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30/05/2008
Balbutiements d’un héros en puissance
Cette semaine j’ai vécu une folle passion dans les bras de Prosper. Certes, le nom est improbable ; la situation, encore plus, puisque ce Prosper est décédé en 1870. Mais est-il un miracle qu’un amour si ardent n’engendrerait pas ?
Magnanime et peu jalouse, je m’expose à son infidélité en partageant ici, là, maintenant et avec vous, le secret de mon engouement sévère pour la Chronique du règne de Charles IX de Mérimée.
Ayant fait une carrière de diplomate, Mérimée a la réputation d’un dandy secret. Parmi ses influences littéraires : Walter Scott et Pouchkine. Pour une biographie exhaustive : Mérimée vu par le Ministère de la Culture. Petite anecdote croustillante : il décède en 1870 à Cannes quelques semaines après la défaite de Sédan ; cependant, avant cela, il est déclaré mort avant l’heure et seul un démenti paru dans le Figaro permet de faire taire la rumeur.
Mérimée entreprend la rédaction de sa chronique en 1828, à l’âge de 25 ans. A l’époque, le jeune écrivain connaît une vie sentimentale mouvementée et des déconvenues amoureuses ; ses aventures entraînent aussi un duel avec un mari jaloux, duel qui lui vaut trois balles dans l’épaule et le bras le 9 janvier de la même année. Au passage, et toujours pour le petit côté people, on lui prête une aventure désastreuse avec George Sand en 1833.
Mais revenons à nos moutons. Rappelant le roman picaresque à la Don Quichotte, cette chronique est l’histoire du jeune Bernard de Mergy, illustre inconnu protestant se rendant à Paris pour faire ses preuves aux côtés de l’Amiral, figure de proue des hérétiques et fameux guerrier. Sans connaître le succès d’œuvres postérieures comme Carmen ou la Vénus d’Ille, le livre s’impose progressivement, favorablement accueilli dans l’ensemble malgré quelques critiques, dont celle de Barbey d’Aurevilly : « Excepté l’étreinte, il n’y a, dans les romans de M. Mérimée, que des coups de pistolet et des coups de couteau ».
Il s’agit au premier abord d’un roman initiatique, puisque le jeune de Mergy, parti pour faire son apprentissage dans l’armée, va s’initier à la vie de débauche de jeunes hommes insouciants et découvrir les plaisirs et malheurs d’un homme convoité par une femme d’influence à la cour. De Charles IX, voilà ce que l’on sait : pour en avoir une description, mieux vaut aller voir son buste au musée d’Angoulême ; la future épouse d’Henri IV Marguerite, indisposée, gardait la chambre. Pourtant, la politique n’est pas loin. Charles IX fait vraisemblablement allusion à Charles X, roi à l’époque de la rédaction du manuscrit. Le roi, personnage de l’ombre, apparaît pourtant à plusieurs reprises dans le roman sous les traits d’un homme fourbe, peu franc et foncièrement cruel, en politique comme à la chasse.
Le contexte historique est cependant tout autre, puisque la chronique s’achève avec la Saint-Barthélemy et la prise de la Rochelle. On peut penser que le thème central de la guerre civile fait écho aux massacres perpétrés pendant la Révolution et la période tumultueuse qui s’ensuit. Quoi qu’il en soit, les différences de religion sont ici au premier plan avec les retrouvailles de Bernard et du canard boiteux de la famille, à savoir son frère récemment converti. Combattant dans deux camps différents, les deux héros sont témoins des horreurs de la guerre religieuse qui sévit en France dans la deuxième moitié du XVIe.
Un roman trop sombre ? Non point ! Le sujet n’est pas léger et c’est ce qui fait aussi son intérêt. Cependant, Chronique du règne de Charles IX est peut-être avant toute chose une histoire de cape et d’épée. Oyez, oyez, aventuriers ! Ecrite sur un ton léger, cette chronique est bien souvent pleine d’humour, sans aucun doute toujours savoureuse. Les déboires du jeune de Mergy font notre plaisir : rencontre malencontreuse avec les reîtres dans un bouge entre Orléans et Paris ; bégaiements de jeune niais en présence de la cour ; intrigue amoureuse ; duel (bien évidemment, l’adversaire est totalement antipathique !) ; rencontre avec une sorcière ; ripailles faites en compagnie de catholiques reluquant les belles femmes à l’église… voilà bien des exploits pour un Bernard attachant.
Cette chronique palpitante est un drôle de plongeon en 1572 et une excellente immersion dans l’univers de Mérimée. Dont les œuvres intégrales me font de l’œil désormais…
296 p
Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX, 1829
23:11 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
28/05/2008
Livres à adopter !
10:27 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26/05/2008
Magistral
Ayant envie de me plonger dans un bon classique, j’ai jeté mon dévolu sur Mademoiselle O, qui traînait dans ma PAL depuis un an environ. C’était là ma première rencontre avec Vladimir Nabokov.
J’aurais pu crier au coup de cœur et clamer haut et fort ma nouvelle passion foudroyante pour l’auteur. Malheureusement, dès la deuxième moitié de ce recueil de nouvelles, mon enthousiasme est retombé progressivement avec chaque nouveau texte. Pourtant, voilà sans aucun doute une révélation ! Cet auteur mérite indéniablement de figurer parmi les incontournables de ma bibliothèque.
13 récits forment ce recueil : souvenirs et fictions aux accents autobiographiques se mêlent ; quelques textes satiriques faisant référence à la situation politique en Russie et en URSS aussi. L’émigration aux Etats-Unis, l’influence des cultures française et allemande et l’enfance en Russie sont les thèmes récurrents.
Malheureusement, certaines nouvelles se sont avérées assez décevantes ; la comparaison avec les premiers textes y est sans doute pour quelque chose. Je suis passée totalement à côté de la toute dernière que j’ai trouvée soporifique ; j’avoue ne pas avoir eu envie de faire des recherches pour mieux comprendre ce qui m’avait échappé.
Malgré tout, ce livre contient d’excellents textes. L’écriture puissante donne à l’histoire une tournure remarquable. Voilà incontestablement un génie de la littérature que Mademoiselle O permet d’aborder sereinement, en découvrant les thématiques chères à l’auteur aussi bien que sa plume, superbe. Le texte « Mademoiselle O » évoquant la gouvernante française du jeune Vladimir est sans aucun doute mon préféré ; un portrait authentique, cruel et pourtant sensible, qui rend un étrange hommage à cette femme disparue depuis longtemps.
« Mais désormais elle est réelle, puisque je l’ai créée, et cette existence que je lui donne serait une marque de gratitude très candide, si elle avait vraiment existé. »

240 p
Vladimir Nabokv, Mademoiselle O, 1958
N’oubliez pas de jeter un oeil aux découvertes gothiques du billet précédent...
17:54 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
25/05/2008
Découvertes gothiques
Dracula, Bram Stoker
Après avoir lu Pauline d’Alexandre Dumas, Malice a eu envie de connaître les livres qui ont influencé l’écriture de ce roman que beaucoup d’entre nous ont adoré.
D’où l’idée de découvrir ou retrouver les grands noms de la littérature gothique et certains classiques ayant inspiré Dumas… ou pas.
Nous avons dressé la liste des œuvres qui nous semblaient particulièrement intéressantes mais, comme on le dit si bien : plus on est de fous, plus on rit !
Voici donc une petite suggestion pour vous, amis lecteurs : parmi la liste de livres suivante, nous vous proposons de choisir entre un et trois titres à lire d’ici la fin de l’année. Vous pouvez aussi proposer d’autres écrits dans la même veine pour partager vos envies.
Comme il est toujours intéressant de comparer nos avis et de discuter de nos lectures communes, l’idée est avant tout de pouvoir partager sur un même thème, au fil de nos envies.
Parce que vous avez tout votre temps pour les savourer et parce que voilà des classiques au potentiel hautement « addictif », nous espérons que vous serez nombreux à hanter avec nous les corridors glacés de lugubres manoirs et de couvents délabrés…
Alors, partants pour ce train fantôme ? Allez… ;)
Ceux-là ont largement inspiré Alexandre Dumas…
Ann Radcliffe : Les mystères d'Udolphe
Quatrième de couverture
Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.
Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. »
Walter Scott : La fiancée de Lammermoor
Présentation de l'éditeur
A la fin du XVIIe siècle. alors que l'avenir de l'Écosse, bientôt ralliée au royaume d'Angleterre, semble menacé, un autre drame se joue au cœur des Highlands. Lorsque Edgar, le jeune maître de Ravenswood, sauve la vie de la douce et timide Lucy, il ignore qu'il vient de tomber sous le charme de la fille de son pire ennemi. Sir William Ashton. Soumises aux rivalités ancestrales de leurs familles. les amours d'Edgar et de Lucy ne cesseront d'être contrariées par les machiavéliques tentatives de Lady Ashton. la despotique et arrogante mère de la jeune fille. Malédiction familiale, vengeance et accès de folie : Walter Scott signe ici son roman le plus sombre.
Matthew G Lewis : Le Moine
Quatrième de couverture
On le nomme "Monk" Lewis, tant cet écrivain a été marqué par sa créature scandaleuse. Le livre fut d'abord interdit par la censure et Lewis obligé d'en réviser l'édition. Il n'a que vingt ans lorsqu'il écrit Le Moine et confronte le lecteur avec l'Invisible d'une manière directe et brutale. Le Surnaturel y fait sauvagement irruption et s'impose ; d'où la réticence d'un Coleridge, déconseillant aux parents de mettre un tel livre dans les mains de leurs enfants.
Il connaissait bien la littérature allemande et traduisit plusieurs grands auteurs, tel Schiller. Il adaptera avec succès un roman de Zschokke, Le Bandit de Venise.
Il hérita d'une fortune importante à la mort de son père et, avec effroi, en découvrit les sources, dans les Indes Occidentales. Il mourut de fièvre jaune à son retour d'un second voyage, laissant un passionnant Journal qui dénonce le scandale des pratiques coloniales dont nul alors ne se souciait. Comme la plupart des auteurs "gothiques", Monk Lewis ne fut jamais en odeur de sainteté auprès des critiques et il fallut attendre des auteurs comme Artaud ou Breton pour que certains considèrent enfin Le Moine avec sérieux.
"Le souffle du merveilleux l'anime tout entier (...). J'entends que ce livre n'exalte du commencement à la fin, et le plus purement du monde, que ce qui de l'esprit arrive à quitter le sol et que, dépouillé d'une partie insignifiante de son affabulation romanesque, à la mode du temps, il constitue un modèle de justesse et d'innocente grandeur".
Alfred de Musset : La Confession d'un enfant du siècle (pas franchement goth mais très glamour !)
Présentation de l'éditeur (Garnier Flammarion)
"J'ai bien envie d'écrire notre histoire. Il me semble que cela me guérirait et m'élèverait le cœur. Je voudrais te bâtir un autel, fût-ce avec mes os..."
C'est ainsi que le 30 avril 1834, un mois après la fin du séjour mouvementé des deux écrivains-amants à Venise, Alfred de Musset faisait part à George Sand de son projet de "confession."
Or ce roman quasi autobiographique où le badinage le cède bientôt à la tragédie intime apparaît aujourd'hui comme un des livres phares du dix-neuvième siècle français. Non qu'il constitue comme Le Génie du Christianisme un quelconque acte de naissance du mouvement romantique, mais parce qu'il situe le Romantisme à la croisée des chemins, à un moment où celui-ci tend à délaisser l'idéalisme pour s'adonner à la " curiosité du mal ".
… ceux-ci, peut-être pas, mais ils feront bientôt partie de nos in-con-tour-na-bles !
Jean Potocki : Le manuscrit trouvé à Saragosse
Quatrième de couverture (Livre de Poche)
C'était un manuscrit espagnol ; je ne connaissais que fort peu cette langue, mais, cependant, j'en savais assez pour comprendre que ce livre pouvait être amusant : on y parlait de brigands, de revenants, de cabalistes, et rien n'était plus propre à me distraire des fatigues de la campagne que la lecture d'un roman bizarre. Persuadé que ce livre ne reviendrait plus à son légitime propriétaire, je n'hésitai point à m'en emparer. »
Un véritable chef-d’œuvre de la littérature française comme de la littérature fantastique mondiale.
Jane Austen : Northanger Abbey
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Though Northanger Abbey is one of Jane Austen's earliest novels, it was not published until after her death--well after she'd established her reputation with works such as Pride and Prejudice, Emma, and Sense and Sensibility. Of all her novels, this one is the most explicitly literary in that it is primarily concerned with books and with readers. In it, Austen skewers the novelistic excesses of her day made popular in such 18th-century Gothic potboilers as Ann Radcliffe's The Mysteries of Udolpho. Decrepit castles, locked rooms, mysterious chests, cryptic notes, and tyrannical fathers all figure into Northanger Abbey, but with a decidedly satirical twist. Consider Austen's introduction of her heroine: we are told on the very first page that "no one who had ever seen Catherine Morland in her infancy, would have supposed her born to be an heroine." The author goes on to explain that Miss Morland's father is a clergyman with "a considerable independence, besides two good livings--and he was not in the least addicted to locking up his daughters." Furthermore, her mother does not die giving birth to her, and Catherine herself, far from engaging in "the more heroic enjoyments of infancy, nursing a dormouse, feeding a canary-bird, or watering a rose-bush" vastly prefers playing cricket with her brothers to any girlish pastimes.
Catherine grows up to be a passably pretty girl and is invited to spend a few weeks in Bath with a family friend. While there she meets Henry Tilney and his sister Eleanor, who invite her to visit their family estate, Northanger Abbey. Once there, Austen amuses herself and us as Catherine, a great reader of Gothic romances, allows her imagination to run wild, finding dreadful portents in the most wonderfully prosaic events. But Austen is after something more than mere parody; she uses her rapier wit to mock not only the essential silliness of "horrid" novels, but to expose the even more horrid workings of polite society, for nothing Catherine imagines could possibly rival the hypocrisy she experiences at the hands of her supposed friends. In many respects Northanger Abbey is the most lighthearted of Jane Austen's novels, yet at its core is a serious, unsentimental commentary on love and marriage, 19th-century British style.
Charles Robert Maturin : Melmoth, l’Homme errant
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". . . a pulse of power undiscoverable in any previous work of this kind -- a kinship to the essential truth of human nature, an understanding of the profoundest sources of actual cosmic fear . . . Without a doubt Maturin is a man of authentic genius, and he was so recognized by Balzac . . ." -- H.P. Lovecraft
Le protagoniste de ce roman gothique est John Melmoth, un érudit qui a vendu son âme au diable en échange d'un sursis de cent cinquante ans sur la mort. Dans le présent de la narration, 1816, il cherche désespérément un homme qui reprenne le pacte en son nom. Le passé est révélé par une série d'analepses mises en abyme dans la narration repère, selon le principe du récit dans le récit, l'auteur ayant recours à des lieux communs tels que le paquet de lettres retrouvé dans un grenier.
Karl Edward Wagner classait ce roman parmi l'un des treize meilleurs récits d'horreur et de fantastique, et H.P. Lovecraft le cite comme un bond en avant dans l'évolution du récit macabre.
Le roman de Maturin, considéré généralement comme l'apogée du roman gothique, n'est pas qu'un simple récit fantastique. C'est une critique sociale de l'Angleterre du XIXe siècle, une mise en accusation de l'église catholique (à travers notamment une critique de l'Inquisition), comparée au protestantisme dont l'auteur loue les vertus de réserve et de simplicité.
On trouve dans Le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde, des éléments inspirés par le roman de son grand oncle, notamment celui du tableau caché dans le grenier. A sa sortie de prison, Oscar Wilde adopta d'ailleurs le pseudonyme de Sébastien Melmoth, s'identifiant au héros maudit créé par son grand-oncle par alliance. Honoré de Balzac et Charles Baudelaire ne cachèrent pas leur estime pour l'œuvre de Maturin, notamment pour son roman le plus célèbre, Melmoth the Wanderer. Bertram fut adapté en français par Charles Nodier et Isidore Justin Severin Taylor (Bertram, ou le Chateau de S.t Aldobrand, 1821). Cette adaptation donna ensuite lieu à un opéra Il pirata, dont le livret est de Felice Romani, et la musique de Vincenzo Bellini; la première eut lieu à La Scala de Milan en 1827.
Honoré de Balzac écrivit une suite au fameux Melmoth, intitulée Melmoth réconcilié.
Le héros du roman de Vladimir Nabokov, Lolita, possède une voiture baptisée Melmoth sans doute parce qu'elle est connote le topos américanisé de l'errance à laquelle le condamne sa funeste liaison avec Lolita dont il n'arrive pas à se séparer.
Le héros de Maturin fut également une des nombreuses sources du roman d'Anne Rice, Memnoch the Devil.
Mary Elisabeth Braddon : Le Secret de Lady Audley
Présentation de l'éditeur
Le château des Audley fut jadis le théâtre d’un crime. Ce meurtre non élucidé est resté imprimé dans la mémoire des habitants du village comme une malédiction... Cette fatalité pèsera- t- elle sur les différents personnages du roman ? Car il est à peu près sûr qu’un sombre destin plane sur le baron Audley et sa très belle épouse. Effrayant, machiavélique, ce roman est à classer parmi la littérature à sensation d’Alexandre Dumas, de Wilkie Collins et de Dickens, annonçant les detective novels et les thrillers.
Mary Elizabeth Braddon est née en Angleterre en 1837. Le Secret de Lady Audley parut en feuilleton en 1862 et assura à l’auteur gloire et fortune. Elle publiera quelque soixante-dix romans, pour la plupart des crime novels où l’intrigue foisonne de péripéties, de crimes et de quelques autres atrocités. Elle choqua en son temps les ligues de vertu qui l’accusèrent d’avoir créé dans ce texte le plus terrible démon blond de la littérature moderne, et fut accusée de pervertir l’esprit des jeunes générations. Parmi ses admirateurs, on trouve Thomas Hardy, Stevenson et Thackeray.
Si vous lisez certains de ces classiques ou d’autres gothiques, n’hésitez pas à poster ici ou chez Malice un commentaire avec un lien vers vos critiques pour nous permettre d’aider à faire le pont entre les divers avis.
22/05/2008
En mai, fais ce qu’il te plaît !
Eh bien soyons fous, amis lecteurs, et rattrapons mon monstrueux retard en enchaînant aujourd’hui avec la présentation d’un livre de Takashi Hiraide, Le Chat qui venait du Ciel.
Vous pourriez me dire que, pour une lectrice dont le petit compagnon idéal est un chien du genre poilu et affectueux, ce livre était un choix un peu curieux. En même temps, vous admettrez que « le chien qui venait du ciel », ça fait tout de suite moins poétique. On imagine facilement un Murakami avec un chien bizarre et une histoire grotesque dans la lignée de La Course au Mouton Sauvage et autres oiseaux à ressort.
Que nenni, chers amis ! Faisant fi de tout préjugé d’ordre canin, votre fidèle lectrice, séduite par le titre poétique, l’aura japonaise (et, il faut bien l’admettre, la ravissante couverture de ce livre), a donc décidé d’ajouter ce texte d’Hiraide à la montagne de titres souhaités à court ou moyen terme. Il ne manquait plus qu’Hilde et son colis surprise pour que votre fidèle chroniqueuse découvre enfin l’objet de sa convoitise.
L’histoire assez simple est celle d’un couple louant une petite maison à l’arrière d’une grande propriété. Bientôt, un chaton ravissant et malicieux fait son apparition. Adopté par leurs voisins, Chibi devient rapidement un compagnon de jeux pour le couple. Relatant de nombreux moments partagés avec l’animal, le mari fait part au lecteur des sentiments qui l’ont habité depuis son arrivée. Devenu le centre des préoccupations du jeune couple, le chat meurt brutalement. C’est une période de deuil qui commence pour le narrateur et son épouse : frustrés de la haine que leur vouent leurs voisins depuis qu’ils se sont aperçus de la relation spéciale qu’ils nouaient avec le petit chat, forcés de déménager suite au décès du propriétaire, les deux personnages tentent de revivre en l’absence de Chibi.
Petit conte philosophique qui n’est pas sans rappeler les haïkus, ce texte est avant tout poétique. Une écriture agréable s’ajoute à un récit fait d’impressions, d’émotions et de non-dits. Bien que l’histoire soit principalement consacrée au chat, d’autres personnages gravitent autour du narrateur et de son épouse. S’ils apparaissent moins souvent, leur portrait n’en est pas moins réussi. Parmi les non-dits, l’absence d’enfant dans le couple, qui explique leur attachement au petit chat et la place à première vue disproportionnée qu’il occupe dans leur vie. Ajoutons à cela quelques références culturelles, notamment à Machiavel, plusieurs fois cité.
Sans être totalement emportée par cette lecture que j’ai entrecoupée d’autres aventures littéraires, j’ai été séduite par le charme désuet de ce texte. Un peu monotone, peut-être, mais sans conteste un livre intéressant.
Merci encore à Hilde pour ce cadeau !
Les avis de Yueyin, Sheherazade, Papillon, tamara, Kalistina, Katell et Flo.
130 p
Takashi Hiraide, Le Chat qui venait du Ciel, 2006
17:43 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
21/05/2008
De l’art de plaire…
Ou comment rendre justice à un auteur incontournable en ayant attendu plus d’un mois pour faire cette chronique ?
Petit 1 : D’abord tenter de faire abstraction de la dizaine de bouquins plus ou moins bons lus entre temps.
Petit 2 : Arrêter de dire qu’Hustvedt est un auteur incontournable, génialissime et, on l’espère, un futur Nobel. Honnêtement, Lou, ce prosélytisme en matière hustvedtienne va finir par desservir ta noble cause.
Petit 3 : Vous rappeler cependant qu’une bibliothèque sans un livre d’Hustvedt, c’est un peu comme un livre sans mots, ou, plus prosaïquement et pour ne pas verser dans la poésie de bas étage, comme une tartine sans nutella (là, forcément, je sais que cet argument de poids va parler à bon nombre d’entre vous).
Alors, pour que cette note présente un vague intérêt et parce que je suis une chic fille, je vais vous dire en deux mots de quoi il s’agit : The Blindfold est le premier roman de l’illustre auteur dont nous parlons aujourd’hui. Il ne vous échappera pas que l’héroïne s’appelle Iris (anagramme de Siri) et que l’histoire est sans doute par quelques aspects autobiographiques. Iris est donc étudiante en lettres. Jeune femme brillante mais fauchée, elle multiplie les petits boulots et les rencontres étranges : entre un homme mystérieux qui lui demande de décrire les objets ayant appartenu à une morte (l’aurait-il assassinée ?), un amour ravageur, un photographe inquiétant et un confident un peu trop bavard, Iris, bien mal entourée, voit sa santé décliner de jour en jour. Son comportement change lui aussi, et bientôt, après s’être travestie pendant des soirées en un personnage de roman aux pulsions malsaines, la jeune femme souffrant de troubles de la personnalité sent que le fil entre réalité et fiction est ténu.
Art et littérature se mêlent ici avec brio. Le travestissement, thème cher à l’auteur, est ici abordé à travers une histoire fascinante, où le fait de se déguiser en un personnage masculin hautement symbolique pousse l’héroïne à transgresser les codes et à finir par dépasser sa recherche de liberté en adoptant un comportement dangereux. Iris, passant d’un extrême à l’autre, se révèle être sa pire ennemie, mais ce sont son évolution, ses doutes et ses impulsions qui rendent ce roman si subtil et dense à la fois. Foisonnant de personnages complexes, le récit passionnant donne en soi une excellente raison de découvrir ce roman. Ajoutons à cela l’écriture fluide et la plume superbe de Siri Hustvedt, et voilà un splendide premier roman !

222 p
Siri Hustvedt, The Blindfold, 1992*
* titre français (Actes Sud, Babel) : Les yeux bandés
12:36 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
20/05/2008
Le tag à Thom
C'est Charlie Bobine qui a conduit cet interrogatoire serré. Enfin, tout ça à cause de Thom, qui a eu… une très bonne idée !
Règlement officiellement officialisé
Question 1 (gracieuseté de Cuné) : On a tous un sosie quelque part. Quelqu'un qui nous ressemble un peu, tout au moins. Ou alors quelqu'un qui a fait penser quelqu'un d'autre à nous lorsqu'il l'a vu(e). Parfois, ça peut entraîner de lourds ressentiments. Si on me dit que je ressemble à Nicolas Sarkozy, par exemple, je pleure. Alors, à qui t'a-t-on déjà dit que tu ressemblais ? (Même de loin, ou de profil, ou philosophiquement parlant, ou pour déconner, rhoo !)
On m’a dit que je ressemblais à Sophie Marceau… oui oui, rien que ça ! En même temps, quand le compliment est de source maternelle, on est en droit de se poser quelques questions, voire d’être franchement sceptique !
Je ne sais donc pas à qui je peux bien ressembler (contrairement à Mr Lou dont nous avons un jour croisé le sosie – à tel point que, vu mon esprit romanesque, j’ai fini par me demander au passage si une sombre raison ne l’avait pas séparé de son jumeau à la naissance). Enfin, si je ressemble à moi-même, c’est déjà plutôt encourageant, non ? En réalité, peut-être pas mais cela indique déjà que je ne souffre pas de troubles de la personnalité trop visibles, ce qui, en soi est déjà une bonne chose.
Question 2 (généreusement offerte par So) : Tu dois tuer la personne avec qui tu vis, comment t'y prends-tu pour ne pas te faire choper?
Première je précise que ça ne risque pas d’arriver parce que je ne sais pas ce que je deviendrais sans Mr Lou (bin oui, qui ferait la vaisselle, les courses, le ménage, le repassage… ?;)). Mais admettons que j’aie un esprit encore plus tordu et que je vive avec mon pire ennemi. Mmh… pendant qu’il a le dos tourné je fouille dans son sac de sport pour remplacer sa bouteille d’eau par un produit d’entretien à l’effet radical. Cela dit, allez trouver un produit d’entretien qui ne s’annonce pas à l’odeur à trois km à la ronde… bon, je crois que je suis recalée pour le rôle d’apprentie assassin.
Question 3 (merci Alinéa) : Si tu devais être privé(e) d'un des 5 sens, lequel choisirais-tu? Pourquoi?
Aucun n’étant pas la bonne réponse… peut-être le goût. Mais pour une gourmande comme moi, quel calvaire ! Remarquez que j’ai choisi ce sens de façon pragmatique : privée de goût je ne serais plus tentée par les bons petits plats et, tout au long d’une vie malheureusement un peu fade et sans saveur (et pour cause !), je n’aurais plus à m’inquiéter côté régime.
Question 4 (cadeau hautement kulturel de Fashion) : Quel titre dont tu as (un peu, beaucoup, passionnément) honte se cache dans ta bibliothèque ?
Il y a bien chez mes parents un Barbara Cartland… mais je ne le cache pas car je lui dois un énorme fou rire. Je me rappelle juste un truc invraisemblable, une héroïne en robe planquée dans une grotte.
Question 5 (création d'Amanda) : Tu viens de mourir. Saint Pierre était bourré quand tu es arrivé(e) devant les portes du Paradis et t'a indiqué la mauvaise porte. Te voilà devant Bouddha qui t'informe que tu dois te réincarner. Tu peux choisir ce que tu veux, sauf te réincarner en toi, faut évoluer ma vieille (mon vieux). Alors ? En quoi choisis tu de te réincarner ?
Je ne suis pas trop fan de la réincarnation mais tant qu’à faire, pourquoi ne pas devenir un homme, histoire de voir le monde autrement ?
Question 6 (directement de chez Cathulu) : Quelle question ne voudrais-tu surtout pas qu'on te pose?
Ah, ça c’est une question vicieuse ! Il y en a forcément, disons que je ne raffole pas des questions trop personnelles et sérieuses sur le Net.
Question 7 (pour laquelle nous ne remercierons jamais assez Anne) : Essayez-vous, régulièrement, de vous débarrasser d'habitudes profondément ancrées?
Comme… manger du chocolat ? Surfer sur Internet pendant que je regarde Jack Malone à la télé ? Ne pas tout ranger systématiquement ? Craquer trop facilement devant des livres ? Dire n’importe quoi ?... euh… c’est-à-dire que devant l’ampleur du défi… plus sérieusement (enfin, dans la limite du sérieux pour un tag amusant), bien sûr, je lutte, le poing levé !
Question 8 (subtilement créée par Karine) : Nous avons tous nos petites manies langagières. Des mots que nous disons très souvent, des expressions un peu bizarres, des prononciations originales... Quelles sont les vôtres?
Grrr… tiens, une question qui fâche : « quoi », « tu vois », « en fait » sont des mots que j’aimerais rayer de mon langage. Ils disparaissent dans un cadre professionnel, heureusement ! Et sinon j’ai parfois tendance à prononcer les « o » et les « an » comme dans le Sud, d’où vient ma mère. Enfin, je n’ai pas l’accent du sud mais une fois de temps à autre j’ai la langue qui fourche !
Question 9 directement de Bretagne (Joelle) : Dérivée de la question d'Amanda (la 5), comme St Pierre a une dette envers toi, il te propose de tester une époque, passée ou future, avant de te réincarner dans l'humain, l'animal ou la chose de ton choix (ben oui, quoi, St Pierre a aussi la possibilité de te faire voyager dans le temps ... de toute façon, pour l'instant, tu es encore mort !). Quelle période voudrais-tu découvrir ?
Sans aucune hésitation, je voudrais me rendre en Angleterre au XIXe siècle… vous croyez que c’est possible ?
Question 10 (fournée spéciale Charlie Bobine !) : Ta maison est en flamme. Les êtres qui te sont chers (et tes animaux de compagnie s'il y a lieu) sont en sécurité. Tu as quelques minutes à peine pour sauver un (ou plusieurs) objet(s) facilement transportable(s). Que sauves-tu des flammes?
C’est une question vraiment délicate pour quelqu’un qui conserve presque tout, jusqu’à la petite cuillère en plastique récupérée avec le déjeuner à Disneyland Paris en 1993 (enfin quand même pas, je l’ai jetée il y a un ou deux mois !!!). Ce serait sans doute, en vrac dans un sac : mon PC, quelques livres offerts ou hérités de ma famille, mes photos d’Espagne et mes petits boîtes à bijoux.
Ma question : Manque de chance, la réincarnation n’a pas fonctionné et te voilà enfermé(e) dans le roman que tu détestes le plus. Comme Bouda a vraiment loupé son coup, tu es le personnage le plus exécrable, nullissime ou inintéressant de l’histoire. Quel est ce livre ? Quel est ton rôle et comment t’en sors-tu ?
Et roulement de tambour (once again)... c'est maintenant à Agnès de jouer !
18/05/2008
Crise existentielle à Dublin
Toujours prête à me fournir en substances (légales) hautement stimulantes, une amie (celle de Jonathan Tropper et de l’Indien malchanceux) m’a récemment prêté Les Trottoirs de Dublin de Damien Owens, la victime toute désignée de cette chronique. Enfin, victime, le mot est mal choisi. Car c’est plutôt votre lectrice dévouée qui, entre moments d’hilarité absolus et crises d’angoisse profondes, a vécu malgré elle ces trois derniers jours au rythme des déboires de Joe Flood, l’anti-héros de ce roman.
Flood pourrait être un personnage à la Nick Hornby : la trentaine, il déteste son job dans les RP, vit dans un studio minable, reste désespérément célibataire, a des problèmes familiaux depuis le décès de son père et passe ses journées à se lamenter auprès de son ami Go-Go. En réalité, la situation est telle au départ qu’elle ne pourrait vraisemblablement pas empirer. Et pourtant… car Deirdre, la petite sœur, choisit ce moment pour ajouter une nouvelle catastrophe aux nombreuses sources alimentant un conflit familial permanent ; rien ne va plus au bureau où Joe est brutalement convoqué par son patron ; il rencontre la femme de sa vie dans l’un des pires contextes possibles ; sans compter que le scénario devant assurer sa gloire à Hollywood n’avance pas d’un pouce.
Ce roman détente, malgré un recours un peu trop récurrent au langage parlé, réunit beaucoup de qualités pour passer un agréable moment : des personnages originaux et attachants, une intrigue simple mais bien ficelée, d’innombrables micro péripéties, de l’amour, des larmes, des scènes amusantes et, en prime, des héros et une histoire tout à fait crédibles. Entre Joe, la belle Catherine, Leonard le patron de bar maussade, Go-Go le confident, Stevie et Norm, les amis inspérables, Deirdre et son ex Brendan Feeny, sans parler de la maman psychotique, les rebonds ne se font pas attendre.
Un roman drôle, un feuilleton télé version papier, certes, mais aussi le tableau d’une Irlande contemporaine où la classe moyenne est marquée par l’abus d’alcool, la pauvreté et la menace floue mais omniprésente du chômage. Derrière le looser Joe et son ridicule apparent se cache une critique au final assez mordante de la société irlandaise. A la fois tendre et piquant, ce livre réussit sans aucun doute à s’imposer parmi les romans où fleurissent les trentenaires anglo-saxons pour qui rien ne va plus.
Extrait :
Joe rentre chez lui contraint et forcé et, pour ajouter à son malheur, une sœur s’assied à côté de lui… lui qui a horreur des catholiques, le voilà servi ! Grommelant dans son coin pendant que la religieuse se bidonne en lisant Le guide du voyageur galactique, Joe est finalement forcé de discuter avec sa compagne de voyage.
« Alors vous, vous êtes ?
- Joe, ai-je répondu en me demandant si cette familiarité me rendait plus vulnérable.
- Euh, enchantée, moi c’est Frances, mais ce n’était pas le sens de ma question. Pour vous, vous êtes agnostique ou quoi ? »
Autre fard. « On, non. Athée. Enfin, panthéiste, en théorie, mais… aucune importance. »
Sœur Frances a brandi vers moi le crucifix qu’elle portait autour du cou. « Arrière ! Arrière ! » a-t-elle crié.
J’ai ri et imaginé qu’elle était peut-être une vieille clame ordinaire en route pour un bal costumé. Enhardi, j’ai décidé de mettre les choses au point. « Ecoutez, ma sœur, je n’essaierai pas de vous convertir si vous n’essayez pas de me convertir. »
Elle m’a souri. « Je prierai pour vous.
- Et moi, je penserai pour nous deux », lui ai-je répondu pour lui clouer le bel avec la boutade habituelle.
J’ai toujours manifesté une fâcheuse tendance à chercher conseil auprès d’inconnus. J’ai laissé tomber psycho, à la fin de la première année de fac, sur les avis d’un chauffeur de taxi. Alors, ce n’est pas très surprenant que j’aie sauté sur l’occasion avec sœur Frances. Typique de mon parcours personnel.
« Ma sœur ? »
Je ne reconnaissais plus ma voix.
« Mmmm ?
- Je peux vous demander quelque chose ? »
Elle a refermé son livre et m’a accordé immédiatement toute son attention. « La réponse est non. Le sexe ne me manque pas. On ne peut pas regretter ce qu’on n’a jamais connu. »
Cette fois j’ai rougi jusqu’à la racine des cheveux.
« Non, non, ce n’est pas ça, ai-je affirmé d’une voix éraillée. C’est… un problème personnel.
- Hou là, a-t-elle fait, mais sans rougir. Je croyais que les jeunes ne pensaient qu’au sexe. Surtout les jeunes athées. »

354 p
Damien Owens, Les Trottoirs de Dublin, 2001
18:49 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
14/05/2008
I have had a dream
Dear livrophiles, bonjour à tous !
Si j’ai un peu tardé à finir le deuxième roman de Fabrice Bourland, Les Portes du Sommeil, c’est parce que bizarrement, je décide systématiquement de lire cette série quand je quitte enfin Paris. C’est donc en Allemagne, en Suisse et en Alsace que son deuxième roman m’a accompagnée ce week-end mais, trop fatiguée pour lire plus de deux lignes par jour, je n’ai finalement réussi qu’à (encore !) abîmer un peu trop à mon goût la couverture, moi qui suis d’habitude maniaque dès qu’il s’agit de ma bibliothèque. C’est donc à mon retour que j’ai dévoré la deuxième moitié du roman en un temps record, ravie de me plonger dans les descriptions du Danube et de l’Autriche qui me permettaient de planer encore quelques heures dans une ambiance hautement germanique. Mais rentrons enfin dans le vif du sujet !
C’est avec un immense plaisir que l’on retrouve James et Andrew, cette fois-ci prêts à résoudre une énigme en France suite à la mort mystérieuse du marquis de Brindillac, qui serait décédé au cours d’un cauchemar particulièrement violent. Bizarre, bizarre, d’autant plus qu’un journaliste, Jacques Lacroix, fait bientôt le rapprochement entre ce fait divers et la disparition de l’écrivain Pierre Ducros, puis d’autres personnalités. Puisque le mal semble frapper des personnes intéressées par les mystères du sommeil, peut-on penser qu’elles auraient toutes fait des découvertes dangereuses ? Lorsque l’on découvre qu’un sinistre individu est venu rendre visite à chacune des victimes peu avant sa mort, l’inquiétude est à son comble : car si cet étranger à l’accent allemand est coupable, comment pourrait-il tuer des personnes a priori mortes naturellement ?
Cette fois-ci, plus de Londres et de fantômes victoriens pour notre tandem à la Sherlock Holmes : les voilà dans un Paris des années 30, où il fait toujours bon vivre en se prélassant aux terrasses des cafés malgré les inquiétudes suscitées par les récentes réformes antisémites de l’Allemagne nazie. Des surréalistes à Nerval, de la tour Saint-Jacques au Boulevard de Clichy en passant par la place Blanche et son Moulin Rouge, les deux détectives nous entraînent dans une capitale toujours vibrante, foyer bouillonnant de tous les courants artistiques. Sous les auspices de l’Orient-Express et des bateaux à aubes du Danube, le roman plonge finalement ses lecteurs dans une atmosphère plus pesante, la grandeur et la majesté des lieux pliant sous le poids des sombres menaces qui pèsent sur l’Europe et son cœur germanique.
Plus de fantômes donc, mais toujours du surnaturel dans ce roman : revenant sur d’anciens mythes selon lesquels les hommes pouvaient entrer en contact et s’accoupler avec des êtres venus de leurs songes, Fabrice Bourland met en avant les rêves hallucinatoires, les immenses possibilités liées au sommeil ainsi que le fil parfois ténu entre la vie quotidienne et le monde onirique.
Le polar n’est pas le maître mot une fois encore et la résolution de l’énigme cède largement la place au plaisir de retrouver une époque et une ambiance particulières en suivant les pas de deux détectives attachants toujours prêts à se lancer dans d’extraordinaires aventures. Encore un agréable voyage dans une Europe oubliée, un roman auquel je ne ferais qu’un reproche : à quand la suite ?
Une dernière petite question en suspens : retrouverons-nous un jour nos deux amis pour résoudre le cas Nerval ?
N'oubliez pas le Fantôme de Baker Street, et sur les portes du Sommeil, l'avis de Nicolas et de Clarabel (si j'en oublie, bien sûr, n'hésitez pas à mettre un lien dans les commentaires).
251 p
Fabrice Bourland, Les Portes du Sommeil, 2008
09:20 Publié dans Romans policiers | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
08/05/2008
Tout et n'importe quoi
Voilà quelques mois, Mademoiselle Lou, par le titre trompeur alléchée, s’emparait victorieusement d’Un majestueux fossile littéraire de Mark Twain après avoir résisté à la tentation d’une dizaine de livres hors de prix (soit le lot quotidien d’un(e) livrovore). Si les couvertures de la collection folio 2€ jouent presque toujours les tentatrices par leurs couleurs et perspectives aguichantes, le contenu subit des variations d’une amplitude incontestable côté qualité. D’un côté, les récits excellents, les témoignages fascinants, les plumes subtiles, le tout pour découvrir sans risque de nouveaux auteurs ; de l’autre, des extraits par trop tronqués ou des nouvelles décevantes ne rendant pas justice à d’excellents romanciers. De Twain, je garde un très bon souvenir avec son Tom Sawyer (« il n’a peur de rien, c’est un Américain ; il aime l’école, surtout quand elle est loin… ») et son ami Huckleberry Finn. Je prévoyais de relire ces textes avec un regard nouveau, maintenant que je suis un vieux machin sur le point de terminer ses études, et lorsque mon regard est tombé sur Un majestueux fossile littéraire, j’ai pensé que l’occasion m’était donnée de redécouvrir Twain avec un texte différent. Mais quelle déception !
Trois textes inégaux composent ce recueil :
Un pari de milliardaires : deux milliardaires confient un bon de 5 millions de dollars à un jeune étranger sans ressources ni contacts à Londres. Si, au bout de 30 jours, il parvient à leur restituer ce billet, intact, après en avoir profité, l’un d’entre eux aura gagné son pari. Mais que faire pour ne pas passer pour un voleur ? Vivre à crédit en se faisant passer pour un millionnaire excentrique ?
De loin le texte qui m’a le plus convaincue. C’est sympathique, bien mené et, sans être une excellente nouvelle, ce texte nous fait passer un agréable moment.
La télégraphie mentale : Mark Twain donne une série d’exemples (interminable !) de télépathie. L’exemple le plus fréquent est celui de deux lettres qui se croisent et ont été écrites en même temps ; la question des inventions et le fait que bizarrement, plusieurs grands esprits se mettent à travailler sur un problème précis en même temps tient au fait que le premier à avoir eu l’idée transmet inconsciemment cette information à d’autres personnes qui elles, pensent être animées de leur propre volonté alors qu’en réalité, la paternité de l’idée ne revient qu’à une seule et même personne. L’idée que les chercheurs peuvent communiquer entre eux ou que leurs propres recherches sont influencées par des découvertes qui ont eu lieu précédemment et sont connues de toute la communauté scientifique n’est jamais évoquée.
Totalement inintéressant et soporifique lorsqu’on ne s’intéresse pas de près à ce type de phénomènes. Tout comme Michel, qui disait être excessivement rationnel, je suis restée complètement indifférente devant cette série de coïncidences et d’explications à mon avis tirées par les cheveux. Cela dit, j’ai trouvé un article intéressant faisant référence à ce texte de Twain : Le problème des intercommunications psychiques.
Un majestueux fossile littéraire : Mark Twain fait référence à un livre de médecine et explique que la médecine a connu une vraie rupture au XIXe. « Voilà pourquoi, sans doute, nous sommes actuellement une race de petits Mercure, aux talons ailés, fiers de leur émancipation – au lieu d’être restés, comme nos ancêtres, une race de cancres balourds, fiers de leur balourdise. » Ce pamphlet ne m’a pas vraiment convaincue non plus, sans doute parce que je ne connais rien à l’histoire de la médecine et ne suis pas capable de mesurer la véracité des propos de Twain : est-ce que la médecine n’a fait aucun progrès de l’Antiquité au XIXe ? A vrai dire, un simple coup d’œil à l’article de Wikipedia sur l’histoire de la médecine semble indiquer le contraire. C’est sans doute la propension à déclamer des vérités incontestables sur les médecins, ces « assassins patentés » qui m’a un peu agacée. En revanche, certains exemples bien choisis m’ont amusée, telle la saignée (pour mieux achever les malades) ou la définition de l’Arcane : « sorte de remède dont le mode de préparation et la remarquable efficacité sont tenus soigneusement cachés, pour en rehausser la valeur. Les chimistes entendent généralement par là une chose mystérieuse, immatérielle, impérissable, que l’homme ne peut apprécier que par l’expérience ; la vertu de chaque chose en effet est mille fois plus efficace que la chose elle-même. » Ou encore : « il n’est pas non plus mentionné à quelle maladie ce remède s’applique. »
Au final, deux textes ennuyeux et un livre dont le lecteur peut tout à fait se dispenser, à moins d’être particulièrement intéressé par les sujets mentionnés plus haut. A déconseiller à ceux qui ne connaissent pas encore Mark Twain. Par ailleurs, une courte introduction n’aurait pas été de trop pour comprendre dans quel contexte les deux derniers textes ont été écrits, d’autant plus que l’on pourrait penser à l’origine qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles. Etouffant un bâillement, j’ai reposé ce livre dans ma bibliothèque, dont il n’est pas près de ressortir.
Au passage, j’avais eu la mauvaise idée de l’offrir à Choupynette. Peut-être aura-t-elle un avis différent (you never know)…
Et n’oubliez pas Ptit Sushi, qui a aimé.
127 p
Mark Twain, Un majestueux fossile littéraire, 1893*
* The £1,000,000 Bank Note and Other New Stories, 1893 (je ne suis pas tout à fait sure que les autres textes se soient également trouvés dans ce recueil ; c’est cependant le cas pour l’édition française – début XXe).









































