes de société. L’approche est aussi très originale : outre l’authentique panorama ouvert sur des moments de vie, on peut saluer le fait d’adresser la perception du rose en puisant au cœur des blogs, autre phénomène ultra contemporain.

Pink_attitude 05.jpgAu-delà de ce qui peut s’apparenter à un livre d’art moderne (très urbain), Pink Attitude met en scène de façon originale la société, choisissant le petit bout de la lorgnette pour aborder très globalement le monde qui nous entoure. En ce qui me concerne, j’adore !

Merci à l'éditeur pour cet envoi.

160 p

Colors # 01, Pink Attitude, 2008

27/06/2008

Hard Candy

mansfield_mariage_mode.jpgRepéré il y a des mois sur les blogs, classé parmi le challenge anti-PAL que je m’étais fixé fin 2007, Mariage à la Mode de Katherine Mansfield a attendu bien longtemps dans ma bibliothèque mais voilà, je l’ai enfin lu. Bien m’en a pris, car j’ai passé un très bon moment ; plus encore, j’avais justement besoin de ce type de texte en ce moment. Je précise au passage que j’essaie de lire en parallèle deux autres romans qui ne me passionnent pas, d’où l’effet salvateur de ce petit recueil.

 

Tirés de La Garden-Party et autres nouvelles, les deux textes de ce recueil ont le mérite :1) d’inciter fortement le lecteur à prolonger le plaisir avec la découverte du recueil complet ; 2) de donner un aperçu intéressant de l’œuvre de Mansfield, réputée pour ses talents de nouvelliste. J’avoue avoir parfois un peu peur après plusieurs lectures décevantes dans cette collection Folio 2 € (j’en parlais après ma lecture de Mark Twain).

 

Bizarrement, Mansfield fait partie de ces auteurs classiques un peu oubliés après avoir été en vogue à une certaine période. Voilà en quelques mots ce que nous raconte monsieur Folio à ce sujet.

mansfield_2.jpgMansfield (1888-1923) est un auteur néo-zélandais. Ayant étudié au Queen’s College à Londres, elle passe quelques années entre la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre où elle choque la bonne société en « s’éloignant » du jeune violoncelliste Arnold Trowell pour devenir la maîtresse de son frère jumeau violoniste, Garnet. Shocking ! Alors qu’elle est enceinte de Garnet (dont les parents s’opposent bien sûr à une éventuelle union), Mansfield épouse finalement George Bowden, « un professeur de chant plus âgé qu’elle de trente et un an », « pour le quitter le jour même ». (Notez, amis lecteurs, le côté sulfureux de cette biographie qui a au moins le mérite de nous tenir en éveil par son petit côté piquant même si, jusqu’ici, hormis la publication de quelques nouvelles, rien de bien littérairement significatif n’est arrivé à la jeune Katherine) Mansfield, rayée du testament de sa mère, fait également une fausse couche avant de continuer à mener une vie sentimentale forte en rebondissements. Au début des années 1910, Mansfield commence à souffrir de tuberculose ; la maladie ne sera pas diagnostiquée à cette époque mais la pousse à se rendre dans le sud de la France en 1917. Cette période est aussi marquée par le décès de son frère victime d’une grenade et dont la mort touche particulièrement l’auteur. Mansfield, après avoir fait notamment la connaissance de D.H. Lawrence avant son installation en France, devient également l’amie de Virginia Woolf. Cette dernière pousse Mansfield à publier ; deux recueils voient le jour : Félicité en 1920 et La Garden-Party en 1922. D’autres nouvelles, le journal et les lettres de Katherine Mansfield seront également publiés à titre posthume.

Passons le côté people et parlons maintenant de ces deux nouvelles.

Mariage à la Mode est l’histoire de William, travaillant à Londres et venant passer ses week-ends en bord de mer auprès de son épouse et de ses enfants. Amoureux fou de sa femme, heureux en famille, William a dû s’habituer aux nouvelles exigences de son épouse, toujours charmante mais très influencée par un groupe d’amis. Une grande maison, des domestiques, peu d’intimité. Voilà à quoi se résume désormais la vie de William, pourtant prêt à faire chaque week-end beaucoup de concessions.

Entre cet homme qui souffre d’une douleur à la poitrine (annonce de mort imminente ? symbole de son malheur ?), sa femme jolie mais frivole, les relations envahissantes profitant des moyens financiers de l’avocat et deux enfants auxquels il ne peut plus offrir de jouets (à la demande de sa femme) et dont les bonbons et autres cadeaux comestibles sont accaparés par l’épouse et ses amis, Mariage à la Mode est un texte au final assez mélancolique aux personnages extravagants.

La Baie, qui constitue l’essentiel de ce recueil, est un récit retraçant la journée des habitants de Crescent Bay, de l’aube jusqu’aux premières heures de la nuit. Vacances en famille, désirs personnels, vie quotidienne, rêves enfouis sous une réalité tout autre, conventions, alliances et animosité ne sont pas en reste dans un tableau réaliste exécuté avec une certaine légèreté.

Si les sujets ne sont pas forcément très joyeux, ces textes restent pourtant agréables, comme baignés de la lumière et caressés par la mer toutes deux omniprésentes dans ces récits. Les défauts, les sentiments négatifs aussi bien que les aspects plus positifs de la nature humaine sont révélés avec simplicité et avec un certain recul qui pose le narrateur en simple observateur omniscient. C’est au lecteur de juger de la conduite des uns et des autres s’il le souhaite. Reste un portrait parfois tendre, souvent acidulé brossé par une plume très agréable. Tout en finesse, ces deux récits qui m’ont parfois fait penser aux toiles de Sorolla ou de Mary Cassatt méritent sans aucun doute d’être (re-)découverts.

L’avis de Hilde et celui de Lilly.

 

Extrait de La Baie :

La mer était basse ; la plage était déserte ; les flots tièdes clapotaient paresseusement. Le soleil ardent, flamboyant, tapait dur sur le sable fin ; il embrasait les galets veinés de blanc, les gris, les bleus, les noirs. Il absorbait la petite goutte d’eau blottie au creux des coquillages incurvés ; il décolorait les liserons roses qui festonnaient les dunes. Tout paraissait immobile, à part les petites puces de mer. Pft-pft-pft ! Elles n’arrêtaient pas une seconde.

Là-bas, sur les rochers tapissés de varech qui ressemblaient, à marée basse, à des bêtes au long poil descendues boire au bord de l’eau, le soleil tournoyait telle une pièce d’argent dans chaque petite flaque. Elles miroitaient, frissonnaient et d’infimes vaguelettes venaient baigner leurs rives poreuses. Si on se penchait pour l’observer, chaque flaque était comme un lac bordé de maisonnettes roses et bleues ; et par-derrière, oh ! une immense région montagneuse – des ravins, des cols, des criques dangereuses et des sentiers affreusement escarpés qui menaient au bord de l’eau. Sous la surface ondoyait la forêt marine – des arbres roses, minces comme des fils, des anémones veloutées et des algues orange tachetées de petits fruits. Voici qu’au fond une pierre remuait, oscillait et l’on entrevoyait une antenne noire ; une créature filiforme passait en ondulant et se perdait. Il arrivait quelque chose aux arbres roses tout ondoyants : ils devenaient d’un bleu froid de clair de lune. Et soudain, à peine audible, un tout petit « floc ». Qui avait fait ce bruit ? Que se passait-il là-dessous ? Et comme l’odeur humide du varech était forte sous le soleil brûlant…

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101 p

Katherine Mansfield, Mariage à la mode précédé de la Baie, 1922

Challenge anti-PAL 2008

25/06/2008

Une nouvelle BD victorienne…

BD_madone_pellini.jpgAyant repéré sur les blogs La Madone de Pellini il y a peu, j’ai rapidement cherché en librairie cette histoire qui avait vraiment beaucoup pour me plaire. Elle m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à l’excellent livre The Master de Colm Toibin où l’on retrouve Henry James dans sa propriété de Rye. J’essaierai d’en parler à l’occasion.

Le tome 1 de cette bande dessinée revient sur un curieux manuscrit que l’on aurait retrouvé dans une maison que possédait Henry James dans la région d’Essex. L’histoire est celle de Nora, une jeune femme pensionnaire depuis peu de l’Institut psychique de Londres. Celle-ci fait la connaissance de Henry James et du jeune peintre Francesco Guibilati, qui ne tarde pas à lui faire découvrir une collection de tableaux peints par l’artiste florentin Pellini, un homme pour le moins obscur d’après la légende. James et Guibilati, qui n’ont pu s’empêcher de remarquer la ressemblance de Nora avec une toile peinte par le maître, proposent à la jeune fille de se livrer à ce qui ressemble à des séances de spiritisme. Cependant, Nora devient rapidement la victime de cet étrange procédé, bientôt en proie à d’étranges visions…

BD_madone_pellini_T1 planche.jpgLa Madone de Pellini avait tout d’un titre prometteur : l’Angleterre victorienne, la présence d’Henry James, un peu de spiritisme et peut-être quelques fantômes. Mon avis est pour l’instant assez mitigé. Tout d’abord en raison des dessins. Plusieurs couleurs dominent : parfois les tons sépia, d’autres encore une couleur bleue. L’effet sympathique est parfois un peu monotone mais bien moins dérangeant que les personnages, dont la physionomie varie parfois beaucoup selon les dessins. Il en va ainsi de Miss Torrence qui accueille Nora à l’Institut : pouvant parfois passer pour une matrone inoffensive, elle prend ailleurs des traits étonnamment masculins et, lorsqu’elle accueille Nora, ses traits réprobateurs et franchement désagréables contrastent avec ses paroles plutôt accueillantes. Il en va de même de Nora qui, ayant un léger malaise, s’effondre dans une position bizarre et, alors qu’elle pouvait sembler évanouie, est parfaitement sur pied dans l’image suivante. De façon générale je n’ai pas été particulièrement sensible aux illustrations, bien que cela reste très subjectif. Quant à l’histoire, il est parfois difficile de juger avec un premier tome. Beaucoup d’effets d’annonce, une aventure qui promet d’être riche en rebondissements mais, pour l’instant, un ensemble un peu trop confus à mon goût. Difficile de s’attacher aux personnages, l’intrigue avance peut-être trop rapidement dans tous les sens… le tout laissant au final une impression d’inachevé. Cette bande dessinée reste pourtant agréable et, en raison du sujet, je lirai très certainement la suite en espérant que le tout gagne en relief avec le 2e tome.

48 p

Rivière, Federici, La Madone de Pellini Tome 1, 2008

 

16:00 Publié dans BD & Manga | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | |

23/06/2008

Tableau de maître

james_depouilles_poynton.JPGAprès une série de lectures plutôt contemporaines et souvent éloignées de mon univers de prédilection, la littérature anglo-saxonne, j’ai eu envie de faire une petite pause pour revenir à quelques classiques. Mon premier choix s’est porté sur Henry James, dont j’avais déjà lu The Turn of the Screw et quelques nouvelles. J’avais notamment en réserve Les Dépouilles de Poynton, livre que j’ai croqué avec plaisir le temps d’un week-end.

James fait partie de ces auteurs pouvant rendre une atmosphère si particulière où le plus petit détail, la moindre allusion, chaque expression prêtent à une analyse fournie qui alimentera toute l’histoire et fera de personnages a priori insignifiants les acteurs principaux d’un drame inattendu. Avec son écriture fine, précise, parfois circonspecte, son portrait sans concession d’une société bourgeoise engoncée dans l’hypocrisie et les faux-semblants, James me fait bien souvent penser à Edith Wharton, qui d’ailleurs évoque son ami écrivain dans Les Chemins parcourus.

Les Dépouilles de Poynton retrace l’histoire d’une famille déchirée lorsque, à la perspective du mariage de son fils, Mrs Gereth voit partir en fumée toute la vie qu’elle avait construite autour du château de Poynton, résidence emplie de trésors accumulés tout au long d’une vie. Passionnée par l’ameublement recherché de sa résidence, amoureuse de chaque bibelot, Mrs Gereth ne supporte pas de voir son fils Owen (beau, intègre mais stupide) tourner autour de Mona Brigstock, jolie femme vulgaire et vaine incapable de saisir la beauté que les pièces de Poynton recèlent. Par amour de l’art, Mrs Gereth place tous ses espoirs dans une autre jeune femme, Fleda Vetch, celle-ci brillante, subtile et surtout, douée d’une compréhension profonde des talents déployés pour faire de Poynton un lieu unique. Issue d’une famille modeste, Fleda devient bientôt la confidente de Mrs Gereth, puis un intermédiaire incontournable dans les transactions et discussions qui opposent la mère et le fils. Car dès le début du roman, Mrs Gereth sait que la nouvelle fiancée demande l’expulsion de la maîtresse de maison, ne consentant à lui laisser que quelques meubles, le fils étant désormais seul propriétaire des lieux.

Plusieurs sujets se mêlent ici : la beauté de l’art et sa valeur, sur un plan que l’on pourrait qualifier de « moral » ; les choix difficiles qui s’opèrent entre amour et loyauté ; la grandeur d’âme opposée à l’appât du gain ; l’intelligence à la bêtise et à l’étroitesse d’esprit ; les ambitions nobles à la petitesse de personnes simples ; l’esthétisme et la réflexion à la volonté triomphante. Le choix de la liberté et les sacrifices qu’il implique est également une question centrale dans ce roman où, par sa lucidité, Fleda va prendre une envergure inattendue.

De personnage périphérique, Fleda devient en effet rapidement le sujet central. Partagée entre son respect des belles choses, son amour pour Owen, ses devoirs envers sa bienfaitrice et surtout, son sens des scrupules excessif, la jeune femme prouve tout au long du roman son goût du sacrifice, plaçant certaines valeurs par-dessus tout, au risque de tout perdre. Son statut est lui aussi au centre de l’intrigue : amie ? ; dame de compagnie ? ; fausse employée ? ; ou même simple meuble, comme le prétend Mrs Gereth dans sa colère ?

Jusqu’à la dernière page, le lecteur se prend à espérer certains retournements de situation, l’histoire prenant petit à petit un tour que l’on pourrait trouver inattendu s’il ne reflétait pas une parfaite maîtrise de la narration.

HenryJames.jpgComme le dit Henry James lui-même dans sa préface : « Oui, c’est une histoire de vitrines, de chaises et de tables ; c’étaient eux la pomme de discorde mais le sort de ces meubles remarquablement passifs semblait représenter un dénouement relativement vulgaire. Les passions, les facultés, les forces que leur beauté, comme celle de l’Hélène de Troie antique, mettrait en jeu étaient ce qu’en tant que peintre, nous avions vraiment voulu d’eux ; c’était la puissance qu’ils incarnaient qu’on avait dès le début appréciée. »

Et sur Fleda : « Du début à la fin, dans Les Dépouilles de Poynton, c’est Fleda qui apprécie les choses, et même toutes les choses, et c’est précisément pourquoi, conséquence imposée de façon plutôt solennelle, tous les autres personnages apparaissent relativement stupides car l’imbroglio, le drame, la tragédie et la comédie de ceux qui savent apprécier résident surtout dans leurs relations avec ceux qui ne savent pas. De la réflexion de cette vérité qui est présentée, mon histoire tire, selon moi, une certaine apparence évidente d’épaisseur et de facilité. Les « choses » rayonnent, répandent au loin toute leur lumière avec une monotonie impitoyable, exerçant sans remords leurs ravages ; et Fleda, de façon presque démoniaque, voit et sent à la fois tandis que les autres ne font que sentir sans voir. »

Un élégant roman au fil narratif relativement simple qui soulève avec une certaine ambition de nombreuses questions. Un livre très jamesien qui plaira sans aucun doute à ses fervents lecteurs. Peut-être un peu moins complexe que The Turn of the Screw dans mes souvenirs… mais reprocher à Henry James trop de simplicité me semble peu approprié. En ce qui me concerne, cette lecture a été un immense plaisir !

(Le portrait d’Henry James - si j'arrive à le télécharger, est un tableau de John Singer Sargent, peint en 1913)

4,5coeurs.jpg

 

 

241 p

Henry James, Les Dépouilles de Poynton, 1897

21/06/2008

Les petits éditeurs

chloe des lys.gifAmis lecteurs,

J’ai reçu un message de Jacques de Paoli, bientôt publié aux Editions Chloé des Lys. Il me demandait pourquoi, nous autres blogueurs (et moi en particulier), nous parlions peu des petites maisons d’édition et de leurs auteurs, « petits » et « sans-grade ». J’ai trouvé sa remarque intéressante et j’ai décidé de publier ici ma réponse pour lancer le débat en vous permettant de donner vous aussi votre avis sur la question.

Au passage, voici le blog des Editions Chloé des Lys. Le lien renvoie à la page où se trouvent les livres publiés par cet éditeur. Voici également le site officiel. Les titres semblent couvrir une palette de sujets et de thèmes assez large. Sur le blog, des liens renvoient vers les pages consacrées à chaque auteur.  

Mais pour revenir à nos moutons, pourquoi parlons-nous peu des petits éditeurs ?

A titre personnel, je ne suis pas d'accord en ce qui concerne "les petits" et les "sans-grade". D'abord parce que j'ai une dent contre beaucoup de grands monstres du best-seller francophone, ensuite parce que je suis très heureuse de parler de nouveaux auteurs quand je le peux, quelle que soit la maison d’édition. Et, pour les termes choisis, je comprends bien leur raison d'être mais je pense que peu d'entre nous jugent de la qualité d'un auteur en fonction du nom de son éditeur.

Pourquoi voit-on peu de petites maisons d'édition sur les blogs ? Ou même ailleurs, car je ne pense pas que les blogs soient les seuls à ne pas trop en parler. Je pense qu'il s'agit essentiellement d'une question d'exposition. Comme tout le monde, je fais mes choix en librairie, en fonction de certaines thématiques, de certaines collections que j'aime beaucoup. Pourtant les librairies mettent assez peu les petits éditeurs en avant (notamment parce que les accords commerciaux conclus avec les grandes maisons ne leur facilitent pas la tâche). Outre les parutions récentes que je repère de cette façon, je découvre petit à petit de grands classiques dont j'aime parler sur mon blog pour donner envie à d'autres de retrouver des auteurs un peu oubliés. Ensuite, je repère des livres sur les blogs qui ont sans doute une démarche proche de la mienne, et sur certains magazines de type Lire, le Magazine littéraire ou Transfuge ; j'y découvre beaucoup d'auteurs mais là encore, les grandes maisons d'édition sont plus représentées. En ce qui concerne les blogs, il arrive aussi que nous échangions des livres à l’occasion. Enfin, dans certains cas, les blogueurs reçoivent des livres en échange d'une critique. Jusqu'ici, hormis Liz Editions peut-être moins réputées, j'ai toujours reçu des livres de maisons d'édition connues. Pourtant, je pense que si les petites maisons d'édition réservaient quelques exemplaires aux blogueurs, nous serions plus qu'heureux de contribuer à leur reconnaissance.

A titre d'exemple, j'ai récemment découvert grâce au Buzz (et notamment Caro[line] et Lamousmé) les Editions Griffe d'Encre : il s'agit d'une petite maison d'édition mais nous sommes plusieurs à avoir commencé à en parler. Par ailleurs, les éditeurs réservent deux exemplaires de chaque livre (si je me souviens bien : Magali ?) pour les blogueurs, de façon à alimenter le bouche-à-oreille. Nous sommes plusieurs à être intéressés et à rester en contact avec une des responsables de cette maison d'édition pour discuter des parutions et aider à faire connaître ses livres.

Bref, à mon avis la porte est loin d’être fermée aux petits éditeurs. Mais il est vrai qu’il est plus facile de les découvrir sur Internet. Encore faut-il qu’un premier blogueur franchisse le pas en faisant passer le message. Est-ce que la prise directe de contact avec les blogueurs, comme le font les autres éditeurs avec les RP, est la bonne solution ? Pourquoi pas ? Personnellement, je trouve que cela permettrait de se faire une idée plus précise des livres concernés. De mon côté, j’ai beau aimer l’idée de contribuer à faire connaître de nouveaux auteurs, je reste une simple blogueuse dont le budget ne permet malheureusement pas d’acheter les livres de chaque nouvel écrivain qui m’envoie un courrier publicitaire afin de promouvoir son livre, si tentant soit-il.

Et vous, quel est votre point de vue ?

20/06/2008

Un couple mythique à Paris…

hustvedt_auster1.jpgAmis lecteurs,

Aujourd’hui vendredi, à l’aube de l’été, ma saison favorite, j’ai eu la chance immense de voir Siri Hustvedt pour la deuxième fois (pour la première voir mon article de groupie là) ainsi que son époux Paul Auster !!

Avec Malice, nous étions effectivement ce soir à l’Arbre à Lettres, pour la présentation d’Elégie pour un Américain. Arrivée en avance, je dois avouer avoir éprouvé le choc de ma vie en me retournant pour me retrouver à deux mètres du couple mythique. Me cachant d’abord derrière une pile de livres pour masquer mon trouble, j’ai fini par refaire surface et oublier l’émoi que m’avait causé l’apparition impromptue de Paul Auster (déjà que la présence prévue de Siri Hustvedt me mettait dans tous mes états…).

Bref. Siri Hustvedt (qui, au passage, comprend parfaitement le français même si elle s’exprimait en anglais) a lu un passage de son livre en anglais et répondu aux questions intéressantes posées par l’Arbre à Lettres.

Trop émue pour poser mes questions sur le coup, j’ai quand même recouvré l’usage de la parole une fois à la table de l’auteur. Siri Hustvedt (qui se souvenait de mon passage au Village Voice et a eu l’air touché de voir une folle furieuse la retrouver à chaque présentation parisienne) a notamment répondu à cette question : puisque Paul Auster et Siri Hustvedt sont les premiers lecteurs et critiques de l’autre, une écriture à deux est-elle envisageable ? La réponse est pour l’instant non sur le plan littéraire, mais oui pour un éventuel scénario… A quand la suite ?

hustvedt_auster2.jpgMalice parlera sûrement de cette très bonne soirée qui lui a valu une dédicace de l’Elegie (et pour moi, de The Blindfold ainsi que The Enchantment of Lily Dahl).

Merci à l’Arbre à Lettres pour cet événement, aux auteurs pour leur présence et à Siri Hustvedt pour sa spontanéité et sa gentillesse !

Et encore merci à Malice pour le livre prometteur qu’elle a glissé entre-temps entre mes mains !

Je vous invite au passage à découvrir les livres de Siri Hustvedt si ce n’est pas encore fait, en vous recommandant notamment le site Lecture / Ecriture (et les critiques de Sibylline, sous le charme elle aussi). De mon côté j’ai parlé ici de Tout ce que j’aimais et là de Les Yeux bandés.

PS : Les photos proviennent des sites www.dagbladet.no et www.dradio.de.

arbre à lettres siri Hustvedt.jpg

19/06/2008

Un dimanche savoureux !

peretti_vieillirons_ensemble.jpgJ’avais été très tentée par Nous sommes cruels de Camille de Peretti, étant une grande admiratrice des Liaisons Dangereuses. Je découvre finalement cet auteur grâce au Prix Landerneau, avec Nous vieillirons ensemble.

Avec ce roman, nous pénétrons au cœur d’une maison de retraite où nous découvrons le quotidien monotone des résidents et le travail, non moins routinier, des membres du personnel. Passant un dimanche en compagnie des retraités et de leur entourage, le lecteur ira de surprise en surprise, ne s’ennuyant pas une seconde entre le lino taupe moucheté de gris, les déambulateurs et les croque-monsieur (éventuellement) mixés. Chez Nini, vieille enfant exubérante dont les caprices ont fini par insupporter sa filleule Camille, La Baronne, dont les infidélités passées hantent un mari attentif, Madame Barbier, ancienne bureautière au grand cœur, Madame Alma, grande dame très populaire, son amie Marthe à la langue de vipère ou le Capitaine et M. Leboeuf, amoureux transi, les passions se déchaînent, les alliances se forment et les cancaneries ne manquent pas. Entre les repas, les pauses au patio, la messe sur France 2, Voici et les visites familiales, les résidents voient peut-être le temps passer mais le lecteur, lui, ne s’ennuie pas !

La vieillesse et ses vicissitudes sont bien sûr dépeintes dans ce roman qui, bien que dévoilant les malheurs et les faiblesses de beaucoup, reste léger et amusant. Portant un regard lucide sur les personnes âgées et leurs proches, Camille de Peretti parvient à aborder avec humour et tendresse un sujet sensiblement triste. Le remord des enfants, l’amour et la répulsion ressentis face à la maladie et la mort ne sont pas en reste dans ce livre profondément humain qui, pourtant, est souvent terriblement amusant. Les personnages ne s’apprécient guère et s’observent tour à tour, nous dévoilant les faiblesses des uns et autres et offrant un regard global qui rend chacun d’entre eux au final très attachant.

En résumé, j’ai passé un excellent moment, lisant d’une traite 270 pages hier soir après une journée d’examens particulièrement dense… autant dire que j’ai adoré !

Au passage, Nous vieillirons ensemble est inspiré de trois procédés appliqués par Pérec dans La Vie mode d’emploi et conditionnant le déroulement des chapitres par salle, personnage et objet (pour résumer). Je suis passée rapidement sur ces explications un peu "techniques". Cela dit, j’ai trouvé l’idée farfelue mais sympathique et, quoi qu’il en soit, cette contrainte que s’est imposée Camille de Peretti ne nuit en rien à la fluidité du texte ni au dynamisme de l’action.

339 p

Camille de Peretti, Nous vieillirons ensemble, 2008

18/06/2008

Alcool, nature et tragédie

gunn_pluie2.jpgVoilà un livre difficile à présenter, tant il fourmille de détails malgré son histoire d’une apparente simplicité. Pluie est le premier roman de Kirsty Gunn. Dans ce court roman, la narratrice revient sur son adolescence et un été passé en famille au bord d’un lac. Tandis que ses parents dorment la journée et organisent chaque nuit des fêtes interminables dans leur maison de vacances, la narratrice prend soin de son petit frère Jim Little. Inséparables, les deux enfants explorent le lac, inventent chaque jour de nouveaux jeux et restent des heures entières au soleil, à observer le ciel et à écouter les clapotis de l’eau contre le bateau inutilisé de leur père.

Fait de souvenirs et caractérisé par un usage presque exclusif de l’imparfait, ce livre oscille entre moments heureux et fin tragique, sautant d’un fait à l’autre sans se soucier d’une quelconque chronologie : fidèle à ses pensées, la narratrice se souvient, chaque détail en appelant un autre, parfois plus ancien ; comme lorsqu’elle se souvient des premiers moments passés à s’occuper de son frère, alors nourrisson. Suggéré dès les premières pages, le dénouement ajoute à la lecture une impression mélancolique. Entre des parents absents, une mère qui exhibe ses enfants tels des jouets (allant jusqu’à les réveiller en pleine nuit pour les montrer à ses amis), un père alcoolique amoureux d’une femme indifférente, une maison envahie par des étrangers plus ou moins hostiles et une nature omniprésente, les enfants font rapidement leur choix. Cette nature majestueuse où l’eau tient une place essentielle est superbement décrite par Kirsty Gunn.

Entre une histoire poignante et des Sixties marquées par un certain esprit de décadence, ce premier livre très poétique est une réussite qui ravira aussi bien les amoureux de la nature que les amateurs de littérature anglo-saxonne.

Sur les soirées, le vacarme et les invités envahissants, voire menaçants :

Si grâce au sommeil nous perdons conscience des choses qui peuvent se produire, nous sommes à l’abri. Si nous ne voyons pas, si nous n’entendons pas, nous n’avons rien à craindre des gens qui surviennent à la dérobée, qui s’agglutinent là-bas comme des sorcières à la porte de Jim Little.

Dernières pages du livre (pas de spoiler) :

Même dans la sécheresse estivale, de l’eau. Cette partie du pays constituait une cuvette naturelle pour les rivières qui s’y jetaient, pour la pluie. Mon père pouvait prédire les crues et les tempêtes anormales par les couleurs intenses de leurs nuages, le jaune pour le tonnerre, l’indigo pour la foudre. C’était de la géographie, disait-il, les froides profondeurs d’un lac volcanique et l’air chaud concentré dans les montagnes. Une sorte de mariage dans la façon dont ils s’attiraient, dans la façon dont l’eau s’accumulait et devait finir par déborder. Nous nagions dans une eau qui changeait de couleur en fonction du temps. Transparente dans les hauts-fonds durant les jours de chaleur, d’un bleu de mousseline pâle plus bas, pareille à des jupons noirs dessous. D’autres fois, quand, sous l’imminence des orages, le lac paraissait calme comme du verre noir, on pouvait s’imaginer qu’on allait en ressortir couvert de bleus… Puis le vent se levait et, volant en éclats, toute la surface du lac explosait en un million de fragments étincelants, dévoilant les entrailles gélatineuses des profondeurs aquatiques, d’un bleu de cobalt velouté.

De telles quantités d’eau. Des mètres cubes d’eau sous vos pieds, s’engouffrant dans des grottes sous-marines, une couche liquide se superposant à une autre couche liquide, de vastes lacs insoupçonnés, tout un monde liquide au-dessous de vous, préhistorique. Des centaines de kilomètres de passé et de futur qui s’entrecroisaient en d’éternelles marées sans lune. De l’eau, de l’eau, partout de l’eau. Bien sûr nous imprimions notre marque sur elle, la troublant de nos fragiles coups de pied… Bien sûr il aurait pu s’agir de simples feuilles éparpillées à la surface. De telles quantités d’eau, on ne peut rien y changer. On peut, si l’on veut, penser aux autres choses qu’on aurait pu faire, retourner dans sa tête des détails, des événements, des noms de gens ou encore l’âge qu’ils ont… Mais, ces choses augmentent-elles, un tant soit peu, votre capital de départ ?

L’eau les tient, ces gens qui, prétendez-vous, constituaient votre vie. Elle vous tient. C’est le pouls de l’eau qui bat dans votre poignet désormais. Vous le savez, d’ailleurs. L’eau du lac, c’est elle votre joli corps à présent, avec toutes les ouvertures qu’elle offre. Fermez les yeux, elle est toujours là. Certains jours la surface du lac est tendue comme du satin, d’autres elle est chiffonnée et anguleuse. Voilà votre mémoire. Des images pures de marées et de profondeurs, la couleur de l’eau… Ce sont des choses dont vous pouvez encore vous servir. Qui vous étiez, qui vous êtes aujourd’hui, votre famille… Ils sont noyés en elle. Tout le reste n’est qu’eau.

Je me souviens comme, il y a longtemps, mon petit frère et moi sortions toujours dans la pluie d’été. Nous disparaissions ou nous revenions, je ne sais plus. Nous entrions dans l’eau. Là-bas au lac, la pluie était tellement douce. C’était une étoffe légère, un rideau transparent de gris et d’argent, pareil aux voiles des vaisseaux fantômes, arachnéen. Il y avait aussi des nuages dans la pluie, des brumes blanches qui s’élevaient du lac si bien que l’eau s’amalgamait à l’air comme si elle y vivait. Lentement l’air se brouillait, cela se passait sans aucune violence, sans qu’on puisse distinguer les gouttes individuelles, c’était une pluie fondante. La plage se parait d’une couleur plus foncée, et le phénomène se déroulait de manière si progressive qu’au début vous ne perceviez pas le moindre changement. Puis en enfonçant vos orteils dans le sable vous vous rendiez compte qu’il était chaud, d’une chaleur d’ardoise. Sa poudre s’était condensée sous l’effet de l’humidité, vous pouviez la malaxer, la modeler pour qu’elle constitue des châteaux, des îles et des tours. Nous pouvions laisser ainsi des villes entières moulées sur la plage : le temps que nous les construisions, la pluie, en les ramollissant, leur donnait de vagues formes oniriques, comme des collines.

Là-haut derrière la plage la pluie aplatissait l’herbe sèche ; les champs de lupins miroitaient et leur jaune, sur ce fond gris pâle, ressemblait à de la peinture fraîche.

Sous la pluie nous pouvions enlever nos vêtements, rallier la plage et pénétrer dans le lac en un seul mouvement régulier et continu. Il n’y avait pas moyen de dire où se terminait la terre, où commençaient les vagues. Le sable et l’eau se fondaient l’un dans l’autre, embrouillés par la brume. Rien d’autre n’existait à cette époque que ces deux enfants. Regardez-les. Ils sont deux et ils ont toute la plage pour eux, la blancheur des nuages et de l’eau qui tourbillonne à leurs pieds tandis qu’ils dansent, qu’ils dansent en rond, qu’ils dansent en rond à l’infini… A chaque tour qu’ils font ils rapetissent, ils s’éloignent, ils rapetissent de plus en plus dans le lointain jusqu’à ce qu’on ne puisse plus les voir du tout.

Merci à Malice pour ce prêt !

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134 p

Kirsty Gunn, Pluie, 1994

12/06/2008

Vienne, fin XVIIIe

halberstadt_incroyable_histoire_mlle_paradis.jpgVoilà un livre pour le moins étonnant ! Sous l’apparence d’un roman, L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis de Michèle Halberstadt fait revivre des personnages quelque peu oubliés par l’histoire : Maria Theresa von Paradis, pianiste aveugle et Franz-Anton Mesmer, médecin fondateur de la théorie du magnétisme animal (appelée également mesmérisme). Pour faire vite, Mesmer était persuadé de pouvoir guérir des malades incurables au moyen de méthodes peu conventionnelles, en transmettant à ses patients un fluide bénéfique qui apaiserait leurs troubles d’origine nerveuse. C’est ainsi qu’il soigna Maria Theresa von Paradis, protégée de l’impératrice, entre 1776 et 1777.

J’ai abordé ce livre sans avoir fait quelques recherches au préalable. J’ai donc oscillé entre le plaisir de savourer un bon roman et la curiosité, une question me taraudant : Fraulein Paradis a-t-elle vraiment existé ? Quoi qu’il en soit, prise au jeu, j’ai lu d’une traite cette histoire émouvante.

Devenue subitement aveugle à l’âge de trois ans, Maria Theresa est soumise à l’examen des médecins les plus en vue à Vienne, devant supporter des traitements barbares et inutiles qui ne feront que fragiliser cette enfant douce mais nerveuse. Lorsqu’elle a seize ans, elle demande à ses parents de ne plus la soumettre à ces tortures inutiles. Pourtant, lorsque son père s’arrange pour qu’elle rencontre Franz-Anton Mesmer, réputé pour ses méthodes alternatives, la jeune fille accepte de s’installer chez cet homme qui lui inspire confiance d’emblée.

Si les soins commencent à faire effet, cette rencontre est d’abord une expérience décisive pour Maria Theresa. En Mesmer, elle trouve un homme rassurant qui la traite d’égal à égal, mais aussi un homme séduisant à l’odeur envoûtante, un homme marié et bien plus âgé qui aura tôt fait de succomber lui aussi au charme et à la spontanéité d’une patiente à l’intelligence vive et peu commune.

Un rapide parcours des biographies respectives de Maria Theresa von Paradis et de Franz-Anton Mesmer vous donnera une idée de l’issue de cette histoire, que je ne veux cependant pas révéler ici.

Dans ce roman s’expriment des personnalités fortes, tiraillées entre des idéaux louables (la science, le don de soi, la confiance, la musique) et des considérations plus pragmatiques (l’appât du gain, la réputation). La construction de l’identité de la jeune von Paradis joue également un rôle prépondérant : jeune fille réservée cachant une certaine amertume, Maria Theresa va avoir l’occasion de s’affranchir des figures d’autorité qui entendent la gouverner. Ouvrant les yeux sur un monde faux et décevant, elle évoluera, son caractère altéré par la déception et les trahisons dont elle sera la victime. Elle aura également la possibilité de choisir la liberté ; cependant, celle-ci aura un prix : renoncer à la jeune fille qu’elle était, risquer de décevoir son entourage et s’en éloigner inexorablement.

Cette histoire passionnante, à la fois triste et touchante, est servie par un style très agréable. Par ailleurs, on plonge avec délice dans la Vienne de Mozart, ravis d’apercevoir en toile de fond les artistes amis de la pianiste et du médecin. C’est aussi un nouvel univers sensoriel que nous découvrons à travers le monde de la jeune aveugle. Un très beau roman !

Florinette l'avait découvert en premier. Papillon l'a également lu. 

171 p

Michèle Halberstadt, L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, 2008

Prix_Landerneau_1.jpg

11/06/2008

Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuu !

berrouka_porte.jpgDear readers, estimés blogueurs et chers tous !

Depuis ce week-end, trois livres sont venus s’ajouter à la pile lamentable des livres lus puis laissés pour compte… malgré la pression, le retard et la perspective de la lourde tâche qui lui incombe, votre fidèle lectrice, les joues rosies de plaisir, enthousiaste et piaffant d’impatience (eh oui !), s’apprête à vous délivrer les secrets des derniers livres ayant fait ses délices. (Tu ne liras point d’ Anna Gavalda ; tu ne massacreras point d’Anna Gavalda ; d’Anna Gavalda tu ne noirciras point ton âme…)

Avant toute chose, je voudrais en profiter pour remercier Lamousmé et l’équipe de Griffe d’Encre, avec qui j’ai eu la chance de papoter samedi dernier. Caro[line] en parle là (avec photos). Une journée pleine d’événements historiques pour cette chère Lou qui a rencontré : deux écrivains très sympathiques (Nathalie Dau et Saholy Gonga – à qui elle n’a pas voulu raconter sa vie, malgré une question ouverte pourtant parfaitement intelligible et posée sur un ton des plus engageants), une éditrice passionnée (Magali Duez) et, bien sûr, Amanda et Lamousmé, qui régnait sans conteste (entre plaisanteries, bonne humeur, regains d’autorité et thé en vrac) sur sa ravissante librairie, Neverland. Malice et Stéphanie étaient également présentes.

Tout ça pour dire que, parmi les livres avec lesquels je suis repartie d’un pas guilleret (enfin…) vers le RER d’Achères, figurait La Porte de Karim Berrouka, plus que chaudement recommandé par Lamousmé qui m’a plus ou moins dit que ce livre était fait pour moi et que je me devais absolument de le lire. Eh oui ! Vous entrez tout tranquillement dans une librairie, le cœur sur la main, l’âme innocente et pleine de bonnes intentions (halte aux augmentations croissantes de ma PAL !), vous n’avez rien demandé à personne… et voilà qu’une libraire vous prend par surprise, vous cerne et vous tente dangereusement, sous prétexte qu’elle connaît votre blog et peut ainsi traquer vos moindres faiblesses ! Bon. Allez. J’avoue. Je suis ravie d’avoir été ainsi brillamment éclairée par Lamousmé (merci !) : sans cette alerte rouge, je serais peut-être passée à côté d’un texte que j’ai adoré.

Mais venons-en au fait (si si, vous ne voyez pas le fil conducteur d’une logique pourtant implacable à mes yeux, mais ces balbutiements ont depuis la première ligne un but précis qui les conduit inexorablement au point que nous allons justement aborder, amis lecteurs) !

La Porte est une novella au titre très pertinent mais a priori trompeur, puisqu’il ne vous prépare en rien à l’histoire déjantée qui vous attend : celle de deux loups-garous importunés chaque soir par l’arrivée impromptue d’étrangers venus s’abriter chez eux pour la nuit.

Ne me demandez pas en quoi le logis de deux monstres assoiffés de sang constitue un refuge sûr. Quoi qu’il en soit, ladite maison étant la seule à offrir un rempart au vent et aux créatures nocturnes inquiétantes, elle devient bizarrement un lieu très prisé par les pèlerins égarés de toute sorte. Par pèlerins j’entends des femmes, un enfant armé jusqu’aux dents (en réalité adulte frappé de nanisme) et une horde de barbares (qui après avoir fracassé la porte et menacé les occupants, s’excusent lamentablement de la gêne occasionnée dès lors que leurs hôtes esquissent un premier mouvement de mauvaise humeur). Point d’ecclésiastique, j’entends. Ce qui vaut mieux pour nous lecteurs, car l’homme d’église constitue le met le plus prisé par nos deux compères.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, tous deux s’accommodent de ces dérangements, jusqu’au jour où l’Eglise leur intente un procès sommaire, les accusant d’avoir perpétré une série de meurtres…

Cette novella est un pur régal : un style recherché et truculent ; un texte sous forme de conte aux personnages hauts en couleur, cocasses, tous plus stupides les uns que les autres ; des loups-garous dépoussiérant une vieille légende, entre parties d’échecs, méditation, éructations et rêves gourmands (où de petits cléricaux sautent dans des marmites bouillantes). En toile de fond, malgré la drôlerie et l’invraisemblable, un simulacre d’Inquisition soulevant un certain nombre de questions plus morales, religieuses et politiques (« répondez par oui ou par oui ! »). En somme, un conte philosophique et un récit absurde fait de nombreux rebondissements, le tout servi par un plume vibrante (et même fracassante !). On s’amuse beaucoup, on dévore, on soupire (parfois) de soulagement. Et, une fois la dernière page tournée, on s’interroge. Bref, un excellent texte sollicitant constamment le lecteur : on en redemande !

Fashion adore aussi ! 

73 p

Karim Berrouka, La Porte, 2007

09/06/2008

Plouf !

gavalda_je_voudrais_que_qqn_m'attende.jpgAmis lecteurs,

Aujourd’hui je suis de fort mauvaise humeur… bien sûr, vous n’y êtes pour rien mais je ne me suis pas encore remise de mes émotions. Croyez-le ou non, mon blog fait des siennes et, animé d’une volonté propre, il a catégoriquement refusé de publier la note présente… qui voit le jour uniquement parce que j’ai solidement ligoté mon blog qui, désormais impuissant, assiste en ce  moment même à la rédaction du billet le plus douloureux qu’il ait jamais publié.

Pourquoi autant de rébellion, me direz-vous ? Quel livre insipide a bien pu susciter pareil outrage chez un blog habituellement si obéissant ? Ne laissons plus le suspense planer, amis lecteurs, et révélons maintenant le titre qui fait l’objet d’un tel courroux : Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, d’Anna Gavalda.

A vrai dire, je suis d’accord avec mon blog sur un point : il n’y a pas grand-chose à dire ou du moins, lui et moi n’avons pas été particulièrement inspirés par l’ouvrage en question. Je ferai donc vite.

Je suis laborieusement parvenue à la page 58 avant de décider d’abandonner ce livre absolument assommant. J’ai bien tenté de feuilleter la suite… sans succès. Au passage, c’est bien la première fois que j’abandonne un livre définitivement depuis que j’ai ce blog. Les histoires sont d’une banalité affligeante, les personnages pour l’essentiel inintéressants, le tout arrosé par un style inexistant et un langage familier exaspérant. Ennui mortel, niveau roman de gare dans ses mauvais jours… assurément une perte de temps !

Bon. Vous l’aurez remarqué, la sorcière Lou a sorti ses griffes et crache sa bile rancunière sur ce pauvre blog qui, comme vous, n’avait rien demandé ! Alors, parce qu’Anna Gavalda semble être quelqu’un de sympathique et qu’elle compte beaucoup de lecteurs admiratifs, je me sens obligée de tempérer cet avis explosif.

Si je ne pense plus jamais ouvrir un livre de Gavalda, cet auteur a incontestablement le mérite d’écrire des scènes et de camper des personnages parfaitement appropriés à un court-métrage. Je ne suis pas étonnée de savoir qu’Ensemble c’est tout a été adapté au cinéma (film gentillet et sympathique à mon avis) : les textes courts et les dialogues s’approchant plus du script que de la littérature s’y prêtent parfaitement et, pour le coup, pourrait faire de bons films ! Car au fond, Anna Gavalda est capable de raconter simplement l’histoire banale de personnages foncièrement crédibles. Attention aux livres donc, mais à quand un passage derrière la caméra ?

157 p

Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, 2001

08/06/2008

Prix Landerneau

Prix_Landerneau_1.jpgAmis lecteurs,

Comme le disait si bien Anne, plus matinale que moi, en ce moment c’est un peu Noël au mois de juin pour quelques chanceux blogueurs : Anne, Fashion, Katell, Le Bibliomane, Caro[line], Lily, Cathulu, Michel, Papillon, Laure, Stéphanie, Joëlle et miss Lou. (Les liens renvoient directement aux articles concernant le Prix)

Nous avons été contactés dans le cadre du Prix Landerneau, nouveau prix organisé par les Espaces culturels Leclerc et visant à promouvoir auprès du public un livre d’expression française de qualité restant cependant facilement accessible.

Le prix, attribué par un jury composé d’écrivains et présidé par Jean Rouaud, sera décerné courant juin. Parallèlement à ce jury, les Espaces culturels Leclerc ont souhaité faire connaître les titres sélectionnés à onze blogueurs afin que ceux-ci puissent à leur tour communiquer leurs impressions sur chacun des livres et mettre en avant leur titre favori.

J’en profite pour remercier vivement Elodie, qui nous a contactés pour nous proposer de participer à cet événement et qui s’est montrée très disponible et sympathique.

Voilà les titres sélectionnés pour le Prix Landerneau :

 

bialot_jour_einstein_échappé.jpgLe jour où Albert Einstein s’est échappé, Joseph Bialot - Présentation de l'éditeur

Dans la maison de retraite où ses enfants l'ont "parqué" pour un mois, Einstein attend depuis trois ans. Il décide de se faire la belle et d'abandonner ses codétenus. Il ne veut plus être un vieil homme assisté et refuse sa condition de senior, terme qu'il juge déshonorant, "C'est décidé... Je pars. Pas demain, maintenant. Sans bagages... Je vais retrouver Paula. La seule femme à m'avoir entraîné au-delà ! A l'aube, dans un Paris désert, il rencontre un chauffeur de taxi, qui, un peu malgré lui, va devenir son confident. Et des confidences, des aveux, des regrets, des douleurs et des amours, Sébastien Lesquelles, Einstein pour les intimes, en possède des tonnes... La banquette d'un taxi vaut parfois un divan d'analyste. Et elle est d'un meilleur rapport qualité / prix. "J'emmerde les gendarmes et la maréchaussée... Je vais chanter ça devant un uniforme si j'en rencontre un ! J'ai un casier vierge. Malgré tous les gus que j'ai tués durant la guerre, je n'ai aucune condamnation à mon actif. Je suis vierge ! La virginité des héros ! Verdict. Sept jours de cabane pour injures, zéro pour avoir coupé des gorges et sorti à l'air libre les tripes de mes semblables..." Un roman d'amour et de liberté insolite et grinçant.

 

char_main_dieu.jpgLa main de Dieu, Yasmine Char - Présentation de l'éditeur

Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation. Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois que la guerre est là. Et puis dans la guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là, tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les bras d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et qui se relève toujours.

 

casas ros _theoreme_almodovar.jpgLe théorème d’Almodovar, Antoni Casas Ros – Présentation de l’éditeur

Défiguré à la suite d'un accident, le narrateur émerge lentement de sa solitude, réconcilie la forme et le sans-forme, explore le monde duquel il s'était retiré. Le double regard, celui, distant, d'Almodovar qui le filme et celui, passionné, d'un transsexuel, lui fait comprendre peu à peu qu'il y a une fête au centre du vide.

 

ovaldé_mon_coeur_transparent.jpgEt mon cœur transparent, Véronique Ovaldé - Présentation de l'éditeur

Sait-on jamais avec qui l'on vit ? Lancelot ne cesse de se heurter à cette question depuis que sa femme, Irina, a été victime d'un accident qui l'a précipitée au fond de la rivière Omoko. Déjà ébranlé par sa mort, il va vivre un "Très Grand Choc Supplémentaire" en découvrant que des mystères entourent cette disparition. Un à un se dévoilent les secrets que sa femme avait pris soin de lui cacher. Dès lors, il ne lui reste qu'à mener l'enquête et élucider cette énigme : que faisait Irina, ce jour-là, à Catano, au volant d'une voiture qui ne leur appartenait pas et dont le coffre contenait des objets pour le moins suspects... Véronique Ovaldé nous entraîne dans le tourbillon de son imagination et nous offre un roman noir en trompe-l'œil. De livre en livre, elle bâtit son univers, qu'elle habite par sa fantaisie et son goût pour le merveilleux. Les histoires qu'elle raconte sont de celles que l'on ne trouve que dans les livres.

 

halberstadt_incroyable_histoire_mlle_paradis.jpgL’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, Michèle Halberstadt - Présentation de l'éditeur

A dix-sept ans, Maria-Theresia von Paradis est un être d'exception : fille unique du conseiller de l'impératrice d'Autriche, pianiste virtuose, belle et aveugle. Lorsque son père fait appel au célèbre Mesmer qui soigne par magnétisme, elle découvre la passion et toutes les émotions dont sa cécité la protégeait. Au siècle de Mozart et de Salieri, un roman lumineux où tout est dit des sentiments, du destin et de la liberté.

 

peretti_vieillirons_ensemble.jpgNous vieillirons ensemble, Camille de Peretti - Présentation de l'éditeur

Dimanche 1er octobre. Une journée comme les autres aux Bégonias, maison de retraite de la banlieue parisienne. Il est 9 h 15. Nini la vieille excentrique attend la visite de sa petite Camille, sous l'œil attendri et bienveillant de Josy, l'auxiliaire de vie cartomancienne. Louise Alma ressasse quatre-vingt-douze années de souvenirs. Jocelyne Barbier, la bureautière, et Marthe Buissonette, la femme de pasteur, reprennent leur querelle quotidienne. Robert Lebœuf couvre Thérèse Leduc d'un regard plein d'espoirs. Le capitaine Dreyfus prépare sa grande évasion. Christiane, l'infirmière de jour, tente de se débarrasser d'un amant devenu encombrant. Philippe Drouin, le directeur, philatéliste à ses heures, rêve d'acquérir une pièce unique. Alphonse Destroismaisons, le vieil amoureux, lutte désespérément contre l'Alzheimer de sa femme... Et les familles des résidents accomplissent, bon gré mal gré, leur devoir dominical. La vie s'écoule doucement entre joie et souffrance, amitié et solitude, amour et ennui, maladie et envie. Camille de Peretti propose, avec son acuité habituelle, une immersion insolite et bouleversante dans l'univers singulier des maisons de retraite.

 

laurain_fume_tue.jpgFume et tue, Antoine Laurain - Présentation de l'éditeur

Au panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon... Jamais vous n'oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de têtes, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont on lui a vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d'arrêter de fumer! La séance paraît tout d'abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, stupéfait, que si l'envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu. Fabrice va bientôt découvrir que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent... qu'après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, Fume et tue raconte la vie tabagique et l'œuvre criminelle d'un homme qui aurait bien voulu qu'on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.

 

wolniewicz_temps_chute.jpgLe Temps d’une Chute, Claire Wolniewicz - Présentation de l'éditeur

A quatorze ans, Madelaine quitte l'orphelinat avec un métier : couturière. Éblouie par la fluidité des matières et l'explosion des couleurs, déjà experte dans l'art de la coupe, elle crée ses premières robes. Puis, à Paris, les clientes repèrent ses créations. Ses modèles ont un succès fou, l'atelier déborde de commandes. Désormais, la maison portera son nom : " Madelaine Delisle ". Le siècle défile, inventions, restrictions, destructions... L'après-guerre offre Tadeusz, et son fol amour de la vie, à Madelaine. Lucie naîtra. La jeune femme dessine quantité de modèles pour sa fille... Mais les vieux démons rôdent : pourquoi ne parvient-elle pas à toucher sa fille, à lui parler, à l'aimer ?... Le couple se délite, Madelaine s'isole... Roman d'initiation, du désir de donner et de la nécessité du choix, Le Temps d'une chute est une fresque du XXe siècle filtrée au pochoir de la Mode.

07/06/2008

Confessions d’une lectrice compulsive…

Amis lecteurs, comme Fashion, je n’avais rien demandé, je restais sagement dans mon coin à bouquiner discrètement  et … PAF ! voilà Aelys, petite futée, qui a senti que j’étais sur le point de me défiler et m’a aiguillonnée de sa curiosité bienvenue !

  • Où et quand ?

D’abord dans le métro et surtout le RER. Quand on a l’immense chance d’aller à Cergy trois fois par semaine, autant dire qu’on a le temps de lire (même si l’état somnambulique dans lequel je me trouve ralentit considérablement mon rythme de lecture). Ensuite chez moi, sur le canapé, dans mon lit. Et quand il fait beau, au Champs de Mars (mais plus sous un arbre depuis ma dernière expérience déplaisante avec un pigeon – sale bête !). Et quand ? Matin et soir (dans les transports), le soir avant de m’endormir et sinon, dès que j’ai un peu de temps : au petit déjeuner, entre deux autres activités… (Je ne mentionnerai pas les quelques cours qui m’ont permis de terminer quelques bouquins, comme Janet Evanovich qui a sauvé ma vie pendant un cours particulièrement assommant…)

  • Comment je choisis mes lectures ?

Comme tout lecteur compulsif qui se respecte, j’ai une PAL impressionnante qui me permet de choisir mes lectures sans mettre le nez dehors pour braver froid et tempêtes pour chercher un nouveau livre. Lorsque j’ai du mal à me décider, je sors plusieurs victimes pressenties et commence à les feuilleter ou à les lire, choisissant finalement en fonction de l’envie du moment. Cette PAL est largement alimentée par les recommandations, prêts et cadeaux d’amis et de proches ; les idées glanées sur les blogs (lorsque je repère un livre qui me tente particulièrement, je l’ajoute sur mes envies cadeau d’Amazon pour ne pas oublier et le retrouver en parcourant cette liste) ; plus rarement, les livres suggérés par les magazines littéraires ; et enfin, l’imprévisible, à savoir les titres et couvertures qui m’interpellent en librairie, et les quatrièmes de couverture qui confirment (ou infirment) le coup de foudre. Je fais aussi des rapprochements entre auteurs : lorsqu’un auteur me plaît particulièrement, j’essaie de lire plusieurs de ses œuvres mais aussi les livres ou auteurs qui l’ont influencé voire, plus largement, ses contemporains (par exemple la littérature anglaise du XIXe, découverte avec Dickens et Austen il me semble). En revanche, je suis très malheureuse lorsque je n’ai pas trouvé le livre qu’il me faut après en avoir quitté un autre. Difficile de gérer cette morne période d’entre-deux, sans héros dont je m’éprends, sans héroïne que je supporte activement et sans grand méchant loup que j’exècre…

  • Quel style de lecture ?

Essentiellement des romans puis, depuis peu, des nouvelles. J’ai aussi chez moi quelques livres d’histoire (une biographie de la reine Victoria par exemple), des mémoires et des livres de critique (sur Jane Austen notamment)… mais je les lis rarement d’un seul trait ! Plus précisément, comme vous le savez déjà, j’ai une prédilection pour la littérature anglo-saxonne mais je commence à redécouvrir la littérature française. De façon générale, mes lectures sont assez éclectiques. On pourrait ajouter par exemple la littérature japonaise et les polars parmi ceux que je lis plus que d’autres.

  • Qu'est-ce que j'attends de mes lectures ?

M’évader… mais encore : un style agréable ou plus, des personnages à la psychologie intéressante, un cadre me plaisant (les villes et les châteaux me plaisent tout particulièrement). L’essentiel est de me tenir en haleine du début à la fin, mais si je lis parfois de bons livres me détendant, j’ai aussi besoin de me sentir emportée régulièrement par certaines plumes (Oates, Hustvedt par exemple).

  • Mes petites manies ?

Je suis totalement maniaque avec mes livres. Ayant perdu de beaux marque-pages, j’utilise souvent des tickets ou des flyers. Je change régulièrement de marque-pages. Je couvre la plupart de mes livres dédicacés. Je sépare mes livres en fonction de la langue dans laquelle ils sont écrits et je reclasse ma bibliothèque de temps en temps. Plus ou moins par ordre alphabétique mais en tenant compte également des collections par souci d’esthétisme. Ah… and of course, je lis plus que souvent autour d’une tasse de thé !

Pour la suite… pourquoi pas : Malice, Agnes, Gaëlle, Nanne, Joëlle, Karine, YueYin, Georges Flipo, Taylor, Hilde, Lamia, Romanza et Wictoria… et tous ceux qui sont tentés ?

 

 

06/06/2008

Petits meurtres entre amis

perry_meurtres à cardington crescent.jpgChère Madame Perry,

My Goodness !

Mais que vous arrive-t-il ? Voilà bien longtemps que vous n’aviez pas été aussi inspirée ! Me voilà tout émoustillée !

Après un récit de Noël gentillet et quelques récits s’essoufflant rapidement (celui-ci et puis encore celui-là), j’avais fini par me dire que depuis quelque temps, décidément, vous n’étiez pas en forme ! Pour les coups durs, je gardais malgré tout en réserve quelques-uns de vos livres n’exigeant pas de moi une activité neuronale trop intense. Je croyais avoir épuisé mon capital Anne Perry, hormis un livre perdu chez mes parents, lorsque je suis tombée par le plus grand des hasards sur ce roman qui m’a redonné goût à votre production policière en grand péril :

Huitième tome de la série "Charlotte et Thomas Pitt", Meurtres à Cardington Crescent réserve une très bonne surprise aux lecteurs qui, comme moi, commençaient à trouver aux enquêtes d'Anne Perry un petit goût de réchauffé.

L'histoire est on ne peut plus palpitante pour les amateurs de la série, car voilà la famille de Charlotte touchée de plein fouet par un nouveau meurtre. Suspectée et promise à la pendaison, Emily ne peut s'en remettre qu'à son beau-frère détective et à sa soeur, venue la soutenir dans cette épreuve et enquêter afin de l'innocenter.

Si les meurtres se font plus rares dans ce roman plus posé, l'action, elle, ne souffre d'aucun temps mort. Les talents de Charlotte prennent une nouvelle dimension, dans ce roman où elle paraît plus intrépide et décidée que jamais. L'intrigue est bien menée, les pistes nombreuses et, comme souvent avec Anne Perry, il est difficile de découvrir par soi-même le mobile du meurtre, même si l'on pressent généralement qui est l'assassin.

La société victorienne est une fois de plus représentée sous un angle peu flatteur ; cependant, si je reproche habituellement à Anne Perry quelques phrases redondantes et larmoyantes, les descriptions sont ici plus nuancées et saisissantes.

On passe un excellent moment et il est difficile de refermer ce livre en cours de route. En somme, un bon polar historique !

4coeurs.jpg



382 p

Anne Perry, Meurtres à Cardington Crescent, 1987

01/06/2008

Lectures gothiques : 2e round !

1207597226.jpgAmis lecteurs,

Tout d’abord, un grand MERCI de la part des miss Malice et Lou, toutes deux vraiment ravies de vous voir aussi enthousiastes à l’idée d’explorer châteaux délabrés et couloirs lugubres en notre compagnie. Beaucoup se sont déjà laissés tenter par un ou plusieurs titre(s) ; d’autres hésitent encore, tandis qu’enfin, vous avez été plusieurs à nous suggérer d’autres romans et nouvelles pour cette opération découverte.

A l’origine, nous avions volontairement ciblé quelques classiques gothiques, romantiques ou autres, soit inspirés par notre lecture de Pauline de Dumas, soit parce que quelques auteurs à l’univers classiquement cauchemardesque nous semblaient particulièrement indiqués pour une mise en bouche.

Finalement, le but étant avant tout de se faire plaisir et de faire découvrir à d’autres des livres parfois un peu oubliés, nous avons dressé une liste plus complète des titres qui font partie de cette opération obscure !

A vous de vous faire plaisir donc, parmi les titres ci-dessous, ou de proposer d’autres lectures dans les commentaires ; nous actualiserons régulièrement la liste pour donner de nouvelles idées à tous les participants.


Livres proposés à l’origine :

Ann Radcliffe : Les mystères d'Udolphe

Walter Scott : La fiancée de Lammermoor

Matthew G Lewis : Le Moine

Alfred de Musset : La Confession d'un enfant du siècle (Alfred est là parce que ce livre a un lien direct avec Pauline, de Dumas ; l’occasion de (re)découvrir un classique !)

Jean Potocki : Le manuscrit trouvé à Saragosse

Jane Austen : Northanger Abbey 

Charles Robert Maturin : Melmoth, l’Homme errant

Mary Elisabeth Braddon : Le Secret de Lady Audley

 

Nouvelles suggestions :

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (une suggestion de Karine)

Horace Walpole, Le château d’Otrante (une suggestion de Co)

Bram Stoker, Dracula (une suggestion de Charlie Bobine) **

Alexandre Dumas, Pauline (une remarque très judicieuse de Romanza !)

George Sand, Consuelo (une suggestion de Canthilde)

Julien Gracq, Au château d’Argol, 1939 (une suggestion de La Liseuse)

Karen Blixen, Sept contes gothiques, 1934 (une 2e suggestion de La Liseuse)

Arthur Conan Doyle, Le Vampire du Sussex, 1924 (une 3e suggestion de La Liseuse)

Jules Verne, Le château des Carpates, 1892 (une 4e suggestion de La Liseuse)

R.L. Stevenson, Jane, la Revenante, 1881 (une 5e suggestion de La Liseuse)

Sheridan Le Fanu, Carmilla, 1871 (une 6e suggestion de La Liseuse) **

Prosper Mérimée, Lokis, 1869 (une dernière suggestion de La Liseuse, que l’on remercie vivement !)

Karl Polidori, Le Vampire, 1819 **

Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires, 1840

E.T.A Hoffmann, Contes nocturnes, 1817

Abbé Prévost, Cleveland, fils naturel de Cromwell, 1731-39 (précurseur du roman gothique)

Christian Heinrich Spieß, Le petit Pierre, 1793

Regina Maria Roche, Clermont, 1798 

Eliza Parsons, The Castle of Wolfenbach: A German Story, 1793

William Thomas Beckford, Vathek, 1786

Mary Shelley, Frankenstein, 1818 : roman charnière profondément enraciné dans la tradition du roman gothique

Thomas Love Peacock, Nightmare Abbey, 1818 : une parodie du roman gothique, écrite en même temps que Northanger Abbey de Jane Austen

Thomas de Quincey, Klosterheim, 1832

RL Stevenson, L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, 1886

 

(Au passage, merci Wikipedia pour un certain nombre de suggestions !)

** Trois grands classiques de la littérature vampirique


1964492546.jpg Ils/elles ont déjà succombé ou se laisseront peut-être tenter : Argantel, fashion victim, Karine, Maijo, Chiffonnette, Co, Charlie Bobine, Romanza, Caroline, KATTY, 4nn3, Jumy, Florinette, La liseuse, Praline, Philo, Lili Oregane …

Suite à la demande de Katty, j’ai mis en place une newsletter sur mon blog - espérons que ça marche ! Merci encore à l’inimitable Mister Lou qui m’a aidé avec mes problèmes de codes et sans qui le bouton de la newsletter sortirait encore du cadre de ma colonne !

J’espère que cette chose bizarre va bien fonctionner. Quoi qu’il en soit, lors de l’inscription, on reçoit un mail de confirmation qui ressemble fortement à un spam : donotreply@aardvarkinternet.net. Donc si vous voyez cet élément non identifié dans votre boîte mails, pas de panique, amis lecteurs !

A quoi bon une newsletter ? Eh bien, petits curieux, puisque vous n’attendez pas sagement d’avoir la surprise, voilà ce qui risque fort de vous arriver si vous vous inscrivez : la newsletter sera envoyée environ tous les mois et aura pour but de vous tenir informés de ces lectures communes, en renvoyant vers les différents articles des participants et en mettant en avant quelques auteurs ou livres en particulier. Toutes les informations importantes relatives à cette opération gothique, néo-gothique, romantique et monstrueuse qui seront parues sur les blogs entre-temps y figureront, pour permettre à tous ceux qui le souhaitent d’être tenus au courant même lorsqu’ils n’ont pas le temps de faire le tour des blogs.

Autre nouveauté : pour faire plus facilement le pont entre les critiques et pour partager directement nos contributions, Malice et moi nous proposons de créer un document word où nous recenserons toutes vos critiques (n’hésitez pas à nous relancer sur nos blogs respectifs pour que nous n’oubliions personne). A cela nous ajouterons des présentations d’auteur, des articles sur le roman gothique et, pour tous ceux qui le souhaitent, les articles écrits avant indépendamment de cet échange. A priori le document sera accessible sur nos blogs mais c’est encore un problème que nous n’avons pas abordé en détail.

1040017118.jpgDernière remarque : outre Musset qui faisait déjà figure d’exception, les livres proposés ici sont gothiques mais aussi néo-gothiques, voire romantiques. Nous aurions peut-être dû parler d’opération « monstres sacrés » mais puisque d’une façon ou d’une autre la littérature fantastique ou littérature d’horreur a été profondément influencée par le roman gothique, autant garder l’idée de découvertes gothiques ! Peut-être qu’Argantel (encore un grand merci pour ta note) voudra bien partager la bannière qu’elle a déjà préparée… ?

A très bientôt, amis gothiques, et encore merci de nous suivre dans cette aventure !

(A l’origine, il y a eu cette note chez Malice et celle-ci chez moi : pour en savoir plus sur l’idée de départ et les huit livres proposés à l’origine)