Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/05/2007

Sans Voix

8088f6c9ac5294eae219b739d85e4283.jpgDifficile de parler du Secret de Philippe Grimbert en toute objectivité. N’ayant lu aucune critique sur ce livre avant de rencontrer au détour d’une allée l’auteur au Salon du Livre 2007, je m’attendais à un roman, sans avoir aucune idée du sujet. Un secret, justement, c’est un mot qui s’entoure de mystère. Un mot qui tait jusqu’au dernier instant le factuel, la réalité. Un mot plein d’attente et de murmures.

J’ai commencé ce livre avec indifférence. Me laissant bercer par l’écriture musicale de Philippe Grimbert, je suivais passivement le déroulement de l’action, des questions me venant à l’esprit peu à peu. Il m’a fallu un certain temps avant d’être emportée par le récit, intriguée par les personnes qui en peuplaient les pages. Alors que le drame commençait à poindre le bout de son nez, je ne pouvais pourtant plus abandonner ma lecture. Puis, au détour d’une page, le choc, sans doute atténué par le fait que je m’étais attendue à cela, priant pourtant intérieurement, espérant de tout cœur m’être trompée.

Car Un Secret n’est pas un subtil roman dont la trame serait sur fond de drame familial, l’étau se resserrant de plus en plus sur un héros valeureux ou méprisable. Un Secret est l’histoire de Philippe Grimbert, l’histoire d’une famille juive déchirée, mutilée par la guerre et l’Holocauste. L’histoire d’un grand frère devenu fantôme. De noms tus, de numéros enregistrés dans un registre, couchés froidement sur le papier, indiquant un lieu, une date. Une mort. Aux disparitions, déjà infiniment douloureuses, s’ajoute une tragédie, un secret douloureusement porté, ignoré de certains. Car aux atrocités commises pendant la guerre s’ajoutent des circonstances particulières, celles d’une épouse qui se sentant trompée, se livre pieds et mains liés aux autorités, condamnant son fils par la même occasion.

Je ne serai pas d’une originalité flagrante en disant que j’ai été profondément touchée par ce texte de Philippe Grimbert. Son livre, qui aurait pu être un récit larmoyant, comme cela serait compréhensible, est en réalité un récit personnel écrit avec simplicité et pudeur, sans fioritures. Les noms désormais disparus d’Hannah, de Simon, de Tania et de Maxime, bafoués par l’Histoire, effacés par le temps, seront désormais à mon esprit comme à celui de bien des lecteurs, qui ne pourront oublier l’histoire de cette famille qui pourrait ressembler à la leur.

Un très beau livre et un auteur courageux qui a su parler de ses fantômes en toute intimité. Un Secret mérite tout notre respect.

185 p

La Nymphette parle aussi d’Un Secret

22/05/2007

Sorcière, sorcière, prends garde à ton der… !

d4ba8a226ba28db182f0badb2807e7d2.jpgQui parmi vous se souvient de cette chansonnette en apparence fort innocente de la Sorcière de la Rue Mouffetard ? A vrai dire, le lien entre ce livre pour enfants et El Misterio de la Cripta Embrujada est assez mince, bien que le titre a priori évocateur nous parle de cryptes ensorcelées !

L’histoire : un ancien délinquant oublié depuis des années dans un centre psychiatrique ; un flic mal dégrossi ayant la main lourde ; une mère supérieure vaguement poilue ; un psychiatre obséquieux à l’honnêteté douteuse. Voilà les quatre protagonistes de l’ouverture de cet opus pour le moins décalé. Le narrateur, notre ancien délinquant, se voit proposer la liberté à condition d’élucider un mystère. Celui d’un collège religieux dans lequel une jeune fille a disparu sans laisser de trace, tout comme une autre élève quelques années auparavant. Sorti de l’asile, le narrateur retrouve sa sœur, une prostituée au physique particulièrement ingrat ; le soir même, il est témoin de l’overdose du dernier client de sa sœur, manque de se faire arrêter pour le meurtre dudit client et abandonne sa sœur aux policiers. S’ensuit l’enquête au Collège San Gervasio, grâce à un jardinier corrompu par une bouteille de vin contenant cocaïne, LSD et autres stupéfiants. Je vous passerai l’intégralité des aventures ubuesques de notre narrateur, qui retrouve la meilleure amie de l’ancienne élève disparue, découvre l’existence d’une crypte ensorcelée et tente de percer le mystère en s’y rendant lui-même.

Très honnêtement, il n’est pas question de roman policier ici. Peut-être peut-on parler de roman d’aventure, mais il serait certainement plus juste de dire que Mendoza joue avec tous les genres, faisant de son petit roman de détente un récit picaresque facile à lire et plutôt amusant. Difficile de s’attacher particulièrement aux personnages sans cesse caricaturés par le narrateur, lui-même totalement improbable. On retrouve par moment les monologues ahurissants du héros de La Conjuration des Imbéciles, malgré un récit moins drolatique qui manque un peu de finesse.

El Misterio de la Cripta Embrujada
est un bon divertissement, un roman décalé et assez audacieux. Difficile de penser qu’il a été écrit au début de l’ère du post-franquisme. Le ton se veut léger mais les monologues du narrateur sont cependant bien trop maniérés, improbables et rationnels pour ne pas perturber le fil de la narration. Le héros d’un âge indéfini cherche à faire rire en évoquant ses effluves corporels à faire tomber les mouches, ses sauts dans le vide s’achevant dans une mare de détritus ou son voyage dans un train contenant du poisson. On sourit sans être tout à fait convaincu. Tout bêtement, on ne peut s’empêcher d’avoir à l’esprit une question cruciale : pendant tout ce temps, prendra-t-il une seule douche ? Et comment peut-il se rendre chez des particuliers et avoir des conversations normales alors que tout concorde à faire de lui une boule puante particulièrement crasse et repoussante ?

En résumé : c’est un livre sympathique, qui se lit avec un certain plaisir et qui suscite notre curiosité. Ce n’est pas non plus ce genre de romans que l’on dévore sans plus pouvoir s’arrêter. Pourtant, étant donné que la suite de ce roman m’attend dans ma bibliothèque, je suis assez curieuse et me demande si je vais retrouver le narrateur, dont la triste fin dans ce roman m’a quelque peu déçue. Bref, pas de coup de cœur, mais une indifférence bienveillante.
 
204 p 
 

20/05/2007

Commerces funèbres

jackson_les-bienfaits-de-la-mort-lee-jackson.jpgL’histoire : les enquêtes se multiplient pour Decimus Webb. Deux prostituées sauvagement assassinées dans un bordel, vraisemblablement par un fanatique laissant derrière lui des extraits du livre de Job. Un cadavre déterré, celui d’un homme impliqué dans un scandale, accusé d’avoir entassé à moindres frais les corps de personnes lui ayant été confiées pour un enterrement décent. Les pas de Webb le conduisent chez Mr. Woodrow, commerçant spécialisé dans les accessoires et vêtements de deuil. Tous les soupçons semblent à un moment converger vers lui. Mais beaucoup de questions restent pourtant sans réponse… Ajoutez à cela une jeune somnambule, une Américaine à Londres et un croque-mort et vous aurez le dernier livre de Lee Jackson !

Verdict : nouveau coup de cœur pour la série Decimus Webb ! Après une lecture boulimique du premier tome de cette série 10/18,  j’ai sans surprise dévoré Les Bienfaits de la Mort (malgré le titre assez bancal, je vous l’accorde). Une fois de plus, Lee Jackson signe un polar passionnant, dans un cadre victorien très crédible. Les personnages bien campés sont presque tous aussi importants les uns que les autres, ce qui permet à Jackson de donner un rythme plus soutenu à l’action. Pas de caricature, pas d’attitudes empesées ni de redondances excessives par rapport au premier tome – ce que je reproche souvent à Anne Perry qui se croit obligée de résumer avec monotonie la rencontre des Pitt et de brosser un portrait social de leurs familles à chaque tome. Si la bonne société tout comme les bas fonds londoniens sont représentés, l’histoire paraît relativement crédible et les transitions entre les différents milieux ne se font pas brutalement, au moyen de portraits brossés à la va-vite par une plume un peu niaise.

Bref, on comprendra que si j’aime à l’occasion retrouver Anne Perry, je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison entre ses livres et ceux de Lee Jackson et qu’à mes yeux, les romans de Jackson sont plus réussis. Là aussi, l’intrigue est bien menée et l’énigme intelligemment résolue. Une différence avec Anne Perry toutefois : il est souvent difficile de démasquer l’assassin chez cet auteur qui cache souvent des informations à son lecteur. Jackson fait un pari plus risqué en lui laissant plus d’indices et, à vrai dire, si je n’avais pas imaginé le scénario final, j’étais moins loin de la réalité que je ne le suis quand je lis Anne Perry. Deux techniques narratives différentes, donc, toutes deux très légitimes. La Palme d’Or catégorie Polar revenant toutefois à Jackson pour son style sentant moins la vieille demoiselle.

A quand le prochain tome ? J’en redemande !

4coeurs.jpg



347 p

Lee Jackson, Les Bienfaits de la Mort, 2005

Lee Jackson's blog

08/05/2007

Sorcières et folie des hommes

medium_miller_crucible.JPG1692, Salem, Massachusetts. Deux jeunes filles ont perdu conscience suite à une sortie dans les bois. Le révérend Parris, père de Betty, a retrouvé sa fille et sa nièce Abigail dansant nues avec d’autres filles dans la forêt et prie pour sa fille tandis que les villageois en colère crient à la sorcellerie dans son salon.

Très vite on comprend que les filles ont cherché à jeter un sort sur l’épouse du jeune fermier Proctor afin que celle-ci meure et laisse la place à Abigail. Employée un an auparavant par le couple, Abigail a séduit John Proctor avant d’être renvoyée par son épouse. Cherchant à tout prix la vengeance, elle va lancer avec ses amies la chasse à la sorcière. Les villageois – en particulier le couple Putnam, se lanceront avec joie dans les dénonciations, laissant les vieilles rancunes réapparaître au grand jour.

Dès lors, les jeunes filles s’évanouissent, hurlent ou restent prostrées de terreur en présence de telle ou telle femme. Les accusations de sorcellerie se multiplient. Bientôt, plus de 30 femmes sont arrêtées et envoyées en prison, les fers aux poignets. Parmi elles, la vieille Rebecca Nurse, accusée d’avoir provoqué la mort de sept nouveaux nés malgré sa réputation sans faille à Salem. Puis Elizabeth Proctor, accusée d’avoir jeté un sort à Abigail Nurse en tentant de la tuer à l’aide d’une poupée vaudou.

Tandis que la Justice opère à un rythme infernal, ajoutant foi aux simulations évidentes des enfants, quelques maris désespérés cherchent à sauver leur épouse. Leur intervention auprès du juge Danforth les conduira pourtant à leur perte. Tous sont condamnés comme leurs épouses à la potence. L’un d’entre eux ayant refusé de se confesser mourra sous la torture, condamné à la presse.

La pièce se clôt dans la plus grande confusion. Menacé, craignant pour sa vie, le révérend Parris s’inquiète des soulèvements populaires qui ont lieu près de Salem, où la population finit enfin par rejeter la fièvre qui s’était emparée de la région quelques mois auparavant. Le révérend Hale, qui bien qu’ayant au début suspecté bien des innocents de sorcellerie, avait agi en son âme et conscience et non par fanatisme et intérêt personnel (ce qui est le cas de Parris), cherche en vain à pousser les victimes à se confesser et à admettre leur faux commerce avec le Diable afin de leur éviter la potence. La dernière scène a lieu le jour de l’exécution de John Proctor et de Rebecca Nurse. John retrouve son épouse enceinte et consent finalement à se confesser. Pourtant, au dernier instant, il refuse de voir son nom sali et déchire sa déclaration. Il est alors conduit à la potence devant sa femme en larmes, qui refuse de le ramener à la raison en pensant qu’il est désormais en accord avec lui-même.

The Crucible est avant tout l’allégorie du maccarthisme qui ravage les Etats-Unis dans les années 1950. Arthur Miller a été particulièrement touché par cette vague de suspicion généralisée : convoqué par la Commission des activités non-américaines en 1956, il est accusé d’avoir assisté à des meetings du parti communiste. Miller admet avoir participé à ces réunions et avoir signé des pétitions mais il nie être communiste. A l’instar de John Proctor dans son œuvre, Miller refuse de dénoncer d’autres personnes suspectées d’être sympathisantes de groupes gauchistes. Pour cela, il est déclaré coupable d’outrage au Congrès en 1957 ; sa condamnation est annulée un an plus tard.

The Crucible fait partie de ces œuvres majeures de la littérature américaine qui témoignent avec force des époques les plus noires de l’histoire des Etats-Unis. Bien que fortement ancré dans un contexte historique et politique particulier, cette pièce fait aussi écho à d’autres situations, rappelant que la frontière entre raison et folie, entre justice et fanatisme est parfois facilement franchie. Dans cette œuvre où les justes sont exécutés tandis que les accusateurs sont d’abord encensés avant de fuir comme des lâches, il est difficile de ne pas frémir devant les aberrations qui font loi. La crédulité et la suffisance du juge et du Révérend Parris sont tellement exagérées que la situation paraît totalement improbable. Et pourtant, Arthur Miller n’a rien inventé. Bref, un livre sur lequel il est utile de méditer car, comme Miller le suggère, il est toujours possible de sombrer à nouveau dans l’obscurantisme. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui me laisse à penser que The Crucible restera malheureusement toujours d’actualité.

126 p

Challenge ABC, lettre M

05/05/2007

Mauvais penchants farcis

medium_leventredelafee.2.jpgExtrait du « Petit Traité de l’Art culinaire Autrement »

Note de l’auteur : ce plat de mauvais penchants se déguste froid. Particulièrement relevé, il sera plus savoureux suivi de bonbons acidulés en dessert.

Trouver un grand garçon vicieux. Pour cela, nous recommandons une recherche assidue dans les bas fonds des capitales, près des poubelles, dans les escaliers d’une saleté crasse. Les rideaux mouvants d’une fenêtre peuvent servir d’indication lorsque vous cherchez un sujet particulièrement pervers qui rendra votre plat plus coriace.

Prendre 200g de femmes vulnérables. Choisir les éléments les plus jeunes et tendres. Faire mariner jusqu’à inquiétude puis saisir un bon quart d’heure à feu vif.

Ajouter 300g de pulsions incontrôlées, une grande rasade de sadisme et une pincée de pensées morbides. Mélanger le tout et bien secouer.

Farcir de ce mélange le grand garçon vicieux. Ajouter un sachet de barbarie et faire bouillir.

Laisser reposer quelques jours.

C’est ainsi que vous pourrez déguster vos mauvais penchants farcis à l’authentique. Pour une recette plus corsée, se référer à Alice Ferney avec Le Ventre de la Fée (voir notes explicatives à la fin).

Pourquoi cette recette peu ragoûtante me direz-vous ? Parce que nous sommes loin de l’Alice Ferney de L’Elegance des Veuves. Parce qu’à juste titre, Alice Ferney m’a dédicacé son livre avec ces quelques mots : « l’autre moitié – noire, de mes débuts ! ». Parce qu’ici il n’est pas vraiment question de la fée, mais de son fils Gabriel qui donne libre cours à ses penchants sadiques. Viols à répétition, cous bleutés sous l’effet de ses mains, nécrophilie, obsessions morbides à l’égard de corps éteints, voilà l’univers de ce récit. Après avoir fait connaissance avec la fée, le lecteur suit pas à pas les tribulations mentales de son fils psychopathe. Dans un crescendo qui le prend au dépourvu, le lecteur suivra l’un après l’autre les exactions et crimes de Gabriel. Avec peut-être un jour, une fin…
 
Si l’Elégance des Veuves m’a touchée, je pourrais sans doute dire que ce livre-ci m’a dérangée. J’ai pourtant apprécié cette lecture rapide. Le style d’Alice Ferney est toujours aussi agréable. Elle sait intriguer et l’on ne peut quitter Gabriel sans savoir jusqu’où vont le conduire ses premières obsessions et si la fin arrive, quelle forme elle prendra. Portrait intime d’un meurtrier et d’un violeur hanté par une figure maternelle omniprésente, ce huit clos peut mettre mal à l’aise et n’est peut-être pas le livre idéal pour découvrir Alice Ferney, car il pourrait décontenancer bien des lecteurs. Mais pour ceux qui aiment déjà l’écriture et l’art de la narration dont fait preuve cet écrivain, Le Ventre de la Fée est une découverte intéressante, un récit d’une violence inouïe qui permettra à ceux que l’auteur a déjà séduits de découvrir sa part d’ombre.

Contre-indications : Âmes sensibles s’abstenir.