Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/04/2008

Un rafraîchissement ?

23626796.jpgCette semaine, pas de répit pour Mademoiselle Lou, dont l’agenda overbooké laissait peu de place à la lecture et encore moins à toute tentative d’intrusion de la part d’un quelconque auteur un tant soit peu sérieux. Place au léger, donc, et qui dit léger disait cette fois-ci Wodehouse, dont je me promettais de découvrir la prose so British ! depuis longtemps. Dans les transports ou quelques minutes avant de m’endormir, jusqu’à un samedi après-midi édifiant, ce petit cocktail tonique s’est bien prêté au jeu et m’a joyeusement accompagnée sans pour autant faire travailler mes neurones outre mesure. Je n’en demandais pas plus !

Wodehouse a ceci de reposant qu’il ne se passe pas grand-chose avec lui, hormis les mésaventures abracadabrantes d’un jeune héritier sympathique mais passablement stupide, qui :

- Apprend que Florence, jeune intello belle mais envahissante, a décidé de se fiancer avec lui, intimement persuadée de l’amour dudit héros (lequel n’ose bien sûr pas revenir sur ce léger malentendu pour ne pas contrarier sa promise) ;

- Tente de récupérer un collier pour sa tante Dahlia et vole malencontreusement celui d’une des invitées de la tante en question ;

- Cherche à éviter à moult reprises le futur ex futur ex etc fiancé de Florence, qui a décidé de lui briser l’échine en cinq morceaux (soyons précis !).

Epaulé de son fidèle majordome Jeeves, qui trouve toujours une solution à tout, Bertram Wooster (car c’est bien de lui que l’on parle) vit des aventures rocambolesques tout en cherchant à préserver autant que possible ses sorties au club, ses dîners chez Tante Dahlia et les petits remontants savourés en tentant de résoudre Le Mystère de la Langouste Rose.

Le tandem du majordome intello et de son employeur un peu lent du ciboulot fonctionne bien ; l’humour absurde à l’anglaise fait de cette lourde farce un moment de tranquille plaisir ; tout aussi caricaturaux les uns que les autres, les personnages secondaires valent à eux seuls le détour (avec une mention spéciale pour l’amoureux malheureux à la tête de morue pas fraîche, intellectuel incompris écrivant en cachette des polars pour gagner sa vie – ex : L’Affaire du beignet empoisonné).

Mais la Palme d’Or revient aux doux noms d’oiseaux abondamment utilisés par Wooster et sa tante bien-aimée lorsqu’ils s’adressent l’un à l’autre, avec un petit avantage pour Wooster et son humeur plus artistique :

- Côté Dahlia : « reptile » ; « espèce de goret demeuré » ; « espèce de cloche » ; « espèce de verre de terre » ; « crétin » ; « espèce d’andouille »…

- Côté Wooster : « vieille chair et sang » ; « vieille parente consanguine » ; « vieille ancêtre » ; « vieux tremble frémissant » ; « vieille chose » ; « parente âgée »…

Chez les Anglais il y a plus drôle et plus fin, mais le temps d’une courte pause, Wodehouse fait tout à fait l’affaire !

Extraits :

Number 1

Le festin, comme je m’y attendais, ne fit rien pour me remonter le moral. Tante Dahlia ne s’était pas trompée en affirmant que mes invités se conduiraient comme des enquiquineurs de première catégorie. L.G. Trotter était un petit homme à la tête de fouine, qui prononça à peine un mot pendant le repas parce que, quand il essayait, la lumière de ses jours lui intimait de la fermer, et Mrs Trotter était une robuste personne au nez crochu, qui parlait tout le temps, principalement au sujet d’une femme nommée Blenkinsop qu’elle détestait.

Number 2

« Il est vrai que tout le monde dit que, même si tu as le cerveau d’une paonne, tu es la générosité même. » En fait, j’étais handicapé par le fait que je n’ai jamais rencontré de paonne, ce qui me rendait incapable d’estimer la qualité de l’intelligence de ces volailles, mais elle avait parlé comme si elles étaient un peu à court de matière grise, et j’allais lui demander ce qu’elle voulait dire par « tout le monde » quand

Number 3...

Après tout, pensai-je, il n’y avait rien de bien hasardeux là-dedans. Il me suffisait de me procurer une échelle et d’y grimper, chose bien simple pour quelqu’un de ma sveltesse et de mon agilité. Pas agréable, bien sûr, de devoir sortir à cette heure de la nuit, mais j’étais prêt à le faire afin de ramener le rose aux joues d’une femme qui, au temps où j’étais au berceau, m’avait souvent fait sauter sur ses genoux, sans oublier qu’elle m’avait sauvé la vie la fois où j’avais avalé ma tétine en caoutchouc.

And Number 4 !

« C’est à n’y plus rien comprendre. Je ne vois pas du tout ce qu’elle vous trouve.

- Moi non plus. Tout cela est très étrange. »

3,5coeurs.jpg

 

 

247 p

P.G. Wodehouse, Toujours prêt, Jeeves ?, 1971

21/04/2008

Victorien, ce livre est pour toi !

1637611217.jpg457437637.JPGDear everyone, chers Vers de Livres en particulier !

Aujourd’hui est le D-Day où je vais révéler au grand jour mes talents artistiques insoupçonnés devant vos yeux ébahis. Amis lecteurs, il y a bien sûr un pourquoi du comment à tout cela : si mes créations étaient sagement tenues secrètes jusque-là (à juste titre, vous le voyez par vous-mêmes), ce n’était pas pour en faire étalage maintenant. Alors pourquoi tant de grâce me direz-vous ? Eh bien, bande de petits curieux, il se trouve qu’après une lecture coup de cœur j’ai décidé qu’il était temps d’ajouter à mes notes quelques symboles vous aidant rapidement à repérer mes coups de cœur et mes déceptions. Je vais donc instaurer un système d’étoiles très bientôt mais je n’ai pas encore l’échelle sous la main donc je ferai ça rétroactivement. En revanche, rien que pour vos beaux yeux, j’ai créé tout à l’heure ce magnifique cœur aux couleurs vives et aux subtils contrastes, non pour les réserver aux stylistes (envieux) les plus offrants, mais pour vous signaler du premier coup d’œil certaines lectures particulièrement renversantes. Nous commencerons donc (mais je vais intégrer ce sublime dessin aux notes antérieures) par un roman fleuve pas intello pour un sou, je dois bien l’avouer, La Marque de Windfield de Ken Follett.

J’ai déniché ce livre chez mes parents il y a une dizaine de jours et, horreur ! j’ai découvert qu’il m’avait été offert le 15 avril 1998. Soit presque dix ans jour pour jour. Décidant qu’il était grand temps de sortir de ma PAL ce roman qui me faisait toujours envie mais que je ne lisais jamais, je me suis plongée dans l’histoire sans trop savoir ce qui m’attendait : thriller ? policier classique ? roman historique ?

Comme vous le savez déjà, le mélange a bien pris et j’ai tout de suite été emportée par cette saga palpitante dont le déroulement est devenu mon principal sujet de préoccupation pendant quelques jours.

L’histoire : en 1866, Peter, un jeune élève de Windfield meurt noyé, vraisemblablement assassiné par un autre élève plus âgé, Edward Pilaster. Parmi les témoins, Micky Miranda, élève opportuniste hautement antipathique venu du Cordovay et sans le sou ; Hugh Pilaster, jeune cousin d’Edward bien plus intègre et sympathique, mouton noir de la famille qui sera retiré du collège le jour même suite à la faillite et au suicide de son père ; enfin, Tonio, petit rouquin de l’âge de Hugh et de Peter également venu du Cordovay. Faisant passer son ami Edward pour un héros ayant tenté de sauver Peter de la noyade, Miranda obtient les faveurs de la famille Pilaster qui croit Edward coupable. Dès lors ils deviennent inséparables et les Pilaster, de puissants banquiers, pourvoient aux besoins du jeune garçon. Fin du prologue.

Nous retrouvons tous ces personnages quelques années plus tard lorsqu’ils s’apprêtent à faire leur entrée dans la vie professionnelle, Edward et Hugh à la banque, Micky dans le corps diplomatique. Malgré son statut d’indésirable, Hugh est promis à un avenir brillant dans la finance tandis que son cousin Edward, mou et peu motivé, doit seulement son poste à son père et aux intrigues menées par sa mère Augusta. D’autres personnages prennent de l’importance à cette période : Maisie, jeune fille débutant une carrière de prostituée après avoir quitté sa famille ruinée par la faillite de Tobias Pilaster ; Solly Greebourne, fils héritier de Ben Greenbourne, banquier juif plus puissant encore que les Pilaster ; April, jeune courtisane qui partage une chambre avec Maisie.

Je ne vous en dis pas plus même si l’envie de ne m’en manque pas. Jusqu’à l’épilogue (1892), nous suivons pas à pas l’ascension et la chute des uns et des autres. Avec horreur et curiosité, nous découvrons toutes les manœuvres d’Augusta pour diriger la banque en manipulant les hommes de la famille ; nous nous attachons inévitablement au bon vivant Solly, personnage d’une générosité incroyable et nous tremblons à chaque instant pour l’avenir de Hugh, sans cesse menacé par les mesquineries habiles de sa tante. Le tout ponctué de quelques meurtres, saupoudré d’intrigues amoureuses, de secrets honteux, de paillettes et de charbon, comme il se doit pour faire une belle épopée victorienne ! Aussi invraisemblables que puissent paraître l’intégrité et la gentillesse de certains, la méchanceté et la ruse des autres, tous les personnages sont d’un réalisme surprenant, leurs portraits brossés avec précision et leurs caractères bien trempés. On aime, on déteste, mais aucun ne nous laisse indifférent.

Bien sûr, Ken Follett est un écrivain de thrillers et n’est pas particulièrement connu pour sa plume légendaire. Cependant, sans être un roman « d’auteur », ce livre est écrit dans un style tout à fait correct qui, sans être intéressant en soi, ne gêne absolument pas la lecture. J’ai relevé quelques erreurs de traduction un peu agaçantes mais peu nombreuses : une allusion à la Richesse des Nations d’Adam Smith (ici « Fortune des Nations », ce qui ne correspond pas au titre français) ; Maisie qui devient Daisie une fois ; ou encore quelques fautes d’impression ou de frappe. Cela dit, pas plus d’une dizaine pour plus de 600 p, donc rien de bien important – des corrections ont peut-être été apportées depuis, d’ailleurs, puisque mon livre a été imprimé il y a dix ans.

Au final, je conclus sur un vrai coup de cœur pour ce roman qui va de rebondissement en rebondissement et ne laisse pas au lecteur le temps de reprendre son souffle. Absolument passionnant, 100% accrocheur, à recommander chaudement aux amateurs de sagas familiales, de romans historiques et de l’époque victorienne.

PS : à ceux qui l’ont lu, que pensez-vous de la fin et du coup (à mon avis excellentissime) de la malle ?

PS2 : en parlant d'époque victorienne, ce serait aujourd'hui l'anniversaire de Charlotte Brontë, née en 1816.

4,5coeurs.jpg

 

 

627 p

Ken Follett, La Marque de Windfield, 1993

17/04/2008

Petite annonce : Esprits tordus s'abstenir

973017894.jpgEn ce moment, allez savoir pourquoi, je multiplie les trajets entre Paris et Cergy… sans aucun doute, la perspective alléchante de me retrouver assise sur un siège du RER A à la propreté douteuse et à l’odeur printanière y est pour quelque chose. Toujours est-il que mon récent engouement pour les transports en commun « longue distance » a un avantage incomparable : deux heures pour bouquiner à mon aise. C’est dans ce cadre séduisant que Fred et moi avons fait connaissance récemment. Munie de l’Homme aux Cercles bleus, j’ai découvert à l’occasion le commissaire Adamsberg et ses collaborateurs.

 

Régulièrement, de nuit, un homme trace des cercles à la craie bleue autour d’objets insolites apparemment trouvés dans la rue et choisis au hasard. Jusqu’au jour où un cadavre est retrouvé dans ces cercles. Bientôt suivi de deux autres. Adamsberg cherche donc logiquement l’auteur de ces meurtres, entre un spécialiste de l’histoire byzantine délaissé par son épouse, une vieille femme en quête d’un fiancé habituée des petites annonces et une océanographe ayant pour fâcheuse habitude de suivre des inconnus dans la rue.

 

De Vargas, je ne connaissais que le film Pars vite et reviens tard que j’avais trouvé affreusement ennuyeux (sans parler des dialogues nullissimes et des personnages sans relief). Adamsberg en particulier était à mon avis caricatural dans son rôle de flic français du type ours mal léché. Mais Vargas est sans doute l’auteur de polars français le plus connu aujourd’hui et à force d’entendre dire du bien de ses romans, je tenais vraiment à découvrir un jour ou l’autre son univers. Je dois cette découverte à Wictoria que je remercie encore pour ce cadeau et cette très bonne idée.

 

A vrai dire, cette lecture ne m’a finalement pas totalement convaincue. Ni les personnages, ni le style, ni le déroulement du récit ne m’ont vraiment séduite. J’ai trouvé qu’une fois mis en place, le scénario peinait à avancer. Certaines situations et répliques sont redondantes. Au final, une petite déception malgré une histoire qui s’annonçait prometteuse. Vargas a le don de monter des mises en scène étonnantes et les mystérieux cercles bleus étaient à mon avis une excellente idée. Un avis en demi-teinte, donc, mais je ferai un deuxième essai. N’oublions pas que ce roman est celui de la première apparition d’Adamsberg. C’était donc parfait pour débuter. Maintenant, voyons si Vargas saura se montrer plus convaincante à l’avenir.

 

268 p

 

Fred Vargas, L'Homme aux Cercles bleus, 1996 

14/04/2008

Merci Maijo !

Je n'ai pas pu faire de photo avant mais voilà, c'est fait pour vous, petits curieux ! Maijo, ma swappée lors du Swap Noir c'est Noir a eu la gentillesse de m'envoyer à son tour un paquet qui m'a pour le moins surprise et fait très plaisir. Un petit mot très gentil, un excellent chocolat au rhum que j'ai commencé à croquer en cours (quoi ? une consommation d'alcool en cours ? ce n'est pas sérieux !) et Club Dumas de Perez-Reverte... un livre qui m'a l'air captivant et un auteur que je ne connaissais que de nom... bref, une excellente idée ! Muchas gracias por estos regalos que me gustan muchísimo :)

144982529.jpg

 

10/04/2008

1984 en VF

758932031.jpgChers téléspectateurs, bonsoir !

En raison d’une grève des salariés de notre chaîne télévisée, nous ne pourrons pas couvrir ce soir l’ensemble de l’actualité. Nous avons donc décidé de concentrer nos reportages autour d’un sujet qui fait débat à l’heure actuelle : les poursuites judiciaires à l’encontre des promoteurs de la Cité Heureuse, dont l’actionnaire majoritaire Benoît Duteurtre s’expliquait aujourd’hui devant la justice. Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée et vous informons déjà que les reportages couvriront de nouveau l’ensemble de l’actualité dès demain.

Mais d’abord, l’essentiel de l’actualité au cours de ces dernières 24h.

La chaîne télévisée Michou en grève suite à la suppression de l’émission La Roue de l’Infortune. Cette suppression, décidée hier par le comité de direction, fait suite à la disparition tragique de l’animateur du célèbre programme, Jean-Robert Petibon, disparition qui a jeté ses admiratrices dans un profond désespoir, comme en témoigne le nombre de lettres d’adieu reçues par la rédaction ces trois derniers mois. Les salariés ont demandé le maintien de l’émission, en hommage à leur bien aimé confrère et ami.

En Auvergne, émoi dans le village de Trifouilli où l’on a retrouvé ce matin le corps calciné du boulanger Duchmol avec la première fournée de la journée. L’autopsie a révélé que l’homme avait au préalable été poignardé à de multiples reprises. M. Duchmol est décédé à la suite de ses blessures. Son épouse et leur apprenti ont quant à eux disparu et sont recherchés activement par la police, qui privilégie à l’heure actuelle la thèse de l’assassinat.

Enfin, dans le Sud de la France, le petit village de Pouillastruc s’est mis au tri sélectif après les plaintes déposées par les habitants auprès du conseil municipal. Les Pouillastrucois ont fait valoir leur droit à des poubelles uniformes pour des raisons esthétiques et s’engagent à trier leurs ordures ménagères en échange des poubelles fournies par la mairie.

Revenons maintenant au sujet auquel nous allons nous intéresser plus particulièrement au cours de cette édition un peu particulière : la Cité Heureuse, également connue sous le nom de Town Park.

Lancé il y a deux ans, le projet touristique faisait à l’époque l’unanimité et beaucoup d’habitants de la future Town Park avaient placé leur espoir dans la privatisation de leur ville, qui devait aboutir à une plus grande sécurité et à des progrès dans les domaines de l’économie et de la santé. Léontine Placard revient sur ce lancement.

« En décembre 2001, la Compagnie rachète une petite ville du Sud de la France, dont le cœur historique jusque-là peu connu des touristes était en partie laissé à l’abandon par la municipalité. A l’époque, le maire se déclare satisfait de l’arrangement : un mur d’enceinte et un système élaboré de caméras devaient garantir la sécurité au sein du parc tandis que l’entretien des quartiers anciens reviendrait à la Compagnie. Cette opération devait permettre à la mairie de recentrer ses efforts sur les quartiers périphériques jugés dangereux, tandis que des subventions seraient octroyées par la Compagnie pour soutenir l’activité économique dans ces quartiers. En échange, la vieille ville devait devenir un parc à thème, les habitants pouvant bénéficier de loyers modestes en échange de leur respect de la clientèle et de leur occasionnelle participation à certaines manifestations temporaires. Le rachat de la ville a ainsi permis la restauration de ses rues et la division de Town Park en quartiers thématiques. Marie Dupois, née dans le quartier, témoigne : « Au début, mon mari et moi on était contents de voir le loyer baisser. Mon mari a continué à travailler à l’extérieur mais j’en ai profité pour m’arrêter. Je gagnais des bonus en participant tous les jours aux fêtes du Parc. Par exemple je devais m’habiller comme à la Révolution et me promener dans le Parc. Ou je devais me déguiser en robe et tablier et distribuer des gâteaux aux fêtes de charité. Pendant un ou deux ans c’était quand même bien. » Mais les choses ont changé depuis à Town Park et, ici, l’esprit n’est plus à la fête. C’était Marie Dupois pour Michou, la chaîne qui fait tout. »

En effet, depuis plusieurs mois, la grogne s’est installée parmi les habitants de la ville. Patrice Cornichon revient sur ces protestations.

« Aujourd’hui, le fondateur de la société Town Park comparaissait devant la justice. Cette audience, attendue depuis des mois par ses détracteurs, devait permettre de jeter la lumière sur une affaire qui a profondément affecté les habitants. Depuis près d’un an, les conditions avantageuses dont bénéficiaient les habitants ont été revues sans aucune concertation avec la municipalité, nous indique le maire. Celui qui avait porté le projet il y a quatre ans est aujourd’hui l’un des principaux détracteurs du système instauré par la Compagnie. « En 2001, nous avons signé un accord clair stipulant les conditions de rachat de la ville. Or à l’heure d’aujourd’hui, il est évident que la Compagnie n’a pas respecté ses engagements. Les anciens habitants sont expulsés de leurs logements. La Compagnie avait instauré un système de bonus et de malus tout à fait intéressant pour nos concitoyens. Mais maintenant les malus sont distribués à tour de bras et les habitants sont remerciés de leur confiance et de leur investissement personnel dans ce projet par des menaces d’expulsion. Les services qui étaient proposés au début ont disparu, l’entretien de la ville qui revient à la Compagnie a été complètement négligé. Nos anciens quartiers sont dans un état épouvantable et comme la Compagnie ne jure que par ses bénéfices, on ne nous parle que d’économies ! La mairie fait tout son possible pour intervenir mais avec l’afflux de personnes délogées et sans moyens aux portes de l’ancienne ville, nous nous retrouvons avec une explosion des quartiers en difficulté et faute de subventions, nous ne pouvons pas relancer l’économie dans la périphérie. J’en appelle à la responsabilité de la Compagnie et de l’Etat qui, je le rappelle, avait accordé une subvention à la Compagnie lors de l’acquisition des anciens quartiers. » Pour rappel, M. Schmock, maire de la ville, est lui aussi mis en examen en ce moment pour abus de biens sociaux. »

Chers téléspectateurs, c’est sur ce reportage que s’achève ce journal. N’oubliez pas ce soir l’extraordinaire film de Lili Sandale « Chéri, je crois que j’ai oublié mon manteau », suivi d’un débat sur le port obligatoire de chaussettes dans les lieux publics, débat qui sera animé par Arlette Sabot.

Et Lou n’a pas dit ce qu’elle en pensait : La Cité heureuse est un livre moins sombre qu’il n’y paraît à première vue. Entrecoupé de scenarii écrits par le narrateur, qui raconte son expérience à Town Park, le roman se lit très rapidement et l’écriture de Duteurtre est agréable. Si je trouve le sujet à la 1984 intriguant, le livre ne tient pas toutes ses promesses et malgré tout, manque sans doute de profondeur. Bref, une bonne idée, un auteur que j’apprécie (je vous recommande Gaieté parisienne – et pour les amateurs, on retrouve dans ce nouveau roman de vieux personnages…) mais un livre avec lequel je suis un peu restée sur ma faim.

NB : pour les dates je ne sais plus si une quelconque date figure dans le roman.

282 p

Benoît Duteurtre, La Cité heureuse, 2007

07/04/2008

Bienvenue à Bollywood !

533161653.jpgChers tous,

N’étant pas follement inspirée en ce moment et étant plus sensible au beau temps (impromptu) qu’à ma petite conscience bloguesque qui me rappelle toutes les notes que je pourrais encore écrire, je ne vous garantis pas du format de la critique en cours, de son aboutissement ni même du chemin à parcourir pour arriver laborieusement à un quelconque résultat. La longueur de la phrase précédente augure d’ailleurs mal de la suite.

Bon. Procédons avec un peu d’ordre et de méthode (tout de même). Comme Swarup était le premier choix des intrépides volontaires qui ont choisi les notes à venir (le « vote » est toujours ouvert pour les billets restants), c’est donc lui qui sera mangé (à quelle sauce ?) aujourd’hui.

Malgré le titre à rallonge franchement un peu stupide, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup avait un atout de taille : sa couverture racoleuse, haute en couleurs, à l’image du contenu du livre. Bref, un « packaging » parfaitement en accord avec l’histoire mouvementée (et incroyable) d’un héros au nom hautement improbable, Ram Mohammad Thomas.

Deuxième atout, ce livre que je n’aurais peut-être jamais acheté malgré tout m’a été prêté par une amie qui adore les histoires farfelues. Et elle a bien fait.

L’histoire en quelques mots : le héros est arrêté après avoir participé et gagné à l’émission « Qui veut gagner un milliard de roupies ? », accusé d’avoir triché pour obtenir des réponses qu’il ne pouvait vraisemblablement pas trouver tout seul. Lorsqu’une avocate lui vient inopinément en aide, il est obligé de lui raconter l’histoire de sa vie, ou plus exactement, tous les épisodes qui lui ont permis de connaître la réponse à toutes les questions de l’émission. Aucune aventure ne nous est épargnée : les petits mendiants mutilés par la mafia, un homme d’église assassiné, une ancienne grande actrice oubliée, un tueur à gages, quelques meurtres de-ci de-là… et j’en passe des pires et des meilleures. On passe des bidonvilles et des endroits sordides aux quartiers les plus aisés, on découvre le Taj Mahal, on fait un petit détour par Bollywood… bref, inutile de prévoir des vacances en Inde (enfin, ça se discute), Ram Mohammad Thomas est votre guide et vous entraîne sur ses pas, dans une version miniaturisée du pays. Car l’effet fourre-tout du livre m’a donné l’impression de me servir sur un plateau un concentré de clichés et autres images bollywoodiennes, histoire de me servir côté sensations fortes et dépaysements.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas un grand livre. C’est loin d’être un roman parfait et il ne faut pas s’attendre à avoir la révélation du siècle. Mais pour une journée, ce livre finalement moins drôle qu’il n’y paraît à première vue constitue un agréable divertissement. Les aventures rocambolesques de notre héros sont dignes d’un film bien sympathique, parfait pour les après-midi  à la plage et les trajets en métro : on passe un bon moment !

364 p

Vikas Swarup,  Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, 2005

 

16:18 Publié dans Inde | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook | |

05/04/2008

Suivez le guide !

1477056535.JPGPour éviter tout quiproquo, ce voyage organisé Spécial Frisson sponsorisé par les Glaçons OnZeRock ne passera pas par les destinations habituelles proposées par les autres tour-opérateurs. Contrairement à la concurrence, nous vous éviterons tous les attrape touristes avec audio-guide à l’entrée et photo souvenir ou glace esquimau à la sortie. Depuis l’installation de chaînes de fast-food sur les sites suivants, nos voyages premium ne prévoient plus d’arrêt dans : les châteaux hantés, les cryptes et les cimetières. Le Loch Ness et les ruines des Carpates ne font pas non plus partie de notre circuit (1 seule étoile au Guide Vert).

Pour ce voyage, nous vous recommandons de régler au préalable certaines formalités (toute souscription à une assurance vie est chaudement recommandée par notre compagnie, qui se soucie tout particulièrement du confort psychologique de son aimable clientèle). Notre société ne pouvant prémunir les personnes physiques contre certains risques liés à la fréquentation de lieux hantés (haute probabilité d’accidents malencontreux, problèmes cardiaques et crises de démence fréquents notamment) aucune réclamation ne saurait être recevable dans l’éventualité d’un quelconque incident.

Votre guide tout au long du voyage sera Edith Wharton. Accompagnant depuis deux ans nos clients dans les lieux du non-dit, Edith est un excellent guide dont les talents de medium ne sont plus à démontrer. Habituée aux dangers de ce métier par certains aspects périlleux, elle saura mieux que quiconque prévenir certains risques inévitables et assurer autant que faire se peut la sécurité de notre aimable clientèle.

Comme vous le savez, notre société propose plusieurs voyages Spécial Frisson. Vous avez opté aujourd’hui pour le Pack Le Triomphe de la Nuit.

Celui-ci débutera par une rencontre avec « La cloche de la femme de chambre » : récemment embauché(e) pour remplacer la femme de chambre d’une femme vivant dans un manoir isolé, vous apercevrez dès votre arrivée une femme que personne d’autre ne semble voir. Vous logerez en face de la chambre occupée par votre prédécesseur malencontreusement décédée, vous demandant pourquoi la cloche vous reliant à la chambre de votre maîtresse n’est plus utilisée. Craquements, apparitions, dépérissements et tyrans garantis.

Puis vous verrez « Les yeux », deux globes oculaires hideux qui vont observeront ouvertement la nuit jusqu’à vous rendre insomniaque. Vous vous enfuirez et quitterez l’Amérique pour l’Europe afin de les éviter. Mais cela suffira-t-il ?

Vous ferez un détour « Plus tard » (également au programme de notre voyage Selected Ghost Stories, dont le guide emblématique est Roald Dahl). Rejoignez Mary dans la campagne anglaise et découvrez vous aussi que si l’on voit le fantôme, on ne le découvre que bien plus tard.

Vous prolongerez votre voyage par un séjour à « Kerfol », où le silence sera d’autant plus troublant que vous serez entourés de chiens terriblement calmes. Jusqu’au jour où l’on vous racontera l’étrange histoire de cette maison, autrefois habitée par un seigneur violent et possessif qui se sera vengé de l’improbable infidélité de son épouse.

Puis votre voyage s’achèvera sur « Le triomphe de la Nuit », où un oncle présumé protecteur veillera personnellement au décès de son cher neveu, à la santé délicate. Parviendrez-vous à aider le jeune homme à déjouer un plan vicieux dont il n’a pas conscience ? Rien n’est moins sûr.

Et maintenant, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un excellent voyage !

L’avis de nos consommateurs nous est toujours précieux :

XX – Super ! Mamie a adoré !

Glurps- C mega bien sof la campagne j’m po tro.

Lou – Perso, j’ai préféré le voyage Selected Ghost Stories. Les étapes étaient un peu inégales (la première était la plus réussie). Des aventures un peu troublantes, dont le dénouement peut laisser perplexe mais a le mérite de pousser à la réflexion… difficile de se défaire d’un certain sentiment de trouble à la fin du voyage. Tout est dans le non-dit, la finesse toute whartonienne. Sans être totalement convaincue, j’ai été séduite par l’ambiance à la Henry James (dont j’avais particulièrement apprécié le dépaysant Tour d’Ecrou). Je retenterai l’expérience avec le Pack Grain de Grenade.

On en parle aussi sur Des Livres, toujours des Livres.

3,5coeurs.jpg

 

 

183 p

Edith Wharton, Le triomphe de la Nuit, 1909-1937

Spéciale dédicace à Choupynette, qui voulait en savoir un peu plus sur Edith et ses fantômes, et à Eric, dont j'adore arpenter le Cabinet des Curiosités !

04/04/2008

Such a perfect day !

705903093.jpgAyant en ce moment un peu de mal à retrouver mon rythme de blogueuse endiablée, je profite de ma soirée avec Siri Hustvedt pour faire une petite parenthèse et m’éloigner l’air de rien de mes chroniques habituelles (nan, nan, vous n’avez rien remarqué !).

Bon. Par soirée, j’exagère peut-être un petit peu. Mais alors un tout, tout petit peu. Parce qu’après tout, si la rencontre a été brève, elle est revenue me hanter pendant toute la soirée.

D’abord parce que Siri Hustvedt est un des plus grands écrivains américains contemporains. Je la tiens pour personnellement responsable (avec Joyce Carol Oates) de mon engouement sans limite pour la littérature américaine, d’autant plus que la lecture toute récente de The Blindfold (finie aujourd’hui) vient de me donner l’envie irrépressible de dévorer tout bouquin américain qui viendrait à passer en ce moment sous mon nez. Ou presque.

Pour ceux qui n’ont jamais lu Siri Hustvedt, trois solutions s’imposent :

  1. Se jeter sur Tout ce que j’aimais (What I loved) immédiatement.
  2. Ajouter de suite ce même livre à leur LAL, au top ten des priorités.
  3. Vous dire que vous ne pouvez décemment pas passer le reste de votre vie sans découvrir au moins une fois ce livre. Ce qui revient à vous ramener aux deux premières solutions.

Pour ceux qui ne sont pas encore convaincus, je vous renvoie notamment à ma note sur Tout ce que j’aimais, petite chronique enthousiaste parmi des milliers de critiques enflammées que vous retrouverez facilement sur le Net. Au passage, le titre de ma critique était assez évocateur (et visiblement destiné à faire un peu de racolage – voui voui, j’assume pleinement !) : «  Sublime ».

1060363799.jpgDonc hier, à la librairie Village Voice (Métro Mabillon), Siri Hustvedt est venue lire quelques passages de son dernier livre, The Sorrows of an American. Celui-ci était malheureusement vendu sur place dans une édition qui me plaisait moins que celle que j’avais déjà repérée, mais bon, ce n’est qu’un tout petit détail et il en fallait beaucoup plus pour nuire à mon excellente humeur ! (De toute façon, je l’ai dit, depuis le Salon du Livre je suis décidée à rester sur un petit nuage)

Cette lecture était particulièrement émouvante, en particulier parce que ce livre est en partie autobiographique et contient des textes écrits par le père de Siri Hustvedt. Je ne veux pas en dire beaucoup sur le livre que je vais très prochainement lire et présenter ici.

La lecture a été suivie de questions-réponses sur des sujets très divers, visiblement très présents dans les livres d’Hustvedt (à vrai dire mes deux lectures faisaient effectivement ressortir la plupart de ces thématiques). Siri Hustvedt a donc évoqué sa fascination pour la psychiatrie, la psychologie et d’autres domaines proches. Elle a parlé de ses échanges avec des spécialistes et a notamment cité un livre traitant des rêves, sujet qu’elle aborde effectivement beaucoup dans ses romans. La dualité homme-femme et le passage de l’un à l’autre (notamment via le travestissement) ont aussi été abordés (sans parler d’une référence faite à Nightwood, que j’ai dans ma PAL suite aux recommandations de mon professeur de littérature américaine), de même que la présence importante des arts visuels dans l’œuvre d’Hustvedt. Le rôle de l’auto-biographie et de l’auto-fiction ont également été soulevés. Ils sont particulièrement présents dans le dernier roman où Siri Hustvedt est en quelque sorte plusieurs personnages à la fois, dont un masculin.

Suite à cet échange très spontané et amusant (car voilà un écrivain qui ne manque pas d’humour !), j’ai pu faire signer The Sorrows of an American (je n’ai pas osé sortir en plus The Blindfold, qui attendait patiemment dans mon sac à main que je reprenne ma lecture). J’avoue que je n’ai pas été très inspirée ou plutôt, que j’étais totalement mortifiée à l’idée de m’adresser à Siri Hustvedt, une très très grande dame de la littérature (même si le terme semble plutôt s’adresser à des personnes passablement âgées, ce qui est encore loin d’être son cas !). Cependant, mon enthousiasme, mon émotion ou mon admiration (je ne sais lequel/laquelle des trois) a dû se remarquer car Siri Hustvedt a été vraiment adorable et m’a même serré longuement le bras en me remerciant chaleureusement pour mon babillage insensé (mais sincère !). Et voilà. En plus d’écrire d’excellents romans (d’ailleurs elle n’écrit pas que ça), elle est souriante et accessible. Et votre fidèle chroniqueuse est, elle, toute émue.

01/04/2008

La vie est un Cabaret

1178275307.JPGAprès avoir assisté passivement à la bataille acharnée qui s’est une fois de plus livrée dans ma bibliothèque entre romans négligés, j’ai choisi de présenter ici Ida, que j’ai lu en décembre. C’est en renâclant et en traînant les pages que ce petit livre m’a suivie sur le canapé pour une opération « chroniquage intensif » en bonne et due forme. Il faut dire qu’Irène Némirovsky aurait eu de quoi se vexer sachant qu’Ida détient le record absolu de la plus longue attente de mise en ligne de commentaires post-lecture.

Pourtant, si ma lecture est lointaine, j’aimerais rendre justice aux deux excellentes nouvelles qui composent ce court recueil, sur lequel j’ai lu des critiques plus réservées. Si Ida a déçu quelques lecteurs plus sensibles à d’autres de ses œuvres, ce texte a été pour moi l’occasion de découvrir Irène Némirovsky. J’aimerais à ma manière rendre hommage à ce beau livre et à inviter ceux qui ne connaissent pas encore cet écrivain à songer à Ida pour une première approche.

Les deux nouvelles, Ida et La Comédie bourgeoise, retracent le destin de deux femmes que la vie n’a pas épargnées.

Attention [Spoiler]

[Tout d’abord Ida, danseuse vieillissante habituée pendant des années aux paillettes et à l’éclat des feux de la rampe. Malgré les années, cette femme vit toujours dans l’illusion, cherchant à se persuader qu’elle est toujours la reine des soirées dans lesquelles elle apparaît avec majesté, entourée de jeunes femmes superbes à qui elle ne veut trouver aucun talent. Couverte de plumes et de bijoux, elle descend chaque soir le majestueux escalier qui la conduit à la scène en guettant l’envie et l’admiration dans le regard des hommes venus la voir. Car depuis des années, Ida est restée inégalée  et rien ne pourrait l’empêcher d’être encore la reine du spectacle. Pourtant, une lutte sans espoir s’est déjà engagée entre la vedette rongée par l’âge et les filles ambitieuses à peine sorties de l’adolescence qui rient sous cape en attendant la chute imminente de cette vieille idole dont la majesté frôle le ridicule. Chaque nuit, la reine s’enduit de crèmes et de masques, entourant son corps entier de bandelettes aux vertus rajeunissantes. Jusqu’au soir où, comme il fallait s’y attendre, l’incident se produit et un premier rire fuse dans la salle.

Puis Madeleine, dont la vie, quoique plus banale, n’a rien à envier à la tristesse de l’histoire d’Ida. En province, la jeune femme doit faire face à un destin tout tracé : issue d’une famille bourgeoise, elle doit épouser celui qui représente un bon parti. Peu avant son mariage, elle découvre que l’homme qu’elle doit épouser a vécu avec une femme avec qui il a eu un enfant. Tous lui rappellent qu’il est normal qu’un homme ait eu des liaisons dans sa jeunesse. Et la voilà qui se retrouve aux côtés d’un industriel qu’elle n’aime pas, apprenant par la suite que sa maîtresse s’est donnée la mort. Son seul bonheur sera celui d’élever ses enfants, jusqu’au jour où, devenue âgée, elle ne sera plus qu’une nuisance pour eux.]

Ecrites avec beaucoup de sensibilité et une plume habile, ces deux histoires à l’atmosphère profondément mélancolique touchent par l’humanité de leurs protagonistes. Bien que tragiques, les destins de Madeleine et d’Ida sont d’un réalisme étonnant et il est difficile de ne pas comprendre ces femmes avec leurs doutes et leurs peurs si humaines. A la fois fragiles et d’une volonté de fer, toutes deux suivent le chemin qui les conduit inéluctablement vers la solitude et une fin malheureusement banale. Cherchant à se rassurer, Ida aussi bien que Madeleine savent que l’avenir ne leur réserve plus rien, les meilleurs moments de leur vie ayant déjà disparu depuis longtemps.

D’une beauté troublante, ces nouvelles décrivent avec pertinence les émotions et les états d’âme des personnages, dont l’histoire touchera plus d’un lecteur.

119 p

 

Irène Némirovsky, Ida, 1934