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29/10/2006

Le Cher Disparu, Evelyn Waugh

waugh_cher_disparu.JPGCher lecteur,

C’est avec beaucoup d’émotion, de joie et de sautillements ravis que je te souhaite la bienvenue sur mon tout nouveau blog ! J’ai cependant réalisé aujourd’hui que mon nouveau statut de chroniqueuse m’imposait de rédiger le tout premier article publié sur ce blog. Aïe ! Mouvement de panique… l’instant est grave !

Tout blogomane doit un jour mettre en ligne un premier texte. D’une main tremblante, il farfouille dans sa bibliothèque, choisit LE livre, celui dont il parlera avec enthousiasme et moult débordements, afin de plonger ses premiers lecteurs dans un monde plein de rebondissements et de compter immédiatement parmi ses fidèles l’âme la plus insensible qui soit. (Vous le voyez déjà, notre blogomane est un animal unique en son genre, connu pour son optimisme hors normes).

C’est donc avec cette épée de Damoclès pesant sur sa tête que notre jeune chroniqueuse a décidé de vous faire part de sa dernière lecture, Le Cher Disparu, dont le titre guilleret lui a semblé tout à fait propice au mois d’octobre et à une lecture au coin du radiateur (« au coin du feu » aurait été plus approprié, mais même mon âme romanesque n’ose pas se risquer à allumer un feu en plein Paris…).

Le Cher Disparu, disions-nous. C’est en effet le sourire aux lèvres et de très bonne humeur que l’on ferme ce livre une fois dévoré. Mais suivons pas à pas notre jeune lectrice sur les traces d’Evelyn Waugh !

Extrait :

« … Sur le sein gauche, que le soutien-gorge faisait pointer, étaient brodés les mots : Hôtesse funéraire.
- Puis-je vous être utile à quelque chose ?
- Je suis venu pour des obsèques.
- C’est pour vous ?
- Sûrement pas. Est-ce que j’ai l’air tellement moribond ? »

 

Contexte : Hollywood, aux lendemains de la deuxième guerre mondiale.

L’histoire : Lorsque Francis Hinsley découvre un inconnu dans son bureau et apprend que les studios Megalopolitan pourront désormais se passer de ses bons et loyaux services, il ne lui reste plus qu’une seule issue : la pendaison. Son jeune ami Dennis Barlow est dès lors chargé par la communauté anglaise d’organiser les obsèques de l’artiste. Les funérailles devront être grandioses, inoubliables, et tout le gratin d’Hollywood y assistera (à commencer par le personnel des Films Megalopolitan, bien entendu). Barlow abandonne donc pour quelques jours son poste aux Bienheureux Halliers (pompes funèbres animalières) et se rend aux Célestes Pourpris, spécialistes du rite funéraire. « Entre étranger et sois heureux ». Telle est la devise de l’illustre entreprise, dont les clients sont les « Chers Disparus ».

Art et pompes funèbres : les « Délaissés » (les proches) sont invités à choisir parmi une multitude de services haut de gamme pour leur Cher Disparu. Cher lecteur, juge par toi-même les propos tenus par l'employée des Célestes Pourpris : « Le Cher Disparu » devra-t-il avoir l’air « serein et tranquille » ou « ferme et direct » ? Devra-t-il avoir le sourire de « l’enfance heureuse » ? Quelle exposition ? Exposition mi-corps ou chaise longue ? Ah, le Cher Disparu s’est pendu… non, non, le mi-corps sera parfait. La semaine dernière nous avons eu un noyé à peine identifiable, et nos équipes ont fait des merveilles ! Pour l’enterrement, souhaitez-vous la salle des sarcophages ? Un poète ? Mais il faut l’installer dans l’Ile des Poètes, c’est là que reposent nos plus illustres Chers Disparus !

Amour et pompes funèbres : prenez un embaumeur et une cosméticienne pour Chers Disparus. Quoi de plus naturel que d’exprimer leurs sentiments à travers leur art ? Prenez une carte de visite, faites-en une ellipse, pliez-là au milieu, appliquez le tout sous les lèvres du défunt et le voilà qui réchauffera le cœur de la cosméticienne qui, en soulevant le drap pour une mise en plis, verra étinceler sous ses yeux un sourire irradiant de bonheur… Allons, comment rester de glace devant une telle déclaration ?

Humour noir et satire, tels sont les maîtres mots de ce roman d’Evelyn Waugh qui dépeint avec une certaine cruauté l’Amérique et ses clichés. Outre la représentation ubuesque de « l’art funéraire », Waugh revient également sur le mythe du triomphe à l’américaine, ironisant sur toutes ces jeunes filles si parfaites et si semblables, avant de souligner la fragilité de telles constructions sociales. C’est ainsi que notre cosméticienne Aimée, après avoir réglé sa vie amoureuse sur les conseils du brahmane Guru d’une feuille de chou locale, décidera de mettre fin à ses jours après avoir consulté le charlatan…

Une excellente introduction pour moi qui n’avais pas encore lu Waugh (mais qui le relirai bientôt)… typiquement britannique, ce livre agréablement écrit amuse et étonne, et, pour tout avouer, je ne suis pas restée indifférente au sadisme du narrateur, dont le récit ironique m’a réjouie tout au long de ma lecture.

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Evelyn Waugh, Le Cher Disparu, 1948