Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/02/2007

Envoûtant quotidien

medium_ogawa_piscine_abeilles_grossesse.JPGJ’ai récemment remarqué qu’il était parfois bien plus facile de manier l’ironie et de vilipender les auteurs décevants que de trouver les mots adéquats pour encenser les écrivains qui en quelques phrases nous désarment et nous conquièrent… J’essaierai pourtant de faire fi de ma malice disproportionnée ce soir pour vous parler d’un de mes auteurs de prédilection, Yoko Ogawa.

Les récits qui composent le recueil que je viens de lire sont ceux qui ont fait la renommée d’Ogawa… autant dire que j’attendais cette lecture avec impatience !

Premier récit, La Piscine est de loin mon préféré. Une adolescente vit depuis des années dans un orphelinat avec ses parents, responsables de l’établissement. Déracinée, l’héroïne éprouve une certaine haine envers ces orphelins qui lui volent ses parents. Elle ne peut s’empêcher de les envier, car contrairement à elle, ils auront peut-être un jour la chance d’être accueillis par une famille prête à leur accorder toute l’attention qu’ils méritent. Lasse d’être une enfant parmi d’autres, l’adolescente se rebelle et adopte un comportement cruel envers l’orpheline la plus jeune et la plus vulnérable. Elle compense ses tendances sadiques par une fascination pour le jeune Jun, un autre orphelin. Particulièrement bon envers la petite que l’héroïne martyrise, Jun s’entraîne tous les jours à plonger dans la piscine municipale. Chaque plongeon dans l’eau chlorée aide l’adolescente à oublier sa cruauté. Jusqu’au jour où Jun semble la percer à jour.

La deuxième nouvelle, les Abeilles, relate l’histoire d’une jeune femme qui retrouve son cousin après des années de séparation et l’aide à s’installer dans son ancienne pension universitaire à Tokyo. Désertée depuis la disparition d’un de ses pensionnaires, l’endroit semble être le centre d’un étrange processus de dégradation. La tâche inquiétante qui obscurcit peu à peu le plafond du responsable des lieux en est l’un des symptômes. De même que l’absence du cousin à chaque visite de la narratrice…

La Grossesse est le récit le plus connu de Yoko Ogawa. Il lui a valu le prix Akutagawa en 1991. Une étudiante tient son journal et annote méticuleusement tous les événements relatifs à la grossesse de sa sœur. Là encore, le malaise apparaît lorsque la narratrice fait tous les jours de la confiture aux pamplemousses importés d’Amérique en pensant que ceux-ci auront un effet néfaste sur le fœtus. L’histoire s’achève après l’accouchement, alors que la narratrice s’élance vers la chambre de sa sœur en se demandant à quoi peut ressembler le bébé nourri aux pamplemousses contaminés.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Yoko Ogawa, ces trois textes permettent de découvrir « en douceur » son univers étrange peuplé de personnages insolites. Comme toujours, Ogawa sait décrire le quotidien et ses gestes les plus simples en leur conférant un intérêt tout particulier, parfois élégant, parfois malsain.

La Piscine est peut-être le texte le plus représentatif de l’œuvre d’Ogawa. Poétique et envoûtant, ce texte relate une histoire à première vue banale qui s’achève avec force grâce à un bref échange d’une simplicité déconcertante.

A mes yeux, ce recueil n’est pas le meilleur d’Ogawa. Ces trois textes restent cependant très agréables et surtout, fort dérangeants.

196 p

22:40 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | |

18/02/2007

Au coeur de Paris

medium_village_voice.jpgCher lecteur,

Si tu aimes les promenades parisiennes, tes pas t’ont sûrement déjà conduit dans le Quartier latin… au gré du vent, tu as sans doute flâné le long du boulevard St Germain en songeant à tous ces écrivains qui avant toi avaient foulé les mêmes trottoirs. Comme toi, ils se sont peut-être arrêtés à ce vieux café où tu aimes siroter un café le temps d’une lecture.

Mais il est une chose que tu n’as peut-être pas encore faite. Peut-être n’as-tu pas bifurqué à gauche une fois arrivé à Mabillon. Ou peut-être es-tu passé près de la rue Princesse sans t’arrêter, marchant d’un pas pressé vers Montparnasse.

Pourtant, en tournant à gauche pour s’engager dans cette petite rue pittoresque et si authentique, tu aurais pénétré en plein cœur de ce vieux Paris que j’aime tant. Et là, au numéro 6, ton regard aurait été irrésistiblement attiré par la boutique la plus charmante qui soit.

medium_downstairs2.gifEncadrée de bleu, la vitrine abrite une série de livres anglo-saxons judicieusement choisis et présentés pour séduire un lecteur qui sent immédiatement ses sens parler, comme à la vue de délicieux éclairs au chocolat déployant leurs belles couleurs dorées.

Pousser la petite porte ancienne ajoute au plaisir que j’éprouve à chaque visite du Village Voice. On entre dans cette librairie en songeant à ce que devaient être toutes les librairies à l’époque de Fitzgerald et de Gertrude Stein. L’atmosphère, la gentillesse d’Odile Hellier et des autres vendeurs, les multiples présentoirs étalant devant nous leurs livres comme des offrandes si tentantes, tout contribue à faire de chaque visite au Village Voice un voyage bien agréable dans un monde à part.

Alors, ami lecteur, si toi aussi tu aimes la littérature anglo-saxonne et que tu as l’occasion medium_village_voice_03.gifd’aller dans le 6ème arrondissement, n’hésite pas à faire un saut au Village Voice, le temps de retrouver une librairie telle qu’on les aime…

Peut-être vous demandez-vous pourquoi je fais cette note si atypique… nous connaissons tous les grands magasins, commandons nos livres sur Amazon et, pour les Parisiens, passons à l’occasion chez Galignani ou Smith, rue de Rivoli, pour compléter nos emplettes et satisfaire notre soif de lecture. J’ai moi-même trop peu d’occasions de me rendre au charmant Village Voice dont je vous parle ici. Mais parce que j’aime cet endroit et souhaite que de tels petits paradis puissent continuer à exister pour le bonheur des lecteurs, j’ai pensé que vous faire découvrir cette librairie était le meilleur moyen de remercier le Village Voice pour les bons moments que j’y ai passés et surtout, pour les auteurs que j’y ai medium_village_voice_02.jpgdécouverts.

La lecture est un bonheur à partager !

 

 

Site : http://www.villagevoicebookshop.com/  

16/02/2007

Chroniqueuse perdue dans les Carpathes

medium_cent_ans_dracula.JPGAvec précaution, j’avance péniblement dans cet affreux escalier en colimaçon qui sent le moisi et deux ou trois autres choses pas très catholiques. Portant une torche dix fois trop lourde pour mes frêles bras de lectrice, je presse contre moi un vieux grimoire, les Cent ans de Dracula, précieux talisman qui, je l’espère, me laissera une chance de sortir de ce fichu château bien vivante et, si possible, sans morsures et autres petits problèmes incommodants. Soudain jaillit devant moi une créature d’une pâleur inconcevable. Je pose mon grimoire, sors mon pieu de mon sac à dos (car, heureusement pour moi, la créature me regarde d’un air perplexe et ne semble pas avoir spécialement envie de me prendre pour dîner). C’est alors que je vois une minuscule araignée sortie de nulle part escalader ma jambe. Hiiiiiii ! Je pousse un cri strident, dévale les escaliers, cours aussi vite que me le permettent mes deux jambes et laisse la porte se refermer sur moi dans un couinement ridicule. Perplexe, la créature monte tranquillement les dernières marches qui la séparent de la tour de guet. De là, elle me voit, sinistre et ridicule petite chose essoufflée qui cherche désespérément son passe Navigo pour quitter au plus vite cet affreux château en ruine. Je le trouve enfin, franchis le petit pont de bois qui enjambe les douves. De là, j’entends des « youhou » joyeux ; je me retourne et vois la créature agiter frénétiquement les bras en guise d’adieu… peut-être ne suis-je pas faite pour la chasse aux vampires, après tout. Je devrais surveiller mes lectures, j’ai peut-être surestimé mes talents d’aventurière !

Maintenant que je me suis remise de mes émotions, je peux vous donner mes quelques impressions de lecture. Les cent ans de Dracula est à mon avis un recueil très divertissant, que l’on s’intéresse aux vampires, au fantastique ou aux grands textes classiques. Composé de huit textes écrits entre 1797 et 1928, ce recueil fait appel à de grands auteurs aux divers degrés de notoriété: Goethe et Gautier pour les plus reconnus ; Stoker et Polidori, classiques incontournables de la littérature vampirique ; Lovecraft, maître du fantastique ; enfin, pour les moins connus : Jean Ray, Crawford et Askew.

J’ai été surprise par la qualité de tous ces textes (hormis celui de Goethe qui m’a déçue, malheureusement tout simplement parce que ses vers sont vraisemblablement intraduisibles en français et doivent regorger de subtilités en allemand). J’ai découvert des récits incroyablement originaux qui ont à leur époque nourri le mythe du vampire en y apportant de nouveaux éclairages. Quelques mots sur les différents textes :

Goethe, la Fiancée de Corinthe (1797)

John William Polidori, Le Vampire (1819) : le jeune Aubrey rencontre Lord Ruthwen, un dandy qui semble causer la perte de nombreuses jeunes filles à marier. Partant avec lui en Grèce pour un voyage initiatique, il prend conscience de la nature monstrueuse de Ruthwen lorsque celui-ci semble responsable du décès d’une jeune Grecque dont il est tombé amoureux. Aubrey rentre alors en Angleterre. C’est alors que Ruthwen refait son apparition et se rapproche de jour en jour de la jeune sœur d’Aubrey… classique, un des textes fondateurs du mythe du vampire.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse (1836) : un jeune homme succombe au regard de braise d’une belle jeune femme au moment où il est ordonné prêtre. En proie à ses propres démons, le prêtre est un jour appelé au chevet d’une mourante. Il s’agit de Clarimonde, la femme aperçue à l’église. Celle-ci revient à la vie et persuade le jeune homme de quitter sa paroisse pour la suivre dans une vie de dépenses et de luxure. Ce texte très bien mené est particulièrement intéressant pour ceux qui souhaitent découvrir des textes non anglo-saxons écrits avant l’âge de gloire du vampire à la fin du XIXe. L’approche du thème du vampire est très différente, ce qui est d’autant plus remarquable que les textes vampiriques les mieux connus sont anglais.

Francis Marion Crawford, Car la Vie est dans le Sang (1880) : deux hommes observent un champ depuis la tour d’une vieille demeure. Lorsque les rayons de lune se posent sur un tertre a priori désert, une forme étrange apparaît, laissant entrevoir un corps allongé sur un tombeau. Pris de curiosité, l’un des deux hommes souhaite se rendre sur place pour mieux observer le phénomène. A quelques mètres de l’objet, il s’arrête : plus rien sur le tertre. De loin, l’autre homme voit le corps se redresser et s’accrocher à son ami. Cette histoire n’est pas ma préférée mais j’apprécie l’atmosphère inquiétante qui l’imprègne ainsi que le caractère hautement fantomatique du vampire. Ici, le vampire n’a pas encore pris ses traits classiques et fait appel aux premiers monstres de notre imaginaire…

Bram Stoker, L’invité de Dracula (1897) : pendant la Walpurgis Nacht, un jeune homme se rend seul dans un village abandonné depuis des siècles, soi-disant en proie à une malédiction. En pleine tempête de neige, il échoue dans un cimetière et trouve refuge dans une tombe. Soudain, il aperçoit une femme près de lui… ce texte gothique à souhait donne un avant-goût de l’incontournable Dracula, qui a définitivement gravé l’image du gentleman vampire dans notre esprit.

Claude Askew, Aylmer Vance et le Vampire (1914) : un jeune sportif dépérit après avoir épousé la descendante d’une femme autrefois présentée comme une sorcière. Deux hommes (qui ne sont pas sans rappeler Jonathan Harker et Van Helsing) accompagnent le jeune marié jusqu’au château des ancêtres de la mariée pour tenter de venir à bout de la malédiction.

Jean Ray, Le Gardien du cimetière (1919) : un homme dans le dénuement le plus total apprend que l’on cherche un gardien pour le cimetière abandonné de la ville. Immédiatement engagé, l’homme finit par s’apercevoir qu’il est retenu contre son grès. J’ai trouvé la narration aussi bien que le vampire originaux ; le texte s’éloigne de la littérature vampirique classique.

Lovecraft, La Maison maudite (1928) : le narrateur souhaite percer le mystère d’une maison où les morts et les cas de démence se sont multipliés au cours des siècles. Très lovecraftien, ce texte fait appel à la tension entre science et surnaturel. Le narrateur se caractérise par son flegme, son caractère méthodique et sa propension à analyser minutieusement chaque détail d’une manifestation pour le moins troublante. Pas de vampire aux dents acérées ici, mais bien une matière visqueuse inconsistante et non identifiable que l’on parvient à éradiquer avec des méthodes pour le moins rationnelles. Encore une allusion au maître Edgar Allan Poe en début de texte. Enfin, une volonté d’ancrer le texte dans la réalité et de présenter ce récit fantastique comme la simple présentation d’un événement vécu. Un résultat pour le moins original… j’ai beaucoup apprécié !

Et pour conclure cette chroniqueuse déjà longue, voici quelques extraits du texte de Jean Ray (peut-être le plus effrayant de tous) :

« Quelle étrange appréhension me fit souhaiter de voir l’espace isolé de la sorte ? Cela me fut très difficile, car la haie était épaisse et chaque feuille de houx était une petite main griffue qui me lacérait la peau. Il n’y avait rien dans l’enclos, si ce n’est huit croix dont la vétusté allait pour ainsi dire en gradation régulière ; ainsi, la première était pourrie et lavée par les pluits, la huitième était toute fraîche… C’était comme des tombes nouvelles… »

« Là, contre la vitre, un visage d’enfer s’est collé. De terribles yeux vitreux, des yeux de cadavre, des cheveux d’un blanc de neige, hérissés comme des lances, et une bouche immense ricanant sur des dents noires, une bouche rouge, rouge comme du feu, ou comme du beau sang qui coule. »

« Je suis retourné à l’enclos des croix. A côté de celle de Brunen S’OUVRE UNE FOSSE FRAÎCHEMENT CREUSEE. C’est ma tombe prochaine. »

« Rapidement, mon revolver cracha ses dernières balles et, avec un grand hoquet qui éclaboussa les murs de sang noir, la vampire s’écroula sur le sol. »

155 p 

11/02/2007

And the winner is...

medium_200507_img_4.jpgChers Lecteurs, et en particulier, chers Lecteurs Compulsifs Anonymes…

Cette note s’adresse à votre démon tentateur, celui qui en ce moment même ricane doucement au creux de votre oreille et vous a poussé à effectuer un petit pèlerinage sur les blogs de lecteurs… ô rage ! ô désespoir !

Voici de quoi alimenter encore un peu votre PAL / LAL… impitoyable, j’ai décidé de passer outre l’abstinence générale et les patchs anti-rechute, pour vous pousser dans vos derniers retranchements, vous acculer à votre bibliothèque… et vous inviter à parler bons livres, meilleurs auteurs, coups de cœur, déclarations passionnées… ou menaces de mort et d’autodafé !

Mais j’entends déjà vos livres frémir et s’agiter… brûleraient-ils de savoir à quelle sauce ils vont être mangés ?

Voici donc ma petite question fort innocente en apparence (bien qu’indécemment cruelle pour les lecteurs acheteurs compulsifs multi-récidivistes) :

Quel est votre livre préféré ?

Ou plutôt, comme il est pratiquement impossible de répondre sans détour à cette question d’une importance cruciale pour l’avenir de notre planète, quelle est la lecture qui vous a marqué, récemment ou moins, et que vous aimeriez partager ?

Pamphlet, chronique, petit mot, lettre d’amour enflammée, bouteille à la mer… votre message est déjà attendu avec impatience par une foultitude de bibliothèques pourtant déjà pleines à craquer !

Livresquement votre,

Lou

09/02/2007

Coup de coeur victorien !

medium_Fog_-_tome_1.JPG

Enorme coup de cœur pour la série Fog et ses deux premiers tomes, le Tumulus et le Destin de Jane. Impossible de résister à cette première énigme résolue en deux tomes étonnants qui raviront leurs lecteurs avec une histoire audacieuse et incroyablement bien menée, multipliant les fausses pistes et les rebondissements.

La complexité des personnages fait la force de ce premier opus que l’on classe sans hésiter parmi les premiers au royaume de la bande dessinée. Le dessin subtil et très personnel n’est pas non plus étranger à la réussite de ce petit chef d’oeuvre. Tombe mystérieuse, fantômes, meurtres, intrigues et passion sont les ingrédients de ce cocktail explosif qui ne manquera pas de séduire bon nombre de lecteurs !

 

medium_Fog_-_tome_2.2.JPGQuelques mots sur l’histoire : au XIXe, en Angleterre, un archéologue ouvre la tombe d’un ancien viking réputé pour sa cruauté et ses talents de sorcier. A l’intérieur, deux vikings morts depuis des siècles et pourtant aussi frais que s’ils avaient été enfermés le jour même ! Légende ? Malédiction ? Toujours est-il que ceux qui ont un lien avec le tumulus sont massacrés à coups de hache les uns après les autres par deux vikings acharnés. S’ensuit alors une enquête passionnante qui conduira des personnages au caractère bien trempé à travers les rues de Londres. Brume, quartiers chics et populaires, bourgeois et prostituées peuplent cette BD pour le plus grand bonheur du lecteur.

Que l’on s’intéresse à l’époque victorienne, à la BD ou aux mystères non résolus, je vous recommande sans hésiter cette série qui, de mémoire, dépasse largement toutes les bandes dessinées que j’ai pu lire avant… comme vous le voyez, votre chroniqueuse est tombée sous le charme ! Alors… qu’attendez-vous pour découvrir cette petite merveille ?

 

19:35 Publié dans BD & Manga | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | |

08/02/2007

Lectures douteuses

medium_yoshimura_jeune_fille_suppliciee.JPG

« Sujet repéré sur la ligne 1 à 8h23. Stop. Sujet en possession de l’objet délictueux. Stop. Dois-je appréhender le sujet ? »

SCOOP ! Frayeur dans le métro !

« Jeudi, une jeune étudiante a été arrêtée dans le métro en possession d’une hache à 5 lames et d’un cure-dent explosif. Le sujet, repéré par d’autres voyageurs en possession d’un livre suspect, se prétend chroniqueuse officielle de l’obscure confédération Lou Book. Inculpée pour lecture frauduleuse et tentative d’homicide sur la personne d’un autre usager des transports en commun, ladite chroniqueuse clame son innocence et prétend lutter au nom de la poésie. La prévenue risque une peine de 50 ans de cure forcée dans un centre de lobotomisation anti-culturelle suivie d’une expulsion du territoire pour blâme collectif. »

 

Chers lecteurs,

Je suppose que vous vous interrogez sur la raison d’un tel scoop et que, scandalisés, vous vous apprêtez à sortir flambeaux et banderoles pour défendre farouchement votre chroniqueuse outragée. Je vous rassure tout de suite,  ce scoop est une pure invention, un simple exutoire après deux journées de frustration et d’agacement intenses.

Pourquoi ? Essayez donc de lire La jeune fille suppliciée sur une étagère dans les transports en commun, de poser ce petit livre sur votre table de cours ou légèrement en évidence lorsque vos amis arrivent chez vous pour dîner.  Laissez-moi vous présenter la situation :

Cas de figure numéro 1 : effrayé, votre voisin de table s’écarte de deux rangs, vos amis se lancent des coups d’œil lourds de sous-entendus, l’homme sur le strapontin d’en face vous dévisage ouvertement avec un rictus débilissime.

Cas de figure numéro 2 : ne voyant que les mots « fille supplici… », vos compagnons d’infortune se contorsionnent, tordent leur cou et louchent sur votre livre à tel point que les yeux ne sont pas loin de leur sortir de la tête… pour finalement vous demander sur un ton faussement innocent : « au fait, tu lis quoi ? ». Le tout pour ensuite afficher un air horrifié, dégoûté, bien sûr monstrueusement hypocrite vu leur curiosité morbide précédente.

Ai-je donc lu un roman d’horreur cette semaine ? Serais-je friande de massacres à la tronçonneuse ? J’en doute fortement. Et je mets en garde ici les pauvres lecteurs qui se verront couvrir d’opprobre en lisant ce même recueil, tout comme les voisins peu scrupuleux qui auraient tendance à s’imaginer que le lecteur à leurs côtés est un psychopathe aux lectures d’une morbidité fascinante.

La jeune fille suppliciée sur une étagère de Yoshimura est un livre particulier, fascinant, qui traite de la mort avec poésie et détachement, choisissant les sujets les plus audacieux sans tremper dans le scandale ni le vulgaire.

La première nouvelle de ce recueil retrace le parcours de la jeune Micko Mizuse après son décès. Allongée sur un tatami dans la maison parentale, Micko voit ses parents recevoir une somme d’argent pour confier son corps à la science. Elle assiste avec détachement à la dégradation de son corps, dépouillé de ses organes, plongé dans l’alcool puis incinéré. Subissant une dernière honte lorsque sa mère refuse de recueillir ses cendres, l’adolescente finit auprès des restes d’autres disparus, pensant trouver le repos dans les profondeurs du bâtiment funéraire… pour finalement entendre les bruissements provoqués par d’autres disparus.

La seconde nouvelle, le Sourire des Pierres, évoque les retrouvailles d’Eichi et Sone, deux amis d’enfance autrefois habitués à jouer dans le cimetière attenant à leur maison. Sone vit de la revente illégale de statues funéraires anciennes et semble avoir causé le suicide d’une jeune fille. Eichi s’interroge sur Sone ; le malaise grandit lorsque sa sœur se rapproche de lui.

Ce recueil rappellera à certains la grâce et la poésie des récits de Yoko Ogawa. Sans être totalement conquise, j’ai apprécié le rythme et la musicalité des textes de Yoshimura, la mélancolie de ces récits où l’éveil des sens est peut-être le thème central. Beauté et détachement sont les maîtres mots de ces nouvelles traitant avec subtilité d’un thème pourtant grave. Là encore, je suis fascinée par la maîtrise avec laquelle les auteurs japonais font de la mort un sujet envoûtant, nous troublant sans pour autant gâcher le plaisir de la lecture.

 140 p

23:05 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | |

07/02/2007

Lecteurs Compulsifs Anonymes

medium_diddle.JPG

 

Grâce à Hilde, je viens de découvrir un article sur les Lecteurs Compulsifs Anonymes qui devrait vous amuser. Pour l’article complet (enrichi de commentaires pour le moins audacieux), je vous invite à vous rendre chez l’auteur de cet article, sur http://meslectures.over-blog.com/article-5538113-6.html.

Les lecteurs aux appétits féroces ont deux tendances majeures souvent de nature pathologique : constituer une LAL et une PAL.
La LAL, cher visiteur innocent, signifie Liste A Lire. Il s'agit de la liste des livres que le lecteur  souhaite lire. Certains des plus touchés entretiennent des LAL de plusieurs pages. La PAL est, quant à elle, la Pile A Lire,  à savoir les livres achetés et en stand by dans la bibliothèque familiale (voire dans des cartons quand ladite bibliothèque n'y suffit plus).

Comme tu le constates, cher visiteur, ces deux symptômes nécessitent une prise en charge psychologique (en attendant que la médecine s'en préoccupe). Aucun structure officielle n'existant encore, l'une d'entre nous a évoqué la création d'une association des Lecteurs Compulsifs Anonymes (la LCA) afin de s'entraider.

Si tu te reconnais dans les symptômes décrits ci-dessus, n'hésite par à adresser ton bulletin d'adhésion à notre chère Présidente Allie et lis les quelques conseils présentés ci-dessous. Sinon, fuis avant d'être contaminé car ces maladies sont trèèèèès contagieuses !

PRECEPTES de la LCA


1. Eviter les librairies et les bibliothèques (je sais, c'est facile à dire, mais une fois sur place on est fichu alors il est plus facile de biaiser que de lutter une fois dans ces antres diaboliques !)

2. Militer pour la mise au point et le remboursement du patch "anti-achat/emprunt compulsif de livres" - idée d'Arsenik_

3. Relire tous les matins la phrase pleine de vérité de Lou : "le lecteur compulsif n'admet pas sur le moment son incapacité à lire tout ce qu'il a choisi..." (voire la broder/ décalquer/ graver sur son portefeuille)

4. Oublier de se justifier avec la phrase d'Oscar Wilde qui dit que : "Le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder." Il peut se tromper ...

5. Arrêter de croire que sa PAL va diminuer. Il faut parfois faire le deuil d'idées fausses...

6. Ne pas participer à des concours de PAL qui flattent l'ego dans le mauvais sens en nous faisant croire que celui qui a la plus haute mérite des éloges alors que c'est seulement le cas le plus grave. Ne pas croire que parce qu'on n'a pas gagné, on est sauvé : rester humble !

7. Se faire accompagner avant d'entrer dans une librairie soit par un non-lecteur, soit par une personne que l'on connaît peu afin de ne pas oser se livrer à des débordements nuisibles à notre réputation (voir mon témoignage ici).

8. Sortir sans moyens de paiement (je sais que certains des cas les plus graves parmi nous penseront que l'on peut acheter des livres sans sortir de chez soi. Qu'ils évitent de contaminer ceux en rémission !)

9. Ne pas avoir de stylo ni de papier lors de sa tournée des blogs livres.

10. Relire sa LAL régulièrement afin de procéder à un toilettage : des titres notés sous le coup de l'impulsion peuvent ne plus nous faire envie quelques mois plus tard. Or si on traite ce problème au niveau de la LAL, on limitera les dégâts au niveau de la PAL, plus difficile à élaguer. Une fois les livres chez nous, on ose plus difficilement les mettre à la porte ...

22:35 Publié dans Lou's world | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | |

06/02/2007

Abus de confiance

medium_fforde_affaire_jane_eyre.JPGCher Jasper,

Notre romance à peine commencée s’achève brutalement sur un flop retentissant. Sans regret aucun, je sais qu’il est temps de mettre un terme à cette relation pleine de promesses et ô combien décevante ! Tu m’avais conquise par un clin d’œil aguicheur de ton Affaire Jane Eyre. Tu as su te jouer de mes faiblesses, faire parler en moi la Victorienne qui s’était éprise de Rochester à l’âge de quatorze ans, tu n’as pas hésité à me faire miroiter monts et merveilles et à me promette les plongeons les plus insensés dans la littérature anglaise. Tu m’as parlé de pays où la littérature était élevée au rang de priorité nationale et tu m’as fait entrevoir un monde où je croiserais au détour d’une rue David Copperfield ou Mr Darcy. Et moi, toute tremblante, les yeux embués par l’émotion, je me suis laissée prendre au piège.

Tu me rétorqueras que jusqu’ici, la magie a opéré chez (presque) tous tes lecteurs. C’est aussi en lisant leur avis enthousiaste que je me suis fourvoyée en pensant que le même bonheur pourrait naître de notre relation. Et je t’avouerai que j’envie tous ces lecteurs, car rien ne pourrait plus me combler que d’imaginer un monde où littérature et réalité ne font qu’un. Mais pas avec toi.

Tu as de l’imagination, je n’en doute pas. Non seulement tu élèves la littérature au rang de priorité nationale, mais chez toi les Dodos clonés de compagnie sont également monnaie courante. Churchill est mort trop tôt pour avoir gouverné, il existe une police anti-vampires et des vampires qui zozotent, la République de Galles entretient des relations tendues avec sa voisine l’Angleterre, la guerre de Crimée n’a jamais pris fin, on entre et on sort des plus grands chefs d’œuvre de la littérature en un tournemain. Ton histoire est même sympathique. Elle se lit facilement, les rebondissements sont nombreux. Bref, avec toi je ne me suis pas ennuyée, j’ai même sacrifié quelques heures de sommeil pour finir ton Affaire Jane Eyre à la hâte. Bon. Et après?

Là où tu me promettais une histoire magnifique, je n’ai vu qu’un récit sympathique-mais-sans-plus, des dialogues creux, une héroïne qui tient plus de Rambo que de la fan de Jane Eyre, un style sans doute plat, en tout cas (je l’espère pour toi) lamentablement desservi par une traduction d’une nullité inqualifiable. Etant d’une méchanceté et d’une cruauté sans bornes, je ne peux m’empêcher de citer une phrase avec laquelle j’ai frôlé la crise cardiaque dans le métro : « La serveuse me dévisagea un moment, comme si elle aurait voulu dire quelque chose, mais qu’elle n’osait pas » (heureusement qu’elle n’a rien dit, je n’ose pas imaginer ce que ça aurait donné !).

Quant à Jane, je m’attendais à la voir un peu plus… c’est un peu la raison de ma lecture, après tout. Je l’aurai aperçue quelques brefs instants, noyée parmi les personnages de second plan. Rochester devient dans ton livre un type sympa qui prend un air sombre lorsqu’il doit respecter son propre rôle, mais il est bien falot comparé au personnage né de la plume de Charlotte Brontë.

En prévision d’un long voyage en train, peut-être me munirai-je un jour de ton Délivrez-moi ou du 3e Opus de Thursday Next. Malgré ce bilan franchement mitigé, les critiques unanimes me poussent à te donner une seconde chance. Et encore une fois, tu me promets de trépidantes aventures dickensiennes. Ton originalité me perdra.

                                           Ta Chroniqueuse fort déçue

410 p
 
 
Je sais que beaucoup d’internautes ont adoré Jasper Fforde… je vous invite d’une part à : 1) ne pas me torturer sur la place publique pour outrage à roman culte 2) à partager votre avis avec moi et ceux qui n’ont pas encore lu Fforde… d’autres coups de foudre ffordien ne sont pas à exclure!:)

Et pour ceux qui n’ont pas lu Fforde, voici un article que j’ai beaucoup aimé et qui vous donnera un avis entièrement différent du mien : http://www.salle101.org/pages/chroniques
-ecrites/fforde-chroniques.html
 

Un extrait :

« Il ne faut pas en vouloir à ta mère ; elle croit que ton père fréquente une autre femme ! »

« Je me rappelai ma dernière conversation avec papa, l’histoire de Nelson et des révisionnistes français.

-  Emma Hamilton ?

Ma mère passa la tête par la porte.

- Tu la connais ? fit-elle d’un ton chagrin.

- Pas personnellement. A mon avis, elle est morte au milieu du XIXe siècle.

Les yeux de maman s’étrécirent.

- La ruse classique. »

 

03/02/2007

Au Pays des Bone

medium_bone9.gif
Il y a quelques années j’ai découvert grâce à ma cousine la série Bone, l’histoire en noir et blanc de trois petits bonhommes tout ronds chassés de leur ville à la suite d’une énième arnaque organisée par l’un des trois. Et récemment, en furetant dans les rayons de ma librairie, j’ai redécouvert le tome 1 de la série, La Forêt sans Retour, réédité cette fois-ci en couleurs. Les tomes 2 et 3 sont à paraître (mai et août 2007).
medium_bone.2.JPG
Lue alors que j’étais encore au collège, l’histoire des petits Bone m’a une nouvelle fois ravie, amusée, charmée et tout simplement conquise ! Des dessins tendres, tout en rondeurs, d’adorables petits bonhommes drôles et attendrissants, une histoire bien ficelée, une pincée de monstres stupides et une grande rasade d’humour… voilà la recette de La Forêt sans Retour, dans laquelle je me suis perdue une deuxième fois avec délectation.

medium_bone_1.gif Alors si vous voyez un petit Bone râleur, une grand-mère aux biceps ultra développés ou des rats-garous qui demandent à leur casse-croûte de repasser plus tard (le temps de se mettre d’accord sur le menu du jour), n’hésitez pas à les suivre et à prendre le chemin de la Forêt sans Retour… dépaysement garanti, retour… à négocier… mais à coup sûr, un voyage qui vaut le détour !
 
143 p
medium_bone_page.4.JPG

23:10 Publié dans BD & Manga | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |