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26/01/2007

Jeune fille en détresse cherche chroniqueuse énergique !

medium_oates_i_ll_take_you.JPGFille des années quatre-vingt-dix, j’ai grandi avec The Verve et No Doubt, je cours du bus au métro, lis avec consternation les journaux me renvoyant les images et les propos navrants de guignols se battant pour représenter la petite France au sein du grand monde, j’entends parler recyclage, effets de serre, mondialisation, faillites, chômage, conflits larvés, désenchantement, extrêmes, génération sacrifiée, (in)égalité des chances... le tout au son de mon iPod qui me renvoie les mélodies torturées de Jack the Ripper et les vers dépressifs de Jude…

Alors par moments, pour me couper des propos alarmistes, défaitistes et déprimés qui pullulent en ce monde (malgré – parfois – leur triste parfum de réalité), je me plonge dans les sixties avec leurs bohèmes, les sixties de mes parents à Pattes d’Eph’, à grosses fleurs et à cheveux longs, celles des Beatles qui viennent alors résonner à leur tour dans mon iPod… les sixties de I’ll take you there, un des derniers romans de Joyce Carol Oates.

Première rencontre avec Oates. Auteur majeur aux Etats-Unis mais assez méconnu en France… il devenait impératif de rectifier le tir et de découvrir cette grande dame de la littérature (anglo-saxonne, de surcroît !). Avec un roman à la fois difficile et intense, il faut bien l’avouer.

L’histoire : ayant indirectement causé la mort de sa mère à la suite d’un accouchement difficile, Annellia a toujours suscité le mépris de ses frères, la colère de sa grand-mère et l’indifférence de son père. Enfant en mal d’amour, Annellia devient une jeune fille brillante qui parvient à obtenir une bourse pour étudier la philosophie à Syracuse University. Elle apprend rapidement la mort de son père sur un chantier à l’Ouest. Entraînée par une autre jeune fille, elle intègre la sororité des Kappa Gamma-Pi, dont les membres sont toutes belles, provocantes… mais aussi filles faciles et écervelées ! Endettée, incapable d’assister aux fêtes et réunions de la sororité entre ses études et ses petits boulots, Annellia devient rapidement le mouton noir de la sororité et découvre qu’elle a été admise uniquement pour ses bons résultats et sa capacité à faire les devoirs des autres membres. La jeune femme parvient finalement à quitter la sororité. Fin du premier round.

Deuxième round : Annellia tombe amoureuse de Mathieus, un étudiant noir plus âgé qu’elle. Elle parvient à attirer son attention et entretient avec lui des relations d’abord philosophiques puis sexuelles, chargées de violence et de frustration. Encore une fois, Annellia ne parvient pas à se faire aimer et découvre que Matthieus a déjà été marié avant d’abandonner sa famille.

Troisième round : Annellia découvre que son père est en réalité vivant et apprend par la même occasion qu’il est cette fois-ci réellement à l’agonie. Elle parcourt les Etats-Unis en voiture pour le retrouver et lui dire adieu. Elle y rencontre sa « chère amie » Hildie qui lui apprend que son père a un cancer, qu’une opération l’a défiguré et qu’il ne peut plus s’exprimer normalement. Hildie lui reproche par la même occasion de ne jamais être venue le voir pendant son séjour en prison. Annellia ne proteste pas et prétend avoir su qu’il était détenu. Ayant promis de ne pas regarder son père, elle profite finalement d’un moment d’inattention d’Hildie pour observer le mourant à l’aide d’un miroir. C’est alors qu’elle croise le regard furieux et plein de reproches de son père qui décède à cet instant. Conformément à son testament, elle le fait enterrer auprès de sa mère, au grand dam d’Hildie qui encaisse cependant le chèque de l’assurance qu’Annellia lui envoie – et qui devait constituer son seul héritage.

Verdict : 2-1 pour Joyce Carol ! Une écriture musicale et très exigeante qui place effectivement cet auteur parmi les meilleurs et fait une fois de plus honneur à l’irremplaçable littérature anglo-saxonne. L’histoire douce amère ne peut manquer de trouver un écho en chaque lecteur, rappelant des situations déjà vécues et soulignant avec acuité l’éternelle question de l’altérité et des conflits et blessures qu’elle engendre. Un beau roman qui, sans trop insister sur le contexte des années soixante, évoque clairement les déchirements de l’Amérique à l’époque du Civil Rights Movement.

Seul bémol : sans toutefois se poser en victime, Annellia est un être parfois fondamentalement passif, peu enclin au conflit, et donc prêt à endosser la responsabilité de crimes et méfaits non commis sans broncher, à se dénoncer injustement pour mettre fin à une quelconque tension, à accepter les pires reproches avec philosophie. Ayant désespérément besoin de se faire aimer, elle pardonne immédiatement, s’offre en pâture aux autres et semble concourir volontairement à son propre sacrifice. Vous me rétorquerez que c’est tout à fait normal au regard du portrait intimiste que l’auteur dresse de son personnage. Annellia est d’ailleurs forte à sa manière, résistant aux pires épreuves et excellant en cours dans l’adversité. Pourquoi pas ? Simplement, certains lecteurs auront comme moi envie de saisir à deux mains Annellia, la secouer une bonne fois pour toutes pour lui insuffler un semblant de volonté et de dynamisme, l’empêcher de s’humilier en poursuivant Vernor Matthieus… bref, exiger de mademoiselle un caractère bien trempé !

En résumé, malgré cette mise en garde de votre chroniqueuse qui vous avertit d’ores et déjà que votre héroïne ne sera pas prompte à se défendre, I’ll take you there est une réussite et la marque d’un écrivain incontournable. Une découverte à poursuivre…

290 p

21/01/2007

Funny Valentine

medium_Dautremer_lamoureux.jpgEn bonne lectrice, il n'est pas d'anniversaire sans que je ne reçoive quelques livres pour alimenter ma PAL et me donner envie de découvrir de nouveaux auteurs.

 Bien sûr, les chroniques viendront un peu plus tard, quand j'aurai parcouru avec avidité les quelques 2000 pages qui composent mes nouveaux romans.

 Je ne résiste cependant pas au plaisir de présenter ce soir L'amoureux, le charmant livre de Rebecca Dautremer. Cet album grand format s'adresse en théorie aux plus jeunes, ce qui explique les textes simplissimes qui ponctuent chacune de ses pages.

Une petite fille essaie de comprendre ce qu'est un amoureux... d'où les commentaires et conseils plus ou moins judicieux de ses amis. 

L'amoureux est avant tout un album rempli d'illustrations superbes qui courent souvent sur deux pages. Les tons pastels et les couleurs chaudes sont de mise, amour oblige ! Un magnifique livre qui risque de plaire davantage aux grands qu'aux petits... amoureux, consommez sans modération !

16/01/2007

Cher Sigmund…

medium_pamuk_chateau_blanc.JPGAujourd’hui, mon livre et moi nous sommes placés côte à côte face à un miroir. Encadrés par les crèmes, gels, brosses et dentifrices qui ornent la salle d’eau où trône cette glace, mon livre et moi nous sommes longuement interrogés sur la vérité profonde du pourquoi moi et pourquoi les autres. Si mon livre se dit moi mais que je me reconnais dans ses pages, suis-je le miroir de mon livre ou l’incarnation vivante de ses mots ? Mon livre me ressemble-t-il ou cherche-t-il à me le faire croire ? Et si je n’ai pas dit ce qu’il dit que j’ai dit, alors ai-je dit ce que je n’ai pas dit ou oublié que mon livre l’avait dit avant moi ?

N’aie crainte, lecteur avide de scandales, de passions, de drames, de folie et de funestes troubles de la personnalité ! Mon livre et moi sommes nous-mêmes ou peut-être lui moi et moi lui ou peut-être ni l’un ni l’autre ou simplement le reflet d’un autre et de son livre dans la glace de sa salle de bain. Pas de psychomachintruc ici, pas de thérapie surtaxée ni de fausses analyses détaillées du moi profond… d’ailleurs, je m’en vais me défaire de mon livre, le brûler, briser mon miroir et me retrouver enfin !

Ouf, il s’en est fallu de peu pour que mon livre et moi-même sombrions dans la plus pathétique décadence en nous livrant à ce petit jeu de rôle. Si j’y échappe avec soulagement, je ne regrette cependant pas mon intrépide plongeon dans les profondeurs du Château Blanc d’Orhan Pamuk.

Prix Nobel de littérature depuis peu, Pamuk a attiré mon attention à juste un titre avec ce beau roman serti d’une couverture fleurant bon les contrées lointaines et les déserts mélancoliques. Autobiographie d’un Italien capturé par les Turcs et devenu esclave, ce récit se déroule sous le règne de Mehmet IV, au XVIIe. Le héros y relate ses aventures à la cour et sa participation à de gigantesques projets faisant appel aux connaissances scientifiques les plus abouties à l’époque, mais aussi au génie de deux hommes suffisamment fous pour chercher à changer le cours des choses par leurs inventions et leurs réflexions sur la condition humaine.

Parce qu’il semblait transcender les cultures, Le château blanc m’a tout de suite séduite. En réalité, le récit se déroule uniquement en Turquie et la culture italienne n’occupe qu’une place mineure dans le récit. Peu importe. Le style est agréable, l’histoire se lit avec plaisir et, malgré quelques longueurs et redondances, ce roman est un beau conte prêt à faire rêver les Modernes que nous sommes.

Mais gare à vous si vous poussez la porte du château les yeux fermés. Soyez au guet, attentifs à chaque bruit, à chaque remarque et surtout, à chaque non-dit. D’emblée, le narrateur inquiet pour son lecteur le met en garde : il lui annonce que le présent livre est en réalité la transcription d’un véritable récit retrouvé récemment dans les archives nationales. Certes, il s’agit bien de la prétendue autobiographie d’un Italien devenu esclave à Istanbul. Mais les incohérences ne manquent pas dans son récit. Il décrit par exemple la peste alors que celle-ci n’est évoquée dans nul autre document historique de l’époque. Prenons donc ce manuscrit avec précaution et n’accordons pas trop d’importance à ce que nous raconte cet énergumène enclin à la fabulation.

Nous voilà maintenant plongés dans le récit douteux d’une vie exceptionnelle… mais voilà que le doute surgit à nouveau. Le nouveau maître de notre héros lui ressemble trait pour trait et ne semble pas s’en émouvoir, ni même y prêter attention. Coïncidence ? Non, car dans une relation faite de passion et de haine, les deux personnages vont subir l’influence de l’autre, la rejeter, l’ignorer, la dénoncer, la rechercher pour la rejeter à nouveau… l’un devient l’autre ou l’un a toujours été l’autre, le doute subsiste jusqu’à la fin du récit. C’est alors que maître et esclave changent de rôle. Le maître s’enfuit en Italie et rejoint la fiancée de l’esclave, qui lui se fait passer pour le maître, premier astrologue à la cour. Vérité ou mensonge ?

Le récit s’achève alors que l’ancien esclave évoque la venue d’un personnage persuadé que le maître devenu esclave en fuite est bien l’Italien pour qui il se fait passer. Cet homme lit alors les mémoires que nous venons de parcourir. Et le voilà pris d’un doute, il refuse, puis admet l’échange… connaissons-nous alors la véritable identité du narrateur ? Sans aucun doute ! Oui, mais… c’est alors que l’homme s’exclame et cherche compulsivement un passage déjà lu. Incohérence ? Et nous voilà, pauvres lecteurs, abandonnés lâchement sur ce dernier sursaut, en proie au doute et franchement ravis de cette fin qui compense largement les quelques longueurs du récit…

A recommander également pour les lecteurs habituels d’Amin Maalouf !

259 p

14/01/2007

Résolutions 2007!

medium_libro3.jpg Une amie m'ayant demandé ma liste lectures 2007, j'ai décidé de mettre en ligne quelques résolutions prises avec conviction le 1er janvier... pour moi, l'intérêt de la chose est de voir si je respecte mes engagements, en partie, totalement, ou pas du tout... des prédictions ?

L'essentiel étant de lire ce qui me plaît quand j'en ai envie... mais espérons que cette petite liste vous donne envie de lire vous aussi... et de repasser à l'occasion sur ce blog !

 Livresquement votre,

 Une chroniqueuse acharnée

23:00 Publié dans Lou's world | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |

11/01/2007

Once upon a time…

medium_walt_disney01.2.JPGDepuis septembre 2006, bon nombre de chanceux ont découvert l’exposition « Il était une fois Walt Disney, Aux Sources de l’Art des Studios Walt Disney ». Venant tout juste de réaliser que l’exposition prenait fin dans quelques jours, je me suis emparée de mon manteau, saisie d’un livre en prévision du trajet de métro… et me voilà déjà de retour !

J’en profite pour ajouter ici une petite note sur le superbe livre qui accompagnait cette exposition. De splendides illustrations jouxtent des textes fouillés sur les influences de Walt Disney : cinéma expressionniste allemand, gravures de Gustave Doré, livres et illustrations pour enfants (Beatrix Potter, Tenniel…). Voilà ainsi une façon de découvrir comment le scénario aussi bien que le graphisme des courts et longs métrages de Disney ont puisé dans les contes européens traditionnels et le cinéma (fin XIXe – Années 30).

Le livre s’attache à montrer comment Disney a su s’inspirer de ces diverses influences pour modeler ses héros et réaliser ses décors, rendant par la même occasion un hommage aux plus grands illustrateurs, écrivains et cinéastes. Amoureux de la littérature enfantine victorienne et de l’expressionnisme, vous serez évidemment comblés. Et bien sûr, ce livre est avant tout une bible indispensable pour les amoureux, inconditionnels et nostalgiques de Walt Disney !

medium_walt_disney03.2.JPG

09/01/2007

Shakespeare & Co

medium_ackroyd_william_cie.JPGUn léger frémissement en provenance de mon étagère. Puis un mugissement de protestation. Et hop ! Voilà Voyage au Bout de la Nuit qui plonge dans le chaos indescriptible de ma chambre. Lucía Etxebarría râle aussi. Depuis le temps qu’un marque-page casse les reins de son Milagro en Equilibrío ! Faut-il croire que votre chroniqueuse a l’esprit si mal tourné ? Inflige-t-elle volontairement une terrible torture aux romans abandonnés dans sa bibliothèque depuis des siècles ? Il faut croire que oui, car malgré tous les espoirs suscités par les bonnes résolutions 2007, j’attaque une fois encore avec Londres, époque victorienne oblige ! Louis-Ferdinand, ce n’est pas un saut dans le vide qui remettra une lectrice perdue dans le droit chemin !

William et Cie faisait lui aussi partie des livres délaissés et casés négligemment dans ma bibliothèque. Notre relation avait pourtant bien commencé, avec une lecture passionnée qui m’avait fait parcourir la moitié de ses pages en un temps record. Puis les vacances se sont terminées, les négociations internationales avec le Président du Chiwawastan ont repris et j’ai abandonné William à son sort… pour le reprendre cette semaine, la mine résolue, les yeux emplis d’espoir – et les lunettes fichées sur le bout du nez.

Ce livre s’adresse sans doute de préférence aux amateurs de Shakespeare. Ne faisant pas partie des fervents admirateurs de ce William-ci, j’étais mal partie.

L’histoire : William Ireland a 17 ans. Fils d’un bouquiniste, il fait la connaissance de la jeune Mary, passionnée comme lui de littérature mais cruellement marquée par la variole. William lui confie une curieuse découverte : une pièce de Shakespeare inconnue, pourtant entière et intacte. Les deux jeunes gens se lient d’amitié et Mary ne tarde pas à s’éprendre de la seule personne qui lui ait jamais accordé son attention. Influencé par son père ambitieux, William est contraint de faire expertiser les documents et de les rendre publics. C’est alors que des soupçons de faux commencent à peser sur lui. Les soupçons s’avèrent finalement justifiés. Trahie, Mary cesse de voir William, lui-même jeté en pâture aux journalistes et abandonné par son père. Mary tue sa mère dans un accès de folie et décède à l’asile. Alors que le doute subsiste tout au long du récit quant aux sentiments que porte William à la jeune femme, le récit s’achève avec une image forte à la symbolique intéressante : William déposant chaque année des fleurs rouges sur la tombe de Mary.

Verdict : un livre plaisant,  une lecture rapide et agréable. La fluidité du texte n’enlève rien aux personnages principaux, qui intriguent rapidement. William aussi bien que Mary sont des esprits torturés, des laissés-pour-compte en quête d’identité. La structure du texte laisse cependant le lecteur sur sa faim. Sans être trop long, le récit entre en détail sur les trouvailles du jeune William et ses premières conversations avec Mary. Puis, soudain, l’histoire s’emballe, une fin en partie imprévue vient bouleverser le récit. La relation centrale entre les deux héros passe au second plan, au profit du scandale des faux. La folie de Mary, bien que peu à peu annoncée, éclate avec une force inattendue, à tel point que le personnage devient moins crédible. Si le but de l’auteur était de surprendre son lecteur, il a sans doute en partie réussi. Mais on peut regretter le peu d’attention accordée aux deux héros une fois leurs crimes commis et dévoilés. La fin conclue à la hâte aurait sans doute gagné en intensité avec un portrait psychologique un peu plus fouillé.

Mais me voici qui pinaille, qui critique et semble avoir gardé une impression désagréable de cette lecture. En réalité, fervent admirateur de Shakespeare ou pas, vous passerez sans doute un bon moment en compagnie de nos héros. Sans être fascinants, ils intriguent, et leur originalité permet d’attendre d’intéressants rebondissements à la lecture. Et si l’érudition des personnages vous chagrine, peut-être est-ce parce que ce livre est une invitation à la lecture… parmi mes prochaines victimes (ou heureux chroniqués) : Hamlet ?

 219 p

06/01/2007

Triste manga

medium_kouno_pays_cerisiers.JPGLe brouillard londonien, l’humour noir anglais, les Carpates, les ruelles victoriennes, les classiques américains, quelques bandes dessinées et un petit détour par le continent africain ou le Japon à l’occasion… voilà l’essentiel de mes lectures en 2006. Mais 2006 est aussi l’année au cours de laquelle votre chroniqueuse a pris une très bonne résolution : découvrir l’univers des mangas, qui, a priori, ne l’inspire pas excessivement.

En bonne élève, je me suis munie de tout l’attirail nécessaire pour débuter mes aventures au pays des mangas… torche, corde, chaussures à crampons, fusil, couteau, casque… et surtout, quelques guides pour parer à mon « inculture » totale en la matière. Sites spécialisés, revues pour « BDphiles », sites de vente en ligne… tout a été passé au crible pour repérer quelques auteurs et séries incontournables. Ce qui m’a conduit à découvrir Le Pays des Cerisiers de Fumiyo Kouno.

Ce manga traite du bombardement d’Hiroshima à travers le destin de plusieurs personnages : la jeune Hirano, témoin de la catastrophe et décédée dix ans plus tard des suites de l’irradiation ; ses neveux, qui, à notre époque, découvrent soudain combien la catastrophe a marqué leur père ; puis le père, lorsque cinquante ans plus tôt, il revient vivre auprès de sa mère après la mort de sa sœur et rencontre une petite fille, orpheline depuis le bombardement.

Le récit est assez complexe, mêle présent et passé grâce à de nombreux flash-back et des parties ramenant successivement le lecteur à différentes époques. Les dessins sont très agréables et les traits des personnages particulièrement délicats, tandis que les paysages et les décors sont très fouillés. J’ai beaucoup apprécié l’aspect « humain » de ce manga, qui traite avec simplicité de la catastrophe d’Hiroshima, en montrant son impact sur le quotidien de personnes qui pourraient nous ressembler. Seul bémol : les dialogues très maladroits, en particulier dans la première partie.

Malgré les dessins et le développement plutôt poétique de l’histoire, Le Pays des Cerisiers est un manga dur, qui traite de l’Histoire sans condescendance, sans juger directement mais sans édulcorer non plus les conséquences du bombardement. Il souligne l’impuissance d’une population innocente et l’absurdité d’une décision qui a conduit à anéantir une ville et ses habitants en quelques minutes, comme si leur vie n’avait aucune valeur. Bien que ce manga traite d’Hiroshima en particulier, il est difficile de le lire sans remarquer à quel point les questions qu’il soulève sont encore d’actualité.

Incursion au pays des mangas : premier essai concluant !

98 p

12:28 Publié dans BD & Manga | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |

02/01/2007

Un Salem à la sauce verte !

medium_lovecraft_dreams_witch_house.jpgAimez-vous les petites créatures vertes évoluant dans des dimensions parallèles et pouvant sortir de votre baignoire à tout moment ? Les villes appelées Nicloctis, Zouatimendraque et Alamedatankaga ? Les antiquités fantastiques où les villes étaient en carton et les hommes de drôles de mutants à trois têtes ?

Personnellement, mon esprit pourtant peu cartésien a une dent contre ces petites bêtes. Du fantastique dans un cadre plausible ? Parfait ! Des noms bizarroïdes et des tetrasaures improbables ? Mouaif.

Je vous l’accorde, le nom d’une ville et la morphologie des héros ne changent pas grand-chose à un récit, pas plus qu’une antiquité revisitée et relookée. Mais, pleine de bonne volonté et prête à accorder un peu de crédit à tout auteur fantastique le temps d’une lecture, votre chroniqueuse a plus de difficultés à entrer dans le jeu du narrateur dans un univers d’ores et déjà surfait. Poe, Maturin, Stocker… avec plaisir. Lovecraft… là, notre lectrice avance prudemment vers sa bibliothèque, la mine boudeuse, curieuse mais sceptique.

The Dreams in the Witch House ne l’aura pas radicalement fait changer d’avis. Pourtant, cette nouvelle n’est sans doute pas dénuée d’intérêt.

L’histoire : Walter Gilman, étudiant en sciences, décide de s’installer dans une maison presque abandonnée, dans la chambre autrefois occupée par l’une des sorcières jugées au procès de Salem. Ayant découvert que la sorcière Keziah avait fait part de connaissances étonnantes sur de prétendus mondes parallèles, Gilman est persuadé qu’il trouvera des traces de ces idées dans la chambre inhabitée depuis longtemps. Pourtant, la chambre est vide et l’étudiant ne parvient pas à avancer dans ses recherches. C’est alors que Keziah et l’immonde rat Brown Jenkins viennent lui rendre visite en rêve, lui faisant découvrir chaque nuit des mondes effroyables. L’instinct et le fantastique l’emportent alors sur la rationalité. Gilman dépérit et finit par décéder dans de curieuses circonstances. La maison est enfin démolie. On y retrouve dans une pièce condamnée depuis longtemps des ossements humains et des écrits, dont certains sont très récents. Le mystère reste inexpliqué et la sorcière n’est dès lors plus aperçue dans les rues de Salem.

Mon très humble avis : rédigée dans un style compassé, cette nouvelle confirme à mon avis ce qui a pu être reproché à Lovecraft (un style lourd et des expressions archaïques). Le récit aurait gagné à être plus court. Une fois l’intrigue et l’atmosphère définies, la narration est redondante et monotone. Les rêves décrits en détail cessent rapidement de nous intéresser. L’aspect SF m’a profondément ennuyée et la description des mondes parallèles m’a laissée de marbre. Plus généralement, le texte manque de dynamisme à mes yeux.

En revanche, j’ai beaucoup apprécié la connivence qui s’établit entre le narrateur et le lecteur, à travers les nombreuses allusions à l’histoire et à la littérature américaines, à commencer par les références à Poe (grande source d’inspiration pour Lovecraft). De même, la seule allusion au procès de Salem concerne le juge Hathorne, ancêtre de l’écrivain de The Scarlet Letter.

Lovecraft a lui-même dit: « There are my 'Poe' pieces and my 'Dunsany pieces' - but alas - where are my Lovecraft pieces ? ». A dire vrai, c’est l’intertextualité qui m’a intéressée ici, le petit plus SF de Lovecraft et son style plus affecté ne m’ayant pas trop convaincue.

Cela dit, je reste curieuse et lirai d’autres nouvelles de Lovecraft, qui reste tout de même une référence pour le moins atypique de la littérature américaine, puisqu’il a inspiré les écrivains populaires Stephen King et Clive Barker, les groupes de hard rock Black Sabbath et Iron Maiden ainsi que des auteurs consacrés comme Borges et Joyce Carol Oates ! Bref, Lovecraft n’a sans doute pas fini de m’étonner…