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17/11/2007
Le vieux Paris
Après deux heures de glandouillage intensif sur Internet, je viens de me décider à faire une petite note sur ma dernière lecture (note que j’aurais déjà dû faire mardi soir !).
Découvert grâce à Stéphanie, Légendes et Récits de Paris de Nathalie Tournillon revient comme son nom l’indique sur quelques histoires des rues de Paris, de personnages historiques ou fantastiques.
On retrouve ainsi Ste Geneviève, dont les vieux os reposent encore près du Panthéon. On découvre ici une Geneviève enfant puis religieuse, qui conseille aux Parisiens de prier pour dissuader Attila de s’emparer de la ville et de venir massacrer hommes, femmes et enfants.
Côté fantômes, on raconte qu’un certain écorcheur dénommé Jean fut assassiné à la demande de Catherine de Médicis pour avoir surpris un secret dérangeant. On dit qu’il poursuivit la reine par ses prédictions et qu’il apparut à Marie Antoinette (pendant la Révolution), à Napoléon (avant Waterloo) et au frère de Louis XVIII (deux jours avant la mort du roi), avant de disparaître définitivement après la destruction des Tuileries qu’il hantait depuis sa mort.
Quelques lieux prennent une nouvelle dimension à la lecture de ces récits : le martyr de St Denis donna lieu à la basilique cathédrale actuelle érigée sur sa tombe. Qui se trouve sur l’ancien « Mont des Martyrs », désormais Montmartre. Les Gobelins doivent leur nom à une famille de commerçants ayant fait un pacte avec un gobelin pour devenir riches et célèbres. Denfer viendrait bien du terme « d’Enfer », la voie grouillant avant de tueurs sans scrupule et le Diable en personne étant censé avoir occupé une vieille demeures (et ses caves) à cet endroit.
Ajoutons à cela quelques histoires de rois, le moine bourru, un peu de magie, une bonne dose de catholicisme, beaucoup de barbarie (certaines exécutions rappellent les débuts de Punir et Surveiller de Foucault). Le tout permet de découvrir un Paris oublié où les ponts croulaient sous les maisons, où vivaient de grands personnages de l’Histoire aujourd’hui largement oubliés.
Sur la forme les histoires sont courtes, dans l’ensemble très intéressantes pour ceux qui aiment associer les lieux qu’ils fréquentent aux personnes qui y ont vécu avant eux. Quelques petits dérapages (heureusement rarissimes), tels que – de mémoire - « il se sentait jeune et con » (on ne parle pas de Saez mais d’un jeune homme mort depuis des siècles). Quand on est aussi mauvais que moi en histoire de France on a parfois du mal à resituer les rois et les grandes figures que l’on croise mais cela ne gêne aucunement la lecture. En somme, une bonne introduction à l’histoire populaire de Paris, telle qu’on l’a racontée au coin du feu pendant des siècles.
Petite question annexe : parmi les hypothèses avancées par Tournillon pour expliquer l’oubli dans lequel sont tombées ces histoires, on trouve l’intervention d’Haussmann qui, en détruisant les ruelles tortueuses et insalubres du cœur de Paris, aurait délogé ceux qui perpétuaient cette tradition orale. Eloignés du centre de la capitale, vivant dans ce qui deviendrait ensuite la banlieue, ces personnes auraient cessé d’échanger ces contes populaires. Une autre explication vient du grand brassage des cultures à Paris, avec l’arrivée constante de jeunes d’autres régions venus étudier ou travailler dans la capitale et l’internationalisation de la ville. Ces hypothèses sont intéressantes mais je me demande si cela peut vraiment expliquer non pas la perte de transmission orale (qui s’est produite dans de nombreuses régions) mais le fait qu’on en vient à oublier que Paris a aussi son folklore et ses vieilles légendes. Avez-vous d’autres idées sur la question ?
195 p
Nathalie Tournillon, Légendes et Récits de Paris, 2003
15:55 Publié dans Histoire et société | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Commentaires
Tentant. Les traditions orales ne se sont-elles pas perdues partout à mesure de l'urbanisation ? Et puis, est-ce que ça existe vraiment les traditions orales ? ça me fait penser à ces hommes qui, au XIXe, inventaient plus ou moins des contes et des traditions et donnaient une forte identité culturelle à des régions françaises comme la Bretagne.
Ecrit par : praline | 18/11/2007
Répondre à ce commentaireMême si je ne connais pas super bien Paris, cela doit être intéressant ! C'est dommage que ces traditions se soient un peu perdues mais j'ai la sensation que les conteurs reviennent ! Et puis, maintenant, nous avons les légendes urbaines :)
Ecrit par : Joelle | 18/11/2007
Répondre à ce commentaireJe l'avais déjà noté! Ceci dit, la perte des traditions orales ne vient-elle pas plutôt de la fin des veillées et des conteurs publics? Enfin, pour ce que j'en dit...
Ecrit par : chiffonnette | 20/11/2007
Répondre à ce commentaireVoici un livre intéressant, surtout que je m'intéresse à l'histoire populaire de Paris. J'en ai quelques uns qui attendent sagement d'être lus o))) Il est dommage que ces traditions orales aient disparu avec l'arrivée de la haute bourgeoisie et les boulevards haussmanniens. Les quartiers populaires se sont retrouvés en périphérie et les personnes perpétuant la tradition orale ont peu à peu disparu. C'est malheureusement le cas même en province et dans les campagnes où plus personnes (ou très peu) se retrouvent pour se raconter et s'échanger des histoires datant d'époques anciennes.
Ecrit par : Nanne | 04/12/2007
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Par contre, je n'ai pas vraiment de réponses à ta question (d'un autre côté, la migraine qui me cloue au lit m'empêche un peu de réfléchir... ;-))
Il faudrait peut être aller vérifier si les traditions orales se sont autant perdues dans les autres grandes villes, françaises ou étrangères peu importe...
Ecrit par : Emeraude | 17/11/2007
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